Cette page Web est Moise - son enseignement
Etienne PETIT
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MOSAÏQUES  Tome II

Moïse en marge de son enseignement
 
                                                        IV     son schisme
                                                         V     son alliance
                                                        VI     son amalgame
                                                        VII     sa tradition


 

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Quatrième partie

 

MOÏSE

Le nationalisme hébreu

 


 

Moïse-4 : son schisme

 


 

Ta postérité conquerra la porte de ses ennemis.

Par ta postérité se béniront toutes les nations de la terre.

 

 

Les trois grandes religions de notre Occident trouvent leur origine commune dans le prophète mythique Abraham. Nous ne possédons aucun élément historique sur ce personnage, si ce n’est qu’il aurait été originaire d’Ur (ou Our), une ville méridionale de la Mésopotamie. Les textes bibliques précisent « Ur en Chaldée », mais cette Chaldée est un terme tardif (mentionné pour la première fois dans une déclaration du IX siècle avant notre ère) et qui désigne une région mal définie, pratiquement synonyme de « Pays entre les deux fleuves ». Nous voici donc en Mésopotamie, entre Sumer et Akkad.
 

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Notre connaissance des dynasties sumériennes repose principalement sur deux documents du XVIII siècle avant notre ère. Ces deux textes sont répertoriés suivant les initiales du mécène qui a permis leur acquisition (Weld-Blumdell). Ce sont le prisme WB444 et la tablette WB62. Le prisme nous donne la liste des rois depuis le déluge jusqu’au XVIII siècle ; la tablette nous donne celle de rois antédiluviens. Ces documents affirment ainsi le déluge comme un événement réel.
 
Ce n’est pas pour rien que le Tigre porte son nom. Ses crues sont extrêmement importantes. Les ponts par exemple qui enjambent le Tigre à Bagdad, débordent souvent sur plusieurs kilomètres, du lit du fleuve « au repos ». Nous pouvons ainsi comprendre le déluge – tel que celui de la tradition sumérienne, repris plus tard dans la Bible -  comme une crue sans doute exceptionnelle, (en tout cas mémorable) et peut-être accompagnée de pluies torrentielles. On s’accorde généralement à situer ce cataclysme vers ~3000. Il y a donc les rois d’avant la catastrophe, et ceux d’après.
 
Les découvertes archéologiques semblent confirmer l’exactitude des listes royales des manuscrits WB, puisqu’elles mettent régulièrement au jour, des vestiges attribués à des souverains que l’on croyait légendaires, mais qui sont néanmoins repris sur ces listes. Par contre, nous ne pouvons tirer aucun renseignement chronologique des durées de règne attribuées à ces rois. Huit souverains d’avant le déluge auraient cumulé à eux seuls des règnes s’étalant sur 241.200 ans ; et ce serait une durée de 22.045 ans qui séparerait le même déluge (~3000) de l’écriture du manuscrit (~1750).
 
On ne peut s’empêcher d’établir ici une évidente relation entre les durées attribuées à ces règnes, et les durées de vie ou de règne tout aussi excessives attribuées aux Patriarches par la Bible.
 

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Les Sumériens - premiers habitants à nous avoir laissé des documents « historiques » en Mésopotamie - n’en étaient pourtant pas les populations originelles. Les peuples qui ont formé la civilisation de Sumer ont été des envahisseurs, venus vraisemblablement de l’Est, et devant qui durent s’incliner les populations autochtones, d’origine sémitique.
 
La Bible nous confirme d’ailleurs ce brassage de populations.
    Comme les hommes se déplaçaient à partir de l’Orient,                                           [Gn XI, 1]
    ils trouvèrent une plaine au pays de Shin‘ar
    et ils s’y établirent.
 
La ville d’Our était le foyer par excellence de Sumer. Mais lorsque les Sumériens furent éliminés de la scène politique, leur civilisation continua à s’imposer, même au-delà des anciens foyers mésopotamiens. La langue, par exemple, allait rester le véhicule religieux (un peu comme notre latin, après la chute de Rome). Il faut donc  soigneusement distinguer l’époque politique de Sumer, et la civilisation qui se perpétuera bien après l’hégémonie sumérienne.
 
L’époque sumérienne proprement dite comporte :
-          l’époque pré-sargonique                  ~2800 -  ~2450
 
Elle sera suivie de l’époque d’Akkad, avec
-          deux dynasties sémitiques               ~2450 -  ~2200
-          une troisième dynastie                     ~2111 -  ~2003
          (à nouveau Sumérienne, apogée de la cité d’Our)
 
L’époque d’Elam, avec                       (à partir de ~2003)
la rentrée en force des Sémites.
           (avec Hammourabi à Babylone)  ~1792 -  ~1750
 

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Nous savons donc qu’Abraham était Sémite et qu’il était originaire du pays de Sumer. Mais nous ne connaissons rien de son époque, si ce n’est qu’il aurait vécu « après » le déluge, puisqu’il est un descendant de Sem, lui-même fils de Noé. Et le texte précise qu’il nous venait de « Chaldée ».
 
La première mention de cette région dans un texte officiel, provient de l’Assyrien Assur-natsir-Apli II qui, en ~878, déclare avoir frappé de terreur le pays de  « Kaldou » où vivaient, groupées en fédération, des tribus araméennes au service du roi de Babylone. Le texte biblique affirme ainsi qu’Abraham était originaire d’une région qui, plus de mille ans après les faits rapportés dans son histoire, était majoritairement peuplée, non pas par des Hébreux, mais bien par des Araméens.
 
Cette fédération araméenne est à l’origine de la dynastie indépendante – dite Dynastie Chaldéenne, (~627 à ~539) – qui, sous Nabuchodonosor II, marquera profondément l’histoire de la Palestine et du royaume de Juda. Il est ainsi possible qu’à cause d’une Histoire encore douloureuse au moment de la rédaction des textes, les deux termes se soient confondus de « Mésopotamie » et de « Chaldée ».
 
C’est, en ~597, la prise de  3.000 otages (une tablette babylonienne précisera 3.023) en Mésopotamie. Et c’est, dix ans plus tard,  la destruction de Jérusalem, avec déportations successives de Juifs (ils pourront atteindre jusqu’à 40.000 personnes) sur les bords de l’Euphrate où ils auront le statut de « qatinu » (étrangers aux droits limités) et où ils seront astreints à une corvée d’agriculture le long des canaux d’irrigation.
 
Cette période – que la Bible qualifie d’ « Exil » - fut très féconde en écriture des textes sacrés, avec les prophètes Ezéchiel, Baruch et Daniel.
 
Les Perses Achéménides qui succédèrent aux Chaldéens à partir de ~538 pratiquèrent une politique d’autonomie des peuples asservis. Dans le cadre d’une autorité Perse reconnue, chacun était invité à en revenir à ses coutumes ancestrales et à ses cultes religieux. A Jérusalem, ce sera la nouvelle lecture par Esdras, de la Loi proclamée sur les fondations d’un temple à reconstruire.
 

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C’est également la collecte de textes sacrés rapatriés de Babylone. Parmi ces textes, un Deutéronome (code civil) dans une version fort proche du texte actuel, mais que nous devons considérer comme antérieure à une rédaction plus définitive de la Torah.
 
Comme une des caractéristiques du livre de la Genèse est de nous présenter des personnages sans décors et en dehors du temps, nous n’avons aucun point de repère qui nous permette un quelconque rapprochement entre Abraham et d’autres événements historiques mieux connus.

Entre l’époque pré-sargonique et la période d’Hammourabi : la fourchette est de plus de mille ans. (entre ~2800 et ~1750)
 
Il est pourtant indispensable, dans une étude comme celle-ci, de remonter jusqu’à cet insaisissable Abraham, car c’est lui l’ancêtre commun de toutes les populations sémites de notre Moyen-Orient.
 
L’épouse légitime d’Abraham ne pouvait pas avoir d’enfant.  Abraham eut donc un premier fils, Ismaël, né d’une esclave égyptienne, Agar. Les textes bibliques (donc juifs) insistent très fort sur l’élément bâtard de cette lignée ; Abraham répudia Agar, et Ismaël épousa par ailleurs lui-même une Egyptienne.
 
C’est donc Ismaël qui est l’ancêtre des peuples bâtards (d’après les textes juifs de la Bible) : c’est à dire des populations sémites mais non juives d’Arabie, de la côte méditerranéenne et des pays du Moyen-Orient.
 
Dieu permit néanmoins plus tard à Sarah, l’épouse légitime d’Abraham, d’attendre tout de même un enfant, malgré son âge très avancé. Et ce fut la naissance d’Isaac.
 

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Isaac épousa Rébecca dont il eut deux fils jumeaux : Esaü et Jacob. Esaü abandonna son droit d’aînesse à son frère Jacob. (C’est l’histoire du plat de lentilles.) Et Jacob – alias Israël - eut douze enfants qui donnèrent naissance aux douze ancêtres des tribus d’Israël.
 
Pour comprendre cette insistance  - dans les textes d’après l’Exil – entre la lignée dite « légitime » et celle qualifiée de « bâtarde », il est important d’avoir présent à l’esprit que la population autochtone de l’Alliance avec Abraham – en opposition aux immigrés indo-européens – s’est, en un millénaire et demi, scindée en clans rivaux et en peuples que les impératifs de l’Histoire ne cessent d’opposer.
 
Beaucoup de  Sémites vivaient dans la mouvance  égyptienne.
      Et pourtant, il y eut Moïse.
 Ce sont des Sémites qui gouvernaient à Babylone.
      Et pourtant il y eut l’Exil.
 
Ce sont des Sémites qui occupaient primitivement la Terre de Canaan.
Et pourtant il y eut Josué et les Juges, en chefs de guerre conquérants face à ces populations.
 
On trouve souvent dans la Bible juive, des expressions apparemment anodines du type « Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ». Il s’agit en fait de l’affirmation, au seul profit du peuple juif, d’un Dieu qui a promis pérennité à  la descendance d’Abraham, réduite aux seuls Benéi Israël.
 
Les peuples « arabes » revendiquent évidemment qu’Ismaël était le fils aîné d’Abraham. Ils sont ainsi, par rapport aux Juifs, les premiers héritiers légitimes de l’Alliance avec Dieu. Nous sommes en pleine histoire tragiquement contemporaine.
 
Dans une communication récente, le Grand Imam de Paris n’hésite pas à affirmer que c’est pour rendre cohérente la narration biblique et leur conception de la prophétie comme un privilège exclusif réservé à Israël, que les Juifs ont modifié le texte sacré et substitué Isaac à Ismaël, dans le récit du fils unique que Yahvé demandait  à Abraham d’immoler.
 

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C’est dans ce contexte qu’il nous faut comprendre la parole de Mahomet               [Coran : II, 75]
qui justifie ainsi sa proposition d’un « Coran » à son peuple :                         
 
Comment pouvez-vous désirer que [les fils d’Israël] croient avec vous,
alors que certains d’entre eux ont altéré sciemment
la Parole de Dieu, après l’avoir entendue ?
 
C’est dans ce contexte également qu’il nous faut comprendre la revendication palestinienne, le problème de Jérusalem, et l’ensemble du conflit actuel en Israël.
 
Patricia Briel dans son survol de l’histoire des Religions, relève que certains pensent que le cycle d’Abraham est légendaire et ne vise qu’à expliquer les origines d’Israël. Ce cycle remonte à environ vingt siècles avant l’ère chrétienne, alors que les premiers récits bibliques qui le mentionnent ont été rédigés dix siècles plus tard.
 
Comme tout personnage d’une mythologie, Abraham illustre une allégorie. Celle d’un peuple face au Mystère divin. Le récit s’inspire de concepts mésopotamiens qui rabaissent la condition humaine à celle de simples serviteurs, au service des dieux. L’allégorie d’Abraham illustre un statut nouveau (une Alliance) entre les hommes et l’univers divin.
 
C’est l’homme qui est ici redéfini. Les textes mélangent encore les traditions elohiste et yahwiste, citant indifféremment le Dieu par son singulier ou au pluriel. D’autre part, l’histoire d’Abraham établit une distinction entre les hommes, et situe les populations sémites à une place de prédilection.
 
Abraham est le fondateur de l’Alliance réservée aux populations autochtones du Moyen-Orient. Il y a, dans ce contexte, un relent d’invasions et de peuples nouveaux que nous qualifions d’invasions indo-européennes.
 
Et puis apparaît Moïse. Sa prédication définit son Dieu, « Un et Personne ». D’autre part, Moïse est le fondateur d’une nation.
 

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Il ne peut donc plus se contenter d’une élection accordée aux Sémites, terme trop imprécis et qui n’a plus tellement son sens depuis l’intégration des indo-européens aux populations autochtones. La nouvelle Alliance s’établira cette fois entre un Dieu bien défini, et la fraction sémite de la population réunie dans une nation juive à construire.
C’est à ce niveau qu’apparaissent la mise à l’écart sans doute discutable d’Ismaël,   [[1]]
et l’investiture douteuse de Jacob (Israël) au détriment de son frère Esaü. Le schisme consiste à définir, au sein du peuple sémite, une nation d’élection, celle des Juifs.
 
Le récit d’Abraham est le point de référence de deux donnés fondamentaux :
 
­     Le concept spécifiquement religieux d’une Alliance – d’un contrat – entre le « Divin » et les hommes. L’homme, inventé au service et pour le bon plaisir des dieux, devient par l’Alliance, celui qui participe à leurs desseins.
            
­     Un concept exclusivement politique, étranger à toute préoccupation religieuse, et qui proclame la supériorité d’une partie de l’humanité, par rapport à la fraction d’en face.
 
> dans un premier temps, la fraction d’en face sera le non-sémite insidieusement infiltrée lors des migrations indo-européennes.
 
> dans un deuxième temps, la fraction d’en face sera toute personne (sémite ou non) étrangère à la nation d’Israël.
 
Il n’est pas possible ici, de ne pas évoquer le racisme biblique.
 
La mise par écrit des premières versions de la Bible, est généralement datée après la sécession qui divisa en deux le royaume de Salomon, avec:
-          le royaume de Juda au Sud, et sa capitale Jérusalem;
-          le royaume d’Israël au Nord, autour de Tirsa (Tell el-Farah) comme capitale.

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Cette datation tardive au IX siècle ne tient à mon sens, pas suffisamment compte que c’est principalement Salomon qui avait intérêt à publier un texte – évidemment sacré – pour justifier la dépense somptuaire que représentait la construction de son temple. Il lui fallait lever – et justifier – un impôt d’exception, auquel devait participer le plus grand nombre possible de citoyens.
 
La rédaction des récits traditionnels qui confirmaient que la construction du temple émanait d’un ordre divin supposait la mise par écrit
-         de la mythologie (sémite certainement, mais juive surtout),
-         de la constitution du peuple d’Israël en nation – autour d’un temple,
-         du code spécifique aux serviteurs de ce temple,
-         du recensement de tous les contribuables astreints à cet impôt exceptionnel,
-         
du code civil qui régit toute nation.
 
J. BOTTERO insistera sur la nécessité absolue pour Salomon, de justifier la légitimité de sa royauté. Dans la toute première mise par écrit des récits bibliques, Bottero inclut donc le Livre de Josué.
 
Il considère ainsi une prime rédaction, - non pas de cinq livres, le Pentateuque – mais de six livres, qu’il nomme l’Hexateuque.
 
La mise en œuvre de l’édition d’une telle envergure est une entreprise vraiment gigantesque, tant en organisation de rédaction qu’en réalisation purement matérielle. (Une peau de mouton ne représente que quatre feuilles in quarto.) Il fallait un mobile puissant pour prendre une telle décision. L’établissement d’un recensement « sacré » (comme celui du livre des Nombres)  et  la  description  par  le  détail  du t emple  projeté - même si cette description est tout à fait anachronique par rapport au récit de la Genèse dans lequel elle est insérée - répondent parfaitement aux mobiles politiques et économiques de Salomon.

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Il n’échappa pas aux rédacteurs des textes, que l’intention de Salomon n’était peut-être pas toujours vraiment « religieuse » et d’inspiration strictement divine. Certains versets ressemblent étrangement à des remontrances vis à vis du roi :
 
[1R XI, 4] Au temps de la vieillesse de Salomon … son cœur ne fut pas tout entier à Yahvé son Dieu, comme l’avait été le cœur de David son père.
 
[1R XI, 11] Yahvé dit alors à Salomon :  Parce que tu n’as pas gardé mon alliance et les lois que je t’avais prescrites, je déchirerai le royaume pour te l’enlever et je le donnerai à ton serviteur. 
 
A l’appui de la thèse d’une rédaction des textes dans l’intention de justifier un impôt dû par tous, il est évident que le nombre de 603.550 adultes aptes à être réquisitionnés dans l’armée, ne devient quelque peu vraisemblable que s’il s’applique à un peuple déjà établi, autour de l’organisation d’un royaume.
 
[Nb I, 45] Les 603.550 enfants d’Israël qui furent dénombrés… depuis l’âge de 20 ans et au-dessus, c’est-à-dire pour tous les hommes aptes à la guerre.
 
L’errance d’une telle population n’est pas crédible, durant quarante ans, à l’abri d’un désert. Et d’autre part, une telle émigration massive aurait laissé des traces dans les archives égyptiennes. Or nous avons l’essentiel de ces archives qui couvrent l’entièreté de l’époque supposée possible pour l’aventure de Moïse

 

D’autre part, il y a ce passage de l’Exode,                [Ex XXV à XXXI]

tout à fait insolite pour une population retournée à l’état nomade. En plein désert de nouveau, le texte consacre sept chapitres entiers à la seule description tout à fait anachronique de ce temple à construire. En dehors de l’intention d’attribuer cette description à Dieu Lui-même, ces sept chapitres n’ont aucun sens à cet endroit

 

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L’analyse du texte démontre qu’il s’agit de considérations ajoutées au milieu d’un autre récit, mais à un moment où Moïse aurait éventuellement eu la possibilité d’une assez longue conversation avec YHWH. Si nous retirons cette glose, nous avons un texte continu qui se lit sans rupture.
 
[Ex XXIV, 18] :      Moïse demeura sur la montagne quarante jours et quarante nuits.
Ex XXV à XXXI.        ...
[Ex XXXII, 1] :       Lorsque le peuple vit que Moïse tardait à descendre de la montagne …

 
Ceci conduit à penser qu’il dut y avoir une prime rédaction, de tri et de mise en ordre des récits, de laquelle se seraient alors inspirées les versions ultérieures. Il me paraîtrait logique de supposer  une rédaction sous Salomon.
 
Les tournures de phrases et la nomination de Dieu, tantôt sous le nom d’Elohim et tantôt sous celui de Yahvé, ont invité les philologues à supposer quatre versions fondamentales des textes bibliques que l’on classe de la manière suivante :
 
- version Yahwiste réalisée dès le IX siècle, dans le royaume de Juda ; 
- version Elohiste située généralement au VIII siècle, 
    et qui fut réalisée dans le royaume    du Nord.
- version Deutéronomique plus tardive (~650 - ~630), fort proche de la période de l’Exil, 
    ce qui justifie son orientation législative.-  compilation sacerdotale que l’on situe vers ~350.

Une opinion largement répandue – et que j’ai personnellement partagée – voudrait qu’il n’y ait eu aucune rupture importante dans la tradition entre un premier récit d’Alliance avec Abraham, et la deuxième Alliance avec Moïse.
 
Ce présupposé de continuité m’a poussé à affirmer:
"qu’il semblait qu’il n’y ait eu aucune déviation importante – aucun schisme – entre les fils d’Abraham et les enfants d’Israël réunis sous la conduite de Moïse. Ainsi, remonter jusqu’à Moïse constituait-t-il également un retour à une source commune des trois religions monothéistes."
 

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Or Abraham, dans l’état de son récit dans la Bible juive, est le point de focalisation de la divergence fondamentale qui oppose les Sémites juifs aux autres Sémites (que nous appelons très généralement « arabes »). Il y a donc eu un véritable schisme.
 
Les sciences historiques restent, ici encore, dans l’impossibilité de cerner quelque peu ce personnage. Un monument très « muet » - al-Khalil – est bien réputé être à Hébron, le tombeau d’Abraham et de sa famille. Mais ce tombeau ne répond pas aux critères historiques qui permettraient de l’authentifier; et aucun autre document ne vient confirmer le personnage dans l’Histoire.
 
Il semble cependant que l’importance du personnage d’Abraham ait varié au cours de la longue période des traditions orales qui forment le fondement de la Bible.

 

C’est ainsi que Moïse, considéré comme le nouveau fondateur de la nation juive, n’est pas comparé à Abraham, mais bien plutôt à Sargon d’Akkad,  symbole de la renaissance sémite en Mésopotamie après la domination de Sumer. Le sauvetage des eaux (du Nil) dans un panier enduit de bitume est la copie conforme de la légende de Sargon abandonné sur le fleuve (Euphrate) par sa mère qui était liée aux dieux par un vœu de chasteté.
 
Il est important de noter dans ce contexte, qu’il n’est pas du tout indispensable qu’un personnage ou qu’un événement soit réputé « historique » pour être vrai. Il y a certainement beaucoup de choses qui se sont produites, sans avoir laissé de trace ou de témoignage.
 
Si un accident de la route n’a fait l’objet d’aucune constatation et qu’il n’y a pas eu de témoin, il ne pourra pas être considéré comme un événement « historique ». Après un certain temps – quand un éventuel  témoignage ne sera plus considéré comme contemporain des faits – aucune autorité ne prendra plus cet accident en considération. Voilà l’exemple simple d’un événement « vrai », mais néanmoins « non-historique ».
 

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Il n’est donc pas question ici d’affirmer ou de « nier » l’existence réelle d’Abraham. Simplement, nous ne disposons d’aucun document (muet ou écrit) ni d’aucun témoignage contemporain qui nous permettrait de cerner sa réalité. Une étude qui se réclame d’une certaine objectivité, ne peut ainsi pas affirmer l’historicité d’Abraham. Il n’est pas un personnage historique. Il doit  rester pour nous un simple élément de la mythologie sémite.
 
Les versions elohiste et yahwiste mélangées qui racontent  l’histoire d’Abraham, mettent en évidence que le monothéisme n’était pas une des préoccupations majeures d’Abraham.
 
La première Alliance proclame le statut de l’Homme, non pas serviteur au service des dieux, mais collaborateur des desseins divins. Moïse affinera ces desseins divins en affirmant son monothéisme personnel. Sur les plans tant philosophique que théologique, il n’y a aucune rupture entre l’histoire d’Abraham et l’enseignement de Moïse. Il y parfaite continuité.
 
Dans la mesure cependant où l’on considère que, pour les populations qui « nomadisaient » entre les vallées, une proclamation de monothéisme était tout à fait inattendue, nous devons remettre en question toute notre lecture de l’épisode d’Abraham. La figure est certes déjà ancienne lors des premières mises par écrit des récits bibliques, (~1000), - nous  la retrouvons ainsi dans les versions E et J - mais elle est peut-être fort récente à l’époque de Moïse (antérieur au XIII siècle), dans l’interprétation qui confirme cet ancêtre comme père, non plus des populations autochtones en général, mais seulement des Juifs.
 
Certains biblistes reconnaissent en effet que la figure d’Abraham pourrait être relativement récente dans la mythologie juive, profondément polythéiste jusqu’au temps de l’Exode et de son installation en terre de Canaan. La manière dont YHWH se définit par rapport à la tradition des Benéi Israël est peut-être significative.

 

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Et nous lisons:                [Ex VI, 3]
Je me suis manifesté à Abraham, à Isaac et à Jacob sous le nom d’El Shaddaï, 
mais je ne me suis pas fait connaître d’eux sous mon nom de Yahvé.
 
Il y aurait en effet une contradiction à voir en Moïse le coup de tonnerre dans un ciel bleu de la proclamation d’un monothéisme, si un de ses ancêtres avait déjà proclamé la même chose, un demi-millénaire auparavant. Ce texte de l’Exode souligne ainsi la novation totale du Dieu de Moïse, par rapport à la conception antérieure - fût-elle celle du Dieu  - de l’Alliance avec d’Abraham.
 
La grande mythologie d’Abraham se résumerait alors à illustrer que ses descendants formeront, par rapport au divin, un peuple de prédilection à qui furent promises pérennité et domination sur les autres peuples.
 
Le message de Moïse devient novateur dans la mesure où il définit le divin comme étant Un et Personnel, et dans la mesure où il restreint le peuple de prédilection au seul peuple juif.
 
La cassure entre la promesse de YHWH originellement adressée à toute la descendance d’Abraham, et l’interprétation biblique qui oriente cette promesse vers une seule branche de cette descendance, ne passa pas inaperçue. Et la légitimité d’Isaac par rapport à celle d’Ismaël fit l’objet de nombreux commentaires.
 
Une loi du Deutéronome institue sans ambiguïté que c’est le fils premier né,       [Dt XXI, 15-17]
quelle que soit l’épouse (aimée ou mal-aimée), qui bénéficie du droit d’aînesse.
 
Or, dans le récit du sacrifice , Dieu dit à Abraham : [Gn XXII, 2 ]
      « Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac »
 
La Genèse permet d’établir qu'Ismaël avait quatorze ans à la naissance            [Gn XVII, 24-27]
de son demi-frère Isaac. Et la chronologie biblique voudrait qu’Ismaël ait vécu 137 ans.
 

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De nombreux exégètes se sont penchés sur ce problème – tel Philon d’Alexandrie – et ont remarqué qu’Isaac aurait éventuellement pu être qualifié de « fils unique » après la mort de son frère. Malheureusement, Abraham étant décédé à l’âge de cent  soixante-quinze ans, la mathématique interdit qu’il ait pu survivre à son fils Ismaël.
 
Qu’à cela ne tienne ! Puisque les chiffres bibliques sont à interpréter à travers leurs symboles, il est tout à fait concevable qu’Isaac ait accompagné son père, au lieu du sacrifice, quand il était déjà bien adulte ; et alors qu’Abraham n’avait évidemment plus la vigueur de l’entraîner par la force. Et à partir de là, le développement d’une théorie du sacrifice consenti de plein gré par la victime.
 
Plus tard, les chrétiens appliqueront cette théorie à Jésus sur la croix.
 
Remarquons également qu’en contradiction avec la loi divine du Deutéronome, c’est par la mère que l’enfant appartient à l’ethnie juive . Ceci entre en parfaite contradiction avec la compréhension ancienne qui distinguait dans l’ « âme » : le  concept de "noos" d’une part, et celui de "psyché" d’autre part. Dans la partie non matérielle de l’être humain, le "noos" représentait le secteur de la connaissance, de l’intelligence et de la conscience. Les femmes bénéficiaient évidemment de la plénitude de ce "noos".
 
Mais l’âme humaine comportait également la partie non matérielle de la vie, la psyché proprement dite qui, ayant son siège dans le cerveau, se prolongeait dans la colonne vertébrale, jusqu’au pénis. L’homme était ainsi seul à pouvoir « distribuer » la vie. Les connaissances biologiques et médicales des anciens ne leur permettaient pas de soupçonner le mélange des gènes et le rôle des ovocytes. Si la femme était certes capable de recevoir et de développer la vie, dans un utérus (limité à la fonction d’un simple nid), elle était considérée comme incapable de la transmettre. (C’est la fameuse histoire des femmes qui n’ont évidemment pas d’âme …)
 

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Dans ce contexte, il est surprenant que la tradition juive veuille que ce soit la mère qui transmette la spécificité d’être juif. Il s’agit sans doute de la radicalisation de la légitimité d’Isaac par rapport à son demi-frère « métisse » Ismaël.
 
Il peut nous paraître obsolète, à nous Occidentaux, d’attacher une telle importance à ce qui nous apparaît, somme toute, comme une histoire très ancienne.
 
C’est oublier deux choses :
-          Nous avons hérité de la culture indo-européenne. Nous sommes la continuation de ceux qui n’ont pas de terre d’origine et qui ont pris l’habitude de s’approprier un territoire, soit par la guerre, soit par l’argent.
-          D’autre part, l’allégorie d’Ismaël et d’Isaac est devenue un mythe. Chaque détail du récit s’est désormais inscrit dans le concret d’une réalité. Tout à fait édifiante quand elle illustre un récit, l’histoire devient absurde quand elle devient concrète.
 
Mais il y eut une profonde évolution politique entre l’époque supposée d’Abraham (~2200  - ~2000) et celle supposée de Moïse. Les Sémites se sont alors groupés en nations, encadrés (et mélangés très souvent) aux populations plus récentes des migrations indo-européennes. C’est donc au niveau « politique » qu’il nous faudra chercher une éventuelle rupture entre Abraham et Moïse.
 
 

 

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Akhenaton et Moïse

 

 
Puisque nous ne pouvons pas inscrire Abraham dans l’Histoire, tentons – au-delà de toute politique - de considérer Moïse comme une source également commune de nos trois religions monothéistes. Mais voilà. A son tour, Moïse ne peut pas être considéré comme un personnage historique.
 
Comme pour son illustre prédécesseur, nous devons nous contenter d’un récit à son égard, qui nous a été transmis sous la forme d’une épopée. C’est l’Exode. Les Nombres et tous les autres récits se rapportant à lui, sont lus à travers le texte unique de l’Exode.
 
Marcea ELIADE confirme ainsi :
Les événements et les personnages historiques ont été à tel point modelés d’après des catégories paradigmatiques que dans la plupart des cas, il n’est plus possible de saisir la réalité originelle.
 
Mais à la différence d’Abraham, il est possible d’inscrire Moïse dans un contexte historique probable. Lui-même reste en dehors de l’Histoire, mais son œuvre d’unification d’une nation, et sa proclamation d’un monothéisme s’inscrivent parfaitement dans une époque. Moïse représente la proclamation « politique » d’une forme de monothéisme. Et là, nous nous trouvons en terrain de « déjà vu » en Histoire. On a souvent prétendu que l’enseignement de Moïse avait éclaté comme un coup de tonnerre dans un ciel parfaitement bleu ; soulignant de la sorte que le monothéisme ainsi proclamé n’avait été annoncé par aucun signe précurseur.
 
Les historiens se disputent pour situer Moïse dans une fourchette chronologique de trois siècles et demi : d’Amosis (~1543) à Merenptah (~1202) . Il y a par contre unanimité à reconnaître que - dans la mesure où son personnage aurait été réellement historique - il émane des milieux intellectuels d’Egypte.
 

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Dans ce contexte culturel, il n’est plus exact d’évoquer l’événement imprévisible d’un monothéisme. A la cour de Pharaon, et au cœur de cette époque où l’on situe Moïse, il y a eu cet autre coup de tonnerre dont l’histoire se contente le plus souvent de nous relater l’épisode le plus spectaculaire : Akhenaton et son culte à El Amarna.
 
Les divergences sont trop importantes entre le mouvement religieux d’Akhenaton et la prédication de Moïse (qui tous deux se réfugient derrière l’originalité d’être des monothéismes) pour que nous puissions considérer que l’un est la prolongation de l’autre. La théologie d’El Amarna menait à une forme de panthéisme ; tandis que la prédication de Moïse conduisait vers une théocratie. La différence est essentielle.
 
Mais il existe des concepts polyvalents qui, suivant les interprétations qu’on en donne, peuvent mener tantôt vers le panthéisme, et tantôt vers le monothéisme théocratique. L’interprétation divergente de tels concepts, suppose un enseignement en cours, compris différemment selon qu’il se pratique dans une cour pharaonique ou selon qu’il est entendu par un nomade qui ambitionne de transformer son clan en nation.
 
On pourrait considérer l’hypothèse d’un « enseignement en cours »  comme une pure spéculation. Les philosophes s’octroieraient-ils ainsi le droit d’inventer des personnages, à qualifier d’historiques,  simplement parce que ça les arrange ? Et puis, d’où nous viendrait ce maître à penser ?
 
Interrogeons donc les documents des historiens.
« Bis repetita non placent ».
Dans les chapitres centrés sur le personnage de Moïse, - son identité, sa prédication et ses sources - j’ai assez longuement développé les indices historiques qui nous permettaient de situer l’enseignement mosaïque dans l’air du temps de la pensée égyptienne tout au long de la XVIII dynastie.
 

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Qu’est-ce qu’un indice historique ?                                                                                  [[2]]
C’est un document, avec ou sans texte, qui témoigne d’un personnage ou d’un événement. Un tel document est plus souvent un indice qu’une preuve.                           
 
C’est la convergence d’un ensemble de plusieurs indices qui aboutit généralement à former une preuve.  Un document unique, preuve irréfutable, est d’ailleurs très rare en Histoire ; et lorsque la preuve semble trop évidente, la plus grande méfiance s’impose car il s’agit souvent d’un faux.
 
-  C’est l’exemple d’un soi-disant compte rendu signé par Pilate, et qui aurait justifié devant l’empereur Claude, la sentence qu’il aurait prononcée contre un certain Jésus. C’était un faux.

- C’est l’autre exemple d’une preuve tout aussi évidente - et fausse -  d’un passage manifestement apocryphe inséré au livre XVIII de l’historien Flavius JOSEPHE (1er siècle de notre ère) et qui proclame que c’est alors qu’apparut un certain Jésus, qu’il fut mis à mort mais qu'il est ressuscité.
 
La recherche historique ne revendique pas l’appellation de « science exacte ». Elle travaille néanmoins avec une méthodologie très précise. La reconstitution des personnages et des événements sur base des documents historiques permet de transcrire l’Histoire avec une probabilité de vérité équivalente à celle des sciences réputées plus « positives ».
 
Mais comme dans les sciences parfois qualifiées de « dures », subsiste toujours :
-          en sciences, le problème de la lecture des postulats 
        ou de leurs traductions mathématiques ;
-          en histoire, celui de l’interprétation des documents.
 
Comme déjà souligné plus haut, l’absence de témoignage ne signifie nullement que le personnage ou que l’événement n’ait pas existé. Simplement, en dehors de tels documents, on ne peut pas appliquer la méthodologie des recherches historiques.
 

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Dans cette limite très précise, nous devons constater que ni Abraham, ni Moïse ne sont confirmés par des documents extérieurs à eux-mêmes. Les techniques spécifiquement historiques ne pourront  ainsi pas nous aider à cerner ces personnages.
 
Nous ne tracerons donc pas le portrait de Moïse. Mais à défaut de ce portrait, il n’est pas contesté que ce soit quelqu’un – une personne ou un groupe, généralement appelé Moïse – qui a focalisé la formation d’une nation juive, nouvelle dans le panorama politique du Proche-Orient. Et là, nous nous trouvons devant un événement historique.
 
Nous ne connaissons pas l’époque précise de ce rassemblement de tribus éparses en un peuple unique d’abord ; puis en véritable nation ensuite. Mais nous savons par contre qu’en ~1000, c’était chose faite. La nation était érigée en royaume, et la construction du temple de Jérusalem témoigne d’une puissance économique non-négligeable.
 
Salomon, est un personnage historique, attesté par le « document » de son temple et par les archives diplomatiques des pays voisins.
 
Nous savons aussi, par une stèle égyptienne trouvée dans le temple funéraire du pharaon Merenptah, qu’en l’an 5 de son règne (~1207) un peuple voisin de l’Egypte, nommé Israël dans le document, représentait une force suffisante pour mériter de figurer au nombre des opposants sur une stèle de victoires. C’est la première (et unique) mention d’Israël dans l’ensemble de la littérature égyptienne.
 
Entre l’installation de tribus semi-nomades dans une contrée, et l’organisation de ces populations en une force de résistance digne de ce nom, il nous faut compter un certain temps , dont la durée sera laissée à l’appréciation de chacun. C’est donc ici le problème de l’interprétation à donner à la stèle dite d’  « Israël ». Cinquante ans avant Merenptah ? Un siècle ? Plus encore ? …
 

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Le prédécesseur de Merenptah était le grand Ramsès II, immense par son prestige. La Bible le cite d’ailleurs – indirectement – comme le pharaon de l’Exode. Mais le prestige-même de ce pharaon, véritable légende de son propre vivant, nous invite à la prudence lorsque son nom est cité dans une épopée. L’Exode est écrit dans le plus pur style épique. Le héros de cette épopée (Moïse) se mesurera dès lors inévitablement à un adversaire au moins aussi géant que lui.
 
Ceci est confirmé dans un autre texte de la Genèse quand, plusieurs siècles auparavant, un ancêtre de Moïse, le Patriarche Joseph, s’installera en Egypte. Joseph est un géant ; son pharaon sera un géant.
 
Et nous lisons :                                            [Gn 47, 11]
    Iosseph fait habiter son père et ses frères
    Il leur donne propriété en terre de Misraîm, au meilleur de la terre,
    En terre de ramsès, comme l’avait ordonné Pharaon.
 
On peut en effet tirer la conclusion que, dans ce texte biblique précis, le terme de Ramsès est strictement synonyme de Pharaon. Et nous noterons pour la petite histoire que le titre de Pharaon n’apparaît, en Egypte qu’au cours de le XVIII dynastie.
 
Ceci pour confirmer que le terme de Ramsès, cité indirectement par la Bible pour désigner le pharaon adversaire de Moïse, ne peut nullement signifier que l’Exode s’est déroulé sous le règne de Ramsès II. En fait, l’Exode cite un quartier de ville nommé Ramsès, et que l’on suppose être le quartier royal de Pi-Ramsès, à Avaris, sur la branche orientale du Nil, dans le Delta.
 
Les Benéi Israël partent de Ramsès vers Soukot.                                       [Ex 12, 37]
 
Voilà le texte qui a fait couler beaucoup d’encre. C’est sur cette seule base que de nombreux historiens fondent leur conviction que c’est sous le règne de Ramsès II qu’eut lieu l’Exode. Nous venons de voir que cette lecture ne résiste pas à l’analyse.

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C’est à partir de ce même texte que l’on imagine généralement que l’Exode a pris son point de départ dans le Delta du Nil. La même analyse de texte ne peut pas retenir cette appréciation car si Ramsès peut désigner n’importe quel pharaon, le même terme de Ramsès (bien qu’interprété comme devant être lu Pi-Ramsès par certains historiens) désigne tout autant n’importe quel lieu de résidence royale.
 
Cette première étape de Soukot est localisée par d’aucun comme devant être le Tjékou actuel. A partir de là, bien que le voyage biblique cite quarante sept autres étapes (avec quarante neuf lieux), nous ne trouvons plus la moindre trace de ce trajet-mystère.
 
A la hauteur du Delta, aucune frontière maritime ne marque l’Est de l’Egypte. Et entre le Delta et la vallée du Jourdain, - le couloir de Gaza - il est difficile de parler de « désert » dans une région, à l’époque déjà aussi fréquentée.
 
D’autre part, entre Avaris (Pi-Ramsès) et Jérusalem, la route passe très difficilement par le Sinaï. Et puis enfin, quarante ans – même en lecture symbolique – semble une durée très longue pour un déplacement aussi court.
 
Voilà le résumé des arguments qui incitent à chercher la Ramsès biblique (le Palais royal), dans une région éloignée du Delta, de l’autre côté d’un désert par rapport à la Palestine d’arrivée, et à une distance pouvant justifier une durée de voyage mémorable.
 
Les prédécesseurs de Ramsès II avaient leur résidence dans le Sud de la vallée du Nil, à Karnak principalement. Un épisode très central de la XVIII dynastie avait même localisé la capitale à quelque 300 Km au Nord de Karnak, à El Amarna.
 
Mais le trajet entre El Amarna et la mer rouge (bien à l’Est) dépasse les 300 Km. L’énormité de cette distance désertique – le dromadaire n’était pas encore domestiqué en Egypte - et à franchir en un temps trop court, (la Bible parle d’un éloignement de trois jours de marche) écartent l’hypothèse d’El Amarna comme point de départ possible. Du même coup, le pharaon biblique n’était pas Akhenaton, ni Tout-Ankh-Amon dans les premières années de son règne, lorsqu’il continuait à résider à El Amarna et s’appelait encore Tout-Ankh-Aton.
 

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Plus au Sud, à la hauteur de Karnak et Louksor – les habituelles capitales de la XVIII dynastie – la distance jusqu’à la mer est cette fois réduite de moitié, et traversée par une route commerciale très fréquentée qui va de Coptos-sur-Nil à Qocéir-sur-Mer-Rouge.
 
Il est évident qu’à cette hauteur du 26è parallèle, le franchissement de la Mer-Rouge à pieds secs est totalement impossible. Mais sur la côte de Qocéir, des mouvements de marée découvrent régulièrement les rochers du littoral. Et à bien relire le texte biblique, il n’est nulle part question de « franchissement » de la mer. Il y eut une manœuvre au cours de laquelle les chars se sont embourbés,
        alors que les enfants d’Israël               [Ex 14, 29]
        avaient marché dans le lit asséché de la mer.  
 D’autres indices, comme l’eau « amère » que fait surgir Moïse avec son bâton,    [[3]]
témoignent qu’il s’agit bien d’un départ très au Sud.                                                 
 
Parti de l’Egypte méridionale, c’est en effet une vaste zone désertique que Moïse doit franchir :
- ou bien le désert arabique (entre le Nil et la Mer-Rouge) ;
- ou bien la côte Ouest (voire même la partie centrale) de l’Arabie proprement dite.
 
D’autre part, les quarante années qui auront été nécessaires à la réalisation de son œuvre, n’ont pas été utilisées au seul « déplacement ». Partis d’Egypte en nombre d’une smalah, c’est quarante ans plus tard, et à la génération suivante, que les Benéi Israël pénètrent en Palestine, groupés en véritable peuple.
 
Les quarante ans ont donc servi à rassembler les diverses tribus éparpillées dans les déserts. Si nous nous souvenons que l’Arabie, au III millénaire avant notre ère, était un véritable terrain de pâturages pour les vallées (Mésopotamie surtout, mais aussi Nil et sans doute Indus), elle bénéficiait d’un climat fort comparable à l’actuel climat atlantique de l’Europe occidentale.
 
C’est un brutal changement climatique qui, en moins de mille ans, a transformé cette zone fertile en un désert des plus arides du monde. Cette désertification catastrophique
- regroupa les populations en bordures littorales dans un premier temps,
- et finit par les contraindre à trouver d’autres territoires.
 

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Les migrations Sémites (originaires de Mésopotamie) qui nomadisaient en Arabie, touchèrent principalement les clans hébreux qui, de manière générale, remontèrent vers le Nord, en direction de la dernière petite vallée, celle du Jourdain. On peut comprendre « Moïse » comme la figure allégorique de cette migration vers le Nord.
 
Avec :
- le fonds mythologique de Mésopotamie comme bagage traditionnel;
- la focalisation de cette migration conquérante, vers une Terre-Promise
        et autour d’un Dieu enfin précisé;

- la revendication spécifique aux tribus migrantes, par rapport aux autres populations
         – sémites elles-aussi – mais non contraintes à ce déplacement.

 
Et nous avons dans l’ordre :
- la première Alliance autour du personnage Abraham;
- la deuxième Alliance avec Moïse et son YHWH, Un et Personnel;
- la distinction d’avec les étrangers (Egyptiens) et entre Sémites légitimes (migrants)
    et les autres. C’est le schisme entre Isaac et Ismaël.

 
On comprend dès lors plus aisément ces quarante ans d’errance dans ce que la mémoire collective d’Israël a qualifié de désert. Et l’on comprend aussi le point de rassemblement stratégique final obligé, à la frontière naturelle du Sinaï, entre l’enfer devenu désert, et la vallée tant convoitée où coulaient l’eau et le miel. L’Exode est ainsi la narration d’une migration politique et stratégique, de tribus contraintes de s’approprier des terres. C’est une aventure banale.
 
Ce qui est moins banal, c’est que cette fédération de tribus à l’origine fort indépendantes les unes des autres, et leur migration vers une vallée habitable se soient focalisées autour, non pas d’une idéologie religieuse traditionnelle, mais autour d’un Dieu vraiment fort étranger à la conception sémite du divin.
 

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C’en est fini du dieu-fatum qui impose arbitrairement ses lois, au gré de son bon (ou de son mauvais) plaisir. Le dieu de Moïse – que l’on prolongera plus tard jusqu’à une tradition remontant à Abraham – appelle ses interlocuteurs par leur nom. Et « appeler » (donner un nom) prend, dans la terminologie sémite, la signification très particulière de « donner une fonction ». Nommer rejoint ici notre concept de « promouvoir à une nomination ».
 
C’est peut-être l’innovation la plus importante qu’apporte YHWH (dont le concept est pour la première fois utilisé sous Moïse), par rapport aux dieux des Patriarches qui l’ont précédé. Elohim (un pluriel) ou El Shaddaï n’associent pas l’homme à la gestion des éléments du monde. L’homme est soumis à un divin incommunicable.
 
Il y a bien le passage de la Genèse                                                                     [ 2è récit de la création : Gn II, 19]
où Dieu donne mission à l'homme de donner un nom à chaque être de sa création. Donner un nom est ici synonyme de "nommer", donner une fonction.
 
Mais le récit de la Genèse, s’il puise ses racines dans la mythologie profonde des tribus originaires de Mésopotamie, a été mis en forme après l’enseignement de Moïse, et en conformité avec cette nouvelle orthodoxie.
 
La mission confiée à l’homme de nommer  - que nous trouvons en conclusion – s’inscrit fort bien, et de manière presque inaperçue, dans le récit de la création.
 
Mais c’est de toute évidence une nouveauté, une glose dans le récit traditionnel. Le concept est totalement novateur de l’homme qui participe à l’œuvre de construction du monde.
 
Il y a lieu aussi d’éviter ici le terme de création . Il s’agit d’un concept certes très neuf dans l’arsenal de la pensée religieuse. Les dieux archaïques n’étaient pas les auteurs du monde. Les anciens proposaient généralement leurs dieux comme les régisseurs d’un monde existant avant eux.
 

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- Atoum (en Egypte)
       sortit de l’océan primordial …
 
- Apsu et Tiamat (Mésopotamie)
       formaient les eaux primordiales d’où naquirent les dieux.
 
Il nous faudra attendre la Bible pour que – réminiscence sans doute de la toute-puissance des dieux – YHWH se voie confirmer sa toute puissance d’El Shaddaï en devenant l’auteur de la totalité d’un monde, sorti de rien.
 
Les concepts ont une histoire. Ils évoluent au cours du temps. Et quand « le monde » deviendra l’Univers, l’attribut de créateur continuera à qualifier le Dieu des trois monothéismes. 
Mais à ce niveau, l’idée de création perd tout son sens                                               [[4]]
car elle porte en elle sa propre contradiction. 
 
Si le terme d’Univers recouvre « l’entièreté du tout », le principe de création doit préciser si le créateur appartient à cet Univers ou bien s’il lui reste extérieur. Dans le premier cas, le créateur n’a pas crée ; dans la seconde figure, l’Univers ne répond plus à sa définition. Ceci, sur le plan philosophique.
 
Les sciences dites positives confirment d’ailleurs la contradiction intrinsèque qui rend impossible tout acte fondamentalement « créateur ». En réduisant le Temps à une simple dimension de l’Espace, les théories de la Relativité réfutent un acte (fût-il de création) à poser dans un moment extérieur à son espace, puisque antérieur à l’expansion de cet espace en son volume. Tout acte se pose nécessairement quelque part, et à un moment donné.
 
En dehors d’un espace (devenu volume) et d’un temps (devenu durée), tout « acte » éventuel se cantonnerait au seul niveau d’une « intention ». Or, la création par YHWH est proposée comme un « acte » au sens fort du terme.
 

