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3. Mme Mouraux, représentante de la Ligue des familles
Le Président remercie Mme Mouraux d'avoir accepté la demande de la commission et l'invite à présenter son exposé.
Mme Mouraux remercie la commission de son invitation et précise d'emblée que la Ligue des familles n'a pas pris une position politique pour ou contre le travail scolaire à domicile, ni pour ou contre le projet de dècret.
Toutefois, depuis une dizaine d'années, au service d'ètudes de la Ligue des familles, une analyse approfondie est menèe quant aux effets des travaux scolaires à domicile tant sur le plan pèdagogique que familial et sociètal.
Mme Mouraux informe les commissaires que le texte, datè de mai 2000, fourni dans la farde documentaire (Annexe n° 2), sert de base aux Conférences présentées sur ce thème à l'intention des
parents ou des enseignants.
Ellc remarque que, depuis une dizaine d'années, lorsqu'elle a commencé à travailler avec les Fédérations des écoles de devoirs, de plus en plus d'enseignants et de parents s'interrogent sur cette problématique.
On ne peut traiter la question du travail scolaire à domicile en l'isolant car elle représente, pour les parents, la partie visible de l'activité scolaire à l'école, à savoir la conception de l'apprenrissage et de la pédagogie.
Les études en psychologie cognitive et en pédagogie au cours des vingt derniéres années, le décret-missions en témoigne, ont amené une forte évolution de la conception de l'apprentissage. Il est certain, selon Mme Mauraux, que la diminution du travail scolaire à domicile
contribuerait à revaloriser, d'une part, l'école, comme le lieu d'apprenrissage par excellence et, d'autre part, les enseignants comme guides par excellence de cet apprentissage.
En effet, le travail scolaire s'inscrit de manière intime et indéfectible dans une conception d'apprentissage basée sur la transmission du savoir.
Dans cette conception, on considère que les enseignants ont fait leur travail dès lors qu'ils ont «
déversé » leur savoir sur la tête des enfants. En fin de processus, on évalue la manière dont les enfants ont reçu ces savoirs, sans nécessairement se soucier, en permanence, de les accompagner dans leur
apprentissage. Des études qui portent sur ce qu'est l'apprentissage, montrent qu'il constitue un processus lent et trés long qui doit être encadré, par des professionnels, à toutes les étapes. Grâce à des efforts continus, l'apprentissage amène l'enfant à accepter un changement important de ses idées et de ses actes. Par exemple, au terme d'un long processus et grâce à une pédagogie d'encouragement, dès qu'un enfant a appris à
marcher, il ne pourra plus jamais se comporter comme s'il ne l'avait pas appns. Imaginons que l'école puisse devenir ce lieu d'apprentissage par excellence, c'est-à-dire le lieu où les professionnels adultes accompagnent l'enfant, pas à pas, dans toutes les étapes de l'apprentissage. Il est bien entendu essentiel que toutes les étapes soient franchies en classe, avec l'enseignant, avec le groupe de la classe, avec les équipements à disposition des éléves.
Dans la conception de la transmission du savoir, on pouvait imaginer que les savoirs «déversés» par l'enseignant soient « ingurgités» ailleurs qu'à l'école. En revanche, dans la conception de la construction des savoirs, il est impossible d'imaginer qu'une étape et surtout les étapes essentielles de la compréhension et de la mémorisation des savoirs, se fassent en dehors de la présence des enseignants.
Selon Mme Mouraux, plus on réduit le travail scolaire à domicile, plus on augmente la valeur de l'école comme lieu d'apprentissage et plus on revalorise le métier d'enseignant, ainsi que la famille non pas comme succursale de l'école, qui est capable d'accompagner les enfants dans la compréhension du travail et des savoirs mais bien dans son rôle de «terrain de décollage et
d'atterrissage » de ses savoirs scolaires. Terrain de décollage parce que, c'est dans la famille que l'enfant trouve le sens de ce qu'il apprend à l'école, surtout à l'école primaire où il acquiert la maîtrise des outils de base de la culture: la lecture, l'écriture et le calcul. Terrain d'atterrissage parce que le vécu familial donne du sens à ce que l'enfant a appris à l'école.
