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Etienne PETIT
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Cette page Web est Moise - prophete de l'Occident
 
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MOÏSE

prophète de l'Occident



Avant propos  

Je m'occupe de l'histoire de la pensée en Occident. Quelles sont les origines de cette pensée? Comment a-t-elle évolué selon les moules de la mythologie, des rites religieux, de l'élaboration philosophique et puis enfin des structures scientifiques qui l'auront caractérisée au fil du temps? C'est le parcours de cette pensée qui retiendra mon attention.
 
Les historiens auront alors beau jeu de prétendre que ma recherche est d'ordre philosophique – à comprendre dans le sens péjoratif de "spéculation" - , alors que les philosophes (ou théologiens) déploreront l'absence de structure à proposer dans un système cohérent.                                                                                                            [[1]]]
 
D'autre part, certaines de mes propositions pourraient laisser croire que je développe a priori des thèses que je m'efforcerai d'étayer par la suite, au cours des chapitres successifs de cet ouvrage. Ce n'est vraiment pas le cas.
 
J'ai déjà abordé les différents points qui construiront mon actuelle rédaction. J'ai moi-même été surpris des conclusions qui s'imposaient à la suite de ces études diverses. Je tiens simplement à rassembler en un seul ouvrage, des recherches qui se combinent dans des publications trop disparates à mon sens.                                                                   [[2]]
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Je demande au lecteur d'oublier que cette introduction – écrite à l'indicatif – prend, dans une lecture trop rapide, l'apparence d'affirmations. Je donne ici simplement le fil conducteur d'une étude dont le dédale peut risquer de paraître compliqué. Que chacune de mes propositions soit lue dans le contexte suivant:
-          j'ai été amené à constater que …
-          des documents historiques convergent à confirmer mon observation.
-          des recherches scientifiques annexes vont dans le même sens.
-          il est dès lors raisonnable d'affirmer que …
-          si ceci est établi, nous devons lire l'histoire de telle manière.
 
Dans cette manière de m'exprimer, je voudrais résumer le plan de ma présente étude, selon les quelques points suivants:
 
► Durant plusieurs milliers d'années, un accident climatique majeur (la glaciation de Würm) a isolé une toute petite partie de l'humanité dans une Bulle géographique aux frontières hermétiques. – Totalement hermétiques. –  Dans cette Bulle se sont structurées les premières communautés humaines qui auront servi de fondements à notre civilisation d'aujourd'hui. C'est au sein de cette Bulle – pourtant extérieure à notre Occident – que s'est élaborée la culture occidentale.                                                                                    [[3]]
 
► Les cours d'histoire proposent classiquement deux de ces communautés (la Mésopotamie et l'Egypte), passant sous silence la troisième organisation humaine de l'Indus. Quant à la Mésopotamie, elle est abusivement réduite aux deux fleuves et à l'Asie mineure, alors que son influence économique et culturelle s'étend sur l'entièreté de la péninsule arabique.
 
► C'est ici qu'intervient l'importante modification du climat – c'est la fin de la glaciation – et la désertification de vastes zones jusqu'alors assez fertiles. Nous sommes dans des temps historiques (IIIè millénaire) et les changements climatiques entraînent des bouleversements parmi les trois communautés humaines qui peuplent la "Bulle".
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 - Bouleversements internes de populations qui ne peuvent plus rester dans des territoires             devenus totalement inhospitaliers.

- Bouleversements externes dus au franchissement, par des étrangers (presque des                     extra-terrestres) de la frontière de glaces qui devient perméable depuis le recul de la              glaciation.
 
► Dans la Bulle, lorsqu'elle était encore hermétique, les trois populations connaissaient leurs existences réciproques et vivaient en relations très réservées et relativement pacifiques. L'arrivée d'autres hommes (Indo-Européens) venus par les montagnes de l'Est et du Nord, modifia profondément les relations entre les populations de notre Haute- Antiquité.

- Solidarité de défense envers ces étrangers  qualifiés d' "envahisseurs".            [[4]]
- Rencontre de cultures jusqu'alors fort étrangères les unes par rapport aux autres.
 
► La cartographie des cosmogonies dans la Bulle nous montre:

- Dans le Nord, l'image d'un monde avec sa part matérielle accessible à nos sens, et sa                 part  inaccessible d'où émanent les volontés de puissances divines occultes qui                     manipulent les hommes selon leurs bons vouloirs.

- Dans la contrée du Nil, la représentation d'un monde accessible à nos sens et enveloppé         d'un autre monde à partir duquel les dieux gouvernent les hommes dans l'harmonie et le         respect de la vie.
- Dans la région de l'Indus, le monde appréhendé par nos sens et celui qui nous échappe             appartiennent tous deux au même Univers. Ils obéissent aux mêmes lois, découlent                 d'une même cause et traduisent une même entité.
 
En Mésopotamie             il y a des hommes au service des dieux.
En Egypte,                       il y a des hommes gouvernés par les dieux.
En Indus,                          il y a un Etre Primordial et une Cause Première.
 
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► L'irruption d'étrangers au sein de ces trois cultures jusqu'alors indépendantes, provoqua leur rencontre … et l'amalgame des trois cosmogonies.                                            [[5]]
 
La XVIIIè dynastie pharaonique, - depuis Hatshepsout jusqu'à la dynastie suivante - nous retrace la perturbation de pensée occasionnée par la proximité de la culture Indusienne. Le schisme d'El Amarna marque le paroxysme de cette perturbation, mais n'a plus de réelle conséquence aujourd'hui.                                                                                               [[6]]
 
Moïse, et sa création de l'Etat hébreu dans la vallée du Jourdain, est également un autre reflet de l'amalgame des trois cultures de la Haute-Antiquité dans la Bulle. Mais son enseignement reste, aujourd'hui encore, d'une cruelle actualité dans les trois directions qu'il a prises au cours de 33 siècles d'histoire, avec le Judaïsme, les christianismes et l'Islam.
 
Je voudrais proposer ici, l'évolution et les accidents de cette pensée qui ont forgé l'Occident. Dans une étude plus élaborée – publiée sous le titre de "Mosaïques" – j'ai longuement décrit les méandres de ma recherche, avec le détail et les lectures de ses nombreuses sources.
 
L'enfilement des six publications sur Moïse, montrent clairement mes hésitations, certaines conclusions provisoires souvent démenties par la suite, l'ébauche d'hypothèses. Je me suis efforcé de toujours tenir mon avis personnel à l'écart de ce laborieux itinéraire de recherche. Et j'ai bien entendu maintenu les apparentes contradictions qui ont guidé mon approche globale de Moïse au cours du temps. C'est le parcours de mes recherches qui m'a semblé intéressant, bien plus que les résultats.
 
Je voudrais aujourd'hui établir l'état des lieux. Que savons-nous – et que ne savons-nous pas – sur Moïse et son enseignement? Comme je désire alléger la présente mise au point, j'en ai diminué autant que possible, et les sources et les références qui se retrouvent in extenso dans la recherche de base "Mosaïques". Et, toujours dans un souci de facilité de lecture, j'ai rassemblé les notes en appendice au corps du texte.
 
 
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Géographie de notre Haute-Antiquité
 
 
Les cours d'histoire, généralement proposés au début des études secondaires, sont reprisf dans le cycle littéraire des études supérieures suivant un schéma strictement identique. Avec les orientalistes purs et durs qui concentrent leurs études sur la Mésopotamie, et les Egyptologues qui se cantonnent dans la vallée du Nil.
 
La Mésopotamie est ainsi quasiment superposée à l'actuel Irak, tandis que – suivant la belle image d'Hérodote – l'Egypte reste strictement confinée dans sa vallée.
 
De nombreux historiens situent ces deux régions dans une géographie très contemporaine. Il n'est ainsi pas rare que l'on décrive la Haute-Antiquité - que nous nous approprions au passage – comme le carrefour privilégié entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique.
 
Il n'est pas rare non plus que les historiens situent leurs recherches dans l'environnement climatique – donc très aride - d'aujourd'hui. C'est ainsi par exemple que le commentaire relatif à un document de la XIè dynastie pharaonique (~2000) et découvert entre le Nil et la Mer Rouge – à l'encontre de l'affirmation du texte – insiste sur l'impossibilité de transformer les vallées de cette région en zones vertes, et d'y réaliser une grande offrande de bœufs et de gazelles. Et les auteurs d'ironiser: "Pour des gazelles, passe encore, mais des troupeaux de bœufs en plein désert …" Alors qu'en ~2000, la zone était relativement fertile. [[7]]
 
La transposition des pays du Moyen Orient dans la structure géographique d'aujourd'hui crée en outre une vaste tache vide – un trou - sur toute l'Arabie. Or, la péninsule arabique formait le cœur de notre Haute-Antiquité.
 
La géographie contemporaine commet enfin l'énorme oubli de la plaine de l'Indus qui, absente il est vrai des collections en nos musées, n'en a pas moins fondamentalement marqué notre manière de penser, dans les théologies d'aujourd'hui très précisément.
 
Il n'y a pratiquement aucun point commun entre les paysages et climats actuels et ceux de la fin du IIIè millénaire. Il n'y a surtout aucune comparaison possible entre les limites du monde d'alors, et les frontières d'aujourd'hui.
 
Il nous faut ici tout reprendre à zéro.
 
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A quelle époque commençons-nous notre histoire?
 
La question s'impose car la situation des événements dans le temps est source de beaucoup de malentendus, voire d'erreurs. Il me paraît très important de toujours garder présent à l'esprit que la recherche historique prend l'aventure humaine au vol, en cours de route. Et l'unité de temps est tout à fait différente selon qu'il s'agit:
-  de la présence des hommes avant l'Histoire (la préhistoire),
-  ou de l'époque durant laquelle s'établissent les sociétés humaines suivant les structures                 qui leur resteront propres (la Haute-Antiquité),
-  ou des temps où nous situons des événements et des personnages précis (l'Histoire).
 
Sans le moindre accent péjoratif ici, la préhistoire s'intéresse à l'animal humain. Il s'agit d'un primate supérieur qui réunit les potentialités qui lui permettront d'un jour devenir un homme, mais qui ne se différencie pas encore vraiment des autres animaux.
 
Nous retrouvons les traces d'hominiens depuis des temps qui se mesurent en centaines de milliers d'années. (x00.000 d'années). Le x représente sans doute un nombre entre 25 ou 30, ce qui ajoute un zéro supplémentaire au comput des temps préhistoriques. Sans entrer ici dans le dédale de la paléontologie, les traces de l'animal à potentiel humain se retrouvent principalement dans le système géologique de la période Pléistocène de l'ère Quaternaire, soit à partir de près de deux millions d'années (1,87Ma pour être précis). Mais quelques vestiges ont été trouvés dans des couches géologiques encore antérieures. On estime ainsi que les plus vieilles traces d'hominiens remontent à plus de deux millions et demi d'années.
 
Nous ne sommes pas encore en Histoire. Simplement quelques traces d'un animal qui privilégie la station debout, facilitant de la sorte le développement du volume de sa boîte crânienne. L'habitat des hominiens est souvent ponctué de traces de feu. Autour des sites, on retrouve couramment des éclats (nuclei) qui attestent de manufactures de pierres ou d'os. Ces objets ne forment pas des "documents" à proprement parler. Ils ne racontent rien en dehors de leur seule réalité.                                                                                     [[8]]
 
De l'ère Quaternaire, en ce qui concerne la présence des hominiens sur terre, nous retiendrons principalement l'époque du Pléistocène Supérieur qui couvre les périodes de ~125.000 à ~10.000 ans. Ce n'est dès lors plus en centaines de milliers d'années que se compte le temps, mais en dizaines de milliers. La fin de cette très longue période (à partir de ~30.000) est ponctuée en Europe par la décoration de grandes parois rupestres.
 
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C'est l'exemple des grottes Chauvet (estimée à ~30.000), Lascaux (estimée à ~17.000), Altamira en Espagne (~13.500). A noter immédiatement que les quinze à vingt mille ans qui séparent Chauvet d'Altamira représentent le triple de la durée totale de notre Histoire. Nous sommes toujours en des durées géologiques, au delà d'une véritable histoire des hommes.

Il ne faut pas assimiler les grandes fresques d'Europe aux figurations sur rochers retrouvées au Tassili, dans le Sahara. Nous verrons plus loin que les décorations rupestres européennes ont sans doute été réalisées par une espèce maintenant totalement éradiquée de la planète, tandis que les dessins du Tassili seraient plus tardifs et témoigneraient d'une présence vraiment humaine, quand le Sahara n'était pas encore complètement désertifié.
 
Nous sommes toujours en paléontologie, et il me semble abusif de déjà citer des "hommes". Les grandes décorations rupestres que nous venons d'évoquer témoignent, sans nul doute, d'une conscience artistique très évoluée. Une telle conscience suppose évidemment un mouvement de retour de la conscience sur soi-même (la Réflexion de Conscience).  Les populations de Chauvet, Lascaux ou Altamira nous laissent ainsi les traces d'une évidente percée dans la Réflexion. Les statuettes qualifiées de Vénus - dont les plus anciennes doivent dater de ~15.000 - démontrent l'intention de l'artiste d'animer son objet d'une présence au delà de sa seule réalité. C'est un acte d'authentique réflexion.
 
Mais il me semble judicieux de ne parler de véritable humanité, qu'après la percée définitive de la conscience dans son processus de réflexion. Et là, il nous faudra encore attendre quelques milliers d'années.
 
