Le piège trouble du mot laïcité.

Le français de Belgique a fait tomber le mot laïcité dans un piège sémantique qui mélange allègrement laïcité politique et laïcité philosophique.

La laïcité politique n’a rien à voir avec la laïcité philosophique. Il s’agit de deux concepts totalement différents. La laïcité philosophique regroupe principalement ceux qui n’appartiennent à aucune religion : les athées et les agnostiques. Cette laïcité philosophique n’existe pas dans le français de France. Il semble bien qu’il s’agit d’une spécificité belge.

La laïcité politique, la seule connue en France, est le système qui exclut les religions de l’exercice du pouvoir politique et administratif, en particulier de l’enseignement payé par l’État. La laïcité politique est liée à la libre pensée. Cette liberté de la pensée n’a rien à voir non plus avec l’athéisme ou l’agnosticisme. Elle est le droit de croire ou ne pas croire en quelque divinité que ce soit et son corollaire, le respect des convictions des autres.

Cette confusion est entretenue plus que jamais, non seulement par l’église catholique qui reste religion d’état en Belgique (le prima de Belgique est le deuxième dans l’ordre protocolaire) mais surtout, et c’est bien plus inquiétant, par toutes les mouvances intégristes qu’elles soient musulmanes, juives, catholiques ou sectaires.

Le point commun de toutes ces croyances extrêmes est de considérer qu’il n’existe pas de droit à la non croyance ou à une croyance différente. Sur cette base il devient donc légitime dans l’esprit des fidèles, d’associer exercice du pouvoir et religion et de tenter d’imposer leur croyance, leurs pratiques et leurs traditions à l’ensemble de la société. C’est sur cette base également que la libre pensée est associée de manière parfaitement malhonnête à l’athéisme. S’il y a sans doute plus d’athées ou d’agnostiques libre-penseurs, c’est que la plupart des religions interdisent expressément à leurs fidèles de penser librement.

Aujourd’hui la variété croissante des croyances condamne l’État belge à la laïcité politique parce que c’est la seule chance d’éviter la propagation croissante des violences inter ethniques ou inter religieuses qu’on peut observer chaque jour dans les écoles ou dans la rue.

Les lois actuelles en matière de cultes permettent et financent l’organisation de cours des différentes religions dans l’enseignement payé par l’État et ce sans aucun contrôle. L’absence de connaissance de la religion musulmane a abouti à ce que des cours sectaires wahhabistes[1] soient aujourd’hui dispensés et financés par l’état, dans certaines écoles officielles, avec une interdiction de tout contrôle. Il s’agit de l’exemple le plus frappant, parce que c’est un enseignement proche de la mouvance islamiste, mais il n’existe pas plus de contrôle sur l’enseignement dispensé par les autres courants religieux qui peuvent tout aussi bien saper toute possibilité de « vivre ensemble ».

 Nous devons évidemment rester ouverts aux différents courants religieux non sectaires, mais il importe aujourd’hui de proclamer son attachement à l’État laïque et à la laïcité politique héritée de la révolution française. Ceci implique que les religions et croyances sont d’ordre privé, y compris en matière de financement.

                                                                                                Jean-Pierre Wauters



[1] Wahhabisme ou Salafisme. Doctrine anthropomorphiste principalement implantée en Arabie Saoudite, qui finance largement le culte musulman en occident. Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Wahhabisme