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Il semble que les réflexions théologiques aient, aux temps les plus anciens déjà, pressenti le piège à affirmer des dieux créateurs. Mais nous savons – et les assyriologues nous confirment sur ce point – que les populations qui nomadisaient entre les vallées se contentaient d’un niveau culturel très rudimentaire.
 
« Tout puissant, puisque c’est lui qui a tout fait » était évidemment un argument-massue pour inciter à une obéissance aveugle envers ce YHWH. Et la dialectique était trop subtile et la critique philosophique trop fruste pour relever la contradiction d’une telle affirmation.
 
Il nous faut encore souligner une autre bizarrerie de la prédication de Moïse. Nous la trouvons dans la Genèse, au terme du premier récit de la Création:                [Gn II, 2]
      Il se reposa le septième jour de toute l’œuvre qu’il avait faite.
 
Cet achèvement définitif de la création se met en contradiction
-     avec l’Alliance (qui promet une suite à l’œuvre divine)
-     et avec la mission de nommer qui établit la participation de l’homme à l’œuvre divine de construction du monde.
 
Comme dans l’affirmation de l’acte créateur de Dieu, il semble que ce point final à toute création n’ait servi qu’à ponctuer la toute-puissance de YHWH-Dieu. Mais ici encore, outre la contradiction de type philosophique avec la Promesse où s’inscrit cette toute-puissance, ce seront encore nos sciences dites positives (telles la Biologie et l’Astrophysique) qui contrediront cette affirmation. L’Univers et la vie dans cet Univers sont en train de se construire sous nos yeux.
 
Il n’est pas anodin de relever ces contradictions. Elles ont encore cours aujourd’hui.
 
-     Il faut bien un inventeur à notre Univers, est un argument encore souvent utilisé pour justifier la nécessité – qualifiée de scientifique – de l’existence de Dieu. La physique quantique, si elle en accepte l’hypothèse, nie toutefois que ce soit une nécessité.
 
-     Le point final  à la création – et à toute autre Parole en Islam – sert encore de justification à la Tradition, et aux dogmes, à l’Infaillibilité de l’autorité religieuse, à une résistance certaine à des législations moins traditionnelles (avortements, euthanasie, homosexualité, etc…) et à des avancées de la science dans des domaines parfois abusivement qualifiés d’éthiques.
 

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Toutefois, malgré les quelques points d’incohérence que nous venons de souligner, Moïse a proposé un Dieu sans doute très novateur dans la pensée religieuse des peuplades sémites, mais surtout très cohérent dans les développement théologiques qui tenteront de l’inscrire dans une vraisemblance philosophique.
 
A la base d’études comme le présent essai, presque comme un postulat, il y a l’affirmation qu’une idée ne surgit pas ex nihilo. D’autre part, il y a une histoire des concepts qui évoluent en fonction de la mentalité des différentes époques, en fonction des événements politiques, en fonction des connaissances scientifiques…
 
Or l’enseignement de Moïse semble déjà très mature, depuis le début de sa prédication. Cette maturité serait-elle la signature d’une longue tradition ? Le monothéisme de Moïse n’est pas le fruit d’une intuition spontanée et furtive ; il est le fruit d’une longue réflexion. D’où nous vient, dès lors, cet enseignement?
 
Les textes bibliques constituent les seuls renseignements que nous ayons sur Moïse. Il y est présenté comme un personnage. Nous n’avons, a priori, aucune raison de douter de la réalité de sa personne physique. Mais il serait parfaitement possible que la tradition ait contracté en un seul personnage, les diverses personnalités qui auraient assumé la fonction de rassembleur de peuples et de maître à penser de cette nation en construction. Il n’est en effet pas exclu que Moïse provienne d’une racine sémantique égyptienne  « Msi »  désignant le terme très vague de « fils de », « héritier ». 
 
Un peu comme nous dirions « le maître ». Dans cette hypothèse, il faudrait envisager que le mot « Moïse » aurait désigné soit le groupe des notables instigateurs de la coalition d’Israël, soit les notables successifs qui auraient fomenté cette coalition. Au même titre que le nom – tout à fait personnel d’un pharaon, Ramsès II – a fini par devenir synonyme de « souverain d’Egypte », qui qu’il ait été, et quelle qu’ait été son époque.
 
Cette généralisation des termes est courante dans la Bible. Ainsi de Ym (ou yam) qui, s’il nomme « la mer » en son sens strict, peut dans les textes bibliques désigner un peu n’importe quel plan d’eau d’une certaine superficie.
 

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Ceci, simplement pour confirmer qu’il ne nous est pas possible de mieux cerner la personnalité individuelle de Moïse. Les textes nous le présentent comme un personnage. Acceptons cette présentation, sous réserve.
 
Il est par contre beaucoup plus évident qu’il émane des milieux cultivés d’Egypte. Avant son départ, Moïse était sans doute un proche de la cour. Et l’enseignement mosaïque n’est d’ailleurs pas étranger à la mentalité générale qui empreignait les intellectuels égyptiens de la XVIII dynastie.
 
Je crois inutile de reprendre ici, par le détail, les arguments qui plaident en faveur d’une Pâque de l’Exode, à situer durant la période très peu sereine qui marque la fin de cette dynastie. Une Reine-roi, Smenkharé, le tout jeune Tout-Ankh-Amon, le retour du vieil Aÿ, ancien précepteur à la cour, et enfin la reprise énergique du pouvoir par le général et maître de la police Horemheb. Tous ces chambardements en moins de vingt ans !
 
C’est d’ailleurs par une allusion – vague, convenons en – à cette instabilité, que commence le texte de l’Exode.                                                                                 [Ex I, 8]
    « Un nouveau roi vint au pouvoir en Egypte, qui n’avait pas connu Iosseph »
 
S’ensuit le séjour de Moïse à Madiân. Et le texte poursuit :      [Ex II, 23]
    « Au cours de cette période, le roi d’Egypte mourut ».
 
Il est impossible que l’histoire de Moïse date d’avant Amosis, fondateur de la XVIII dynastie qui, en ~1543, libéra l’Egypte du joug des Hyksos.
 
C’est peut-être sous cet Amosis qu’eut lieu l’explosion de l’île de Santorin (Théra) en mer Egée. Certains historiens (tel Cl. VANDERSLEYEN) attribueraient alors le passage de la mer des roseaux à un raz de marée (tsunami) précédé d’un retrait de la mer, qui accompagne régulièrement les phénomènes volcaniques importants.
 
C’est une lecture très « biblique » d’un événement qui devrait être envisagé sous un angle plus purement « historique ». La datation de l’Exode sous Amosis est d’ailleurs jugée beaucoup trop précoce par la majorité des biblistes.
 

 30

Au tout début de la dynastie suivante, en l’an 5 du règne de Merenptah, Israël représentait déjà une puissance suffisante pour figurer sur la liste des vaincus d’une stèle de victoire. Sans risque de nous tromper, nous pouvons ainsi affirmer que l’histoire de Moïse se situe après le départ des Hyksos. D’autre part, à la fin du règne de Ramsès II, Israël était déjà constitué en nation. Moïse et l’Exode se sont donc déroulés sous la XVIII dynastie.
 
Si nous ne pouvons pas lire les épisodes bibliques comme des événements historiques, nous devons néanmoins tenir compte – à titre provisoire – de certains enchaînements. L’Exode cite ainsi les morts successives de deux pharaons. Cette précipitation dans les dates ne se rencontre qu’à la succession immédiate d’Aménophis IV ou à la mort prématurée de Tout-Ankh-Amon. Ceci n’est évidemment qu’un simple élément.

Il y a encore ce climat de violence décrit par la Bible, lorsqu'Israël décide de quitter l'Egypte; Cette violence semble être en rapport avec la parole de Pharaon lors de sa première entrevue avec Moïse. Qui est ce Yahvé à qui je devrais obéir                 [Ex V,  2]
J'ignore tout de Yahvé
                                                                                     
Et là, nous nous trouvons devant des circonstances que l’Histoire peut expliquer, si nous plaçons cette entrevue au moment de la « restauration » du culte d’Amon et des autres dieux, juste après la période amarnienne. La fourchette devient étroite. Et l’on peut raisonnablement proposer une date aux environs de ~1335 à ~1330. Je rappelle ici que, si les preuves sont très rares en Histoire, des indices convergents ont souvent une valeur de vérité supérieure à une preuve trop formelle.
 
On est parfois tenté d’assimiler le schisme d’El Amarna – le monothéisme – au règne d’Akhenaton. Et on en fait une parenthèse d’environ dix sept ans. C’est une vue restrictive des événements historiques qui, dans le cas présent, mène à une erreur grossière de compréhension du concept-même de « monothéisme ».
 

 31

Dans une étude précédente j’ai longuement                                     [Dieu : allégories et concepts]
développé le thème du « divin » au paramètre de son mystère. Dieu, c’est ce que nous ne connaissons pas. (L’indéfinissable !) J’ai centré mon analyse sur l’inconnaissable des manifestations divines à travers les éléments. Les dieux se décrivent alors en termes d’ « intentions », traduites en actes (cataclysmes, maladies, guerres, morts, etc…).
 
Une première étape proposait les chamans invoquant les Esprits, à travers le mystère des manifestations naturelles. L’intention se confondait avec l’élément naturel souvent aléatoire, auteur de l’acte que l’on tentait de susciter ou d’écarter.
 
Une seconde étape établissait une distance entre l’intention et l’acte matériel qui la traduisait à travers un événement naturel. Le dieu demeurait extérieur à l’élément qu’il utilisait comme moyen d’expression de son intention. Et le prêtre rendait culte à une divinité permanente, au delà de son expression.
 
Dans cette logique d’intentions et d’actions, l’étape suivante aurait dû éliminer toute intention extérieure, et considérer le mystère comme une part intrinsèque de l’événement. C’était l’ouverture à l’athéisme matérialiste.
 
Or, la troisième étape a quitté cette logique. Et, selon qu’elle fut interprétée en Egypte ou par Israël, c’est le concept d’intention – sous des interprétations différentes – qui a repris tous ses droits.
 
Elle est devenue cause chez Akhenaton, en considérant tous les événements comme émanant d’une cause unique, au nom de l’harmonie qui doit nécessairement régir le monde. C’était l’ouverture vers un monothéisme métaphysique.
 
Elle est restée volonté divine avec Moïse, en considérant tous les événements comme émanant d’une intention unique, au nom de la volonté divine qui régit le monde. C’était l’ouverture vers un monothéisme  théocratique.
 

 32

Pourquoi cette déviation dans l’évolution logique d’un concept ? Initialement à l’intérieur de l’événement (avec les Esprits), l’évolution normale devait déplacer cette intention vers une volonté extérieure à l’événement (avec les dieux), pour logiquement finir par l’éliminer (avec le panthéisme, voire l’athéisme).
 
L’histoire n’a donc pas ici suivi son cours prévu. Le monothéisme de l’épisode d’Akhenaton ne s’inscrit plus dans le contexte d’une intention divine à déplacer ou à éliminer. Il y a eu rupture fondamentale dans l’interrogation religieuse.
 
On peut éventuellement considérer qu’une telle réflexion sur une intention divine, relève de la spéculation philosophique. A la suite du polythéisme, le culte à un dieu unique entre dans la logique qu’on nous enseigne depuis toujours. Avec toutefois, dans le cas de l’atonisme, une étape qui a été oubliée : celle d’un dieu supérieur aux autres dieux, et qui aurait dû polariser à lui seul l’ensemble des cultes rendus au divin.
 
C’est l’étape de la monolâtrie qui, dans un schéma classique, précède normalement le monothéisme pur et dur. Mais il arrive souvent que l’Histoire oublie une étape.
 
Par contre, il est toujours gênant de voir péjorativement qualifier de « spéculation » une réalité que divers indices historiques objectivent.
 
Car en réalité, c’est toute la XVIII dynastie pharaonique qui a été marquée par cet événement majeur de l’instauration d’un monothéisme, en remplacement des cultes multiples de la tradition égyptienne. Il est faux de considérer Akhenaton comme un événement isolé de la XVIII dynastie. Les pharaons de la dynastie suivante (celle des Ramessides) ne s’y sont d’ailleurs pas trompés.
 
La proclamation d’un monothéisme était la négation-même de la fonction pharaonique, puisque le souverain exerçait envers les hommes, la mission divine d’assurer la Vie (Ankh) et l’Harmonie  du bon déroulement des rythmes (Ma’at). C’est donc dans une parfaite logique religieuse que Ramsès II prit la pénible décision de rayer des listes royales, tous les souverains qui, de près ou de loin, avaient failli à leur mission divine.
 

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Parmi les souverains rayés de ces listes, il y a évidemment les cinq pharaons amarniens. Leur pouvoir fut tout simplement reporté sur le dignitaire qui, durant le schisme, assura Ankh et Ma’at, la sécurité du royaume. C’est ce Général-en-chef et Commissaire-supérieur-de-police qui finit par prendre le pouvoir, et clôtura ainsi la XVIII dynastie sous le nom d’Horemheb.
 
Mais dans la foulée d’épuration de la liste royale d’El Amarna, se trouve également une reine, qui exerça le pouvoir … un siècle auparavant. Ici, il nous faudra y aller voir d’un peu plus près.
 
Il y a, pour justifier El Amarna, des explications politiques immédiates. Le culte au dieu Amon-Rè était devenu difficilement contrôlable par le pouvoir de Pharaon. Son clergé formait un véritable état dans l’état, avec par exemple, un effectif de plus de quatre-vingt mille prêtres dans les seuls sanctuaires de Thèbes, la capitale.
 
Ainsi, l’abandon du culte à Amon apportait-il une « solution politique radicale» au problème de la rivalité entre le pouvoir pharaonique et l’emprise d’un clergé, désormais dépourvu de ses prérogatives. L’instauration d’une religion nouvelle trouve, dans cette manière de raconter l’histoire, une justification strictement politique.
 
Dans une même optique de préservation de son pouvoir, la construction d’une capitale totalement nouvelle, à quelque trois cents kilomètres au Nord de Thèbes, justifie la distance – également physique – à maintenir entre le Pharaon et la classe intellectuelle de son pays.

Il y a ainsi des réalités politiques – donc reconnues par l’Histoire – pour expliquer le schisme d’Akhenaton à El Amarna. Mais une politique de préservation de son pouvoir ne suffit pas à expliquer la démarche monothéiste du souverain. Et puis, une explication de type politique est-elle tellement plus crédible – plus objective - que l’explication philosophique d’une conviction et d’un engagement personnel ?
 
Le clergé (momentanément dissout) d’Amon-Rè, rendait culte au Soleil. Le nouveau clergé d’Aton rendait également culte au Soleil. Du simple point de vue  pratique de faire passer l’information, la nuance est peu évidente. Elle n’a pas dû être directement perçue par l’ensemble de la population égyptienne. Il faut entrer dans les méandres d’une réflexion théologique assez subtile pour identifier l’ancien Amon-Rè au dieu solaire dans ce qu’il nous présente de Mystère. Amon est celui qui chaque nuit, visite le royaume inconnu des morts. Amon, c’est « Le Caché ».
 

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Rè-Horakhti – vénéré à travers son icône Aton, la sphère de l’astre solaire – était, à l’opposé d’Amon, le dieu solaire éclatant d’évidence. Et, comme le proclament les grandes déclarations officielles, dans le domaine de la Vie et de l’Harmonie universelle,  seul Rè-Horakhti présidait au présent, au passé et au futur.
 
Ces déclarations officielles ont été publiées sur les quatorze documents historiques que  forment  les  stèles  d’El Amarna.  L’énormité architecturale de ces 14 bornes – des pans de montagne, polis et gravés – témoignent de l’importance de ces proclamations. Ces textes sont gravés en caractères hiéroglyphiques. Ils n’ont donc pas été destinés à être lus par la foule des citoyens ordinaires. Ce ne sont dès lors pas des déclarations « politiques », mais bien, par contre, des affirmations philosophiques. A nous de déterminer si elles sont d’ordre théologique ou bien métaphysiques.
 
Passer d’une conviction religieuse centrée sur le Mystère, à un culte opposé qui proclame l’Evidence : la démarche théologique est immense. On peut difficilement concevoir qu’une telle démarche, avec une telle dérive par rapport à la logique religieuse initiale, ait pu se réaliser :
- sous le règne très court de dix sept ans sous Akhenaton,
- sous l’autorité d’une personne unique avec Moïse.
 
Ainsi, la parenthèse d’ El Amarna doit-elle être considérée comme la petite partie visible d’une histoire beaucoup plus importante. Il s’agit d’une aventure qui a commencé bien avant Aménophis IV, et qui ne s’est pas terminée avec lui.
 
Il nous faut alors soupçonner – l’indice semble évident - une influence extérieure, active dans les milieux de la cour de Pharaon. Un même enseignement y sera alors reçu à travers des dialectiques divergentes, selon qu’il s’adressera aux populations sédentarisées autour d’un pharaon d’essence divine, ou selon qu’il sera entendu dans l’insécurité des « gens du voyage ».
 

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Affirmer une influence étrangère à la cour de Pharaon, ne peut évidemment pas se faire à la légère. L’élucubration philosophique y trouve peut-être son compte, mais une telle affirmation doit être étayée par de sérieux documents historiques. C’est ici que prend place la décision d’un Ramsès II, d’également effacer des listes royales d’El Amarna, la Reine Hatshepsout qui vécut à Thèbes (à 300 Km plus au Sud), et un siècle avant le schisme monothéiste.
 
Les historiens très « réalistes » ont évidemment invoqué l’aspect sexiste d’une telle décision. Mais alors, pourquoi seulement Hatshepsout, et non pas les autres souveraines qui, comme elle, ont assuré des régences ou des inter-règnes ?
 
On peut, il est vrai, s’étonner qu’Hatshepsout se soit accrochée au pouvoir durant vingt-deux ans, alors qu’originellement, elle était simplement appelée à assurer l’intérim du très jeune enfant Touthmôsis III. (Il savait à peine marcher lorsqu’il fut appelé à succéder à son père.)
 
D’un point de vue « constitutionnel » (terme impropre ici), la légitimité de la Reine était pourtant incontestable. Fille de pharaon, épouse d’un pharaon (son frère), et tutrice naturelle du jeune pharaon qui était en même temps et son neveu et son beau-fils. Les grands événements de sa corégence ont d’ailleurs toujours été ponctués par la référence à Touthmôsis III .
 
Ce n’est donc pas une raison de légitimité qui l’a rayée des listes royales. Et sa prolongation au pouvoir - difficilement explicable, c’est vrai – [la notion d’usurpation s’applique très mal à un pouvoir pharaonique] ne suffit pas à justifier son rejet en dehors de l’Histoire.
 
 
 

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Pount sur Indus
 

Mais le règne d’Hatshepsout a été marqué par ce qui fut considéré à l’époque, comme un événement de tout premier plan. Il s’agit d’une expédition, que certains historiens qualifient d’ « exploration géographique » au pays de Pount.
 
Depuis les temps les plus anciens de leur histoire, les Egyptiens entretenaient des relations amicales avec cette région – mystérieuse et souvent mal située – du pays de Pount. Il y a un bon siècle, on évoquait Opone. Il est tout de même curieux de continuer à appeler « explorations géographiques », des voyages réguliers depuis près d’un millénaire !
 
Nous possédons de nombreux documents égyptiens qui attestent d’expéditions dans ce mystérieux pays de Pount. On peut ainsi compter environs deux expéditions par siècle, de  ~2500 (la pierre de Palerme) jusqu’en ~1875 sous Sésostris II. Et puis, brusquement à partir de cette date,  un silence  de quatre siècles : sans plus aucune expédition jusqu’en ~1475.
 
Nous voici en l’an 9 du règne d’Hatshepsout.
 
Dans la troisième partie de mon étude sur Moïse, j’ai cru pouvoir établir que le pays de Pount ne se trouvait pas en Somalie (comme on l’y situe très généralement), ni en Mésopotamie (comme peut le laisser croire la direction où coule le fleuve en Pount), ni sur le Nil, en amont de la 5è cataracte comme le suggère Claude VANDERSLEYEN .
 
Il nous faut chercher Pount dans le Delta de l’Indus.
 
La désertification très rapide de l’Arabie au début du deuxième millénaire avant notre ère, explique que la côte Sud n’est plus suffisamment balisée pour un peuple non-marin, comme l’étaient les Egyptiens.
 

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Les voyages ne sont techniquement plus possibles. La même époque voit l’arrivée d’Indo-Européens (Aryens) qui, après avoir franchi l’Himalaya, découvrent la plaine de l’Indus et s’y installent. Le Pount change ainsi partiellement de population.
 
Il faudra alors attendre le XVè siècle pour qu’un mouvement « missionnaire », sorte de sursaut religieux, incite les habitants de l’Indus à exporter leur culture. Ils essaimeront au Cambodge, en Thaïlande et au Vietnam où ils tenteront d’implanter ce qui deviendra l’Hindouisme. Et dans le même mouvement, mais vers l’Occident d’Afrique et d’Europe, ce seront les premières traductions en Sanskrit des grands textes du Véda. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’expédition à Pount sous Hatshepsout.
 
Je ne peux pas reprendre ici l’étude détaillée du troisième chapitre qui localise le Pount dans le bassin de l’Indus. Qu’il me suffise de confirmer que cette localisation indienne repose sur de multiples indices et documents, et qu’elle est confirmée par des documents égyptiens de l’Histoire pharaonique. Et parmi ces documents, figure, entre autres, le récit du deuxième portique de temple de Deir-el-Bahari.
 
C’est la Reine Hatshepsout qui s’est fait construire ce temple : vraisemblablement le plus grand temple funéraire d’Egypte, construit à l’échelle de la montagne sur laquelle il s’appuie. Et le deuxième portique de ce temple nous raconte l’exploit d’une expédition à Pount commanditée par la Reine. Le texte est illustré à la manière d’une bande dessinée.
 
Il me semble toutefois important de souligner qu’il ne s’agit pas du compte rendu d’un simple épisode historique. Le texte de Deir-el-Bahari et ses illustrations proclament un exploit. Il laisse sous silence les actes banals de la vie quotidienne. Je me permets cette remarque car on ne peut, me semble-t-il, tirer aucune conclusion des silences du récit.
 

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Le Professeur VANDERSLEYEN conclut par exemple que le voyage s’est effectué en un seul embarquement, [donc uniformément sur le Nil] puisque aucune scène ne nous décrit un transbordement de charge. C’est la lecture d’un historien. Elle est fausse dans le compte rendu d’un exploit. Un trajet d’embarquement, le chargement d’une cargaison, même la construction aux chantiers navals ne sont pas des exploits. Le texte illustré de Deir-el-Bahari reste muet sur ce train-train de l’expédition.
 
Mais une navigation bâbord vers l’Est, remonter un fleuve vers le Nord (à l’inverse du Nil), traverser une mangrove par le Sud, faire escale dans un endroit où le fleuve forme un coude. Des poissons inconnus dans le Nil, une cargaison « rare ». Tous ces faits sont rapportés par le détail. L’arrivée et l’accueil en pays de Pount, mais aussi – et c’est ici un point capital en ce qui nous occupe - l’arrivée en Egypte, d’un groupe d’habitants du Pount.
 
Ce groupe de Pountites est accueilli comme une délégation de notables. Et ici, nous nous trouvons devant un authentique document historique. Ce document atteste que la Reine Hatshepsout est la commanditaire de l’arrivée et, peut-on supposer, de l’installation de Pountites en Egypte. C’est donc elle qui a introduit leur doctrine iconoclaste. C’est son expédition qui est le ver dans le fruit. Et elle sera désormais reniée par l’Histoire.
 
Il nous faut maintenant évaluer si cette rencontre avec des sages venus d’ailleurs a réellement influencé de façon durable, la mentalité des milieux intellectuels. L’intrusion d’un comité de sages pountites a-t-elle eu une répercussion à la cour de Pharaon ? Telle est évidemment ma thèse ; mais il me sera très difficile d’en apporter une véritable preuve.
 
L’institution pharaonique elle-même sera un handicap très lourd à la reconnaissance d’une influence positive « étrangère », puisque c’est Pharaon qui assume l’entièreté de la responsabilité de maintenir le Ma’at, ou les conditions d’une bonne harmonie dans le déroulement des événements qui permettront un meilleur développement de la vie. Toute innovation, tout progrès est ainsi automatiquement attribué à la personne du souverain.
 

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C’est ainsi que, à lire les textes du deuxième portique du temple funéraire de Deir-el-Bahari, on pourrait presque croire que c’est la Reine elle-même qui a accompli l’expédition à Pount, si ce ne sont les illustrations (à la manière d’une bande dessinée) qui nous représentent les portraits de personnages avec leurs noms : Néhésy (messager de la Reine et chef de l’expédition) ; Paréhou (le souverain de Pount) et son épouse Aty. Hatshepsout est toutefois personnellement représentée en compagnie du dieu Amon qui lui confie l’entière responsabilité de cette expédition. Et c’est encore sa présence et ses actions personnelles qui illustrent les festivités du retour triomphal, en l’an 9.
 
Le système pharaonique impose ainsi que toute action importante soit l’œuvre personnelle du souverain. Ceci est un premier écueil qui nous laisse peu de chances de trouver la trace officielle d’une influence étrangère à la cour royale.
 
Si une connaissance nouvelle vient à modifier de manière importante les « savoirs » d’un enseignement, ce sera évidemment au pharaon régnant que sera attribué cet enseignement. Les grandes proclamations d’El Amarna n’échappent d’ailleurs pas à cette règle. Après une longue évolution théologique,  le dieu unique d’Akhenaton reçoit l’attribut de lumineux (interprété par certains comme « Père ».)
 
Ce déterminatif est confusément attribué et au dieu Rè-Horakhti, et à Akhenaton lui-même qui n’a pas résisté à avoir évidemment été initié de façon privilégiée.
 
Aucun  document historique ne nous relate donc la présence d’une influence – ou d’une autorité - spirituelle à la cour pharaonique, durant la XVIII dynastie. C’est, j’en conviens, la faiblesse de mon argumentation.
 
Mais cette présence est pourtant seule à pouvoir expliquer l’évolution théologique qui aura conduit vers une forme panthéiste de monothéisme, et seule à pouvoir justifier la radiation d’Hatshepsout dans le sillage des radiations d’El Amarna. Or le silence qui encadre cette présence s’inscrit dans la norme et n’a rien de surprenant.


 

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L’enseignement védique

Il nous faut encore déterminer cet enseignement étranger.

 
En principe, on pourrait imaginer que nous ne rencontrerons pas de difficulté majeure. La « mission » pountite étant originaire de l’Indus, c’est évidemment le Rg Véda qui sera à la base de l’enseignement nouveau. Et la philosophie védique a fait l’objet de multiples publications. Il n’y a donc apparemment aucun problème.
 
Et pourtant …
 
Bien que la littérature sur les pensées orientales – et du Véda très particulièrement – paraisse très abondante, notre connaissance de la philosophie indienne reste très limitée.
 
Souvenons-nous qu'une civilisation agricole très ancienne (dite de Mehrgarh, du nom du premier site archéologique qui en atteste) s'est développée sur les bords de la vallée de l'Indus, dès les VII et VI millénaires avant notre ère. Les techniques dénoncées par les fouilles témoignent d'un niveau culturel très avancé.
 
Trois millénaires plus tard, à l'âge du cuivre (vers ~2500), sur un territoire protégé au Nord par les renforts de l'Himalaya, mais s'étendant jusqu'à la Mer Arabique (golfe d'Oman), c'est une civilisation urbaine qui a été mise à jour.
 
Cette civilisation dite de Harappa, a son site principal à Mohenjo-Daro. L'aménagement – et les réaménagements – des cités témoignent d'un pouvoir central structuré et très fort. C'est une des conditions pour un épanouissement culturel.
 
Le Véda doit avoir eu son apogée vers les années -2500, dans le Nord-Ouest de l'Inde, et très précisément dans les vallées de l'Indus et de ses affluents de la rive gauche. Nous avons retrouvé de très nombreux documents "Indiens", mais dans une écriture qui n'est toujours pas déchiffrée aujourd'hui.
 

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Comme nous n'avons pas accès à la pensée originale du Rg Véda, il nous est très difficile de nous en faire une opinion précise. Bien que nous nous trouvions devant une littérature de vulgarisation très abondante relative à cette culture indienne, le Véda en quinze leçons n'est pas pour demain …
 
Il fallut en effet attendre l'arrivée des premiers "aryens", vers ~1800, pour une première rédaction écrite du corpus des quatre livres les plus anciens (le Véda proprement dit), mais réalisée alors en Sanskrit.
 
La rédaction s’en poursuivra jusqu’au VIII siècle avant notre ère, soit sur une durée d’environ mille ans. Et il faudra encore patienter jusqu'aux débuts de notre ère (!) pour une rédaction plus définitive des commentaires (upanisad), des codes religieux, civil et social (smrti) et enfin des "épopées" qui illustrent cet enseignement.
 
Avec le passage au Sanskrit – donc à la conceptualisation indo-européenne – le Rg Véda a pris l'orientation de l'Hindouisme. La pensée initiale semble totalement dépourvue de la fragmentation en castes. Le Rg Véda ne semble pas avoir enseigné la transmigration. Le Yoga n'y tient qu'un rôle mineur. Ce sont des différences essentielles par rapport à ce que nous pouvons encore imaginer d'une doctrine primitive. D'autant plus que l'Hindouisme d'aujourd'hui (qui en serait l'héritier) a été fortement marqué par l'enseignement du Bouddha, dès les VI siècle avant notre ère.

Ainsi, la connaissance que nous croyons avoir du Véda est un développement philosophique tardif, traduit en concepts indo-européens (donc étrangers à la pensée originelle), et qu’il nous faut considérer comme la dernière sauvegarde encore possible d’une pensée à la dérive.
 
La rédaction écrite du Véda est à rapprocher de celle de la Bible. On peut situer les premières transcriptions des récits bibliques aux environs des années ~1000, bien que de nombreux biblistes trouvent cette datation fort "haute", c'est-à-dire trop précoce.
 

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Une première édition "complète" de la Bible, est attribuée aux Septante. Elle date des III et II siècles avant notre ère, et est écrite … en grec! Donc, ici aussi, en indo-européen. Il fallut attendre la seconde moitié du premier millénaire de notre ère et la Massore pour une rédaction réputée complète des textes en hébreu, langue alors supposée originelle. Il y aura encore les traductions latines chez les chrétiens, et un rappel aux sources avec Mahomet et son Coran.
 
Le Sanskrit est une langue intellectuelle (comme notre latin à la Renaissance); mais surtout une langue étrangère par rapport au véritable enseignement védique. La transcription de la pensée védique est, à ce propos, à rapprocher de la transcription des textes bibliques en concepts également indo-européens.
 
Dans les deux cas - du Véda et de la Bible - la rédaction écrite s'étend sur près de 2.000 ans. Dans les deux cas, la mise par écrit apparaît comme l’affirmation désespérée d’une pensée à la dérive dans un univers devenu étranger. La vallée de l’Indus, jusqu'au début du II millénaire avant notre ère, était un territoire fermé, protégé de toute influence étrangère.
 
A Deir-el-Bahari, une des illustrations de l’exploit national de la fameuse expédition commanditée par la Reine Hatshepsout, nous relate l’étonnement de Paréhou, roi du Pount :
Comment avez-vous fait pour atteindre cette contrée qu'aucun homme ne connaît? Vous n'êtes tout de même pas arrivés par les airs; vos navires n'ont pas fait route sur les mers et encore moins sur la terre?
 
Nous nous trouvons ici devant un document historique - compte rendu d'une expédition officielle - qui affirme qu'à l'époque (voici 3.500 ans) subsistait une population isolée qui avait échappé à l'influence des "Invasions Indo-Européennes". Cette contrée qu’aucun homme ne connaît confirme que la région a jusqu’alors été épargnée par les vastes mouvements de populations qui venaient d’avoir bouleversé le Nord de l’Inde et l’ensemble de l’Europe et de son Orient.
 

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Et c’est justement la présence de nouveaux arrivés indo-européens qui a amplifié ce besoin de mettre l’ancienne tradition par écrit dans nos Proche et Moyen Orients. 
En règle générale, une tradition "orale" était préférée à l’écriture                              [[5]]
qui risquait de figer le récit en tuant la langue.                                                         
 
Cette nouvelle conception d'un savoir exclusivement oral à transmettre désormais par l’écrit, a créé chez les Indiens, l'impérieuse nécessité de s'exporter, s'ils voulaient se préserver d'une trop forte influence (ou contamination) étrangère. Et ce seront des grandes expéditions "missionnaires" parties de l'Indus jusqu'en Chine, et leur installation dans des temples Khmer au Cambodge.

C'est  dans  ce  contexte  qu'il  nous  faut  lire  la  re-découverte  de  Neterto  - le Pount - par l’expédition géographique sous la Reine Hatshepsout (~1470) qui accueillit alors en Egypte un comité de sages indiens. Dans le contexte expansionniste de la civilisation de l’Indus en pleine mutation à cette époque, l’installation de ce comité de sages et son enseignement pountite eut une influence directe à la cour des pharaons.
 
La littérature égyptienne nous présente évidemment cette expédition comme un "exploit" de la part des Egyptiens. Il ne faudrait peut-être pas écarter l'hypothèse d'une expédition Indienne qui aurait abouti en Egypte. A l'inverse, en quelque sorte, des expéditions antérieures au Pays de Pount.
 
A partir de là, l'enseignement védique est entré en Occident et a été reçu dans des traditions polythéistes. Le Véda fut cependant différemment compris selon qu'il était reçu par les Egyptiens ou par des populations étrangères installées à la cour de Pharaon.
 

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Notre connaissance indirecte du Rg Véda nous interdit d'en développer la pensée par le détail. Nous avons simplement quelques points fixes autour desquels nous pouvons articuler une pensée. 
Ces quelques points sont :      [[6]]
      - le Savoir                       Véda proprement dit;
      - l'Etre premier                Atman;
      - la Cause première        Brahman.
 
Le Grand-Tout est fondamental dans l'enseignement du Véda qui - ainsi d'ailleurs que les actuels bouddhismes - n'est pas foncièrement à la dévotion d'un Dieu. Ce sont plutôt des "philosophies" qui tentent d'attribuer à l'homme, la place qui lui revient dans l'Univers.
 
Chacun cependant, en fonction de sa conviction théiste personnelle, aura assimilé tous les ingrédients du Véda. Et ce sera l'atonisme d'un côté, avec Akhenaton à El Amarna; et ce sera l'interprétation de Moïse en Israël.
 
Dans les deux cas, l' "Etre premier" a été interprété en un  "Etre Suprême". Dans les deux cas, ce sera l'explosion d'une forme de monothéisme, dans des milieux traditionnellement polythéistes. Mais là s'arrête la comparaison.
 
La philosophie védique fut ainsi reçue par un pharaon investi de la mission "divine" de préserver le Ma'at, (ou harmonie universelle nécessaire au bon déroulement de la vie). Le Brahman (Cause première) du Véda était compatible avec le concept égyptien de Ma'at qui supposait une réalité unique en son harmonie. La traduction pharaonique de l'enseignement du Véda aboutit alors à la conception d'une "Cause unique".
 
Le monothéisme d'Akhenaton se situait au niveau de la cause.

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La relation entre ce dieu Unique et la Vie (l'homme) se construisit sur base de son identité (Atman) et de son activité (Brahman). Nous retrouvons cette distinction dans les doubles cartouches qui nomment le maître unique de l'atonisme. En Egypte, le Véda a débouché sur une philosophie de l'essence et de l'existence.

Le savoir (le Véda) sera affirmé de manière plus discrète dans des textes moins exposés, tel le Grand Hymne au Soleil où nous lisons :                                   [01, § 12] 
C'est toi qui es dans mon cœur et personne d'autre ne te connaît à l'exception de ton fils Nefer-Khépérou-Rè [Akhenaton] que tu as initié dans tes plans et ta puissance.
 
C'était une première forme de monothéisme, qui pouvait trouver son développement dans la philosophie occidentale de l'Essence et de l'Existence. 
Avec une ouverture évidente vers un ésotérisme                                                           [[7]]
qui réserverait la quintessence de la connaissance à une élite.        
 
Le même enseignement, entendu sans doute à la même cour Pharaonique, mais à travers une tradition sémite (et mésopotamienne), aboutit à son tour à une deuxième forme de monothéisme, dans le contexte d'une tradition très "sumérienne" du rapport des forces:
 
Avec YHWH, le "Tout Un" devient aussi        Etre Suprême,
      - doté de  Personnalité                              Atman,
      - Tout Puissant (El Shaddaï)                     Brahman.
 
C'était une autre forme de monothéisme, qui trouvera son développement dans les catégories mentales de l'immanence ou de la transcendance. Il faut chercher la divergence d'interprétation d'un enseignement indien pourtant unique, dans les cosmogonies respectives d'Egypte et d'Israël.
 
- En Egypte, le dieu Horus avait confié à l'homme (le pharaon) la tâche divine de préserver l'harmonie indispensable au bon déroulement de la vie. Garant du Ma'at, un homme participait ainsi à une œuvre divine
- Pour Moïse, (avant Israël) le dieu Marduk ("El" dans la Bible) avait créé les hommes au meilleur service des dieux, pour qu'ils  assurent à leur place, les tâches fastidieuses mais indispensables.
 

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Akhenaton retiendra le flux de lumière et de chaleur - réalité non-matérielle - à l'origine de toute vie et de toute pensée. Une réalité au delà de la matière (φυσις = physis en grec), c'est la proclamation d'une métaphysique.
 
Les quatorze bornes qui délimitent le site d'El Amarna proclament d'ailleurs en tout premier:
        Dans le domaine de l'Harmonie et de la Vie,
  C'est le flux de lumière et de chaleur (Rè-Horakhti)
  Qui d'évidence est maître de ce qui est au delà,
 sur les origines, le présent, et le futur.
                         (horizon du matin, et celui du soir)
 
La seconde partie de ces proclamations ajoute:
 Soleil qui, dans un flux de lumière, revient sous forme d'astre.

La meilleure représentation de ce flux de lumière et de chaleur (le rayonnement igné du Véda) est évidemmet le soleil dans sa matérialité. La sphère solaire devient l'icône de l'Etre Primordial avec Aton. C'est aussi une manière très directe - mais ésotériqiue - de nier une quelconque importance (voire l'éventuelle réalité) des dieux.
 
Le mystère de la vie est à chercher dans la matérialité du Grand-Un. Lu de la sorte, l'enseignement d'Akhenaton ressemble à un athéisme dialectique. Une métaphysique en tout cas, puisqu'il proclame que le "savoir" doit se chercher au sein même de l'élément matériel qui le supporte.
 
Nous sommes en pleine dialectique védique.
 

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L'approche des textes amarniens laisse très peu de place à l' "à-peu-près". Chaque détail a son importance. Ainsi, n'a-t-il pas échappé au pharaon que c'était lui, Akhenaton, qui par sa réalité individuelle dans l'Univers, investissait l'Etre Suprême d'une personnalité analogue à la sienne. Et d'entourer les définitions du Grand-Un par le signe distinctif qui nomme sa Personne, le cartouche.
 
Cette démarche signe sans doute l'influence spécifiquement védique sur la "théologie" d'El Amarna. Alors qu'il est généralement compris que l'homme est doté d'une personnalité à l'image divine, Akhenaton – sous l'influence védique sans aucun doute - renverse le processus et affirme que c'est en réplique de celle de l'Homme que provient la personnalité de l'Etre Unique.
 
C'est chaque être de l'Univers qui construit l'Etre Absolu. Les cartouches sacrés - cas unique dans toute la littérature pharaonique - signent ainsi une influence directe de la pensée philosophique de l'Indus.
 
La taille, le polissage et la gravure de ces quatorze stèles (à flanc de montagnes) ont pris un certain temps. On évalue entre six et huit ans, l'écart entre les premières déclarations (an 6) et la dernière (an 11 ou 14).
 
Et, bien que les proclamations visent à des contenus identiques, il y a des modifications non-négligeables dans la graphie des textes. Ces modifications (que certains ont interprétées comme une démarche vers une écriture alphabétique) démontrent au contraire un apurement de la pensée philosophique, (comme s'il y avait un enseignement en cours) et marquent une distance à prendre envers ce qui est "religieux" ou "divin".
 

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Une première graphie nous proposait:
Dans le domaine divin de l'Harmonie et de la Vie, Le flux solaire, dieu des hommes, est le maître évident du Mystère Soleil présent dans l'astre en sa qualité d'émanation divine de lumière.
 
La dernière graphie proclame:
Dans le domaine de l'Harmonie et de la Vie, Le flux solaire est le maître évident du Mystère Soleil qui revient en lumière sous sa forme d'astre.
 
Dans cette ultime graphie, Akhenaton a fait supprimer la déesse qui portait la plume (emblème du Ma'at, l'Harmonie). Il a effacé le faucon (emblème divin) qui précédait le Soleil (Rè), et c'est désormais le soleil sous son nom qui est le maître du Mystère (souverain de l'horizon). Enfin, la lumière n'est plus une émanation divine (shou), et qualifie directement l'astre solaire. La dernière écriture élimine ainsi toute réminiscence avec des qualificatifs qui se rapportent à des dieux.
 
Rè-Horakhti (le flux solaire) n'est pas seulement un dieu: c'est l'Etre Absolu.
 
L'évidence, proclamée par Akhenaton, doit se comprendre en opposition à Amon-le-Caché (également figure du Soleil); mais qui chaque soir s'enfonce dans le royaume de l'inconnu.
 
L'Evidence est également une attaque contre les rites magiques qui encombraient les cultes officiels à Amon et aux dieux.
 
Le pharaon d'El Amarna se préoccupait assez peu de sa tâche spécifique de "Chef de l'Etat" et consacrait la majorité de son temps à l'élaboration de sa nouvelle doctrine métaphysique.
 
C'est d'ailleurs cet "abandon" de son devoir pharaonique de garantir le Ma'at, qui incita Ramsès II, un siècle plus tard, à radier Aménophis IV (Akhenaton) et ses successeurs de la liste des pharaons légitimes, et à passer directement à Horemheb qui, durant les règnes métaphysiques, assura l'ordre (civil et militaire), et assuma ainsi la continuité du Ma'at dans l'Harmonie.
 

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Moïse était sans doute moins érudit qu’Akhenaton. Il était aussi plus pragmatique, accaparé par des préoccupations immédiates de survie, et l'ambition politique de rassembler les "Benéi Israël" en un seul peuple. Deux mille ans plus tard, la même obligation politique accaparera Mahomet, et l'obligera à un pragmatisme tout aussi concret que celui de Moïse.
 
Ce pragmatisme obligé - et sans doute aussi le niveau de compréhension très fruste des tribus semi-nomades de l'Exode - obligèrent Moïse à résumer son enseignement en obligations ou en interdits. Il ne résista pas à la tentation d'appuyer ses injonctions par l'affirmation de "YHWH m'a dit que ..." Dans des circonstances fort analogues, Mahomet utilisera le même argument divin.
 
Pour comprendre les deux démarches simultanées d'Akhenaton à El Amarna, et de Moïse dans les maquis de son long périple, je crois indispensable de rappeler rapidement ici, l'essentiel de la philosophie védique, et son originalité par rapport aux "cultes aux dieux" rendus tant en Egypte qu'au sein des clans sémites qui nomadisaient entre les vallées.
 
En contraste aux grandioses cérémonies à Amon dans les immenses cités templières de Karnak (et bientôt de Louksor), et par rapport au culte de soumission aux Elohim (qui deviendront YHWH), l'enseignement védique apportait une dimension totalement novatrice.
 
Le "Dieu" n'est plus le point de référence. Il reste certes encore des inconnues, et sans doute même des incompréhensibles, mais dont l'attribut divin ne relève d'aucune intention. La relation entre l'homme et son inconnu s'inscrit radicalement en dehors de toute "volonté" divine.
- Le Véda ne considère pas de Maître à l'Univers.
- Le Véda ne considère pas de culte.
 
Il y a un monde en phase d'élaboration, et composé d'une infinité de fragments. Chacun de nous est une parcelle de cet Univers en devenir. Nous participons ainsi, par notre seule individualité, à la construction d'un monde perçu comme un Grand Tout:  l'Etre Total.
 

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Pour la première fois peut-être dans l'histoire de l'humanité, l'enseignement védique propose une réponse cohérente à l'homme pris dans son individualité. Chacun de nous construit le monde. Nous sommes la pièce unique d'un gigantesque puzzle. Et c'est à travers notre unicité (personnalité dans le cas de l'homme) que l'Etre Total deviendra ce qu'il est appelé à devenir. Sans moi, l'Univers ne serait pas ce qu'il est. Chacun de nous est indispensable à la confection de l'Etre Primordial.
 
Au delà de notre mort individuelle, l'Univers continuera bien sûr à se construire, mais en fonction des propriétés que nous lui aurons individuellement acquises. Nous ne tenons pas notre personnalité d'un supposé Maître Suprême dont nous serions une sorte de réplique. C'est notre personnalité individuelle qui, imbriquée dans l'Etre Total, confère au Grand Tout sa spécificité.
 
Nous sommes les constructeurs du monde que nous réalisons en fonction de notre présence individuelle (personnelle, dans le cas de l'homme).
 
Dans un raisonnement fort proche de notre actuelle physique quantique, le Rg Véda dénombre trois principes universels, qu'il n'explique pas clairement dans leur fonctionnement, mais qu'il constate dans un processus infaillible. Ce sont:
      - le principe d'identité:                                                     Atman;
      - le principe de propriété:                                                Véda
      - le principe de causalité:                                                Brahman.
 
Le principe universel d'identité constate que chaque objet acquiert une individualité propre, par rapport aux objets voisins apparus dans des circonstances identiques.
 
Le principe universel de propriété constate que chaque objet prend possession de son volume, et interfère sur son environnement (théorie des quanta), sans limite de distance semble-t-il, (comme l'affirme notre loi de la gravitation).
 
Le principe universel de causalité affirme qu'il n'existe pas d'événement anodin et que tout phénomène, par un enchaînement de conséquences, finit par avoir des répercussions à l'échelle universelle. C'est notre "effet papillon".
 

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Les anciens ne connaissaient pas les quatre dynamiques fondamentales de notre physique, et croyaient en une force essentielle unique qu'ils imaginaient sous la forme d'un rayonnement lumineux et calorique, comme celui du feu. Le Soleil était évidemment la représentation par excellence de cette force essentielle.
 
La vie et la pensée étaient les émanations directes de cette force cosmique. Chaque élément de l'Univers – dont nous-mêmes – étions ainsi l'application concrète de cette énergie universelle.
 
Nous étions la concrétisation:
      - du principe d'identité
                à travers notre personne;
      - du principe de propriété
                à travers notre vie et notre pensée;
      - du principe de causalité
                à travers les conséquences de nos actes.
 
Après sa mort, chaque individu restait une parcelle du Grand Tout qu'il avait contribué à réaliser. Dans les trois principes d' Identité, de Propriété et de Causalité, il se confondait désormais dans l'Etre Total.
 
La pensée védique est presque à l'opposé de toute religion de "culte". Et c'est ce que nous retrouvons à El Amarna, où Akhenaton remplace la construction d'un Temple, par un lieu à ciel ouvert. Et dans la religion de Moïse, la force essentielle se manifestera sous la forme du Buisson Ardent réminiscence évidente de la primauté du flux de lumière et de chaleur dans les domaines de la vie et de la pensée. Ici aussi, on pourrait multiplier les exemples.
 

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L'Etre Absolu du Véda se structure en fonction de la personnalité de chacun des hommes. C'est un donné essentiel de la pensée indienne.

