J’ai perdu deux sœurs


En ce funeste mois de septembre, j’ai perdu deux sœurs. L’une que je connaissais depuis plus d’un demi-siècle, l’autre que je ne connaissais pas. La première m’était liée par les « liens du sang » comme on dit. De la seconde, à part une vague image floue entrevue dans l’émission
« L’hebdo », je n’avais qu’une connaissance minimale comme l’on dit « Ah ! oui, celle-là, je la connais », parce qu’on l’a vue une ou deux fois dans un film.
Et pourtant, maintenant, les choses ont changé. Je crois mieux la connaitre. Elle m’est liée par d’autres liens, plus invisibles mais certainement aussi essentiels. J’étais parmi les cinq mille personnes qui accompagnèrent le cercueil blanc ce samedi 26 septembre. D’abord dans le silence profond et la dignité près d’une cathédrale plutôt réservée habituellement aux enterrements des rois et des reines. Dérision ou ultime honneur ? Ensuite dans un charivari de chants, de poings levés, de pancartes et de slogans. Ce sont là les maigres moyens utilisés de tout temps par les gens sans pouvoir ou du moins qui se croient tels : les exclus, les pauvres, les ouvriers, les laissés-pour-compte, en un mot ceux qu’on ne veut pas entendre.
Mes deux sœurs resteront gravées dans ma mémoire, pour des raisons différentes. Mais pour l’une, la mort était évitable et cela, j’ai le sentiment que je ne pourrai jamais le pardonner. Je crierai jusqu’à la mienne que justice doit être faite et j’emploierai mes maigres moyens (ma plume et mon bulletin de vote) pour le faire savoir.



Henry LANDROIT
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