Neruda, le poète qui rêvait de changer la vie
Il y a trente ans, Pablo Neruda mourait, douze jours après le coup d'État de Pinochet et la disparition de son ami Salvador Allende.
Les Chiliens connaissent bien un poème, Farewell, très populaire dans tout le pays, évoquant des marins qui ont un amour dans chaque port et de vastes serments d'amour éternels, ils partent et jamais ne se retournent, et puis une nuit ils se couchent avec la mort au fond de la mer. Ces paroles d'un poète alors naissant collent peut-être le mieux à son auteur, un certain Pablo Neruda, disparu douze jours après le coup d'État de Pinochet et la mort de son ami Salvador Allende. Quelques jours également après le calvaire d'un autre poète et musicien, Victor Jara. Ces hommes, aux yeux d'une histoire d'espoirs et de rêves brisés, sont désormais associés. Le jour des funérailles de Neruda, des gens courageux l'ont accompagné jusqu'au bout de son voyage en chantant l'Internationale et en égrenant ces trois noms présents " maintenant et toujours ". C'était quelques jours après le putsch militaire du 11 septembre 1973, " le premier acte de rébellion contre la dictature ", selon Volodia Teitelboïm, ami et biographe de Neruda.
Tous ceux qui, ces jours-ci, ont rendu hommage à Pablo Neruda au Chili, notamment à Isla Negra, à l'ouest de Santiago, en Europe et dans le monde entier ont célébré le poète, l'homme politique et celui qui a réinventé l'histoire de l'Amérique. Trajectoire effectivement hors du commun pour celui qui vit le jour sous le nom de Neftali Reyes Basualto le 12 juillet 1904 à Parral et a vécu son adolescence à Temuco, ville frontière de l'Auricanie entourée par les Andes, si présentes dans son ouvre, notamment dans le Chant général. Il a été élevé par son père cheminot et sa belle-mère Trinidad Candia Malverde (sa mère est morte un mois après sa naissance). Adolescent, il compose ses premiers poèmes et prend le nom de Pablo Neruda en l'honneur du poète tchèque Jan Neruda, réputé pour ses Contes de Mala Strana, une observation minutieuse et malicieuse de la vie des petites gens.
La poésie de Neruda de fait est entièrement autobiographique, il y parle de sa vie, de ses innombrables voyages, de ses connaissances multiples, il ne cesse de chanter l'amour, l'érotisme, la nature. Il a aussi conscience d'être la voix de son peuple, de ceux qui " mangent froid ", selon son expression. Son parti est celui des inconnus et des maltraités. Son héros est l'homme qui rêve de changer la vie et un monde où chaque peuple doit être reconnu.
Dans les années vingt, Neruda embrasse une carrière diplomatique et occupe différents postes de consul en Asie, notamment à Rangoon, Colombo, Batavia (Java) et Singapour. La guerre d'Espagne est le tournant de toute sa vie. Même s'il n'est pas encore un militant politique, l'assassinat de Garcia Lorca à Grenade en 1936 l'a profondément marqué. Volodia Teitelboïm a eu l'occasion de nous le raconter : " La mort de Garcia Lorca, son grand ami, l'a convaincu qu'il fallait riposter au fascisme, non en solitaire, mais de façon collective. Il reconnaît alors le rôle du parti communiste dans la lutte. Il se sent communiste à partir de l'Espagne, même s'il n'adhère au Parti communiste chilien qu'en 1945, année où il deviendra sénateur de la Coalition progressiste nationale. " Durant la guerre d'Espagne, c'est aussi avec détermination qu'il assume sa fonction de " consul spécial pour l'immigration " et affrète un navire de plus de 3 000 réfugiés espagnols en partance pour le Chili. Quand il revient d'Espagne, il passe par le Machu Pichu, qui donna son titre au célèbre poème philosophique. Comme Simon Bolivar, il dit que l'Amérique espagnole, portugaise n'est pas simplement une extension de l'Europe, mais " une mixture " où l'Européen, l'Indien et le Noir descendant des esclaves africains composent une humanité particulière, " notre Amérique ", dit-il à la façon de José Marti, le libérateur de Cuba.
À la fin des années quarante, après l'interdiction du Parti communiste, Neruda entre en clandestinité, jusqu'à sa fuite vers l'Argentine, puis il s'exile vers l'Italie et la France, où il retrouve des " amis d'âme " Paul Eluard et Louis Aragon. On le retrouve encore au Mexique, où il noue une discrète liaison avec la soprano Matilde Urrutia, rencontrée quelques années plus tôt et qui deviendra sa troisième et dernière épouse après sa rupture avec Delia del Carril, qu'il avait connue à Madrid.
Sous le gouvernement d'Allende, Neruda est nommé ambassadeur à Paris, où il recevra la nouvelle de la récompense du prix Nobel. Atteint d'un cancer de la prostate longtemps gardé secret, il demande au président Allende d'être relevé de sa charge diplomatique. Il retourne alors au Chili, à Isla Negra, dans sa maison construite face à l'océan, où il a réuni " ses jouets petits et grands ", sans lesquels il a déclaré ne pouvoir vivre. Le 11 septembre 1973, il est alité quand il apprend le coup d'État militaire, il essaie de capter les informations à la radio et lance à Mathilde qui cherche à le tranquilliser : " C'est le fascisme ! " Quelques jours avant sa mort, il dicte encore les pages de ses mémoires pour condamner le coup d'État de Pinochet, les États-Unis, Nixon et ces civils qui ont trahi la démocratie pour se rendre complices d'un massacre et d'une dictature longue de dix-sept ans.
Bernard Duraud
La genèse de la musique
du "CANTO GENERAL"
par Mikis Theodorakis
Je suis parti au Chili en 1971 sur invitation du gouvernement de Salvador Allende.