La famille doit pouvoir agir comme lieu affectif inconditionnel de soutien de l'enfant dans toute son activité, y compris scolaire. Mme Mouraux rappelle que les parents aiment leurs enfants sans condition mais elle remarque que les devoirs journaliers à domicile et la vision des difficultés de leur enfant, dans certaines familles, perturbent la gratuité de l'amour.
Cerrains enfants vont croire que les parents les aiment plus ou moins, selon la hauteur des points obtenus au bulletin. Mme Mouraux considère que c'est dramatique, parce que bon nombre d'enfants adoptent des stratégies scolaires inappropriées, les parents étant en général plus attentifs aux mauvais résultats qu'aux bons. Les enfants comprennent, en effet, rapidement que, pour attirer l'attention des parents, la stratégie des mauvais résultats peut être employée, surtout à l'adolescence.
Mme Mouraux souligne la nécessité de revaloriser les parents dans leur rôle d'éducateurs.
Il est important que l'école dise aux parents, de manière explicite, qu'ils sont compétents en tant qu'éducateurs mais non comme enseignants de leurs propres
enfants. L'école ne peut pas demander aux parents de devenir, tous les soirs, les enseignants de leurs propres enfants. Dans les familles d'enseignants, il y a une coïncidence quasi parfaite entre la logique scolaire et la logique de la famille. Dans la plupart des
autres familles, cette coïncidence n'existe pas et, par l'arrivée quotidienne des devoirs à domicile, il y a une sorte de «colonisation» par l'école et la logique scolaire de la logique familiale.
Mme Mouraux ne parle donc pas de défense de la vie privée, il s'agit d'une logique de fonctionnement interne. Les parents fonctionnent différemment avec leurs enfants lorsqu'ils sont obligés d'assurer, tous les soirs, un rôle pour lequel ils n'ont pas les compétences requises. Les parents doivent être toutefois revalorisés en tant qu'éducateurs de leurs enfants: ils leur apprennent, en effet, bon nombre de choses fondamentales, sans programme et sans formation: l'apprentissage du langage, notamment. Les parents ont effectivement des compétences éducatives, au sens étymologique du terme « éduquer », c'est-à-dire conduire à l'extérieur, mettre l'enfant au monde, dans un monde tel qu'il est aujourd'hui, en ce compris à l'école, afin d'y apprendre à maîtriser les outils culturels -l'écrit, le calcul, ...
- pour pouvoir vivre dans ce monde. La réduction du travail scolaire à domicile contribuerait aussi à revaloriser les enfants en tant qu'êtres entiers qui ont une tête, un corps et un coeur, d'êtres en apprentissage. C'est, en effet, leur rôle social: ils sont dépendants de la formation que les adultes leur donnent. L'école accentue la formation et le développement cognitifs par rapport au développement affectif et au développement
moteur.
Mme Mauraux souligne qu'il est important que l'éducation ne soit pas focalisée sur l'école mais équilibrée par rapport à tous les autres types d'apprentissage qui peuvent être faits d'une manière autre que scolaire er qui peuvent concerner le corps et la tête.
Quant à la complémentarité entre l'école et la famille, Mme Mouraux concéde que le travail scolaire paraît, pour de nombreux parents, comme étant parfois le seul lien entre la famille et l'école. Mme
Mauraux considère que, même s'il était le seul lien, il est négatif de le maintenir en l'état parce qu'il met sur un pied d'égalité parents et enfants face aux devoirs: ils infantilisent et culpabilisent les parents. Si un devoir ou une leçon ne sont pas faits ou pas bien réalisés, l'enfant sera considéré comme coupable et les parents fautifs puisque les parents sont chargés par l'école de surveiller le bon déroulement des devoirs et des leçons. L'école chargeant les parents de la surveillance des travaux scolaires à domicile, les parents deviennent en quelque sorte des sous-traitants des enseignants. La
relation est donc inégale et inégalitaire.