A la fin du Pléistocène supérieur (entre ~40.000 et ~20.000), deux espèces différentes de primates avaient atteint le seuil de la Réflexion de Conscience qui différencie les hommes des autres individus vivants. Pour simplifier, je citerai le pré-homme dont le portrait-robot serait l'Homme de Cro-Magnon, et un autre type de pré-homme, dont l'industrie nous semble très raffinée, et que nous appelons Neandertal. Mais le pas est souvent très grand, et difficile à franchir, entre la potentialité et sa réalisation.
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Je propose ici deux "espèces" différentes, désireux d'insister sur la non-parenté de ces deux humanoïdes entre eux. Une même espèce, en biologie, est caractérisée par l'interfécondité de ses diverses variétés. Or nous n'avons jamais retrouvé de traces de métissage, ni même de sites préhistoriques partagés entre des Cro-Magnon et des Neandertal.   
 
C'est sans doute un indice – certainement pas une preuve – que les deux types d'hominiens ne se fréquentaient pas. Au même titre qu'un même territoire n'est jamais partagé par des espèces cousines du même étage dans l'évolution. L'exemple des grands singes, nous montre que, s'il y a des chimpanzés, il n'y a pas de gorilles. S'il y a des gorilles, il n'y a pas d'orangs-outangs. etc. … Il semble que l'on puisse observer que s'il y avait des Neandertal, il n'y avait pas de Cro-Magnon.
 
D'autre part, s'il est très généralement admis que l'origine primitive de l'Homo sapiens (dont nous sommes les descendants) se situe dans les savanes africaines, nous n'avons jamais trouvé de site Neandertal en Afrique.
 
Ces divers indices convergent à distinguer deux espèces différentes parmi les candidats à l'hominisation – la Réflexion de Conscience - à la fin de l'ère Quaternaire, juste avant le début de la dernière grande glaciation.
 
L'observation réfléchie d'un homme se différencie du regard des animaux, en ce sens que l'homme ne se contente pas d'enregistrer ce qu'il découvre. L'homme s'intègre à son observation et élabore les stratagèmes qui lui permettront de tirer parti de l'objet observé. Aucun paysage naturel, par exemple, n'est apte à abriter une cité. Mais par sa réflexion de conscience, l'homme aura la faculté d'estimer la présence pèle mêle des ingrédients qu'il juge indispensables, (eau, accès, disposition des terrains, …) et puis d'élaborer et enfin de mettre en œuvre les adaptations (foraison de puits, élévation de digues, etc …) qui lui permettront de finaliser son projet. Il inventera ainsi un paysage susceptible de supporter l'agglomération urbaine  qu'il aura imaginée.

Le regard de la réflexion enrichit l'objet observé de l'intention de l'observateur.
 
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Les objets qui marqueront la présence d'un homme réfléchi seront empreints de l'intention qui les aura façonnés. Les traces deviennent dès lors des documents puisqu'elles nous traduisent – de manière encore compréhensible par nous - l'intention qui aura présidé à leur réalisation. Un mur deviendra une enceinte. Une fosse deviendra une tombe. Une parure deviendra l'attribut d'une valeur sociale.
 
Et lorsque dans une simplification extrême, on fait coïncider les débuts de l'Histoire avec l'écriture (qui en est le critère généralement admis), ou avec la sédentarisation des populations, nous déplaçons la véritable charnière qui a fait basculer l'hominien vers l'Homme. Il est vrai que les activités sédentaires de semailles, d'élevage ou d'industrie supposent une intention préalable qui aura signé un comportement réfléchi. De même le rassemblement du bétail en troupeaux (alors que les bergers, par fonctions, ne se sédentariseront pas …). De même, évidemment, la rédaction d'un texte.                 [9]]
 
Dans un processus analogue, - mais nous y reviendrons plus longuement – il y aura l'attribution d'intentions aux puissances occultes (à l'image de la réflexion humaine de conscience) et l'organisation de ces puissances en sociétés. Les dieux et leurs sociétés sont nés avec la réflexion de conscience humaine.
 
C'est à l'époque de jointure entre le Pléistocène supérieur et l'époque géologique actuelle (l'Holocène) – vers ~10.000 - que l'ensemble de l'humanité, répartie déjà sur la quasi-totalité de la planète, a franchi de manière irréversible le cap de la réflexion de conscience, et sa nouvelle façon de regarder les objets pour en tirer profit.
 
Nous ne parlerons pas de phénomène "brutal". Ce transfert d'un regard extérieur vers un regard intériorisé (réfléchi) s'est effectué d'une manière plus lente qu'on ne l'avait initialement imaginé. On avait proposé une "Révolution" néolithique; on se rend compte actuellement que le cap d'hominisation couvre généralement plusieurs milliers d'années. Entre les temps anciens (paléolithiques) et l'ère nouvelle de conscience réfléchie (néolithique), se situe une période intermédiaire très malencontreusement appelée "Mésolithique". Malencontreusement, dis-je, car ces appellations se réfèrent à des industries de la pierre (…lithique) qui n'ont souvent aucun rapport avec l'évolution de la conscience.
 
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Mais compte tenu des deux millions d'années qui auront été nécessaires pour préparer un primate à devenir un homme, une étape qui se franchit en moins de cinq mille ans par l'ensemble planétaire de la population, doit tout de même être considérée comme extraordinairement rapide. Le cap d'hominisation s'est ainsi franchi très rapidement, et simultanément un peu partout sur notre planète Terre.
 
Seulement voilà. Depuis ~21.000, et ce jusque ~2.500 environ – donc en pleine époque  cruciale pour l'humanité – un événement banal en géologie a complètement bouleversé le déroulement uniforme du cap d'hominisation. Un refroidissement important de toute l'hémisphère Nord de la Terre, a étalé la calotte polaire. Et les glaces ont recouvert la plus grande partie de l'Europe et les vastes plaines septentrionales de l'Asie. C'est vers ~15.000 que l'on s'accorde à situer le pic de cette phase de froid qui porte le nom de "Glaciation de Würm". La banquise s'est alors élargie jusqu'aux flans Nord de la chaîne ininterrompue de montagnes, qui court de l'Espagne jusqu'à l'Himalaya. Nous avons dans l'ordre: les Pyrénées, les Alpes, les Carpates, le Nord de l'Asie Mineure, les Monts Zagros et les hauts plateaux de l'Iran jusqu'aux contreforts de l'Himalaya.
 
Les glaces combinées à l'altitude des reliefs formaient alors un rempart infranchissable, avec une part d'humanité dans un Sud bien tempéré (voire chaud) et une autre part d'humanité dans les vastes plaines froides du Nord.
 
La formidable masse de la banquise (plus de 300 mètres d'épaisseur en moyenne, totalisant plusieurs millions de Km³ de glace) sur des territoires aussi vastes, entraîna un abaissement notable du niveau général des eaux marines, compensé partiellement, il est vrai, par l'enfoncement des continents sous le poids des glaces. On évalue toutefois à 120 mètres la baisse générale de niveau des eaux marines. Et le passage pouvait alors se faire à pied entre l'Asie et l'Amérique du Nord, par le détroit de Béring.
  
Une autre conséquence de ce stockage de glace, est un apport d'air frais sur des terres aujourd'hui grillées par un ensoleillement que rien ne tempère. Ainsi, toute la bande qui, à la hauteur du Sahara, court de l'Océan Atlantique (au Maroc) jusqu'à la plaine méridionale de l'Indus (sur le flan Sud de l'Himalaya), formait une région tempérée. Et assez bien peuplée.
 
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Les 18.000 ans de la glaciation donneraient à penser à une évolution lente d'un refroidissement du climat, de ~21.000 à ~15.000, et puis d'un réchauffement progressif jusqu'à la fin de la glaciation. Il n'en est rien.
 
Les épisodes de changement climatiques ont laissé des cicatrices de très grande violence. Des débris d'insectes (des coléoptères pour la plupart) trouvés dans une couche géologique en bordure de Seine, et datée avec précision de ~12.400 à ~12.300 (soit tout juste un siècle), nous démontrent une hausse moyenne des températures estivales dans l'hémisphère Nord de … 15° centigrades. C'est comme si le climat du Caire s'était installé à Paris en un siècle de temps. C'est un bouleversement d'une violence que nous n'avions jamais envisagée. Et si nous avons retrouvé des traces d'une telle violence durant la phase de récession de la glaciation, nous pouvons raisonnablement envisager une brutalité de même acabit durant sa phase d'installation.                                                                [[10]]
 
Violence telle qu'un des deux candidats à l'hominisation n'y a pas survécu. Cantonné, semble-t-il en Europe, le Neandertal se trouvait donc aux premières loges pour affronter de plein fouet les rigueurs des changements brutaux du climat.
 
Les fragments de son squelette découverts par nos paléontologues, témoignent d'une constitution beaucoup plus fragile que celle de l'Homo sapiens. Ce dernier occupait un territoire beaucoup plus étendu sur la planète, ce qui diminuait la portée d'un événement relativement local (tout est relatif !). D'autre part, la robustesse de sa constitution l'avait davantage préparé à résister aux rigueurs de tels bouleversements dans son environnement.

- La glaciation de Würm a ainsi éradiqué le Neandertal par une vague de froid qui affecta             toute l'hémisphère Nord de la Terre.
- Elle a rendu fertile l'énorme bande aujourd'hui désertique qui court du Maroc à l'Indus.
- Elle a enfin totalement isolé, par des frontières de glaces et de déserts, cette petite partie         de l'humanité que nous revendiquons pour notre Haute-Antiquité.
 
La géographie entre ~10.000 et ~7.500 nous propose une large bande lacustre dans une région tempérée, (puisque rafraîchie par la calotte glaciaire relativement proche). Elle occupe tout le Nord de l'actuel Sahara, de la côte méditerranéenne jusqu'à la profondeur du Sud de l'Algérie. Les lacs y sont poissonneux. Ils couvrent des superficies de centaines de kilomètres carrés. (On évalue le Lac Tchad de cette époque à 100.000 Km².) Ils abritent des crocodiles et des hippopotames. Ils sont bordés de roseaux et de papyrus.
 
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Entre les lacs: antilopes, buffles, éléphants, rhinocéros, phacochères, lions et chacals. Cette zone fertile occupe un tiers du Sahara actuel, avec un Sahel qui ne débute qu'à la latitude des fleuves Sénégal et Niger. Et la population "humaine" de cette région est nombreuse.

J'ai écrit humaine entre guillemets, car il semble que nous soyons juste à l'époque charnière où l'Homo sapiens passe son cap d'hominisation. Ainsi, les gravures du Tassili témoignent-elles sans doute de la phase de sédentarisation de ces populations.
 
On estime que la plaine lacustre et fertile que je viens de décrire (autour de ~7.500) s'est désertifiée en moins de trois mille ans. Avec un sauve-qui-peut général des populations, au Sud du 17è parallèle, et vers les contrées atlantiques. Une parcelle de ces populations a peut-être trouvé refuge dans la vallée du Nil.
 
Il faut toutefois relever un apparent paradoxe. Un premier réchauffement de la glaciation se situe au XIIIè millénaire. C'est le tournant – brutal, comme nous l'avons vu  - qui inverse le mouvement de refroidissement vers celui d'un réchauffement. Avec moins de brutalité, la glaciation perd de sa rigueur jusqu'au IXè millénaire. Vers ~8.500, le réchauffement de l'hémisphère Nord aura pour conséquence que les glaces, toujours infranchissables par delà les montagnes du Nord, ne suffisent plus à tempérer la zone Saharienne entre le Maroc et le Nil. La plaine lacustre s'assèche complètement. Le Sahara devient un désert. De même que, au Sud de l'Indus, toute la région du Thar.
 
La désertification du Sahara s'est un peu ralentie à la hauteur du Nil, mais surtout de l'Océan Indien et de ses deux bras (la Mer Rouge et le Golfe Persique) qui jouèrent leur rôle de volants thermiques. C'est ainsi qu'au cinquième millénaire (vers ~4.500) et jusqu'aux environs des années ~2.000 (nous en avons des témoignages humains), la bande égyptienne entre le Nil et la Mer Rouge, de même que toute la péninsule arabique continuèrent à bénéficier d'un climat fort comparable à l'actuel climat atlantique du Sud de l'Europe (Portugal et Espagne).        
 
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Les conséquences du recul de la glaciation sont ainsi paradoxales. Les populations jusqu'au Nil, se voient désormais complètement coupées, mais par le Sud cette fois, des régions africaines. La frontière des montagnes du Nord reste envahie par les glaces, et une nouvelle frontière de désert – tout aussi infranchissable que celle des glaces – isole désormais complètement les trois populations prisonnières dans leur Bulle.
 
Alors que de ~10.000 à ~7.000, il y avait encore une très théorique possibilité de passage entre les populations de notre Haute-Antiquité et de très rares voyageurs venus d'Afrique ou d'Asie par le couloir de l'Ouest de l'Inde, il n'y eut strictement plus aucune relation – plus aucune – durant les époques que nous situerons entre ~5.500 et ~3.500.
 
C'est pourquoi, lorsque nous prenons l'aventure des hommes en cours de route – puisque nous découvrons les premières civilisations sédentarisées vers ~3.400 – il nous faut tenir compte du climat tempéré dans la zone où nous situons notre Haute-Antiquité.
 
- L'Egypte ne se limite pas à la vallée du Nil (comme au temps d'Hérodote),
        et son territoire habitable s'étend jusqu'aux rivages de la Mer Rouge.           [[11]]
 
- L'Arabie d'aujourd'hui est une vaste terre de pâturages, avec une population nombreuse,
        mais toujours nomade en fonction de son activité spécifique: la garde des troupeaux.
 
- Et dans cette zone tempérée, il ne nous faut pas oublier la plaine de l'Indus,
        bien protégée derrière la mangrove de son Delta,
        et bien abritée sous la barrière Nord de sa chaîne Himalaya.
 