A cette époque-là, je vivais en exil et j'étais président du »Front Patriotique« contre la dictature en Grèce.
Le peuple du Chili m'a fortement impressionné. De tous les peuples que je connais, le peuple chilien est le plus proche du peuple grec, par son caractère et par son tempérament, Nous nous ressemblons avec toutes nos faiblesses, mais aussi nos forces qui sont l'enthousiasme, la foi, le pathétique, la fraternité. J'ai tout de suite reconnu dans le Chili ma seconde patrie. »Canto General« est pour moi comme un évangile de notre temps.
Neruda y révèle son âme de combattant. Son oeuvre saisit les événements historiques de son pays de façon immédiate. Elle est sensée aider les hommes à vaincre des temps de crise et à imposer le droit. Neruda, délibérément se met au service de la révolution des peuples pour la liberté, l'indépendance et la démocratie.
Lors d'un concert à Valparaiso, un groupe de compositeurs chiliens me présentaient la mise en musique de poèmes de Pablo Neruda qu'ils avaient réalisée. Après mon concert, je leur ai promis, dans un entretien derrière la scène, que je leur présenterais dans un délai d'un année une interprétation musicale du »Canto General«. Reçu par Salvador Allende, je lui racontai que j'avais entendu le »Canto General« et que je voulais le mettre en musique. Cette idée enthousiasma immédiatement le président chilien, et, comme je ne comprenais pas l'Espagnol, je lui demandai avec quel poème commencer, et Allende lui-même marqua d'un crayon bleu les poèmes qui, à son avis, se prêtaient le mieux à une mise en musique.
Après mon retour à Paris, j'ai tout de suite commencé avec la mise en musique des deux premiers poèmes: »Amor America« et »Vegetaciones«. J'ai passé l'été avec ma famille au Cap d'Agde, un lieu à la Méditerranée qui me rappelle beaucoup la Grèce. C'est là que j'ai continué mon travail et je me suis tenu à l'ordre des poèmes de Neruda. En peu de jours sont nées ainsi les esquisses pour »Algunas bestias«, »Vienen los pajaros«, »Libertadores«, »America insurrecta«, »Voy a vivir« et »A mi partido«.
De retour à Paris, le travail politique pour la résistance contre le régime des colonels en Grèce et mes obligations artistiques m'accaparaient tellement que je ne pouvais mettre sur papier que le matériel mélodique du »Canto«. A la même époque, j'écrivis à Yannis Didilis et le priai de quitter la Grèce et de venir chez moi à Paris pour assumer la direction de mon orchestre populaire. Nous donnions alors presque en permanence des concerts en Europe, en Amérique et en Australie, et le reste du temps, nous le passions dans les studios, pour faire des enregistrements de disques, de films, d'émissions pour la radio et la télévision. J'avais urgemment besoin de quelqu'un qui connaissait à fond ma musique et qui pouvait bien l'interpréter, et pour cela il n'y avait personne d'aussi compétent que Didilis. Il est donc venu un jour à Paris, sa femme et sa fille ont suivi plus tard. Ils ont loué un appartement au Quartier Latin, près de chez nous, et nous nous sommes plongés dans le travail.
Le premier soir déjà, il voulut entendre toutes les nouvelles oeuvres que j'avais écrites depuis notre séparation qui remontait à la veille du coup d'Etat du 21 avril 1967. Quand nous en arrivâmes au »Canto General«, il me demanda ce que j'avais l'intention d'en faire. »Rien, lui dis-je, car comme tu vois, j'ai trop de travail pour le moment.« - »Alors ce sera moi qui le travaillerai avec les chanteurs et ton orchestre, car ceci est ta plus grande oeuvre.«
Notre orchestre était composé des trois muiciens du bouzouki, Thanassis Sarellas, Archille Kostoulis et Andonis Polemitis, des deux guitaristes Nikos Maniatis et Nikos Moraitis, d'un contrebassiste et du batteur Gérard Berlioz, deux Français, les deux seuls d'ailleurs qui aient su lire les notes. Les chanteurs étaient Maria Farantouri, Arja Saijomaa et Petros Pandis.
Didilis se mit au travail depuis le piano. Je crois qu'il n'a pas quitté la maison dans les trois mois qui suivirent. Finalement, il réussit malgré tout à apprendre aux musiciens, phrase par phrase, une oeuvre riche en rythmes inaccoutumés et en tous points »anormale« pour des musiciens populaires. Ils devaient tout apprendre par coeur, acoustiquement.
En été 1972, j'étais de nouveau au Cap d'Agde. J'étais parti en cheval avec mes enfants en Camargue. En rentrant, ma jument s'est emballée. Etait-ce parce qu'elle avait senti l'écurie, je ne le sais pas; toujours est-il que je me suis retrouvé sur le sol. Je n'avais, par chance, rien de cassé, mais j'ai eu des bleus partout.
J'ai attrapé de fortes fièvres et ne pouvais plus bouger. C'est ainsi que m'ont trouvé les musiciens qui venaient chez moi pour les répétitions. Je dois dire que mon état les a bien amusés, ou plutôt, inquiétés, surtout que nous voulions partir, quinze jours plus tard, en Israël, en Tunisie et en Amérique du Sud..
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Je commençai néanmoins les répétitions avec les musiciens excellemment préparés par Didilis à l'endroit même où j'avais, un an auparavant, esquissé la partition. Nous travaillions d'abord »Amor America«, chanté par Maria Farantouri, »Voy a vivir« par Pandis, »Vegetaciones« et »Vienen los parajoros« par Arja Saijonmaa. En Israël, nous avons testé l'effet de ces chants, en les présentant séparément. En même temps nous travaillions les autres chants. Quand nous arrivions à Buenos Aires, nous étions à même de présenter toutes les musiques que j'avais composées. En hiver 1972, Arja est venue un matin chez moi et m'a lu une traduction de »United Fruit«. J'ai immédiatement commencé à mettre le poème en musique, et peu de temps après, Arja l'a présenté lors d'un concert en Australie. De retour à Paris, nous invitâmes Pablo Neruda pour venir écouter, dans un studio de la rue Poliveau, son oeuvre mise en musique. Il vint avec sa femme, se mit tranquillement dans un coin et suivit les répétitions pendant toute la soirée.