La Ligue des familles réclame l'installation de relations réellement égalitaires entre parents et enseignants, soit entre adultes co-responsables de l'éducation des enfants mais qui assument différemment des tâches différentes. Le travail scolaire interdit cette relation entre adultes surtout, lorsqu'il est quotidien et qu'il constitue le seul lien entre la famille et l'école. Mme Mouraux explique qu'il existe des moyens permettant le partenariat et la co-responsabilité entre parents et enseignants. Le travail scolaire à domicile, en reportant le travail de compréhension et de mémorisation des matiéres au domicile donc vers les différences familiales entre enfants, induit une traduction des inégalités sociales en inégalités scolaires et en échecs. Les inégalités sociales recouvrent les inégalités économiques qui affectent surtout les conditions matérielles de l'encadrement de l'enfant, les inégalités culturelles, sur le plan de la conception même que les parents ont de l'école. En effet, cette conception est fortement influencée par leur propre passé scolaire; s'ils ont vécu l'échec ... ce vécu influence l'appréciation des travaux scolaires à domicile. Enfin, il y a les inégalités des modèles familiaux au niveau de la composition de la famillc, en général moins nombreuse. De plus, en Wallonie, 25 % des noyaux familiaux sont monoparentaux. Toutes ces inégalités affectent les capacités des familles à accueillir l'enfant en tant qu'élève, c'est~à-dire en tant qu'enfant qui revient de l'école avec un travail scolaire à réaliser à domicile.
Mme Mouraux prône que la famille assume un type de travail qui ne soit plus de type scolaire. Les inégalités subsisteront certes, puisque l'école ne peut à elle seule éradiquer les inégalités sociales. Tant que la société reste inégalitaire et produit des inégalités, l'école qui en est un instrument, continuera à en produire également. Elle insiste pour que l'école, en
tout
état de cause, ne les renforce pas en permettant aux familles de jouer pleinement leur rôle affectif et de soutien à l'effort scolaire des enfants.
Mme Mouraux plaide pour que l'école rende confiance aux familles en leurs capacités et en leurs compétences, en matière d'éducation et qu'elle compte sur les familles pour aménager une
vie familiale qui permet aux enfants d'être dans des conditions physiques et morales pour aller et travailler à l'école. Mme Mouraux explique que, dans cette optique, le travail demandé à domicile ne serait plus de type scolaire mais bien un travail de décollage, c'est-à-dire, utiliser les savoirs appris à l'école et ailleurs, en s'appuyant sur la famille et les exerçants de sorte qu'ils deviennent compétents. Mme Mouraux insiste sur le passage de la conception pédagogique de la transmission des savoirs à celle de la construction des savoirs. La construction des savoirs repose sur l'acquisition par l'enfant de compérences, à savoir la capacité à utiliser ses savoirs dans une action sociale complexe. Or, la première action sociale complexe qu'un enfant est amené à faire, c'est vivre dans sa famille, dans son quartier avec sa
famille.
M. Smits souligne la cohérence du discours de Mme Mouraux. Sa pensée, complète et globale, s'éloigne toutefois fondamentalement des positions adoptées par les autres associations de parents. Il demande si cette
position résulte de la consultation des familles, au sein d'un des organes de la Ligue des familles ou s'il s'agit d'une position qu'elle présente à titre personnel.
M. Wahl souhaite également savoir si Mme Mauraux est mandatée pour présenter sa position au nom de la Ligue des familles.