La géographie ainsi comprise nous montre une singularité. Entre la désertification rapide du Sahara (entre ~7.500 et ~5.000), et la fin totale de la glaciation (~2.500), Egypte, Arabie, Mésopotamie (jusqu'aux rivages extrême-Est de la Méditerranée) et l'Indus, se sont trouvés totalement isolés des groupes humains du reste de la planète.
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Il est faux de présenter la Mésopotamie et l'Egypte au carrefour entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique. Loin d'être un carrefour, ces pays étaient enfermés dans une Bulle hermétiquement close par les glaces au Nord, par des déserts et l'océan Indien au Sud.
 
Il est faux d'ensuite présenter Egypte et Mésopotamie en dehors de leur partenaire d'Indus.
 
 

 
 
 
 

 
 
 
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Chacune des trois régions se trouvait de la sorte aux extrêmes bouts d'un monde total, au delà duquel il y avait certes d'autres contrées, mais dans un autre univers, absolument inaccessible aux hommes. Au delà de la Mésopotamie, les montagnes du Nord recouvertes de banquises. Au delà de la plaine de l'Indus, la barrière infranchissable de l'Himalaya et le désert tout aussi infranchissable du Thar. Et au delà du Nil, l'immensité d'un Sahara jusqu'à l'infini d'un Ouest inaccessible. Au centre, un véritable "continent" d'Arabie, encerclé par la mer.
 
Les rivages (Méditerranée, golfes et océan) n'ont jamais représenté, pour les Anciens, des portes ouvertes vers un inconnu à découvrir. Ils ont toujours, au contraire, représenté la limite absolue de la terre des hommes. Il semble que la seule population ancienne à s'être aventurée sur les mers, se résume à quelques rares marins venus de Mésopotamie, mais dont la navigation se limitait au cabotage le long des côtes de la péninsule arabique. Il y eut ainsi quelques échanges entre la Mésopotamie et ses partenaires d'Indus et d'Egypte.
 
Des documents archéologiques – des sceaux, entre autres – nous confirment ces échanges entre la Mésopotamie et les comptoirs d'Indus au Sud-Est de l'Arabie; ainsi qu'en Egypte qui importait de Mésopotamie des éléments de décorations architecturales.
 
Il y avait de rares – mais régulières - ambassades entre l'Egypte et ses deux partenaires. (L'établissement de ces ambassades fera en partie l'objet de mon présent article.) Les Egyptiens ont quelquefois disputé aux populations mésopotamiennes – les Sémites - les mines du Sinaï à la frontière terrestre entre le pays du Nil et celui des deux fleuves. Mais sans plus.
 
Les trois populations de la Bulle de notre Haute-Antiquité connaissaient leurs existences réciproques. Mais les échanges sont toujours restés très limités, et nous pouvons envisager la coexistence de trois populations indépendantes.
 
A l'époque des sédentarisations intensives dans les vallées – premiers établissements élamites en Mésopotamie, époque pré-dynastique en Egypte, et Mehrgarh en Indus – l'absence de toute référence à des populations extérieures à la Bulle confirme l'isolement absolu des trois poches d'humanités, par rapport aux autres populations de la planète.
 
Jusqu'aux époques de ~2.500, notre Histoire – ou du moins, celle que nous nous approprions – devra rester strictement confinée dans cet univers totalement clos que je viens de nommer "La Bulle".

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Constitution des sociétés de la Haute-Antiquité
  
La distinction que j'ai établie entre traces et documents présente l'intérêt de laisser une passerelle entre l'Histoire proprement dite, et les périodes qui l'auront précédée.
 
Cette démarche est particulièrement intéressante dans "La Bulle" de notre Haute-Antiquité, où nous avons un déséquilibre entre des traces spécifiquement écrites et d'autres documents. En Egypte, nous avons des textes datant de la construction des grandes pyramides (vers ~2600) et même des écrits funéraires pré-dynastiques. Ceci nous fait commencer l'Histoire bien avant ~3000.
 
En Mésopotamie, le royaume de Sumer nous a laissé des textes à partir de ~2500; alors que la première civilisation d'Elam nous avait déjà  laissé quelques inscriptions. L'Histoire, ici aussi, commence dès le début du troisième millénaire.
 
Les textes primitifs de l'Indus ne sont pas encore lus aujourd'hui. Ils sont très nombreux – équivalents aux littératures grecque et romaine réunies – mais rédigés dans une écriture de type hiéroglyphique qui n'est toujours pas déchiffrée. A prendre l'écriture comme point de départ de l'Histoire, il nous faudrait alors attendre le repli des premières invasions indo-européennes, et les inscriptions en sanskrit, y compris les transcriptions des textes anciens de la culture indusienne, dans la langue – et donc la culture - des envahisseurs.
 
Notre Haute-Antiquité se serait alors structurée autour des deux civilisations historiques (Egypte et Mésopotamie), et d'un foyer préhistorique (Indus); ce qui n'a évidemment pas beaucoup de sens. D'autant plus que, selon la documentation en notre possession, l'Indus semblait abriter une véritable civilisation qui suscitait le plus grand respect de la part des Anciens (des Egyptiens en tout cas).
 
Si nous acceptons de débuter l'Histoire, non plus avec l'écriture, mais avec tout document (trace nous relatant, de manière encore compréhensible par nous, l'intention qui aura présidé à sa réalisation), l'Indus, comme les deux communautés qui se développent de pair avec lui, trouve également sa place dans notre histoire dès le début du troisième millénaire.
 
De la civilisation dite de Mehrgarh par exemple (en Inde du Nord-Ouest), les fouilles menées depuis 1974 semblent dégager une lente évolution qui couvre quatre millénaires et demi (de ~7.000 à ~2.500). Les seuls vestiges dont nous disposons sont des fondations d'agglomérations. Les modifications de leur agencement au cours de périodes géologiques situées les unes par rapport aux autres, nous permet de lire ces constructions comme un glissement d'activités typiquement villageoises vers l'organisation d'une structure urbaine, qui sera  nettement définie à partir de ~2.500.
 
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Nous quittons dès lors le simple vestige préhistorique. Les fondations de cette cité deviennent de véritables documents lorsqu'elles nous racontent ainsi - partiellement sans doute - l'histoire de ses habitants. Ce ne sont plus de simples traces: nous devons les lire comme des documents. Nous entrons en Histoire.
 
Les vestiges plus tardifs de Mohenjo-Daro et de Harappa, de par leurs structures-mêmes, témoignent d'une organisation urbaine très poussée avec, sur le haut de la cité, une forteresse, des greniers, des bains et des édifices à vocation sans doute religieuse.
-   Le haut de la ville représente ainsi le secteur public.
-  Dans le bas, nous trouvons des habitations privées, des ateliers d'artisans ou des                         boutiques de commerçants. Le tout inséré dans un quadrillage très strict des voies                 de communication.
 
Et – c'est ici que ces vestiges deviennent de véritables documents – les états successifs de ces structures urbaines témoignent d'un pouvoir fort avec l'autorité suffisante pour imposer ces réaménagements.
 
D'autre part, les modifications apportées dans la conception des cités, entre les villes de l'époque de Mehrgarh (avant ~2500) et celles de l'époque de Harappa, témoignent de modifications dans la mentalité des habitants (ou des maîtres des lieux). A l'époque ancienne (Mehrgarh), aucune trace de place fortifiée, et aucune trace non plus de clivage entre un secteur public et un secteur privé.
 
Mohenjo-Daro nous raconte – et c'est là bien une "histoire" – l'installation d'une organisation plus pragmatique et les visées nettement moins pacifiques des nouveaux maîtres. L'oppidum qui surplombe la ville en témoigne. C'est l'arrivée des Indo-Européens.
 
Toutefois, dans les trois poches de cette Haute-Antiquité – tant en Mésopotamie qu'en Indus, et même en Egypte (mais dans une moindre mesure) - les documents dont nous disposons ne nous racontent une histoire continue qu'à partir du milieu du troisième millénaire (~2.500). C'est malheureusement fort tard car les sociétés prisonnières de la Bulle sont déjà bien organisées à cette époque.
 
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Or, il me semble important de chercher à comprendre comment, dès leur origine, elles ont pris la forme structurelle dont elles ne se départiront jamais. C'est une idée que je défends à la manière d'un postulat: "pour comprendre aujourd'hui, je dois avoir compris hier". Et "hier" doit remonter jusqu'à son origine. Il y a toujours un continuum dans une civilisation.
 
Les idées ne laissent souvent les traces d'aucun élément matériel. Les textes qui nous relatent la manière dont les populations primitives envisageaient leur vie, leur place dans leur monde, leurs attitudes face aux inconnus, datent tous d'une époque très tardive par rapport à la mise en place de ces conceptions. Il nous faudra dès lors nous référer aux traditions qui, très souvent hélas, nous auront relaté ces grands concepts, mais déjà intégrés dans les structures de sociétés très organisées.
 
C'est à travers les récits traditionnels de Sumer – société déjà superposée à celle d'Elam – que nous pourrons partiellement découvrir les fondements de la mentalité mésopotamienne, mais à travers le filtre d'une interprétation indo-européenne.                                    [[12]]
 
C'est à travers l'organisation déjà très structurée de rites funéraires que nous pourrons approcher la conception officielle – et non pas individuelle – qui prévalait en Egypte.

La recherche sera plus compliquée en Indus, puisque nous n'avons pas encore accès à la pensée dans ses formulations originales. Nous n'approchons l'Indus qu'à travers les transcriptions tardives (vers ~1700), en concepts étrangers, indo-européens.

Le mode de transmission des récits traditionnels nous donne déjà de précieux renseignements. Les Sémites s'expriment volontiers en termes d'allégories. L'ensemble de la cosmologie mésopotamienne nous est parvenue à travers des récits oraux très imagés.

 
Dans une étude précédente sur Dieu (Allégories et concepts), j'ai attiré l'attention sur un processus largement décrit par Paul DIEL. Une image originelle sert à illustrer un concept souvent abstrait. C'est le buisson ardent ou la voix qui descend du ciel. Cette technique permet – par une méthode strictement orale - de visualiser des données qui ne sont pas toujours évidentes.
 
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Il est ensuite fréquent que le concept abstrait ne soit plus perçu qu'à travers l'image qui l'aura illustré. Cette image alors devient une allégorie.
 
Reprenons l'exemple du buisson ardent. L'image, dissociée de sa signification allégorique, perd dès lors toute sa signification. On oubliera très vite que le foyer ardent (braise ou feu), était le symbole de l'Etre Primordial.
 
Un pas supplémentaire peut ensuite transformer l'image et la concrétiser dans sa matérialité. Après être devenue une allégorie, l'image devient alors un mythe. C'est l'exemple du "poma" (le fruit) cueilli par Eve au paradis terrestre. Etait-ce une pomme? De très doctes Pères de l'Eglise ont défendu sérieusement la thèse d'une figue. … Le sexe des anges entre dans le même processus de mythisation d'allégories qui illustraient initialement des êtres pensants (peut-être réfléchis) qui n'étaient pas des humains.
 
L'orbite mésopotamienne – que je qualifierai de "sémite" – utilise principalement une transmission "orale", avec risque important de transformer les images en allégories, et les allégories en mythes.
 
La géographie qui abrite les Sémites explique partiellement la préférence accordée à la tradition orale. Une part seulement des gens se sont sédentarisés le long des deux fleuves. La fraction la plus importante de la population que nous devons rattacher à la Mésopotamie, nomadise dans de très vastes régions, en Asie Mineure et dans la péninsule arabique. La vie nomade (ou semi-nomade) privilégie évidemment la tradition orale par rapport à l'ornementation de complexes architecturaux. Dans cette optique, le texte écrit sur support léger (parchemin) représentera une alternative aux récits purement oraux.
 
La géographie du Nil change quelque peu la donne. Il y avait bien quelques bergers égyptiens. Mais une part beaucoup plus importante de la population était regroupée en cités. L'écriture ornementale a dès lors pris le pas, comme mode de transmission, sur le récit oral. Et dans ce mode égyptien de transmission, la part graphique s'est taillé la part du lion.                                                                                 [[13]]
 
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Des concepts à l'origine abstraits, comme "dieux", "vie" ou "harmonie" ont pris forme, et très souvent visage humain. Ils ont à leur tour, dans un processus autre que celui de la transmission orale, été représenté par une image. Et cette image est rapidement devenue allégorie dans un rituel de représentations qui restera presque immuable tout au long des trois millénaires de l'histoire pharaonique. La plupart du temps, l'image restera l'image, et ne deviendra pas la réalité matérielle telle que rencontrée dans le mythe. Le plus souvent, la statue du dieu restera sa statue, et ne deviendra que très rarement le dieu lui-même.
 
 Une image d'ailleurs par trop ressemblante à son modèle, aurait risqué d'en devenir un "ba", une sorte d'abri matériel de rechange capable d'héberger l' "âme" (terme impropre ici) de l'objet ou de la personne représentée. Il est à ce propos intéressant de remarquer qu'en dépit d'une faculté d'observation peu commune, le hiéroglyphe représentant l'abeille est toujours représenté avec quatre pattes, pour qu'il ne puisse sans doute jamais servir de ba.
 
La tradition de l'Indus ne nous est pas parvenue directement. Puisque nous ne sommes toujours pas capables de lire les hiéroglyphes indusiens, nous sommes contraints de nous en remettre aux traductions en sanskrit, de ce qui est considéré comme les textes religieux et philosophiques fondamentaux.

