Transformons cette crise en espoir d'avenir.

Il ne faut pas confondre le détonateur de la crise mondiale avec sa cause. Le détonateur fut la crise du crédit immobilier américain, sa cause est bien plus profonde et liée à la dérégulation totale voulue par l'ultra-libéralisme et à la mécanique des marchés financiers. Les taux de rendement financiers exigés tant par les fonds de placement que par les fonds de pension et par les actionnaires particuliers étaient considérablement supérieurs à ce que peut produire l'économie réelle.

Pour tenter de satisfaire l'appétit gargantuesque des actionnaires, la majorité des entreprises a été contrainte de se lancer dans des restructurations, des délocalisations, des regroupements et des réductions de coût abandonnant toute vision sociale ou écologique. Nous voyons aujourd'hui de manière éclatante qu'il n'y avait pas non plus de vision économique durable.

La logique du marché financier ultra-libéral, sa seule logique, est celle demandée par le client, vous et moi: le rendement maximum. Globalement aucune considération sociale, écologique, morale ou de sauvegarde des ressources n'est prise en compte de manière sérieuse. Même l'argent sale du crime organisé ou de la drogue n'a jamais eu de vrai problème à être placé dans le système.

Aujourd'hui la bulle explose et les gouvernements majoritairement libéraux tentent de cacher par divers artifices qu'ils sont contraints de nationaliser les institutions financières. J'entends même des ministres progressistes dire que cette nationalisation ne peut être que temporaire et que l'État ou même l'Europe n'auraient pas vocation de gérer les finances. Je leur pardonne parce qu'en ce moment ils ont des fréquentations ... qui sont ce qu'elles sont et que la fatigue des derniers jours leur a sans doute fait perdre une part d'esprit critique.

Selon mon analyse (qui vaut probablement autant que celle des économistes bloqués dans leur quête du profit), l'une des meilleures chances d'affronter les défis économiques, écologiques, sociaux et des ressources est justement la nationalisation définitive de tout le secteur financier.

Ceux qui rendront au privé la gestion de l'économie, perdront toute chance d'affronter efficacement les défis du réchauffement climatique, de la fin du pétrole ainsi que les conséquences sociales et le chaos qui en découleront. Sans en revenir à une économie planifiée qui a montré ses limites, il serait totalement irresponsable de rendre les leviers financiers à un système privé dont la mécanique est conçue pour assurer le profit maximum, sans aucune prise en compte des conséquences sociales, environnementales ou même macro-économiques.  L'effet de cette mécanique en temps normal est la concentration des richesses. Les riches deviennent de plus en plus riches, les pauvres plus pauvres. L'amoralité des mécanismes financiers est dans leur nature: le profit maximum sans autre considération.

Face aux défis climatiques et environnementaux, à la fin des énergies fossiles et aux conséquences sociales qui en découleront, l'économie libérale conduirait inéluctablement à un chaos dont la crise actuelle a bien des chances de n'être qu'une pâle préparation.

Alors, profitons de cette crise pour garder les leviers de l'économie là où ils peuvent être manœuvrés dans l'intérêt général des populations, au niveau des États ou mieux au niveau des sous-continents. Ouvrons ainsi aux générations futures des perspectives d'avenir durables avec des outils permettant de favoriser les choix sociaux, écologiques et moraux. Ne reprivatisons en aucun cas les instrument financiers.

Jean-Pierre Wauters