Mme Mouraux explique que, depuis une dizaine d'années, la Ligue des familles l'autorise à poursuivre une analyse approfondie de ce problème et à écrire des
articles dans « Le Ligueur », son organe de presse. La Ligue des familles n'a pas pris de position officielle à propos du projet de décret toutefois, un accord global jamais démenti, existe au sein de la Ligue des familles sur ce type d'analyse. Des débats sont en outre organisés dans les
sections locales de la Ligue.
Mme Mauraux rappelle que, c'est son secrétaire général qui l'a envoyée défendre cette analyse devant la commission. Bien évidemment, la présentation de cette analyse aux parents provoque des réactions. Les parents sont, en général, attachés aux travaux à domicile, parce qu'ils sont imprégnés de leur propre vécu scolaire qui comportait des travaux à domicile. Ils demandent donc des devoirs pour leurs enfants, parce qu'ils sont angoissés par leur réussite et par tradition, l'école continue à donner des travaux à domicile. Dans cette conception, une bonne école donne beaucoup de travail à domicile.
La demande de l'école consiste à surveiller les travaux à domicile tout en demandant que les parents n'aident pas leurs enfants à les réaliser. Les parents ne
peuvent renoncer à aider leurs enfants parce qu'ils ont conscience que, dans le système scolaire actuel, la qualité du travail scolaire à domicile détermine la réussite ou l'échec de l'enfant. Dès lors, les parents ne peuvent imaginer la suppression des travaux à domicile.
Mme Mouraux attire l'attention des commissaires sur la nécessaire réflexion à mener sur
ce qu'on fait avec les enfants, ce qu'on fait de l'école et de la famille. Elle pointe les abus pratiqués dans le secondaire.
A l'heure actuelle, les élèves ne vont plus à l'école pour travailler mais pour se rencontrer de sorte que le travail scolaire est reporté au domicile. Cette dérive renforce les inégalités.
M. Wahl peut comprendre le raisonnement bien structuré de Mme Mouraux mais il ne peut le partager parce qu'à son sens, il est basé, d'une part, sur la méfiance vis-à-vis des enseignants et, d'autre part, sur la méfiance vis-à-vis des parents et des relations entre enseignants
et parents.
M. Wahl se réjouit que le projet de décret développe, quant à lui, la confiance vis-à-vis tant des enseignants que des parents et le renforcement des relations école/famille. Il s'insurge contre l'expression « famille, succursale de l'enseignement); parce qu'il considère que notre système d'enseignement et les enseignants veillent en général à ce que les apprentissages soient réalisés à l'école même si certains abus constatés doivent être combattus.
M. Wahl s'oppose à la suppression de la continuité entre ce qui a été appris à l'école vers la famille. Par exemple,
les parents doivent encourager les enfants à lire pour perfectionner cet apprentissage, compte tenu de l'insuffisance du temps scolaire.
Si M. Wahl peut adhérer à l'idée que la famille assume le rôle affectif primordial, il estime que ce rôle peut,
soit se manifester aussi, par l'intérêt des parents pour la scolarité de leur enfant, que ce soit lors des réunions de parents ou de contacts avec les enseignants.
M. Wahl distingue le fait d'aider l'enfant à réaliser un devoir, de l'encourager du fait de le réaliser à sa place. Il perçoit dans les propos de Mme Mouraux un risque de démission des parents s'ils ne peuvent plus encadrer la scolarité de leur enfant parce qu'il revient aux enseignants d'assumer
l'ensemble des apprentissages.
Ce commissaire pense que Mme Mouraux opère des généralisations dangereuses.
Aprés ce préambule, M. Wahl demande, si de manière générale, la suppression des travaux à domicile serait considérée positivement par Mme Mouraux. En effet, il interroge Mme Mouraux sur ses propos concernant l'appréciation des parents sur l'école, sur base de leur vécu personnel, d'une part et sur la qualité d'une école évaluée par le biais des devoirs, d'autre part. L'intervenant pense, quant à lui, que les parents sont capables de
se détacher de leur vécu.
