PARLEMENT DE LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE     CRI No21 (2007-2008)

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COMPTE RENDU INTÉGRAL SÉANCE DU MARDI 20 MAI 2008 (APRÈS-MIDI)

9 Questions d’actualité (Article 65 du règlement)

9.1 Question de M. Maurice Bayenet à M. Christian Dupont, ministre de l’Enseignement obligatoire, relative aux «Résultats des évaluations externes en mathématiques»

9.2 Question deM. Yves Reinkin à M. Christian Dupont, ministre de l’Enseignement obligatoire, relative aux «Résultats des évaluations externes en mathématiques»

M. le président. – Je vous propose de joindre ces questions. (Assentiment)

M. Maurice Bayenet (PS). – Il y a quelques mois, je fus l’auteur d’un rapport sur l’apprentissage de la mathématique. Les résultats des évaluations externes en mathématique réalisées dans l’enseignement primaire et secondaire sont aujourd’hui connus et confirment l’analyse faite par le groupe de travail et exprimée dans le rapport. Ces résultats mettent en évidence une incapacité systémique, autrement dit une faille du système dans sa capacité à résorber les difficultés qui apparaissent à l’issue de la deuxième année primaire. Il appert que les données sont similaires à celles de l’évaluation externe effectuée précédemment pour les compétences en lecture : globalement élevées en deuxième année primaire mais insuffisantes en deuxième année secondaire, puisque seul un élève sur cinq maîtrise les compétences évaluées. Organisées en partenariat avec les équipes éducatives, les évaluations externes semblent non seulement susciter l’attention mais aussi cristalliser de nombreuses attentes de la part des acteurs scolaires qui ont compris combien il importe de connaître le niveau des enfants pour être en mesure de les amener au meilleur d’eux-mêmes. Monsieur le ministre, quelle appréciation faites-vous de ces résultats ? Connaissant l’importance de la formation initiale et de la formation continuée, ne croyez-vous pas que la priorité devrait être accordée à ces objectifs, quel que soit le réseau ou le niveau d’enseignement ?

M. Yves Reinkin (ECOLO). – Ces évaluations externes sur les mathématiques nous ramènent à d’autres évaluations qui, à chaque fois, retournent le couteau dans la plaie en soulignant les difficultés à remédier le plus rapidement possible aux problèmes que peuvent connaître les élèves. Dans le cas présent, la faille entre la deuxième année primaire et la deuxième année secondaire pose vraiment question. Mme Lafontaine, qui a suivi ces évaluations ainsi que l’étude Pisa, attire à nouveau l’attention sur cette incapacité à remédier aux problèmes des élèves. Sachant que la démarche est prospective, il est inutile de stigmatiser encore davantage les enseignants en donnant à penser qu’ils n’arrivent pas à remplir leur mission. Aussi, monsieur le ministre, j’aimerais savoir comment vous comptez remédier à cette situation et quelles mesures vous envisagez de prendre pour l’accompagnement des enseignants. 