Le premier monument littéraire sanskrit qui nous soit parvenu est le Rg Véda. C'est une anthologie d'hymnes religieux composés dans le Nord-Ouest de l'Inde. On ignore les dates de sa composition. Les textes du noyau le plus ancien du Rg Veda (livres II à VII) sont rédigés en un sanskrit très archaïque que la comparaison avec les autres dialectes indo-européens invite à situer au début du IIè millénaire. (L'étude philologique des traits de la langue nous permet d'en esquisser une chronologie relative.)

La rédaction du corpus principal du Veda a dû se répartir, de façon continue, sur plus d'un millénaire, entre les XVIIIè et VIIIè siècles. Toutefois, certaines strophes semblent être la mise par écrit de compositions orales du IIIè millénaire déjà, tandis que certaines Upanisad (commentaires) sont postérieures au VIIIè siècle.


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Les cosmogonies

Est-il possible, sur base des documents les plus anciens – donc les moins contaminés par la nouvelle structure indo-européenne qui finira par submerger toute la Bulle géographique de la Haute-Antiquité – est-il possible de dégager les grandes lignes directrices d'une pensée développée séparément dans les trois civilisations urbaines (et fluviales)?

Dans ce type d'interrogation, les diverses représentations du monde (les cosmogonies) me semblent un élément de très grande stabilité. Les nouvelles connaissances humaines ne modifient généralement pas les récits traditionnels qui racontent "le monde".

C'est ainsi qu'à notre époque, nous n'avons toujours pas de tradition quantique pour nous raconter les débuts de l'Univers. La théorie du "Big-bang" se cantonne dans les formules mathématiques qui tentent de le décrire; et le récit biblique de la création continue à former la base de notre représentation du monde.

C'est pourquoi les cosmogonies antiques me semblent une excellente source pour comprendre la mentalité fondamentale d'une population. Elles nous racontent le monde, tel que perçu par les hommes, et la manière dont ils peuvent s'en servir. Elles racontent également le Mystère au delà du monde, et la position de l'homme par rapport à cet inconnu. C'est le résultat du regard réfléchi posé par l'homme sur son environnement, dans l'intention d'en tirer un parti optimum.

Les récits sur les débuts du monde, sur son fonctionnement, sur sa part de mystère et sur la place et le rôle de l'homme dans la nature sont ainsi les premiers signes évidents d'une conscience qui se retourne sur elle-même, de la Conscience réfléchie.
 
On peut affirmer que l'homme, aussitôt franchi son cap d'hominisation, a commencé par s'élaborer la synthèse de ses cosmogonies. A travers les récits mythiques traditionnels, nous remontons à la pensée humaine primitive. Les "genèses" représentent en quelque sorte le Big-bang de la pensée humaine.
 
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Le franchissement définitif du seuil de la Réflexion de conscience s'est déroulé très simultanément, un peu partout dans le monde. Et certainement en des périodes très proches dans un territoire aussi réduit que celui de la Bulle de notre Haute-Antiquité. Les représentations du monde et de sa part inconnue remontent ainsi à la même époque, et en Egypte, et en Mésopotamie, et en Indus.

On peut supposer les récits égyptiens les plus anciens (fin du IVè millénaire) quasiment contemporains de la prise de conscience réfléchie, et donc de la construction de la cosmogonie qui s'en suivra.

Les textes en sanskrit qui nous relatent ce que nous pensons être au cœur du Rg Véda trouvent sans doute leurs premières rédactions aux environs des années ~1700.

L'épopée de Gilgamesh ne sera rédigée par écrit – tradition orale mésopotamienne oblige – qu'au début du deuxième millénaire. On peut donc considérer sa mise par écrit comme contemporaine de la transcription du Rg Véda.
 
Mais une autre cosmogonie, beaucoup plus importante pour notre tradition occidentale, est celle que nous retrouvons dans la Bible. Elle ne sera, elle, mise par écrit qu'encore un bon millénaire plus tard.
 
Nous nous trouvons ainsi devant des mises par écrit décalées de certainement 2500 ans, entre les premiers textes égyptiens et les écritures des textes bibliques; mais de récits qui sont nés à des époques fort voisines.
 
Les trois communautés de la Haute-Antiquité semblent partager un point commun: les hommes sont tous conscients de ne percevoir qu'une partie du monde.

- Ils n'en perçoivent que la part reçue par leurs sens et ils seront très vite conscients que ces         sens ne leur communiquent qu'un fragment de l'ensemble.
- Ils n'en perçoivent qu'une parcelle géographique car ils savent qu'au delà de leur horizon, il         y a d'autres régions qui leur sont inaccessibles.
 
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Cette conscience de la relativité dans les savoirs est la conséquence immédiate du rebondissement de la connaissance sur elle-même, que j'ai décrit comme la "réflexion" de conscience. Je puis encore facilement regarder un paysage, en analyser les éléments et les combiner mentalement pour qu'ils répondent à mon intention (de créer une cité, par exemple). Si je regarde la trajectoire des astres dans le ciel, des phénomènes de marée, d'orage, de tempête ou de volcans; si je veux tirer parti du rythme des saisons ou des crues d'un fleuve, je réalise alors rapidement qu'il faut prendre en compte d'autres éléments qui échappent à mon observation et à ma perception. Il y a ainsi un inconnu, qu'en une étude précédente, j'ai appelé "Le Mystère".                                                                      [[14]]
  [
En Mésopotamie et en Egypte, le Mystère semble avoir été géographiquement localisé dans un domaine propre. A l'Ouest, en Egypte. Plus vaguement "au delà" en Mésopotamie. Cette localisation est moins évidente en Indus où le domaine du Mystère était sans doute composé d'éléments différents que le monde physique de notre environnement.

 Nous voici devant une première distinction, à mon sens intéressante.
-En Mésopotamie et en Egypte: un territoire des dieux.
-En Indus: un monde qui échappe à nos sens mais qui appartient au même Univers.
 
Si le monde dans son entièreté est composé de deux régions, et si la première de ces régions est peuplée (aussi) par les hommes, la seconde sera peuplée (aussi) par les dieux. Et si les hommes forment une population, il est vraisemblable que les dieux forment à leur tour une population. Le concept "dieu" suppose, dans sa perception première, l'attribut de pluralité. Il y a ainsi le domaine des hommes et le domaine des dieux.
 
Les dieux sont présents dans le monde, au même titre que les hommes, les plantes ou les animaux. Ce qui les différencie des hommes, est beaucoup plus d'ordre quantitatif que d'ordre qualitatif.                                                                                                    [ [15]]
 
Et c'est normal, dans la mesure où le dieu réside dans le monde du Mystère. Or ce Mystère concerne très souvent les éléments qui échappent à la compréhension et à la domination par les hommes. Les dieux possèdent ainsi une puissance manifestement supérieure à celle des hommes.
 
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Le dieu n'est pas essentiellement le "fabricant" de l'homme. Certains récits nous racontent même l'histoire des hommes avant l'existence des dieux. Mais il est évident que la majorité des cosmogonies égyptiennes et mésopotamiennes nous proposent des dieux artisans qui ont façonné les hommes.
 
En Mésopotamie, ce sera Marduk qui, après un combat vainqueur avec d'autres dieux, façonnera le premier être humain avec le sang d'un dieu vaincu. Les hommes furent ainsi inventés au service des dieux, pour les décharger des tâches fastidieuses.
 
En Egypte, une cosmogonie (d'Héliopolis) nous propose le Soleil (Atoum) sorti de l'océan primordial, et tirant les autres dieux de sa propre substance. Chaque dieu reçut la charge de diriger une partie du monde. Et un des dieux (Horus) fut investi de la responsabilité de gouverner les hommes.
 
Et nous voici devant une deuxième distinction:
-          En Mésopotamie, les hommes existent au service des dieux.
-          En Egypte, les hommes sont gouvernés par les dieux.
 
Les dieux mésopotamiens sont fondamentalement transcendants. C'est à dire que rien de la partie visible du monde ne peut les perturber. Ils sont au dessus de notre monde concret. Ils sont également tout-puissants, dans le sens qu'ils ont la force de contraindre les règles de la nature et n'ont de compte à rendre à personne. Et quand le Dieu sera proclamé unique, il gardera cette transcendance et cette toute-puissance.
 
L'homme au service des dieux n'a pas de raison d'être par lui-même. Tout ce qu'il est et tout ce qu'il fait se réfère à la satisfaction de ses (ou de son) dieu(x). Tout acte considéré comme négatif, est une offense directe à la divinité. L'homme se trouve dès lors coincé entre l'acte qui rencontre l'agrément divin (acte d'obéissance), ou bien, au contraire, l'acte qui ne satisfait pas les dieux: c'est le péché.
 
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La notion de péché, encore très présente dans les religions d'aujourd'hui, trouve son explication dans la finalité humaine "au service des dieux". Et l'extension vers un "péché originel" s'inscrit parfaitement dans la logique de l'imperfection de la nature humaine: un homme peut se fatiguer, tomber malade, et même mourir. Il peut se tromper, mal accomplir une tâche. Il peut mentir, tricher, etc … Il peut, par nature, ne pas satisfaire les dieux.
 
Les dieux égyptiens sont investis de la responsabilité de bien gouverner le monde. Mais ils sont eux-mêmes asservis à des principes qui guident leurs actions et qu'ils ne peuvent transgresser. Ils ne sont pas transcendants. Les principes majeurs auxquels doivent se soumettre les dieux dans leur gouvernement des hommes, seront Ankh et Ma'at.
 
Ankh, c'est la vie. Mais qui très vite, dès la fin de l'Ancien Empire, ne sera plus seulement la vie du responsable des hommes sur la Terre (le pharaon), mais aussi la vie de chacun des hommes. Cette vie trouvera sa finalité lorsque tout devenir, tout changement sera rendu impossible, et que l'entièreté de l'être se réalisera dans la mort. Dans cette vision, la vie est génératrice de mort dans sa plénitude. D'où l'importance des rites funéraires et des tombeaux.
 
Ma'at, le second principe, (traduit généralement par "vérité") est le respect de l'harmonie indispensable au déroulement correct de la vie. Ma'at n'a aucune résonance d'une vérité à admettre, comme un éventuel dogme. Ma'at, c'est le déroulement harmonieux des événements qui permettent la vie.

 
Dans cette optique, il n'y a évidemment jamais de notion de "péché". Si un individu transgresse la loi, il n'outrage pas directement le dieu; il transgresse le principe vital que le dieu (ou son représentant) est chargé de faire respecter. Ce serait l'exemple d'une infraction de roulage qui n'est évidemment pas un outrage au législateur ou au responsable de police chargé de faire respecter le code de la route.
 
Il y avait bien entendu des tribunaux en Egypte. Mais le principe de la loi était avant tout la transgression – ou non – de Ma'at dans la vie publique. Et, à titre tout à fait exceptionnel, on a relevé les minutes de procès condamnant des "sacrilèges". Ce qui est fort éloigné de notre conception de péché. Il s'agit ici de la non-observance d'un rite, ou de la dégradation intentionnelle d'un objet de culte.
 
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Il y avait aussi, plus fréquentes, des profanations de tombeaux, dans l'intention très lucrative de leur pillage. Il s'agissait là d'une infraction majeure, souvent sanctionnée par la peine de mort. Mais ces fautes relèvent principalement de ce que nous appellerions aujourd'hui des infractions aux codes civil, pénal ou correctionnel. La peine capitale pour crime contre la communauté (ou contre la personne du pharaon) était appliquée. L'archéologie compte une collection de pals …
 
A l'origine du monde, un dieu avait été chargé du gouvernement des hommes sur la terre. C'était Horus. Lors de son départ définitif vers le royaume des dieux, il investit un homme de la charge de gouverner les humains en son nom. Pour remplir sa mission, il donna à pharaon le pouvoir de garantir Ma'at, et de la contraindre s'il le fallait.
 
Avec pharaon, il n'y aura pas de désordre, pas de catastrophe. Pharaon est ainsi, pour l'ensemble des hommes (de la Bulle …) garant de toutes les conditions favorables au déroulement harmonieux de la vie.
 
Il serait plus exact que nous comparions la charge pharaonique à celle d'un pape, plutôt qu'à celle d'un empereur ou d'un chef d'état. La puissance temporelle de pharaon vient relativement en second, par rapport à sa charge sacerdotale. Bien qu'il s'agisse évidemment, de pleins pouvoirs, sans aucune contrepartie.                                 [[16]]
 
Pour permettre à pharaon d'assurer Ma'at, les dieux l'ont investi des pleins pouvoirs. Seul maître après les dieux, il assume en tant qu'homme une responsabilité divine et se trouve, de ce fait, au dessus de toute contestation humaine. A noter que ce ne sera qu'après sa mort, qu'il deviendra alors lui-même un dieu à part entière.

Cette plénitude de pouvoir dans le chef d'un souverain associe bien évidemment l'image d'un pharaon à celle d'un monarque absolu, voire d'un dictateur. Il y eut de bons pharaons, exerçant leur pouvoir divin dans une optique de Ma'at; il y eut de violents dictateurs abusant de l'autorité dont ils s'estimaient investis.
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Il y eut même – mais nous y reviendrons plus longuement – le cas exceptionnel d'Akhenaton qui refusa sa charge de contraindre Ma'at. Il se prétendit "serviteur de Ma'at". Il fut alors jugé par un de ses successeurs, Ramsès II, comme ayant renoncé à sa fonction pharaonique. La sanction de ce jugement fut la radiation des listes royales, et la durée de son règne fut alors attribuée au chef des armées et de la police (Horemheb) qui, dans la pratique, fut celui qui assuma concrètement le bon ordre durant le règne du pharaon théologien. Il me faudra nuancer cette histoire.

Nous venons de cerner deux entités dans la Bulle.