Le lendemain, je reçus une invitation à un d«ner à l'ambassade du Chili de la part de Neruda, en sa qualité d'ambassadeur. Durant le repas, nous nous sommes entretenus avant tout du »Canto«. Il semblait avoir pris goût à ma musique. Il prit une édition reliée en vert de son oeuvre et y inscrivit avec un crayon vert une dédicace très flatteuse pour moi, puis il dit: »J'aimerais bien que tu composes encore une musique sur ces poèmes, afin qu'une oeuvre poétique complète en résulte«, et il mit des croix à côté des titres. C'est ainsi que sont nées encore les musiques de »Emiliano Zapata«, »Lautaro« et »Sandino«.
En été 1973, nous allions de nouveau partir en tournée en Amérique du Sud. Entre-temps, Arja Saijonmaa avait été remplacée par Aphroditi Manou qui reprit ses chants et de surcro«t »Algunas bestias«.
Un matin, Neruda m'appela à l'ambassade. Je m'y rendis sur-le-champ.
»Je dois retourner au Chili, me dit-il. Il y a des problèmes m'a fait savoir Allende qui exigent ma présence dans mon pays...« Nous nous sommes quittés avec la promesse de nous retrouver dans quelques semaines au Chili.
Un peu plus tard, mon imprésario à Paris, Norbert Gamsohn, eut des nouvelles de Neruda. Il nous demanda si nous étions d'accord qu'il participe à nos concerts en Amérique du Sud. Bien évidemment nous étions heureux de dire »oui« et nous nous sommes donné rendez-vous au gigantesque »Luna Park« de Buenos-Aires.
A notre arrivée, nous appr«mes que le stade affichait complet pour toute une semaine. Neruda, cependant, n'était pas arrivé.
En première partie de concert, nous donnions avec un succès triomphal sept chants du »Canto General«. Immédiatement après le concert, je téléphonai à Neruda. Il était chez lui à Isla Negra sur la côte chilienne. Ce fut la dernière fois que j'entendis sa voix.
»Notre oeuvre a eu un succès triomphal.« - »Envoie-moi un enregistrement!« - »Le public vous a toujours réclamé, pourquoi n'êtes-vous pas venu?« - »Je suis navré, mais les rhumatismes me clouent au lit. Je vous promets d'être le semaine prochaine dans le stade de Santiago. Je ferai une lecture...«
Neruda croyait qu'il avait des rhumatismes, en fait, il souffrait de la leucémie.
Peu avant que nous allions partir pour le Chili, la prochaine étape de notre tournée, le secrétaire personnel d'Allende, Monsieur Tejes, me téléphona: »Vous ne pouvez pas venir maintenant. Nous avons divers problèmes que nous devons d'abord résoudre. Nous vous attendons dans un mois...« C'est ainsi que nous sommes d'abord partis au Vénézuéla, où nous appr«mes la nouvelle du coup d'Etat au Chili.
Quelques semaines plus tard, ou était-ce quelques jours, je ne m'en souviens plus exactement, toujours est-il que nous étions au Mexique, un autre choc allait nous bouleverser: NERUDA ETAIT MORT!
Le même jour, nous participâmes à une énorme démonstration au centre-ville de Mexico et inaugurâmes le soir à l'Opéra une nouvelle série de concerts, avec lesquels nous rendions attentifs aux destinées de la Grèce, qui souffrait encore sous la junte, et du Chili, et qui, en même temps, étaient dédiés à la mémoire du grand poète et révolutionnaire.
Nous avions joué des dizaines de fois dans des dizaines de pays le »Canto General« dans sa version originale pour accompagnement d'orchestre populaire. C'est alors qu'est né en moi très lentement le souhait de m'en occuper encore une fois de façon intense, afin de lui donner sa version définitive. En hiver 1973/74, toujours à Paris, je commençai à réaliser l'arrangement orchestral. En retravaillant les sept premières parties, je n'ai curieusement pas pris en considération »Amor America«.
Pour réduire les frais qui sont toujours un cauchemar, j'ai essayé de limiter autant que possible le nombre des instruments et des musiciens, ce qui revenait à dire, que je maintenais la même distribution pour tous les morceaux.
Ayant essayé toutes les possibilités, je me suis décidé pour une version avec choeurs, deux pianos, trois guitares, une contrebasse et six percussionnistes qui devaient jouer chacun un grand nombre d'instruments. Quand j'avais fait le premier arrangement orchestral pour les sept premiers morceaux, j'avais utilisé aussi trois bouzoukis. J'ai remplacé ceux-ci dans l'arrangement des six derniers morceaux par trois flûtes parce qu'il est, surtout à l'étranger, souvent difficile de trouver des musiciens du bouzouki. Il est cependant loisible au chef de choisir entre flûtes et bouzoukis.
