Préparons-nous !

Le mercredi 20 mars 2013, à 3 heures du matin, neuf petits missiles mirent à bas simultanément les neuf boules de l'atomium. Les Bruxellois se réveillèrent au son des journaux parlés dénonçant la violation du territoire national, la guerre déclarée, etc. comme on fait dans ces cas-là. Mais dans leur for intérieur, plusieurs d'entre eux étaient admiratifs vis-à-vis des Américains : quand on pensait aux bavures et fameux " tirs amis " de la Guerre d'Irak de 2003, il fallait reconnaitre qu'ils avaient fait de fameux progrès…
Le roi Philippe I apparut à la télévision dès l'aube. Il minimisa tout de suite l'évènement. Après la conquête de la Corée du Nord, pour les raisons que l'on sait, de la France en 2009 et celle de l'Allemagne en 2011, en représailles de leur insubordination lors de la guerre d'Irak, celle de la petite Belgique n'était plus qu'une question de mois. Certains chuchotaient déjà que l'opération avait été rondement menée, qu'un accord secret (du type de celui qui avait lié la Belgique et les États-Unis depuis 1971) semblait avoir été signé : les missiles assiègeraient l'atomium mais laisseraient intacts la basilique de Koekelberg (une intervention de G. Danneels, intronisé pape entretemps à la mort de Jean-Paul II en 2005, n'était pas exclue), la Jonction Nord-Midi, l'Abbaye de la Cambre, la Grand-Place, la Bibliothèque royale et la rue du Serpentin à Ixelles (les journalistes se perdent en conjectures sur ce point précis). Les Bruxellois purent d'ailleurs le constater de visu dès le matin : Manneken-Pis crachait toujours une eau glauque et Jeanneke-Pis continuait de s'accroupir au fond de l'impasse de la Fidélité. Les symboles bruxellois étaient donc saufs.
Le roi s'empressa d'ailleurs de préciser que cette attaque n'était que symbolique, qu'elle n'avait fait que des dégâts matériels et que le président G.W. Bush (muni maintenant d'un mandat présidentiel renouvelable, un battle-dress en permanence sur les épaules) lui avait bien précisé au téléphone la veille au soir que l'entreprise (américaine) de reconstruction de l'atomium avait déjà été désignée (une des petites-nièces du président y était dame-pipi) et que cette fois, on verrait plus grand avec un atomium à dix-huit boules, en matière plastique auto-nettoyante. Un des conseillers scientifiques du roi fit humblement remarquer qu'alors on ne pourrait plus l'appeler " atomium ", représentation du système cubique centré d'un cristal de fer. Mais cet argument ne semblait pas troubler le président Bush, qui en avait vu d'autres, notamment lorsque, l'année précédente, il avait fait transplanter en Irak la Tour Eiffel, majestueux derrick évoquant la toute-puissance américaine dans la région.
Les conseillers du roi lui avaient recommandé de ne pas parler maintenant au public belge des contreparties exigées par les Américains (l'anglais comme langue nationale - ce qui résolvait, il est vrai, les problèmes linguistiques dont la Belgique souffrait depuis sa naissance -, le remplacement des restaurants par des Mac Donald's, l'instauration de la prière de début et de fin des activités dans les écoles, les bureaux, la réécriture des livres d'histoire, ceux-ci commençant désormais en 1492). Pour ce dernier détail, l'on avait vu, lors des négociations, le roi Philippe I se pencher discrètement vers la reine Mathilde et lui demander une explication.
Quelques trémolos dans la voix, le roi expliqua que par mesure de précaution, cependant, la reine Mathilde, la princesse Élisabeth, le prince Albert et les princes jumeaux Léopold et Beaudouin avaient été envoyés au Château-fort de Huy pour une période indéterminée.
Les rares journalistes qui avaient été avertis de ce départ étaient fort impressionnés par l'attitude de la princesse Élisabeth qui, sur le point de partir, se mit à gesticuler et à taper du pied en criant " Pas en mon nom ! Moi, je dis non à cette guerre ". L'entourage royal, fort embarrassé, mit cela sur le compte de la pré-adolescence d'Élisabeth et de sa présence ininterrompue devant les écrans de télévision durant sa prime enfance et la Guerre d'Irak.
Le ministre Charles Michel ayant en charge les affaires étrangères ne put s'empêcher, à cette occasion, de rappeler la mémoire de son père mystérieusement disparu en septembre 2003, comme chacun sait, surpris par une bombe perdue par un B52 en transit au-dessus du Brabant wallon alors qu'il venait de leur donner l'autorisation de survoler notre pays.
Un problème délicat restait encore à traiter. C'était celui du drapeau. À la place des trois ridicules bandes de couleur du drapeau belge, les diplomates américains avaient proposé que nous fussions la 55e étoile de la bannière étoilée. L'on consulta les sages de la nation et entre autres le constitutionnaliste Francis Delperée. Celui-ci fut malheureusement frappé d'un infarctus à cette occasion. L'affaire est encore à régler. Il est cependant probable que le 4 juillet prochain (le jour de l'Independence Day), la Belgique sera admise officiellement dans les États-Unis d'Amérique.

Henry Landroit