Le
ronron suicidaire de la Sociale démocratie.
Citoyens, Citoyennes, réveillez-vous.
Dans le train des partis socialistes, nous essayons bien sûr d’aider les plus
pauvres, de soutenir les victimes de la mondialisation, mais ce train ronronne
sur les rails de l’ultra libéralisme. Ces rails conduisent inéluctablement
à la catastrophe sociale, écologique et économique. Vous qui êtes à
l’avant de ce train, ouvrez les yeux, cherchez l’aiguillage à gauche, qui
pourrait être la seule chance d’amortir le choc pour les moins favorisés.
Cessez de suivre stupidement le convoi de la droite qui s’approche à chaque
instant du précipice et qui vous intoxique par une désinformation
soigneusement orchestrée.
Vous
dormez et vous rêvez :
Ronron,
le réchauffement climatique, ce n’est pas si grave tant que la croissance
continue.
Ronron,
le prix des énergies partira en croissance exponentielle lors de la diminution
de production du pétrole vers 2015, mais on trouvera autre chose.
Ronron,
de plus en plus de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, mais la
mondialisation leur apportera des lendemains qui chantent.
Ronron,
vous avez chacun quelques esclaves qui travaillent pour vous mais ce n’est pas
grave, on ne les voit pas ils vivent à l’autre bout du monde.
Réveillez-vous !
Prenons le problème de l’énergie, qui parle le mieux aux plus nantis.
Qu’avons-nous pour remplacer le pétrole ? Les bio-carburants ? La
première génération (blé, betterave, maïs) est enterrée avant d’être née
pour cause de prix de la nourriture et de déforestation accélérée, la deuxième
génération (plantes à croissance rapide) est un rêve de laboratoires dont la
faisabilité reste douteuse et la rentabilité économique plus encore. Au mieux
en deuxième génération, si ça marche, vous produirez 1% ? 10% ? de
la consommation mondiale actuelle ? Avec ça, dépêchez-vous de prévoir
le recyclage de tous ceux qui travaillent dans l’aéronautique et
l’automobile !
Dans
votre rêve vous dites hydrogène, pile à combustible ? Une pile à
combustible, c’est 50 à 100 gr de platine. La simple généralisation de la PAC au marché français (soit environ 2
millions de voitures par an) suffirait à générer une demande de l’ordre de
100 à 200 tonnes/an de platine, soit à peu près la consommation mondiale
annuelle de ce métal précieux.
A moins d’un miracle technologique, ce seul facteur suffirait à
condamner l’hydrogène à une utilisation définitivement marginale dans les
transports. Son mode de production, aujourd’hui basé à 98 % sur
l’utilisation d’énergies fossiles, avec dégagement de CO2, le coût énergétique
de sa compression, le rendement relativement faible des piles à combustible
contribuent à le condamner durablement à cette marginalité. Voir : http://www.industrie.gouv.fr/energie/prospect/pdf/facteur4-contrib-bauquis2.pdf
.
Autres
merveilleuses alternatives : les batteries électriques ou pourquoi pas
l’air comprimé, cher aux objecteurs de croissance ? Dans un cas comme
dans l’autre on utilise de l’électricité, qui n’est pas une énergie
primaire, soit pour la stocker directement dans une batterie (bonjour le bilan
écologique) soit dans une bombonne à haute pression, avec une nouvelle perte
de rendement du fait de la compression. Vous trouvez ça sérieux ?
Dans le
style délirant, on peut aussi proposer pour garder sa voiture, le gazogène ou
le moteur à vapeur (du charbon il en reste… temporairement), mais là vous
oubliez Kyoto définitivement !
La réalité
est que la voiture individuelle et l’aviation sont condamnées à devenir
totalement marginales d’ici la fin du siècle, voire bien avant et ceux qui
vous font croire le contraire ont intérêt à continuer à amasser un maximum
de pognon avant la fin. Mais, il vous plait sans doute de continuer à rêver.
Ronron !
Avant la
chute de production de l’énergie, ceux qui ont intérêt à continuer à
amasser du argent et pouvoir, vont joyeusement envoyer nos jeunes faire la
guerre, pour se réserver des énergies à bon compte. Je noircis le tableau à
plaisir ? Mais à votre avis que font les américains, les anglais et
quelques autres en Irak ? Et le pis c’est que la population, qui pour une
bonne part a placé l’argent de sa pension dans des fonds privés, ne peut
qu’applaudir à la défense de ses intérêts.
Je
pourrais m’étendre sur les autres problèmes énergétiques, comme le nucléaire
dont le risque est mal contrôlé par des organismes inféodés à
l’industrie. Je pourrais parler de la fusion contrôlée, qui mérite sans
doute d’y consacrer des budgets de recherche, mais dont la simple faisabilité
reste à prouver. La démonstration de faisabilité est prévue au plus tôt
dans une quarantaine d’années. Pour une rentabilité énergétique sur un
cycle complet, depuis la construction des centrales jusqu’à leur démantèlement
vous compterez cinquante ans de plus, si tant est, je le répète que ce soit
industriellement faisable ce qui est très loin d’être démontré.
Mais
qu’importe, après nous les mouches. Continuons le "business as usual",
n’empêchons pas les citoyens de consommer, laissons-les utiliser leur voiture
de société pour éluder l’impôt, privatisons les pensions pour qu’ils
soient prêts à faire la guerre en croyant défendre leur pognon. Ronron.