En septembre 1974, les quatre premiers morceaux ont été créés à la Fête de l'Humanité avec les solistes Maria Farantouri, Petros Pandis, Lakis Karnezis, le Choeur National de France sous la direction de Jacques Grimbert, un orchestre de musiciens français, dont les Percussions de Strasbourg, et le pianiste Alberto Neuman. En été 1975, après la chute de la dictature en Grèce, des productions des sept premières parties ont eu dans la même distribution dans les stades de Karaiskakis, Panathinaikon, Kautzsantzoglio et Panaheikis. Yannis Smirneos y a même réalisé une prise en direct »open air«, ce qui constituait une performance. Mais, j'ai dû attendre l'hiver 1980/81, avant de pouvoir, toujours à Paris, terminer les compositions et les orchestrations des derniers cinq morceaux: »Amor America«, »Sandino«, »Lautaro«, »Zapata« et »A mi partido«, et, bien sûr mon »Requiem« pour Pablo Neruda, par lequel, je crois avoir exprimé, en quelques vers seulement que j'ai écrits en hommage au grand poète, ma philosophie et toute mon amertume sur l'oppression et l'asservissement de toutes les valeurs spirituelles contemporaines par des régimes affreux.
J'avais la chance de découvrir l'excellente chorale de St. Jakob à Stockholm sous la direction de Stefan Sköld. J'en dois la connaissance à Ingmar Rhedin, le traducteur suédois d'«Axion Esti«, et à son grand amour pour mon oeuvre.
Avec le talentueux chef d'orchestre grec, Alexandre Myrat, comme assistant et chef des choeurs, nous sommes allés en Suède. Après deux semaines de répétitions, nous y avons donné notre premier concert au Luna Park, pour partir ensuite vers les centres musicaux d'Europe: cent choristes, garçons et filles, quinze musiciens, deux chanteurs, trois chef d'orchestre, les techniciens, les ingénieurs du son et l'imprésario en deux bus... Nous les avons dénommés les bus de la musique, de la paix et de l'amitié. Stockholm, Malmö, Hannovre, Hambourg, Berlin, Stuttgart, Munich, Mayence, Bruxelles, Paris et Lyon ont été les étapes de cette tournée. C'est au cours du concert au Hall Olympique de Munich qu'a été réalisé l'enregistrement intégral de la partition.
Entre-temps, le »Canto General« a été réalisé dans sa version définitive par le Choeur et l'Orchestre de la Radio de Berlin-Est, par des musiciens du Nicaragua, par différents choeurs cubains à La Havane et, début décembre 81 par les Choeurs et l'Orchestre de la Télévision de Helsinki, avec Arja Saijonmaa, comme soliste.*)
J'ai dédié le »Canto General« à mon cher ami et collaborateur Yannis Didilis, car sans lui, l'oeuvre serait toujours enterrée sous mes esquisses musicales et attendrait encore la main qui la sortirait à la lumière.
© Mikis Theodorakis & Guy Wagner
*) Notes (GW): Depuis les réalisations du début des années 80, l'oeuvre a connu sa création aux Etats-Unis en août 1985, avec Margaret Pikes, Petros Pandis, les Choeurs et l'Orchestre de Stefan Sköld; une réalisation bulgare de la même époque avec Natalia Peveva et Stefan Soblev, le Choeur et l'Orchestre Nationaux de Bulgarie, sous la direction de Georgi Robev, a paru sur disques »Balkanton«, une autre réalisation avec Nelly Freyda et Marius Monkou, direction: Jan Lameris, a également été diffusée sur disque, tout comme celle du »Sängerhaufen« de Hamburg, dirigé par Irmgard Schleier, avec Arja Saijonmaa et Petros Pandis, alors que le remarquable enregistrement en studio par Alexandra Papadijakou et Francisco Voutzinos, le Rundfunk Chor Berlin et un orchestre de studio, sous la direction de Loukas Karytinos, a servi de bande sonore pour un »poème pour danseurs«, dans une chorégraphie de Harald Wandtke, créé le 13 mai 1989 à Berlin-Est.
En avril 1993, vingt ans après qu'il devait être donné à Santiago, le »Canto General« de Neruda et de Theodorakis a été enfin créé au Chili, avec Arja Sajonmaa et Petros Pandis en solistes, pour fêter le retour à la démocratie du pays.
«Canto General» est la Bible du continent américain. Dans cet «opus magnum» de 342 poèmes, Pablo Neruda, «mécanicien de l’âme» (Danae Stratigopoulou), évoque en des images saisissantes la naissance de ce continent et l’histoire des peuples qui y ont vécu, qui y vivent, y souffrent et y luttent contre les oppresseurs venus avec les armes pour exploiter les hommes et la richesse d’une nature exubérante. C’est ce qui confère à l’oeuvre son caractère universel. Cette poésie «tellurique» (J.-P.Vidal) parle en des métaphores puissantes, en des déferlements d’images et de rythmes, de l’univers, au centre duquel il y a l’homme, l’homme comme élément de la nature, qui en souffre et qui en tire en même temps sa force. Les rapports entre l’homme et la nature deviennent symbole et modèle pour les relations entre les êtres.
Pablo Neruda a écrit la majeure partie de son épopée, alors qu’il était en fuite et en clandestinité, à la suite de ses accusations contre le président du Chili, le futur dictateur Gonzalez Videla qui mit sa tête à prix. Traqué par la police, Neruda a traversé les «champs, les ports, les villes, les campements, les maisons des paysans, des ingénieurs, des avocats, des médecins, des compagnons». C’est pour cela que le «Canto General» est devenu ce cri déchirant de révolte contre toutes les forces et toutes les formes d’oppression, depuis celle des conquistadores sur les indigènes jusqu’à la terreur exercée par les dictateurs contemporains, les «mouches», mais aussi ce grand chant de solidarité avec les opprimés, les humiliés et les exploités: les travailleurs dans les mines de cuivre et de nitrate, les indios, les péons, les bûcherons; une déclaration d’amour pour les gens simples, pour l’homme et la femme qui s’aiment et qui s’engagent pour un monde futur et meilleur: «J’écris pour le peuple bien qu’il ne puisse / Lire ma poésie avec ses yeux ruraux.» Jamais auparavant, une relation aussi forte entre une oeuvre poétique et un continent tout entier n’avait été établie, jamais un auteur n’avait exprimé aussi intensément et aussi radicalement son refus de la peur en face de l’oppression: «Mes vers ne veulent pas se soumettre à la vision déçue d’un monde en décrépitude, mais ils ne se soumettent pas non plus à une vague et douloureuse adoration de quelque chose qui n’a plus de signification vivante», a dit Neruda.