-  Le Dieu d'Israël est une personne. Mais Moïse n'a pas perçu la direction – le vecteur - qui, au départ d'une personne humaine, trouve son épanouissement dans la Personnalité de l'Etre Absolu. Et nous gardons dans la Bible, la représentation d'une direction inverse de l'Homme à l'Image de Dieu.
 
- Toujours attaché à la soumission aux dieux qui caractérise les mythologies de Mésopotamie, le Grand Tout (donc l'Unique) de Moïse s'est muté en Etre Suprême. C'est sans doute l'incompréhension fondamentale par rapport au Véda dont Moïse tire pourtant l'essentiel de son enseignement. Le concept de Grand Chef (à qui sont soumis tous les hommes) entraînera Moïse à confirmer l'absolue supériorité d'un Dieu dont on affirmera, dans la foulée, qu'il était également "créateur".
 
Les rabbins du Talmud ont assez rapidement compris l'incohérence à proposer une création en dehors de tout substrat matériel. Nous nierions aujourd'hui la possibilité de poser un acte en dehors d'un lieu (espace expansé) et en dehors de la durée (temps expansé). Mais l'école talmudique s'inscrit dans le courant philosophique de la pensée grecque, plus d'un millénaire et demi après les premiers récits bibliques, et huit cents ans après la version biblique grecque des Septante.
 
Faut-il voir ici, avec Georges dumézil, une influence des nouvelles populations (dites Indo-Européennes) qui apparaissent aux Proche et Moyen Orients depuis le début du deuxième millénaire? Avant Moïse en tout cas, les dieux n'étaient pas créateurs. L'Univers existait avant les dieux. Cette notion d'un Dieu-Créateur consacrait une rupture irréparable avec le Véda. Mais comme la source de l'inspiration provient de l'Indus, la mise en forme de concepts mal assimilés par les Juifs donna lieu à des incohérences, qui subsistent encore aujourd'hui.
 

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Chaque parcelle de l'Univers collabore à la structure du Grand Tout. On peut dès lors concevoir, dans le rapport des forces dont ne parviendra pas à se départir Moïse, que cet Etre Universel se retrouve en toutes choses – puisque, dans la ligne-même du Véda – toute chose contribue à élaborer l'Etre Premier. Mais dans un retournement du raisonnement, on peut alors concevoir que l'Etre-Un est immanent.
 
Dès lors cependant que le Grand-Tout devient un Etre Suprême, absolu et créateur (pour bien affirmer sa force et son pouvoir), il doit rester extérieur et indépendant de l'Univers qu'il a créé. Il se décrit en terme de transcendance. Or dans un raisonnement précédent, il se retrouve en toutes choses.
 
Le voilà donc immanent (dans la ligne védique)
et transcendant (dans l'optique sémite).
Cette contradiction continue à entacher les trois théologies monothéistes de notre Occident.
 
Non seulement, YHWH-Dieu est présenté comme "créateur", mais la doctrine affirme que cette création est "terminée". Dans le rapport des forces entre Dieu et son œuvre, la domination divine est infinie. L’œuvre est achevée.
C'est une deuxième rupture irrémédiable avec le Véda.
 
L'enseignement védique donnait un sens à la vie de l'homme qui, par sa seule existence, construisait l'Univers. L'achèvement de la création enlève toute signification à la pensée et à l'acte. Il faudra dès lors que le mosaïsme (et les trois courants religieux qui en découlent: Judaïsme, Christianismes et Islam) s'attache à démontrer qu'il n'y a pas d'absurde. Ce problème est encore très contemporain. (Toute la philosophie du XX siècle tourne autour du thème de l'Absurde.)
 
La physique, la biologie, l'astrophysique nous indiquent pourtant que ce n'est pas fini, et que le monde est actuellement en pleine élaboration. L'Univers est occupé à se construire. Or nos religions proclament que la création est terminée ...

Inclure le Rg Véda dans la genèse historique des religions contemporaines, et reconnaître en lui une source importante pour nos concepts religieux, paraît une démarche assez féconde. Certaines contradictions des actuels monothéismes trouvent alors leur place dans une logique rigoureuse.
 
Les Esprits étaient censés habiter les élémen

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ts ou les événements. Leurs manifestations traduisaient les intentions de ces éléments. Comme si les objets de la nature avaient une âme.
 
Une démarche ultérieure a déplacé cette intention en dehors de l'objet qui la manifestait. Un être extérieur à l'objet exprimait son intention en utilisant l'élément comme moyen de sa manifestation. C'était la naissance des dieux. Comme les éléments naturels étaient multiples, les dieux étaient également multiples.
 
La présentation habituelle de l'histoire des dieux voudrait que le concept d'un dieu unique naquit d'abord sous la forme du souverain des autres dieux, avec une phase de monolâtrie. Ensuite, il sera reconnu comme le dieu unique et Tout-Puissant avec le monothéisme. J'ai moi-même proposé cette évolution des concepts dans un essai sur "Dieu".

!!! Ce n'est sans doute pas ainsi que cela s'est passé.
 
L'Univers qui forme un Grand Tout, et que chaque élément contribue à construire et à structurer, n'est nullement contradictoire avec la présence d'êtres puissants, qui dominent les hommes. Les monothéismes purs et durs admettent en effet la présence d'anges, d'archanges, de chérubins, de séraphins, etc... Le Grand Un ne s'oppose pas à la multiplicité des divins.
 
La personnification humaine par la réflexion de la conscience donne une spécificité de "Personne" au Grand Tout que nous contribuons à constituer. L'Etre Total, par notre présence dans l'Univers, devient ainsi lui aussi "Personnel".
 

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Tout bascule quand l'Univers dans sa totalité, devient Etre Suprême. Une compréhension immédiate et subjective retient de lui qu'il est Un (certes), mais qu'il est une Personne unique (donc seule).
 
L'Etre Total du Véda est la réalisation ultime de l'ensemble des éléments concrets du monde physique. L'Etre Suprême proclamé par les monothéismes rejoint le monde des dieux, avec leurs intentions et des lois à respecter dans leur immobilisme (la création étant terminée).
 
Les monothéismes ne sont pas l'aboutissement de la souveraineté d'un dieu sur les autres. C'est la transposition du concept d'Etre Total, dans l'univers du divin. Ainsi, contrairement aux idées généralement reçues, devons-nous considérer que la notion d' "unicité" est un concept étranger à la genèse d'une déité.
 
Le premier livre de la Bible nous présente son Dieu-Créateur sous forme d'un évident pluriel: les Elohim.
 
Dans la pensée védique d'un Univers-Total décrit dans ses structures constitutives, il n'y a aucune contradiction à proposer les multiples éléments non-encore unifiés, dans ce qui n'est pas encore - mais est appelé à devenir - un Grand Tout.
 
Il n'y a aucune contradiction à nous y présenter des puissances supérieures à l'homme, et à les qualifier de "dieux". Le piège commence lorsque nous attribuons des "intentions" à ces éléments (esprits) ou à ces puissances (dieux).
 
On enseigne généralement que "les Elohim" de la Genèse sont les témoins du passage entre un polythéisme ancestral vers le monothéisme proposé par Moïse. On y relève une contradiction.
 
A tel point que la première rédaction grecque des Septante buttera sur ce pluriel (qui devrait être Un) et accordera le verbe au singulier.
 

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La théologie juive assimile les Elohim à des dieux. Le texte entre alors en contradiction avec lui-même; tandis que le pluriel des Elohim est parfaitement compatible avec le Grand Un de l'Univers.
 
Nous devons nous souvenir que les premières mises par écrit de la Bible - un Deutéronome en tout cas, et sans doute les cinq premiers livres - datent de plusieurs siècles après Moïse (ou le personnage supposé que nous appelons "Moïse"). La dialectique théologique avait ainsi eu largement le temps d'amplifier la caractéristique de "Personne" en l' Etre Suprême, et de ranger au second plan le Grand Tout qu'il synthétise et auquel nous participons.
 
Dans cet enseignement tardif, (aux environs de l'an ~1000), la qualification de "Personne" qui singularise YHWH, tente de traduire un état intrinsèque du Dieu, et oublie qu'il émane du réel que nous représentons dans l'univers. Ainsi, compris comme étant "personnel" par essence (et présenté comme immuable) le Dieu d'Israël se retrouve à l' "extérieur" de son œuvre - transcendant - et rejoint dès lors le panthéon des dieux anciens.
 
Le monothéisme ne s'inscrit pas dans la ligne du polythéisme qui l'a historiquement précédé. La suite naturelle du concept de "dieu", était la suppression de l' "intention" qui animait la divinité. Une bifurcation vers le monothéisme est une déviation du processus qui mène de l'esprit vers les dieux, et des dieux vers un réel en devenir. Une telle rupture dans le processus logique, signe l'influence d'un concept étranger. Dans le cas présent, c'est l'irruption du Véda.
 
Nous pouvons même ajouter qu'il s'agit d'une irruption brutale. Dans les deux cas d'Akhenaton et de Moïse, l'option monothéiste a été imposée très autoritairement, en une période très courte, et à des populations nullement préparées à concevoir un "Maître Unique" à leurs destinées. La période amarnienne ne fut qu'un épisode en Egypte, bien que – comme nous l'avons vu – il nous faut élargir cette période à une part importante de la XVIII dynastie. Mais le YHWH de Moïse marque encore aujourd'hui, et de manière tragique, chaque conflit de notre histoire contemporaine.
 
 

  

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Cinquième partie

 

MOÏSE

Le Peuple élu

 


 

 

Moïse-5 : son alliance

 

 


A ta postérité je donnerai ce pays            [Gn 15 18]

du Torrent d'Egypte au grand Fleuve d'Euphrate

 

 

ALLIANCE 
 
 
L' Alliance est un traité politique, commercial, ou social régulièrement pratiqué dans la sphère mésopotamienne de l'Antiquité. Très rapidement, les alliances prirent la forme de traités entre nations. Dès le III millénaire, des documents nous attestent de telles "alliances" entre l'empire hittite des Hattiens, - d'avant les hittites des invasions indo-européennes - et ses états vassaux. L'histoire des Juifs est ponctuée d'alliances. Il s'agit de conventions rituelles et solennelles, dont la lecture est régulièrement répétée, afin que nul n'en ignore.
 

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On distingue:
 - l'alliance "horizontale" entre partenaires de même rang
        qui s'engagent à respecter une paix définie par des obligations bilatérales;
 - et l' alliance "verticale" entre un suzerain et son vassal.
 
Une Alliance comporte classiquement quatre volets:

- La promesse:
                                    En cas d'Alliance horizontale, l'engagement sera mutuel:
                                                "Je m'engage à ceci, et vous vous engagez à cela"
                                     En cas d'Alliance verticale, le suzerain promet sa protection.

- L'obligation:             Respecter certaines  règles (les commandements) qui, la
                                              plupart du temps, sont rédigées au mode négatif de:
                                                 "Je m'engage à ne pas faire ceci."

- Le sceau:                  Signe tangible qui atteste publiquement qu'on est engagé par l' Alliance.

- La malédiction.
 
La Bible nous relate un tel traité d'Alliance – politico-économique – conclu             [Gn XXI, 31]
entre Abraham et le roi philistin Abimelek pour régler une distribution équitable des eaux de la source de Bersabée.
 
Dans leur religion, les Juifs ont pris modèle sur cette forme particulière de traités civils. Les textes religieux de la Bible – en opposition aux textes qualifiés d'historiques – font état de telles "Alliances" (verticales bien évidemment) entre Dieu et certains personnages bibliques. La religion judaïque est articulée sur de tels engagements entre une divinité suzeraine, et les hommes considérés en vassaux. Chrétiens et musulmans reprendront la même structure pour définir la relation avec leur Dieu.
 

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Je parle de "divinité suzeraine" car il faudra attendre Moïse pour que ce Dieu ne devienne unique en YHWH. Sans aucune prétention à retracer ici l'histoire de "toutes" les Alliances bibliques, je voudrais rapidement rappeler:
 
1               Adam et Eve:                   
                                 promesse      Je te donne la nature
                                 obligation       Te multiplier et donner fonction à chaque chose
                                 sceau            Tu es à mon image et à ma ressemblance
                                 malédiction    Ta souffrance et ta mort
 
2           Noé              promesse      Ne plus jamais détruire la Terre par l'eau
                                                       et bénédiction sur sa descendance par Sem
                                 obligation       Interdiction de répandre le sang sans motif
                                                       et de tuer son semblable
                                 sceau            L'arc en ciel
                                 malédiction    Tu seras banni si tu désobéis
 
3           Abraham:   Alliance plus inconditionnelle:
                                    promesse      de nombreuses nations comme descendance
                                                              et don inaliénable de la Terre de Canaan.
                                    obligation       le culte à rendre au "divin"
                                    sceau            "signe de l'Alliance" circoncision des enfants mâles
                                    malédiction    être exclu du contrat en cas de non-observance.
 
4               David : l'Histoire a changé les termes de l'Alliance au cours du temps:
 
             X siècle      la promesse  fonder une dynastie éternelle
                                 obligation       la théocratie de YHWH
                                 sceau            la souveraineté d'Israël avec le Temple
                                 malédiction    la division du royaume en cas de déloyauté.
 
             VI siècle     la promesse  un fils de David sera Messie (libérateur politique)
                                 obligation       fidélité à YHWH
                                 sceau            le culte rendu au Temple
                                 malédiction    asservissement à des peuples étrangers
 

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Jérémie en appellera au concept nouveau de "Rédempteur".                                [Jr XXXI, 33]
Les chrétiens récupéreront ce Rédempteur de toute l'humanité devenue Peuple de Dieu.
 
Il faut rapprocher la prophétie de Jérémie qui compare la promesse gravée sur la pierre et celle gravée dans le cœur, à la parole d'Etienne, premier martyr chrétien, assassiné pour avoir proclamé que Dieu n'habitait pas des maisons construites de la main des hommes.
 
L'objet principal des présentes études est focalisé sur Moïse.

C'est également une "Alliance" qui est à la base de l'enseignement mosaïque, avec les phases classiques de:
             la promesse        libérer Israël des Egyptiens
                                            et accorder la terre promise
             obligation            les dix commandements
             sceau                 l'Arche d'alliance
             malédiction        abandon de la protection par Dieu
 
Je viens d'exposer une Alliance comme l'aurait présentée un professeur d'Histoire Sainte. Les termes recouvrent une forme de contrat très courante dans les populations sémites. Les promesses divines ont pris le forme de ces contrats. Sans interruption depuis Abraham jusqu'à Moïse, et encore avec le Christ, et même plus tard avec Mahomet.
 
 
 
Mais ceci n'est pas exact.
 
 

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Il y a évidemment un fil rouge entre ces diverses Alliances. Comme la religion d'Israël a explosé et a été adoptée par d'autres peuples, nous retiendrons les "Alliances" dont la portée dépasse l'anecdote de l'histoire juive, et nous aurons: Abraham, Moïse, Jésus et Mahomet. Il serait absurde de nier la filiation directe entre ces diverses Alliances. Mais les conditions historiques sont radicalement différentes d'une époque à l'autre. Et les objets des diverses Alliances varient entièrement selon que la promesse divine se situe sous Abraham ou sous Moïse. Il apparaît même que l'Alliance chrétienne est la totale "négation" de celle avec Moïse.

On se rend immédiatement compte que les différents épisodes d'Abraham, de Moïse, de Jésus ou de Mahomet sont survenus dans des contrées différentes. Et à des époques différentes. Et entre Abraham et Mahomet, la géographie du Moyen-Orient s'est complètement transformée. Il n'existe vraiment aucun point commun – absolument aucun – entre une Mésopotamie d'Akkad et la même Mésopotamie à l'époque du Christ. Expliquons nous.
 
Il est utile ici de nous référer à la géopolitique des diverses époques.
 
L'événement majeur de l'histoire des hommes est certainement leur passage à la conscience réfléchie. Mais ce terme de "réflexion" s'est banalisé. Il est désormais entré dans l'histoire de l'évolution. Nous assimilons ainsi ce cap de l'histoire comme nous parlerions de l'âge de la pierre ou de l'âge du bronze.
 
Il est en fait relativement récent – moins de 10.000 ans – que l'homme prenne conscience de son milieu en se situant lui-même dans son environnement. Normalement, l'être vivant tâche de s'accommoder de son  milieu. Le gibier tentera de tirer le meilleur parti de la forêt dans laquelle il vit. L'animal des plaines ou des steppes adaptera son comportement à la plaine ou à la steppe. Or - phénomène semble-t-il unique dans l'histoire de la vie – depuis moins de dix mille ans, lorsque le milieu de lui convient pas, l'homme intervient sur son environnement et l'aménage en fonction de ses besoins.
 

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Les manuels d'histoire racontent que l'homme qui vivait de cueillette et de chasse, s'est transformé en agriculteur et en éleveur. Cet exemple ne donne qu'une toute petite image de son passage à la Conscience Réfléchie. Il ne s'est pas contenté de changer d'occupation. Pour devenir agriculteur, il a modifié en profondeur le paysage dans lequel il vivait. Il a défriché une parcelle qui était forêt avec l'intention de la transformer en champ. Il a modifié le cours du ruisseau ou de la rivière, avec l'intention d'irriguer ou d'assécher tel terrain qu'il convoitait. Il a arasé des flancs de collines avec l'intention d'y construire des cultures en terrasses.
 
Avec l'intention de
 
C'est cette intention humaine qui marque les débuts de l' "Histoire". Avant l'histoire, à l'instar des autres animaux, l'homme s'accommodait de son milieu. Les vestiges que nous ont légués les hommes d'avant l'histoire témoignent d'un éveil de la conscience, orientent vers des préoccupations extra-matérielles (avec le chamanisme, par exemple) et démontrent souvent de l'ingéniosité (intelligence) et un évident sentiment artistique. L'homme préhistorique se différencie ainsi déjà très nettement des autres animaux.
 
Mais la rupture avec le règne animal dont il émane, provient de l'emprise qu'il s'attribue sur tout ce qu'il touche. C'est d'ailleurs l'objet de la première Alliance biblique, dans le premier récit de la création, quand Dieu confie à l'Homme le soin de déterminer                                              [Gn I, 27-31]
l'utilisation de ce qui a été créé.
 
Un paysage qui a été habité par des hommes est devenu un autre paysage. Et là, il s'agit d'un phénomène totalement original. Le passage à l'humain est une entière innovation au niveau biologique planétaire.
 
On présente généralement l'Histoire (par rapport à la préhistoire), comme l'époque à partir de laquelle nous possédons des documents "écrits". C'est une extrême simplification. Ce n'est pas l'écriture, c'est la Réflexion de conscience qui caractérise la période proprement historique. L'écriture n'est qu'une manifestation évidente de cette conscience qui s'inclut elle-même dans son propre champ d'investigation.
 

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En réalité, et de manière plus générale, le reflux de la pensée et de l'activité de l'homme sur lui-même entraîne que désormais, les objets et les actes des hommes sont investis d'un projet. Et nous qualifions d'historique, un document chargé de ce projet, au delà de sa seule réalité, et par nous encore directement compréhensible. Nous venons évidemment de dépasser la simple "écriture".
 
Un grattoir, un fragment de silex en pointe de flèche, un kwé nous démontrent évidemment une intention. Mais cette intention ne dépasse pas les limites de l’outil, de l’arme ou de l’instrument. Nous avons retrouvé des bijoux très anciens. Ils ne dépassent pas leur valeur de parure. Ils restent des documents dont l’intention ne dépasse pas l’objet lui-même. Nous sommes en Préhistoire.
 
Dès le seuil de la réflexion franchi, le même type de document (encore qualifié de « muet ») nous racontera un événement en dehors de lui-même. Ce seront les fondations d’une cité qui, vu leur ordonnance par exemple, nous témoigneront de l’organisation de la collectivité qui les aura imaginées. La superposition ou le réaménagement de telles ruines pourront même nous affirmer un pouvoir fortement hiérarchisé, suffisamment puissant pour imposer un tel remaniement. A partir de l’Histoire, les traces laissées par les hommes portent des témoignages au delà de leur seules réalités. Elles deviennent chargées d’intention. Il n’y a pratiquement aucune exception à cette règle, car la caractéristique humaine, depuis sa Réflexion, est justement d’investir son environnement et de le soumettre à son intention.

C’est l’allégorie évoquée par J.P. Sartre et qui remarque que par lui-même (et pour autant qu’il y ait encore un sens à l’envisager comme lui-même à côté de la présence humaine), tel rocher reste totalement dépourvu d’intention d’escalade, d’exploitation en carrière ou d’harmonie dans le paysage. L’intention devient ainsi la manifestation évidente de la Réflexion de Conscience qui caractérise l’homme, tel que nous pouvons accepter ce terme aujourd’hui. La découverte historique de notre Haute Antiquité est ainsi ponctuée par notre lecture d’objets dont nous tentons de déchiffrer les intentions. C’est dans ce cadre-là que l’écriture peut évi

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demment être considérée comme un élément majeur.
 
Si la Réflexion de conscience se traduit par une emprise délibérée de l'homme sur son environnement, le seuil de cette réflexion est ainsi marqué par l’apparition de sociétés nouvelles, caractérisées par la maîtrise des hommes sur leur milieu naturel de vie.
 
Jacques RUFFIE souligne que l’homme semble être le seul animal capable de modifier son environnement, jusqu’à en effacer totalement l’élément naturel. Et d’évoquer nos actuelles cités de béton.
 
Ces nouvelles sociétés qui ponctuent les débuts de l'Histoire, s'organisent suivant des modèles distincts, mais néanmoins complémentaires. C'est l'élevage qui reste l'activité humaine dominante. La Réflexion de Conscience – et la prise en charge de l'environnement – entraîne très tôt la rationalisation de cet élevage (volailles, porcs, chèvres, moutons), avec la sélection des animaux et leur regroupement en troupeaux. C'est l'apparition de groupes biens structurés (familles, clans et puis tribus) de pasteurs itinérants éparpillés dans les immenses pâturages – bien fertiles à l'époque – des plaines de l'Arabie, de la plaine qualifiée d' "asiatique" entre l'Euphrate et la Méditerranée, et de la plaine infinie du Sahara.
 
Parallèlement, mais dans un environnement plus stable, c'est la mise en place d'une structure sociale d’agriculteurs avec, en activité très précoce, la sélection des graminées et des plantes potagères. Même Réflexion de conscience; même rationalisation dans la sélection. (La récolte des racines semble une activité antérieure à l’explosion de la conscience nouvelle). La pèche semble également s'inscrire dans les activités nouvelles.
 
Ainsi, une première manifestation de la Conscience rétrovertie sur l’homme, se traduira-t-elle par la naissance et l’organisation d’une série de sociétés d’éleveurs et de cultivateurs, nomadisant dans les plaines.
 

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Le renversement de conscience de l’homme sur lui-même engendra simultanément un autre type de sociétés. Il s’agit cette fois de l’organisation de communautés, où l’homme s’invente l'environnement entièrement nouveau de vastes cités. L’indispensable proximité d’eau douce assure une agriculture très rapidement régulée par une intervention humaine (forage de puits) que nous pourrions qualifier d’artificielle. Digues et canaux régularisent les cours d’eau pour des activités de type urbain, où pourront se développer des centres d’intérêt « autres » que la seule survie. On parle ainsi de civilisations urbaines qui se développeront dans la vallée des fleuves.
 
Cette dimension nouvelle de conscience, apportée par la Réflexion, semble s'être produite très simultanément un peu partout sur la terre. C'est la phase d'évolution humaine que l'Histoire qualifie de Néolithique. On pensait, voici une centaine d'années, qu'il s'agissait d'une prise de conscience soudaine et brutale, à la manière d'une illumination. On a ainsi cité une "révolution" néolithique, en opposition aux phénomènes généralement plus lents qui s'inscrivent, eux, dans une "évolution". On se rend compte actuellement que le changement néolithique fut moins rapide qu'on ne l'avait imaginé. On considère généralement qu'il s'est étalé sur environ 2000 ans.
 
Mais deux mille ans, au regard d'une humanité dont nous retrouvons les sites depuis plus de quarante mille ans, et dont les premières traces remontent à plusieurs … millions d'années! Deux mille ans, c'est tout de même très court. C'est en ce sens que je propose une phase de notre développement qui s'est produite pratiquement au même moment, partout sur la terre. On peut situer cette organisation réfléchie des nouvelles sociétés humaines, entre ~5500 et ~3500. Mais à cette époque, la géographie humaine n'avait aucun point commun avec ce que nous vivons aujourd'hui.
 
Voici environ 20.000 ans, un important refroidissement a recouvert de banquise une très grande part de l’hémisphère Nord. C’est la dernière grande glaciation qui porte le nom de « Glaciation de Würm ». Le niveau des mers était plus bas qu'aujourd'hui, puisqu'une part importante du volume des eaux se retrouvait sur les continents, sous forme de glace. Certains bras de mer peu profonds, pouvaient à l'époque de la glaciation être franchis à sec. C'était la cas de la Manche et des îles britanniques. C'était le cas du détroit de Béring.
 

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Cette avancée des glaces était contrecarrée par le rayonnement des régions subtropicales et par le volant thermique des mers. Les eaux chaudes étaient la Mer Méditerranée qui, malgré un niveau nettement plus bas, avait déjà une configuration fort proche de sa géographie actuelle. Et puis aussi (et surtout) l’Océan Indien avec ses deux avancées de la Mer d’Oman prolongée par le Golfe Persique, et de la Mer Rouge. Entre ces deux cornes d’eau chaude pointant vers le Nord, la vaste côte-Sud de la péninsule arabique. Les facteurs chauds combattaient efficacement les glaces et les déserts froids dans les limites d’une influence directe qui ne dépassait pas les premiers reliefs.
 
-          Les frontières du Nord étaient ainsi marquées par les chaînes ou les massifs montagneux : Pyrénées – Alpes - Carpates ; les reliefs de l’actuelle Turquie ; les Monts Zagros jusqu’à l’Indus, au pied de l’Himalaya avec  les contreforts d’Afghanistan et du Cachemire.

-      A l’Ouest, le Sahara était tempéré par les glaces relativement proches qui recouvraient l’Europe et par la masse thermique stabilisatrice de la Méditerranée. Il comptait de nombreux lacs, dont on évalue la superficie totale à plus de 700.000 Km² (surface supérieure à celle de la péninsule Ibérique!), avec une faune et une flore aquatiques très riches. Pêcheurs et éleveurs se partageaient cette plaine immense, qui s’étendait jusqu’à l’infini d’un Ouest toujours plus loin. Le monde n’avait pas de limite Ouest.
 
-          Le Sud s’évanouissait dans les déserts : celui de Thar en Asie, relayé par l’infranchissable plateau du Tibet. Celui du Sahara sub-tropical très méridional en Afrique, à la hauteur du Lac Tchad, dans les actuels Soudan, Niger, Mali et Mauritanie. Et entre le désert asiatique et la désert africain, l’Océan Indien.
 
La glaciation de Würm, dont le pic de froid se situe entre ~15000 et ~9000, a ainsi isolé une partie du monde à la manière d’une bulle hermétique. Et c’est dans cet univers clos, mais relativement étendu, qu’il nous faut envisager le paysage de notre Haute Antiquité.
 

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Il y a bien entendu, l'immense superficie de l'Asie avec les hommes en phase de néolithisation. Il y a le territoire énorme de l'Afrique équatoriale et sud-équatoriale. Les Amériques sont moins isolées que ce que nous nous plaisons parfois à imaginer: "On passe!"

Et c'est tout ça, la part la plus nombreuse des hommes. Et c'est tout ça la phase néolithique.

 
Au milieu de cette humanité planétaire, il y a un territoire inaccessible, hermétique comme une bulle, et qui restera isolé du restant de l'humanité tant que les montagnes resteront couvertes de neige et de glaces, formant ainsi une frontière infranchissable. Il faudra donc attendre la fin de la Glaciation de Würm. Les déserts resteront infranchissables. L'Océan indien et la Méditerranée resteront  des obstacles majeurs.
 
Mais les montagnes – de l'Est d'abord (système de l'Himalaya), du Nord ensuite (système alpin) – seront progressivement franchies. C'est ce que, de notre point de vue de prisonniers dans notre bulle, nous appelons les "invasions indo-européennes".
 
Ce détail des infiltrations d'étrangers par les montagnes de l'Est est d'ailleurs repris dans la Bible. Le texte est immédiatement suivi par la construction de la tour de Babel         [Gn XI,1]
qui entraîna la fureur de YHWH. Les montagnes de l'Est précisent ici, très exactement, l' "autre", l'étranger adversaire, celui qui s'exprime dans une autre langue.
 
Cette précision de la Bible est sans doute à rapprocher de la question de Paréhou, souverain du Pount, qui demande aux Egyptiens comment ils sont parvenus jusque là. Etes-vous passés par les chemins du ciel?  Ceci indique sans équivoque, un passage possible à travers les montagnes.  Et en bordure d'Indus, les montagnes ouvrent sur les grandes plaines d'Asie.
 
Le recul de la banquise et le réchauffement de l'hémisphère se sont inscrits à partir de ~13000 dans un processus relativement lent. 
Mais ce premier réchauffement connut pourtant un épisode explosif,                           [[8]]
entre ~10350 et ~10250 où, en un seul siècle, la température estivale moyenne aura monté de … 15"C (!!!)                  
 

 

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Ce premier adoucissement du climat, et jusque à l'époque dite "Boréale" vers ~4500, entraîna des conséquences géographiques majeures:
 
-          Le Sahara était jusqu'alors "refroidi" par la glaciation de Würm. Son réchauffement (et sa         désertification) se sont également opérés en épisodes brutaux, avec un exode massif            des populations le long des fleuves; Niger, Sénégal et ce qui restait du lac Tchad. Mais             ceci est une Histoire à peine commencée. Dans le cercle de "notre" histoire, nous ne                 retiendrons que le Nil.
 
-          L'Europe se couvre de forêts, entraînant gibiers et chasseurs dans les régions de plus en         plus hautes, vers le Nord; alors que les massifs montagneux qui délimitent le Sud de                 l'Europe restent infranchissables.
 
-          La fin totale de la Glaciation de Würm tourne autour de ~3500 à ~3000. Le phénomène             est également très brutal, avec des désertifications entraînant d'importantes migrations             humaines. Un millénaire après le Sahara, ce sera l’assèchement foudroyant des plaines
        d’Arabie avec, ici aussi, refuge des populations en bordures littorales.
       Et puis, désespérément, la quête d’une vallée où coulent le lait et le miel. C’est dans ce             contexte qu’il nous faudra comprendre Moïse et la naissance du Peuple d’Israël, au                     départ destribus sémites qui nomadisaient en Arabie.


Il me paraît important de signaler une autre conséquence directe de la Glaciation de Würm.
 
Avant le refroidissement de l'hémisphère Nord, il y avait sur terre deux candidats à "devenir humains". Le plus raffiné des deux (le plus fragile aussi sans doute) n'a pas résisté à la violence du climat et à la brusquerie de ses changements. Le Neandertal a été totalement éradiqué de la planète, et l'homo sapiens-sapiens est resté seul candidat au titre d'humanité.
 
Cette période du tout début de notre histoire marque la fixation définitive des populations, dans une géographie désormais amputée de tout son Ouest saharien. Il ne reste que l’Orient. Et cet Orient est à son tour amputé de son pâturage central: l'Arabie est devenue désert.
 
Nous avons complètement changé de géographie.
 

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Les nomades dans leurs plaines, en bordure de leurs fleuves d’attache. Les civilisations urbaines prendront des racines plus définitives, avec des populations plus spécifiques.
 
Les documents historiques nous retracent la cohabitation – souvent difficile et parfois antagoniste (Caïn et Abel) - des peuples sédentarisés en cités le long des fleuves, et des tribus plus itinérantes dans les plaines. L’ensemble du début du livre de la Genèse biblique tourne autour de ce thème.
 
Mais les hommes pris au piège des glaces, des déserts et des océans sont résignés à cette situation d’isolement. Très rares sont les documents qui nous relatent une tentative d’en sortir ou d’aller y voir plus loin. Claude VANDERSLEYEN souligne combien les bordures littorales marquaient surtout la fin, le bout du monde. Les cités portuaires n’étaient pas le point de départ de grandes expéditions.
 
Les peuples de la bulle (encore rétrécie par la récente désertification du Sahara) ne témoignent d’aucune volonté impérialiste. Il y a l’exception des Phéniciens. Mais leurs expéditions, tardives au regard de l'Histoire, ont un relent d'apport indo-européen et se limitent au domaine assez restreint (et très excentré) de la Méditerranée.
 
Lorsqu'un pharaon Touthmôsis III par exemple déclare qu’il s’est aventuré plus loin qu’aucun autre homme avant lui, c’est son exploit qu’il proclame, et non pas sa victoire ou son éventuelle conquête. Les exemples de ce type sont nombreux. L’accumulation de ces témoignages converge à nous affirmer que, pour les anciens, les bulles en pièges où ils étaient prisonniers représentaient bien l’entièreté du monde. Notre Haute Antiquité s’est bien déroulée dans un Univers clos. Les bassins fluviaux nous dessinent ainsi trois enclaves, aux frontières extrêmes de l’Univers des hommes (de « notre » antiquité).
 

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-          L’étroite vallée du Nil dont les seules terres habitables se réduisent inéluctablement à une proximité de plus en plus immédiate du fleuve. A la période historique, il n’y a déjà plus de bassin du Nil. Tout juste le "Fayoum" à quelques kilomètres en ouest de la vallée. La mangrove du Delta forme un labyrinthe très peu fréquenté en dehors des bras du fleuve.
 
-    Les deux fleuves (distincts à l’époque jusqu’à leurs embouchures) du Tigre et de l’Euphrate, avec une vaste plaine alluvionnaire entre les deux. Pays au milieu des deux fleuves : la Mésopotamie.
 
-    La vallée de l’Indus avec une plaine assez vaste irriguée par les affluents de gauche. La rive droite se heurte rapidement aux contreforts himalayens.
 
Chacune de ces trois poches d’humanité a, au cours de son histoire, débordé en colonies dans des territoires qui prolongeaient en quelque sorte, les vallées fort restreintes de leurs origines. Ces extensions marquent bien qu’il s’agit de « civilisations » au sens plein du terme.
 
-          Il y eut ainsi une influence très marquée de la civilisation indienne en Arabie de l’Est, avec des cités géométriques caractéristiques de la civilisation de l’Indus. [On peut, à titre d’hypothèse et sans rien affirmer, s’interroger sur une éventuelle relation entre une première occupation sédentaire organisée de la vallée du Nil, et un « essaimage » de populations indiennes.]
 
-          Les populations originaires de Mésopotamie étendirent très rapidement leur emprise sur la totalité de la péninsule arabique au Sud, et jusqu’en Méditerranée à l’Ouest. Ces populations dans leur ensemble, forment les peuplades sémites, dont les Hébreux ne sont qu’une tribus relativement restreinte. Les Araméens par exemple, étaient plus nombreux, et ont occupé un rôle politique beaucoup plus important.
 
-          Les peuples du Nil enfin, qui étendirent leur relative domination sur les mines du Sinaï, mais qui restèrent globalement enfermés dans leur vallée. Les influences culturelle, religieuse ou scientifique réelles - sur le restant de l’Univers en bulle de notre antiquité - sont sans commune mesure avec les découvertes archéologiques qui ont rempli nos musées.
 

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Chaque enclave d’humanité est toutefois fortement caractérisée par les conditions climatiques propres à chacune des vallées. Les populations nomades qui, en dehors de la bulle, occupent les plaines européennes et asiatiques, (la majorité donc de l'humanité planétaire) seront moins profondément marquées par les conditions géographiques locales ; et pour cause, puisqu’elles ne sont pas localisées: elles voyagent.
 
-          Le Nil est un fleuve habituellement très régulier. L’inondation des crues est généralement parfaitement maîtrisée. Le rythme du fleuve s’apparente au rythme de la vie.
 
-          Si l’Euphrate est un cours d’eau relativement régulier, le Tigre (qui porte bien son nom) est un fleuve indomptable, avec des crues difficilement prévisibles et souvent dévastatrices.
 
-          A l’exception de rares inondations intempestives dues aux ruptures d’obstacles naturels, l’Indus est un fleuve régulier, dont l’augmentation de débit d’une branche est régulièrement compensée par la réduction d’un débit voisin. Les crues du fleuve permettent une bonne irrigation de la plaine alluviale.
 
Les dieux sont à l’image des civilisations où ils naissent. C’est d’ailleurs sur base de cette idée directrice qu’est né mon étonnement devant le YHWH-Dieu d’Israël, symbole d'un pouvoir absolu, et partant tellement éloigné de l’organisation d’une autorité chez des nomades. D’où ma suggestion d’un dieu d’importation.
 
Ainsi les trois vallées vont-elles nous proposer des dieux à l’image de leurs caractéristiques ; 
à l’image de leurs fleuves.
 

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-          Dans la vallée du Nil, pharaon, investi sur terre d’un pouvoir divin, aura pour mission (spécifiquement divine) de forcer le bon ordre (Ma’at) pour faciliter l’épanouissement de la vie (Ankh). C’est l’établissement d’un régime de stabilité où le souverain dispose de tous les pouvoirs pour accomplir sa mission spécifique d’harmonie.
 
-          La violence et l’irrégularité des crues du Tigre, se traduiront par la dictature de l’imprévisible dieu El dont les caprices insatiables aboutiront à établir un régime de culpabilité et de terreur. Quel sacrifice inventer pour apaiser ce Tout-Puissant El-Shaddaï et lui faire pardonner l’imperfection de hommes ?
 
-          L’Indus est géographiquement totalement isolé du reste du monde. Sa vaste plaine alluviale Sud récompense de ses fruits immédiats le travail des hommes. Le peu d’imprévisible – que nous avons maintes fois nommé « Mystère » - propose un Univers d’évidence où chacun se consacre à son rôle bien déterminé à accomplir.
 
J’ai déjà souligné l’absence de visées impérialistes de la part de ces trois poches d’humanité. Dans chacune des trois vallées – et de leurs territoires sous influence – nous avons retrouvé des documents en provenance de Mésopotamie. Des sceaux datés des environs de ~2500 dans la région de Dilmun  (au Sud du golfe Persique) et sur les côtes arabes du golfe d’Oman: toutes deux sous influence indienne au milieu du III millénaire. De même, des objets de luxe (lapis-lazuli et décorations architecturales), en provenance toujours de Mésopotamie, ont été retrouvés en Egypte.
 
Nous n’avons pas retrouvé de documents égyptiens ou indiens qui auraient pu servir d’échange. D’où la conclusion - qui sera peut-être démentie un jour - qu’il s’agissait d’importation par Sumer de matières premières (périssables et qui n’ont donc pas laissé de traces) en échange de ces objets que nous avons retrouvés.
 
Les habitants de l’Indus ne nous ont pas laissé de traces importantes en dehors de leur vallée, à la rare exception du territoire de Dilmun (à la hauteur de l’actuelle île de Barhein dans le golfe Persique) et de la « colonie » ( ?) de Umm-an-Nar sur la côte Sud-est d’Arabie.
 

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Les Egyptiens – très médiocres navigateurs – nous ont relaté quelques rares expéditions militaires, terrestres, jusqu’en Euphrate.
 
Les objets sumériens retrouvés un peu partout (principalement dans les régions côtières) en Arabie nous donnent à penser que les Mésopotamiens avaient sans doute balisé une route maritime dans le golfe Persique, avec un prolongement moins fréquenté le long de la côte Sud de l’Arabie.
 
En résumé, la Haute Antiquité (celle en vase clos, d'avant l'arrivée des Indo-Européens) se situe dans un territoire hermétiquement isolé du reste du monde, et dans lequel cohabitent trois civilisations. Ces trois foyers humains avaient connaissance de leurs existences mutuelles. Mais chacun se développait selon son rythme propre. Nous n'avons connaissance d'aucun antagonisme.
 
 
 
 

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Les Indo-Européens
 

Dès ~3500, la fin de la glaciation va bouleverser de fond en comble cette cohabitation relativement pacifique entre les trois communautés. Les déserts et les mers restent des obstacles infranchissables au Sud. Mais les massifs montagneux deviennent perméables. Et la bulle jusqu’alors hermétique de notre Orient reçoit les visites progressives d’étrangers, venus primitivement de l’Est.
 
Ces visiteurs, que nous connaissons sous la dénomination d’ « Indo-Européens » amènent avec eux des conceptions et des aspirations totalement étrangères aux préoccupations des trois poches de la bulle. Leur horizon ne connaît pas les limites d’une vallée. En quête de territoires toujours plus vastes, ce sont des conquérants. Habitués aux immensités des plaines de l’Europe du Nord et des steppes d’Asie.
 
On doit sans doute leur attribuer le cheval, ou au moins, l’attelage. Avec la conséquence très directe d’une diminution des distances. Georges DUMEZIL a décrit leur idéologie tripartite (et celle de leurs dieux), avec les fonctions de Père, de Nourricier et de Guerrier.
 
L’infiltration, puis la présence, puis l’influence de ces Indo-Européens marque la fin de la Haute Antiquité. Ce processus d'infiltration, jusqu'à une réelle influence, dut prendre près d'un millénaire. Nous ne connaissons pas avec exactitude, les détails de ce que nos manuels qualifient facilement d’ « invasions ». Il semble qu'à partir des années ~2500, ces étrangers se soient plus radicalement conduits à la manière des récents colonisateurs de notre XIX siècle.
 
Quelques individus pour diriger et encadrer des « mercenaires » locaux. Leur sens de l’organisation et une écriture plus immédiate (puisque alphabétique) sont les héritages directs de leur passage.
 
Leur irruption – cette fois plus impérialiste - dans l’univers de notre Orient entraîna des conséquences paradoxales entre elles. Les trois poches d’humanité jusqu’alors fort isolées, franchissent plus facilement les frontières de leurs bulles respectives.
- C’est la mouvance des tribus sémites autour de l’épisode d’Abraham.
- C’est l’essaimage des populations d’Indus vers une Asie extrême Sud-Orientale.
- C’est une première sédentarisation de quelques Hébreux en Egypte (avec Joseph)
   

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En même temps, et de manière contradictoire, (sentiment d'insécurité ?) c’est l’interruption des voies normales de communication. La navigation semble interrompue entre le golfe Persique et la Mer Rouge. C’est un grand silence sur toute expédition égyptienne vers Pount.
 
Une autre conséquence, tout aussi paradoxale, est le sauvetage en catastrophe du patrimoine culturel … dans le langage des Indo-Européens étrangers. Nous retrouvons cette « fuite vers l’étranger » dans les trois poches de l'Indus, des Sémites et du Nil. Mais avec des écarts de près de mille cinq cents ans d'intervalle.
 
Ce sont les Indiens qui les premiers, entreprirent ce transfert culturel. La traduction en Sanskrit des textes du Veda commença vers ~1800, très tôt donc, dès les premières réelles influences étrangères. Cette entreprise de transcription s’étendit sur plus de mille ans.
 
C’est un réflexe analogue, mille ans plus tard, - après leur domination par les Indo-Européens installés en Perse et la déportation d’une part importante de la population à  Babylone – qui incita les Juifs à rassembler leur patrimoine dispersé aux quatre coins de leur ancien territoire. L’araméen, langue sémitique, était la langue internationale.
 
Il s'agit là d'une version, aujourd'hui perdue, des textes de la Bible dans une langue et à travers des concepts bien sémites. Mais plus tard, au III siècle avant notre ère, la communauté juive d’Alexandrie éprouva la nécessité d’éditer les Livres Saints dans la langue devenue universelle de l’envahisseur. C’est la version grecque des LXX. Ici, nous changeons de concepts.
 
Les Indo-Européens, décidément, s'installent dans une contrée qui s'ouvre à l'Est d'une Europe désormais accessible. La banquise ne recouvre plus les montagnes, et le passage devient possible entre l'Europe et entre l'Asie Centrale. On peut maintenant seulement évoquer un Orient à quelque chose.
 

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La culture en vase clos de la vallée du Nil subit également le choc des envahisseurs étrangers. Nous ne savons pas avec précisions la date à laquelle les Hyksos (Indo-Européens) s'installèrent en maîtres dans le Nord de l'Egypte. Nous sommes autour de ~1800.  Ils occupèrent ainsi la région de Memphis et du Delta durant environ 250 ans. Mais le transfert de la culture égyptienne dans les structures indo-européennes reste cependant fort limité. Les Egyptiens n'éprouvèrent d'ailleurs aucun besoin de sauvegarder leur patrimoine culturel, qu'une occupation étrangère n'avait nullement mis en péril.
 
Il faudra encore attendre plus de mille ans, et une prise de pouvoir réelle au IV siècle avant notre ère, par des "pseudo-pharaons" grecs – les Ptolémées – pour qu'apparaissent les premières écritures alphabétiques égyptiennes, en lettres grecques augmentées de quelques signes: le copte. Ce changement dépasse en importance la simple transcription. C'est le passage du signe écrit à une langue phonétique. La culture égyptienne n'a pas surmonté cet obstacle du changement de concepts; et sa civilisation s'est éteinte dans cette contrainte.
 
Nos musées et leurs trésors égyptiens reflètent très mal une influence qui, en réalité, est restée fort confidentielle. A l'inverse, les civilisations de l'Indus sont totalement absentes de nos musées. La tentation est dès lors fort grande d'estimer l'influence Indienne à l'échelle de nos collections. Ce serait une grave erreur d'évaluation et d'interprétation.
 
Notre Antiquité s'est élaborée sur base de trois poches d'humanité: la Mésopotamie, l'Indus et le Nil. La fusion de ces trois cultures distinctes est l'œuvre involontaires d'étrangers qui ont exporté en Asie Centrale et en Europe,  ce qu'ils croyaient être "la" culture du Moyen-Orient.
 
Ces transferts de culture d’une langue à l’autre, de pensées traduites en images différentes, eut le mérite d’élargir des traditions isolées, aux dimensions d’aires géographiques beaucoup plus vastes ; mais au prix irrémédiable d'emboîtement différent des concepts, de la déformation d'une pensée exprimée dans d'autres formes.
 
Je me suis souvent demandé – je suis ici au cœur de mes préoccupations – si le Veda en Sanskrit avait encore le sens de sa pensée originelle. Et la même question pour les textes de la Bible. Et pour la cosmologie égyptienne. Il se fait que c’est à travers leurs traductions, et leur fusion en concepts "autres" que ces trois pensées se sont rencontrées.
 

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La lecture des Alliances, en notre début du XXI siècle, reste un problème majeur. Le foyer principal des conflits possibles se situe dans l'actuel Moyen-Orient. Les intérêts sont bien évidemment économiques – dans le chef en tout cas des puissances occidentales qui activent ces conflits. Mais les moteurs spirituels qui animent les combattants locaux – les fanatismes religieux – trouvent leur justification dans les lectures divergentes des textes bibliques d'Alliance.
 
Le "terroriste" – puisque le terme est devenu à la mode (propagande?) – ne se fait pas sauter avec sa ceinture d'explosifs, par intérêt économique ou pour le pétrole de son désert. Son acte de violence publique est un acte "religieux" qui, à la lecture d'une "Alliance" avec Dieu, lui assure l'accès immédiat au Paradis.
 
Par essence, ces Alliances divines sont des déclarations racistes; des privilèges accordés à telle classe d'hommes, alors que ce même droit est refusé à celui d'en face. Il est possible que de tels droits de prédilection aient trouvé leur sens dans une circonstance donnée. Il est absurde de faire perdurer ce qui devient un privilège quand les circonstances politiques ont changé. Et dans le cas qui nous occupe, un changement climatique important a transformé des zones fertiles en déserts, avec les mouvements de populations que de tels bouleversements supposent.
 
