Au bout de la langue...
Chimiquier
Voilà encore un mot qui fit récemment florès, malheureusement à l'occasion du naufrage du Ievoli Sun, bateau transportant 6000 tonnes de produits chimiques dont les deux tiers de styrène.
Henry Landroit
Un bateau qui transporte du pétrole, c'est un pétrolier, un autre qui transporte des céréales, c'est un céréalier. Pétrole donne pétrolier, céréale donne céréalier, quoi de plus logique ? Mais d'où vient chimiquier sinon bizarrement de chimique c'est-à-dire d'un adjectif et pas d'un nom. N'ayant à sa disposition aucun substantif (à part la locution produits chimiques pour désigner la cargaison de pareils gros navires), la langue s'est rabattue vers une construction inhabituelle en français : ajouter le suffixe -ier à un adjectif.
Des rares quinze mots se terminant par -quier en français, aucun n'avait été construit jusqu'à présent sur un adjectif (perruquier, banquier, boutiquier, kiosquier, etc.) sauf peut-être le vomiquier (arbrisseau produisant la noix vomique, qui aide à vomir), à moins que ce ne soit vomiquier qui ait donné naissance à vomique, allez savoir.
Il est cependant inconnu au bataillon des Robert et autres Larousse. Même le Trésor de la langue française (sorte d'énorme banque de données) l'ignore !
Mais ce n'est pas une raison suffisante pour ne pas admettre
ce mot…