Quand il a obtenu le Prix Nobel en 1971, son «Canto» a été défini comme «le poème américain qui donne vie aux destinées et aux rêves d’un continent et dans lequel un continent prend conscience de sa valeur».
Fait anecdotique mais tellement significatif: Pablo Neruda a considéré la poignée de main du roi de Suède à l’occasion de la remise du Prix Nobel comme une «réminiscence de l’ancienne politesse des palais vis-à-vis des troubadours».
Moins de deux ans plus tard, le 11 septembre 1973, son ami, le président Salvador Allende a été assassiné et la maison de Neruda a été saccagée et les livres couronnés du Prix Nobel ont été brûlés. Douze jours après la chute de l’Unidad Popular, pour laquelle il s’était engagée pendant des décennies, le poète est mort à l’âge de 69 ans.
«Pablo Neruda, presente!» criaient des milliers de Chiliens qui accompagnaient le poète au cimetière, entourés et escortés d’agents de la police secrète et de soldats en armes, prêts à tout moment à intervenir, à matraquer et à procéder à des arrestations.
«Ce fut la dernière démonstration publique de l’Unidad Popular au Chili et la première démonstration publique de la résistance au régime fasciste», a noté Joan, la veuve du poète et chanteur Victor Jara, assassiné en septembre 1973 dans le stade de Santiago.
Rien d’étonnant que le «Canto General», cette oeuvre singulière, unique dans la littérature contemporaine, ait fasciné Mikis Theodorakis, car Theodorakis a toujours été animé des mêmes idéaux que Neruda, idéaux pour lesquels il a été emprisonné, déporté, torturé, exilé.
Rien d’étonnant non plus que sa mise en musique de poèmes du «Canto General» reflète le même élan vital, la même intensité expressive, la même vérité que la poésie. Cette vérité est celle de l’engagement, et tout en évoquant les caractéristiques de la musique latino-américaine et l’esprit de la «grécité» (non seulement par l’utilisation du bouzouki), la musique n’est pas moins universelle que le poème-fleuve qui l’inspire, alors que le choix des poèmes fait sur le conseil d’Allende et de Neruda, est tel qu’ils constituent en fait la synthèse du «Canto General», dans laquelle s’alternent les élans épiques et les chants intimes.
Le compositeur caractérise cette alternance, en différenciant l’ampleur de l’instrumentation et les moyens vocaux mis en oeuvre. Ils vont du choeur «a cappella» à l’explosion hymnique par toutes les voix, solistes et chorales, et par l’éclat d’un orchestre, inaccoutumé, certes, mais si proche de l’esprit de la musique latino-américaine et tellement expressif; y domine l’élément rythmique, le poids mélodique étant porté sur les voix.
Pour ce qui est du choix des poèmes en détail, il y a, en premier lieu, les vers merveilleux qui évoquent la genèse du continent, la naissance de la végétation, des oiseaux et de certaines bêtes: Vegetaciones, Vienen los pajaros, Algunas bestias. Il y a ensuite les poèmes qui témoignent de l’oppression et de l’exploitation du continent sud-américain: La United Fruit Co, et de l’amour de Neruda pour sa terre opprimée: Amor America...
Il y a ceux qui prennent le contrepied et qui chantent les luttes héroïques et folles pour la libération de cette terre meurtrie: Los Libertadores, America Insurrecta, et ceux qui évoquent les grandes figures de ces combats généreux: Lautaro, Sandino, Emiliano Zapata. Il y a les mots tout simples et intimes par lesquels Neruda se découvre et s’implique lui-même dans ce monde en gestation et en évolution et par lesquels il exprime ses convictions politiques: Voy a vivir, A mi partido, et, enfin, il y a, au coeur même de la partition, le Requiem que Theodorakis a écrit pour Neruda, ce compagnon de lutte qui était devenu son ami.
Par la symbiose de tous ces courants de la pensée et de l’expression musicale, la partition trouve une authenticité unique dans la musique contemporaine et, notamment en Amérique Latine, elle bouleverse les auditeurs au plus profond d’eux-mêmes et les émeut aux larmes.
C’est pour le plus grand public possible, ou plutôt, comme le dit Neruda à propos de ses vers, c’est pour le peuple que Theodorakis a écrit cette partition, et même si le peuple ne peut pas lire les vers du poète «avec ses yeux ruraux», il peut les écouter avec son coeur et y projeter l’expérience de tous ces hommes et femmes qui l’ont précédé dans la lutte pour un monde plus humain et ceux qui sont ses compagnons d’armes et de route.
« UNA ARDIENTE PACIENCIA. EL CARTERO DE NERUDA »
Spectacle Opéra Théâtre
" UNA ARDIENTE PACIENCIA. EL CARTERO DE NERUDA "
Une adaptation bilingue de l'œuvre de Antonio Skármeta
MAISON DE L'ESPAGNE
Représentation à la Plaza Mayor
7 ter et 9, rue Mignet
13100 Aix-en-Provence
Mario Jiménez, un jeune pêcheur, décide d 'abandonner son métier pour devenir le facteur de Isla Negra, où la seule personne à recevoir et à envoyer du courrier est le poète Pablo Neruda. Mario admire Neruda et espère patiemment le jour où celui-ci lui dédicacera un de ses livres, ou simplement que se produise autre chose que le bref échange de mots habituel. Son souhait se voit finalement exaucé, et entre les deux hommes va naître une relation très particulière. Cependant, l'atmosphère inquiétante qui règne au Chili ces années-là va précipiter un dénouement dramatique.