Il me paraît donc essentiel de lire les Alliances dans leur contexte politique.
 
J'ai déjà signalé que l'Alliance avec Abraham prend le contre-pied d'un étranger        [Gn XI,1]
venu de l'Est. Par rapport à ces étrangers qui s'installent en Mésopotamie, avec leurs coutumes propres (d'instauration d'entités urbaines construites avec des techniques qui leur sont propres – la brique), la protection divine continuera à privilégier le Mésopotamien d'origine. L'Alliance est ici sans ambiguïté: le Sémite autochtone jouit de la préférence divine, par rapport à l'étranger envahisseur et d'une "culture" (la langue) différente. C'est une déclaration du "Droit au premier occupant" – un Droit au sol.
 

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Il faut, dans ce contexte, préciser ces "autochtones". On peut raisonnablement prendre comme référence, les populations qui se sont fixées après les bouleversements climatiques de la fin de la Glaciation de Würm. On peut en effet considérer que la mise en place de zones désertiques et de régions plus fertiles, fut un facteur contraignant. L'espace habitable se précisait. Et dès ~3500, on peut considérer que les grands foyers d'humanité ont trouvé leurs places plus ou moins définitives: au bord du Nil, en Mésopotamie et jusqu'aux côtes méditerranéennes, dans la plaine Sud de l'Indus. Les autochtones seront ainsi les Egyptiens, les Sémites, les Indusiens (ou Indiens).
 
Il s'agit d'un problème encore fort contemporain. Quels droits devons-nous accorder aux "étrangers" qui s'installent chez nous? C'est toute la problématique de l'immigration. Observée sous cet angle, l'Alliance avec Abraham est la traduction d'une position de droite. Il y a deux étages de citoyens: les autochtones et les étrangers. Les Sémites et les Indo-Européens.
 
Nous ne savons pas déterminer l'époque d'Abraham. Cette infiltration d'étrangers venus de l'Est est un argument (il y en a d'autres) qui incite à situer Abraham vers ~2000. Cette date est tout à fait cohérente. J'ai simplement signalé en mon quatrième chapitre, que la rédaction écrite du récit de l'histoire d'Abraham doit être beaucoup plus tardive, car on y cite la ville d'Our que le texte situe en Chaldée. Une région n'a porté le nom de Chaldée qu'au début du IX siècle, soit un bon millier d'années après l'époque présumée du Patriarche.
 
Voilà pour Abraham. Quelque 650 ans plus tard, c'est une autre Alliance entre Dieu, mais avec Moïse cette fois. Nous nous trouvons dans un contexte totalement différent.
 
D'un point de vue climatique et géographique tout d'abord. Les riches pâturages d'Arabie se sont sérieusement asséchés. Les pasteurs nomades ont été contraints d'abandonner ces terres fertiles pour se réfugier sur les côtes ou en de très rares vallées encore épargnées par la sécheresse. Ces populations n'ont plus de point de repère. C'est un désert qui les isole de leur Mésopotamie d'origine. Les Egyptiens, trop jaloux de leur vallée, n'en veulent pas. (Et puis, ce ne sont pas des Sémites sous protection divine). Des nomades sans marché!

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Il ne s'agit plus, cette fois, d'accorder une prédilection par rapport à des étrangers. Il s'agit d'organiser un "Peuple de Dieu" par rapport à lui-même. Dans son message à Moïse, le divin met d'ailleurs très clairement en garde.
 
Et nous lisons                                                  [Ex VI,3]
Je me suis manifesté à Abraham, à Isaac et à Jacob sous le nom d'El Shaddaï, je ne me suis pas fait connaître d'eux sous le nom de Yahvé.
Il y a beaucoup à dire sur cette déclaration.
 
Il serait surprenant que le récit original ait fait mention d'Isaac et de Jacob dans cette déclaration divine. Dans le quatrième chapitre des présentes "Mosaïques" j'ai remarqué la contradiction pour Abraham d'avoir choisi son fils Isaac pour le sacrifice, alors que sans ambiguïté, son fils aîné était Ismaël. Une telle insistance sur Isaac (l'aîné contesté) et sur Jacob (lui aussi contesté dans sa légitimité, mais père de toutes les tribus spécifiquement juives) prend des allures extrêmement polémiques. Or pourquoi entamer une polémique s'il n'y avait pas encore de contestations? Dans cet endroit du récit, cette insistance n'a aucun sens. Ou bien alors, il aurait fallu ajouter: Adam et Eve, Noé, etc…
 
Ce seront plus tard, les Sémites non-Juifs – et donc exclus de la nouvelle Alliance avec Moïse – qui revendiqueront leur participation aux bénéfices de la promesse. Ce sera devant la puissance politique de l'état d'Israël que les Sémites exclus contesteront les légitimités d'Isaac et de Jacob.
 
Cette parenthèse me semble pleinement d'actualité. Ce que Mahomet a contesté – et après lui, l'Islam contemporain – c'est la légitimité des Juifs à bénéficier prioritairement de la promesse de Dieu. Cette contestation de l'Islam se traduit aujourd'hui par des dizaines de morts … par jour!
 
El Shaddaï, dont l'étymologie est contestée, est un nom qui situe toujours la divinité dans son pouvoir, sa Toute-Puissance. Le terme de Yahvé, dont l'étymologie est également contestée, situe cette fois la divinité dans son unicité (YHWH = Un), mais aussi dans le contexte fondamental de l'Etre. D'où, d'ailleurs, le commentaire des premiers rédacteurs de la Bible sur le 'èhyèh 'ashèr 'èhyèh.
 

 81

La déclaration à Moïse est pourtant évidente:
Jusqu'à présent je me suis manifesté en termes de puissance.
Il est temps avec toi que je me fasse connaître en tant que "moi".
 
C'est une manière d'annoncer que l'on change complètement de registre. Il n'est plus question ici d'étrangers face à des autochtones à qui serait réservé un privilège. D'ailleurs à bien y regarder, dans cette Arabie en voie de désertification totale au XIV siècle, il n'y a plus d'autochtones.
 
L'Alliance avec Moïse concerne une population dispersée dans l'errance. Il ne s'agit plus de l'ensemble des Sémites. Il s'agit plutôt des gens déboussolés d'un voyage qui ne mène plus nulle part. La récente désertification a considérablement allongé les distances; coupant de la sorte les pasteurs de leurs marchés. Le Dieu de Moïse ne s'adresse pas à la même population que le Dieu d'Abraham. Il annonce simplement "Je suis bien le même … mais nous allons parler d'autre chose".
 
Les Musulmans considèrent l'Alliance avec Moïse, comme une trahison à leur cause. Les Juifs auraient ainsi accaparé à leur seul profit, une Parole divine destinée à une population beaucoup plus vaste, puisque le YHWH d'Israël est le Dieu des Sémites.
 
Au bout du compte de cette aventure, les Juifs se sont accaparés de terres déjà occupées par d'autres tribus, souvent sémites elles aussi. D'autre part, les non-Juifs nomadisant dans le désert progressif d'Arabie, n'ont pas été invités – ou ont refusé l'invitation – à la fédération des tribus qui finira pour fonder l'Etat d'Israël.
 
Et de nouveau, nous nous retrouvons en pleine histoire contemporaine.
 
Pourtant, la lecture de la seconde Alliance avec Moïse, dans son contexte socio-économique, ne justifie nullement les hostilités d'aujourd'hui. Il y eut peut-être, à l'époque de Moïse, une relative usurpation de terres, par voie d'armes. Comme partout, tout au cours de l'histoire des hommes. Depuis Moïse, meneur d'hommes d'une tribu exclusivement Sémite, des populations indo-européennes se sont mélangées dans la plaine d'Asie Mineure et dans la part encore habitable des côtes d'Arabie. Peut-on encore aujourd'hui, parler de lignées authentiquement sémites, sans aucun métissage?
 

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Déjà au temps de Mahomet (VII siècle de notre ère), le sémitisme pur et dur des populations d'Arabie était déjà hautement contestable. Indiens, chrétiens, Perses étaient déjà passés par là.
 
Toujours est-il qu'il est difficile de lire la deuxième Alliance, comme une suite de la première. Le seul point commun réside dans l'affirmation par YHWH, qu'il est bien le Dieu d'Abraham. Mais il se présente sous un jour totalement autre et annonce d'emblée qu'il va traiter d'autre chose.
 
Face à l'intrusion d'étrangers,
                        une déclaration du Droit à l'ancienneté et au Sol.                  
                        Abraham.
Face à une absolue nécessité de s'évader d'un désert,
                        la création d'un Etat théocratique.                        
                        Moïse.

 
Et les choses vont continuer.
 
Ces étrangers d'au delà de la bulle hermétique du Moyen Orient forment, ne l'oublions pas, la toute grande majorité de la population humaine sur la planète. Dès que la frontière des glaces sera devenue perméable, ils noieront tout naturellement Indiens et Sémites dans le flux de leurs mouvances. Les Egyptiens, plus à l'écart dans leur vallée, échapperont partiellement à cette influence indo-européenne; avec toutefois l'épisode des Hyksos (de ~1800 à ~1550), et leur effondrement définitif quand ils tomberont sous la domination indo-européenne grecque.
 
Les trois gouttes d'humanité – Sémites, Egyptiens et Indiens – avaient un horizon limité à leurs vallées. Nous n'avons aucune trace de visées impérialistes durant la Haute Antiquité. Tandis que les nouveaux venus étaient habitués à des horizons beaucoup plus vastes, de steppes et de plaines.
 

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Si leurs dieux étaient "pères" et "nourriciers", ils étaient aussi "guerriers".                      [12]
Avec l'arrivée des Indo-Européens, s'ouvre l'ère des grands empires. La Perse, la Grèce. Un peu plus tard, Rome. Le dieu d'une tribu ou d'un peuple ne répond plus à la réalité sociale.
 
Et Dieu devint empereur.
 
~587: Première destruction du Temple de Jérusalem, et déportation massive de Juifs en Babylonie. Cinquante ans plus tard, les Perses se rendent maîtres de la Mésopotamie. Les Juifs sont autorisés à reprendre le culte des ancêtre. C'est la re-construction du Temple, à Jérusalem.
 
Mais entre-temps, une nouvelle forme de prophétisme (avec Jérémie, par exemple) a élargi la représentation du Dieu à la dimension d'un empire; à la dimension du monde. La notion spécifiquement juive, d'un libérateur politique (le Messie) qui rendra l'indépendance territoriale à Israël, est progressivement remplacée par la vision plus universelle d'une Rédemption. Un bonheur, un salut, une récompense. Le "Peuple élu d'Israël" est progressivement remplacé par un "Peuple de Dieu".
 
Après avoir rassemblé, dans une version araméenne vraisemblablement, les bribes éparses des écrits sacrés éparpillés durant l'Exil aux quatre coins de l'ancien territoire sémite, le besoin se fit sentir d'une édition plus large des écrits de la Bible, dans une langue plus universelle: le grec. Nous sommes aux III et II siècles avant notre ère, avec l'édition biblique des LXX.
 
C'est dans cette vision plus mondiale que nous devons lire la troisième Alliance: celle du Christ. Il n'y a plus de peuple élu, il y a "Le Peuple de Dieu" qui englobe toute l'humanité.
 
C'est évidemment la négation totale de l'Alliance avec Abraham, où Dieu, par prédilection, avait choisi la lignée sémite, seule privilégiée dans toute l'humanité. [Qui ne comptait à l'époque, rappelons le, que les trois vallées de Mésopotamie, du Nil et de l'Indus.] La prédication du Christ est également la même négation de la deuxième Alliance qui restreignait encore la lignée sémite aux seul Juifs.
 

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Dans cette compréhension des Alliances successives d'Abraham, puis de Moïse et puis du Christ, il nous faut convenir qu'avec le Christ, il n'y a plus d'Alliance du tout.
 
Il nous faut en revenir au tout début du présent chapitre, où nous avons pu définir que l'Alliance est un "traité politique tel que pratiqué dès le III millénaire en Mésopotamie…" C'est un mauvais jeu de mot que de prétendre qu'après le Christ, il reste un lien entre Dieu et les hommes, et d'assimiler lien et alliance. Ce n'est pas ça, une Alliance.
 
Je viens, pour la première fois peut-être depuis le début de cette étude "Mosaïque", d'évoquer "le Christ". Je fais en effet une distinction très nette entre "Jésus" et "Christ". C'est à travers les écrits en grec du nouveau Testament, que nous connaissons la prédication de Jésus. Nous nous référons ainsi à un enseignement tel que compris en concepts grecs, donc indo-européens. L'enseignement de Jésus, compris et traduit en concepts grecs, forme l'enseignement du Christ, celui auquel se réfèrent les chrétiens.
 
Mais cet enseignement émane d'un certain Jésus, qui vivait dans la province romaine de Judée. Il fut sans doute proclamé dans un dialecte araméen, donc sémite. Et nous n'avons aucune garantie:
1  Que le personnage physique de Jésus a réellement existé.
        Pour ma part, je pense bien qu'il a réellement existé, mais Jésus n'en est pas pour autant         un personnage historique.
2  Que l'enseignement rapporté en grec correspond à l'enseignement de Jésus.
 
Les Actes des Apôtres nous rapportent – en sous entendu très clair – la lutte de succession qui opposa Jacques à Pierre, après la disparition de Jésus. Les positions théologiques étaient radicalement opposées. Jacques professait qu'il fallait rester fidèle au Temple (et donc à la loi mosaïque, et à l'Alliance qu'elle supposait). Pierre (et Paul) professaient une "Nouvelle-Alliance" (mauvais jeu de mot); donc plus d'Alliance du tout. Tous les hommes formaient le Peuple de Dieu.
 

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L'opposition fut très violente et se termina même par l'assassinat d'Etienne qui, à Jérusalem (fief de Jacques), avait eu le malheur de proclamer que Dieu n'habitait pas un Temple construit de la main des hommes. Etienne affirmait ainsi qu'il n'y avait plus d'Alliance.
 
La police romaine s'occupa de cet assassinat, et dispersa l'Eglise de Jérusalem. La discussion Alliance ou non-Alliance prit ainsi fin, par élimination d'un des protagonistes.
 
Et c'est comme ça que les Eglises chrétiennes devinrent "catholiques" (universelles). Plus tard, en réponse à d'autres oppositions (qualifiées d' "hérésies"), des Eglises deviendront orthodoxes (détenteurs de la Vérité absolue).
 
Reste enfin un dernier chapitre, qui s'octroie très rarement le titre d' "Alliance". C'est toute l'histoire de Mahomet qui, écœuré par les interprétations successives et les récupérations de textes sacrés au profit exclusif de parcelles de sociétés, décida d'en revenir à la Parole centrale de son Dieu. Dieu unique, bien sûr. Dieu de tous les Sémites. Dieu d'une réelle "Alliance"; mais non plus fondée sur la naissance, mais bien plutôt sur l'option personnelle du croyant.
 
Du point de vue d'une démarche théologique développée                                        [[9]]
dans une étude précédente, - et qui abordait la problématique religieuse sous l'angle, non plus des prophètes et de leurs messages, mais bien du concept fondamental à toute religion: son Dieu, - j'ai développé combien il me semblait que la prédication de Mahomet était une marche arrière par rapport aux christianismes qui l'avait précédée. Je ne vais pas reprendre ici cette argumentation.
 
Du point de vue historique des "Alliances", les christianismes en avaient effacé tout fondement puisqu'il n'y avait plus aucune prédilection pour aucun peuple; et que chaque être humain sur terre était appelé à appartenir au Peuple de Dieu. Sous cet angle, le Coran en revient à la proclamation initiale – donc une marche arrière - d'une prédilection du Dieu-tout-Puissant, pour l'ensemble d'un peuple déterminé, mais dans les limites de l'engagement personnel de chaque croyant, avec la proclamation de cet engagement par le signe extérieur (le sceau) qui le concrétise.
 

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Ce signe simple se résume dans les cinq piliers de la foi. Il y aurait une éventuelle progression de la lecture de cette Alliance, dans la mesure où elle devient "personnelle", et ouvre ainsi une possibilité d'élargissement au delà de la "race" élue. C'est dans ces limites que le Coran reconnaît et Moïse, et Jésus.
 
Mais la symbolique est limpide et marque des distances vis à vis des prophètes antérieurs. L'enseignement du Coran par son Prophète est un enseignement exclusivement oral, puisque les textes écrits en auraient été pervertis au profit des seuls Juifs (dans le monde Sémite), puis par les chrétiens (dans une compréhension étrangère à la tradition d'Abraham).

Mahomet dénonce également toute "philosophie divine" – toute théologie -; la Parole de Dieu ne se discute pas. C'est une des caractéristiques fondamentales du Coran qui, ayant été communiqué à Mahomet par un envoyé direct de Dieu Lui-même, a été exprimé dans la "Langue de Dieu". A l'opposé de la Bible juive et des textes chrétiens qui ont été exprimés dans les langues de chaque prophète; et en grec pour l'ensemble du Nouveau-Testament.
 
C'est ainsi qu'il n'y aura pas d'exégèse coranique, alors que la Bible, par définition, sera commentée et dans son écriture, et dans sa lecture.
 
Les proclamations du Coran se réfèrent pourtant directement aux l'Alliances bibliques, puisque l'Ange Gabriel qui transmet à Mahomet la parole orale d'Allah, tient Le Livre – mais fermé – à la main. J'ai également, dans l'étude citée sur les concepts divins, déploré la connaissance très partielle, par le Prophète, de l'ensemble des textes bibliques, et une méconnaissance totale des règles les plus élémentaires de toute philologie. Jamais une citation du Coran ne trouve sa moindre référence. C'est une force, dans la mesure où cette attitude met les textes coraniques à l'abri de toute interprétation et de toute modification. Mais c'est aussi une limite. L'Islam prêche une pensée unique et laisse peu de place à un interlocuteur. Remarquons immédiatement la même intolérance de la part des orthodoxies chrétiennes. Quant aux ultra-orthodoxes juifs …
 
Mahomet accuse Juifs et chrétiens d'être de mauvaise foi. Ils ont perverti les textes pour les récupérer à leur profit. Il est évidemment difficile de tenter un dialogue constructif sur de telles prémisses. Je crois que la bonne foi de l'autre – en a priori – est un préalable indispensable à tout dialogue. Nous pouvons être d'opinions différentes. Mais chacun exprime ces opinions parce qu'il y croit en toute sincérité. C'est fondamental.
 

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Il est bien évident qu'au delà de toute tentative d'objectivité – et je tente de me rapprocher au plus près de cette objectivité – il y a une méthode de travail qui elle, part d'un a priori. Mes études mosaïques n'échappent pas à la règle: j'ai des a priori.
 
Le plus important d'entre eux, affirme qu'il n'y a pas d'événement fortuit. Tout ce qui constitue l'histoire des hommes, est le résultat de ce qui s'est produit auparavant. Avec la logique que chacun de nos actes – politique, social, économique, etc… - est porteur des conséquences de demain. Le déroulement de l'aventure des hommes est une suite inévitable d'événements qui découlent les uns des autres.
 
L'étudiant – ou l'enseignant – en Histoire pourrait éventuellement être dépourvu de mémoire. L'Histoire n'est pas la "mémoire" du passé. C'est l'enchaînement inéluctable de ce qui était devenu un inévitable, compte tenu de la présence et de l'organisation des sociétés humaines, dans leur environnement. Et depuis l'apparition de la Réflexion de Conscience, cet environnement – en principe extérieur  - interfère avec l'organisation des sociétés humaines.
 
C'est à partir de ce point de vue que je me suis arrêté aux diverses "Alliances" qui, aujourd'hui encore, occupent une telle place dans les moteurs religieux de notre société occidentale. Et il m'est apparu clairement qu'il était parfaitement possible d'en délier les nœuds, et d'envisager avec sérénité ce qui, de prime abord, semble des oppositions irréductibles.
 
Toutes les sociétés se construisent sur des cosmogonies qui proposent dans une synthèse plus ou moins cohérente, tout ce qui échappe à l'observation et au savoir. Une synthèse du Mystère, dans la mesure où nous en percevons une influence directe sur la vie des hommes et dans leurs sociétés. C'est une des premières définitions que j'ai cru pouvoir donner de Dieu.
 
J'ai abordé le problème du rôle des cosmogonies dans un essai récent.                [[10]]
Au centre des cosmogonies primitives, je pensais avoir toujours trouvé le Mystère d'une non-connaissance dont les mécanismes étaient alors attribués aux dieux, qui eux-mêmes, - dans un processus plus ancien - avaient souvent remplacé les esprits. Le "religieux" devait  ainsi toujours occuper une place première dans les sociétés.
 

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Il est arrivé – très particulièrement dans des sociétés récentes – que le divin ait été évincé par un savoir jugé suffisant, et qui n'imposait plus l'intervention constante des dieux (ou d'un Dieu) pour maintenir sa cohérence. [D'où le titre de mon étude.]
 
Cependant, en abordant la société culturelle de l'Indus, je me suis rendu compte qu'en des temps très anciens déjà, l'évidence du réel dépassait en importance les inconnus qu'elle laissait subsister en notre savoir. Il m'a donc fallu réviser mon affirmation précédente qu'au centre des cosmogonies, se trouvait "toujours" le Mystère, puisque je venais de découvrir une cosmogonie centrée sur l'Evidence.
 
C'est à partir de cette observation d'une évidence opposée à un mystère que se sont alors confrontés les monothéismes d'El Amarna et celui de Moïse. Toute l'étude actuelle tourne autour de cette question. Mais la synthèse de Moïse s'appuie sur une vieille tradition sémite, qui affirme un contrat d'Alliance avec le divin. Et c'est dans l'a priori d'une logique historique que j'ai abordé ce contrat du suzeraineté entre un Dieu et son peuple.
 
Dans le contexte d'une société théiste hermétiquement close sur elle-même durant plusieurs millénaires, il s'inscrit dans une parfaite logique que le Mystère divin soit invoqué lorsque des étrangers – presque des extra-terrestres – firent leur apparition dans cette région de la terre  "qui n'avait jamais été atteinte par d'autres hommes" comme le dira Paréhou, roi du Pount. C'est dans une même logique que le divin confirmera le droit d'ancienneté. C'est la Première Alliance.
 
Dans une logique analogue, et tout aussi rigoureuse, mais en d'autres circonstances, Moïse en appellera à l'ancienne Alliance, pour la transformer à l'échelle d'un Etat, avec l'inévitable exclusion de ceux qui n'appartiendront pas à ce futur état à créer.
 
L'apparition des grands empires, (perse, grec et puis romain), rend tout à fait désuète la promesse divine à l'échelle d'un état. Et – toujours en logique historique - la promesse prendra la dimension de l'humanité entière.
 
Les populations exclues du pacte sous Moïse revendiqueront évidemment la même ancienne tradition sémite – dont ils sont eux aussi les héritiers. Elle servira de moteur à la création politique de la Ummah (populations réunies en un seul peuple sous Mahomet).
 

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Nous venons de mettre ici le doigt sur l'imbrication indissoluble entre l'aspect religieux de l'Islam (l'Alliance avec son Dieu) et sa dimension politique de la Ummah (peuple élu de Dieu). Il faudrait tenir compte de cette composante religieuse, dans les relations politiques que nous sommes amenés à entretenir avec les états arabes.
 
Et l'histoire n'est pas finie, avec la découverte récente d'un Univers aux dimensions galactiques. 
De nombreux astrophysiciens sensibles à l'inquiétude religieuse                             [[11]]
(Einstein, Lemaître pour les plus grands, mais aussi Hubert Reeves ou Trinh Xuan Thuan) continuent à tenter de concevoir une Alliance (toujours), que les plus radicaux d'entre eux présenteront sous la forme pseudo-scientifique du "principe anthropique".                  
 
Par manque d'imagination sans doute, nous n'avons pas encore inventé de cosmogonie quantique.

"Moïse: le Schisme":    chapitre IV.
"Moïse: l'Alliance":      chapitre  V.
 
Ces seuls titres dénoncent une évidente contradiction. Cherchons l'intrus !
 
Je suis persuadé de l'utilité de démonter pièce par pièce, un mécanisme dès lors qu'il se traduit par de l'incompréhension. Les Alliances successives, et leurs lectures contradictoires entre Juifs, chrétiens et musulmans, s'inscrivent dans divers processus historiques parfaitement logiques (inéluctables). Processus différents lorsque les circonstances deviennent différentes.
 
Pourquoi dès lors maintenir que l'autre – celui plongé dans d'autres contingences historiques – est nécessairement de mauvaise foi? Il y a eu – et j'ai tenté de les relever – les inévitables récupérations de textes qualifiés de sacrés, pour servir les intérêts dans les trois camps. Il est possible, avec un minimum de recul, de distinguer les récupérations et la pensée originelle. Mais s'il vous plaît, n'accusons jamais l'autre d'être de mauvaise foi.
 

 


 

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Sixième partie

 

Du Rg Véda à Moïse

 

 


 

Moïse-6 : son amalgame

 


 

lã ilãh illã'llah


 
Commençons par rectifier la géographie, censée décrire le paysage que nous attribuons à notre Histoire. Il me semble fondamental de proposer deux géographies distinctes. Celle d'avant, et celle d'après … Suspense ! … Je n'ai pas de date précise à proposer, car le passage entre les deux époques – et les deux paysages - a été progressif.
 
En gros, après une ère paléolithique qui s'étend jusqu'au XXI millénaire (~21000, c'est très vieux tout ça, oui!), commence une longue période que je ne clôturerais qu'aux environs des années ~3000.
 
Cette période ( ~21000 –  ~3000) porte un nom: c'est la Glaciation de Würm. Et c'est la fin de cette longue période que je voudrais qualifier de Haute-Antiquité. Puisqu'il faut mettre des chiffres aux dates, je dirais de ~7000 à ~3000. Nous sommes à la fin du Néolithique, dans une période de transition qualifiée parfois de "Mésolithique".
 

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Et puis, en ce début de III millénaire avant J.C., c'est la rupture en ce qui concerne "notre" Antiquité. Commence alors "notre" Histoire proprement dite, dont le critère généralement retenu est l'apparition des écritures. Personnellement (j'y reviendrai plus tard), je ne pense pas que l'écriture en soit le critère de référence.
 
Contrairement à ce que pourraient laisser croire les débuts du présent essai, je me préoccupe assez peu d'Histoire. Mais il se fait que c'est dans un contexte historique, et au cours de périodes à agencer de manière à ce qu'elles reflètent mieux la réalité, que se sont produits deux événements majeurs:
-          l'un concerne l'humanité tout entière. C'est la Réflexion de Conscience.
-   l'autre concerne une toute petite part de l'humanité, en son début en tout cas. C'est l'apparition - inexpliquée en Histoire classique - des monothéismes dont nous sommes encore redevables aujourd'hui.
 
Pour comprendre la direction spécifique qu'a prise notre Réflexion de Conscience, il est indispensable de revoir notre paysage géographique. De même si nous voulons comprendre la brusque irruption des monothéismes, pour autant que nous refusions de les qualifier de "coups de tonnerre dans un ciel bleu".
 
J'énonce ici un postulat – comme je proclamerais un dogme méthodologique.
 
L'événement d'aujourd'hui est toujours le résultat logique de l'événement d'hier. Si j'éprouve des difficultés à comprendre la situation présente, un regard sur hier, ou avant-hier, (ou encore avant …) me permettra une meilleure compréhension du présent. Et le présent, c'est Israël et les Palestiniens; c'est la Djihad qui prend des proportions planétaires; c'est une Eglise chrétienne qui se situe politiquement à droite en notre Occident, et à gauche avec les théologies de la Libération.
 
J'ai pris, je pense, un maximum de précautions pour éviter toute erreur dans mes références à l'Histoire. Comme je ne suis pas historien, j'ai pris les avis de spécialistes en notre Antiquité. Et - puisqu'il s'agissait de sujets religieux (donc très sensibles) – j'ai poussé mes investigations tous azimuts. La divergence en certains avis, voire en certaines affirmations, m'a évidemment grandement aidé.

 
 
 

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1. La percée de la Réflexion de Conscience
 
Du XXI millénaire à la fin du IV, l'hémisphère Nord de notre planète est pratiquement totalement recouverte de glaces, du pôle jusqu'au 45è parallèle (en gros). Une glaciation de ce type couvre un cycle d'environ 18.000 ans. Cette longue période est divisée en phases successives, dont nous retiendrons principalement un premier réchauffement entre ~13000 et ~10000, qui deviendra même explosif entre ~12400 et ~12300 où la température estivale moyenne montera de … 15"C (!!!) en un seul siècle.
 
Ce premier réchauffement, et jusque vers ~4000, entraîna deux conséquences géographiques majeures:
 
-          Le Sahara, jusqu'alors "refroidi" par la glaciation de Würm, formait initialement une immense région lacustre tempérée. (On évalue à plus de 700.000 Km² la surface des lacs sahariens, soit une fois et demie la surface de la France!). Son réchauffement et sa désertification se sont opérés en épisodes également brutaux, avec un exode massif des populations le long des fleuves (eau douce): Niger, Sénégal, et ce qui restait du lac Tchad. Mais ceci aussi est une autre histoire à peine commencée [cloisonnement]. Dans le cercle de "notre" histoire, ce sera le Nil.
 
-          L'Europe se couvre de forêts, entraînant gibiers et chasseurs dans les régions de plus en plus hautes, vers le Nord; alors que les massifs montagneux qui délimitent le Sud de l'Europe restent encore infranchissables car toujours couverts de banquise.
 
L'époque Atlantique (~6200 - ~4000), est tout à fait critique pour l'ensemble de l'humanité qui franchit alors le cap majeur de son humanisation: la Réflexion de Conscience.
                                                                                     
C'est la première époque "historique" dite Néolithique (ou Mésolithique dans sa première phase), et dont les historiens ont tendance à ne principalement retenir que des événements phares comme la sédentarisation ou l'écriture.
 

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Sans intention d'ouvrir ici la moindre polémique, il me semble que la sédentarisation d'une petite part des sociétés humaines est un événement relativement mineur et apparemment  très localisé. Bien des sociétés ont franchi le cap de la "Réflexion", sans se sédentariser pour autant. Mais dès qu'il devient réfléchi, l'homme s'intègre à son observation. Il charge son environnement de ses intentions, et le transforme. C'est dans ce contexte – d'intentions – qu'il nous faut comprendre l'écriture.
 
Cet accès à la Conscience Réfléchie (véritable entrée de l'homme dans son humanité!) s'est réalisé simultanément de part et d'autre d'une frontière Nord strictement infranchissable - totalement hermétique - courant des Pyrénées+Alpes+Carpates, en passant par les reliefs de l'actuelle Turquie, les monts Zagros et les contreforts de l'Himalaya,  jusqu'aux plaines de l'Indus.
 
De part et d'autre aussi d'une seconde frontière, au Sud cette fois, elle aussi infranchissable, et qui s’évanouissait dans les déserts : celui de Thar en Asie, relayé par le  plateau du Tibet; et celui du Sahara devenu depuis sa récente désertification, totalement impraticable au delà de son extrême limite à l'Est du Nil.
 
Une géographie historique correcte nous présente ainsi une part importante de l'humanité, nomadisant dans les vastes plaines d'Europe, d'Asie Centrale et sans doute d'Amérique du Nord, (par le Détroit de Béring franchissable alors sur sa banquise). Une deuxième part de l'humanité occupe tout le Sud-Est asiatique, et l'Afrique Sud-saharienne à partir des fleuves Sénégal, Niger et Congo.
 
Entre ces deux régions d'humanité, une bulle totalement hermétique, enfermée entre les trois bassins fluviaux: Mésopotamie, Nil et Indus. Et au centre de cette bulle entièrement isolée du reste des hommes: la péninsule Arabique.

 

 

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Le volant thermique de l'Océan Indien et de ses deux golfes retarda la désertification de l'Arabie par rapport à celle du Sahara. Aux IV et III millénaires, l'ensemble de la péninsule jouissait encore d'un climat fort comparable à celui de l'actuel atlantique européen. Voilà pourquoi des pasteurs sémites, nomades, occupaient toute la région.
 
Leurs troupeaux formaient la richesse macro-économique des populations installées de façon plus sédentaire le long des fleuves. Et de nouveau ici, il convient de préciser quels fleuves.
 
Quand nous entrons dans la période proprement historique des "nomades" d'Arabie, (puisqu'il n'y a pas de véritable fleuve pour les sédentariser) c'est le début d'un processus de désertification qui s'avérera extrêmement rapide: moins d'un millénaire. Avec, dans un premier temps, le refuge des populations le long des petits fleuves côtiers; et dans un deuxième temps, la fuite vers le Nord, puisqu'il n'y avait pas d'autre issue.
 
Au delà de la frontière Nord, se continue le réchauffement de l'Europe et de l'Asie centrale, avec la fonte des glaces … et la réunification des trois parcelles d'humanité jusqu'alors scindées par la glaciation. Voilà les Indo-Européens.
 

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Notons au passage qu'avant cette glaciation, il y avait deux candidats à l'hominisation. Pour simplifier:  le Neandertal et le Cro-Magnon. Le plus raffiné des deux, mais aussi le plus fragile, le Neandertal, n'a pas résisté aux rigueurs des changements climatiques et a été éradiqué de la planète. Ceci prend son importance, lorsque nous rattachons des documents ou des événements préhistoriques à ceux de l'Histoire proprement dite.
Beaucoup d'erreurs se commettent à ce propos. Les grandes fresques paléolithiques par exemple, (Chauvet, Lascaux, Altamira)  n'ont pas été aménagées et décorées par nos ancêtres. Alors que celles du Tassili appartiennent sans doute à notre Histoire.
 
La glaciation de Würm est intervenue à un moment critique de l'aventure de l'humanité, puisque c'est durant cette époque que l'ensemble des hommes, quelles que soient leurs localisations, ont franchi - et de manière définitive - le seuil de la "Réflexion de Conscience".
 
Avec, une forme réfléchie de conscience spécifique dans chacune des poches d'humanité.
- La Réflexion que, par simplification de langage, je qualifierai de "Occidentale" pour designer
         la bulle hermétiquement isolée de l'Asie Mineure et des deux vallées de l'Indus et du Nil.

-  La Réflexion de la poche Nord, que nous qualifierons d'Indo-Européenne.
-   La Réflexion de l'Asie dans son ensemble.
- La Réflexion Sud-saharienne (qui restera néanmoins isolée des trois autres poches
          d'humanité, par les frontières naturelles du Sahara et des océans Indien et Atlantique)

 
Je n'ai aucune connaissance relative à l'Asie du Centre et du Sud-Est. Je m'imagine – oui, il y a peut-être ici naïveté ou "spéculation" de ma part – j'imagine … qu'il ne dut pas y avoir d'importants échanges culturels entre les deux blocs: Indo-européens au Nord, et Asiatiques au Sud. Les futures découvertes archéologiques démentiront peut-être cet avis purement subjectif, et démontreront alors ma non-connaissance en ce domaine.
 
Tant que les fractions d'humanité vivaient isolées les unes des autres par la glaciation, nous nous trouvions devant des poches culturelles, avec chacune un mode de vie bien spécifique. Et notre poche culturelle, celle qui monopolise les cours d'Histoire officiels et notre Antiquité classique était – plus que les deux autres - totalement hermétique à toute relation avec l'extérieur.
 

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Notre Antiquité ne se situe dès lors pas à un carrefour entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique. Notre Antiquité se situe sur une île, au milieu de déserts et de glaces.
 
L'infiltration d'Indo-Européens eut pour effet de faire éclater la bulle et de réintégrer la part d'humanité de notre Antiquité, à l'ensemble des hommes dont elle était séparée. L'infiltration des Indo-Européens dans la bulle que j'ai qualifiée de "Occidentale" ressemble étrangement à la contamination d'une cellule par un virus.
 
L'arrivée des intrus ébranle la cohérence de chacune des trois civilisations jusqu'alors repliées sur elles-mêmes, et "contamine" les patrimoines culturels autochtones. C'est à cette époque – et à cette époque seulement – que les dieux de "notre" Antiquité sont parfois envisagés comme Pères, Nourriciers et Guerriers (ou marchands). Ça change évidemment radicalement la conception d'un El mésopotamien, d'un Grand-Tout en Indus ou d'un Horus (responsable de l'humanité) en Egypte.
 
Tant en Mésopotamie qu'en Indus, c'est un véritable mouvement de sauvetage culturel qui se traduisit, entre autre, par la mise par écrit des cosmogonies et des concepts religieux qui en découlaient. Il est curieux de constater que ce sauvetage fut réalisé, en très grande part, dans la langue, dans l'écriture phonétique et à travers les concepts de l'étranger. (J'évite de nommer les Indo-Européens comme des envahisseurs.)
 
Remarquons en passant que les écritures alphabétiques (qui coïncident avec l'arrivée des Indo-Européens) sont certes plus faciles - donc plus communément adoptées -  compte tenu de la réduction du nombre des signes utilisés. Mais les écritures alphabétiques visent  surtout à traduire les mots tels qu'ils sont prononcés, alors que les écritures de types hiéroglyphiques par exemple (en Indus et le long du Nil) ou celles dites cunéiformes de l'orbite mésopotamienne, traduisent d'avantage le concept (l'idée) sans très grand souci de sa prononciation. Je me permets ainsi de distinguer des écritures proprement graphiques (qui ne changent pas avec l'évolution de la langue) et les écritures phonétiques dont le sens peut varier au cours du temps.
 

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L'ouverture par les Indo-Européens de la culture en bulle vers une culture plus planétaire aboutit matériellement à une version en sanskrit des écrits philosophiques du Rg Véda; et plus tard à une version grecque des écrits religieux de la Bible. Dans les deux cas, la rédaction en langue et concepts indo-européens prendra près de mille ans.
 
La civilisation du Nil, après une domination partielle des Hyksos de près de deux siècles et demi, (~1800 - ~1550) s'en sortit provisoirement par ses propres moyens; mais finit, un millénaire plus tard, par quitter son autonomie pour entrer dans une universalité de type indo-européen, avec les Perses d'abord, et puis les Grecs et les Romains. Le cloisonnement des études historiques ne tient évidemment aucun compte d'une éventuelle influence indienne (je vous demande un peu …) sur notre culture, j'allais écrire "la" culture.
 
Et pourtant…
 
Les plaines de l'Indus étaient totalement protégées d'éventuels visiteurs étrangers. Les contreforts de l'Himalaya sous la banquise d'une part; la vaste mangrove de l'embouchure du fleuve, et le désert de Thar au Sud. C'est vers le milieu du III millénaire que les contreforts de l'Himalaya perdirent leur hermétisme absolu. Il devenait possible, à des explorateurs hardis, d'atteindre les plaines de l'Indus.
 
On peut s'interroger sur le mobile qui poussait les "colonisateurs" indo-européens à s'infiltrer ainsi dans les vallées de notre bulle. On peut certainement évoquer ici un climat plus clément que celui d'une infinie Sibérie, ou d'une Europe encore fort glaciaire. Mais outre le climat – phénomène de nos retraités dans les régions méditerranéennes ou en Californie de l'autre côté de l'Atlantique – il faut sans doute insister sur le mode de vie qui, dans les vallées, était radicalement différent de celui des plaines.
 
C'est la civilisation urbaine, avec la création artificielle de paysages inexistants dans la nature pour  recevoir  une  telle  infrastructure.    Cette   modification   artificielle   de  l'environnement – foraison de puits, digues et canaux pour l'irrigation, aménagement de l'eau douce, etc … – n'est réalisable qu'en bordure de fleuve.
 

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Aucun élément ne nous permet d'affirmer que cette civilisation urbaine ne se soit développée qu'en la seule bulle de notre Antiquité. On a retrouvé des fondations de ville le long des grands fleuves d'Asie. Mais il semble que ce soit dans les trois vallées d'Indus, de Mésopotamie et du Nil que les "cités" aient, en premier, donné lieu à l'organisation de société en véritables "civilisations urbaines".                                                                                                     [41, 174]
 
L'histoire de la région d'Indus n'a pas encore été écrite. Il n'y a pas eu, en l'actuel Pakistan, d'engouement comparable à l' "égyptomanie"  qui  a  enfiévré l'ensemble de notre Occident… - et rempli nos musées.
 
Nous observons simplement au III millénaire, un changement très important dans le mode de vie des populations réparties le long des bras gauches de l'Indus. Jusqu'au milieu du III millénaire, c'est l'opulente civilisation urbaine dite de Mehrgarh dont nous retrouvons l'influence dans l'Est et au Sud-Est de la péninsule arabique. Nous n'y découvrons aucun indice d'impérialisme ou de volonté d'expansion. L'Indus de Mehrgarh se cantonne dans ses vallées avec des comptoirs d'apparence très pacifique.
 
Vers ~2500, un type nouveau de civilisation (Mohenjo-Daro) sous la protection  d'importantes places fortes, éparpille ses traces tout au long du golfe d'Oman, et jusqu'au golfe Persique. L'architecture et la production d'objets en céramique revêtent un caractère nettement plus fonctionnel qu'auparavant.  Il semble aussi (à voir l'ensemble portuaire de Lothal par exemple) que cette civilisation dite de Harappã ne soit pas dépourvue de visées impérialistes jusqu'alors totalement absentes en Indus.
 
Cette observation de l'Histoire nous laisse ainsi raisonnablement supposer que c'est en Indus qu'ont débuté les infiltrations indo-européennes, par leur branche aryenne. Trois à cinq cents ans plus tard, pouvons-nous estimer, ce sera le tour de la Mésopotamie. Et puis, deux siècles après, ce seront les Hyksos en Egypte. La progression est évidente.
 
Les "Indusiens" sont très inquiets du danger potentiel que représente pour eux, la contagion culturelle importée par les voyageurs étrangers qui commencent à franchir leurs montagnes.
 

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Et nous avons – je le prétends, mais suis jusqu'à présent, le seul à le prétendre (gênant!) - un document qui nous témoigne de cette inquiétude. [Nous analyserons plus loin la lecture de ce document: les fresques du grand temple d'Hatshepsout, à Deir-el-Bahari.]
 
Ainsi, le cap de la Réflexion de Conscience – que nous pouvons considérer comme l'accès définitif à notre humanité – s'est franchi de façon spécifique dans une bulle géographique où s'est déroulée notre Haute-Antiquité. Cette bulle, totalement hermétique durant plusieurs millénaires, comportait trois poches d'humanité, réparties autour des trois grands fleuves: le bassin mésopotamien, le bassin (gauche) de l'Indus et la vallée du Nil.
 
L'arrivée des Indo-Européens, entraînera une perte partielle de l'originalité culturelle spécifique à chacune des trois poches, en remplacement d'une civilisation plus cosmopolite. C'est cette civilisation-là qui représente vraiment "notre" Antiquité. Mais il faut en rechercher les sources, séparément, dans chacune des trois vallées, avant la fusion Indo-Européenne.
 
 

 

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2. L'explosion des monothéismes


  Dans la première partie de cette étude, qui traitait précisément de l'identité de Moïse, j'ai pu relever avec une très grande certitude que l' "événement" Moïse au départ de l'Exode en Egypte, se situe nécessairement durant la XVIII dynastie. Soit, pour ceux qui aiment les dates, entre ~1543 et ~1292. L'argumentation est sans faille.
 
D'une part, les biblistes acceptent difficilement de situer Moïse avant ~1550. Les durées bibliques presque toujours exagérées, donnent 480 ans entre la Pâque en Egypte et la construction du temple de Salomon à Jérusalem. Cette évaluation mythologique de 12 x 40 ans, ne nous fait remonter qu'en ~1450. Nous voilà sous Touthmôsis III, sixième souverain de cette XVIII dynastie.
 
D'autre part, durant la dynastie suivante, juste après Ramsès II, Israël est déjà bien constitué. Il est cité par les Egyptiens comme une puissance dont il faut désormais tenir compte.
 
Il reste une fourchette raisonnable entre ~1450 et ~1200, soit 250 ans au maximum.
 
Bien que Ramsès II, pour des raisons que je compte justifier plus loin, ait tenté d'effacer l'épisode amarnien de cette XVIII dynastie, - et de la Reine Hatshepsout plus d'un siècle auparavant – nous restons néanmoins très bien renseignés sur cette période de l'histoire égyptienne. Notre documentation est énorme, sans compter les archives royales originales de l'époque d'El Amarna, sous Aménophis IV/Akhenaton, l'autre monothéiste de cette aventure qui n'est, lui non plus, pas un coup de tonnerre dans un ciel bleu.
 
Avec une documentation pareille, parmi laquelle les archives diplomatiques, il est peu vraisemblable qu'un événement de quelque importance ait pu échapper à l'attention des historiens.
 

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On doit considérer que l'apparition brutale du concept de monothéisme - s'il y a un dieu, il n'y en n'a qu'un seul - est un événement majeur dans la culture globale de notre Antiquité encore très isolée à la manière d'une bulle. Souvenons-nous d'autre part que la violation de cette bulle par les Indo-Européens, se propagea à la manière d'une infection virale. Avec déstructuration des cultures spécifiques de chacune des trois poches d'humanité, et refonte de l'ensemble dans une civilisation commune.
 
Après avoir, comme beaucoup d'autres, envisagé une éventuelle parenté entre la pensée d'Akhenaton et celle de Moïse, - (Lequel des deux avait copié l'autre?) – il m'est apparu comme évident que les deux pensées étaient totalement indépendantes. Le monothéisme d'Akhenaton s'ouvre sur le panthéisme. Celui de Moïse conduit à la théocratie. C'est plus qu'une nuance.
 
S'il n'y a donc pas de parenté directe, il nous faut envisager une éventuelle inspiration commune. Cette XVIII dynastie aurait-elle été marquée par un courant d'idées, étranger mais influent à la cour? Nous en sommes ici au simple niveau d'une question.
 
Toutefois l'historien Marc GABOLDE (de l'Université de Montpellier), me confirmait dans une correspondance privée qu'il semble bien qu'il y ait eu un courant théologique schismatique durant une période de la XVIII dynastie, beaucoup plus étendu que l'épisode d'El Amarna.

"Je crois, à la suite d'Assmann, que la religion d'Akhenaton n'est que la forme radicale de la pensée phénoménologique apparue sous Amenhotep III et qui se retrouve après la période amarnienne."

Mais d'ajouter tout de même: "En fait, je n'y vois pas d'influence étrangère."
 
Moi, j'ai cherché cette influence étrangère car en philosophie comme en biologie, on ne peut s'accommoder d'une pensée née par génération spontanée. Et la remarque de Gabolde m'a conforté dans l'idée d'aller y voir un peu plus haut, le temps que cette pensée devienne une véritable influence. Puisqu'il semblait y avoir un parallèle entre Akhenaton et Moïse, je me suis donc intéressé à une période antérieure.
 

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Et c'est un bon siècle avant l'époque d'El Amarna, que nous trouvons l'unique trace, sous la XVIII dynastie, d'une ambassade étrangère accueillie en Egypte. Cet événement nous est rapporté comme un haut fait du règne de la reine Hatshepsout. Un long texte illustré de fresques, sur les murs du deuxième portique du grand temple de Deir-el-Bahari, nous raconte cette aventure comme un exploit. C'est une expédition nationale au pays de Pount - donc à la gloire de la reine Hatshepsout, la maudite de Ramsès II - ; expédition au retour de laquelle furent en grande pompe officiellement accueillis des dignitaires venus de Pount.
 