Il s'interroge sur la position de Mme Mouraux quant au développement des moyens de contact et de communication entre les parents et l'école. Ses déclarations sur le fait que l'amour porté par les parents à leurs enfants est affecté par les mauvais résultats scolaires l'incitent à penser qu'à l'extrême, il faut supprimer le bulletin. Il peut comprendre que Mme Mouraux s'exprime en qualité de spécialiste, d'expert de la Ligue des familles mais il ne peut penser qu'elle exprime là l'avis des familles. Il conclut en soulignant qu'heureusement, le projet de décret est basé sur la confiance aux enseignants et aux parents.
M. Charlier constate que Mme Mouraux s'exprime à titre personnel et qu'il est important de le souligner. Il ne peut
partager son raisonnement, même s'il est structuré, parce qu'il estime qu'elle a une vision tronquée. Si les parents n'ont pas rompu avec le modéle de l'école qu'ils ont connu, Mme Mouraux a, elle, totalement rompu avec le modéle scolaire qu'elle a connu. Mme Mouraux estime, selon M. Charlier, qu'il existe une rupture entre l'école et la famille. Rejoignant M. Wahl, M. Charlier demande si Mme Mouraux se prononce en faveur de la suppression de tout travail ou activité à domicile, y compris ceux qui s'inscrivent dans le prolongement des acquis scolaires.
Comment voit-elle le développement de l'autonomie, de la responsabilisation de l'élève dans le contexte d'une éducation globale
où famille et école ne peuvent être systématiquement séparées? Enfin, dans
ce contexte, comment Mme Mauraux voit-elle la relation parents/école au sein du Conseil de participarion, par exemple?
M. Bailly se dit séduit par la cohérence intellectuelle de l'exposé de Mme Mouraux mais ne le partage pas. Il lui demande quels sont les autres types de travaux qu'enfants et parents pourraient, dans sa logique, construire ensemble. Il considére que le modéle proposé par l'oratrice est basé sur la perfection tant des écoles que des familles.
Poussé à l'extrême, son raisonnement laisse à penser que les parents devraient
être formés avant de devenir parents.
M. Cheron relève que, sur la base de certaines enquêtes, les devoirs donnés le sont tant aux enfants qu'aux parents et surtout aux mamans (à 70%); certains ont d'ailleurs utilisé à l'égard de ce phénomène l'expression «devoirs à quatre mains
" ... Il demande à Mme Mouraux de s'exprimer sur cet aspect de la problématique. A l'époque du débat public, M. Cheron avait en effet noté la différence de
position des parents à cet égard en fonction de leur sexe.
Mme Persoons souhaite revenir à certaines expressions utilisées par Mme Mauraux, notamment le fait que « diminuer le travail scolaire, c'est revaloriser les enfants comme des êtres entiers, pour valoriser les apprentissages autres que ceux réservés à la tête». La commissaire demande si Mme Mouraux dispose de statistiques sur le taux de réussite scolaire des enfants qui s'adonnent à de multiples activités sportives ou culturelles car, d'après son expérience personnelle, le taux de réussite de ces enfants paraît important. Mme Persoons est convaincue que ces enfants ont appris à gérer la répartition de leur temps entre le travail scolaire à domicile et leurs autres activités et réussissent donc mieux à l'école.
La commissaire n'aime pas le terme «colonisation» de la vie familiale par la
logique
scolaire qu'a employé Mme Mouraux parce qu'au-delà de toutes les activités culturelles, sportives, éducatives, les parents ont la mission essentielle d'encadrer la réussite de l'apprentissage scolaire. Le temps scolaire étant le temps principal de l'enfant et l'objectif prioritaire des parents, la réussite scolaire, Mme Persoons pense que l'école doit être replacée au centre de la famille,
et que le temps et l'intérêt consacrés à l'enfant passent aussi par l'écoute et le suivi de ce que l'enfant fait à l'école. Par rapport au déficit d'investissement des parents dans certains organes de concertation scolaire, tels que le Conseil de participation, elle plaide pour imbriquer, au maximum, les logiques familiale et scolaire. Pour elle, le travail à domicile permettrait cette imbrication.