Implorons
la croissance, ce nouveau Dieu. Pour aider les plus démunis, il faut avoir
quelque chose à partager. La croissance serait donc indispensable au bien-être
de tous. Ça paraît tellement évident. Pour pouvoir partager une tarte il faut
d’abord avoir une tarte. C’est le genre de raisonnement simple que chacun
comprend et que la social-démocratie relaye sans état d’âme, sans se
demander qui tient la tarte, avec qui il partage ni surtout si elle est
mangeable.
Qui
tient la tarte ? Ce sont les organismes financiers, fonds de pension,
banques ou autres assureurs. Avec qui partagent-ils ? Avec tous ceux qui
ont un peu d’argent à placer. C’est futé, ainsi quand le système se
cassera la figure, et il se cassera immanquablement la figure, les dégâts
seront répartis et les États comme les organismes financiers internationaux
aideront bien entendu les organismes financiers et pas les petits épargnants
qui n’auront qu’à se débrouiller. Vision de cauchemar encore une fois ?
Vous n’avez pas entendu parler de la crise des crédits à risques ? Qui
a été renfloué par l’administration américaine ? Les propriétaires
qui ont perdu leur logement ? Dans la crise financière asiatique, la
Banque Mondiale et le FMI ont organisé les évasions massives des fonds, au détriment
de l’économie réelle et des travailleurs qui en vivent (voir Joseph E.
Stiglitz, « La Grande désillusion »).
Voyons
à présent si la tarte n’est pas empoisonnée. Dans quelle mesure la
croissance contribue-t-elle à la satisfaction de vie ? La réponse est
simple et démontrée statistiquement : il n’y a aucun rapport et,
dans les cas où il semble y en avoir un, c’est une détérioration de
l’indice de satisfaction qu’on observe en fonction de la croissance.
Au
moins, la croissance contribue-t-elle à plus de bien-être ? Pas du tout, elle
creuse l’écart entre les plus nantis et les plus démunis, pas seulement en
termes financiers mais aussi, et c’est peut-être encore plus grave, en termes
culturels avec tous les problèmes de marginalisation et de violence chez les
moins favorisée, d’insécurité pour les nantis.
Aujourd’hui
cette croissance vous permet d’acheter quoi en plus, vous les citoyens
raisonnablement nantis ? Avez-vous fait le compte des achats qui ne vous
rapportent rien en satisfaction de vie, qui bien souvent finissent à la déchetterie
en ayant à peine servi ? Avez-vous conscience du lavage de cerveau
permanent que vous fait subir la publicité ? Ce n’est plus la société
de consommation qui soutient la croissance, c’est la société du gaspillage
systématique de toutes les ressources.
Citoyens,
Citoyennes, nous arrivons à la fin d’un cycle de civilisation. Avec la fin
des énergies fossiles notre modèle technologique atteint ses limites. Lorsque
je dis qu’il a atteint ses limites je ne prétends pas qu’il n’en restera
rien. Ce qui sert vraiment l’homme dans notre civilisation perdurera. Comme
dans toutes les périodes de décadence, car c’est bien de cela qu’il
s’agit, une partie de la population vit bien et même très bien et ne prend
aucunement conscience que la fin est là. Ronron !
Nous ne
pouvons pas empêcher la fin d’un modèle de société qui atteint ses
limites, mais nous avons le devoir, en tant que responsables et que militants de
cesser de ronronner et de préparer activement cette fin, pour éviter autant
que faire se peut, qu’elle se termine dans le sang.
Nous ne
pouvons plus attendre pour mettre fin au gaspillage systématique des ressources
naturelles. Nous ne pouvons plus suivre le train de l’ultra libéralisme qui
va à la catastrophe.
La
mondialisation n’est pas une faute en soi. C’est une catastrophe sociale
mais aussi écologique et à terme économique, parce qu’elle représente
l’archétype de la jungle ultra-libérale, uniquement guidée par le profit
maximal. Même le contrôle de la libre concurrence demandé par l’OMC et
parfois appliqué par Union européenne n’a qu’une efficacité tout à fait
marginale face à la concentration historique des capitaux et du pouvoir. Toute
considération écologique ou sociale se limite à de très rares catalogues de
bonnes intentions.
C’est
pour cela Camarades, qu’il faut aujourd’hui prendre l’aiguillage de
gauche. Il faut en finir avec les crevettes péchées à Ostende, épluchées au
Maroc et mangées à Bruxelles, avec les 4x4 citadins et toute la civilisation
du gaspillage systématique et du lavage de cerveau publicitaire. Il est peut-être
temps de (re)lire Marx attentivement et de manière critique, à la lumière des
dérives mondiales du capital et de l’échec de l’application locale d’une
économie planifiée, sans moyens efficaces de prévision. Il est en tout cas
essentiel et urgent d’encadrer l’économie dans ses dérives les plus extrêmes
et de lui imposer les balises de régulation sociale, fiscale et écologique
indispensables. La gauche réformiste, au niveau mondial doit se distinguer
clairement du libéralisme et à proposer aux populations une alternative à la
catastrophe annoncée, sous peine de disparaître.
La voie
vers une nouvelle qualité de vie plus conviviale, moins trépidante, vers plus
d’égalité, plus de fraternité, plus de culture et moins de gaspillage,
existe. Cette voie part à gauche. Ayons le courage de basculer l’aiguillage,
avant de tomber dans le précipice !
Jean-Pierre
Wauters