http://www.lesoir.be/actualite/belgique/enseignement-le-cout-du-2008-01-30-574328.shtml

TRENTE INDICATEURS démontrent que le système scolaire oriente l'enfant selon son origine socio-économique. 
Et cela ne fait que s'aggraver.

Dewez - Le Soir

On tourne les pages des nouveaux « Indicateurs de l'Enseignement », qui reprennent les chiffres fondamentaux de notre système scolaire, en quelque sorte son bulletin de santé chiffré (1). Et on verdit.

1.  Le taux moyen de redoublement ne cesse de grimper. Dans l'enseignement secondaire, il dépasse les 13 %, un tiers de plus qu'il y a dix ans. A la fin du secondaire, plus d'un élève sur deux est « en retard », c'est-à-dire qu'il a redoublé une fois au moins. Et un sur quatre a un retard de deux ans ou plus.

La situation ne cesse de se dégrader : en 2005-2006, dernière année pour laquelle on dispose de chiffres, toutes les courbes sont à la hausse dans le primaire et le secondaire. La Belgique francophone est quasi championne d'Europe du redoublement.

2.  Ce redoublement a un coût : 335 millions d'euros par an. On ne pourrait l'économiser totalement en supprimant le redoublement, puisqu'il s'agit d'enfants qui resteraient dans le système scolaire mais qui pourraient sans doute être mobilisés autrement qu'en leur imposant de repasser sur leurs propres traces dans une année déjà parcourue, comme les Dupondt perdus sur la Lune.

« L'inefficacité du redoublement est clairement démontrée, réagit Marie Arena, ministre de l'Enseignement obligatoire. Mais on ne peut pas demander aux écoles de stopper le redoublement si les compétences de base définies pour monter dans la classe supérieure ne sont pas atteintes. C'est pour cela que nous multiplions les mesures : remédiation, renforcement du premier degré du primaire, retour du manuel scolaire, premier degré du secondaire refondu en tronc commun. » Acceptons-en l'augure : ces mesures sont trop récentes pour que l'on en voie l'effet dans la photo publiée aujourd'hui. Mais suffiront-elles ?

3.  Notre école n'a jamais été aussi inégalitaire. On le constate si l'on se penche sur les disparités socio-économiques entre quartiers où résident les élèves selon le type d'enseignement qu'ils suivent. Sur un axe neutre socio-économique, les filières (général, technique, professionnel) sont toutes très attachées au profil socio-économique des quartiers dans lesquels les élèves résident. Difficile de croire que c'est le résultat d'une orientation scolaire qui ne tiendrait compte que des qualités et des vertus individuelles.

« La deuxième année commune, à l'issue de laquelle intervient l'orientation, agit véritablement comme "gare de triage" en fonction du niveau socio-économique des élèves pour leur choix en troisième année », indique crûment le rapport. Manifestement, l'offre scolaire devient alors prépondérante et les ghettos, dorés ou sombres, continuent à fabriquer de plus en plus de ghetto au fil des années.

Il suffit pour s'en prouver de voir le très haut taux de changement d'établissement au niveau de la deuxième année du secondaire, qui peut atteindre le chiffre ahurissant de 40 %. déduction faite de ceux qui ont changé d'école pour cause de déménagement.

Conclusion du rapport : « Ces mouvements importants de population scolaire contribuent à la ségrégation des publics scolaires entre établissements. La répartition différenciée des effectifs scolaires est un fait. Elle apparaît très tôt dans le parcours scolaire et se poursuit, en s'accentuant, tout au long du parcours dans l'enseignement obligatoire. »

4.  Ce sévère constat posé, que fait-on pour l'inverser ? Parmi les mesures prises, la date unique d'inscription pour la première année du secondaire a eu les effets spectaculaires que l'on sait. devant les écoles, mais sans doute réduits sur la mixité sociale des établissements. Arena ne fait pas secret de son intention d'introduire un système de subventionnement différencié qui dépasse l'actuel renforcement pédagogique et financier des écoles en « discrimination positive ». Chaque élève du primaire ne serait plus doté d'une somme de 3.387 euros, comme en 2006, mais d'un montant influencé à la hausse ou la baisse selon le profil socio-économique des élèves accueillis par une école. Quand ? Avant la fin de la législature communautaire (juin 2009), jure-t-elle. Cela devrait inciter les écoles à ne plus faire de l'excellence en pratiquant l'élitisme. Mais, à budget constant, il faudra sans doute enlever aux uns ce qu'on accorde aux autres. Ce qui promet de beaux débats.

(1) www.enseignement.be