M. Daïf partage les arguments présentés par ses collègues, le discours de Mme Mouraux lui paraît utopique, au vu de son vécu dans les écoles bruxelloises, où pour certains milieux défavorisés, le devoir représente le seul moyen de suivre la scolarité des enfants. En cas de suppression des devoirs à domicile, comment concevoir la lutte contre l'échec, le maintien du lien entre la famille
et l'école? Comment Mme Mouraux explique-t-elle le développement des écoles de devoirs? Même s'il reconnaît que la famille ne doit ni ne peut pallier les lacunes de l'école en matière d'apprentissage, il se demande, comment, en l'absence de travaux à domicile, les parents pourraient se rendre compte des acquis scolaires de leurs enfants.
Afin de ne pas déborder du temps qui lui est imparti, Mme Mouraux invite les commissaires à prendre connaissance du texte qui figure dans la farde documentaire (Annexe n° 2) afin de clarifier une série d'éléments, notamment de vocabulaire et le vocabulaire qu'elle utilise, qui ont été, à son avis, mal compris. Mme Mouraux réfute que son analyse soit basée sur la méfiance, c'est, au contraire, en vue de rétablir le sentiment de confiance entre les parents et les enseignants qu'il faut que les relations soient égalitaires, école et famille étant soucieuses de donner le meilleur aux enfants.
Bien entendu, la frontiére entre la sphère de compétence de l'école et celle des parents est mince puisqu'à l'école primaire, l'apprentissage vise l'acquisition, la maîtrise d'outils culturels de base indispensables à condition de les utiliser notamment dans le cadre familial. L'école peut demander à la famille de participer à l'utilisation de ces outils et d'y donner un sens. Par exemple, l'enfant peut en effet lire à domicile
mais d'autres livres que les manuels scolaires.
Mme Mouraux se référant à des expériences menées dans le domaine de la lecture, explique que les parents sont invités par l'école à prolonger les acquis en lecture mais, au départ de livres qui intéressent les enfants. Ils sont invités à pratiquer cette activité avec leur enfant non sur le mode du travail scolaire mais bien sur le mode d'un exercice culturel, celui qui donne du sens aux acquis scolaires.
M. Wahl s'interroge sur la distinction opérée par Mme Mouraux entre travail scolaire et travail culturel. Celle-ci
repose-t-elle sur le simple fait que l'exercice de lecture vise ou non un manuel scolaire?
Il demande à Mme Mouraux si toute demande de l'école en matière de travail à domicile est considérée par elle comme travail scolaire, en particulier dans l'apprentissage de la lecture.
Mme Mouraux répond que le travail scolaire doit être réalisé à l'école. Les travaux de type scolaire
présentent la caractéristique d'être souvent répétitifs tandis que le travail
culturel à domicile représente l'occasion d'utiliser les capacités, les acquis scolaires de l'enfant et de leur donner du sens.
M. Dupont estime que l'école doit également donner du sens à l'apprentissage. Par ailleurs, il souligne que l'école présente aussi un lien affectif. L'approche de Mme Mouraux lui donne l'impression de pratiquer une césure entre la famille et l'école alors que l'éducation constitue un tout où les éléments affectifs, cognitifs, ... sont imbriqués.
Mme Corbisier-Hagon constate que le projet de décret se réfère au concept
de « travail à domicile" et que Mme Mouraux distingue quant à elle, devoirs, travaux scolaires, travaux culturels, travaux scolaires culturels,... Elle estime opportun de clarifier toutes ces notions.
M. Charlier demande à Mme Mouraux si elle est favorable à la suppression des travaux à domicile soit, tous les types de travaux imposés à domicile.