Certains auteurs qualifient ces Pountites d' "esclaves". Ca ne tient pas. Les illustrations ne montrent aucune entrave sur les ressortissants pountites. Les personnages étrangers sont rituellement dessinés en plus petit que les souverains Egyptiens (Hatshepsout ici, et son pupille Touthmôsis III). Mais les comptes rendus des expéditions à Pount insistent, sans exception, sur le caractère pacifique de telles ambassades. On ne ramène pas en esclavage, des ressortissants d'un pays visité en ami.
 
L'historien NAVILLE qui, dans les années 1910 a publié un relevé détaillé des illustrations de Deir-el-Bahari, décrit la cargaison de retour:                                                                          [27]
        "Cargo-boats with great quantities of products of the land of Pount,
        … with inhabitants of the country and their children."
 
La présence de ces enfants confirment l'intention de la délégation pountite, de s'établir à demeure en Egypte.
 
La localisation de cette région du Pount divise les historiens qui, de manières devenues maintenant passionnelles, affirment les hypothèses les plus contradictoires. Certaines versions ne reculent devant aucune invraisemblance. On argumente maintenant, pour démontrer que c'est telle localisation qui est la "vraie". … Je n'ai quant à moi, aucune prétention à refaire l'Histoire: ce n'est pas mon domaine. Mais puisqu'une influence décisive provient d'une philosophie ou d'une religion pountite, il devient dès lors très important pour nous de localiser cette source.
 

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Essayons de reprendre le dossier.
 
Traditionnellement, le Pount est situé sur les bords de la Corne de l'Afrique, dans l'actuelle Somalie. Entre ~2500 et ~1900, nous avons les récits de voyages au Pays de Pount, de cinquante ans en cinquante ans. Des points communs se retrouvent régulièrement dans ces récits. On va à Pount en bateau. La navigation passe par un "Ouadj our" [littéralement un "Vert Grand"], et se poursuit sur Ym [traditionnellement traduit par "Mer"].
 
Sans qu'il y ait a priori sujet à discussion, Ouadj our devrait ainsi désigner le Delta du Nil, et tout aussi traditionnellement, Ym désigner la Mer Rouge. Tout naturellement donc, il était admis que les bateaux quittaient le Delta, remontaient la Mer Rouge, et arrivaient à Pount, en Somalie ou sur une côte avoisinante.

Je raconte ici une tradition millénaire. Et je pense, pour ma part, qu'il ne faut pas trop vite qualifier les traditions de pure imagination. Schliemann a retrouvé les paysages décrits dans ce qu'on croyait être un récit de pure imagination. L'Iliade n'en est pas pour autant devenue un livre historique, mais elle a néanmoins perdu sa qualification de "pure imagination".
… Ceci est une prise de position personnelle et subjective.
 
Mais le trajet Delta - Mer Rouge passe  outre une objection malgré tout majeure.        [36, 282]
Aucun canal navigable n'a jamais réuni le Nil à la Mer Rouge, avant  Darius (soit vers ~500). On imaginait donc un démontage des bateaux, et leur traversée du Ouadi Hammamat en pièces détachées. (!) Alors que, précédant pratiquement toutes les expéditions à Pount, le souverain chargeait un responsable de préparer un chantier naval pour la construction de navires spécifiques pour cette navigation. Les bateaux-némesh.
 
Pourquoi, dès lors, ne pas installer ce chantier naval directement sur la Mer Rouge? Les textes citent Coptos pour situer ce chantier naval. Or il y avait, à une soixantaine de kilomètres en aval de Thèbes, un chantier naval "national" nommé Coptos. Mais, nous verrons bientôt que le paysage de cette cité correspond assez mal à la description du (ou des) Coptos mis en place pour préparer Pount.
 

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Je me suis en outre interrogé sur le pourquoi, sur la nécessité de protéger cette mission préparatoire à un chantier, par un contingent militaire tournant habituellement entre 3500 et 3700 hommes. Pour aller protéger quoi, dans la vallée du Nil?                                        [37, 133]
 
J'ai émis – du bout des lèvres – l'hypothèse de cette réquisition de l'armée, pour baliser le littoral de la route maritime empruntée par les bateaux. Cette éventualité n'est pas à exclure. Seuls évidemment, des missions de prospection et des chantiers archéologiques pourraient confirmer ou infirmer ces postes de balises. (A mettre donc pour l'instant en veilleuse.) Mais il me semble tout à fait vraisemblable que ce corps d'armée était nécessaire pour assurer la protection du chantier lui-même dans une région peu sécurisée. Donc en dehors de la vallée. Et nous retrouvons cette fois la "logique" d'un chantier naval à établir au point de départ de la navigation.
 
Une historienne - fort contestée, il est vrai, dans les milieux d'Histoire ancienne - Alessandra NIBBI, a publié dans les années 1970, qu'un Ouadj our n'était pas une mer, et que Ym pouvait tout aussi bien désigner n'importe quelle étendue d'eau de quelque importance: un lac, voire même une portion assez large d'un fleuve.
 
Comme les déclarations de Madame NIBBI ne rencontraient pas l'enthousiasme, l'affaire fut sérieusement prise en main par Claude VANDERSLEYEN,                                              [37, 8]
historien dont l'autorité est très généralement reconnue. C'est lui qui, en association avec le Français Jean VERCOUTTER, a rassemblé la somme de tous les documents à la disposition de ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'Egypte. C'est un ouvrage magistral.
 
"L'Egypte et la Vallée du Nil" de VERCOUTTER et VANDERSLEYEN est "la" référence. D'autre part, on retrouve VERCOUTTER parmi les auteurs de l'Encyclopædia Universalis, ce qui est tout de même aussi une référence.
 
Voilà donc la localisation du Pount remise en actualité par des historiens notoires. Je connais personnellement Claude VANDERSLEYEN. Son enthousiasme et sa générosité ont malheureusement parfois le revers d'une impétuosité mal contrôlée. Vandersleyen partit en croisade. Et Pount devint passionnel.
 

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Ses recherches méthodiques ont toutefois incontestablement démontré qu'un Ouadj our ne désignait jamais la mer. Jamais.
 
Il ne semble pas s'être rendu compte que la description qu'il en donnait était très exactement celle d'une "mangrove".
 
D'autre part, il limite sa description : "Ouadj our ne désigne jamais une mer ou un océan. Il est apparenté à toutes les eaux qui fécondent la terre   égyptienne – et au dieu même de la vie." …
 
L'encyclopédie définit la mangrove comme "un liseré en bord de la mer, ou forêt amphibie couvrant de vastes marécages littoraux". Les plus riches d'entre elles se trouvent sur les rivages de l'Océan Indien, mais on en trouve également en Floride, au Japon du Sud et au Nord de la Nouvelle Zélande. En leur acception scientifique stricte, les mangroves se trouvent à l'embouchure des fleuves en régions intertropicales. Mais les géographes parlent couramment de mangroves méditerranéennes.
 
En vocabulaire courant, nous aurons donc des mangroves "froides", comme le Delta du Rhône (la Camargue), celui du Pô (la lagune de Venise) ou le Delta du Nil. Ces vastes régions inondées par un croisement d'eau douce et d'eau marine, sont caractérisées par une végétation de roseaux adaptés à une haute teneur en sel, et qui forment des massifs très denses, rendant ainsi la navigation difficile.
 
Les mangroves "chaudes", à l'embouchure des fleuves intertropicaux, ont – pour la petite histoire – intrigué les premiers biologistes, car elles abritaient des poissons qui grimpaient aux arbres, les périophtalmes ! Un chaînon manquant … de plus! Ces mangroves sont caractérisées par la végétation extraordinaire des palétuviers.
 

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-  On peut, sans grande extension du sens, assimiler le Delta du Nil à une mangrove                             méditerranéenne.
-  Mais certains textes mentionnent un Ouadj our à l'entrée, ou bien derrière lequel se trouverait             le pays de Pount. Egalement appelé parfois le pays "du" dieu (singulier).
- Il y a aussi cette mangrove que des pharaons demandent d'aménager en chantier naval                     (OK),  mais à Coptos.
 
J'ai cité le chantier naval "national" de Coptos sur Nil. Mais il n'y a pas de mangrove (Ouadj our) près de ce Coptos. D'autres textes mentionnent la montagne (ou désert) de Coptos. Il n'y a rien de semblable non plus à Coptos-sur-Nil.
 
Le Ouadj our du chantier naval où l'on construit les bateaux à destination de Pount, est régulièrement mentionné entre deux falaises marquant le bord de plateaux désertiques, l'une à l'Ouest et l'autre à l'Est (l'orientation est précise) et qui encadrent la profonde vallée.
 
Vandersleyen écrit : 
        "L'Egypte est appelée l'œil d'Osiris; 
        le grand fleuve est son iris; 
        la montagne de l'ouest et la montagne de l'est forment son orbite."
 
Régulièrement aussi, on signale des îles et des tempêtes au milieu de Ouadj our.      [37]
 
Au départ du Coptos classique, il y a une route commerciale, d'environ 180 Km, et qui aboutit à Qocéir, sur la Mer Rouge. S'il y a une importante route commerciale, c'est qu'il y a un important trafic entre le Nil et la côte Est égyptienne, sur la Mer Rouge.
 
Il est possible que Ym (la mer, en principe) ait parfois désigné des étendues d'eau qui n'étaient pas la Méditerranée ou la Mer Rouge. Mais enfin, pour se rendre à Pount, on navigue sur Ym, et les poissons qui, à Deir-el-Bahari, illustrent cette navigation sont incontestablement  marins.
 

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Et de nouveau ici, dans une curiosité comparable à celle qui m'a poussé à chercher l'influence étrangère plus loin que la période incriminée, il m' a semblé raisonnable de chercher ce Ouadj our plus loin qu'aux abords immédiats du Nil.
 
Certaines expéditions vers le Pount ont – ici, il y a certitude - emprunté cette route commerciale qui, au départ de Coptos sur Nil, mène au bord de la Mer Rouge.   [37, 250]           
"Après le retour de Ouadj our … je suis redescendu en passant par Ouag et par Rohénou".
 
C'est à dire par la région aujourd'hui fort désertique entre Thèbes et la Mer Rouge. Mais voici 3500 ans, la désertification de l'Arabie et du désert arabique d'Egypte n'était pas encore au point où elle en est aujourd'hui. Le texte signale clairement que le Ouadj our se trouve plus loin, puisqu'il est passé par là lors de son retour.
 
Et tout compte fait, c'est très long, cette côte occidentale (donc égyptienne) de cette Mer Rouge. La route va jusqu'à Qocéir. Mais à partir de là, en navigation de cabotage sans doute (car les Egyptiens ne devaient pas être des marins très expérimentés), il y avait, par le Nord, un trafic vers la péninsule du Sinaï.
 
Et vers le Sud?

C'est le grand silence des historiens sur cette région. Jean VERCOUTTER regrette d'ailleurs "que le désert arabique, à l'Est, reste très mal connu, pour ne pas dire vierge du point de vue archéologique, au Soudan comme en Egypte."                                                            [41]  
Nous avons peut-être pris un peu trop au pied de la lettre, la phrase fameuse d'Hérodote qui affirme que "l'Egypte est un don du Nil".
Et personne, dès lors, n'est allé voir ailleurs.                                                                     
[41, 30]   
 

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Le temple de Deir-el-Bahari ne nous donne pas seulement des dessins de l'exploit. Il y a également des textes. Et parmi ceux-ci, une description très précise de la navigation:     [37]
-          Conduire à bâbord (à gauche? vers l'Est)
-          naviguer vers le Sud dans Ouadj our,
-          faire un bon départ vers la Terre du Dieu
-          toucher terre en paix au pays de Pount.

Ce cap vers l'Est est d'ailleurs confirmé par la parole du dieu Amon (le soleil) qui insiste sur sa propre familiarité avec cette région, comme s'il en était originaire. Le plan de navigation et cette parole divine confirme que Pount se trouve bien à l'est de l'Egypte.
 
Cette navigation à bâbord (à gauche?  vers l'Est?)  = un exploit (?)
On navigue vers le Sud dans Ouadj our. = également un exploit (?)
 
Comme on navigue vers le Sud, il est exclu que ce Ouadj our soit le Delta du Nil.
C'est à partir de cette mangrove-là que commence le voyage vers Pount.
Et puis enfin, toucher terre en paix au pays de Pount.
Ce texte ne s'inscrit dans aucune géographie égyptienne ou nilotique.
 
Or, cette navigation vers l'Est est tellement longue qu'elle est citée comme un exploit.
Et la navigation vers le Sud dans une mangrove est également un exploit.
 
Pour une telle navigation, cap à l'Est, nous devons quitter la géographie classique.
-          Impossible en Egypte;
-          impossible en Méditerranée (où d'Egypte, on ne peut naviguer que vers l'Ouest);
-          impossible en Mer Rouge, car c'est un simple golfe et n'est pas tellement large.
 
Il n'y a plus tellement le choix. Il reste l'Océan Indien. Avec une longue navigation "exploit" le long de l'interminable côte Sud de la péninsule arabique. Ce que pourrait d'ailleurs confirmer l'apport en Egypte des quatre arbres à encens sur lesquels insistent les textes de Deir-el-Bahari, et qui, selon les spécialistes, ne pouvaient provenir que d'Arabie.
 

 109

Après avoir ainsi longé toute la côte, on met ensuite le cap au Sud. Où réside l'exploit de naviguer vers le Sud? C'est que dès lors, la navigation se fera en pleine mer. Fini le cabotage. Et en fin de course, la mangrove … de l'embouchure de l'Indus.
 
Impensable, évidemment. Pount sur Indus! Et pourquoi pas sur la lune?
 
La mangrove devant Pount est pourtant une mangrove chaude. Un document trouvé à Edfou nous donne une description scientifique d'un bois qui pousse dans cette mangrove: [37, 224]
 "Sa couleur est noire; c'est l'œil de Seth; on ne le mange pas.                      
Il est sur un arbre de Ouadj our, là bas où est Pount;
son arbre est comme l'arbre à encens;
quand il grandit, il est rouge."         
C'est la description très précise d'un palétuvier, typique des mangroves de l'Océan Indien.
 
S'il faut construire des bateaux spécifiques pour ce type d'expédition, il serait évidemment absurde l'installer le chantier naval sur le Nil. Le Coptos de ce chantier naval-là n'est ainsi pas sur le Nil. Il s'agit ici d'une simple logique d'évidence.
 
On n'a rien retrouvé à Qocéir. Mais, pourquoi limiter la côte à Qocéir?
 
Nous savons que les Egyptiens n'étaient pas des gens de la mer. Allons donc le plus loin possible par voie de terre. Ou alors en cabotage, le long de la côte Ouest de la Mer Rouge. Il y a d'ailleurs un texte où un responsable d'expédition (Hénénou) confirme au souverain qu'il a pris la voie de terre, aussi confortable qu'un voyage en bateau.                                      [37, 250]
 
Dans cette logique, c'est sur la Mer Rouge qu'il faut chercher le chantier naval pour la construction des lourds bateaux-menesh capables d'affronter, non plus les flots d'un golfe relativement bien protégé, mais l'océan, et puis, la traversée en haute mer à l'entrée du Golfe d'Oman.
 

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Dans une courte conversation avec L. BASCH, il m'a été confirmé que les bateaux-ménesh construits par les égyptiens n'avaient aucun point commun avec les superbes navires construits par les Phéniciens pour leur navigation en Méditerranée. Le Ménesh égyptien est massif, lourd et très peu manœuvrable. C'est le "gros machin", très peu adapté à une navigation sur un fleuve.
 
Il n'est pas du tout évident que les divers chantiers navals aient toujours été installés au même endroit, sur le littoral. Une expédition à Pount, organisée sous la XI dynastie (vers ~2000), a laissé des traces dans le Ouadi Hammamat (à la hauteur de l'ancienne Thèbes); tandis que des expéditions effectuée au début de la XII dynastie (vers ~1950) ont laissé des traces sur le littoral de la Mer Rouge, mais relativement au Nord. dans l'Ouadi Gaouasis. Et le texte utilise un "ici" (comme si on montrait du doigt); ce qui pourrait indiquer que le chantier naval était bien à cet endroit-là. L'emplacement de ces documents étonne les tenants de la thèse d'un chantier naval à Coptos-sur-Nil. Mais dès lors qu'on accepte de situer le chantier (nommé Coptos) sur le littoral de cette Mer Rouge, de tels documents se trouvent sur le trajet obligé de l'expédition.
 
Idéalement parlant, ce chantier devrait même se situer à la jointure entre la Mer Rouge et l'Océan Indien. La description trouvée à Deir-el-Bahari, commence la navigation de cette expédition-là, par une manœuvre de changement de cap: bâbord, vers l'Est. Donc, immédiatement sur l'Océan.
 
Outre l'aménagement des chantiers proprement dits, les responsables de ces préparatifs (Séankh et puis Hénénou) mettent des terres en culture, dans un axe nord-sud. Logique dans une implantation parallèle à la côte. Hénénou précise "qu'il a construit une flotte, qu'il l'a affrétée, et qu'il a fait pour elle une grande offrande de deux sortes de bœufs et de gazelles". C'est la confirmation, par un témoignage d'époque, que "le désert arabique égyptien" était, vers ~2000, une contrée non encore complètement désertifiée; avec possibilité d'y mettre des terres en culture et d'y élever des troupeaux de bovidés. Cinq cents ans plus tard, sous Hatshepsout, il n'y aura plus aucune mention de mise en culture ou d'élevage de bovins. C'est un indice – non une preuve – que la désertification a fait son oeuvre.

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Je reprends le même type de raisonnement que Le Verrier qui, après avoir observé les mouvements de certaines planètes en conclut – par déduction – qu'un corps céleste devait se trouver à tel endroit du ciel. Braquez votre télescope et vous y découvrirez une nouvelle planète. L'astre se trouvait à 52' d'angle de la position prévue. C'était Neptune.
 
Il doit y avoir un chantier naval au moins, dont nous devrions retrouver les traces tout au bout de la Mer Rouge, à la hauteur du détroit de Bab-al-Mandeb. Je quitte l'observation (si chère aux historiens); c'est de la déduction. Avec la logique, je reste dans mon domaine. Juste au Sud d'Assab, à l'entrée du goulot de Bab-al-Madab, se trouve le confluent de ce qui aujourd'hui sont des oueds (cours d'eau temporaires, à l'occasion de pluies) mais qui, voici 3.500 ans (avant la désertification totale) étaient des cours d'eau permanents. Ces cours d'eau se jettent dans une baie parsemée de petits îlots, et abritée par une île plus importante.
 
Ce port naturel se trouve à moins d'une cinquantaine de kilomètres de l' "embouchure" du golfe dans l'Océan Indien. Et le détroit qui ouvre la Mer Rouge sur l'océan correspond cette fois très bien aux descriptions de cet énigmatique Coptos.
 
Lorsque la mer se rétrécit en détroit, avant de s'ouvrir sur l'océan, ce sont bien des falaises désertiques qui se font face, l'une à l'ouest et l'autre à l'est. Et l'ensemble falaises et eau correspond à la description de " la montagne de l'ouest et la montagne de l'est qui forment son orbite."
 
Régulièrement aussi, on signale des îles au milieu de Ouadj our. Il n'est plus besoin ici de se torturer l'esprit pour parsemer le Delta du Nil d'îles comparables aux "îles du milieu". Dans la baie naturelle d'Assab, les îles sont bien là.
 
Les voyageurs au retour de Pount, se réjouissent toujours de reconnaître et de se mettre enfin à l'abri, sous la montagne (ou le désert) de Coptos.
  1. C'est à partir de là que la navigation devient plus facile.
  2. Il faut croire qu'il s'agit d'un point de repère important, impossible à rater.
  3. Les textes semblent dire: "Enfin, chez nous!"
 

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Le détroit de Bal-al-Mandeb répond étrangement à ces trois lectures.
 
Le passage en son point le plus étroit entre la pointe du Yémen à l'Est, et la côte d'Erythrée (aujourd'hui juste au Nord de Djibouti) à l'Ouest fait une dizaine de kilomètres. Le chenal, dont on peut apercevoir les deux côtes Est et Ouest à partir d'un bateau, forme une chicane avec, en premier, l'archipel des Sept Frères composé d'îlots désertiques inhabités qui forment un barrage d'environ 7 kilomètres, perpendiculaire à la côte ouest du détroit. La première île de cet archipel (lorsque l'on vient de l'Océan Indien) est tout à fait extraordinaire. Oui, c'est un point de repaire impossible à rater.
 
A remarquer que la transcription phonétique du Coptos des chantiers navals est régulièrement qualifiée d'un terme ambigu qui sert à désigner tantôt une montagne, tantôt une région désertique, voir un pays étranger.

 

 

 

 

 

Gebel, comme on la qualifie parfois (montagne isolée), désertique et dans une île volcanique inhabitée. Il y a une étrange coïncidence entre la description et le paysage.
 

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Dix kilomètres plus loin, après avoir laissé la pointe du Yémen et son île à tribord, on entre en Mer Rouge, abrité enfin des vents du large de l'océan.
Le chantier naval que je présume au Sud d'Assab est à quelques encablures.

 


 


Je n'ai ni les compétences ni les arguments qui me permettent d'affirmer comme une vérité absolue, que le chantier naval nommé "Coptos" par les documents, se trouve exactement au Sud d'Assab.

 
Mais la ressemblance entre les descriptions et le paysage est un indice                 [[12]]
 qui justifierait, à mon sens, que l'on entreprenne une première prospection de à cet endroit. 

Les illustrations du temple d'Hatshepsout, nous montrent également des scènes qui se passent en pays de Pount. Une conversation, entre autre, entre les Egyptiens et Paréhou que l'on considère généralement comme le souverain de Pount. (On pourrait tout autant le considérer comme le maître de la délégation pountite qui embarquera pour l'Egypte.) Les représentations de cette région de Pount n'illustrent pas des paysages au bord d'un littoral. Nous n'avons dès lors aucune raison de chercher Pount à tout prix en bordure d'une mer.
 
Au même titre que la Memphis des Egyptiens était à l'intérieur des terres, à l'abri de son Delta, nous pouvons tout aussi bien considérer le Pount à l'intérieur de terres, à l'abri de sa mangrove.

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Ce qui permet à VANDERSLEYEN d'affirmer un … Pount sur Nil. L'argumentation est la suivante: "Les cinq bateaux de l'expédition naviguent jusqu'au pays de Pount sans aucune rupture de charge; toute l'expédition a donc dû se faire par le Nil."
 
Mais il n'est jamais valable de tirer des conclusions à partir de l'absence d'indices. Il s'agit d'une déduction négative qui est vicieuse par sa seule forme, quel que soit le contenu d'une telle proposition. (Aucune illustration ne nous décrit une hisse de voile. Je ne peux pas pour autant en déduire que le voyage s'est effectué entièrement à la rame.)
 
On pourrait éventuellement s'étonner de ne pas trouver l'illustration d'une telle manœuvre de débarquement-embarquement. Il serait même élémentaire de chercher à comprendre le pourquoi de cette absence d'indices. Mais nous ne pouvons en déduire aucune conclusion.
 
Le texte de Deir-el-Bahari n'est pas un journal de bord ni un compte rendu historique. C'est la narration d'un "exploit". Une manœuvre de routine (un re-chargement) ne s'inscrit pas dans une illustration d'exploit. Voilà pourquoi elle n'est pas illustrée.
 
Une navigation entièrement sur le Nil supposerait par contre le franchissement des cataractes. Quatre ou cinq jusqu'à la hauteur de l'Ouganda. Avec des bateaux-ménesh  très mal adaptés à une navigation fluviale, d'un poids insensé, et aussi navigables que des sabots… Oui là, ce serait un exploit. Et, sans pour autant tirer de conclusion, je m'étonnerais qu'un exploit pareil ne soit pas illustré.
 
Une autre expédition au pays de Pount, sous Ramsès III cette fois, (trois siècles plus tard, mais le Pount n'en avait pas pour autant changé de place ! ) est décrite dans le papyrus Harris I qui rapporte une navigation sur "mou qed", littéralement "l'eau renversée".

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Soit, un coude de fleuve. Comme le Nil quand il infléchit son cours vers le Sud-Ouest, à la hauteur de Abou Hamed. Voilà l'argument pour situer un Pount sur le Nil:
-          mais tellement au delà de l'exploit des cataractes (non illustré),
-          et tellement au Sud, alors qu'on parle d'une longue navigation cap à l'Est.
-          et tellement sans aucun poisson marin entre Thèbes (Karnak, Louksor) 
-     et cette quatrième cataracte du Nil.
Avec en prime [j'y reviendrai plus tard], une description très africaine – à l'encontre de tout bon sens – de la cargaison.
 
D'autres textes utilisent des termes inversés de navigation, par rapport au Nil, avec un aval vers le Sud, et un amont vers le Nord. On a dès lors pensé à l'Euphrate, mais le contexte de ces expéditions a empêché que l'on retienne cette hypothèse.

Cette longue navigation vers l'Est …
Les fresques du temple proposent des alignements de poissons,
                             [[13]]
incontestablement marins  (+ une tortue d'eau douce).    
En quoi  cette planche ichtyologique peut-elle illustrer l'exploit?
 
La navigation fut longue. Le cap au Sud fut exceptionnel, comme une traversée en haute mer pour un peuple non-marin. Mais le voyage s'est effectué sur mer, les poissons en attestent. Nous ne sommes plus en Afrique. Ni sur le Nil, ni sur les côtes de Somalie. Nous sommes plus loin, vers l'Est. A l'autre extrémité de la bulle (à l'autre extrémité de l'Univers). Nous sommes en Indus. Et une délégation missionnaire venue d'Indus n'a rien d'exceptionnel en ce milieu du II millénaire. (Nous sommes en ~1470)
 

 116

La crainte par les habitants de l'Indus, d'une contagion étrangère qui contaminerait leur propre culture, est également attestée par des documents historiques. On a retrouvé, datées de cette époque, des inscriptions religieuses en provenance de "missionnaires" d'Indus, qui inaugurèrent des temples Khmers au Cambodge. Et jusqu'en Chine à l'extrême Est asiatique.
 
Dans ce contexte de préservation d'une culture en péril, il n'y a rien d'extraordinaire à ce qu'une délégation soit venue d'Indus pour établir, non plus à l'Est ou au Sud, mais en son Ouest cette fois, - en Egypte - une communauté culturelle protégée. Le terme d' "abbaye missionnaire" serait ici tout à fait anachronique. Mais dans l'esprit, c'est de ça dont il est question.
 
Et, sans imagination, sans spéculation, il nous faut alors sereinement envisager que c'est à Deir-el-Bahari que se trouve un document essentiel dans l'histoire … de l'Indus.
 
Que le voyage à Pount soit à la limite des possibilités humaines ne semble être contesté par personne. C'était un exploit. Et Paréhou lui-même, souverain des lieux, s'étonne lui aussi que les Egyptiens soient arrivés jusqu'à lui.
 
Dans L'Egypte et la Vallée du Nil, nous lisons la version classique:                          [36, 282]
 "L'itinéraire proprement dit [vers Pount] n'est pas connu. Les Pountites eux-mêmes se demandaient si les Egyptiens étaient venus sur l'eau ou par voie de terre."

Claude VANDERSLEYEN, dans cette somme par ailleurs remarquable, défend donc la thèse – à mon sens insoutenable – d'un Pount sur Nil, du côte de l'Ouganda.
 
Il me semble que, dans ce contexte, les paroles de Paréhou ont été tronquées. Cette interprétation est difficile à comprendre dans le contexte de Deir-el-Bahari qui, rappelons le, ne reprend que les gestes et paroles extraordinaires.
 
J'ai retrouvé la conversation complète, traduite par Denise A. CAPART, et que je suppose être une publication à compte d'auteur. Je n'en ai pas trouvé la date d'édition. Elle porte, à l'Albertine (Bruxelles), la référence 7A/60927/3. Je l'ai personnellement et intuitivement datée des années 1935-37.
 

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Les Grands du Pount viennent s'incliner la tête courbée.
Ils disent, demandant la paix:
"Comment avez-vous atteint cette contrée
que les hommes ne connaissent pas?
Etes-vous passés par les chemins du ciel?
Vos bateaux ont-ils fait route sur l'eau ou sur la terre?
 
C'est quoi, ces chemins du ciel?
 
En Ouganda, les chemins du ciel ??? Dans la Corne de l'Afrique non plus. Je n'y vois pas beaucoup de sens. Mais au pied de l'Himalaya …
 
Au nombre des animaux ramenés par l'expédition, NAVILLE décrit un "jaguar". Il y tout de même un léger problème quand on se souvient que le jaguar provient de l'Amérique du Sud. Il est vrai que Naville était américain. (!) 

Claude VANDERSLEYEN lui, nous décrit des guépards. Pourquoi des guépards? Mais simplement parce que tout le monde sait qu'il n'y a pas de tigres en Afrique. (J'ai mal à ma logique !!!) Ne serait-il pas plus prudent de répertorier des "félins".

 
Les représentations animales du deuxième portique de Deir-el-Bahari n'ont ainsi jamais été lues d'un point de vue comparatif entre les animaux africains et ceux d'Asie. Or, ces illustrations semblent revêtir une précision scientifique très poussée. Il y aurait dès lors peut-être moyen de vérifier si les poissons – tiens! – qui illustrent la navigation, ne sont pas des poissons de l'Océan Indien. Singes, girafes, félins etc…, dans leur précision scientifique, pourraient peut-être nous éclairer sur leur origine.
 
Ce rapprochement entre le Pount et l'Indus n'a, à ma connaissance, jamais fait l'objet d'une hypothèse sérieuse, bien qu'une récente thèse de doctorat ait proposé que Pount devait se situer en Asie, car le rhinocéros représenté sur les fresques de Deir-el-Bahari est "unicornis" alors que les rhinocéros d'Afrique possèdent deux cornes.
 

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Pount sur Indus !!!
             (Seules des spéculations de philosophe peuvent imaginer des choses pareilles!)
 
Je n'ai pas les compétences pour affirmer quoi que ce soit en Histoire: je ne suis pas historien. Je sais simplement que les expéditions à Pount, dans leurs descriptions historiques classiques, fourmillent d'invraisemblances et de contradictions. Elles deviennent cohérentes dès qu'on agrandit la géographie. Ma bulle isolée par la glaciation n'est pas du tout une spéculation. C'est une réalité affirmée par nos connaissances géographiques et tout à fait confirmée par la paléoclimatologie.
 
Les documents attestent que les trois poches d'humanité dans cette bulle hermétique, connaissaient leurs existences mutuelles. Il semble même que les Indiens aient eu une importance non négligeable sur les côtes Est et Sud d'une Arabie alors bien fertile, ne l'oublions pas.
 
Après un premier recul normal devant cette proposition de Pount sur Indus, allons tout de même y voir d'un peu plus près. C'est pas si fou, ce truc…
 
Et puis, il conviendrait aussi d'expliquer pourquoi, un voyage maintes fois accompli depuis ~2500 (la pierre de Palerme en atteste) est, mille ans plus tard, en ~1470, considéré comme un exploit et qualifié d' exploration géographique. Pount a toujours été considéré comme un haut fait de règne. Mais à ce point là, tout de même!
 
Comme je viens de l'affirmer, nous ne pouvons tirer aucune conclusion de l'absence d'un élément. Tout au plus pouvons-nous nous en étonner, et nous demander pourquoi ce manque de documentation.

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Alors qu'une expédition au pays de Pount figure généralement sur la carte de visite des souverains, aucune attestation de ce type ne figure dans aucune biographie de pharaon, entre Sésostris II (~1875) – et encore… sans certitude – et … Hatshepsout en ~1470. Donc entre les XII et XVIII dynasties.
 
Ce silence couvre ainsi exactement ce qu'il est convenu d'appeler la deuxième période intermédiaire, qui sépare le Moyen et le Nouvel Empire. C'est une période sombre pour l'Egypte, où le pouvoir au Nord, est aux mains d'étrangers, les Hyksos. C'est une période sombre dans l'ensemble de la "Bulle". Les Indo-Européens peu nombreux encadrent quelques individus parmi les populations autochtones et … prennent le pouvoir. C'est le cas en Mésopotamie, avec l'effondrement des dynasties élamites sous la pression d'Indo-Européens infiltrés à partir des Monts du Zagros.
 
Nous sommes peu renseignés sur l'Histoire en Indus. Mais nous savons qu'à cette époque déjà, il y eut d'importantes infiltrations de la branche aryenne des Indo-Européens. Et nous constatons, toujours à la même époque, l'extinction de la civilisation de Mehrgarh. Le phénomène est général. Il va durer quatre siècles. Quatre cents ans durant lesquels nous devrons nous contenter d'un silence total sur les éventuelles relations culturelles entre les poches d'humanité. On dirait que les seuls individus "mobiles" étaient les étrangers.
 
Et là, ça devient intéressant, parce qu'il y eut, dans chaque poche de la bulle, des réactions à cette situation de subordination envers ce qui a vite été considéré comme un envahisseur. C'est dans ce cadre-là que je veux placer les "Alliances" bibliques. C'est dans ce cadre-là qu'il faut comprendre l'intervention des "Indusiens", et l'imprévisible conséquence de cette influence en monothéismes, avec Akhenaton et Moïse.
 
Ma préoccupation en tout ça  – contrairement aux apparences – n'est absolument pas d'ordre historique. Il se fait simplement qu'une vision étrangère des concepts divins a éclaté en Egypte. Nous connaissons cette totale innovation par Akhenaton; et nous retrouvons une innovation tout aussi radicale chez Moïse.
 

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L'épisode d'Akhenaton n'a plus de conséquence tangible aujourd'hui, en dehors des manuels d'histoire. Le culte d'Amon n'est plus une "religion". Mais l'innovation de Moïse continue, de nos jours encore, à avoir les conséquences les plus graves. Seuls les monothéismes sont synonymes d'intolérance. Les polythéistes acceptent sans problème un dieu de plus. Et les "philosophies" à résonance religieuse - je pense au bouddhisme - attachent en réalité très peu d'importance à un Dieu en tant que tel.
 
Akhenaton et Moïse. Deux coups de tonnerre dans un ciel parfaitement bleu ...
 
Moi, je n'y crois pas. Il n'y a pas de génération spontanée en  pensée – pas plus, d'ailleurs, qu'en biologie. Toute pensée structurée découle d'une histoire. Et dans le cas des deux monothéismes, cette histoire n'est ni égyptienne, ni mésopotamienne (ou sémite). D'où l'importance que j'ai attachée à préciser l'emplacement de Pount, puisque c'était le seul "troisième" d'où pouvait provenir l'influence.
 
Une comparaison entre ces deux courants qualifiés de "monothéistes", montre qu'ils n'ont que leur nom en commun. Et contrairement à ce que j'avais d'abord cru (comme beaucoup d'autres d'ailleurs) la théologie de l'un ne découle pas de la théologie de l'autre. Moïse et Akhenaton ont des visions radicalement divergentes, mais d'une réalité qui dans les deux cas est une totale innovation.

J'ai moi-même défendu que le Pount en Erythrée me paraissait très peu "exploit". Ce qui n'exclut pas qu'on doive passer par là pour s'y rendre. Il y a tout de même cette lancinante tradition d'un Pount du côté de la Corne de l'Afrique. Et depuis toujours, on parle de "Mer Rouge" à son propos.
 
Je pense sincèrement que la proposition de Pount en Indus - effarante à première vue, il est vrai, car on n'a jamais envisagé cette éventualité – résiste parfaitement à l'analyse. Elle offre en outre l'avantage de concilier des morceaux de thèses jusqu'ici inconciliables.
 
 
 

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3. Du Grand-Tout jusqu'à Dieu
 
 
Je n'ai aucune compétence pour "affirmer" une thèse que je présenterais comme la "vérité". Il se fait simplement que la situation d'un Pount sur l'Indus offre une certaine cohérence à des textes qui restent incompréhensibles quand Pount se situe ailleurs. Ceci, au niveau de la description des expéditions géographiques vers ce Pount.
Ma démarche ici est de type historique.
 
En changeant maintenant de registre, je vais tenter de comprendre les concepts nouveaux apportés par cette influence étrangère. Et, ici aussi, il m'a semblé qu'un rapprochement avec le Rg Véda (donc en Inde du Nord-Ouest) éclairait singulièrement certaines images pas très nettes ou peu cohérentes quand on les isole de leur contexte d'origine.
Il s'agit cette fois d'une démarche de type philosophique.
 
Quand dans la même tranche d'Histoire, on associe Akhenaton et puis Moïse, la première caractéristique qui saute aux yeux est évidemment le concept commun de "monothéisme". Comme j'attribue les idées nouvelles à l'arrivée de Pountites en Egypte, et comme j'avance l'hypothèse que ce Pount se situe en Indus, il me faut aller voir dans la cosmogonie de cette région, base de sa structure philosophique… pour autant que nous la connaissions.
 
L'écriture autochtone de l'Indus n'est pas encore déchiffrée de nos jours. C'est une écriture de type hiéroglyphique mais sans parenté directe avec celle d'Egypte. Nous ne connaissons donc du Rg Veda que sa transposition en Sanskrit. Et encore, parmi les traductions de cette transcription, ne nous sont parvenues que celles qui ont semblé intéressantes. Les éditeurs peuvent avoir des intérêts qui ne sont pas toujours exclusivement scientifiques.
 
La littérature védique est très, très importante. Elle dépasse en volume, les littératures grecque et latine réunies. Les quelques traductions que nous pouvons en avoir sont ainsi nécessairement très partielles. Je n'ai donc pas la prétention de connaître le Véda.

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Il y a simplement quelques postulats de base que nous retrouvons dans quasiment tous les textes védiques. C'est à partir de ces postulats qu'il devient possible d'ériger un système cohérent, dont j'essaierai de trouver des traces en Histoire.
 
La recherche philosophique – dans sa rigueur documentaire – est plus difficile que la description historique qui se base initialement sur la matérialité des documents. Il n'y a pas de document réel pour concrétiser une pensée! C'est l'exemple de l'extraordinaire découverte en 1887, du courrier diplomatique complet couvrant le règne d'Aménophis IV et la fin du règne de son père. Le lot comporte 382 tablettes d'argile provenant du bureau des archives encore quasiment intact, dans les ruines souterraines d'El Amarna. Ce sont 378  lettres en écriture cunéiforme akkadienne (Mésopotamie), 2 tablettes en langue hittite, 1 courrier assyrien et 1 courrier hourrite en provenance du Mitani.

Ces mêmes documents - indiscutables - concrets en argile,  nous ont même permis d'affiner nos connaissances sur la langue ancienne de Canaan, qui deviendra plus tard l'hébreu.
 
La recherche philosophique se réfère à des concepts. Il n'y a donc pratiquement jamais d'objet matériel pour concrétiser ces concepts. On a beau jeu dès lors de qualifier de telles recherches de "spéculations", puisqu'elles reposent rarement sur des objets (exposables en nos musées). Mais une logique rigoureuse a, à mon sens, le poids d'un document matériel.
 
Il apparaît ainsi que le dieu (Pount est très généralement appelé "Terre du dieu" par les Egyptiens) ne soit pas une préoccupation primordiale dans la pensée Indusienne. Une fois encore, j'énonce un paradoxe, puisque le monothéisme en proviendrait.
 
Il n'y a ici aucune affirmation péremptoire de ma part.
J'écris tout au conditionnel, et avec des points d'interrogation partout.
 
Souvenons-nous simplement que la part d'humanité qui nous intéresse, est totalement isolée du reste de monde par la glaciation de Würm en phase terminale. [Ici, pas de conditionnel.] Avec trois poches distinctes d'humanité qui connaissent certes leurs existences mutuelles, mais qui se contentent de relations très anonymes.
 

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Avant la présence des Indo-Européens, (avant ~2500: période que j'appelle Haute-Antiquité) nous ne trouvons aucun document, aucune trace velléitaire d'un quelconque impérialisme. Les agglomérations urbaines ne sont, semble-t-il, même pas fortifiées.                              [41, 174]

Pas d'expédition guerrière. Pas trace d'envahissement. Pas d'exploration géographique. Juste des ambassades, (comme les visites égyptiennes régulières à Pount) et quelques rares documents (des sceaux surtout) qui attestent peut-être d'une activité commerciale, mais surtout de la connaissance mutuelle des communautés entre elles.

 
Dans la bulle qui momentanément forme, pour les habitants de l'intérieur, la totalité de la planète, les trois poches se trouvent chacune à l'extrémité du monde. Avec:
- La poche mésopotamienne (que je qualifierai de sémite), sédentarisée le long des deux             fleuves, mais qui s'étale dans les pâturages d'Arabie (alors fertile) et dans la "plaine                 asiatique" (l'Asie mineure) jusqu'au rivage de la Méditerranée.
-  La poche Indusienne, sédentarisée le long de l'Indus, mais qui s'étend également dans la         plaine alluvionnaire Sud-Est, jusqu'au désert de Thar.
- La poche des Egyptiens, rétrécie dans la stricte vallée du Nil, mais avec – selon toute                 probabilité – un élargissement dans ce qui est aujourd'hui le désert arabique, entre le Nil et     la Mer Rouge.
 
La poche mésopotamienne et celle du Nil semblent limiter leur champ de préoccupations à leur "monde". Il faut aller en Indus pour rencontrer un concept d' "Univers". La différence est fondamentale dans la mesure où un monde se confond avec le paysage qui englobe notre champ d'investigation. La perception d'un Univers, au contraire, est la conscience que la totalité des objets doit nécessairement former un seul Tout cohérent. (Le terme "objet" est ici utilisé en son sens le plus large et le moins défini possible: de l'atome à l'étoile, de la molécule à l'individu ou à la nébuleuse).
 

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Ce Tout, c'est l'Univers.
Tout ce qui est … et tout ce qui n'est pas.
Et - les simples rythmes naturels nous le confirment - ce Tout est rigoureusement structuré.
 
Ainsi, chaque "objet" sert à structurer l'ensemble de l'Univers. Mais cet Univers, par définition – puisqu'il est "Entièreté du Tout " – est nécessairement UN. Et à supposer qu'il puisse y en avoir plusieurs, ce serait l'ensemble des Univers qui formerait le Tout, et cet ensemble deviendrait dès lors un Univers unique.
 
Ainsi, dans ce pays où dieu n'occupe apparemment qu'une place secondaire dans l'ordre des préoccupations, l' Unicité du Tout devient le postulat de toute pensée spéculative. Rappelons qu'à l'époque (~1500), les savoirs scientifiques - donc décrits sous forme mathématique - n'ont pas encore pris leur distance par rapport à la pensée philosophique.
 
Nous mettons ici le doigt sur une définition du divin – celle sans doute des Anciens – qui s'écarte de la définition de transcendance que les trois monothéismes occidentaux accordent généralement à ce terme.   
Le divin englobait la partie du monde qui échappe à notre observation.                 [[14]]
C'est un secteur dynamique où les puissances s'expriment souvent avec violence. Il est bon de se mettre en harmonie avec ces puissances (Egypte) ou de se les concilier (Mésopotamie).
 
Dans la vision limitée d'un simple monde, les puissances – devenues dieux depuis la percée humaine de Réflexion de Conscience - se manifestent sans relation évidente les unes avec les autres. Tempêtes, tremblements de terre, maladies dans les manifestations négatives; crues régulières des fleuves, prospérité, bonne santé, longévité etc… n'ont pas de liens structurels nécessaires entre eux. Il est dès lors logique que ces puissances aient chacune leur secteur particulier, avec un dieu des tempêtes, un dieu de ceci et un autre de cela. Une vision "théiste" aboutit à une multitude de dieux, alors qu'une vision "universaliste" est polarisée par l'unicité de l'ensemble.
 

 125

Les Egyptiens, après l'épisode d'Akhenaton, semblent avoir rencontré ce problème du concept d'immanence à opposer à celui de transcendance. Ce sont les Esprits (ainsi perçus par les Anciens) qui, par la réflexion des hommes, ont acquis leur statut de dieux. Mais alors qu'ils étaient esprits, ils avaient un attribut d'immanence puisqu'ils habitaient le phénomène qu'ils animaient; tandis que depuis qu'ils sont devenus dieux, ils sont qualifiés de transcendants, puisqu'ils ne dépendent plus des événements qu'ils déclenchent.
 
Claude TRAUNECKER, dans son petit ouvrage remarquable                                          [35, 80]
sur les dieux de l'Egypte, suppose que les théologiens égyptiens apportèrent une solution avec leur théorie de l'antécréation. Une lecture du chapitre 200 de l' "Hymne de Leyde" daté de l'époque ramesside, peut laisser penser qu'Amon était transcendant avant l'arrangement du monde, mais qu'il est devenu immanent dans sa réalisation.
 
A la manière – pour donner un exemple – de nos grands architectes qui, dans l'image, seraient transcendants avant leur plan (tout leur est en théorie possible), mais qui se reconnaissent dans chacun des détails de leurs réalisations (où ils sont immanents). Un Victor Horta se signe dans sa moindre ferrure de porte. De même un peintre, totalement libre (transcendant) devant sa toile blanche, se reconnaîtra dans le moindre détail du tableau. Un Van Gogh est omniprésent (immanent) dans chacune de ses œuvres.
 
L'Egypte offrait une particularité. Horus, dieu chargé de la gestion des hommes sur la terre, avait délégué sa mission divine à Pharaon. 
Pharaon était un homme, investi de la mission divine d'assurer                                [[15]]
Ma'at (l'harmonie) – quitte à la contraindre, s'il le fallait – pour permettre le bon déroulement de la Vie (Ankh). Pour remplir cette tâche de dimension divine (assurer Ma'at et Ankh), le Pharaon avait carte blanche. Mais le pouvoir humain qu'il détenait était subordonné à sa mission divine.
 
Les Sémites, du II millénaire, prêtent volontiers à leurs puissances, les caractères humains de savoir, de pouvoir et de vouloir. C'est l' "intention" qui caractérise les hommes depuis qu'ils ont franchi leur seuil d'humanité par la Conscience Réfléchie.
 

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Il n'y a pas de délégation de pouvoir divin à un Grand Prêtre. Certains souverains d'origine mésopotamienne ont ainsi été amenés à traiter directement avec les puissances divines. Et comme les dieux s'étaient hiérarchisés à la manière d'une société humaine, c'est avec le maître des dieux (El) que se conclurent ces Alliances (El-ohim, El-shaddaï).
 
Au sein d'une cour pharaonique composée d'intellectuels raffinés (les jeux d'écritures hiéroglyphiques en témoignent), le concept de Grand-Tout structuré (l'Univers) fut accueilli avec émerveillement. Marie Cécile BRUWIER, conservatrice au Musée Royal de Mariemont, compare cet émerveillement à l'enthousiasme qui a animé notre mai '68.

Pourquoi cet enthousiasme?
 
Sous le régime des dieux, les hommes devaient se contenter de se concilier les puissances favorables en leur rendant culte, et d'apaiser les puissances néfastes par des sacrifices expiatoires. La colère des dieux était souvent considérée comme la punition infligée suite à une faute, un péché. Nous sommes surtout en Mésopotamie. Un des grands thèmes de YHWH à Noé et puis à Moïse sera d'ailleurs de ne plus expier par la voie du sang.
 
Relevons au passage la contradiction avec le sacrifice initialement demandé à Abraham, de tuer son propre fils.
(En fin de cette histoire,
[Gn XXII] il y aura tout de même mort d'un bélier.)                   
 
