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de Jean-Pierre Wauters.
Dernière mise à jour: 15 mai 2012
Charles Michel, l'homme pour qui le temps s'est arrêté !
Lorsque j'entends le président du MR s'exprimer ou que je lis ses prises de position, j'ai toujours l'impression d'être revenu trente ans en arrière à l'époque de l'avènement des Thatcher et Reagan.
Charles est manifestement un homme de conviction ! Aucune crise, aucune guerre, rien ne peut entamer sa foi dans un marché sans aucune régulation. Quelles que soient les évidences des échecs dramatiques pour l'humanité d'un capitalisme sans balise, sa religion reste inébranlable. Comme beaucoup de ses pareils, il voit le fonctionnement sociétés humaines comme un mécanisme darwinien. Les forts gagnent, les faibles perdent et c'est très bien ainsi, puisqu'il est du côté des forts...
Le problème c'est que la sélection des « forts » (les « winners ») dans nos sociétés, ne dépend ni de la force physique, ni des capacités intellectuelles, ni des qualités morales. Statistiquement un enfant issu d'un milieu socio-économique défavorisé, quelles que soient ses qualités physiques, intellectuelles ou morales, n'a pratiquement aucune chance de faire partie des « forts ». Pire, la société n'a aucune chance que ses compétences contribuent à la faire progresser. Désolé, mais le darwinisme n'est pas une science sociale. La sélection naturelle se fait sur les capacités de survie, la sélection sociale sur base du portefeuille des parents !
Car c'est bien là que se trouve l'insondable fossé entre la droite et la gauche. La droite voit que les progrès technologiques n'ont pas été accompagnés de progrès de bien-être pour tous et de progrès moraux et en tire la conclusion que l'homme est la même bête qu'il y a 40000 ans et qu'on ne peut donc rien changer. La gauche considère par contre que si l'homme a été capable de progrès aussi importants dans la connaissance du monde, il peut aussi devenir un animal beaucoup plus social, plus respectueux des autres et de son environnement. La poursuite de son évolution est à ce prix. Son évolution n'est plus physiologique mais intellectuelle, principalement dans sa capacité de coopération sociale. Avec un enseignement réellement démocratique et de qualité pour tous, dont le MR ne veut manifestement pas, les progrès de la socialisation des humains ouvriront un avenir infiniment plus coopératif, plus efficace et surtout plus satisfaisant pour tous.
Gauche, droite, c'est le choix entre une possibilité d'avenir plus durable et le fatalisme.
Pour la droite, les crises, les catastrophes, les guerres, les épidémies sont des facteurs de renouvellement et donc de progrès, pour la gauche ce sont des sources de souffrances inutiles même si elles engendrent une croissance du PIB. Le saint-PIB semble être le seul indicateur intellectuellement accessible aux penseurs de droite. Même la perspective de la disparition de l'humanité ne les gêne pas vraiment. Les dinosaures ont disparu, pourquoi pas nous ?
Pour la gauche chaque crise, chaque catastrophe et chaque guerre risque de rejeter la société dans la régression, vers l'obscurantisme. La vie n'a cessé d'évoluer vers la compréhension de l'univers et il serait inacceptable que les progrès accomplis par l'homme soient sacrifiés sur l'autel de la cupidité des plus nantis. La gauche laisse une porte ouverte à l'espoir, la droite condamne à terme l'humanité à la barbarie.
Et pourtant Charles Michel ne doit pas être foncièrement méchant. Je pense simplement qu'il ne s'informe pas correctement. Il est convaincu par le capitalisme et c'est son droit. Je lui suggère donc de lire par exemple « Le triomphe de la cupidité » de Joseph Stiglitz, éminent économiste, prix Nobel, qui fut l'un des piliers de la Banque Mondiale. Peut-être comprendra-t-il alors que la voie des Milton Friedman, Reagan, Thatcher, Bush ou Merkel est sans issue et ce, même si l'on se limite à un point de vue strictement économique et bien capitaliste comme il les aime. S'il est un peu fatigué et qu'il n'a pas envie de lire une démonstration rigoureuse de 500 pages, je lui suggère de visionner le film de Michael MOORE « Capitalism : A Love Story », qui existe aussi en traduction française. Le style est très différent, bien plus distrayant même s'il fait souvent froid dans le dos. Les deux messages sont extraordinairement proches !
Il pourrait aussi s'inspirer de l'histoire, en se rappelant comment la cupidité des aristocrates a provoqué la révolution française ou comment son idée du capitalisme a provoqué la crise de 1929 et la deuxième guerre mondiale.
Bonne lecture Charles.
Jean-Pierre Wauters
Mon voyage à vélo à travers l'Europe en 2004: Télécharger le livre (1.6MB)