Mme Mouraux rappelle que les enfants sont des enfants et des élèves à certains moments. Pour elle, les parents devraient offrir un soutien affectif à leur enfant ce qui diffère de la surveillance du travail scolaire. Ils doivent devenir les meilleurs supporters de leurs enfants en tant qu'élèves. L'enfant doit savoir qu'en cas d'échec, ses parents continuent à l'aimer.
Dans cette optique, la mission des parents se définit comme soutien à l'effort, participation et implication dans l'école dans un ensemble de relations positives telles que les enfants comprennent que l'enseignant est un ami, un partenaire de la famille dans son éducation.
Quant au concept d'autonomie, de responsabilisation, Mme Mouraux explique qu'en général, on considère que l'autonomie est la capacité pour l'enfant de se débrouiller seul. L'autonomie, c'est la capacité de
se conduire soi-même, au sens étymologique. Dans le cadre des travaux scolaires, elle s'interroge, l'enfant est-il autonome? Peut-il décider de faire ou non son travail scolaire à domicile? La réponse est non. Peut-il choisir la manière de réaliser ses devoirs? Non, puisque les consignes ont été données. Peut-il gérer son temps? Très peu, puisque l'enfant est dépendant des contraintes de temps de l'école et de la famille.
Mme Mouraux explique que certains travaux scolaires à domicile pallient les manques de l'école et, en ce sens, il ne s'agit pas d'apprentissage de l'autonomie mais plutôt d'un abandon d'enfants. Les enfants doivent-ils faire seuls leurs devoirs pour apprendre l'autonomie?
Ces dernières années, l'augmentation des écoles de devoirs constitue, selon elle, la preuve que le travail à domicile est, en réalité, la sous-traitance des missions de l'école par la famille. L'école n'arrive pas encore à amener les enfants vers la réussite. Les travaux scolaires à domicile institutionnalisent le transfert des manques de l'école vers la famille ou les écoles de devoirs.
M. Bailly relève une expèrience menée par un inspecteur qui parle du droit d'apprendre à l'occasion du travail à domicile. Il demande à Mme Mouraux quelles activités pourraient être envisagées à domicile.
Mme Mouraux fait référence au pédagogue Philippe Mérieu qui déplore qu'actuellement l'apprentissage à l'école n'est plus que scolaire alors que l'école est aussi culturelle. En effet, il faut donner du sens à l'école car, à défaut de sens, il n'y a pas de motivation.
Mme Mouraux n'opère pas une dichotomie entre l'école et la famille, elle soutient la mise en place d'un processus d'éducation complémentaire entre l'école et la famille. Le terme de «colonisation» a heurté certains commissaires mais il distingue la mainmise de la logique scolaire sur la logique familiale, alors que la logique scolaire évolue. En effet, les valeurs d'individualisme dans une logique de compétition, longtemps présentes, s'effacent progressivement au profit des valeurs de construction collective du savoir où l'entraide, la collaboration et la démocratisation des valeurs prévalent.
Dans la famille existe une solidarité gratuite, les relations établies dans la famille ne sont pas cotées. Mme Mouraux insiste sur le fait que la logique scolaire écrase la logique et les valeurs familiales.
En réponse à M. Cheron, elle précise que ce sont, en effet, essentiellement les mamans qui encadrent les travaux scolaires à domicile, sauf dans l'enseignement secondaire, où le père intervient en tant que spécialiste et donne beaucoup plus qu'un «coup de main
".
Mme Mouraux répète qu'elle ne base pas son analyse sur une école parfaite, elle souligne seulement la difficulté, pour les parents, de contrôler la qualité de l'école, de comparer la qualité des écoles entre elles. En effet, les parents ne connaissent pas les programmes, ils n'évaluent donc pas la qualitè de l'école sur sa capacité à remplir sa mission par rapport aux programmes à suivre, d'autant que ces programmes changent.
En conclusion, elle déclare que l'interrogation reste de savoir si le travail scolaire à domicile est un élément de réussite.
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