- Les Sémites de tradition orale, part numériquement la plus importante, mais éparpillés dans le territoire immense de l'Asie Mineure et de la péninsule arabique, avec quelques rares points de sédentarisation le long des deux fleuves de Mésopotamie. Leurs dieux sont transcendants et tout-puissants.
 
- Les Egyptiens de tradition écrite, confinés entre leur vallée et la Mer Rouge, avec une part importante de la population sédentarisée. Leurs dieux les gouvernent par l'intermédiaire de pharaon, dans le respect de Ankh et de Ma'at.
 
Avec l'Indus, nous changeons radicalement de cosmogonie. Les anciens Indusiens – je me permets ce néologisme, car le terme "Indien" recouvre tellement de réalités différentes – ont, comme dans les deux autres régions de leur Bulle, parfaitement ressenti que d'autres dynamiques interféraient avec le monde sensible. La présence de ces "autres choses" était une évidence.
 
J'ai souligné, dans une étude précédente, qu'une évidence                             [[17]]
ne suscitait jamais le besoin d'être démontrée. Ainsi, la vie et la pensée par exemple, sont tellement des évidences pour nous aujourd'hui, qu'elles n'ont de ce fait jamais été démontrées jusqu'à ce jour; et qu'elles n'ont jamais été définies non plus (ce qui est sans doute plus dommageable).
 
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Déjà, parmi les objets du monde sensible, se comptent des éléments qu'il nous est difficile de qualifier ou encore de quantifier. Comme la lumière, par exemple. Ou le bruit. Ou bien la chaleur. Les odeurs, les harmonies de couleurs, etc …
 
Très vite, il apparut aux anciens Indusiens que nos sens ne percevaient qu'une partie du monde. Et que ce dernier était aussi composé d'éléments non-matériels. En Indus, la matière se catégorise en fonction de cinq éléments. Cinq, et non quatre. La terre, pour tout ce qui est solide. L'eau, pour ce qui est liquide. L'air et le feu. Ceci reste encore classique. Mais aussi l'éther. Sans en donner ici une définition trop précise, c'est ce qui occupe le vide.
 
Près de 5000 ans plus tard, nous retrouverons cet éther à la naissance de l'astronomie moderne et de sa fille, l'astrophysique. C'est à Einstein qu'il revient d'avoir affirmé, et puis démontré dans la confirmation de ses formules mathématiques, que l'éther n'existait pas.
 
Mais au delà de ces cinq catégories d'éléments, les Indusiens ont très tôt compris que le monde perçu par nos sens, baignait en quelque sorte dans un système beaucoup plus vaste et, selon toute vraisemblance, constitué d'éléments autres que matériels. Et très tôt, dès les premiers écrits du Rg Véda en tout cas, pointe l'idée que les objets matériels ne représentent qu'une partie minoritaire de l'ensemble.                                                  [[18]]
 
Comme cet ensemble, matériel ou non, forme un système unique, il devenait évident que le monde qui échappe à nos sens devait répondre aux mêmes lois, aux mêmes normes que le monde matériel qui nous conditionne et dont nous sommes issus. Les rythmes des astres, des saisons, des crues du fleuve incitèrent très vite les Indusiens à envisager un système beaucoup plus vaste que le monde. La matière, pour eux, n'était que l'accident - momentané sans doute puisqu'elle se détériore avec le temps - d'une entité bien plus fondamentale.
 
Cette première perception directe du monde leur apprit ainsi – immédiatement: sans qu'il ne soit nécessaire de mieux structurer cette évidence -  qu'outre le monde, il y avait aussi un Univers. Cette idée est radicalement différente des deux autres conceptions. Et les objets matériels n'étant que de simples "accidents", c'était dans une autre direction qu'il nous fallait chercher le centre essentiel.
 
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Il leur apparut alors que chaque objet de notre monde était, dans son individualité, l'expression parfaite d'une faculté d'être. Devenir présent au nombre des objets de l'Univers est potentiellement possible parce que le système-Univers est fondamentalement un être à la recherche de sa propre expression.
 
Outre l'Univers, les Indusiens affirment ainsi un Etre Premier (ou Etre Primordial).
 
Comme il se manifeste – comme il existe – à travers des objets (tant matériels que non-matériels), l'Etre Primordial doit nécessairement être une source d'énergie pure, mais à la dimension de l'Univers. Cette énergie pure sera souvent imagée sous la forme d'un foyer lumineux rayonnant de chaleur. Le soleil en sera l'allégorie la plus fréquente. Mais, plus modestement, le feu lui aussi.
 
Les anciens se sont alors posé la question de comprendre pourquoi l'Etre Primordial se dépensait en Energie pour se concrétiser dans la matière et dans les autres objets qui structurent l'ensemble.
 
Ici, il est surprenant d'observer que très tôt – près de deux mille ans avant les Grecs – les sages de l'Indus ont élaboré une cosmologie vraiment métaphysique. (Au delà des objets simplement physiques.) Le raisonnement est assez simple dans son principe.
 
Si l'Univers est réellement la "Totalité–du-Tout", il ne peut se comparer qu'à lui-même. Sans autre point de référence, il s'exclut de toute identité:
            - identité simple comme l'individualité,
            - ou plus complexe comme la personnalité,
            - ou plus complexe encore.
 
Pour  se  créer  une  identité,  l'Etre  Primordial  doit se concrétiser en objets multiples – matériels ou non – qui deviendront ses points de référence.
 
D'autre part, sous peine de rester totalement passif, - sans avenir et sans devenir - il faut que l'Etre Premier s'enclenche dans un processus de causes à effets.  La multiplicité des objets - plusieurs dans leurs nombres et plusieurs dans leurs structures - permettra la mise en route de ce mécanisme de devenir, au point de départ de leur seule interférence.
 
30

Pour devenir et entrer dans une histoire, l'Etre Primordial se trouve dans l'absolue nécessité de susciter l'événement. S'il n'entre pas dans son histoire, l'Etre Premier n'existe pas; il ne sera que virtuel. Pour exister, il doit devenir. Il n'est dès lors plus seulement un Etre Premier, il porte tout autant en lui le principe de causalité. Il est également Cause Première.
 
La sagesse indusienne a ainsi mis en évidence:
-  que la partie sensible du monde n'était qu'une partie d'un Univers.
-  que la partie non-matérielle, sans doute la plus importante, devait être régie par les                     mêmes lois que la fraction visible du monde. 
    L'Univers est un système unique.
- que les objets de l'Univers, tant matériels que non-matériels, étaient les concrétisations             d'une énergie à concevoir sous forme d'Etre Primordial.
-  que l'Etre Premier était lui-même Source Première.
 
Ce système de pensée a rapidement évolué. 
Il est à l'origine de l'actuel hindouisme.                                                                   [[19]]
 
Dans l'étude qui nous concerne ici, nous retiendrons que la même constatation d'un "quelque chose au delà" n'a pas toujours donné naissance à la représentation de dieux. La réflexion indusienne s'est polarisée sur l'unicité du tout (par simple définition). Sur un Etre Primordial (un, par définition également) et Cause Première (donc unique) de tout ce qui advient.
 
Il n'est dès lors pas étonnant que dans les deux autres organisations humaines de la Bulle, les sages aient été frappés par cet attribut d'unicité qui qualifie l'ensemble du monde (y compris la partie que Mésopotamiens et Egyptiens considéraient comme le domaine des dieux); unicité qui caractérise l'Etre Primordial; unicité qui caractérise la Cause Première.
 
Et – mais j'y reviendrai dans un chapitre suivant – l'Indus fut ainsi souvent appelé le Pays où le Mystère est Un, rapidement transformé en "Pays d'un seul dieu", "Pays du dieu".
 
31


Dans les deux autres communautés humaines de la Bulle, les dieux résidaient dans un domaine différent de celui des hommes. Ils étaient donc hors d'atteinte de ce qui pouvait advenir dans la parcelle humaine du monde. Ils étaient inaccessibles, au dessus du lot. La philosophie les qualifiera de transcendants.
 
Dans la conception indusienne d'un Etre Primordial qui se concrétise en chaque objet individuel, et qui est la Cause Première de tous les événements engendrés par ces individus, il devient évident que l'Etre fondamental – d'au delà de nos perceptions – est toujours directement impliqué dans chacun des éléments qui constituent le monde. Par évidence – et ce ne sera dès lors jamais démontré – l'Etre Premier est l'essence même de chaque objet de l'Univers. Cette implication et cette présence en chaque chose sera qualifiée d' "immanence" par la philosophie.
 
Alors que les dieux sont transcendants, l'Etre Primordial est immanent.
 
Cette distinction est importante dans la mesure où ces deux attributs sont exclusifs l'un de l'autre. On est impliqué ou on ne l'est pas. On est dedans ou on est dehors.  [[20]]
 
L'Etre Primordial que nous rencontrons en Indus est le générateur de chaque objet présent dans l'Univers. Chaque individu est la concrétisation de cet Etre Premier qui invente sa propre existence dans la substance des objets à travers lesquels il s'exprime.
 
Je suis conscient de la difficulté de lecture de mon approche de cet Etre Primordial. Plus simplement, à l'inverse des dieux qui ont pris de la matière pour fabriquer le monde, l'Etre Primordial structure l'Univers de sa propre substance. Alors que les dieux sont les artisans ou les responsables du monde, l'Etre Primordial est créateur.
 
Cette distinction est également importante dans la mesure où les dieux, s'ils appartiennent à l'Univers, ne l'ont évidemment pas créé. Et si les dieux deviennent "Un", il y a un contresens à le qualifier de créateur.                                                                                               [[21]]
 
32

Je viens de mettre en évidence tous les ingrédients que nous retrouvons, aujourd'hui encore, dans les diverses philosophies et théologies occidentales. La localisation de l'origine de ces concepts me semble importante, car elle nous permettra de mettre un peu d'ordre dans l'association de ces concepts entre eux.
 
Nous ne percevons qu'une partie du monde. C'est le seul point commun des trois communautés humaines qui se partagent la Bulle.
 
En Mésopotamie et en Egypte, il y a sur la Terre, le domaine des dieux et une autre région habitée par les hommes. En Indus, nous ne percevons que la part matérielle du monde. Mais ce fragment de matière baigne dans un Univers beaucoup plus vaste et qui n'est pas nécessairement matériel. Chaleur, lumière, énergies constituent sans doute, la part la plus importante de l'Univers.
 
Les dieux mésopotamiens habitent un domaine régi par d'autres normes que le monde des hommes. A commencer par le temps de dieux qui débouchera bien vite sur leur immortalité.
 
Les dieux égyptiens ont été investis, à leur naissance, de la responsabilité de gouverner le monde matériel, dans le respect de principes auxquels ils sont eux-mêmes soumis. Et nous avons relevé un premier principe "Ma'at" (l'harmonie) et un deuxième principe "Ankh" (la vie dans son développement jusqu'à la mort).
 
Il n'y a pas de dieux en Indus. Ceux que les textes védiques appellent "dieux" s'apparentent davantage aux "héros" rencontrés dans la mythologie grecque. Ils n'ont pas de fonction spécifiquement divine. Mais il y a, comme élément constitutif de l'Univers, une aptitude à Etre et à Devenir, que nous avons appelé Etre Primordial et Cause Première.
 
En Mésopotamie, 
            les dieux sont transcendants, hors d'atteinte des hommes.
En Egypte, 
            le problème est moins d'actualité; il ne se pose pas vraiment.       [[22]]
                      Les dieux n'y sont ni transcendants, ni immanents.
En Indus, 
             l'au delà, l'Etre Primordial, est immanent.
 
33

Si une part du monde est peuplée par les hommes, l'autre partie du monde est peuplée par "les" dieux. Le concept fondamental du divin, porte intrinsèquement en lui l'attribut de pluralité, à l'inverse, bien entendu, du concept d'Etre Primordial qui, par évidence (et non par définition) ne peut être que "Un".                                                                    [[23]]
 
En Mésopotamie, l'invention de l'homme par des dieux, pour les servir et les soumettre à leurs bons plaisirs, entraîne la notion de "péché". Et l'imperfection structurelle de l'animal humain conduit à la notion de "péché originel".
 
En Egypte, une infraction aux lois ou aux règles de la vie n'est pas une atteinte directe à un dieu. La notion de "péché" est inexistante.
 
En Indus, il semble qu'en dehors de règles strictement sociales – le vol, le meurtre, etc … - il n'y ait même pas de notion de "mal". L'Etre Primordial tend vers un plus large devenir, dans chacune de ses structures et dans chacun de ses événements. Il y a simplement un mécanisme de défense qui permet à la société de se débarrasser des éléments qui entravent le bon fonctionnement de son ensemble.                                     [[24]]
 
 

 
 
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L'événement indo-européen.
 
 
 
Pour illustrer le type de relations entre les Indo-Européens et les autochtones de la Bulle, je voudrais faire appel à la comparaison avec un processus de contamination par virus. Un rapide rappel en biologie s'impose ici.
 
On se souvient de l'échelle en forme de double hélice décrite par Jacques Monod, et qui constitue le patrimoine génétique de toute cellule vivante. Le virus est une molécule qui,  simplifions l'explication, ne possède qu'une seule hélice – un seul côté de l'échelle. Dans cet état, nous ne pouvons pas le considérer comme vivant. Il n'a pas de gènes complets et son "demi" patrimoine ne lui permet pas de se développer ou de se reproduire. Molécule inerte, on l'appelle alors "virion". Fort proche d'un "cristal", il peut demeurer des temps très longs, comptés souvent en milliers (voire en millions) d'années.
 