Mieux connaître…
L'auteur
Estebán Antonio Skármeta Branicic est né en 1940 à Antofagasta, au nord du Chili. Il commence à écrire dès son enfance. Après des auteurs comme Rulfo, García Márquez et Cortázar, il préfère quant à lui créer une littérature plus réaliste " où quand un personnage meure, il meure ". A la fin des années 60, il publie un recueil de récits, " El entusiasmo ", et en 1969 remporte le prix Casa de las Americas avec son essai " Desnudo en el tejado ". Il abandonne le Chili en 1973 suite au coup d'Etat contre le gouvernement de Salvador Allende et vit pendant un an en Argentine. Il s'installe ensuite à Berlin où il enseigne la scénographie à l'Académie de Cinéma et de Télévision. En 1975, il publie un premier livre racontant son exil (" Soñé que la nieve ardía ") et cinq ans après le roman " No pasò nada ", l'exil du point de vue d'un adolescent. Dans les années 80, il écrit " Una ardiente paciencia " pour le cinéma. Après le succès phénoménal du film au Chili et partout dans le monde (il obtient par exemple 5 nominations aux Oscars), " Una ardiente paciencia " sortira sous forme de roman. A la chute de la dictature, en 1989, il retourne à Santiago et commence à travailler pour le cinéma et la télévision. Il est actuellement ambassadeur du Chili en Allemagne. Ses recueils de nouvelles et ses romans ont été publiés dans plus de vingt langues. De son roman " Una ardiente paciencia ", Michael Radford a fait le film " Le Facteur " (" Il Postino"), avec Philippe Noiret dans le rôle de Pablo Neruda et Massimo Troisi dans celui du facteur, film qui a également connu un succès mondial.
La genèse de l'œuvre
Dans la préface de son roman, Antonio Skármeta raconte que, jeune journaliste faisant ses premiers pas de romancier, il était allé voir Pablo Neruda dans son refuge d'Île Noire, petit village côtier du Chili. Déçu par le refus de l'écrivain d'écrire pour lui la préface d'un livre qu'il n'avait pas encore achevé, Skármeta partit se promener dans l'île et c'est ainsi, dit-il, qu'il rencontra les personnages d'un roman qu'il mit quatorze ans à écrire et dans lequel il mêla la fiction, l'histoire contemporaine du Chili (le roman est censé se passer en 1969) et des éléments de la vie de Pablo Neruda. Antonio Skármeta tira lui-même de son oeuvre un film en 1983 et une pièce de théâtre en 1984, tous deux reprenant le titre du roman qui est la citation de Rimbaud avec laquelle Pablo Neruda avait terminé son discours à Stockholm, lors de la remise du Prix Nobel de Littérature qui lui avait été décerné en 1971 : " Ce n'est qu'au prix d'une ardente patience que nous pourrons conquérir la cité splendide qui donnera la lumière, la justice et la dignité à tous les hommes. Ainsi la poésie n'aura pas chanté en vain ".
Notre point de vue sur le roman
"Le facteur et le poète", ce pourrait être le titre d'une fable. D'autant que, si on regarde de plus près, le boulot de ces "hommes de lettres"' semble bien complémentaire : si le facteur est celui qui amène la lettre, le poète serait celui qui la remplit. Lorsque le facteur veut conquérir le cœur de celle qu'il aime, quelle aubaine pour lui de pouvoir demander l'aide du poète. Quand ce dernier reproche au facteur de lui avoir volé ses vers, le facteur lui répond que "la poésie n'appartient pas à celui qui l'écrit, mais à celui qui s'en sert". Plus tard, quand le poète partira loin, sur un autre continent, la poésie retrouvera encore toute son utilité, pour réunir les deux amis. Le poète fera le plus beau cadeau qu'on pouvait faire au facteur: celui de lui envoyer une lettre. Et pas n'importe quelle lettre, une vraie lettre: une lettre avec un post-scriptum! Le facteur, de son côté, accomplira avec ferveur la tâche d'enregistrer pour son ami, sur un magnétophone, les sons de son île, de la mer: les matériaux de son travail qui lui manquent tant dans son éloignement. Mais cette histoire se déroule au Chili, à une époque où les illusions et les passions de la politique entraîneront ce pays dans une guerre civile qui l'exilera loin de la démocratie. La poésie qui pouvait servir à l'amour et l'amitié, se montrera bien impuissante face aux armes, aux dictateurs et à la mort. On aime le livre, on aime l'écriture de Skármeta, on aime son histoire et sa façon de nous la raconter, malgré, peut-être un essoufflement dans le récit sur la fin.
Lu dans la presse
" El cartero de Neruda " est une superbe nouvelle, une bonne illustration de la possibilité de créer une nouvelle avec des personnages très proches - dans ce cas, Pablo Neruda - sans que le texte ne dérive vers le sentimentalisme ni vers le simplisme... La nouvelle est en grande partie un chant bouleversant, jamais terne, où la poésie et l 'amour s'expriment dans leur vitalité la plus frappante et la plus vivace. "
Miguel García Posada, dans "Babelia", El País, 17/06/1995.