M. Christian Dupont, ministre de l’Enseignement obligatoire. – Je remercie MM. Reinkin et Bayenet de leurs questions qui mettent l’accent sur des problèmes essentiels. Les évaluations externes existent, c’est important, mais le procédé est relativement récent, notre système éducatif y a longtemps été rétif. Il aura fallu l’excellent décret « pilotage » que l’on doit à quelques chefs de groupe de l’époque et, en toute modestie, à moi-même, pour qu’il soit mis en application. Ces évaluations ont une valeur de diagnostic et non de stigmatisation. Elles ont une valeur de remédiation. Remédiation quasi immédiate puisque les épreuves de mathématiques sont corrigées par les équipes d’enseignants le jour-même, ce qui permet une correction en équipe et une évaluation qualitative des avancées entre la deuxième et la cinquième primaire. Outre les corrections, les épreuves sont assorties de pistes didactiques, pistes de remédiation elles aussi, envoyées dans les écoles par les enseignants qui ont réalisé les tests. Il faut évidemment centrer la formation continuée sur les lacunes actuelles et ultérieures. C’est tout un processus que nous mettons en oeuvre. Les difficultés résolues demain, je l’espère, seront certainement remplacées par d’autres. D’où l’importance d’un système d’indicateurs. Ce sont ces évaluations externes qui nous apprendront où nous en sommes. Il faut aussi articuler l’ensemble avec la formation initiale. C’est la raison pour laquelle j’ai convenu avec ma collègue, Mme Simonet, d’envisager, avec les professeurs de formation initiale, une analyse de l’ensemble des résultats de manière à améliorer les pratiques de chacun. Nous aurons prochainement une réunion sur ce point. Nous avons commencé par renforcer l’encadrement au premier degré via les manuels, même s’il est évidemment trop tôt pour analyser les résultats en 2P, où l’on se recentre sur les acquis de base. Si les évaluations en mathématiques sont récentes, celles en lecture sont nettement antérieures. Les inspecteurs de français que j’ai rencontrés m’ont confirmé qu’elles correspondaient à leur analyse.  L’un d’eux, inspecteur du secondaire, me disait que l’on pensait trop souvent que les enseignements de base étaient acquis en primaire. Il faut donc poursuivre notre travail. Nous avons entamé la réflexion sur la lecture, nous ferons de même pour les mathématiques. Deux éléments sont clairement démontrés. D’une part, le redoublement n’est pas la solution. Il ne fait qu’aggraver les choses. D’autre part, l’absence de mixité n’est pas non plus une réponse adaptée. Notre souhait de voir davantage de mixité dans l’enseignement répond à une nécessité d’ordre pédagogique. La mixité permet de tirer le groupe vers le haut.

La position d’un ministre est parfois schizophrénique. Il doit s’expliquer sur des résultats d’études qui ne font pas plaisir, même si la barre a été placée à 70 % au lieu de 50 % . Mais il s’entend aussi dire qu’il n’a pas à intervenir, que les pouvoirs organisateurs sont autonomes et compétents, qu’une demande d’explication de sa part relèverait du contrôle politique. J’ai parfois l’impression que l’on me demande de garantir la concurrence dans l’enseignement, alors que mon rôle consiste, au contraire, à en assurer la cohérence.

M. Maurice Bayenet (PS). – Je remercie le ministre pour sa réponse, et surtout pour sa dernière intervention. Le rapport sur l’apprentissage des mathématiques et les réflexions qu’il a suscitées nous apprennent que nous ne laissons pas assez de temps aux processus d’apprentissage et de fixation des acquis de nos enfants. Il est inévitable qu’un enseignement fondé sur la concurrence davantage que sur la cohérence produise de tels résultats. Nous attendons le document, réclamé dans le rapport, sur la progression des contenus. Il pourra servir de base à la formation initiale et à la formation continuée. Nos jeunes enseignants ne sont pas armés pour affronter les difficultés du monde scolaire, et en particulier de l’apprentissage des mathématiques, dont la logique stricte exige rigueur et cohérence. Les méthodes modernes d’apprentissage négligent parfois ces principes inhérents aux mathématiques. Je partage l’opinion du ministre, le redoublement ne résout rien.

M. Yves Reinkin (ECOLO). – Je remercie M. le ministre pour sa réponse marquée du sceau de la connaissance du terrain. Nous n’avons pas toujours eu cette chance. Je relève donc la nécessité de travailler à la formation initiale et à la formation continuée des enseignants. Il me paraît également important que cette formation intègre la gestion mentale car tout le monde n’apprend pas de la même manière. Il faut que les enseignants en soient bien conscients et qu’ils disposent des outils nécessaires. Si je peux adhérer à vos propos sur la mixité sociale, j’attirerai toutefois votre attention sur la nécessité d’un encadrement différencié. Les deux vont de pair, me semble-t-il.