Inerte, non-vivant, le virion est néanmoins capable de détecter la présence, dans une autre cellule, d'éléments qui lui permettraient de construire la partie manquante de son échelle de vie. Cette autre cellule devient sa cellule-cible. Il peut alors traverser la membrane d'une cellule vivante qu'il a reconnue comme complémentaire à son patrimoine, et y pénétrer.                                                                                                                        [[25]]
 
Une fois à l'intérieur de sa cible, le virus dissocie en une sorte de bouillon, (cette opération porte le nom de "lyse") tous les éléments vitaux de la cellule vivante, qui s'en retrouve dès lors totalement déstructurée. Le virus peut ensuite "aller à la pêche" et, avec les éléments épars de la cellule infectée, reconstituer la partie manquante à son propre génome.

Le virion est maintenant pourvu d'une double hélice complète. Il est vivant et s'appelle désormais "virus". Il peut se développer et se multiplier, contaminant ainsi des milliers d'autres cellules. C'est, en gros, le processus des maladies virales.
 
Je compare l'arrivée des Indo-Européens dans la Bulle de notre Haute-Antiquité, à un mécanisme viral. Leur seule présence a totalement déstructuré – comme un phénomène biologique de lyse – les cellules culturelles bien organisées dans la plaine de l'Indus, et en Mésopotamie et enfin en Egypte.
 
35

Ils ont, de leur côté, apporté des éléments qui nous semblent absents chez les populations autochtones:
 
- Une conception certainement plus pragmatique de la société, avec la volonté – c'est                     nouveau ça! – d'uniformiser des croyances par trop locales.
- Un esprit de "challenge" et une ambition de type conquérant
        dont nous ne trouvons aucune trace avant leur arrivée.
- Et certaines innovations techniques dont vraisemblablement le cheval harnaché – et la                 conséquence directe de distances désormais plus rapprochées.
 
Nous n'avons pas de documents écrits de l'arrivée de ces Indo-Européens dans la plaine de l'Indus. L'archéologie nous a seulement livré des structures urbaines qui, assez brutalement, changent radicalement l'organisation des villes à partir de ~2300. C'est la transition de la civilisation dite de Mehrgarh vers celle de Harappa (ou Mohenjo-Daro). Nous avons de même retrouvé des objets de céramique nettement plus fonctionnels qu'auparavant. Plus stéréotypés également.
 
Il semble y avoir eu une présence indo-européenne permanente, de ~1800 à ~800. Les fouilles de Pirak (à une vingtaine de kilomètres de Mehrgarh) nous ont livré des figurines féminines et de taureaux en terre cuite dans les couches les plus anciennes. A partir  de ~1700, elles seront systématiquement remplacées par des statuettes de chameaux, de chevaux, et d'un cavalier mythique à tête d'oiseau.
 
Il ne semble pas que nous puissions évoquer des "invasions" indo-européennes. Nous n'avons aucune trace de batailles ou d'armées. Il serait sans doute plus exact de nous imaginer des voyageurs, mieux armés croit-on et mieux équipés que les autochtones, avec leurs chameaux (peut-être) et leurs chevaux (sûrement). Un sens aigu de l'organisation et la volonté de s'installer en maîtres (et non en hôtes) dans cette contrée fertile au climat agréable. J'ai souvent été tenté d'établir une comparaison avec l'installation des "coloniaux" de nos XIXè et XXè siècles.                                                                                        [[26]]
 
36

Peu nombreux, semble-t-il, ils s'entourent de serviteurs à leur solde. Les nouveaux maîtres forment en fait un petit noyau d'étrangers, soutenus par un groupe plus important de serviteurs. Doit-on ici parler de "collaborateurs"?

Les Indo-Européens avaient leur écriture, le sanskrit. Sur base des traces écrites que l'archéologie nous a transmises, nous pouvons définir les diverses origines de ces étrangers désormais présents dans ce qui, hier encore, était une bulle hermétique. Il s'agit d'Aryens (Indo-Iraniens), dont la présence devient constante à partir de ~1800. Avec les Indo-Européens se termine la Haute-Antiquité, et commence une Histoire que nous pouvons désormais revendiquer comme "notre" antiquité.

A une époque fort voisine – peut-être de quelques siècles antérieure - des étrangers venus des montagnes de l'Est  apparaissent, s'installent et  prennent le pouvoir en Mésopotamie. Ce sont ces étrangers dont fait mention la Bible                               [Gn XI, 1] Voir note N°4
Ces étrangers détricotent les traditions locales, et imposent leurs structures fonctionnelles.

Contrairement à l'Indus, nous avons des récits écrits, à lire certes avec grande précaution, de cette période de l'Histoire d'entre les deux fleuves. Nous savons ainsi qu'en Mésopotamie, une part de la population autochtone des Sémites organisa une longue résistance. Toute l'histoire de la région tourne autour de la reprise du pouvoir par les Sémites. C'est le royaume d'Akkad, fondé contre Sumer, par Sargon II.
 
C'est dans ce contexte-là qu'il me semble intéressant de comprendre le récit initial de l'histoire d'Abraham, à situer aux environs de ~2000. Pour calmer sa population désemparée devant l'arrogance des étrangers au pouvoir, un prêtre-dignitaire Sémite, Abraham, rassure son peuple en affirmant que les dieux favoriseront toujours l'autochtone par rapport à l'étranger.
C'est ce que les Occidentaux appellent la "Première Alliance", passant ainsi sous silence les deux Alliances précédentes, avec Adam et puis avec Noé.             [[27]]
 
Mais le détricotage des traditions d'origine élamite aura laissé des traces indélébiles. Ainsi la langue Sumérienne (donc indo-européenne) restera-t-elle longtemps encore, bien après l'éviction politique de Sumer, le véhicule savant et religieux de la culture sémite. Ce sera la langue sacrée.
 
37


C'est évidemment dans le même mouvement d'ingérence indo-européenne que nous devons comprendre, mais deux siècles plus tard, l'épisode des Hyksos qui prirent le pouvoir dans le Delta du Nil, et scindèrent ainsi l'Egypte en deux pays. Les Hyksos occupèrent le pouvoir de ~1800 à ~1550, époque à laquelle la XVIIIè dynastie reprit l'entièreté du pays.
 
On a tendance à sous-estimer les séquelles laissées par les Hyksos. Il est vrai que le pouvoir pharaonique reprit tous ses droits, et que la splendeur égyptienne trouve son apogée à cette époque. Mais les Indo-Européens ont une évidente tendance à uniformiser les cultures, dans leurs religions, leurs rites, leurs traditions. Et là, la cicatrice reste profonde.
 
Lorsque l'Egypte était simplement une des trois entités de la Bulle de la Haute-Antiquité, et que chacun des trois foyers de civilisation connaissait l'existence des deux autres, chacun vivait dans le respect – ou l'indifférence – du voisin.
 
Mais face à un étranger avide de s'imposer, chacune des trois civilisations a dû trouver sa solution individuelle, pour un résultat somme toute commun. Domptés par la domination indo-européenne, les trois foyers se sont cloîtrés, chacun dans son silence. Il est remarquable que, durant les premiers siècles du IIè millénaire, aucun document ne nous transmet la moindre expédition, le moindre voyage officiel à l'étranger. L'expédition au Pays de Pount sous Sésostris II (~1874) n'est même pas objectivement attestée.
 
Sous la domination indo-européenne, on a l'impression que les seules populations à encore se déplacer sont … indo-européennes. Le commerce maritime – peu important, il est vrai – entre la Mésopotamie et l'Egypte, le long des côtes d'Arabie, semble totalement interrompu. Le fragment de gouvernement encore égyptien s'enferme dans la ville très méridionale de Thèbes (l'actuelle Louksor) et n'en bouge pratiquement pas. Ô temps, suspens ton vol …
 
Uniformiser les cultures.
 
38

Cette idée indo-européenne perdurera. Une tradition égyptienne des plus anciennes entretenait des relations régulières, deux fois par siècle environ, avec le pays de Pount. Après avoir bouté les étrangers dehors, il fallait maintenant renouer avec cette tradition. Et ce n'était pas simple: ni en Egypte, ni en Indus, ni chez les Sémites.
 
C'est en effet au cours du IIè millénaire, après un court arrêt dû aux volants thermiques du Nil et des mers, que la désertification générale reprit son cours. Et nous en avons des témoignages. Juste avant les Hyksos, une expédition pour le Pays de Pount offrit aux dieux un sacrifice de milliers de bœufs et de gazelles, dans la bande de terre qui borde la Mer Rouge. Cette même expédition avait créé des potagers immenses le long du littoral.      [7]
 
Et cinq cents ans plus tard, sous la souveraineté absolue retrouvée par les Egyptiens, une expédition analogue vers le même Pays de Pount, ne nous renseignera plus aucun sacrifice d'une telle ampleur, ni plus aucune plantation de potager pour alimenter le chantier. Et au retour de cette expédition, il y aura des arbres à encens qui ne poussent qu'en des endroits extrêmement arides.
 
Outre l'indispensable réorganisation du pays, il fallait encore renouer avec les anciennes relations, totalement interrompues durant les Hyksos.

C'est ainsi qu'il fut décidé d'une visite traditionnelle
                                                   [[28]]
– bien qu'interrompue depuis quatre siècles – au Pays de Pount.     
 
Du côté Sémite, la désertification galopante de l'actuelle Arabie changeait complètement la donne des populations de pasteurs. Le champ principal de pâturages devenait inhabitable. La population jusqu'alors nomade par nécessité – puisque meneurs de troupeaux – devait absolument être sédentarisée. Mais il n'y avait pas de fleuve dans la péninsule arabique. Il leur fallait inventer un pays nouveau. Le problème reste, hélas, de pleine actualité !
 
Du côté de l'Indus – d'où notre documentation est moindre – il semble que l'expérience indo-européenne ait laissé une cicatrice ouverte. Les Indusiens se croyaient à l'abri entre l'Himalaya et leur désert du Thar. Le passage des étrangers leur fit comprendre que leur civilisation était en danger. Ils adoptèrent dès lors deux manières de protéger leur patrimoine culturel. Rédiger leurs traditions orales dans une langue internationale. Ils choisirent le sanskrit. Ensuite, essaimer à travers le monde, et y fonder des communautés védiques.
 
 
39


Le Pays de Pount
 
La localisation du Pays de Pount reste, classiquement, une des énigmes de l'Histoire. Et pourtant, à lire les documents tels qu'ils nous relatent les récits de voyages à Pount, nous avons un ensemble d'indications qui devraient nous aider à localiser ce "Pays du dieu" que les premiers égyptologues qualifiaient encore volontiers de Neterto, (Netjer = dieu).
 
Les documents égyptiens les plus anciens – je pense à la pierre de Palerme – mais également des documents plus récents ou beaucoup plus détaillés (comme au grand temple de Deir-el-Bahari par exemple) nous relatent des ambassades égyptiennes à Pount, depuis ~2500 en tout cas, à la fréquence régulière de deux expéditions par siècle.
 
Traditionnellement, on situe Pount sur les côtes de la Corne de l'Afrique, quelque part en Somalie. Cette localisation provient de la déduction des éléments suivants:
- On se rend à Pount en gros bateaux Ménesch, adaptés à la navigation sur mer.
- Ces bateaux sont souvent construits près d'un Vert Grand (Ouadj Our).
- Pount se trouve au delà d'une longue navigation sur mer (Ym).
 
Bateaux, Ouadj Our et Ym se retrouvent dans toutes les descriptions de voyage à Pount.
 
Le Delta du Nil est très souvent qualifié de "Grand Vert". Le professeur Claude VANDERSLEYEN a par contre démontré que l'expression Ouadj Our ne désignait jamais la mer. Dans une correspondance privée, il me souligne le mot jamais. Pour reprendre sa description: "Ouadj Our est apparenté à toutes les eaux qui fécondent la terre égyptienne et au dieu-même de la vie."

Je me suis penché longuement sur les documents qui basent son étude. Il y en a 322 au total: nous avons donc une source importante.

Une lecture critique confirme qu'il est tout à fait exact que Ouadj Our ne désigne jamais le grand large des mers ou d'un océan. C'est toujours un marécage en bordure littorale, où pousse une végétation extrêmement luxuriante, comme à la rencontre des eaux douces d'un fleuve et des eaux plus salées de la mer. Il y croît une végétation parfaitement adaptée à ces hautes teneurs en sel.                                                                                                      [[29]]
 
40

Les géographes connaissent ces énormes marécages mixtes (eau douce et eau salée) sous le nom de mangroves. A scientifiquement définir une mangrove, il s'agit d'une "forêt amphibie couvrant de vastes marécages littoraux en zones intertropicales". A strictement nous en tenir à sa définition, le Delta du Nil n'étant pas en zone intertropicale, on ne devrait pas le qualifier de mangrove. Mais les géographes évoquent couramment les mangroves méditerranéennes aux embouchures du Rhône (la Camargue)  ou du Pô (Venise). On distingue ainsi les mangroves froides (en Méditerranée par exemple) des mangroves chaudes.
 
Les mangroves les plus riches se situent sur les rivages de l'océan Indien, en Floride, au Japon du Sud et au Nord de la Nouvelle Zélande. Le palétuvier appartient à la végétation spécifique des mangroves chaudes.
 
A ma connaissance, les historiens n'ont jamais assimilé le Grand Vert (Ouadj Our) des Anciens, aux mangroves. Et dans une géographie trop étroite que les égyptologues restreignent à la stricte vallée du Nil, un Ouadj Our ne peut désigner que le Delta (évidemment) ou bien, par assimilation, un marécage en bordure de Nil. D'où la restriction dans la définition de Vandersleyen d'un Grand Vert "qui féconde la terre égyptienne". Cette limite n'a aucune raison d'être.
 