Le film
Le film de Michael Radford, réalisateur britannique, est un succès mondial. Il a même conquis le public américain et a été nominé pour l'oscar du meilleur film (et non du meilleur film étranger), ce qui, pour une modeste production européenne, est un événement. Basé sur le roman de Antonio Skármeta dont l'action, normalement située dans le Chili des années 60-70, est transposée dans l'Italie des année 50-60. Comment expliquer que l'histoire d'un italien désœuvré qui s'éveille à la poésie au contact du grand poète chilien Pablo Neruda, ait conquis les spectateurs d'outre-Atlantique ? La poésie, incarnée par Pablo Neruda, semble ne pas être ce qui intéresse Radford. Le petit facteur a, lui, les faveurs de la réalisation. L'acteur Massimo Troisi, mort quelques jours après la fin du tournage, apporte un souffle d'authenticité et d'émotion à l'ensemble. Subtil mélange de naïveté et de retenue, son jeu finit par occuper tout l'écran . Le personnage en vient à sortir du cadre trop étroit du récit, nous entraînant avec lui, comme dans cette scène, la plus émouvante, où il avoue ne jamais avoir écrit un seul vers et ne pas être un poète. Etrange lucidité qui court-circuite l'initiation, l'un des sujets du film, et qui vient rompre l'illusion du spectateur.
" C'est un film qui fait rire et pleurer... Qui plaît aux gens simples comme aux intellectuels... Ce n'est pas un film spectaculaire, speedy... Les gens aujourd'hui ont sans doute besoin de spectacles de ce genre-là. Un film de contemplation. On ne fait plus de films de contemplation..."
Michael Radford
"Un Napolitain, c'est un être misérable condamné à être sa propre caricature", disait Massimo Troisi. Il n'a cessé de prouver le contraire. On ira voir Le facteur comme on lirait sa dernière lettre ".
Vincent Remy, Télérama n°2415 - 24 Avril 1996
Réalisation: Michael Radford. Scénario: Michael Radford d'après le roman " Une ardente patience " de Antonio Skármeta. Image: Franco Di Giacomo. Montage: Roberto Perpignani. Musique: Luis Enrique Bacalov.
Avec: Massimo Troizi (Mario), Philippe Noiret (Pablo Neruda), Maria Grazia Cucinotta (Beatrice).
RUINAS NERUDIANAS EN EL CENTENARIO DEL VATE
Por Rolando Gabrielli - Periodista
La arquitectura de edificios y construcciones nunca ha competido en Chile con la arquitectura poética del país. Cuando los conquistadores fundaban ciudades en Chili, país del confín del mundo, los mapuches incendiaban los caseríos, destruían las fortalezas del invasor. Los orgullosos hijos de la tierra, incendiaron Santiago y al ritmo de sus ataques las iglesias y cualquier otra edificación de la época se convertía en escombros, cenizas de su propia y odiada historia.
Sangre y ruinas dejaron los conquistadores, y los mapuches, los flamantes araucanos según Alonso de Ercilla y Zúñiga, jamás aceptaron la arquitectura física del invasor, la imagen torva de la cruz y la espada sobre la geografía de Chile
Siglos de siglos bajo el acero de la espada, la araucanía defendió su honor, la tierra, el orgullo, su razón de ser, el Sur del Sur, el origen de todas las cosas, la libertad como principio y fin del hombre, y nos heredó esa altivez, la pasión eterna por nuestra geografía y sabemos que en Chile existió una raza de valientes y sencillos toquis que se inmolaron en una lucha desigual frente al invasor... gente tan gallarda...no ha habido rey jamás que sujetase esta soberbia gente libertada.
El poeta de La Araucana se refería a los aucas, rebeldes, como el imperio Inca llamaba a los mapuches chilenos, a quienes no pudo someter.
Chile carece de grandes monumentos de pasado de conquistas y colonial, Santiago fue una olvidada capitanía, una provincia sin estilo, abandonada a su suerte y a los terremotos, al retazo de sus arquitectos que parchaban la fealdad con construcciones híbridas, el estilo de lo posible.
Ningún amor por el pasado en ruinas y quizás no era posible ver en el espacioso valle, rodeado de la hermosa, imponente cordillera de los Andes, más belleza que sus torres eternas nevadas, en el esplendor del atardecer o en el ocaso de sus florecientes ruinas.
Pero una ciudad se ama por sus historias y vivencias, por el paisaje íntimo de la piel, sus estructuras vacías entonces adquieren la propiedad de que todo es posible y así se reencanta la vida, las pequeñas cosas que nos suelen hacer vibrar y aturden también con sus tristezas y abandonos.
El hombre ha demostrado su eterna hostilidad y desprecio con el medio ambiente, la geografía, las construcciones que el mismo levanta y derriba casi con desprecio y olvido. Inventa guerra para construir un escenario cargado de adrenalina y poder, que terminará por arruinar lo que el pasado erigió en su momento de esplendor y renacimiento, y se refugiará en el dolor y en la transitoria victoria. El hombre juega a la construcción de sí mismo y desconoce el vuelo de una paloma que atraviesa frente a su ventana. Las ruinas suelen ser nuestro paisaje interior más perfecto.
Los chilenos somos testigos de las ruinas que nos devuelve la naturaleza con sus grandes terremotos, la desolación del paisaje, el sueño del hombre que recorre con audacia la geografía de Norte a Sur y viceversa, en el confin de la chilenidad, donde la Patagonia nos hermana en la consanguinidad chileno-argentina.
Todo el espacio y la energía del canelo y de la araucaria, sostuvieron nuestros antepasados, en el perfil de la agonía y muerte de una raza de valientes.Héroes anónimos que la poesía de Alonso de Ercilla y Zúñiga recoge en el clásico La Araucana y que Pablo Neruda, recrea con la visión contemporánea de la naciente nación. Ambos, poetas de la nacionalidad y del Chile profundo. Dejaron su testimonio, la palabra, la palabra, amigo lector. Ahí, donde la geografía reclama la salvaje belleza de la vida, con su heroicidad de peñascos solitarios y nieves tendidas sobre la cordillera y el piso de una tierra firme, espléndidamente solitaria, visitada por el sol y la luna, el rumor lleno de hojas muertas que van pudriéndose y renaciendo con la nueva vida.
