Au bout de la langue...

Une crêpe corée ?

Pour un observateur extérieur, la vie politique belge est non seulement farcie de saints divers mais aussi de sigles troublants…

Henry Landroit

 

Ainsi, les accords de la Saint Polycarpe titillent-ils nos oreilles depuis plusieurs mois. Mais voilà qu'apparait le malin plaisir de nommer nos institutions de termes choisis. Pour rappel : un sigle reprend la ou les premières lettres de chaque mot désignant une société commerciale, une institution, etc. Ainsi  S.N.C.B. désignera-t-il la Société nationale des chemins de fer belges, trop long à dire et écrire… Lorsque le sigle devient à son tour prononçable non pas lettre par lettre mais syllabe par syllable (INAMI, INSAS), il perd ses points et s'appelle acronyme. Peut-être que l'acronyme utilisé pour la Commission communautaire française (la Cocof) n'était-il pas très heureux (le sigle C.C.F. eût suffi). N'empêche, la mode était lancée.

Voilà donc que nos ondes et nos journaux nous distillent maintenant le sigle Crep (transformé inévitablement en Crêpe) comme acronyme de « Commission pour le renouveau politique » puis vient la Corée pour « Commission pour la réforme de l'État ». Cette dénomination, si elle nous rappelle une période douloureuse de notre histoire, fait malheureusement aussi penser à la délégation parlementaire qui s'est rendue en Corée du Nord et qu'un magazine télévisuel a récemment brocardé.

Cette manière de baptiser nos institutions n'est pas sans risque. En utilisant un terme qui peut prêter à rire en parlant d'elles, nous pouvons dévaloriser inconsciemment leur pertinence. C'est pourquoi il ne me viendrait pas à l'idée de fonder le Comité d'action contre les acronymes.


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