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TRENTE INDICATEURS démontrent que le système scolaire oriente l'enfant selon
son origine socio-économique.
Et cela ne fait que s'aggraver.
Dewez - Le Soir
On tourne les pages des nouveaux « Indicateurs de l'Enseignement », qui
reprennent les chiffres fondamentaux de notre système scolaire, en quelque
sorte son bulletin de santé chiffré (1). Et on verdit.
1. Le taux moyen de redoublement ne cesse de grimper. Dans l'enseignement
secondaire, il dépasse les 13 %, un tiers de plus qu'il y a dix ans. A la fin
du secondaire, plus d'un élève sur deux est « en retard », c'est-à-dire
qu'il a redoublé une fois au moins. Et un sur quatre a un retard de deux ans
ou plus.
La situation ne cesse de se dégrader : en 2005-2006, dernière année pour
laquelle on dispose de chiffres, toutes les courbes sont à la hausse dans le
primaire et le secondaire. La Belgique francophone est quasi championne
d'Europe du redoublement.
2. Ce redoublement a un coût : 335 millions d'euros par an. On ne pourrait l'économiser
totalement en supprimant le redoublement, puisqu'il s'agit d'enfants qui
resteraient dans le système scolaire mais qui pourraient sans doute être
mobilisés autrement qu'en leur imposant de repasser sur leurs propres traces
dans une année déjà parcourue, comme les Dupondt perdus sur la Lune.
« L'inefficacité du redoublement est clairement démontrée, réagit Marie
Arena, ministre de l'Enseignement obligatoire. Mais on ne peut pas demander
aux écoles de stopper le redoublement si les compétences de base définies
pour monter dans la classe supérieure ne sont pas atteintes. C'est pour cela
que nous multiplions les mesures : remédiation, renforcement du premier degré
du primaire, retour du manuel scolaire, premier degré du secondaire refondu
en tronc commun. » Acceptons-en l'augure : ces mesures sont trop récentes
pour que l'on en voie l'effet dans la photo publiée aujourd'hui. Mais
suffiront-elles ?
3. Notre école n'a jamais été aussi inégalitaire. On le constate si l'on se
penche sur les disparités socio-économiques entre quartiers où résident
les élèves selon le type d'enseignement qu'ils suivent. Sur un axe neutre
socio-économique, les filières (général, technique, professionnel) sont
toutes très attachées au profil socio-économique des quartiers dans
lesquels les élèves résident. Difficile de croire que c'est le résultat
d'une orientation scolaire qui ne tiendrait compte que des qualités et des
vertus individuelles.
« La deuxième année commune, à l'issue de laquelle intervient
l'orientation, agit véritablement comme "gare de triage" en
fonction du niveau socio-économique des élèves pour leur choix en troisième
année », indique crûment le rapport. Manifestement, l'offre scolaire
devient alors prépondérante et les ghettos, dorés ou sombres, continuent à
fabriquer de plus en plus de ghetto au fil des années.
Il suffit pour s'en prouver de voir le très haut taux de changement d'établissement
au niveau de la deuxième année du secondaire, qui peut atteindre le chiffre
ahurissant de 40 %. déduction faite de ceux qui ont changé d'école pour
cause de déménagement.
Conclusion du rapport : « Ces mouvements importants de population scolaire
contribuent à la ségrégation des publics scolaires entre établissements.
La répartition différenciée des effectifs scolaires est un fait. Elle
apparaît très tôt dans le parcours scolaire et se poursuit, en
s'accentuant, tout au long du parcours dans l'enseignement obligatoire. »
4. Ce sévère constat posé, que fait-on pour l'inverser ? Parmi les mesures
prises, la date unique d'inscription pour la première année du secondaire a
eu les effets spectaculaires que l'on sait. devant les écoles, mais sans
doute réduits sur la mixité sociale des établissements. Arena ne fait pas
secret de son intention d'introduire un système de subventionnement différencié
qui dépasse l'actuel renforcement pédagogique et financier des écoles en «
discrimination positive ». Chaque élève du primaire ne serait plus doté
d'une somme de 3.387 euros, comme en 2006, mais d'un montant influencé à la
hausse ou la baisse selon le profil socio-économique des élèves accueillis
par une école. Quand ? Avant la fin de la législature communautaire (juin
2009), jure-t-elle. Cela devrait inciter les écoles à ne plus faire de
l'excellence en pratiquant l'élitisme. Mais, à budget constant, il faudra
sans doute enlever aux uns ce qu'on accorde aux autres. Ce qui promet de beaux
débats.
(1) www.enseignement.be