Sous le même régime des dieux, les Egyptiens avaient bien un Pharaon pour leur garantir Ma'at et Ankh. Toutefois, une vraie tempête (comme sous Amosis), une crue du fleuve pas idéale, un étranger qui prend le pouvoir (comme les Hyksos)… Certes, Pharaon avait tous les pouvoirs de réquisition, mais contre le déchaînement des éléments …
 

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En Indus, dans la conscience d'un Univers, tout était différent. A commencer par la place individuelle que nous occupons dans le Grand Tout, dont nous sommes chacun une part structurelle essentielle. [Sans moi, l'Univers ne serait pas ce qu'il est.] Il n'est plus question de "culte". Il n'est plus question d'hommage à rendre (à Pharaon ou aux dieux).
 
Dans une conception Universaliste, c'est chaque personne qui occupe sa place et remplit son rôle. Le Véda remplace les cultes "passifs", par une participation "active". Chacun devient indispensable. Cette participation active à la réalisation harmonieuse de l'ensemble, trouve sa justification en deux principes de type vraiment philosophique.
 
1 L'Univers, puisqu'il est l' "Ensemble du Tout", ne peut se différencier de rien. L'Univers n'a pas de point de référence. Il ne se compare qu'à lui-même. Aucun miroir ne lui renvoie sont image. Il n'a donc pas d'individualité, et encore moins de personnalité.
 
Chaque objet de l'Univers devient ainsi le reflet - parfait et complet dans sa direction propre de matérialisation. Les objets (et les individus, et les personnes) sont la forme matérielle que prend le Grand Tout pour se différencier de lui-même. Ainsi, chacun de nous est le miroir parfait - et total - de l'ensemble universel.   [Atman]
Oui, c'est enthousiasmant!
 
2 Puisqu'il est l'Entièreté du Tout, il ne peut être ni cause, ni effet. Sans les objets qui le concrétisent, l'Univers serait parfaitement statique. Aucun événement ne pourrait entraîner de conséquence, puisqu'il ne pourrait être simultanément cause et effet.
 
Chaque objet de l'Univers devient ainsi source de conséquences infinies - l'effet papillon de nos contemporains - et participe à la constitution d'un Univers en devenir 
vers une plus grande perfection. [Brahman]
 

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Dans ce contexte - subtile, convenons en – l'unicité du Tout est évidemment un postulat incontournable.
 
Le Rg Véda - prémonition extraordinaire de notre physique contemporaine – considère qu'il n'y a qu'une toute petite partie de l'Univers qui a pris une forme matérielle. La plus grande part de l'Etre Premier doit être imaginée sous forme d'une énergie potentielle rayonnante, dont une description assez fidèle serait le soleil (très spectaculaire quand il est à l'horizon) et qui se manifeste sous forme de lumière et de chaleur.

La pensée égyptienne – depuis sa reprise en main par le pouvoir unique de la XVIII dynastie, et l'expulsion des usurpateurs Hyksos du Nord – était certainement un terrain favorable à ce type de "doctrine" védique. Amon, le soleil (mais dans ce qu'il représente de "caché") était déjà une divinité majeure au panthéon égyptien. Il fallait maintenant le transposer de "Mystère" en "Evidence".
 
La société égyptienne sous le Nouvel Empire, envisageait d'un très bon œil d'avoir enfin une part active au pouvoir et aux événements. Une demande de participation, en somme.
 
Bien évidemment, en déclarant se soumettre à Ma'at (l'harmonie nécessaire à la vie), Aménophis IV/Akhenaton abdiquait de sa fonction divine. Il fit cette déclaration de la manière la plus officielle, dans sa titulature. Dès sa mort, il fut ainsi déclaré hérétique, puisqu'il avait désavoué sa fonction de pharaon. Il fallut absolument rétablir la fonction protectrice de "Maître de Ma'at". Ce fut le retour à l'ancien culte d'Amon-le-Caché.
 
Ce fut sans doute aussi, mais les documents historiques sont étonnamment discrets à ce propos, le renvoi chez eux, hors d'Egypte, des maîtres à penser de la doctrine universaliste.

Alors que, nous l'avons vu, une expédition à Pount faisait généralement l'objet d'une mention d'honneur dans la vie d'un pharaon, il dut y avoir une rencontre entre Egyptiens et Pountites sous le règne de Toutankhamon. La réalisation de la tombe d'Horemheb, le dernier souverain de cette XVIII dynastie, est entièrement contemporaine du règne de Toutankhamon. Et y sont représentés des délégués de Pount apportant des produits.

 

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La tombe elle-même de Toutankhamon - retrouvée intacte comme chacun sait - ne mentionne pas d'expédition à Pount. Il est vrai que cette tombe était sans doute initialement destinée à Aÿ. A la mort prématurée du jeune souverain, il fallut en toute urgence réquisitionner cette tombe; ce qui pourrait expliquer qu'une expédition à Pount n'y soit pas mentionnée. Malgré son aménagement pour devenir la tombe royale. (?)
Je propose plutôt l'hypothèse d'une expédition sans fastes. On remballe.
 
De nouveau ici, je me refuse à tirer quelque conclusion d'une absence de document. On se serait attendu à la mention d'une telle expédition. La mention n'y est pas. Il est, je crois, légitime de se poser la question du "pourquoi ce silence?".
 
Il me semblerait abusif d'affirmer quoi que ce soit. Simplement, un remballage après un épisode considéré comme peu glorieux est une explication qui s'inscrit assez bien dans le cadre des événements. Un siècle plus tard, Ramsès II ne put se contenter du rétablissement des anciennes traditions dans les faits. Christiane DESROCHES NOBLECOURT y voit une pression des populations sémites qui insistent sur leur monothéisme.
 
Et nous lisons :                                              [08, 381]
Entouré d'un cercle … où se côtoyaient des Egyptiens et des Orientaux sémites très proches de lui, d'origine principalement cananéenne, amorrite, hourrite, Ramsès II apparaît comme le secret continuateur de la réforme amarnienne… Il avait compris la nécessité d'infiltrer dans les croyances un concept élargi, "épuré", du divin. Cependant, pour masquer et protéger cette évolution, il lui fallait ouvertement renier ceux qui l'avaient inspirée. Aussi fut-il renégat… Il supprima aussi, sciemment, Hatshepsout et les princes de l'hérésie amarnienne des listes royales publiques.
 
Je ne balaierai pas d'un simple revers de la main, un avis aussi autorisé que celui de "la" spécialiste du Grand Ramsès II. Je ne partage simplement pas son analyse. Je pense que cette radiation amarnienne des listes royales dut paraître extrêmement lourde à Ramsès II. Son très long règne est le témoignage constant de la responsabilité pharaonique qu'il incarnait. Il tenta ainsi d'effacer de l'Histoire: Akhenaton et tous ceux qui participèrent à l'aventure schismatique d'El Amarna … sans oublier Hatshepsout.
 

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Le temps des règnes escamotés de la sorte fut attribué à Horemheb, chef de la police et des armées qui, durant la période de "démission pharaonique" avait effectivement assumé la maîtrise de Ma'at et Ankh. Il fut nommé sous Amonhetep III (le père d'Akhenaton). C'est dès lors en toute légitimité qu'il fut investi de sa fonction. C'est lui qui, à la mort de d'Aÿ, prit le titre et la charge de Pharaon, jusqu'en ~1292, fin de la XVIII dynastie. Selon que l'on considère, ou non,  une co-régence initiale entre Akhenaton et son père (ce qui donne onze ans d'écart), on situe la mort d'Aÿ en ~1325 ou en ~1314. Horemheb régna jusqu'en ~1292, soit 22 ans, ou tout au plus 33 ans.  Les minutes d'un procès sous Ramsès II,  citent "l'an 59 sous la majesté du roi Horemheb", ce qui témoigne de l'attribution à ce souverain, de la durée des règnes de ses prédécesseurs.
 
La décision de Ramsès II de radier également Hatshepsout des listes royales - établissant ainsi un rapprochement avec l'épisode Amarnien - est un indice important dans l'hypothèse d'un Pount sur Indus, qui confirme bien que ce sont ces Pountites là qui ont importé la philosophie universaliste.
 
Le védisme est un monisme. C'est à dire une forme de pensée qui envisage tout objet dans son ensemble. Chaque objet est la concrétisation d'un ensemble total (un Univers) duquel il fait partie, et qu'il représente dans son entièreté. Le questionnement, l'éventuel mystère, le moteur premier, voire l'intelligence de tout le système, est à chercher évidemment à l'intérieur de l'ensemble.
C'est une des approches possibles de l'immanence.

Le "sacré" habite l'objet qu'il anime.
 
A l'inverse, les théismes cantonnent leur paysage à un seul monde, lui-même sans doute englobé dans des régions inaccessibles à notre connaissance. C'est cet inconnaissable qui est le domaine du (ou des) dieu(x). Par définition donc, les dieux se situent au delà de notre connaissance. Un événement qui intervient dans le paysage du connaissable ne les intéresse que très peu; ne les perturbe en tout cas pas.
C'est une des approches possibles de la transcendance

Le sacré est hors portée des objets que nous observons.
 

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L'irruption de la pensée védique en Egypte, transpose un environnement indusien de pensée - jusqu'alors évidemment "immanent" (le sacré se trouve dans le concret) - dans le système de pensée opposé, celui de la transcendance, où le sacré désigne l'inaccessible.
 
Les Indusiens ont débarqué en Egypte en ~1470. Un bon siècle plus tard, les intellectuels Egyptiens avaient sans doute compris qu'ils avaient un rôle individuel – voire personnel – à remplir dans ce monde, mais le pas n'était pas encore franchi de situer les dieux dans la réalité concrète. C'était un chemin difficile.
 
Il est important d'insister sur ce que certains considèrent comme un détail. Aton n'est pas le disque solaire. Il n'est pas la représentation du soleil. C'est l'astre solaire lui-même. (Donc une sphère, et non un disque.) Mais il est surtout la représentation matérielle presque parfaite (à la manière d'une icône) de l'Univers Total originellement supposé sous forme de rayonnements de lumière et de chaleur et qui, exceptionnellement, peut prendre une forme matérielle dans les objets de notre observation: le réel. (Réel est ici synonyme de matériel.)
 
Aton est donc immanent (et non transcendant comme les anciens dieux traditionnels). Nous ne savons pas si Akhenaton a succédé à son père Amonhetep III, ou s'il a effectué une partie de son règne en co-régence. Dix-sept ans de règne sont généralement admis. Un règne seul et absolu de onze ans n'est contesté par personne. Certains, comme Marc GABOLDE par exemple, étendent cette période de pouvoir non partagé à 13 ou 14 ans.

Durant cette courte période de moins de quinze ans, Akhenaton nous a laissé des textes dont il porte l'entière paternité. Il y a le Grand Hymne au Soleil, (qui sera repris dans le psaume biblique CIV). Mais il y a surtout la mise en place de bornes pour délimiter le nouvel emplacement sacré. La réalisation de ces bornes – des pans de montagnes polis et puis gravés – a pris un certain temps. Et les bornes sont datées les unes par rapport aux autres.
 
Nous pouvons donc ainsi, au fil des textes, suivre une évolution dans la conception du sacré qui, au fur et à mesure de l'avancement des travaux, perd tous ses attributs divins de transcendance et n'est plus représenté que sous son aspect matériel. Nous pouvons suivre ainsi, d'année en année, l'avancée du concept d'immanence qui commence à remplacer l'inaccessible transcendance des dieux traditionnels.
 

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Le divin réside dans le concret. C'est évidemment une ouverture directe vers une forme de panthéisme (dieu est en tout); une manière différente de nommer l'athéisme (en dehors de la matière, il n'y a rien de sacré).
 
-          Jusqu'où Akhenaton est-il vraiment représentatif d'une élite intellectuelle?
-          Jusqu'où n'y avait-il pas plusieurs étages de compréhension de la doctrine nouvelle 
            (c'est ce qu'on appelle l'ésotérisme)?
-          Jusqu'où n'y avait-il pas un lieu sacré (El Amarna) pour les novices en immanence, 
             et un Univers à ciel ouvert pour les initiés plus avancés?
 
Or, c'est dans ce contexte de la XVIII dynastie que se situe l'événement "Moïse". Comme ce personnage ne nous a laissé aucune trace, aucun document, nous ne pouvons pas utiliser les méthodes historiques classiques pour le situer dans le cursus de l'Histoire.
 
Le Deutéronome se termine pratiquement sur cette phrase:
[Dt XXXIV, 6]      Jusqu'à ce jour, nul n'a connu son tombeau.
 
Pour ma part strictement personnelle, - je me permets de donner ici un "avis" - je crois vraisemblable de situer le départ de Moïse, au moment de la restauration des anciens cultes, à la période juste après El Amarna. A tant faire que de préciser une date, je dirais ~1330. Mais nous pouvons tout aussi bien le situer en disciple des Maîtres du Pount installés en Egypte depuis ~1470. Il me semble en tout cas exclu que l'Exode se soit passée en dehors de cette fourchette.
 
Nous avons vu que les milieux hautement intellectuels de la cour ont éprouvé une grande difficulté à passer du concept traditionnel de transcendance, à celui d'immanence que suppose un Univers désormais beaucoup plus large. Et Moïse ne semble pas avoir été un intellectuel pointu. Il n'a en tout cas jamais franchi le véritable seuil d'immanence.
 
Il s'adresse à des populations semi-nomades que tous les historiens s'accordent à décrire comme très frustes. Et il est remarquable que le YHWH-Dieu de Moïse a gardé tous ses attributs de transcendance. Il est au dessus de tout.                                                    [04, 36]
 

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A la manière d'ailleurs de "El" en Mésopotamie – auquel YHWH fera lui-même allusion:
[Ex. VI,3]      Je me suis manifesté à Abraham, à Isaac et à Jacob
                    sous le nom de El Shaddaï
                    mais je ne me suis pas fait connaître d'eux sous mon nom de Yahvé.
 
Le Dieu de Moïse garde ainsi comme caractéristique première d'être le Maître Absolu du monde. Il est Un. C'est vraisemblablement l'influence majeure du Rg Véda dans l'enseignement de Moïse. Transcendant par tradition théiste, YHWH restera l'affirmation d'un pouvoir divin absolu. 
YHWH devint dictateur.

Entre l'abrahamisme décrit par Jacques RIFFLET, et le mosaïsme auquel je m'intéresse, il y a une distance énorme. Bien qu'apparemment, - apparemment seulement – il n'y ait pas de cassure nette. D'Abraham à Moïse le passage semble sans heurt. Les rabbins en Israël et les prêtres chrétiens ne voient certainement pas le fossé qui, non seulement sépare les deux Patriarches, mais encore les oppose. Et pourtant, c'est un des fondements de l'Islam.
 
Nous ne connaissons l'histoire d'Abraham qu'après la rédaction des écritures de la Bible. Nous sommes au plus tôt sous Salomon – l'ensemble des biblistes situent cette rédaction encore un siècle plus tard – donc au minimum trois siècles et demi après Moïse, (auteur présumé des cinq premiers Livres de la Bible, la Torah).
 
Moïse est  l'instaurateur du monothéisme juif. Il est bien évident que dans le contexte de cette mise par écrit, le Patriarche, dont Moïse se réclamait être la parfaite continuité, devait impérativement n'adorer que le seul YHWH. Mais …
 
Il me paraît essentiel de mettre en évidence que Moïse attachait la plus grande importance à s'inscrire exactement dans la ligne historique des Sémites Hébreux. Pour affirmer cette continuité, la légende de son sauvetage des eaux dans un panier d'osier enduit de poix reprend, au détail près, l'histoire de Sargon II d'Akkad qui, vers ~2360, libéra son peuple du joug des envahisseurs Indo-Européens et fonda un royaume sémite. Moïse, comme Sargon, se présente comme le fondateur d'une nation libre.                                                        [15, 34]
 

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Devant l'emprise de ces étrangers qui s'incrustaient, un Souverain Grand-Prêtre, Abraham, proclama une Alliance avec le divin en affirmant que, quoi qu'il advienne, ce seront toujours les Sémites qui recevront, prioritairement, la protection des dieux. C'est la première Alliance.
 
Bien entendu, dans la ligne de Moïse, le divin était aussi "Un".
 
On ne peut pas affirmer qu'Abraham ait toujours été le personnage important qu'il est devenu après la rédaction du premier Livre de la Genèse. Il est certainement un personnage mythologique depuis … toujours, dirons-nous. Mais ce n'est qu'après Moïse qu'il est devenu l'initiateur d'une première Alliance dont – dans la ligne historique – Moïse est le continuateur. De nombreux exégètes mettent en évidence que (par le vocabulaire utilisé, par exemple), le récit d'Abraham doit être relativement récent, dans sa forme amplifiée en tout cas.
 
Il n'est non plus pas du tout établi que le Dieu d'Abraham était "Un" au moment de l'Alliance (à situer aux environs de ~2000). C'est en effet à cette époque qu'il était devenu impératif d'affirmer la priorité des Sémites autochtones sur l'envahisseur Indo-Européen. Mais les Sémites d'alors étaient polythéistes. Plusieurs épisodes de l'Exode nous relatent que les Hébreux vouaient facilement leurs cultes à des dieux multiples. Et YHWH ne dit-il pas lui-même à Moïse qu'il est au dessus des autres dieux? Et que c'est lui qui désignera les dieux à vénérer. ((!) 

Nous lisons:
[EX: XV,11]           Qui est semblable à toi parmi les dieux, Yahvé?
 
Au risque de heurter la conscience religieuse de ceux qui pourraient lire cette étude, - et je n'ai aucune intention d'offusquer qui que ce soit – il faut se rendre à l'évidence que Moïse est un meneur d'hommes qui a conduit des tribus sémites éparses, non pas dans un temple ou une synagogue, mais dans un pays. Moïse est le fondateur d'une nation. C'est bien ainsi qu'il est ressenti en Israël d'aujourd'hui, même par le parti national religieux ou les ultra-orthodoxes.
 

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Il se fait qu'il a fondé cette nation d'Israël sur le modèle d'une théocratie et que la religion ainsi scellée dans un état politique, avec des hauts et des bas, a fini par donner naissance à d'autres religions. Et tout notre Occident dérive, en définitive, du message religieux qui ne servait, à l'analyse, qu'à focaliser le dessein prosaïquement politique d'une tribu minoritaire.
 
L'argument d'une organisation de la société autour d'un concept religieux avait soulevé l'enthousiasme sous Akhenaton. Le sacré a le pouvoir de magnétiser les foules. Et durant quarante ans (ce qui signifie simplement "longtemps"), au fil d'une épopée qu'il entretiendra avec une extrême habileté, en dépit des difficultés de distances - c'est grand, l'Arabie - à travers des régions de plus en plus désertiques et inhospitalières, il arrivera à souder une série de clans, jusqu'à en former une véritable nation; jusqu'à l'entraîner – la désertification progressive l'y aidera – vers une sédentarisation à l'encontre de toute tradition. C'est extraordinaire!
 
Une parenthèse s'impose ici, qui m'écarte quelque peu de mon sujet. J'ai plus longuement développé dans la première partie (Moïse, son identité) que le nombre de 603.550 personnes confirmé plusieurs fois dans la Bible, concerne le peuple d'Israël déjà installé en Canaan.
 
Mon analyse y voit un recensement – par Salomon sans doute – tentant à démontrer que chaque citoyen est bien concerné par l'impôt extraordinaire auquel il devra participer pour financer la construction somptuaire d'un Temple.
 
Il me semble important – sans pour autant nier formellement l'inspiration divine des textes (pour ceux qui y croient) – de mettre en évidence les préoccupations souvent matériellement politiques qui sous-tendent de nombreux passages de l'Exode, des Nombres et du Deutéronome. L'insertion - en plein désert - d'une description minutieuse (7 chapitres) d'un Temple à construire, me semble une évidente insertion dans un texte qui se lit sans discontinuité en passant directement du chapitre 24 au chapitre 32.
 
Le texte allégé de ces 7 chapitres totalement anachroniques se lirait comme suit:
XXIV,18     Moïse resta sur la montagne, quarante jours et quarante nuits.
                 
XXXII, 1     Lorsque le peuple vit que Moïse tardait à descendre de la montagne …
 

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Mais rappelons que les premières rédactions du texte datent de plusieurs siècles après Moïse (leur auteur ! ). La glose ici, peut parfaitement être attribuée au commanditaire d'une première mise par écrit. Laissons donc un doute.
 
Soulignons également que les "prophètes" hébreux n'ont jamais revendiqué de proclamer la "Parole de Dieu". Ils se réclament d'inspiration divine, mais laissent une part importante à leur éventuelle interprétation personnelle de cette inspiration, et à l'utilisation peut-être parfois malencontreuse de tel mot plutôt qu'un autre.
 
Les textes hébreux laissent ainsi une incertitude permanente quant à leur compréhension. C'est ce qu'évitera Mahomet quand il déclarera avoir transmis la "Parole de Dieu Lui-même".
 
Le doute par contre n'est plus permis – ce qui atteste sans discussion possible la visée politique délibérée de Moïse – quand nous lisons l'inlassable répétition de:
       "Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob."
 
Pour l'Occidental chrétien, cette affirmation passe inaperçue et est comprise comme l'affirmation de la parfaite continuité de la première Alliance, celle avec Abraham. Dans la présente étude, j'ai consacré un chapitre entier à souligner combien cette affirmation était profondément schismatique. Et ses répercussions sont aujourd'hui encore d'une douloureuse actualité: c'est toute la problématique de l'état d'Israël en terre palestinienne.

Rappelons rapidement les faits.
 
YHWH passe une Alliance avec Abraham, et lui assure le privilège de sa prédilection ainsi qu'à toute sa descendance. Privilège sans doute, par rapport aux Indo-Européens qui s'investissent des commandes politiques en Mésopotamie. (Je ne vais pas reprendre ici, le détail d'une longue explication que j'ai donnée dans le chapitre "Moïse, son Alliance".)
 
La descendance d'Abraham est bien évidemment sémite, puisque Abraham est lui-même le petit-fils de Sem. Ce sont donc tous les Sémites qui sont concernés par l'Alliance avec YHWH; y compris les nombreuses populations éparpillées dans la péninsule arabique et celles qui nomadisent entre l'Euphrate et les côtes méditerranéennes.
 

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Voilà pourquoi j'insistais au début de ce chapitre, sur les géographies de la Haute Antiquité et puis de l'Antiquité tout court depuis l'arrivée des Indo-Européens.
 
Sans  revenir  sur  le  détail  d'une  histoire  que  j'ai  développée  dans  "Moïse, son schisme",  la descendance d'Abraham est contestée deux fois.
 
1 Il a eu un fils aîné "illégitime" si l'on veut, avec une servante non-sémite: l'Egyptienne Agar. C'est Ismaël. Mais d'après les textes de la Bible juive, lorsque YHWH, après la répudiation d'Agar, demanda à Abraham le sacrifice de son fils aîné, c'est Isaac, (fils plus tardif né de Sarah, l'épouse légitime d'Abraham) qui aurait accompagné son père.
 
Les musulmans prétendent évidemment que le texte a été récupéré par les Israélites, pour justifier l'exclusivité de la lignée d'Isaac. Le fils aîné d'Abraham est Ismaël.
 
Pour exclure Ismaël de l'Alliance, il fallut inventer que c'est par la mère qu'on était Sémite 
    – à l'encontre de toute tradition. Ceci est une démarche législative à visée exclusivement                 politicienne. (Je tente d'éviter le terme de "racisme")
 
Qui bénéficie dès lors, du privilège promis par Dieu à la descendance d'Abraham?
 - la seule lignée d'Isaac, le fils légitime?
 - ou l'ensemble des fils, dont Ismaël l'Egyptien?
 
L'affirmation biblique "Je suis le Dieu d'Abraham et d'Isaac" prend, dans ce contexte, une résonance polémique évidente. C'est une provocation; une vraie déclaration de guerre.
 

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2   L'affirmation de "Dieu de Jacob" s'inscrit dans le même contexte de légitimité. Esaü, le frère jumeau mais premier né de Jacob, a vendu son droit d'aînesse pour un plat de lentilles. Les descendants d'Esaü, bien que Sémites eux aussi, et dans la lignée d'Abraham, se virent à leur tour – par les textes bibliques juifs – écartés de la promesse. Jacob prit le nom d'Israël.
 
La politique de Moïse (il ne s'agit nullement ici d'un message divin) restreint ainsi la tradition d'une Alliance religieuse, et en réserve l'exclusivité à une seule tribu, les Hébreux, alors que la famille sémite est beaucoup plus large. Le peuple d'Israël monopolise ainsi, à son unique avantage, un privilège accordé par Dieu à tous les Sémites.
 
Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob est une parole provocatrice.
 
Pour nous Occidentaux, - pièces rapportées dans cette religion lorsqu'elle s'étendra aux gentils des empires romains – cette généalogie restreinte "Abraham, Isaac et Jacob" est sans aucune conséquence. Dans tout le Moyen Orient, c'est encore aujourd'hui le facteur originel de la discorde. Nous sommes en pleine histoire contemporaine.
 
Le thème central de cette étude est la présence, dans notre culture, de concepts universalistes, venus de l'Inde. Nous avons débrouillé en gros les circonstances historiques de cette arrivée Indusienne dans notre pensée.
 
Cette intégration de concepts structurés dans un système étranger de pensée a entraîné des incohérences, toujours non-résolues aujourd'hui, bien qu'elles n'aient pas échappé aux premiers rédacteurs des textes bibliques.
 
Lorsque Dieu décline son nom à Moïse, dans la parole fameuse " 'èhyèh 'àshèr 'èhyèh ", ce texte est complètement incompréhensible. Tellement incompréhensible, que les premiers rédacteurs des textes bibliques se sentirent obligés d'y aller de leurs commentaires: avec leur "ce qui signifie …"
 
Dans une autre étude "Dieu allégories et concepts", j'ai développé combien la glose de ces premiers rédacteurs était fondée sur des hypothèses philologiques très peu fiables.
 
"Je suis celui qui suis" ou bien "Je suis celui qui est" (dans une autre interprétation) repose sur l'affirmation de la racine whi (=être), (!?), exprimée dans un certain mode (!?) et à un certain temps (!?). Mais il était indispensable d'inventer un sens à cette parole qui, dans son contexte sémite, ne veut rien dire du tout.
 

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Dès lors que nous gardons en mémoire le modèle rencontré par Moïse en Egypte, d'une pensée universaliste (avec l'attribut d'immanence), - mais sans place pour un Dieu - la référence à un Etre (Atman) – Etre Premier - devient compréhensible. Il est la source de ce qui peut devenir matériel. Et c'est d'ailleurs bien sous la forme d'un rayonnement de lumière et de chaleur que YHWH apparaît à Moïse, avec le Buisson Ardent, au Sinaï, etc…
 
L'Etre Premier, nous l'avons vu, est par définition unique. Le Dieu de Moïse sera donc UN, malgré le contresens de cette unicité dans un monde théiste. On a bien sûr imaginé une phase de transition, avec un Maître des autres dieux. On retrouve d'ailleurs des traces de cette conception dans des paroles telles que
[Ex: XX,3]      Tu n'auras pas d'autres dieux en dehors de moi.
[Nb: X,10]      Moi, Yahvé, je suis votre Dieu.
 
Je termine le premier chapitre, par les discussions entre NIKIPROWETZKY, ALBRIGHT, de VAUX et MEEK, relatives à l'interprétation de telles déclarations divines. Il est toutefois bien évident que la notion de UN ne peut trouver son sens qu'au sein d'un Univers, unique par définition. Le monothéisme - qui n'est donc pas nécessairement l'aboutissement d'un processus qui part d'une société de dieux, avec un maître des autres dieux dans un premier temps, et enfin un dieu unique – est un apport direct du système de pensée qui a formé le Rg Véda, et qui finira par donner l'Hindouisme. Pour comprendre en profondeur notre type de monothéisme, nous devons accepter cette origine indienne.
 
Dans l'orbite occidentale qui continue à forger notre manière actuelle de penser, je crois que c'est Moïse qui le tout premier, a osé formuler la doctrine d'un Dieu Créateur. Nous nous trouvons, ici encore, devant un ensemble de concepts exclusifs les uns des autres. Ou bien l'on est Dieu, ou bien l'on est créateur.
 
Le monde des dieux est la partie du monde au delà de nos perceptions. On pourrait éventuellement concevoir que ce soit, dans cette partie inaccessible à notre savoir, que les dieux auraient inventé puis agencé le monde matériel où nous vivons.
 

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Mais la création, telle que proclamée pas les trois monothéismes, dépasse largement des concepts d'invention ou d'agencement. A partir de rien, Dieu créa le ciel et la terre.

Au fur et à mesure de la conscience progressive dans la pensée occidentale, de la structure interne de ce "le ciel et la terre", s'affirmera davantage encore le concept de "création": rendre présent à partir de rien, du fait de la propre volonté divine. Jamais, aucune "Genèse" occidentale n'avait osé aller jusque là. Sans peut-être la formuler, les cosmogonies évitaient la contradiction intrinsèque que renferme le concept de "création".
 
La grande cosmogonie héliopolitaine d'Egypte décrit le commencement comme un chaos et un Océan Primordial d'où sortit Atoum, le Soleil. Il se posa sur une colline et se leva sur une pierre. C'est à partir de ce préexistant qu'il tira ensuite de sa propre substance, dans un acte de masturbation divine, le premier couple de dieux d'où naquirent les autres dieux.
 
Les cosmogonies mésopotamiennes prenaient leur source dans des abîmes d'eau douce et de mer, d'où naquirent les dieux dans le silence, l'immobilité et les ténèbres. Jusqu'à la naissance d'Anu et Ea qui, par leurs ébats, dérangèrent les dieux dans le bruit, le mouvement et la lumière. Ici aussi, il y a un préexistant.
 
Dans l'optique universaliste du Rg Véda, l'Etre Premier est énergie potentielle qui se manifeste sous la forme d'un rayonnement de lumière et de chaleur. Il peut arriver que ces énergies potentielles se combinent et donnent alors naissance à un objet matériel. Ici, l'Etre Premier est réellement créateur puisqu'il s'exprime lui-même dans un monde exceptionnellement – et temporairement sans doute – devenu matériel.
 
Dans son projet politique de créer une nation et de lui donner un pays, Moïse s'adresse à des populations dont les préoccupations sont limitées à leur monde concret, et qui adorent des dieux. Aucune notion d'une éventuelle structure universelle. Il n'est du reste absolument pas évident que Moïse lui-même ait eu conscience d'une telle structure.
 
En Egypte, Moïse a pu évaluer combien puissant était le moteur d'une idée religieuse. Il décide ainsi d'organiser sa future nation (Israël) sous forme de théocratie. Le souverain absolu sera YHWH. Dans sa toute-puissance (donc transcendant) et dans sa toute-présence (donc immanent). Moïse ne se pose pas de question. Il affirme. Il faudra attendre plusieurs siècles pour que les premiers rédacteurs se rendent compte de l'incongruité de la déclaration divine " 'èhyèh 'àshèr 'èhyèh ". Avec les commentaires qui agrémentent le texte.
 

 141

Il semble qu'au cours des siècles, on ne se soit toujours pas rendu compte de l'impossibilité d'un acte de création dans un monde (fraction d'Univers) divin. Les arguments sont simples:
 
-          Si l'Univers (dont nous prenons maintenant conscience) est vraiment l'entièreté du Tout, Dieu logiquement devrait en faire partie. S'il l'a créé, c'est qu'il est en dehors de l'Univers, et celui-ci ne répond plus à sa propre définition.
         (Ceci, pour l'argumentation philosophique)
 
-          D'une manière plus contemporaine, la physique nous apprend que l'espace n'a pas toujours été expansé en volume. Il y a un moment zéro. D'autre part, le temps expansé (la durée) est lui-même une dimension de l'espace. Dans la mesure où la création dépasse l'intention et est réellement un "acte", elle suppose, pour être posée, un volume (un endroit), et une durée (un instant) pour poser cet acte.
        La création se situe dès lors après le moment zéro.                                           [[16]]
              Elle n'est donc plus création.
 
Et je me répète en ajoutant ici encore que, pour comprendre les incohérences d'un monothéisme tel qu'affirmé dans les trois orthodoxies, nous devons remonter aux origines indiennes du concept, et y apporter les modifications qui s'imposent.
 
L'irruption de la notion de UN, dans ce que j'appellerai les deux camps de la cour de pharaon d'un côté, et de Moïse de l'autre, s'accompagne de manière très appuyée de la personnification de ce qu'il faut encore nommer le divin. Dans la poche la plus orientale de la bulle d'humanité, en Indus, la présence et la cohérence d'un Univers était une Evidence. Dans les poches plus "classiques" de Mésopotamie et d'Egypte, le monde qualifié de divin représentait l'incompréhensible, le Mystère.
 
UN dès lors, confirmait la cohérence d'un Véda (connaissance) évident. Dans les pays où UN fut importé, il affirmait simplement qu'il ne fallait pas chercher tous azimuts pour approcher le Mystère. Ceci, dans une considération très générale.
 

 142


Il me paraît remarquable que l'élaboration de ce UN se réalisa suivant des processus strictement inverses, selon que nous envisagions ce même monothéisme en Egypte ou bien chez les Sémites, en phase de s'organiser en état d'Israël.
 
Il semble qu'il ait été bien compris à la cour de Pharaon, que ce sont les objets matériels qui structurent l'Etre Primordial, et qui lui procurent les individualités dont l' Unique est évidemment dépourvu. L'individualité d'un homme est une personnalité (avec les attributs de connaissance, qui engendre une intention et qu'un pouvoir permet de réaliser). De manière mnémotechnique, je résume la personnalité en S.V.P. (Savoir, Vouloir, Pouvoir).
 
L'image la plus représentative de l'Etre Primordial (énergie pure) est le soleil lorsqu'il s'épanouit dans l'horizon. Il s'appelle alors "Ré Harakhti". (Marc Gabolde me confirmait avec insistance, dans un courrier privé, que Ré Harakhti était très spécifiquement "horizontain"). Et la figuration de ce soleil au levant ou au couchant, est l'image du dieu Aton, à l'instar d'une icône en quelque sorte.
 
Akhenaton, dans une démarche à mon sens très orthodoxe par rapport à la pensée védique, va doter Ré Harakhti de sa propre personnalité de Pharaon. C'est la personne physique du roi qui structure l'Etre Primordial, par sa seule présence. Il dotera ainsi Aton de titulatures pharaoniques, et entourera le nom divin d'un "cartouche", symbole du souverain.
 
La démarche de Moïse est radicalement inverse.
 
Je lis dans Chouraqui:
[Gn I, 26]            Elohim dit "Nous ferons Adam – le Glébeux –
                        à notre réplique, selon notre ressemblance…
[Gn I, 27]            Elohim crée le glébeux à sa réplique,
                        à la réplique d'Elohim, il le crée.
 
Dans son intention de mettre sur pied une théocratie, Moïse doit évidemment maintenir un Dieu. Et ce Dieu doit être investi de Toute-Puissance. C'est donc lui qui aura permis à l'homme de compléter son individualité par la personnalité qui le caractérise. La personnalité humaine, dans ce schéma, devient un reflet bien imparfait de celle d'un Dieu qui devient "La" Personne par excellence.
 

 143

Ré Harakhti, enrichi de la personnalité pharaone d'Akhenaton, n'aurait pu prononcer que les paroles d'Akhenaton. Il est donc resté totalement muet. Et comme à l'origine, il provenait d'une "Evidence" (peut-être moins bien perçue dans la vallée du Nil que dans celle de l'Indus), il ne sera ni défini, ni démontré.
 
Les cartouches sacrés – j'évite la qualification de "divins" - de la période amarnienne sont doubles, et se contentent de décliner un nom unique selon les deux critères que nous pourrions rapprocher de l'Existence d'abord, de l'Essence ensuite.                         [[17]]
 
A l'inverse de Ré Harakhti, YHWH éprouvera la nécessité de se définir (nous l'avons vu). Il deviendra même bavard. Il faut, à ce propos, établir une distinction très nette entre les paroles divines à portée philosophique ou religieuse, et les instructions pragmatiques qui couvrent l'autorité personnelle de Moïse lorsqu'il est amené à prendre des décisions politiques ou sociales. Mais ceci est une autre histoire.
 
 

 144


En résumé
 
Depuis le début de cette sixième partie, j'utilise des concepts dont la plupart ont encore cours maintenant. Le Dieu d'Israël aujourd'hui, le Dieu des chrétientés, le Dieu de l'Islam est toujours proclamé dans les affirmations simples:
-          Il est UN.
-          Il est une Personne.
-          Il est transcendant et immanent.
-          Il est créateur.
-          Il s'inscrit dans sa continuité depuis le début de l'Histoire.
 
Lorsque nous nous cantonnons en Occident et son Moyen-Orient, ces cinq affirmations font l'objet d'un acte de Foi. Elles ne sont pas explicables. Elles s'inscrivent même en opposition à une logique élémentaire. L'excuse du croyant est évidemment que le Mystère de Dieu est incommensurable. Place au dogme!
 
Une théologie bien comprise – et il y a des théologiens d'une probité indiscutable – ne tente pas de démontrer ces articles de Foi. La théologie ne tente pas de prouver quoi que ce soit. Elle essaie simplement de proposer Dieu dans l'ordre d'une certaine raisonnabilité. Pour un théologien, l'unicité du Dieu n'est pas absurde, ni sa personne, ni … etc.
 
Aucune logique ne peut s'opposer à un acte de Foi. Et, dans un certain sens, je pense que c'est heureux. L'amour par exemple, s'inscrit lui-aussi en dehors de toute logique. La poésie, l'émotion ou la création artistique, le beau … Sans l'acte de Foi, la seule description logique ou mathématique de ma personne me réduirait à bien peu de chose. J'affirme donc ici mon réel respect pour ceux qui, au delà de leur intelligence – et avec un regard objectif sur leur "absurde" – continuent à proclamer leur Foi.
 
Malheureusement cette proclamation revêt souvent les allures d'un prosélytisme qui lui, n'est pas acceptable. Nos croisades, l'Inquisition, la Djihad sont insupportables. L'imposition d'une Charia en exclusivité de toute autre tolérance. L'affirmation d'une Vérité unique. L'intrusion de considérations religieuses dans les solutions à apporter à des problèmes pudiquement qualifiés d'éthiques : avortement, euthanasie, recherche biologique. Non!
 
Et c'est avec ce non là que je me permets de mettre un terme à ma présente analyse.
 
 
 
*
* *

 145

Je suis moi-même surpris de découvrir combien des affirmations évidentes dans une structure donnée de pensée, peuvent perdre tout leur sens dans un autre contexte.
 
  Dans l'universel d'un Etre Premier, énergie potentielle qui peut éventuellement prendre une forme matérielle, l'unicité de cet Etre Primordial est une évidence. L'entièreté du Grand Tout est, par sa propre définition, l'entièreté du UN.
 
      Dans un monde dont nous ne percevons qu'une partie, rien ne peut confirmer que les parts mystérieuses appartiennent à une même structure. C'est affirmer la même identité à un volcan et à la mer. Multiples – et parfois contradictoires – sont les manifestations incomprises (esprits ou dieux) d'énergies qui nous submergent. Prétendre qu'il n'y a qu'une seule énergie – ou qu'un seul régisseur de ces énergies – relève de l'acte de Foi.
 
  Dans l'universel d'un Etre Premier qui ne pourra trouver d'identité qu'au sein des objets matériels issus de sa propre énergie, il est parfaitement cohérent que le Grand Tout prenne l'individualité de chaque objet qui le compose, - la personnalité de chacun des hommes dans leur individualité - et qu'il devienne Personne à l'image de l'humanité dans son ensemble.
 
      Dans un monde dont nous ne percevons qu'une partie, il n'y a aucune raison que la part             mystérieuse se structure à la manière d'une personnalité humaine. La personnification du         Mystère relève de l'acte de Foi.
 
  Dans l'universel d'un Etre Premier, le Grand Tout est évidemment immanent en chacun des objets qui le matérialisent.
 
      Dans un monde dont nous ne percevons qu'une partie - et pour autant que nous ayons                 décrété que la part restante forme un tout (est unique) et est une personne à la manière             d'un Dieu - il reste tout à fait cohérent que ce Dieu soit transcendant.
 
      Mais dans le contexte limité du monde, Moïse a désiré amplifier la transcendance de son         Dieu – affirmé ainsi tout puissant - par l'immanence qui le rendait aussi omniprésent.
 

 146

  Dans l'universel d'un Etre Premier qui par sa propre énergie matérialise les objets qui le concrétisent, le concept de création prend tout son sens. C'est l' Etre Primordial qui, en se créant, devient lui-même.
 
      Dans un monde régi par des - ou par un – dieu(x), le concept de création s'inscrit en                     dehors du Tout, et l' Univers perd sa définition. Dans le contexte d'un monde matériel tel             que nous le décrivons aujourd'hui, aucun acte ne peut se réaliser en dehors d'un espace         expansé (volume) et d'une de ses dimensions le temps. En dehors d'une telle réalisation,         l'acte reste une "intention". Or, la création est proposée comme un acte. Elle ne peut dès         lors répondre à sa définition, qu'après le moment zéro. C'en devient sa négation.
 
  Dans le contexte historique dont il se réclame – rompant avec toute continuité – , Moïse distingue désormais les Hébreux des autres Sémites. Il usurpe ainsi à son seul avantage l'exclusivité d'une Alliance.
 
Je note ici que l'Alliance suivante, celle du Christ, étendra quant à elle cette exclusivité à l'humanité tout entière. C'est une manière de supprimer radicalement tout privilège. La troisième Alliance (cinquième pour les musulmans) devient la négation des deux autres.

Cette étude ne vise à accuser personne. Moïse a accompli une œuvre remarquable d'unification de tribus éparses en une seule nation. Il a sans doute partagé l'enthousiasme des Egyptiens qui découvraient le remplacement du "culte" aux dieux par une implication personnelle dans une "religion".
 
Il a créé une théocratie, assurant de la sorte une grande homogénéité entre la Morale, le social et le politique. C'est une œuvre magistrale.
 
Mais le "système" mosaïque, comporte des fautes logiques. Il y a le mélange – souvent incompatible – de concepts universalistes interprétés dans le monde des dieux.
 
Depuis Moïse, l'Histoire a continué. Son enseignement s'est scindé en communautés Israélites et en christianismes. De part et d'autre, les écrits sacrés ont été triés, traduits, arrangés, glosés. Dès le début de notre ère, l'importance des textes bibliques est passée en second par rapport aux commentaires que chacun en faisait suivant son orientation.
 

 147


C'est la rédaction de la Mishna, strictement limitée à des directives normatives, sans le moindre commentaire d'ordre religieux ou philosophique. Il faut situer la rédaction de la Mishna dans le climat de suspicion de Rome, qui craignait toute évocation d'un éventuel messie, libérateur politique envoyé par Dieu.
 
C'est la fixation définitive d'un texte exclusivement en hébreu (pourquoi?) par la Massore qui, par ailleurs, effectua un travail philologique exemplaire. Mais c'était tout de même une "trituration" supplémentaire du texte sacré. Que restait-il encore de la Torah originale?
 
Et puis, la rédaction des deux Talmud dont les commentaires étaient appelés à remplacer la lecture des textes eux-même. C'est peut-être déjà le début du courant kabbalistique qui s'est poursuivi jusqu'au XIV siècle de notre ère, pour donner une lecture tout à fait ésotérique  - jusqu'à l'absurde - des textes qui en perdent jusqu'à leur sens.
 
Il n'est dès lors pas étonnant qu'en ce début du VII siècle, surgisse Mahomet, un Sémite exclu de l'Alliance mosaïque. Et nous lisons dans son Coran
 
[XLI, 45]                Nous avons donné à Moïse le Livre,
                            Mais celui-ci fut un sujet de disputes.
 
[LXII, 5]                 Ceux qui étaient chargés de la Torah
                            et qui ensuite ne l'ont pas acceptée
                            ressemblent à l'âne chargé de livres.
 
[XLI, 3&4]             Voici un Livre dont les versets sont clairement exposés;
                            un coran arabe,
                            destiné à un peuple qui comprend
                            une bonne nouvelle et un avertissement.
 
La revendication de Mahomet de rétablir une prédication originale compréhensible semble parfaitement fondée. C'est avec une ardeur religieuse évidente qu'il se lança dans cette croisade de retour aux sources.

 148


Mais qui la politique ne corrompt-elle pas?
 
Comme Moïse: en Arabie.
 
Comme Moïse - mais sans l'avoir initialement désiré, semble-t-il – le génie politique de Mahomet parvint à fusionner en un seul peuple, les Emigrés (venus de La Mecque) avec les Auxiliaires (convertis de Médine). C'est la Ummah. Le succès de ses décisions militaires et politiques était souvent cautionné par de nouvelles révélations communiquées en ce sens par l'Ange.
 
Il est regrettable aussi que le Prophète  – qui ne savait peut-être ni lire ni écrire – ait reçu une formation religieuse à ce point orientée. Il fut sans doute instruit par des chrétiens monophysites d'Abyssinie. Et - ceci est certain – son retour aux textes originaux méprisait les règles les plus élémentaires de toute philologie. C'est dommage!
 
Il se rendit compte, au long de son enseignement, que le monothéisme absolu qu'il affirmait comme unique Vérité, entrait en contradiction avec certains propos des débuts de sa prédication.
 
Le dieu principal généralement vénéré à La Mecque, dans l'Arabie d'avant Mahomet, était déjà nommé Allah. Mais à côté de lui, il y avait les trois déesses Allat (féminin de Allah), Ménat (le Destin) et Al'Uzza (la Puissance). Au début de sa prédication Mahomet présenta ces trois déesses comme des médiatrices auprès d'Allah.

Mahomet reconnut l'incohérence de ses propos, accusa Satan de lui avoir inspiré [[18]]
ces paroles, et proclama aussitôt l' "Abrogation de Dieu", c'est à dire le pouvoir d'Allah, compte tenu de sa Toute Puissance, d'abroger certains passages de sa propre Révélation.
 
Pas de quoi pavoiser. Conscientes de l'incohérence à proclamer simultanément la transcendance et l'immanence de Dieu, les Eglises chrétiennes n'affirment-elles pas que le Mystère de Dieu est incommensurable? Qu'il est lourd le Mystère de la Foi!
 
C'est exactement le même raisonnement.
 

 


 

 149


Septième partie

 

D'Abraham à Moïse

 


 

Moïse-7 : Tradition abrahamique

 

 

 

Ceux qui étaient chargés de la Torah                 [Coran LXII, 5]

et qui ensuite, ne l'assumèrent pas...

 

 

 
Les trois monothéismes occidentaux – le judaïsme, les christianismes et l'Islam – sont souvent regroupés sous l'appellation de "religions abrahamiques".                   Abraham n'est pourtant fondateur d'aucune religion.
 
Dans le quatrième chapitre des présentes "Mosaïques" (le Schisme), j'ai mis l'accent sur la distinction très nettement établie par Moïse entre les Sémites en général, et le peuple des Hébreux. Tous descendants de Sem avec le dernier ancêtre commun que les récits bibliques nomment Abraham et que le Coran appelle Ibrahim; mais pour la tradition juive, à travers sa seule lignée déclarée légitime (Isaac, à l'exclusion d'Ismaël présenté comme un bâtard), et Esaü réputé avoir renoncé à son droit d'aînesse, au profit de son frère jumeau Jacob (qui deviendra Israël).
 
