Au bout de la langue...

Des (gardiennes) accueillantes

Le Ministre de l'Enfance a proposé, outre diverses mesures améliorant leurs conditions de travail, d'appeler désormais les gardiennes des accueillantes. Donc auparavant, nous pouvions avoir des gardiennes accueillantes et nous heurter de temps à autre à des gardiennes revêches. Désormais, nous aurons droit à des accueillantes. Voilà qui va changer la vie! Mais pourra-t-on encore se plaindre d'une " accueillante qui tire la tête "?
Henry Landroit

En mettant ainsi l'accent sur le terme accueillantes au lieu de gardiennes, l'on veut évidemment donner une autre image des personnes chargées de… l'accueil des jeunes enfants et insister sur le fait qu'elles ne sont pas là seulement pour les " garder ". Tout cela, faut-il le dire, part d'un bon sentiment.
Mais en même temps, on ajoute une catégorie grammaticale à un mot habitué jusque là à être surtout utilisé comme " adjectif verbal ". Pourtant, accueillant avait déjà valeur de nom dans le sens de " bénévole qui accueille et écoute des personnes démunies, dans une association charitable " (Petit Robert). Il conquiert ainsi un nouveau sens que les dictionnaires entérineront probablement bientôt, à moins qu'ils ne le prennent pour un… belgicisme. N'oublions pas le masculin: les accueillants seront donc aussi désormais les hommes qui ont décidé d'embrasser la profession dénommée anciennement " gardienne ".
Environ septante de nos adjectifs verbaux en -ant ont ainsi conquis le statut de noms : gérant, habitant, protestant, apprenant, battant, doctorant, manifestant, négociant, mendiant, etc. Il s'agit donc d'un phénomène langagier courant.

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