Classiquement, les chantiers navals spécialement aménagés pour la construction de bateaux à destination de Pount sont abrités par un Ouadj Our. Toujours classiquement, les bateaux sont donc construits quelque part dans le Delta.
 
Certains textes précisent que le chantier naval est à Coptos. Et il y a un Coptos, chantier naval, à une soixantaine de kilomètres en aval de Thèbes, à l'entrée de la haute vallée du Nil. Et il y a une route commerciale qui relie ce Coptos au port maritime de Qocéir, sur la Mer Rouge. Mais lorsque les textes s'étendent quelque peu sur le site de Coptos, leurs descriptions ne correspondent vraiment pas au paysage de Coptos sur Nil. On y évoque le Ouadj Our de Coptos, une montagne de Coptos, un désert de Coptos, des falaises qui se font face d'Est en Ouest … Rien de tout ça à Coptos sur Nil.
 
En fait, le mot hellénisé de "Coptos" nous a été transmis par les historiens grecs qui ont vocalisé, à la manière grecque, un lieu écrit gbt (le "ος" étant un suffixe grec).     [[30]]
 
41

Sur base de ces renseignements, il a toujours été traditionnellement admis que, même s'ils avaient été assemblés à Coptos sur Nil (à 750 Km du Delta !), les bateaux à destination de Pount descendaient le Nil jusqu'à son Delta pour naviguer ensuite sur la Mer Rouge jusqu'à Pount. Il en découle évidemment que ce mythique Pays de Pount se trouve en bout de Mer Rouge. Et nous voilà sur la Corne d'Afrique, quelque part en Somalie.
 
Cette version se retrouve encore aujourd'hui dans presque tous les manuels d'histoire. Or, elle fourmille d'invraisemblances. A commencer par le fait qu'il n'y eut jamais de canal navigable, même pour des petits bateaux, entre le Delta et la Mer Rouge. Il nous faudra attendre les années ~519 et Darius pour ouvrir le Canal de Néchao à la navigation.
 
Les documents égyptiens nous relatent très souvent un chantier naval spécialement aménagé pour la construction des bateaux à destination de Pount. Les textes précisent des campagnes de prospection pour déterminer où installer ce chantier. Le chantier de Coptos sur Nil existe. Il n'est nullement besoin de prospection.
 
L'installation momentanée de ce chantier naval est souvent accompagnée d'un contingent militaire important, entre 3.500 et 3.750 hommes. Pourquoi une telle protection serait-elle utile dans la vallée égyptienne du Nil?
 
Si la navigation doit passer par la Mer Rouge, pourquoi choisir un chantier en bord de Nil? Avec nécessité de démonter les bateaux pour les conduire en pièces détachées, jusqu'à leur mise à l'eau définitive. !!!
 
L'argumentation pour nier l'installation du chantier naval sur la Mer Rouge repose aussi sur l'environnement désertique de la zone qui borde le rivage, et qui rend impossible l'approvisionnement en eau et en nourriture pour autant de personnes.

J'ai déjà signalé qu'en bordure littorale de la Mer Rouge, dans le Ouadi Gaouasis, nous avons retrouvé des bornes qui nous indiquent clairement "C'est ici que le chantier …" Un autre texte nous décrit avec précision dans le Ouadi Hammamat (plus au Sud), le défrichement et la mise en culture d'un vaste terrain, dans une orientation Nord-Sud parallèle au rivage de la mer, pour approvisionner toute la main d'œuvre du chantier. Et ce chantier se terminera par un énorme sacrifice de bœufs et de gazelles.
42

Le texte est clair. Mais l'historien n'a pas l'habitude de sortir de sa spécialité et d'aller y voir ailleurs. Il oublie qu'en ~2000, la désertification n'en était pas à son stade actuel. Et les Ouadi qui, en zones désertiques, séparent aujourd'hui l'ancienne Thèbes du rivage de la Mer Rouge , étaient à l'époque encore relativement fertiles.
 
Je comprends dès lors mal l'ironie de certains historiens qui, pour nier l'inscription trouvée sur place argumente que "on dira que les abords de la mer Rouge ne sont pas verdoyants; que des gazelles peuvent s'y rencontrer …  mais non des bœufs".                     [[31]]

Il me semble intéressant de noter qu'un demi millénaire plus tard, vers ~1470 sous la Reine Hatshepsout, le texte très détaillé de Deir-el-Bahari qui nous décrit une expédition à Pount, ne nous signalera plus la mise en œuvre de potagers et de sacrifices à ce point somptueux. Le texte ne signale pas …

Nous ne pouvons tirer aucune conclusion de ce silence. Mais nous pouvons nous étonner qu'un récit à ce point minutieux en détails, et axé uniquement sur l'aspect "exploit" de l'expédition, ait omis de mentionné ce qui aurait vraiment été extraordinaire. C'est sans doute le témoignage indirect que, vers ~1500, la zone entre le Nil et la Mer Rouge s'était déjà très désertifiée.
 
Les historiens commencent à se rendre compte qu'un voyage vers un Pays de Pount situé sur la Corne d'Afrique ne représente pas vraiment un exploit. Or, un pharaon qui a patronné un tel voyage au cours de son règne, ne manque généralement pas d'en faire mention dans sa biographie. Aller à Pount est un haut-fait de règne.
 
Et puis, les Egyptiens n'étaient certainement pas de hardis navigateurs. Lucien Basch, que l'on peut considérer comme l'expert en bateaux et en navigations anciennes, m'a confirmé que les bateaux Menesch égyptiens étaient de véritables sabots, en comparaison avec les navires autrement performants – et également nommés Menesch – des Phéniciens, mais construits à une époque ultérieure. Et on peut établir un parallèle entre les performances techniques d'un bateau et les performances techniques (ou l'aptitude à naviguer) du marin.
 
43


D'autre part, pourquoi s'entêter à se rendre par une voie maritime que l'on maîtrise mal, là où il serait parfaitement possible de se rendre par voie de terre?
 
Le Professeur Vandersleyen a fait remarquer que les fresques du temple de Deir-el-Bahari et qui illustrent une telle expédition, ne représentent absolument pas un paysage marin. Pourquoi, dès lors, limiter nos recherches, pour la localisation de Pount, à une situation en bordure littorale? Cette observation est tout à fait pertinente.
 
Je m'écarte de Vandersleyen lorsque, sur base de cette observation, et sur base d'expressions imagées qui ont parfois utilisé le terme de Ym (la mer) pour désigner des étendues d'eau non marines, - pensons à la Mer d'airain qui ornait l'entrée du temple à Jérusalem - il tente alors de démontrer (ce qui est toujours une faute, à mon avis) que Pount se trouve au plus profond des terres en Afrique, le long d'un "ym" qui n'est autre que le Nil. Et nous voici en Ouganda, à l'encontre des illustrations qui nous représentent des Pountites pas du tout – mais alors là, pas du tout – de type négroïde.
 
Nous retiendrons que le Pount n'est pas nécessairement en bordure littorale. Mais, on y va en bateau. Il pourrait donc également se trouver le long d'un fleuve.
 
D'autre part, les illustrations de la navigation nous montrent des poissons typiquement marins. Il y a donc aussi une navigation sur mer. Nous voici dès lors à la recherche d'un fleuve qui, par rapport à l'Egypte, se trouve au delà d'une mer.
 
L'ensemble des textes qui nous entretiennent de Pount aboutissent en ce sens. Le récit des voyages à Pount nous racontent un Ouadj Our (la mangrove) qui, compte tenu du contexte, a toujours été interprété comme ne pouvant être que le Delta du Nil. Mais d'autres textes nous signalent également un Ouadj Our derrière lequel se situe le Pays de Pount.

Nous avons même une description très scientifique qui nous décrit le type de végétation qui pousse dans la mangrove de Pount. De toute évidence cette fois, nous sommes dans une mangrove chaude de laquelle on nous décrit un palétuvier. J'ai cité le texte in extenso dans la note N°29.
  
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Une mangrove est une embouchure de fleuve. Pount se trouve ainsi, le long d'un fleuve, abrité derrière la mangrove de son embouchure. A la manière du Memphis égyptien qui se trouve également à l'abri de la mangrove du Delta du Nil.
 
L'ensemble des documents nous donnent encore d'autres renseignements. Il en ressort que le fleuve de Pount coule en sens inverse à celui du courant du Nil, puisque, après un coude (l'eau qui tourne, Mou Qed)  on descend le fleuve vers le Sud et on le remonte vers le Nord. Les historiens ont alors pensé à l'Euphrate. Mais le reste du contexte de cette expédition n'a pas permis de retenir cette hypothèse.

Un autre point de navigation, à mon sens important, c'est que la première manœuvre des bateaux en route vers Pount, est un changement de cap, bâbord vers l'Est:         [[32]]
-          Conduire à bâbord (à gauche?, vers l'Est?)
-          On navigue vers le Sud dans Ouadj our,
-          Faire un bon départ vers la Terre du Dieu,
-          Toucher terre en paix au pays de Pount.
 
Contrairement à la lecture qu'en fait Cl. Vandersleyen, je ne crois pas du tout que ce texte soit un récit de voyage à la manière d'un journal de bord. Les textes de Deir-el-Bahari nous racontent l'exploit que représente une telle expédition. Et le premier exploit de la navigation proprement dite, c'est de virer de bord vers l'Est.
 
Dès maintenant nous pouvons noter une navigation maritime, partie d'Egypte, cap à l'Est. Impossible à partir du littoral méditerranéen, puisque nous sommes à la limite Est de la mer. Non plausible à partir du littoral de la Mer Rouge. L'étroitesse du golfe implique davantage une traversée qu'une expédition maritime (même pour des marins peu expérimentés). Nous n'avons plus le choix: le seul cap à l'Est encore possible, c'est l'océan Indien, le long de la côte Sud de la péninsule arabique.
 
Et l'exploit consiste à avoir quitté l'abri relatif d'un golfe pour s'engager dans une navigation sans fin de plus de 2.000 kilomètres d'océan, jusqu'à l'entrée du golfe d'Oman. La technique des mats et des voiles, bien précisée sur les illustrations du grand temple d'Hatshepsout, nous permet encore de qualifier cette navigation vers l'Est, de navigation "sans retour". Le Menesch égyptien avait une maniabilité très relative et ne permettait certainement pas de remonter le vent. Or, nous sommes dans une zone où les vents sont très constants et ne changent qu'avec les saisons. Partir vent en poupe, c'est partir sans retour.
 
45

Un second exploit consiste à naviguer cette fois vers le Sud, à l'intérieur de la mangrove. Ceci nous donne une indication précieuse sur le trajet de la navigation. S'ils abordent la mangrove cap au Sud, c'est qu'ils ont navigué jusqu'en sa partie Nord (c'est une lapalissade). Ils ont donc fait tout le trajet en cabotage, en pénétrant dans le détroit d'Oman pour ne le traverser qu'au fil des îles du détroit d'Ormuz. Là, ils ont suivi la côte perse jusqu'au Delta de l'Indus qu'ils abordent par le Nord.
 
La localisation de Pount en Indus paraît à première vue invraisemblable. (Et pourquoi pas la lune ?) Elle est pourtant parfaitement conforme aux documents et rend compréhensibles des invraisemblances dans une autre géographie.
 
Je viens d'avoir connaissance d'une thèse de doctorat proposée à l'Institut Catholique de Paris et qui a défendu la proposition de situer le Pays de Pount en Inde. Le promoteur de cette thèse était le professeur René Lebrun de l'U.C.L. à Louvain-la-Neuve (Belgique). Ce qui me semble intéressant, c'est que la recherche qui a aboutit à cette conclusion de Pount sur Indus n'a absolument aucun rapport avec mes démarches. La thèse part de la représentation à Deir-el-Bahari d'un rhinocéros "unicornis" ramené de Pount. La conclusion est que Pount doit être en Asie car le rhinocéros africain est muni de deux cornes.
 
Des recherches totalement différentes qui aboutissent à une même conclusion: ceci, à mon sens, est plus démonstratif qu'un argument unique de preuve. Je sais aussi que cette thèse a été défendue devant Marc Gabolde dans le jury. C'est également un signe que l'argument ne manquait pas de poids.
 
Dans le même ordre d'idées, il y a un félin sur les représentations de la cargaison ramenée de Pount. L'Américain Naville (vers 1910), sans penser plus loin, l'avait qualifié de jaguar, alors que le jaguar est un félin typiquement américain. Conscient désormais du problème, et au moment de décrire cet animal, Claude Vandersleyen l'a qualifié de guépard. Pourquoi guépard? Mais parce que tout le monde sait bien qu'il n'y a pas de tigres en Afrique.
 
Le tigre ramené de Pount est sans doute, lui aussi, la signature indusienne du pays.
 
Il me paraît évident qu'une étude plus systématique de la cargaison ramenée de Pount (j'expliquerai pourquoi je n'aime pas qu'on parle de "butin") – la forme des lingots par exemple – devrait nous confirmer la provenance indienne de l'expédition.
 
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Influence pountite en Egypte


Pourquoi me suis-je ainsi attardé à la localisation du pays de Pount?
 
La XVIIIè dynastie marque l'indépendance retrouvée en Egypte. Or cette période est caractérisée par une crise culturelle dont le paroxysme sera la proclamation d'Akhenaton dans son schisme d'El Amarna.                                                                                   [[33]]
 
Tout finira par rentrer vaille que vaille dans l'ordre mais Chr. DESROCHES NOBLECOURT, spécialiste de la dynastie suivante, ne pourra s'empêcher d'accuser Ramsès II d'avoir été un renégat, lorsqu'il a éradiqué des listes royales, les souverains d'El Amarna. D'après elle, c'est bel et bien la réforme amarnienne qui est à l'origine des réorganisations religieuses du Grand Ramsès.
 