Pour abolir ces restrictions à la famille sémite, il faut bien remonter jusqu'à Abraham, dernier représentant du tronc commun. Au delà des radiations de certains Sémites par la Bible juive, la qualification de "abrahamique" tente ainsi d'inclure les familles, tribus et clans écartés par cette ségrégation.

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En gros, la référence à Abraham rappelle simplement que toutes les populations      [[19]]
que nous qualifions – abusivement peut-être – d'arabes, sont d'origine sémitique et appartiennent également à ce que le texte religieux appelle l' "Alliance".      
 
Et que vient faire Abraham dans toute cette histoire?

 

Voici un bon siècle, Julius Wellhausen mit en évidence que les textes de la Bible – dans la version qui nous est rapportée aujourd'hui -  trouvaient leurs origines en plusieurs récits.  Avec des différences selon qu'ils s'étaient développés dans la contrée Sud de l'ancien royaume de Salomon (royaume de Juda), ou selon qu'ils s'étaient développés plus au Nord, dans le royaume de Samarie.
 
Les textes élaborés sur base des récits de la région du Sud, avec Jérusalem pour capitale et le culte rendu au Temple, désignent habituellement Dieu par le nom de Yahvé. C'est la source Yahwiste, répertoriée "J" par les biblistes, - de l'origine Juda.
 
Les récits principalement développés dans la région de Samarie, plus au Nord de l'ancien royaume de Salomon, évoquent généralement Dieu par le terme pluriel de "Elohim". C'est la source elohiste, répertoriée "E" par les biblistes.
 
Wellhausen et Graf établirent encore une deuxième distinction dans l'origine des textes actuels de la Bible. Sur base linguistique principalement, mais également selon les noms attribués aux villes et aux régions, ils purent déterminer que certaines séquences bibliques étaient relativement récentes. Lorsque, par exemple, le texte précise qu'Abraham était originaire de la cité d'Ur "en Chaldée", nous devons nous souvenir qu'une région ne porta ce nom de Chaldée qu'au VII siècle avant  notre ère. Elle fut peuplée d'Araméens de traditions très mésopotamiennes et abrita la dynastie néo-babylonienne que nous connaissons surtout par le roi Nabuchodonosor. Mais nous sommes plus de mille ans après l'histoire d'Abraham.

 151


La tradition voudrait  que vers ~622, sous le roi Josias du Royaume                         [2R, 22 & 23]
de Juda, le Temple de Jérusalem en restauration livrât la découverte d'un manuscrit, recueil de lois très conformes aux prescriptions du Deutéronome (5è Livre de la Torah), mais propres au royaume du Nord. Ce manuscrit aurait été déposé là, un siècle auparavant, par les Lévites de Samarie en fuite devant Sargon II d'Assyrie qui devait bientôt asservir leur région. Cette source biblique supposée est répertoriée sous la lettre "D", de deutéronome.

 

Une dernière source fondamentale de la Bible aurait enfin été rédigée après l'Exil. A défaut d'une réelle unité littéraire, ce texte tardif semble être le reflet d'une école soucieuse de bien préciser les rites et les lois. On répertorie généralement cette source par le lettre "P", d'après l'allemand Priestercodex.
 
Une telle classification des sources bibliques en quatre traditions différentes porte le nom de "théorie documentaire". Il s'agit en réalité d'une hypothèse de travail. Il semble que les auteurs (Graf et Willhausen) envisageaient initialement des textes rédigés par écrit, avec un manuscrit J, un manuscrit E, et deux autres D et P.
 
L'hypothèse de sources différentes est aujourd'hui communément admise. Il est toutefois moins évident que chacun de ces récits (du royaume du Sud et de celui du Nord; du texte de la veille de l'Exil et du codex final) ait fait l'objet d'une véritable rédaction écrite sous forme de manuscrit. Il est sans doute plus judicieux d'envisager que les grands récits traditionnels de l'histoire des Hébreux étaient racontés de manières différentes dans le Nord et dans le Sud. Plus tard, les avatars de l'Histoire (et de l'Exil en Babylonie) ont encore orienté ces mêmes récits en fonction de nécessités politiques nouvelles. Il semble fort probable que cette mémoire traditionnelle ait été codifiée (censurée?..) dans les manières d'être racontées. Et il n'est évidemment pas exclu que certains passages jugés essentiels aient été très tôt fixés par écrit.
 
Ainsi J, E, D et P ont vraisemblablement leurs propres sources dans divers récits oraux, mais peut-être aussi dans certains textes déjà rédigés par écrit.
 
J'ai souligné dans les approches précédentes, combien la description minutieuse d'un temple à construire – selon les plans de Dieu Lui-même, s'il vous plaît ! – rencontrait adéquatement le projet pharaonique de Salomon. Et ce seront les chapitres 25 à 31 du Livre de l'Exode. Sept chapitres complets de descriptions techniques d'architecture, proclamées à un peuple non-encore sédentarisé, au milieu d'une marche en plein désert. (!)
 

 152

La même remarque s'applique au dénombrement de 603.550 Benéi Israël, toujours en plein désert. L'unique interprétation possible de ce dénombrement suggère ici le recensement d'une population déjà bien établie à demeure, mais redevable de l'impôt … exceptionnel pour faire face à la dépense somptuaire du Temple.        Et nous voici à nouveau sous Salomon.
 Y aurait-il une primo-rédaction des textes bibliques vers l'an ~1000 ?                     [[20]]
Alors que voici une vingtaine d'années, les biblistes semblaient unanimes à situer les premières rédactions écrites de la Bible au IX siècle au plus tôt, (soit un siècle au moins après Salomon) les études plus récentes soulignent la convergence entre le régime politique de la royauté et le désir d'institutionnaliser un pouvoir royal conforme à la Tradition et aux instructions dictées par Dieu - puisque nous sommes en théocratie. Des proto-rédactions écrites datant de la royauté ne paraissent plus invraisemblables aujourd'hui.

A l'époque de Moïse, plusieurs siècles avant les cinq premiers Livres bibliques - qui lui sont toutefois attribués (?) - il dut y avoir une codification des récits oraux qui glorifiaient la destinée exceptionnelle du Peuple Hébreu. Et l'on peut considérer que les notables ont contribué à la codification officielle de cette Tradition, lors de la longue unification des clans hébreux épars.

 
תישאר                        re'shiyth en un commencement
έν άρχῃ̂                  en archêi au commencement
 
Tant en hébreu qu'en grec, la Bible commence par ces mots. Les rabbins du Talmud ont longuement commenté ce "commencement" biblique qui ne devait peut-être pas être compris comme le début absolu de l'Univers, mais bien plutôt comme un moment important à partir duquel aurait commencé une nouvelle ère. L'ère du monde, et celle des Hommes. Quoi qu'il en soit, c'est dans le cursus d'une Histoire que le récit place la création et l'importance privilégiée que, dans son œuvre, Dieu réserve à l'homme.
 
Encore nous faut-il mettre entre guillemets le terme de "création".                               [[21]]
Le récit primitif évoque vraisemblablement une "fabrication" du monde par Dieu – traduit dans son pluriel d'Elohim (יהםלא) - et à partir d'un monde désormais constitué, la confection de l'homme suivant le modèle très proche des techniques de la poterie.

 153

 
Ce récit présente une lignée privilégiée, depuis l'apparition de l'homme sur terre (avec Adam et Eve) en passant par la grande destruction du déluge avec (Noé). Nous sommes dans la mémoire collective et traditionnelle d'une cosmologie.
 
Après le déluge, avec les fils de Noé – et Sem tout particulièrement – nous quittons le récit cosmologique et nous passons à l'installation des populations sémites entre les deux fleuves (la Mésopotamie), et la prédilection qui leur sera exclusivement réservée ainsi qu'à toutes leurs descendances.
 
A partir de là, le récit - à prétentions historiques comme l'entendaient les Anciens - se rétrécit en forme d'entonnoir. Le Sémites se réduisent à la descendance d'un seul fils privilégié d'Abraham, Isaac.
 
Abraham avait déjà eu un premier fils avec sa servante Agar (une Egyptienne), alors que son épouse Sarah était réputée devoir rester stérile.
 
Pour garder une relative cohérence avec la promesse initiale, la rédaction des LXX évitera le terme d' "aîné" pour qualifier Isaac, et proposera: " ton fils chéri que tu aimes, Isaac, et …
"
υἱόν σου τὸν ἀγαπητόν, ὃν ἠγάπησας, τὸν Ισαακ, καὶ …

L'interprétation de ce texte grec donnera en hébreu:
                        Isaac ton fils unique  דיחי  et chéri (בהא) .

La Vulgate quant à elle, propose 
                        le seul fils que tu aies eu (vnigenitvm) et que tu aimes.
 
On constate ici une très nette gradation au fil du temps, avec Isaac fils chéri, puis fils unique, puis seul fils qu'ait eu Abraham.  En marche vers une légitimité restreinte.
 

 154

L'entonnoir continuera encore à se rétrécir quand l'épouse d'Isaac donnera naissance à deux garçons jumeaux, Esaü et Jacob. Le premier né des deux frères est en réalité Esaü. Mais le clan des Hébreux se réclame de Jacob. Un stratagème de vente du droit d'aînesse et une ruse de déguisement pour usurper la bénédiction d'Isaac à l'avantage du fils cadet, légitimeront Jacob qui prendra dès lors le nom d'Israël.       [Gn XXVII]
 
Ces deux restrictions quant à la légitimité de la lignée sémite, avec Isaac par rapport à Ismaël (son aîné pourtant) et avec Jacob par rapport à Esaü (également son aîné) relèvent d'un récit strictement "traditionnel", raconté dans le seul but de magnifier les clans hébreux.

 

L'entonnoir se rétrécira encore avec Joseph et ses frères; mais cette fois pour souligner le privilège - et la légitimité surtout – de ces Hébreux qui séjournent en Egypte, et au point de départ desquels partira le grand mouvement d'autonomie.

 

C'est, me semble-t-il, un faux problème de dénoncer dans ces textes, des déclarations racistes ou des instructions normatives en matière de morale ou de religion. Le Genèse est une geste épique qui illustre que les Hébreux sont des élus, au dessus du lot commun, et que chaque membre de la société hébraïque doit être fier d'appartenir à cette communauté.
 
Une investigation sur Internet, avec les termes "Bible + Racisme", m'a donné près de 800 références. Je reste perplexe devant ce résultat. Les textes bibliques ont été pratiquement "figés" voici plus de deux mille ans; avec le texte grec des LXX au III siècle avant notre ère, et son remaniement massorétique en hébreu, un demi-millénaire plus tard. Nous cherchons aujourd'hui dans la Bible, une compréhension planétaire qui était totalement inexistante au moment de ses rédactions.

 

Il est évident que les sarcasmes, les malédictions, le mépris envers les populations voisines n'incitent pas le lecteur à la tolérance. On peut d'ailleurs s'étonner que de telles paroles aient pu être inspirées par un Dieu censé transcender les époques !!!
Mais là n'est pas la question.

 

 155

Le contexte de telles imprécations à l'encontre de peuples voisins sera toujours:
" Dieu nous a promis sa prédilection.
    Et mieux que les maudits descendants de …
    et mieux que les infidèles impies et corrompus de …
    c'est nous les préférés.
    Enfant d'Israël, rends grâce à ton Dieu tout puissant."
 
Si nous replaçons ces imprécations dans leur contexte historique, de telles déclarations d'agressivité envers les peuples voisins ne sont vraiment pas exceptionnelles. Les stèles de la même époque, qui proclament les victoires égyptiennes, sont empreintes de la même agressivité verbale.
 
Dans sa grande inscription à Karnak, ne lisons-nous pas à propos de Merenptah:

" Le roi méprise les Sétjetyou,
 il fait en sorte que les plaines de Khéta viennent à pied
 comme marchent les chiens."

Et dans la stèle d'Israël, nous lisons:

" Khéta est en paix (dans le sens de requiescat in pace!),

  Tjéhénou est vaincu

 et Canaan est captif."


 156

Nos déclarations contemporaines sont habituellement plus diplomatiques, bien que certains discours encore très récents (je pense à ceux d'un Sékou Touré …) ne reculaient devant aucune outrance.
 
Dans ce type de contexte, le racisme des déclarations bibliques dépasse-t-il vraiment le cocorico français ou la suprématie affichée des Allemands ou des Suisses devant leur prétendue supériorité technologique?
 
La proclamation d'une telle autosatisfaction est évidemment fort agaçante. Les textes israélites dissimulent mal leur relatif mépris pour ceux qui ne partagent pas leur privilège. Mais – à l'origine tout au moins – ces déclarations de supériorité relèvent davantage de la stimulation à être fier d'appartenir à son groupe (peut-être sa "race"), plutôt que de la haine de l'autre. Le racisme, c'est la haine de l'autre. Les autosatisfactions bibliques proclament plutôt la fierté et l'amour de soi.
 
Mais le vrai problème des déclarations bibliques, c'est qu'elles ont changé de contexte.

 

Le recul et la fin de la glaciation de Würm ont transformé les énormes pâturages de l'Arabie, en un désert des plus arides au monde. La région devint de plus en plus inhospitalière, hostile – inhabitable même – pour les Sémites (au nombre desquels les clans hébreux) qui y menaient leurs troupeaux.
 
Les conditions climatiques nouvelles contraignirent ces populations initialement nomades, à se sédentariser près de cours d'eau permanents, les sources d'Arabie se tarissant les unes après les autres.
 
Et là, la Bible nous décrit clairement deux tentatives de solution.
 
Une première occasion se présente lorsque des aventuriers Indo-Européens peu nombreux surgissent des massifs montagneux du Nord-Est (les monts Zagros), et décident de s'installer en maîtres dans les plaines fertiles de Mésopotamie et de l'Indus – dans un premier temps – mais aussi dans la région très fertile du Delta du Nil.
 

 157

Peu nombreux, ces Indo-Européens - qui nous ont été rapportés                              [[22]]
sous le nom de "Hyksos" - ont besoin de collaborateurs autochtones pour concrétiser leur projet. Les populations semi-nomades cantonnées dans le Nord d'une Arabie de moins en moins hospitalière, trouvent là une opportunité pour s'installer à demeure dans la vallée convoitée, mais jusqu'alors inaccessible du Nil.
 
C'est l'épisode de Joseph.

 

Mais l'Histoire change de camp. Les Egyptiens chassent les Hyksos et reprennent l'entièreté de leur pouvoir. Les Sémites (Hébreux surtout), collaborateurs de l'envahisseurs, seront évidemment considérés comme des traîtres, et réduits en demi-servage, dans des camps de travail installés très haut dans la vallée du Nil (Assouan, Louksor).
 
C'est ici Moïse.
 
La Bible a changé de contexte. La tradition cosmologique des textes traditionnels va désormais servir, non plus à entretenir la fierté d'être Sémite ou Hébreu, mais à la justification à l'entreprise politique de Moïse.
D'une part, en lui conférant une légitimité qui n'est pas évidente au départ. Et puis en confirmant que son projet de terre promise en Canaan est inscrit depuis toujours dans le dessein divin à l'égard des Hébreux.
 
La tradition biblique va également servir à établir le modèle théocratique que Moïse ambitionne d'instaurer. La tradition historique va désormais devenir une tradition religieuse.
 
Ce changement de statut de la Tradition, de Cosmogonie en Histoire, et d'Histoire en Religion, va donner à l'anthologie des écrits – que nous connaissons sous le nom de Bible – une compréhension et une dimension initialement inconnues de leurs auteurs.
 
Ainsi lisons-nous aujourd'hui la Genèse, dans un contexte où elle n'avait jamais été écrite. Et ce remaniement du contexte a sans doute été initié par Moïse (ou par l'autorité qu'il représentait). Ses successeurs ont codifié la besogne par la censure et la mise par écrit des récits de base: la Torah.
 

 158

Le terme lui-même de Torah signifie au sens premier "la Loi"; le texte constitutif de l'état que Moïse projette de fonder, sa "constitution".
 
Il nous reste maintenant à vérifier la cohérence d'une telle vue de l'Histoire.
 

*

* *

 

Moïse n'est attesté par aucun document historique, et l'épigraphie des pays voisins reste totalement muette à l'égard de sa personne et des populations qu'il aurait entraînées dans sa longue marche.
 
L'œuvre de Moïse est par contre incontestable, dans la mesure où nous considérons qu'il s'agit de la création de l'état d'Israël, non plus au Nord de l'Egypte comme au temps des Hyksos, mais en terre de Canaan. Nous pouvons donc, en toute rigueur historique, évoquer l'autorité qui dirigea la mobilisation des clans hébreux vers une sédentarisation le long du Jourdain. C'est cette autorité que nous appellerons Moïse.
 
Les récits traditionnels évoqueront alors l'unification de ces clans (encore éparpillés en Arabie du Nord, mais regroupés aussi dans les ghettos égyptiens) et leur sédentarisation en terre convoitée de Canaan, comme émanant d'une sorte de sur-homme.
 
A la manière d'ailleurs, dont l'a ressenti Michel Ange.
 
Mais ce sur-homme, ce héros entré dans la légende entre son œuvre (+1350) et l'instauration officielle de la royauté en Israël (~1000), ne jouissait à l'origine d'aucune légitimité évidente. Il fallut donc lui inventer une généalogie. Et là, nous découvrons l'importance d'Abraham.
 
Au point de départ de son récit, Moïse ne nous propose aucune identité. A commencer par son propre nom dont l'interprétation du sens ouvre à discussion. (De m'si, le fils en égyptien?) Les textes bibliques le présentent comme émanant de la cour de pharaon. Mais, pourquoi émanait-il de cette cour étrangère, qualifiée d'alliée dans le Livre de la Genèse, mais réputée ennemie à partir de l'Exode.
 

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Notre lecture occidentale déforme les récits traditionnels. Nous ne sommes plus capables de lire des légendes. Nous y recherchons chaque fois les données historiques qui, selon nous,  doivent nécessairement s'y cacher. Et d'ailleurs – mais j'y reviendrai plus loin – nous ne lisons plus du tout les histoires que racontent les récits.

L'identité et la légitimité de Moïse - pour rester crédibles - devaient nécessairement s'inscrire dans l'enchaînement d'une cosmologie traditionnelle telle que rapportée dans la mythologie mésopotamienne; et dans cette mythologie de la fabrication du monde, la prédilection divine tout à fait particulière pour les peuples sémites, et préférentiellement les Hébreux.

 

Or, d'emblée de jeu, l'histoire de Moïse annonce la couleur. Le récit commence par l'exposition du bébé sur le Nil dans un panier enduit de poix, et son sauvetage par une princesse royale. C'est le rappel repris mot à mot, de la légende de Sargon II d'Akkad. Ainsi commence la légende – mais sur l'Euphrate, et non sur le Nil - d'un souverain sémite qui, un millénaire auparavant, est parvenu à libérer son peuple du joug de l'envahisseur étranger Indo-Européen qui avait asservi les autochtones sous le régime de Sumer. Sargon II est un libérateur politique. Moïse, au même titre, se présente comme le libérateur politique.

 

Le livre de l'Exode annonce ainsi sans ambiguïté que, sur fond de la tradition ancestrale, nous allons raconter maintenant l'histoire de l'accession politique d'Israël à l'indépendance.
 
Nous avons vu dans les approches précédentes, que l'événement Moïse se situait nécessairement durant la XVIII dynastie pharaonique (~1543 - ~1292). Le raisonnement est simple: il est exclu qu'un événement de type "Exode" se soit produit durant la période encore troublée (jusqu'à la XVII dynastie) où l'Egypte était partagée entre deux pouvoirs: celui de Pharaon dans le Sud, et la tutelle d'étrangers (les Hyksos) dans le Nord.

 

D'autre part, sous la XIX dynastie, une stèle de victoire de Merenptah (dite stèle d'Israël) confirme que le royaume d'Israël était alors constitué en puissance suffisante pour être considéré par les Egyptiens comme un pays ennemi dont il fallait désormais tenir compte.
 
L'établissement de l'état d'Israël s'est donc nécessairement réalisé entre les XVII et XIX dynasties; donc durant le XVIII dynastie.
 

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Le séjour des Benéi Israël en Egypte se situe dès lors en amont de cette XVIII dynastie, soit à l'époque des Hyksos.
 
Nous ne sommes pas ici devant une supposition. On peut affirmer que le Pharaon dans le harem duquel Abraham avait consenti de laisser embrigader son épouse [Gn XIII, 11-16]
Sarah (et en échange de quoi il reçut beaucoup de richesses en troupeaux) était un Hyksos.
On peut également affirmer que le Pharaon de Joseph était lui aussi un Hyksos.
 
Nous savons peu de choses sur ces Heka-khasout que Manéthon a hellénisé sous le nom de Hyksos.  Une "Stèle des 400 ans" retrouvée à Tanis et gravée sous Ramsès II, commémore les quatre cents ans de l'édification d'un temple dédié à Seth et dont le culte est généralement attribué aux Hyksos. L'égyptologue Hayes a calculé que l'événement évoqué devait dater des années ~1720. Gardiner et Vandier pour leur part, estiment cet événement autour des années ~1730. On peut en déduire que les Hyksos étaient déjà influents dans le Nord de l'Egypte à cette époque.
 
Cette instauration d'un culte à rendre à Seth est intéressante à plus d'un niveau. Il serait abusif de considérer ce fait comme la "signature" ou la "preuve" d'une influence directe d'Indo-Européens. Elle représente toutefois un indice important.
 
Et tout d'abord, le culte à rendre "aussi" aux dieux maléfiques. Il nous faut en effet attendre le début du II millénaire (donc l'arrivée des Hyksos) pour rencontrer en Egypte, les premiers documents qui traduisent cette notion de "culte à rendre pour éviter le courroux" .

D'autre part, c'est une notion tout à fait étrangère à la Haute-Antiquité que tous les hommes de la terre vénèrent en fait les mêmes dieux, mais sous des noms et des représentations diverses. C'est à partir de la présence indo-européenne que nous rencontrons le syncrétisme entre divinités jusqu'alors totalement différentes. Le culte à rendre à Seth à Avaris vénère ainsi indifféremment - outre le Seth égyptien - l'abominable Apophis serpent nilotique des ténèbres, ou même le dieu sémitique Baal.
 
L'amalgame de divinités diverses est – dans la sphère de notre antiquité – une caractéristique indo-européenne. Nous retrouverons un tel amalgame dans la prédication de Moïse; ce qui indiquera – à mon avis – une influence "étrangère" à sa culture sémite.
 

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Si l'on évoque des "invasions" indo-européennes, il faut sans doute mettre un sérieux bémol au terme d' "envahisseurs". Les documents ne nous rapportent aucune bataille, ni aucun affrontement de forces. Simplement, des étrangers ont franchi la frontière de montagnes et de glaces, au Nord-Est de l'Asie Mineure. Nous retrouvons cette précision, et chez Manéthon et dans la Bible.
 
Manéthon nous dit:
" … venant des régions de l'Est, des envahisseurs d'une race indéfinie marchèrent avec assurance contre notre pays et facilement, sans combat, ils l'enlevèrent par force …"
 
Et la Bible confirme:
"Comme les hommes se déplaçaient à partir de l'Orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Shinéar (la Mésopotamie) et s'y établirent."
 
L'origine centre-asiatique  des Indo-Européens est ici confirmée.
 
Dans les années ~3200 à ~3000, la glaciation de Würm n'était pas encore achevée, et les peuples de l'actuel Moyen-Orient restaient encore isolés du reste du monde, confinés dans une bulle totalement hermétique. Des glaces au Nord; un océan et des déserts dans le Sud.
 
Mais vers le milieu du troisième millénaire (~2500), c'est la fin de l'isolement absolu, et des étrangers venus d'une Asie plus centrale, arrivent à s'infiltrer à travers les montagnes dans les plaines de Mésopotamie, d'Indus, et plus tard jusqu'en Egypte.
 
Nous manquons d'éléments pour préciser une date de l'arrivée – en principe pacifique - de ces premiers étrangers en Egypte. A partir de ~1800 cependant, les datations dans les dynasties pharaoniques deviennent très floues et quasiment impossibles à préciser. Cet indice permet de situer une ingérence dominatrice des Hyksos vers cette époque. Et un bon demi siècle plus tard, l'imposition de leur culte envers les dieux néfastes.
 
Ces étrangers semblent avoir été peu nombreux. Mais en avance technique peut-être sur les peuples Sémites, Indusiens et Egyptiens. Et surtout, animés d'une volonté de conquête et d'une ambition de pouvoir; visées impérialistes jusqu'alors peu évidentes chez les trois populations qui forment la Haute-Antiquité.
 

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Rappelons ici que les premières percées indo-européennes se situent vers ~2500 en Mésopotamie et en Indus; alors qu'il faudra attendre les débuts du deuxième millénaire pour que les étrangers atteignent le Nil.
 
Le cheval fut sans doute importé dans notre Moyen-Orient, par les Indo-Européens. Mais il était probablement déjà connu en Egypte avant l'arrivée des Hyksos.

Toutefois les techniques indo-européennes du harnachement et des convois attelés (nettement plus performantes que les transports bâtés) permirent une importante amélioration des transports terrestres, et donnèrent une application militaire nouvelle et immédiate: le char.
 
Peu nombreux – c'est important pour comprendre leur implantation – ces étrangers s'entouraient d'autochtones qu'ils s'attachaient en les comblant d'honneurs et de richesses.
 
C'est dans ce contexte que nous devons lire les pérégrinations de reconnaissance d'Abraham, et l'installation de Joseph en Egypte. Autochtones liés au sort de ces quelques aventuriers étrangers, et partageant avec eux honneur, richesses et puissance.
 
On insiste à mon sens trop peu sur cette évidence que Pharaon, dans le texte de la Genèse, désigne un colonisateur indo-européen qui s'est emparé du pouvoir dans le Nord de l'Egypte. Il ne s'agit donc pas d'un pharaon à proprement parler, mais bien plutôt d'un maître étranger qui a usurpé son titre dans le Delta du Nil. Cette période Hyksos est mal définie dans les dates. Elle dura plusieurs siècles, et prit fin avec l'avènement de la XVIII dynastie pharaonique, lorsque Amosis s'empara d'Avaris (la capitale des Hyksos) et chassa définitivement ces princes étrangers. Nous sommes autour des années ~1543.
 
Le prêtre et historien égyptien Manéthon écrivit l'histoire de son pays au III siècle avant notre ère. Il rédigeait en grec, la langue internationale d'alors. C'est sous Amosis justement qu'il situe ce que, de son temps encore, les Juifs de la diaspora d'Alexandrie racontaient comme étant l'Exode. A noter également qu'il qualifie les Hyksos du terme grec de ποιμένες (pasteurs, meneurs de troupeaux), ce qui en confirme l'origine et les coutumes nomades.
 

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Les textes mythologiques sacrés ou traditionnels n'ont jamais eu la prétention de raconter l'Histoire. Leur finalité est de susciter la fierté d'appartenir à tel peuple, à tel clan ou à telle famille. Et pour amplifier cette fierté, on raconte des légendes, des exploits, des privilèges. Il ressort dès lors qu'Abraham et sa famille, ou Joseph et sa fonction para-pharaonique sont des récits de gestes. Et ceux qui se réclament de leurs descendances, peuvent être fiers d'être les héritiers de tels héros.
 
Dans ce contexte, il est bien évident que les récits traditionnels ne présenteront jamais leurs exploits sous l'angle d'une quelconque "collaboration". Pharaon de la Genèse est ainsi présenté comme le souverain puissant du grand pays d'Egypte.
 
Mais les événements changeront au fil de l'Histoire. Le pseudo-pharaon Hyksos finira par être chassé de la place qu'il avait usurpée. Et ses collaborateurs seront considérés comme des traîtres et retenus en exil par les nouveaux maîtres – de la XIII dynastie – dans des ghettos de travail, au fin fond de la haute vallée du Nil. Dans l'Exode, Pharaon deviendra ainsi l'ennemi du joug duquel il faudra se libérer.
 
Nous avons des documents égyptiens qui nous attestent de ces camps de travail, et le compte rendu de la demande de ces travailleurs forcés (Hébreux pour la plupart) d'obtenir les moyens de célébrer un culte à leur(s) dieu(x).
 
Ainsi, le même terme de pharaon représente-t-il des réalités différentes selon les récits.
- Dans la Genèse, c'est le Maître Hyksos, ami protecteur qui confère aux Hébreux une partie   importante du pouvoir en Egypte.
- Dans l'Exode, ce sera l'Egyptien ennemi, souverain d'une maudite population chamite.
 
L'Histoire a changé. Il devient dès lors impératif d'adapter les récits traditionnels aux réalités nouvelles.
 
Et ce seront les modifications apportées aux anciens récits mythologiques de la Genèse.
 

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Ces changements sont importants, car il faudra désormais expliquer:
- La limitation de l'Alliance avec Abraham aux seuls Hébreux.
                        Isaac, d'abord; à l'exclusion d'Ismaël.
                       Jacob ensuite, à l'exclusion d'Esaü.
- La revendication des Hébreux sur Canaan (avec la prospection d'Abraham)
- La présence des Hébreux en Egypte (voyage d'Abraham et l'histoire de Joseph).
 
Une fois l'antique tradition remise au goût du jour, peut commencer l'Exode, avec les proclamations:
- d'un Dieu unique (Yahvé),
- d'une loi d'origine divine,
- et d'un peuple élu à organiser sur le modèle théocratique.
 
Cette fois, nous entrons dans le livre historique de l'Exode.
 
Il se fait que, pour rendre vraisemblables les récits tant de la Genèse que de l'Exode, les auteurs de la Bible chiffrent des durées. Certains des nombres ainsi affirmés présentent de fortes connotations ésotériques. 40 ans dans le désert: à lire simplement comme "beaucoup d'années". 7 et 12 sont également teintés de valeurs absolues ou parfaites.
L'événement Moïse est quant à lui daté trois fois dans la Bible.

Une première fois dans l'Exode:
    "La durée du séjour des fils d'Israël en Egypte fut de quatre cent trente ans."     [Ex: XII, 40]
 
Et, le même événement est annoncé par Yahvé dans la Genèse:
    "On les y opprimera (dans un pays étranger) pendant quatre cents ans."           [Gn XV,13]

Ces derniers quatre cents ans d'oppression prédits par la Genèse, peuvent aussi s'interpréter comme "pendant quatre générations" - quatre cycles - . Les deux textes peuvent alors se compléter sans contradiction, avec un séjour total de quatre siècles, dont une période d'oppression de quatre générations.

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Moïse est encore situé par rapport à l'inauguration du Temple de Jérusalem, par Salomon:  "En la quatre cent quatre-vingtième année après la sortie des Israélites du pays d'Egypte, en la quatrième année du règne de Salomon sur Israël, au mois de Ziv qui est le second mois, il bâtit le Temple de Yahvé." [1R VI, 01]
 
Cette deuxième durée est chiffrée avec la valeur 480. A lire peut-être comme le multiple de 12 et de 40, soit la combinaison de deux perfections. … On doit hésiter, semble-t-il, à transposer cette dernière valeur en nombre exact d'années. Mais nous lirons de toutes façons, un temps assez long que nous devons compter en siècles.
 
NIKIPROWETZKY remarque toutefois:                                                                             [ 16]

" Les données chronologiques fournies par la Bible ont une valeur purement symbolique, semble-t-il, comme le montre la prédominance dans le comput proposé du nombre 40 qui représente conventionnellement la durée d'une génération. Il ne serait donc pas impos-sible que les 480 ans aient en fait représenté originellement 12 générations de 40 ans."

Et ce n'est que plus tard qu'il fut jugé opportun d'exclure Saül (considéré comme illégitime) et qu'il fallut trouver à caser les Juges au nombre de douze pour faire correspondre le nombre des tribus.
Il nous faut donc renoncer à nous référer à la Bible comme à un livre d'Histoire. Nous pouvons néanmoins analyser la datation biblique.
 
La quatrième année du règne de Salomon nous situe vers ~970. 480 ans auparavant nous mène en ~1450. Nous voici sous Touthmôsis III, et selon les chronologies adoptées, avec ou sans la tutelle de la reine Hatshepsout.
 
Les 430 ans de la durée du séjour en Egypte sont également entachés de possibles spéculations sur la valeur des chiffres. (10 x 40, par exemple, + la durée mature d'une génération en cours, soit + 30)  Ce petit jeu peut nous mener très loin … Trop loin !
 

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Plus simplement, avec le point de repère de la "Stèle des 400 ans", nous conviendrons qu'en ~1730, le culte Hyksos était déjà bien implanté. Il faut tout de même "un certain temps" pour implanter un culte. Et nous aurons ~1730 + ½ siècle = ~1780. Retranchons 430 ans, et nous voici entre ~1350 et ~1330, à la période amarnienne (Akhenaton, Aÿ, Toutankhamon). D'autres arguments, développés dans mon premier chapitre convergent vers la même époque.
 
Ces deux dates, de ~1450 à partir de la construction du Temple, et de ~1350 à partir de la durée du séjour d'Israël en Egypte, avec leur siècle d'écart, sont-elles compatibles entre elles? Toutes deux nous situent sous la XVIII dynastie, alors que les anciens collaborateurs des Hyksos sont maintenus dans un état de semi-servage dans le Sud de la vallée du Nil. Dans la mesure où nous envisageons Moïse comme l'ensemble du mouvement de révolte qui aboutit à installer le peuple souverain des Hébreux en terre de Canaan, une résistance   ‑ voire une rébellion - d'indépendance d'un siècle s'inscrit dans des normes vraisemblables.
 
Il n'est pas impossible que nous puissions interpréter les 480 années (entre la Pâque en Egypte et la construction du Temple) comme étant une "longue durée de plusieurs siècles", représentée par le nombre ésotérique de 480, mais qui peut très bien traduire une durée historique quelque peu différente, mais de plusieurs siècles.
 
Une percée Hyksos dans la première moitié du XVIII siècle (entre ~1800 et ~1750), à la fin de la dynastie des Sésostris, recoupe la contestation de stricte légitimité de cette XII dynastie, à qui l'on reproche parfois de compter quelques "pharaons nubiens". La XVIII dynastie semble en effet enchaîner son Histoire à la suite, non pas de cette XII, mais bien plutôt à celle de la XI dynastie. C'est le temple de Mentouhotep II (~2064 - ~2013, XI dynastie) qui sera choisi par la Reine Hatshepsout pour jouxter son propre temple funéraire à Deir-el-Bahari. Je verrais volontiers ici un signe pour marquer clairement le sens de la continuité dans la légitimité.
 
La Pâque juive vers ~1450 (sous Touthmosis II) justifie mal la notion d' "unicité du divin" qui trouve par contre son explication logique dans l'installation à demeure de moines "védiques" dont nous ne trouvons les traces en Egypte qu'un petit quart de siècle auparavant (à partir de ~1474). Les concepts d'Etre-Primordial et de Cause-Première ont dû mûrir plus d'un siècle à la cour pharaonique pour éclater dans l'épisode métaphysique d'el Amarna.
 

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Ce sont les mêmes concepts védiques qui ont été interprétés en attributs divins dans le monothéisme de Moïse. L'appellation de "mono…machin" est d'ailleurs le seul point commun que l'on puisse établir entre les deux mouvements qualifiés de monothéismes: celui d'Akhenaton et celui de Moïse.
 
Enfin, le premier chapitre de cette étude insiste sur la vraisemblance d'une Pâque juive au seul départ d'un "Sud" de la vallée du Nil.
 
Parmi les adaptations des récits de la Genèse aux réalités historiques nouvelles engendrées par l'ambition de créer un état hébreu en terre de Canaan, figure évidemment l'absolue nécessité de mettre en valeur un ancêtre mythologique, précurseur déjà de cet aboutissement dans une "Terre promise", et qui justifie également le point de départ de ce mouvement de libération à partir de l'Egypte.
 
Abraham est une figure que nous retrouvons dans les écrits les plus anciens. Mais le récit de son histoire est truffé de précisions et d'ajouts que les commentateurs contemporains de la Bible sont unanimes à qualifier de tardifs.
 
Le récit d'Abraham, tel qu'il nous est rapporté par la version actuelle de la Bible, se construit sur quatre axes principaux:
- l'Alliance                                          prédilection divine pour Israël
- la Promesse                                   une descendance innombrable
- le droit à la terre                             la donation éternelle de Canaan
- la justification de la diaspora        visite en Egypte (préparation à Joseph)
 
Il est intéressant, à ce propos, de lire en parallèle les deux versions les plus "scientifiques" de la Bible: celle de la Commission Biblique de Jérusalem (BJ), et la Traduction œcuménique de le Bible (TOB). Non pas tant dans leurs textes - qui ne présentent pas de divergences fondamentales – mais bien dans leurs commentaires. Ici, la convergence est surprenante.
 

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Ouvrons le feu avec les commentaires généraux de la B.J.
 
Des promesses de descendance et de bénédiction, puis du don d'un pays ont pu être ajoutées à un stade relativement ancien de la tradition, de même que le récit de la descente en Egypte.
Les commentateurs contemporains envisagent donc que ces quatre points qui nous paraissent fondamentaux, seraient en réalité des ajouts au récit primitif.
Ajouts préparatoires aux livres ultérieurs.
 
Un développement plus récent peut être la promesse solennelle.                      [Gn XIII 14-17]
 
Cette promesse solennelle affirme:
"Lève les yeux et regarde l'endroit où tu es, vers le Nord et le Midi, vers l'Orient et l'Occident. Tout le pays que tu vois, je le donnerai à toi et à ta postérité pour toujours. Je rendrai ta postérité comme la poussière de la terre, alors on comptera tes descendants. Debout! Parcours le pays en long et en large, car je te le donnerai."
 
Les auteurs sacerdotaux sont responsables de quelques compléments relatifs à la richesse d'Abraham et de Lot.  
Si nous poursuivons notre lecture verset par verset, nous trouvons cette fois des interprétations assez divergentes. A propos, toujours des quatre points fondamentaux de la figure d'Abraham.

 

[Gn XII, 3]
La version des LXX et les auteurs du Nouveau Testament ont interprété la parole comme:  "En toi seront bénies toutes les nations de la terre."
 
    La B.J. traduit:                                                                                        
          "Les clans se diront l'un à l'autre: béni sois-tu comme Abraham".
     
    La TOB, plus traditionnelle dans son interprétation, propose:
           "Par toi se béniront toutes les nations de la terre"
et d'y aller d'un commentaire qui insiste sur le texte qui ne se limite pas au seul Israël, mais lui donne une dimension universelle.

 

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[Gn XII]
Le texte nous raconte la tromperie d'Abraham qui fait passer son épouse Sarah pour sa sœur, et accepte qu'elle soit intégrée au harem de Pharaon. A la fin de cette histoire, Pharaon chassera Abraham en lui reprochant de l'avoir trompé, mais en le couvrant de richesses.
 
On ne trouve aucun commentaire contemporain sur les "chameaux" comptés dans l'inventaire de ces richesses dont Pharaon honore Abraham. Il s'agit pourtant là d'un indice évident d'une refonte très récente du texte. Le chameau (dromadaire, en réalité) ne fut introduit qu'au premier millénaire avant notre ère.
 
La B.J. commente à cet endroit, que ce n'est que très progressivement que la morale s'est introduite dans les textes avec nos valeurs actuelles. Le commentateur de la B.J. tente ainsi d'atténuer à nos yeux cette tromperie (proxénétisme ???) et évoque une possible coutume mésopotamienne qui aurait attribué un privilège supplémentaire à l'épouse qualifiée également  de sœur. Mais d'insister sur la probabilité que les rédacteurs bibliques eux-mêmes n'avaient sans doute plus connaissance de cette coutume ...
Il y a manifestement malaise.
 
Pour ma part, je crois que nous tenons ici un indice que le texte primitif ne s'occupait pas du tout de religion ou de morale. Ce n'était pas non plus un texte normatif. Mais bien plutôt le récit de la geste des héros (parfois très rusés, comme nous pouvons le voir ici) qui auront engendré les Hébreux retrouvés plus tard en Egypte.
 
La TOB confirme cette opinion et suggère que ce récit,                    [Gn XII, 4; Gn XX et Gn XXVI]
évoqué trois fois dans la Genèse, répercute sur les descendants d'Abraham, la légitimité de séjourner dans un pays étranger. Ce serait donc la justification, après coup, de la Diaspora.
 
En confirmation de ma remarque sur les deux manières bibliques de décrire Pharaon, la TOB remarque que, bien que Pharaon se voie ici infliger par Dieu des maux (non précisés), il n'est dans ce récit de la Genèse – et contrairement au récit de l'Exode - pas dépeint de manière négative. 

 

 170

[Gn XIV]  (La campagne des quatre rois)
 
B.J. constate que ce chapitre n'appartient à aucune des trois grandes traditions de la Genèse. Sa valeur est très diversement appréciée. Il semble que ce soit une composition tardive pastichant l'antique … Le caractère factice du récit est perceptible dans le nom des rois. Le récit a voulu rattacher Abraham à la Grande-Histoire et ajouter à sa figure une auréole de gloire militaire.

Pour la TOB, ce chapitre est très différent des autres récits sur Abraham et il est difficile de le dater. Il regroupe deux épisodes:
- une campagne de rois coalisés au sud de la Palestine
- et une rencontre d'Abraham avec le roi de Salem (probablement de Jérusalem). Le nom de ces rois a vraisemblablement une valeur symbolique.
Les commentateurs relèvent également le langage très militaire.

 

[Gn XV 13-16]
Ta descendance résidera sur une terre étrangère.
Ils les asserviront, ils les violenteront quatre cents ans
La quatrième génération, ils retourneront ici.
 
Ces versets sont des additions au récit de base. Tout n'y est d'ailleurs pas homogène.
Le verset 13 évoque 4 x 100 ans,
 le verset 16 évoque 4 générations.

On doit considérer ces passages comme une prédiction a posteriori, en justification de la mission de Moïse.
 

 171

 
[Gn XV 17]
La B.J. commente que l'expression idéalisée des limites du pays de la promesse (de l'Euphrate au Nil) et la liste des peuples sont une addition au récit de base. Il n'y a pas d'homogénéité entre les deux éléments ajoutés: les peuples sont ceux de Canaan seulement.
 
Même étonnement de la TOB devant les 10 peuples cités comme habitants de Canaan, alors qu'il en est habituellement cité 6 ou 7.
 

 

[Gn XVII]
Le style dénonce un récit nouveau de l'Alliance, dans le style de la tradition sacerdotale.
Il s'agit aussi d'un texte relativement récent.
 
 
[Gn XIX] 
Le texte parle de dieu (ou du Dieu et de son messager – ou des deux messagers) tantôt au pluriel et tantôt au singulier. Les exégètes, eux mêmes embarqués dans leur foi monothéiste personnelle, hésitent à souligner que l'idée d'un Dieu unique n'était pas encore installée à l'époque d'Abraham.
 
La TOB souligne également ce pluriel mélangé au singulier, "puisqu'il se réfère parfois à Dieu seul et parfois aux trois hommes". Mais l'auteur reste discret sur la manière dont se manifeste la présence divine.
- On imagine souvent qu'il s'agit du Seigneur accompagné de deux anges.
- Une exégèse chrétienne y a même vu la préfiguration des trois Personnes de la Trinité !
 
 
[Gn XIX 30-36]  Les filles de Loth (ou les Maobites)
Isolées dans une contrée sans prétendants possibles, les filles de Loth enivrent leur père, couchent dans son lit et se font faire un enfant à son insu.
 

 172

D'après TOB, ce bref récit explique l'origine et les noms de Maobites et des Ammonites. L'auteur biblique montre que ces peuples ont des liens de parenté avec Israël puisqu'ils descendent du neveu d'Abraham.
 
Et à nouveau ici, l'illustration que le texte primitif n'a aucune prétention à proposer un récit moral, normatif ou religieux. Simplement, même les filles de Loth ont hérité de cette intelligence qui leur permet de mener à bien leur ruse.
 
 
[Gn XXI]  Naissance d'Isaac
Passage complexe, commente la B.J., où sont probablement unifiés des éléments de tradition yahwiste, elohiste et sacerdotale.
 
Pour la TOB, ce chapitre regroupe des traditions d'origines diverses.
Le récit de la naissance d'Isaac est surtout imprégné du style sacerdotal.
 
L'expulsion d'Agar est une version parallèle à une relecture de Gn  XVI.
Le récit du traité d'alliance entre Abraham et Abimèlech provient, au moins en partie, de
            l'auteur de Gn XX (relecture lui-même de Gn XII)
 
Les commentateurs sont ainsi unanimes à reconnaître une rédaction très récente (post-exil) de ce passage pourtant fondamental dans la dissension entre "Arabes" et "Israélites".
 

 

 

*

* *

 

Je pense que les commentaires de la B.J. et ceux de la TOB ont une valeur de références.
 
Je tenais simplement à marquer ici que l'avis est unanimement partagé d'un récit d'Abraham rendu au cours de l'Histoire, conforme à la prédication mosaïque et aux interprétations et commentaires d'une orthodoxie de plus en plus autoritaire au fil de la sédentarisation autour du Temple.
 

 173

Au risque de heurter certains lecteurs assidus des textes bibliques, je voudrais poser la question de savoir "Qui lit encore la Bible aujourd'hui ?"
 
Au point de départ des textes officiels, se trouve une tradition orale. Cette tradition racontait des histoires. Il s'agit d'une juxtaposition de récits. Je formule dès lors ma question dans d'autres termes: "Qui lit encore, aujourd'hui, les belles histoires des récits bibliques ?"
 
Il me semble remarquable que les textes évoqués aujourd'hui, le sont à titre de citations. La Bible est devenue un inventaire de références. Et la lecture informatique a encore amplifié cette recherche ponctuelle. Il nous suffit désormais de cherche une expression ou un mot, et nous avons la liste de tous les versets qui reprennent ce terme, avec le total de X dans la Genèse, Y dans Josué; et Z dans Samuel…
 
Comme les résultats nous donnent souvent les versets complets, le lecteur n'éprouve plus aucune nécessité à replacer sa recherche dans l'ensemble du récit. On en arrive ainsi à des citations tout à fait désarticulées.
 
Au total, le récit n'est plus lu.
 
Les chrétiens connaissent-ils l'épisode d'Abraham prêtant son épouse à Pharaon?
Combien de chrétiens savent-ils même qu'Abraham est passé par l'Egypte?
Quand à l'histoire des filles de Loth …?
 
Les Israélites pratiquants n'entendent-ils pas davantage les commentaires - eux-même commentés - du Talmud, plutôt que le texte biblique lui-même?
 
Quant aux musulmans, si leur religion trouve ses fondements dans la Bible, ils n'en lisent que les seules citations approximatives du Coran et les versions canoniques des Hadith.
 
Ainsi, la Bible, tout le monde s'y réfère … et personne ne la lit.
 

 174

Il me semble important d'établir un parallèle entre les rabbins du Talmud et les Pères de l'Eglise. Les deux mouvements traduisent une même préoccupation. Les textes bibliques ne correspondant plus à la réalité historique du début de notre ère, les autorités religieuses les ont alors commentés verset par verset; et les commentaires ont pris le pas sur le texte initial.
 
Diriger le lecteur vers le commentaire du texte, offre en outre l'avantage de sélectionner les textes soumis à la méditation des fidèles. On peut ici invoquer une manipulation.
  

Où peut nous mener ce type d'analyse?