La casa de un poeta debiera ser sagrada, como la casa del canelo, y de cualquier otro hombre. La casa es la vida. La casa es la historia. La casa es el espacio personal, lo que habitan los sueños. La casa es el caracol con su ruido de olas y la fantástica aventura de la infancia. Se puede nacer y morir en una casa.
Territorio, siempre sagrado. La casa es el sello personal del hombre y su familia. La casa es el tiempo memorioso de nuestros padres. La casa es la huella que no vacila en recogernos cada noche. La casa eslaconstrucción de una vida.
Por estas y otras razones, casi no me sorprende que se haya demolido la casa natal de Pablo Neruda, a pocos meses de su centenario. Neruda nació en Parral, en la región central de Chile, zona de viñedos, pero se crió en Temuco, La frontera, zona de la araucanía, donde se hizo poeta y escribió sus primeros versos. Sus casas emblemáticas las construyó en Isla Negra, cordillera de la costa, Valparaíso (La Sebastiana) y Santiago (La Chascona). Además está la casa mexicana en Santiago, Michoacán, que compartió con su mujer más importante quizás, la pintora argentina Delia del Carril, hoy museo.
Durante el golpe militar del 11 de septiembre de 1973, La Chascona, su casa en Santiago, fue saqueada, inundada por un río empujado en sus aguas por manu militari, vandalizada, pero sobrevivió. De una demolición, ya nadie se recupera. Sólo los escombros permanecen vivos en la memoria y la desidia de las autoridades chilenas. Lamento que el presidente Ricardo Lagos, un conocedor de Neruda, haya condecorado a Don Francisco con la orden Gabriela Mistral, mientras se demolía la casa de Neruda. Una doble ruina para la poesía, señor Presidente.
30 noviembre2003
La poesía siempre será más importante que los poetas y perdurará la palabra sobre sus cenizas y equivocaciones humanas. Pablo Neruda, que aún no cumple cien años de edad (al momento de la redacción de este articulo), sigue siendo discutido por sus pares, generaciones nuevas, propios y extraños. Esa es la gracia de un gran poeta. Durante medio siglo, el vate de Isla Negra, contaminó la poesía chilena y castellana. Un tiempo que no es poca cosa en cualquier calendario. Construyó una obra con la materia de sus palabras, sin parar, y sigue siendo motivo de críticas, aceptación, rechazo, en fin, el menú variado de toda poesía que importa.
Esta vez le tocó a Gonzalo Rojas, poeta chileno que ha elogiado en no pocas ocasiones al autor de Residencia en la Tierra, y con razón.
La prensa está, al parecer, para recoger estos datos ácidos sobre la poética nerudiana, siempre en un contexto reducido, mezquino, absolutamente circunstancial, que le resta brillo al detractor de turno.
La poesía de Gonzalo Rojas es distinta, para fortuna de la poesía chilena, ala de Pablo Neruda, en el contexto, sí, de la gran tradición de la poética chilena, como él ha reconocido en justicia, en ocasiones. La mayor crítica a Neruda es que escribió demasiado, no detuvo la mano el poeta ante la página en blanco y derramó poesía. Poeta torrencial, de cascada, Neruda, dejó una obra monumental, y algunos creen que es demasiado para la vida de un poeta en la tierra.
Gonzalo no es malo, pero escribe poquito, había dicho Neruda de Rojas. Y lo cierto es que, el poeta de esa generación nueva que venía con fuerza era Gonzalo Rojas, pero de pronto desapareció y se coló por los palos Nicanor Parra y su antipoesía. Eso es historia y verdadera. Tan perdido no anda! ba Neruda.
Rojas en su descaro dijo, Neruda es un verdadero genio, pero escribe demasiadito. Neruda ya había escritos sus 20 poemas, Residencias, Tentativa del hombre infinito, y no pararía desde sus 19 años en ediciones sucesivas como sacadas de un gran sombrero lleno de conejos.
Los clásicos, como Neruda, sufren de todas estas críticas, del mal gusto de sus lectores, de la tontería de una prensa no especializada, chismosa, que no hace buenas notas con antecedentes, y menos ilustra con poesía. Usan el espacio de la manera más canalla posible, fuera de contexto, con pobreza franciscana. No atinan a enseñarle a las nuevas generaciones quien fue Neruda y quien es Rojas, uno de nuestros grandes poetas en otra cuerda, en el amor y contra la muerte.
Cuando me muera, me publicarán hasta los calcetines, dijo Neruda, y eso va para todos, sin excepción. Muchas notas intrascendentes sobre el autor de Canto General y Odas elementales. Ojalá que para sus cien años la prensa tome con responsabilidad la obra nerudiana, con enfoques frescos, no manidos, ni banales, como suele ocurrir y los detractores de Neruda, sean también más lúcidos y no repitan su viejo repertorio.
El autor más recreado por el cine es el poeta y dramaturgo inglés, William Shakespeare. Eso no está mal. Es una buena tradición después de 400 años. Es bueno para la poesía, la literatura, el arte, la Gran Bretaña. por eso no le temo a que se hable de poetas, escriba, reconozca su obra, se utilicen diversas metodologías para expandir su obra, hacerla más popular.
Neruda es víctima de su fama e indudable calidad de poeta popular. Se seguirá hablando de él y de su obra. Murió solo hace 30 años. El 2004 cumplirá 100 años. Poeta joven en la tradición universal de la poesía. Esper! amos que Parra y Rojas, dos de los más grandes poetas vivos de Chile y del habla castellana, rindan un homenaje de poetas al vate de Isla Negra.
En el árbol de la poesía verdadera, hay espacio para todos, poetas..escribid, sólo escribid, amigos míos.
Rolando GABRIELLI
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