 
Chaque peuple, chaque tribu humaine colporte sa mémoire collective. Mémoires que les Occidentaux ont re-découvertes à l'occasion de leur colonisation du continent américain. Les Amer-Indiens racontaient en effet leurs mémoires cosmologiques, au grand étonnement des Conquistadors, mais aussi à la grande offuscation des "évangélisateurs" qui trouvaient dans ces légendes, l'inspiration maligne de l'esprit de Satan. La christianisation musclée de ces "sauvages" a presque effacé ces récits sataniques …
 
Dans les Proche et Moyen Orients où les Occidentaux se plaisent à situer leur propre antiquité, seuls les populations sémitiques ont pu garder quelques bribes de leurs traditions originelles. Les autres populations – que nous devons qualifier d'envahisseurs – ont été à tel point subjuguées par la pensée religieuse monothéiste qui s'imposait, qu'elles en ont oublié leurs propres cosmologies, pour intégrer des récits mythologiques totalement étrangers à leur propre histoire.
 
L'enseignement mosaïque – par rapport aux cultes polythéistes – apportait en effet un élément entièrement nouveau.
 
Alors que Mésopotamiens et Egyptiens se contentaient de cultes rituels à rendre à leurs dieux, - il nous faudra revenir sur la pensée du Rg Véda en Indus – Moïse inaugurait une véritable religion où chaque fidèle était impliqué par une relation particulière et individuelle avec un Dieu-Personne.
 

 175

Jésus, précédé par d'autres prophètes il est vrai, insiste sur l'implication personnelle d'un chacun, vis à vis du Père. A la limite – et à l'encontre de l'interprétation fort limitée de Jacques, successeur semble-t-il légitime de Jésus – la relation homme-Dieu ne nécessite aucun temple ni aucune liturgie.
 
Le vieux démon du culte à rendre, dans un temple et avec une liturgie précise, perdurera toutefois jusqu'à la destruction définitive du Temple de Jérusalem par les Romains, en l'an 70 de notre ère. Mais ici, nous restons dans l'Histoire restreinte du peuple Hébreu.
 
Il reste toutefois très difficile de faire admettre une religion sans temple, sans culte et sans liturgie. C'est à mon sens, une des raisons majeures de l'échec historique de la référence à l'Universel qu'a tenté d'instaurer Akhenaton à el Amarna. De nos jours encore, les lieux de culte les plus orthodoxes sont encombrés d'accessoires, de statues, de cierges et autres signes extérieurs de piété. Les prostituées n'accomplissent-elles pas souvent le rite de brûler un cierge à Sainte Rita pour que leur journée soit bonne?
 
La grande innovation – oserais-je écrire "planétaire" – que l'enseignement de Moïse apporta au cours des siècles, est d'avoir dénigré les simples cultes rituels de l'antiquité occidentale, pour les remplacer par une véritable religion. Avec le mosaïsme, il ne suffit plus d'accomplir tel rite (libation, procession, offrandes …) Il faut désormais que le fidèle prenne envers son Dieu, un engagement personnel privé. Ceci est entièrement nouveau dans la relation occidentale des hommes avec leurs dieux.
 
Une imprécision de vocabulaire qualifie du même vocable de monothéismes, les démarches radicalement différentes d'Akhenaton (Aménophis IV) et de Moïse. Pourtant, à la seule exception d'une référence à un sujet unique, les deux pensées n'ont aucun point commun. 

 

Commençons par le plus simple: Akhenaton. D'autant plus que son enseignement n'a pratiquement plus d'adeptes aujourd'hui.
 

 176

Une part importante de la XVIII dynastie pharaonique est marquée par un grand désarroi devant les valeurs traditionnelles. C'est une période de crise "morale et intellectuelle". Dans une correspondance privée, Marc Gabolde insistera spontanément sur le fait que l'épisode amarnien doit se comprendre comme l'aboutissement d'un très long processus. "La religion d'Akhenaton n'est que la forme radicale de la pensée phénoménologique apparue sous Amenhotep III et qui se retrouve après la période amarnienne."                               [21/03/2002]
 
Je ne reviendrai pas ici sur la lecture des documents de Deir-el-Bahari qui localisent Pount en Indus. Le troisième chapitre y est entièrement consacré. Une expédition commanditée par la reine Hatshepsout vers ~1474, introduisit en Egypte une communauté védique qui, soit dit au passage, a payé le prix fort pour l'autorisation de s'installer dans la vallée du Nil. On estime à 790 Kg, la poudre d'or ramenée du Pount lors de cette expédition.
 
La crise culturelle sous la XVIII dynastie coïncide avec cette présence pountite. Elle se terminera – dans sa phase aiguë tout au moins – par une expédition anormalement discrète au Pays de Pount, sous Toutankhamon. On peut supposer un rapatriement sans gloire des "moines" védiques, installés depuis près d'un siècle et demi en Egypte, et dont le discours sur l'Être Primordial et la Cause Première mettait à mal une tradition fondamentalement théiste.
 
Il me semble y avoir un problème de lecture de la part des historiens. La déification de son vivant déjà, d'Aménophis III (le père d'Akhenaton)  – cas exceptionnel qui ne se reproduira que sous Ramsès II, mais dans de tout autres circonstances – et l'ensemble de l'épisode d'el Amarna sont classiquement interprétés comme des événements religieux.
 
Akhenaton ne me paraît pas un fondateur de religion. A la fin de son règne, il durcit d'ailleurs sa position vis à vis des dieux, en supprimant tout symbole pouvant évoquer les figures de l'ancien panthéon dans les cartouches qui nomment son sujet unique de référence (Aton). La pensée développée à el Amarna n'est pas une pensée religieuse.
 
C'est plutôt la conclusion, dans une pensée politique logique, de ce que le Rg Véda considère comme une observation. Une observation ne se discute pas. Il n'y a pas de dogme, il n'y a aucune croyance dans le système amarnien.
 

 177

Le monde qui nous entoure forme de toute évidence un système. L'évidence est d'ailleurs la caractéristique majeure de l'Atonisme. Amon (l'ancien culte) désignait le soleil dans sa part obscure de celui qui visite chaque nuit le royaume de l'inconnaissable: Amon-le-Caché. A l'inverse, Aton (icône de Rè-Horakhti) est une image d'évidence qui éclaire la terre entière.
 
De ce système, nous captons directement par nos sens des objets bien matériels. Il y a néanmoins un nombre important d'éléments qui se manifestent à nous – qui existent - mais dont nous ne percevons pas la structure spécifiquement matérielle.
 
Outre donc les structures réelles émanant de l'eau, de la terre, de l'air et du feu (les quatre éléments constitutifs de la matière), nous avons encore la perception directe d'événements qui ne se transmettent pas par voie matérielle. C'est l'exemple de la lumière, de la chaleur, des sons, des odeurs, etc… Le Véda considère ainsi un cinquième élément constitutif de l'Univers, que l'on traduit généralement par "Ether".

Ici aussi, le vocabulaire prête à confusion. L'éther védique n'a rien à voir avec l'éther classique de la conception aristotélicienne du monde. "La nature a horreur du vide" se plaisait-on à répéter. Les immenses espaces interplanétaires devaient donc – au nom de ce principe – être remplis d'une substance "anti-vide". Il nous faudra attendre Einstein pour effacer de notre science, cet éther de la philosophie occidentale. L'éther n'existe pas.
 
Le cinquième élément constitutif du Véda nous est également rapporté sous la dénomination d' "éther". Il s'agit cette fois, non plus du remplissage du vide, mais de la matrice dont sont issus les éléments concrets qui ne présentent pas la structure de la matière. C'est l'éther qui est ainsi l'élément constitutifs de la lumière, de la chaleur, de la vie et de la pensée.
 
C'est une vision fort proche de celle d'Einstein qui, pour désigner les particules qui ne s'inscrivent pas dans le tableau de Mendeleïev, inventa le terme de "photon". Il tentait de désigner ainsi les particules élémentaires qui, à l'instar de la lumière, ne se mouleront pas dans une structure de matière.
 

 178

La pensée développée à el Amarna consiste alors à intégrer                                  [[23]]
nos propres personnes dans ce système total (c'est la notion d'un Univers), avec notre partie somatique bien matérielle, et la part non saisissable par voie matérielle de notre vie ou de notre pensée.                               
 
Si nous appartenons à un système total, c'est qu'il existe une possibilité d'être. Chaque individu de l'Univers émane ainsi d'un "principe d'identité", encore appelé Être Primordial.
 
D'autre part, les éléments constitutifs de ce système total sont reliés les uns aux autres par une chaîne sans fin de causes à effets. L'Univers, dès lors qu'il se concrétise (dans la matière ou dans un élément non matériel), développe ainsi un "principe causal" encore appelé Cause Première.
 
Il y a des objets qui manifestent clairement et leur structure matérielle et leur structure extra-matérielle. Le soleil – et particulièrement lorsqu'il enflamme les horizons – est une image très complète de notre observation de type universel. L'astre dans sa matérialité et diffusant son rayonnement de lumière, de chaleur et de vie.
 
Ce soleil "horizontain" (comme le qualifie Marc Gabolde) deviendra ainsi la représentation très fidèle, l'image idéale, l'icône du principe d'identité et du principe de causalité. L'Être Primordial qui fusionne ces deux principes sera Rè-Horakhti, le seul à qui il vaille de rendre culte. Rè-Horakhti (dont Aton n'est que l'image) n'est ainsi pas un dieu à proprement parler.
 
La pensée amarnienne n'est pas une pensée religieuse. Au point de départ d'une stricte observation émerge l'évidence d'un Système unique. Et dans cet Univers, la raison détermine notre place et notre rôle. C'est au roi que revient l'organisation de la société des hommes en fonction de l'Univers qu'ils contribuent à structurer.
 
Il me semble remarquable que le pharaon Akhenaton ait toujours clairement distingué l'objet de sa fonction royale de celui de sa vie personnelle et privée. Dans le territoire sacré dédié à Aton pour l'éternité, et dans lequel, à el Amarna, il établira sa résidence d'Akhetaton et les organes de son gouvernement, le Pharaon aménagera la vie publique et le culte officiel à rendre à l'Être Premier. L'objet de sa fonction pharaonique restera l'organisation officielle de la société. Jamais, semble-t-il, il n'est intervenu dans la vie privée de ses sujets.
 

 179

Certaines tombes princières ont été complètement réalisées durant la période amarnienne. Le tombeau d'Horemheb (dernier souverain de la XVIII dynastie) est entièrement contemporain de Toutankhamon. Les décorations y perpétuent la tradition de l'ancien panthéon. Aucune censure royale n'est intervenue pour influencer une dévotion privée. Là n'était pas le rôle du roi.
 
Il y a ici un indice certain que l'œuvre d'Akhenaton ne s'inscrit pas dans un domaine religieux. Dans le cadre d'un système estimé par lui "évident", et constitué d'éléments matériels mais également d'autres éléments au delà des objets matériels, il a entrepris d'instaurer un mode de société – et son gouvernement - qui tient compte de tout ce qui existe, au delà de la seule matière des objets physiques. La Vie, au delà des individus vivants, la pensée au delà des individus pensants. Nous sommes dans une démarche métaphysique.
 
Instaurer le mode de gouvernement d'une société, c'est poser un acte politique. C'est peut-être le seul deuxième point commun que nous pouvons découvrir entre Moïse et le pharaon abusivement qualifié de "théologien".
 
La démarche de Moïse est également qualifiée de "religieuse". Cette qualification prête à confusion.
 
Il est bien évident que dans son dessein d'instaurer un régime théocratique, Moïse a été contraint de proposer un enseignement se référant à Dieu. Les Elohim, el Shaddaï, les dieux en général sont devenus "Yahvé", dans la tradition à travers laquelle ce nom nous est parvenu. Et l'explication de ce nom - tel que nous le découvrons en Ex III, 14 - est pour le moins confuse. J'ai commenté longuement cet " 'èhyèh 'àshèr 'èhyèh ". dans mon deuxième chapitre. A la limite d'un refus de répondre, par un "Moi, c'est moi!"
 

 180

Nous perdons parfois de vue que les histoires que raconte la Bible, s'adressaient primitivement à des populations nomades unanimement qualifiée de très frustes. Qu'une fois encore, je puisse ici rappeler la description que donnaient les citadins mésopotamiens de ces tribus qui nomadisaient dans le désert syro-arabe:
 
" Ces nomades de l'Ouest, qui occupent la terre, ignorent céréales maisons et cités, mangeurs de viande crue, inéducables, ingouvernables, et qui, une fois morts, ne sont même pas ensevelis selon les rites."
 
Cette description peu flatteuse pouvait sans doute s'appliquer à toutes les populations nomades du II millénaire; et jusqu'à la rupture du millénaire suivant, entre ~600 et ~400.
 
Il faudra attendre le milieu du 1er millénaire pour que l'ensemble de notre Occident soit marqué  par un courant philosophique généralisé dont nous trouvons la première manifestation dans le libéralisme perse qui permit à Israël la fin de son Exil en Babylonie et son retour à des traditions ancestrales. C'est le même courant de réflexion personnelle qui animera les philosophes classiques grecs; de même que l'enseignement du Bouddha dans le bassin moyen du Gange. A l'échelle de notre Occident, il s'agit d'un souffle "planétaire" de conscience.
 
Mais à l'époque de l'invention des récits bibliques et à celle de Moïse – le tout, au deuxième millénaire - les populations sémites (et donc également les tribus d'Israël) devaient avoir une conscience "éthique" très rudimentaire. L'intelligence était évaluée à la faculté de se montrer plus malin que les autres.

 

Nous retrouvons d'ailleurs cette confusion dans les histoires d'Ulysse, où le narrateur (Homère ?..) mesure l'intelligence de son héros à la ruse dont il se montre capable. La roublardise et l'intérêt que l'on peut retirer d'une situation prennent alors nettement le pas sur la portée "morale" (au sens contemporain) de l'action.
 

 181

Dans cette conception de la vie, si "la fin ne justifie pas absolument tous les moyens" elle en estompe toutefois pas mal de procédés pour y parvenir. Et les premiers récits bibliques montrent ainsi que les peuples sémites (dans un premier temps), et que le peuple hébreu surtout (dans la Bible juive) sont composés de gens intelligents, capables de toutes les subtilités pour réaliser leurs intentions.

- C'est l'histoire de la bénédiction de Jacob extorquée par ruse à Isaac, en lieu et place de         celle à accorder à Esaü, grâce à un déguisement "poilu" imaginé par Rébecca.

- C'est Laban qui, le jour des noces entre sa fille cadette Rachel et Jacob, glisse sa fille                     aînée Léa dans le lit conjugal.
- Et les filles de Loth qui se font faire un enfant par leur propre père, mais à son insu.
- Et dans la suite de cette tradition, n'est-ce pas la mère de Moïse qui se présente comme                 nourrice au palais de pharaon, et récupère ainsi l'enfant qu'elle à feint d'abandonner                  sur le Nil?
Etc, etc …
 
Mais au nom de notre éthique, nous refusons de lire ces histoires que nous qualifions de malhonnêtes. Nous les arrangeons à la sauce de notre "morale", et en faussons dès lors complètement le sens.
 

 182

Lors d'une conférence sur "Le mal dans la Bible", le Professeur André Wénin, exégète à l'UCL et spécialiste de la Genèse, évoquait l'histoire d'Abraham en Egypte. Le mal, d'après sa lecture, commençait par la parole d'Abraham à son épouse:
 
[Gn XII, 12]      Quand les Egyptiens te verront … et ils me tueront.
 
Commentaire du conférencier:

Comment pouvait-il accuser les Egyptiens d'un tel futur meurtre, lui qui n'avait jamais mis les pieds en Egypte? Le mal commence avec cette suspicion, cet a priori défavorable vis à vis d'un autre qu'on ne connaît pas encore. Le manque de re-connaissance de l'autre dans ce qu'il est réellement. Voilà le mal!
 
D'ailleurs, enchaînait André Wenin:
      Pharaon le confia (Abraham) à des hommes qui le reconduisirent à la frontière,
      lui, sa femme, et tout ce qu'il possédait. [Gn XII, 30]
 
Mais de passer entièrement sous silence les deux versets qui montrent combien le patriarche hébreu s'était montré plus malin que le puissant Egyptien. Notre conscience morale nous pousse ainsi à oblitérer toute la justification de la ruse qui, aux yeux des Hébreux, n'était évidemment pas moralement répréhensible:
 
            Pharaon traita bien Abraham à cause d'elle (Saraï);
            il eut du petit et du gros bétail, des ânes, des esclaves, des servantes,
            des ânesses, des chameaux.         [Gn XII, 16]
 
Et le récit biblique d'enchaîner l'expulsion du territoire d'Egypte par:                        [Gn XII, 30]
(moralité de l'histoire)
            "Abraham était très riche en troupeaux, en argent et en or."                           [Gn XIII, 2]
  

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Je trouve cet incident tout à fait exemplaire. Nous sommes dans une conférence universitaire – mais teintée d'un endoctrinement religieux fondamental (d'une Université "Catholique"). Nous utilisons les textes bibliques pour étayer un enseignement que nous considérons comme sacré … mais qui ne se trouve nulle part dans la Bible. Et très malheureusement, nous finissons souvent par l'y trouver…
 
La tradition présente Moïse comme l'auteur du Pentateuque. C'est-à-dire:
La Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome.
 
Nous avons vu que la mise par écrit de ces textes date de plusieurs siècles après leur auteur. Il n'en demeure pas moins probable que ce soit Moïse – ou bien les notables dans la suite logique de son enseignement – qui soit à la base de la codification de ces textes.
 
La codification de la Genèse reprend certainement l'ancienne cosmologie sémite, avec la création et la place particulière de l'homme. Et puis la place particulière des descendants de Sem (les populations de culture sémitique) après le déluge. A partir de là, par l'effet entonnoir que je viens de décrire, l'attribution à des personnages probablement cités dans la mythologie ancienne, de restrictions de la famille sémite aux seuls descendants d'Isaac (avec élimination d'Ismaël), et de Jacob (avec élimination d'Esaü).
 
Pour expliquer la présence d'Israélites en Egypte, nous trouvons également la prospection très lucrative d'Abraham auprès de Pharaon, suivie – dans la ligne – de l'installation de Joseph. Ces textes justifieront plus tard, à partir d'une tradition commune, l'ensemble de la Diaspora.
 
Reste à expliciter le droit sur Canaan, que nous retrouvons dans la promesse (l'Alliance) divine avec le dernier ancêtre du tronc commun de tous les Sémites. Dans la même lecture, mais avec l'Exode, nous quittons définitivement la tradition mythologique ancestrale pour entrer de plein pied dans l'Histoire.
 

 184


Le deuxième Livre de la Bible est écrit dans le plus pur style épique. Ce qui en signe évidemment la rédaction relativement tardive par rapport aux personnages et aux événements rapportés. Lorsque les récits de l'Exode sont mis en place, Moïse est déjà devenu un héros de légende; et la saga d'indépendance des Hébreux est déjà de l'histoire ancienne. Il faut maintenant l'inscrire dans la mémoire collective, et lui donner le statut mythologique des "exploits".
 
Mais le problème de la légitimité par voie du sang reste entier. Le royaume de David et puis de Salomon est sans doute bien installé avec Jérusalem comme capitale, mais il faut continuer à en justifier la légitimité. Nous sommes dans une société de type traditionnel.
 
Puisque avec l'histoire de Joseph, on accepte maintenant la légitimité de Moïse, il reste à continuer la légende du peuple hébreu, dans la prédilection divine des dieux devenus Yahvé. C'est un des points essentiels de l'Exode.
 
Yahvé est "un", avec les attributs déjà suggérés de "personne".
 
Ici encore, il ne s'agit pas d'une profession "religieuse", mais bien plutôt de la définition de l'identité du chef suprême de l'Etat. Yahvé "Un et Personnel" est le point de convergence politique de la structure constitutionnelle de l'état à mettre en place. 

 

Durant l'Antiquité, il n'y a pas de séparation entre les pouvoirs civils et l'autorité religieuse. Le mythologique Abraham (récupéré dans la Genèse en sa version très "mosaïque"), est un notable religieux d'origine mésopotamienne. Il a ainsi, de par sa fonction sacerdotale, accès aux dieux dont il est l'intermédiaire vis à vis des hommes. Mais il est également un notable politique, qui prend des décisions officielles relatives au bons fonctionnement des populations civiles dont il a la charge.
 
Après le récit de la première officialisation d'une lignée (celle d'Isaac par rapport à Ismaël), le texte en revient sans tarder à la fonction publique du Patriarche qui passe une "alliance" (traité politico-économique) avec Abimélek, à propos de l'utilisation de l'eau du puits de Bersabée. Le partage de l'eau est évidemment un problème civil crucial.
 

 185

En ce sens, la séparation des deux codes – code religieux du Lévitique et code civil du Deutéronome – est une véritable innovation. C'est une des traces les plus anciennes de la séparation des pouvoirs civils et religieux.
 
Mais de nouveau ici, il n'y a pas de conceptions à proprement parler "religieuses". La vie communautaire d'une société impose certaines règles. Tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, etc… n'ont rien de préceptes moraux ou religieux. Ce sont des normes de conduite indispensables dans une vie sociale structurée. C'est une erreur contemporaine d'inclure ces règlements dans une optique de "Morale".
 
Quant au Lévitique, c'est également un code de rituels principalement, mais aussi de conduite spécifique à ceux qui sont en charge du culte. Notre société contemporaine se réfère également à un droit canon (réservé au clergé) ou à des normes déontologiques propres aux différents ordres de professions spécifiques (médecins, notaires, etc…)
 
J'ai détaillé combien à mon sens, le Livre des Nombres était une justification "civile": le dénombrement de tous les citoyens redevables à l'impôt. En termes pseudo-religieux d'aujourd'hui, nous devrions évoquer le "code fiscal" du pouvoir temporel de l'état d'Israël.
 
Dans la préoccupation d'une légitimité à sans cesse affirmer, et de certains clans à exclure de l'Alliance, il n'est pas rare que certains biblistes ajoutent encore les deux livres suivants (Josué et les Juges) au même lot de lecture. On propose ainsi, non plus seulement un Pentateuque, mais encore un Hexateuque, voire un Heptateuque. Laissons aux spécialistes le soins de s'entredéchirer sur ces détails.

 

Ce qui me paraît toutefois essentiel, c'est de bien écarter toute révélation religieuse de ces écrits fondamentaux de la Bible. Aucune préoccupation morale non plus. La Torah (et peut-être ses deux annexes de Josué et des Juges), est un ensemble de récits traditionnels, agencés de manière à prouver la légitimité d'un régime politique à mettre en place. Et lorsque Dieu y est cité, c'est uniquement pour confirmer le récit et y apporter sa caution.
 

 186

Ces écrits forment les codes:
- constitutionnels avec l'Exode et sa définition du chef de l'Etat (Yahvé),
- mais aussi le code civil dans le Deutéronome
- et le code du droit canonique avec le Lévitique.
Reste les Nombres que, dans ma lecture, j'assimilerais volontiers au "code fiscal".

Les récits bibliques ont été "codifiés" – j'y ai insisté à plusieurs reprises. C'est à dire, censurés dans leur manière d'être racontés. Plus tard, ces codifications s'appliqueront aux mêmes récits lorsqu'ils seront mis par écrit, et puis récités aux fidèles dans une lecture publique.
 
La Bible finit ainsi par devenir l'entièreté de la culture. Avec la conséquence immédiate d'alimenter une fierté nationaliste de plus en plus affirmée, jusqu'à l'exaspération. L'histoire des Patriarches et son enchaînement sur l'enseignement de Moïse a créé chez les Hébreux le sentiment d'appartenir à une classe humaine privilégiée de Dieu. Le Peuple élu.
 
Ce sentiment nationaliste servit de dynamique très efficace lors de la constitution d'Israël en Canaan. Mais ce même nationalisme engendra par contre, pour les Hébreux, des difficultés incontournables aux détours de l'Histoire, lorsque Israël perdit de sa suprématie.
 
Alors que les populations du Proche Orient s'assimilèrent encore relativement facilement dans la civilisation géographiquement plus ouverte apportée par une fédération araméenne qui donna la "Dynastie Chaldéenne" (~627 - ~539), les Sémites d'Israël s'entêtèrent à revendiquer leur statut de "Peuple élu". Il s'en suivit, en ~597, une première déportation en Chaldée de notables hébreux (3.023 selon une tablette des archives babyloniennes que l'archéologie nous a léguées).
 
Ce coup de semonce ne suffit pas à calmer le nationalisme des habitants de Canaan qui continuèrent leur résistance à l'envahisseur en réclamant d'être traités en Peuple privilégié de Dieu. Dix ans plus tard, sous Nabuchodonosor toujours, ce fut la destruction de Jérusalem et les déportations successives de Juifs sur les bords de l'Euphrate où ils atteindront une population d'environ  40.000 personnes. Ils y seront traités en "quatinu" - c'est-à-dire en étrangers aux droits limités – et seront astreints à des travaux d'agriculture le long des canaux d'irrigation.
 

 187

Cette période dura une soixantaine d'années, jusqu'en ~538 à l'avènement des Perses Achéménides qui succédèrent aux Chaldéens. Les Perses pratiquaient une politique d'autonomie des peuples asservis. Pour autant que la suprématie perse soit bien reconnue, chacun était invité à en revenir à ses coutumes ancestrales et à ses cultes religieux. A Jérusalem, ce sera alors la reconstruction d'un temple, et la nouvelle lecture de la Loi par Esdras.
 
Ces soixante années – que la bible qualifie d' "Exil" - restent un épisode douloureux de l'histoire d'Israël. Durant cette période, les récits traditionnels continuèrent à colporter la culture des exilés. Mais ils n'alimentaient plus aucun sentiment nationaliste, puisqu'il n'y avait plus de nation. Il se produisit alors une mutation dont l'importance reste primordiale aujourd'hui encore. Les textes fondamentaux de la Bible (la Torah: la Loi) furent alors commentés. Ils ne servirent plus à seulement établir une légitimité politique dans la ligne de la tradition; ils devinrent textes sacrés avec les prophéties d'Ezéchiel, de Baruch et de Daniel.
 
La Torah changeait de statut et, de loi constitutionnelle à un régime politique, elle devenait désormais un texte religieux. Et cette mutation passa quasiment inaperçue dans un régime politique construit sur base d'une théocratie. Ce changement s'inscrivait en quelque sorte "dans la norme".
 
Ce fut ensuite la grande rédaction officielle de l'ensemble des textes – sacrés cette fois – dans l'édition des LXX. Avec, pour les 7 premiers livres: le récit traditionnel (la Genèse) et l'organisation du peuple hébreu indépendant sous Moïse (l'Exode). Le code des finances (les Nombres), le code sacerdotal (Lévitique) et le code civil (Deutéronome). Ajoutons y la tradition historique avec Josué et les Juges, pour affirmer la légitimité des dirigeants.
Mais ces textes désormais religieux reflètent dorénavant la Parole de Dieu.
 
Un second événement, à mettre en parallèle avec l' "Exil", mais en deux temps cette fois, et plus définitif dans ses conséquences, fut la domination romaine de la Province de Judée (d'où le terme de "Juifs"), la première destruction du Temple en 70 de notre ère, et sa destruction définitive en 135.
 

 188

Cette fois, c'en était fini d'un texte pour consacrer le constitution d'un état.
Il n'y avait plus d'état.
 
Restait par contre une importante diaspora où le sentiment nationaliste demeurait très vif. Les textes bibliques, en grec d'abord (avec les versions des LXX et celle d'Alexandrie) mais ensuite en hébreu (avec la version massorétique) restaient le lien commun de ces communautés réparties dans toutes les régions politiques d'Asie, d'Afrique et d'Europe.
 
Il est évident que la communauté politique des textes devait céder le pas à la parole sacrée qu'ils renfermaient. Et pour la deuxième fois, la Bible abandonnait sa fonction politique à l'avantage de sa seule fonction religieuse.
 
Il me semble intéressant de relever, dans cette analyse, une simultanéité:
- la disparition de l'état de Judée dans sa partition politique,
- et la nouvelle lecture rigoureusement religieuse dans l'apparition des christianismes.
Il n'y avait pas d'autre issue.
 
Souvenons nous de l'imprécation du Prophète Mahomet:
Ceux qui étaient chargés de la Torah                     [Coran, LXII, 5]
et qui ensuite, ne l'assumèrent pas...
L'exemple donné par ces gens
quand ils ont traité les Signes de Dieu de mensonges,
est détestable.
- Dieu ne dirige pas le peuple injuste! –
 
Nous avons complaisamment relevé combien les Juifs s'étaient assuré le monopole de la prédilection divine en ne reconnaissant comme légitime que le seul fils second-né d'Abraham, et en usurpant le droit d'aînesse d'Esaü au profit de son frère jumeau Jacob devenu par la suite Israël. C'est notre confortable lecture, très occidentale, de l'accusation de Mahomet.

 189

 
Occidentale, disons-nous. Mais pour les musulmans, cette notion d'Occident n'existe pas. Pour eux, il y a un seul Dieu à qui culte est rendu par les Juifs, par les chrétiens et par les musulmans. Et ceux qui étaient chargés de la Torah, c'était primitivement le peuple d'Israël, pris en relais par les chrétiens, et enfin remis dans la droite intention divine par le Mahomet et son enseignement.
 
L'accusation du prophète porte certainement autant sur les chrétiens que sur les Juifs. Ces chrétiens qui ont détourné l'instruction civile donnée par Dieu Lui-même et relative à la société des hommes sur terre – la politique – pour l'interpréter dans on ne sait quelle "communion des Saints", dans le monde extra-terrestre d'une religion.
 
Et aujourd'hui encore – dans cette période où l'extrémisme islamique effraie tellement notre société – il est sans doute utile de nous rappeler que les "arabes" ignorent notre notion d'Occident. Les conflits actuels tournent autour des concepts de "fidèles" (les musulmans) et d' "infidèles" (les Juifs, bien évidemment) mais aussi tous ceux de culture chrétienne qui mettent en place – et tentent d'imposer – une structure en totale contradiction avec l'organisation sociale et politique commandée par Dieu.

C'est dans ce contexte qu'il faut sans doute placer la revendication de certains états musulmans d'en revenir à la "Charia" pour l'élaboration constitutionnelle de leur pays. Nous considérons en Occident, qu'il s'agit là d'un abus. Mais, reconnaître un abus, c'est également reconnaître les vertus ou le bien-fondé de l'objet. Déclarer un abus d'alcool par exemple, c'est reconnaître les vertus de l'alcool: l'abus porte sur la quantité. Déclarer un abus de droit, c'est reconnaître ce droit, mais dans une application plus limitée.
 
De même, trouver qu'il est abusif d'en revenir à la Charia, c'est reconnaître le bien -fondé de cette loi fondamentale; l'abus réside dans son application trop stricte.
 
Sur base de cette constatation, il serait peut-être temps – non plus de condamner tout simplement toute Charia – mais d'envisager plus sereinement comment établir des lois constitutionnelles en harmonie avec la Règle que d'aucuns considèrent comme divine. Nos codes civils d'Occident ont des colorations chrétiennes évidentes: les quatre jours fériés légaux, le dimanche jour chômé, l'obligation imposée par le code de la route de s'arrêter et de porter secours en cas d'accident grave, etc…
 

 1900

Nous allons peut-être un peu vite en besogne lorsque nous nous contentons d'avoir peur de ceux que - comme nous ne les connaissons pas – nous appelons "terroristes". Leur revendication d'une référence à la Charia est-elle vraiment de l'extrémisme ?
 
Ils tuent des innocents … mais comme dans toutes les guerres après tout. Souvenons-nous de Dresde en février 1945. Et d'Hiroshima. Il me semble que l'argument des innocents est fallacieux.
 
Ils massacrent à l'aveugle. L'accusation est plus pertinente. Pas d'armée, pas de tactique, pas de stratégie.
 
Il est bien évident que nous ne pouvons pas subir une agression anonyme qui utilise l'attentat comme seule arme de dissuasion. Et il n'est - tout aussi évidemment - pas question de céder au chantage ou à la panique. Nous condamnons sans appel de telles méthodes.
 
Mais il me semble un peu court de décréter que nous ne pouvons avoir aucune communication avec ces gens-là. A croire l'opinion commune, le terrorisme serait le résultat d'un "lavage religieux de cerveau" au seul profit de ceux qui ne se mouillent pas dans l'action des attentats. Les kamikazes seraient drogués… Et j'en passe.
 
Bien! Mais tout en refusant catégoriquement un quelconque dialogue sous terreur, il me paraît qu'il serait tout de même fécond de prêter l'oreille aux "raisons" (non!) qui prétendent justifier le refus islamique vis à vis de la société que nous qualifions d'occidentale, mais que les fidèles musulmans qualifient de chrétienne.
 
Et cette fois, une analyse comme celle que je termine ici peut sans doute apporter quelques éclaircissements. Je suis bien entendu un fervent défenseur des droits de l'homme ... et de la femme. Je suis tout aussi fervent partisan d'une réelle démocratie. Je suis pour le droit des travailleurs à bénéficier du fruit de leur travail. Je suis pour la liberté de pensée. (Le présent essai en témoigne).
 

 191

Mais je suis également conscient qu'une culture ne s'exporte pas aussi facilement qu'une machine à coudre. Et je ne crois pas que la "liberté" américaine soit transposable partout dans le monde, ni même dans la fraction occidentale de l'Europe. Je ne crois pas qu'une charge présidentielle assumée de père en fils (G.W. Bush pour ne pas le nommer) soit le modèle parfait d'une saine démocratie. Je ne crois pas qu'une nation (ou qu'un ensemble de nations) ait jamais reçu mandat d'être le gendarme du monde. Je ne crois pas à la valeur déontologique du compresseur économique ni à la valeur absolue de l'argent.
 

De la même manière, je ne crois pas à la vérité politique, à la vérité économique ou à la vérité religieuse.
 
Notre cursus de l'Histoire nous a poussé à séparer radicalement les trois pouvoirs: religieux, législatif et judiciaire. Et cette séparation est certainement un très grand progrès dans notre manière de gérer la société occidentale d'Europe et d'Amérique du nord. Nous alimentons une société civile indépendante de toute autorité religieuse (en principe en tout cas), et ceux qui décrètent nos lois sont (en principe toujours) indépendants de ceux qui les font appliquer. Et c'est très bien ainsi; sans doute "le mieux possible" dans l'état d'ici aujourd'hui.
 
Des régions proches de notre Europe vivent dans l'intime conviction que la société humaine est régie par un ordre supérieur (Dieu). Et ce Dieu ne se contente pas de prendre en charge la société des hommes après leur mort; il édicte ses lois dans la société humaine sur terre.
 
A propos de ce Dieu, il existe un fonds commun: La Bible. Elle fut complétée au cours des siècles par trois addenda: les écrits chrétiens, les commentaires talmudiques et le Coran.
 
Comme j'ai tenté de le montrer, les écrits chrétiens ont transposé la loi constitutionnelle de l'Etat d'Israël, en un enseignement religieux. Ce passage du politique au religieux avait déjà été préparé par les prophètes, lors des avatars de l'Histoire (Exil et destruction du Temple). C'est ce passage tardif dans le secteur religieux qui a assuré la pérennité de l'enseignement biblique qui, historiquement, était condamné à l'oubli. Mais il s'agit d'un détournement d'intention.
 

 192

Les rabbins des Talmud ont à leur tour, mais dans l'espace restreint de la communauté juive éparpillée au quatre coins du monde, établi les commentaires théologiques, moraux, mais aussi sociaux (et donc politiques) du texte biblique relu dans une optique délibérément religieuse.
 
Et voilà la fureur de Mahomet. Pour lui, on a reporté à plus tard, après la mort, - à jamais - les prescriptions divines qui organisent la société civile des hommes. 

 

Le problème qui se pose aujourd'hui est celui d'une "Parole divine" comprise en Islam, en dehors de tout contexte. La même compréhension hors contexte se rencontre chez les ultra-orthodoxes juifs. La même lecture "hors contexte" se rencontre au Vatican.
 
Or l'Histoire a changé. L'organisation planétaire et notre connaissance des hommes a changé. Nos connaissances en général ont changé. Il devrait être possible d'organiser une lecture commune du patrimoine tri-millénaire de la Bible, mais en tenant compte des multiples changements survenus depuis ses premières rédactions. Lire la Bible dans son contexte d'aujourd'hui
 
Des hommes de bonne foi et de bonne volonté – juifs, chrétiens et musulmans – constatent leurs points de vue divergents sur un texte pourtant commun. Mais en réalité, c'est le monde chrétien qui a pris le plus de recul par rapport à la portée civile de la Bible.
 
Je lance ici une invitation. Le monde chrétien, c'est l'Occident dans ses deux parties d'Europe et des Etats Unis. Lors des négociations, ce sont toujours les Occidentaux qui invitent les belligérants (c'est-à-dire les autres, jamais nous …) à se mettre d'accord autour de principes démocratiques. La démocratie, celle qui trouve ses origines chez nous, et que nous croyons opportun d'imposer partout dans le monde.
 
Ne serait-il pas possible de nous mettre à l'écoute de ces vilains belligérants (c'est-à-dire les autres, jamais nous …), d'abandonner pour eux nos principes démocratiques, et de choisir les principes fondamentaux de leur patrimoine tri-millénaire. Leurs concepts sur la propriété? Leur cellule fondamentale de la famille (et non plus nécessairement de l'individu)? Leurs conceptions de l'ordre et de l'autorité, sur le modèle du père ou du patriarche (qui sait? Peut-être aussi solide que le modèle d'un président … même héréditaire)?
 
Nous mettre à l'écoute …
 
Les gens nourris de politique n'en seront sans doute jamais capables.
Restent alors peut-être les philosophes … et ceux qui auront eu la patience de les lire.
  

 193


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 198

Notes et commentaires 

 

 




 




[1] L’histoire d’Abraham occupe les chapitres XII à XXV de la Genèse. C’est un personnage-clef, déjà présent dans les compilations les plus anciennes des textes. Mais les commentateurs de l’Islam affirment qu’il faut tenir ces chapitres comme tardivement remaniés et « harmonisés »

 

[2] Un squelette dont l’identité aurait été confirmée par une analyse d’ADN, serait l’exemple d’un document muet.

 

 

[3] Le détail de cette argumentation a été développé dans la première partie.

 

[4] La Cohérence, pp 50 et suivantes.

 

[5] Il n’est, à ce propos, qu’à nous référer au « Code Napoléon » qui, écrit voici moins de deux siècles dans une langue compréhensible par tous, nous semble désormais rédigé dans un jargon presque incompréhensible. L’écriture hiéroglyphique égyptienne échappe à cette dégradation, car elle ne fut jamais destinée à traduire un langage oral. Quelle qu’en aient été les prononciations au cours de l’Histoire, les signes ont gardé leur signification, sans altération.

 

[6] Comme décrits au troisième chapitre de la présente étude, dans le paragraphe des "concepts védiques        d'El Amarna et de la Bible

 

199

[7] Nous retrouverons cette tentation vers l'ésotérisme, tout au long de l'histoire religieuse occidentale.

-      C'est sans doute l'histoire de l'Eglise de Jacques à Jérusalem, en opposition à celle de Paul.

-      C’est tout le mouvement de la Kabbale.

-   Ce sont les ordres ésotériques qui nous sont revenus des croisades

 

[8] Une étude de Hélène VALLADAS a mis en évidence que les changements climatiques imputables à une telle glaciation ont été d'une brusquerie et d'une violence insoupçonnées jusqu'ici.

Thermoluminescence dates for the Paleolithic Levant. In BAR-YOSEF O. and KRA R.S. (eds)

Late Quaternary Chronology and Paleoclimates of the Eastern Mediterranéan: 13-20 Tucson: 14C Radiocarbon

 

[9] DIEU: allégories et concepts.  Tout un chapitre consacré à l'Islam

 

[10] LA COHERENCE D/2000/6678/04, publié sur Internet en août 2002.

 

[11] J.D. BARROW & F. TIPLER; J.A. WHEELER & C.A. PATTON; F. DISON (opus cité)

 

[12] Un raisonnement fort semblable nous conduirait dans le lac marin qui termine le Golfe de Tadjoura.    Plateaux, montagnes, et l'île qui signale le golfe à la hauteur de Djibouti. Ce paysage correspond également à la description des anciens. Mais, au départ du golfe de Djibouti, la navigation démarre en ligne droite vers l'Est. Le plan de navigation de Deir-el-Bahari commence par une manœuvre bâbord (à gauche) vers l'Est. Ceci semble indiquer un changement de cap. C'est pourquoi je place le chantier naval en Mer Rouge, avec changement de cap à la dernière île de l'archipel des Sept Frères.

    En ce qui concerne le présent article, ce n'est pas la position géographique précise de chantier (que seules des fouilles pourraient     confirmer), c'est le principe d'accepter ce chantier en Mer Rouge, et à une latitude Sud où jamais on ne l'a cherché.

 

[13] Aujourd'hui encore, une grande source de revenus touristiques dans le golfe d'Aden (à la sortie de la Mer Rouge)  provient de la vente de carapaces de tortues. Elles sont très grandes

 

 200

[14] Je me rends compte, lors de la mise par écrit de la présente recherche, que je suis amené à utiliser des mots de vocabulaire qui demandent absolument à être définis. Transcendance et Immanence.

     A commencer par l'exclusion d'un de ces deux attributs par rapport à l'autre. Immanent traduit étymologiquement qui reste (manere = persister) à l'intérieur; transcendant traduit ce qui passe à travers, mais qui dès lors reste à l'extérieur, ou étranger à l'événement.

     Il est évident qu'on doit nécessairement être "ou bien dedans ou bien dehors".

 

Dans l' "Histoire des dieux", on rencontre ainsi chez les Esprits, une Immanence qui s'efface et se transforme pour devenir la Transcendance des dieux.

 

Dans la partie du monde qui échappe à l'observation des hommes, il y a des dynamiques qui s'expriment, parfois de manière violente, dans des événements naturels: tempêtes, orages, crues du fleuve, etc… Ces dynamiques du monde non perçu (surnaturel) investissent les événements et les animent. Il y a ainsi un (ou des) Esprit(s) de la tempête, un Esprit de l'orage, un Esprit du fleuve, etc… Ces Esprits se trouvent à l'intérieur de l'objet physique à qui ils donnent mouvement. Quand l'objet matériel disparaît (ou est absent), son Esprit disparaît aussi, ou bien n'existe pas. Il n'y a pas d'Esprit marin en plein Sahara. Par définition, dans ces exemples, les Esprits revêtent l'attribut d'immanence. Ils sont physiquement (matériellement) traduits par l'événement qui les manifeste.

 

A ce type d'immanence, peut se rattacher celle de l' Esprit de la montagne par exemple, qui n'est pas spécifiquement attaché au mouvement de la montagne et ne doit donc pas nécessairement l'animer (la mettre en mouvement) en permanence; mais qui se manifeste néanmoins lorsqu'il se passe un événement. Ici aussi, sans montagne, pas d'Esprit de la montagne. Ici aussi, l'Esprit est incarné dans son objet. Il n'y aura donc pas d'Esprit de la montagne en plaine.

 

L'immanence implique que la dynamique habite et prend forme matérielle, dans l'objet qui matérialise l'événement.

 

La vision "réfléchie" de l'observation humaine aligne la description qui s'en suit au paramètre de l'homme qui observe. La tempête ou l'orage sont alors considérés en fonction de l' intention qui a déclenché  l'événement. Il n'est dès lors plus du tout nécessaire que la puissance qui a intentionnellement suscité l'événement s'y trouve matériellement liée. Neptune peut diriger une tempête sans se trouver pour autant au sein de cette tempête. Et à rebours, le marin ne doit pas attendre la tempête pour rendre culte à Neptune. Neptune n'est plus un Esprit; il est un dieu. Il est plus permanent que l'Esprit. Il se trouve en dehors (ou au delà) de l'objet qui le manifeste. Il est transcendant.

 

La transcendance implique que la dynamique reste étrangère à l'objet qui la manifeste.

 

Le Rg Véda est un système de pensée qui implique lui aussi, l'immanence de tous les objets matériels. Non plus parce qu'une dynamique les anime (à la manière des Esprits); mais bien parce que l'objet matériel est la traduction, dans une forme individuelle, d'une dynamique première qui n'a pas de visage propre. Le Grand Tout (l'Etre Premier) est indéfectiblement présent dans chaque objet matériel.

 

Une immanence généralisée caractérise ce type de monisme, (système de pensée ou Tout est Un).

 

--------------------------------

Ces définitions philosophiques classiques (que j'applique dans la présente étude) s'écartent de l'utilisation qu'en font certains penseurs contemporains pour qui:

     - immanence  = mouvement de pensée qui part du matériel vers une dynamique (esprit ou dieu)

     - transcendance            = mouvement inverse; du créateur (le plus souvent) vers la matière

 

 201

[15] On traduit généralement le Ma'at par le terme grec αλήθεια (alèteia), qui en français donne "la vérité". Cette traduction en grec remonte au temps de Manéthon. Elle ne répond pas à la charge pharaonique qui doit, non pas proclamer une vérité, mais contraindre les conditions d'harmonie indispensables au bon déroulement de la vie des hommes. Il n'y a pas de "dogme" pharaonique (dépendant d'une vérité); il y a un bon ordre assuré.

 

[16] L'application future de "la flèche du temps" réhabilitée par Ilya Prigogine, pourrait renverser la donne et, tout en maintenant la liaison intrinsèque entre Espace et Temps, déterminer que c'est le Temps qui est premier, et que l'Espace en serait une dimension. Dans les deux hypothèses, "l'acte" de création qui suppose et un instant et un endroit, se situe après le moment zéro. Il n'est donc pas "création.

 

[17] J'ai développé la lecture de ces cartouches, dans la deuxième partie de cette étude:

            Moïse et son enseignement

 

[18] C'est d'ailleurs là le sujet de l'essai "Les Versets Sataniques" qui valut à Salman RUSHDIE de devenir l'objet d'une fatwa (mise à mort dans le monde entier) de la part des fondamentalistes musulmans

 

[19] A noter que le terme "sémitique" devrait, en principe, être réservé à un groupe linguistique, et non aux populations qui pratiquent ce type de langage. Cette remarque est importante dans la mesure où nous nous souvenons que c'est sur base d'une telle confusion, que le III Reich basait son idéologie "raciste" à l'encontre des Juifs.

[20] Rappelons les chronologies classiquement admises:

     Saül:                 1er roi hébreu,      ~1080 - ~1010

     David:              2è roi hébreu,      ~1010 -   ~970

     Salomon:        3è roi hébreu,        ~970 -   ~931

 

 202

[21] La création.

     J'ai développé combien le concept de création était insolite à l'époque de Moïse, tant en Mésopotamie qu'en Egypte. Les dieux antiques n'ont jamais été "créateurs".

     J'ai cru pouvoir relever que cette notion de création provenait de l'amalgame de concepts incompatibles. Celui de "dieu", (pluriel par essence, et appartenant à l'ordre naturel du monde) et celui jusqu'alors étranger d'Etre-Primordial et Cause-Première que l'on rencontrait le long de l'Indus.

     La fusion à donné un "dieu créateur"

 

 

[22] Les Indo-Européens:

     rapportés sous le nom hellénisé de Hyksos (Héka-khasout) par l'historien égyptien Manéthon,

     et dans la Bible "des hommes qui se déplaçaient à l'Orient et parlaient une autre langue …   [Gn XI]

 

 

[23] Il faudrait peut-être ici ajouter à la Vie et à la Pensée (toutes deux non-matérielles) notre rôle irremplaçable dans l' "Histoire" de l'Univers. Le Rg Véda laisse ainsi une place à la Responsabilité