Marc Gabolde, spécialiste lui de la XVIIIè dynastie et de la période amarnienne très précisément, insistait pour que j'associe la pensée d'Akhenaton à l'ensemble d'une pensée phénoménologique qui a commencé bien avant lui, et qui perdurera après El Amarna.
 
L'épisode des Hyksos aura marqué la mentalité égyptienne bien plus profondément qu'on ne l'imagine habituellement. A travers ces "Princes étrangers", (Héka-khasout = chef étranger) le monde a tout d'abord changé de dimensions, puisque maintenant, au delà de la Bulle, il y avait d'autres régions où vivaient d'autres hommes.
 
Une des caractéristiques indo-européennes, que nous retrouverons d'ailleurs tout au long de notre histoire, est la tendance à fusionner et à amalgamer tous les points communs que l'on croit retrouver en des concepts différents. Et dans le domaine des dieux, les Indo-Européens étaient persuadés que tous les hommes – ou à peu près – vénéraient les mêmes dieux, mais sous des noms ou des représentations différentes.
 
C'est ainsi qu'à leur retour en force avec les Perses, et puis les Grecs et enfin les Romains, ils fusionneront systématiquement les diverses divinités réparties dans les différentes parties de leurs empires. Zeus sera amalgamé à Jupiter (et même parfois Yahvé). Isis sera confondue avec Vénus (voire à Marie), tandis que Thot deviendra Hermès, etc …
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Bien que durant la première rencontre, que l'on a appelée "les invasions indo-européennes", les trois éléments de la Bulle soient restés chacun chez soi, la libération du joug de ces étrangers a tout de même créé un sentiment commun d'insécurité. Sémites, Egyptiens et Indusiens se rendirent très vite compte que l'alerte avait été chaude et qu'il fallait désormais rester sur ses gardes et se protéger de telles ingérences culturelles.

En Egypte, c'est la XVIIIè dynastie qui marque la reprise en main de l'ensemble du pouvoir par une autorité exclusivement autochtone, et la réunification du Nord et du Sud de la vallée du Nil en une seule nation. Le fondateur de cette dynastie, Amosis, ne manqua jamais de profiter de circonstances exceptionnelles – une tempête restée célèbre, entre autre – pour affirmer sa présence et sa protection dans le Nord de la vallée, région jadis dirigée par des étrangers mais désormais rendue à Ma'at et à Ankh sous sa protection de pharaon.
 
Il n'est sans doute pas innocent que la Reine Hatshepsout, cinquième souveraine de cette lignée de pharaons, ait tenu à ériger son temple funéraire dans la proximité immédiate de celui de Mentouhotep II, cinquième souverain lui aussi de la XIè dynastie. Sous certains aspects, on peut considérer que cette XIè dynastie est la dernière famille authentiquement égyptienne du Moyen empire.
 
Pour rappel, la XIIè dynastie comporte des parentés nubiennes qui peuvent en altérer la pureté ethnique d'une tradition exclusivement égyptienne. Il y aura encore (vers ~1940) une ambassade au Pays de Pount sous Sésostris I, et cinquante ans plus tard sous Sésostris II, mais l'on peut comprendre que, dans une revendication d'une pureté pharaonique retrouvée, Hatshepsout ait considéré cette XIIè dynastie comme animée par un esprit de conquête traditionnellement étranger aux relations amicales avec les Pountites.
 
De la XIIIè à la XVIIè , les dynasties se chevauchent et les gouvernements sont partagés entre des étrangers dans le Nord (les Hyksos), et un pouvoir égyptien amenuisé qui s'accroche tant bien que mal dans le Sud. L'implantation du temple de la Reine Hatshepsout à Deir-el-Bahari doit, dans ce contexte, être interprétée comme la volonté de marquer la continuité dans la plus pure tradition pharaonique, mais aussi d'un réel renouveau pour marquer l'indépendance retrouvée.
 
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Dans un acte de politique extérieure, Hatshepsout organisera – mais bien dans la ligne d'une tradition ancienne – une ambassade au Pays de Pount dans la géographie nouvelle apparue avec les Indo-Européens. 

Dans ce contexte-là, on peut accepter la terminologie d'expédition                 [[34]]
géographique parfois utilisée pour décrire cette expédition.                                                          
 
Nous avons le compte rendu détaillé de l' "exploit" que représentait cette expédition. J'insiste sur ce côté "performances" du récit, car les activités de routines ne nous sont pas rapportées. C'est ainsi qu'un transbordement de cargaison – activité banale - ne sera pas illustré parmi les choses extraordinaires de ce voyage.

Je me permets cette parenthèse parce que certains historiens ont été tentés de lire le compte rendu de cette expédition à Pount, comme un journal de bord. Et on a parfois tiré des conclusions à propos de l'absence d'illustration pour des manœuvres de routines. Vandersleyen a même estimé que, puisqu'il n'y avait pas d'illustration de transbordement, c'est que le voyage s'était fait d'une seule traite à partir de Louksor.                       [[35]]

Outre une faute évidente de logique – on ne peut jamais tirer de conclusion de l'absence d'un document – cette localisation de Pount en bordure de Nil présente encore une série d'invraisemblances. Je noterai ici la navigation sur fleuve par bateaux Ménesch très peu maniables; le franchissement éventuel des cataractes; le physique des Pountites qui ne ressemble pas du tout au type négroïde des habitants de l'Ouganda.

Ce n'est en effet pas le détail de la navigation qui nous est rapporté sur les fresques du Temple; c'est l'exploit que représente la manœuvre illustrée. Si, comme nous pouvons le penser, la route maritime n'a plus été fréquentée depuis quatre siècles (époque de l'arrivée des Hyksos), il y a alors évidemment un exploit à s'aventurer dans une expédition maritime qui n'a plus ses points de balise.

A noter que, parmi ces exploits, figurent des Pountites eux-mêmes. La fresque de Deir-el-Bahari a toujours été interprétée comme un voyage des Egyptiens vers Pount. Alors que les illustrations et les textes nous citent des notables Pountites (Paréhou et son épouse Aty). A l'arrivée, la cargaison compte de nombreux Pountites, avec leurs enfants; ce qui est considéré comme quelque chose d'important, puisque cette présence fait l'objet d'une illustration.
 
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Le détail de cette illustration ne nous montre aucune entrave. La relation amicale toujours entretenue avec le Pount exclut d'ailleurs la vraisemblance d'en ramener des esclaves. D'autre part, la présence d'enfants témoigne sans nul doute de l'intention des Pountites débarqués ainsi en Egypte, d'y accomplir un séjour prolongé. Une ambassade ne trimballe pas femmes et enfants.

La lecture de l'expédition à Pount, illustrée dans le grand temple de la Reine Hatshepsout, devient beaucoup plus cohérente lorsqu'elle nous raconte comment, profitant d'une visite égyptienne, des notables de Pount ont demandé à s'intégrer au voyage de retour avec l'intention de fonder un de leurs foyers en Egypte.

Et ceci est parfaitement dans la ligne de l'histoire de l'Indus. La rencontre avec des Indo-Européens et leurs ambitions dominatrices ont fait comprendre aux Indusiens le danger de voir se contaminer leur culture spécifique. Un premier réflexe de sauvetage de cette culture sera la traduction, en langue plus "universelle" que la leur, des récits principaux de leur patrimoine culturel. C'est une première rédaction du Rg Véda en sanskrit.
 
Un deuxième réflexe de sauvegarde de leur culture, sera un véritable essaimage de communautés indusiennes, un peu partout dans le monde. Et depuis l'arrivée des Indo-Européens, le monde s'est élargi au delà de la frontière des glaces. On découvre ainsi des communautés venues d'Indus, s'installer au Cambodge où ils participent à l'édification de temples Khmer. On retrouvera leurs traces jusqu'en Asie de Sud-Est.
 
Il est parfaitement dans la ligne que, dans un même mouvement de sauvegarde de leurs traditions spécifiques, les Indusiens – des Pountites – demandent à installer une de leurs communautés dans une extension vers leur Occident, en Egypte.
 
L'archéologie ne nous a pas encore livré de traces                                      [[36]]
de cette installation à demeure.
 
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Il est vrai que les souverains de la dynastie suivante ont mis tout en œuvre pour effacer et rayer de la mémoire de l'Histoire, l'épisode amarnien et l'hérésie de son dieu unique. Il est vrai aussi, que personne n'a jamais cherché de "monastère védique" (!) dans la vallée du Nil ou dans ses proches environs. Il est vrai enfin que la construction de la ville d'Akhetaton – proposée comme nouvelle capitale d'Akhenaton à El Amarna – a toujours été envisagée comme l'établissement d'une cité civile et administrative, une capitale. On pourrait tout aussi bien la considérer comme une "Thèbes-la-Neuve", en remplacement des cultes rendus jadis à Louksor et à Karnak désormais devenus obsolètes.
 
Ce ne serait dès lors plus la création d'une ville, mais bien plutôt l'installation du lieu national de culte de type abbaye (avant la lettre, bien évidemment). Et dans cette lecture, nous aurions la trace archéologique que, jusqu'à ce jour, personne n'a jamais cherchée.
 
Ceci pourrait même signer une présence pountite permanente en Egypte de ~1470 à ~1335 (environ). Dans la proximité de la cour de pharaon dès son installation en Egypte; et à la cour royale directement, sous Aménophis IV très certainement; et déjà sous son père Aménophis III, selon bien des indices qui nous orientent en ce sens.
 
Aton est le nom d'un dieu de la mythologie égyptienne la plus ancienne. Il qualifie l'astre solaire dans sa matérialité. Sans trop de détails ici, le dieu Aton est déjà bien présent dans une fête Sed restée dans les anales de l'Histoire, et célébrée dans le palais de Malqata à l'occasion du trentième anniversaire de règne du père d'Akhenaton. La déification majeure à cette occasion, d'Aménophis III de son vivant (son entrée au panthéon), est une dérive certes; mais elle s'inscrit dans la logique des attributs de Atman et de Brahmane qui caractérisent le Rg Véda. (Nous y reviendrons).
 
Je relèverai enfin que, lorsqu'il décida d'éradiquer tout l'épisode amarnien de l'Histoire, Ramsès II s'en prit également à la Reine Hatshepsout qui assura le pouvoir … un siècle auparavant. Si nous nous souvenons que c'est elle qui, par l'hospitalité accordée à la délégation pountite, a introduit le ver dans le fruit …
Les lectures de Pount-sur-Indus et d'installation védique en Egypte durant plus d'un siècle ne sont certes pas classiques. Elles paraissent tout à fait farfelues, à première vue. Mais une étude plus approfondie nous en montre la parfaite cohérence, tant dans les faits que dans leurs justifications.

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Le Rg Véda et les Occidentaux
 
Les proclamations du pharaon Aménophis IV, qui déclare ne plus rendre culte qu'à l'unique dieu Aton et qui change son nom en référence à ce dieu – il se fera désormais appeler Akhen-Aton – sont souvent considérées comme un accident de l'Histoire. Et comme ils n'arrivent pas à expliquer ce qui leur apparaît comme un événement totalement imprévu, les historiens qualifient classiquement l'épisode amarnien de "coup de tonnerre dans un ciel bleu". Ils s'en tirent à bon compte.
 
A remarquer que, dans la même vision classique de l'histoire, l'enseignement monothéiste de Moïse semble tout aussi imprévu. Rien, apparemment, n'aurait annoncé une telle théologie. Et nous re-voici devant un tonnerre et son ciel tout bleu.
 
Il me semble difficile d'accepter une forme de génération spontanée de la pensée en philosophie ou en histoire religieuse. Les concepts amarniens et l'enseignement de Moïse sont basés sur des postulats solides. Il ne s'agit pas d'une idée sortie toute neuve d'intuition. Nous nous trouvons devant une construction philosophique déjà bien structurée, mais comprise de manière radicalement différente par Akhenaton ou par Moïse.
 
Contrairement à ce que je m'étais imaginé lors de mes premières recherches, je ne pense plus qu'il y ait de relations directes entre la personne de Moïse et celle d'Akhenaton. A y regarder d'un peu plus près, le seul point commun entre les deux proclamations, est le titre de "monothéisme" par lequel les historiens qualifient les deux doctrines. 

Mais nous verrons que le terme énonce des concepts vraiment fort différents.  [[37]]
Il y a aussi, évidemment, une relative proximité chronologique entre des deux événements.

Aucun historien ni aucun bibliste n'accepterait de situer Moïse avant ~1550 (date du départ définitif des Hyksos et de l'avènement de la XVIIIè dynastie). La datation donnée par les textes bibliques affirme la première Pâque juive – le départ d'Egypte – 480 années avant la pose de la première pierre du temple de Jérusalem par Salomon en ~970. La datation biblique, à prendre avec la plus grande précaution, nous situe de la sorte l'Exode en ~1450. Nous sommes sous Touthmôsis III, régnant seul ou encore sous la tutelle de la Reine Hatshepsout.
Voilà pour la date la plus haute.                                                                             [[38]]
 
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Un document daté de Merenptah vers ~1200, la stèle d'Israël, nous affirme qu'à cette époque, Israël était une puissance ennemie dont il fallait désormais tenir compte. A la XIXè dynastie, [qui ne dura en fait qu'un bon siècle, avec Ramsès II comme souverain principal] l'état hébreu était donc déjà bien installé.
Or Moïse doit être considéré comme l'événement qui à constitué l'état hébreu.     
[[39]]
  
Après ~1550 et avant la XIXè dynastie. Nous n'avons plus le choix. L'événement Moïse s'est nécessairement passé à l'époque de la XVIIIè dynastie, celle d'Akhenaton.
 
Les textes bibliques – notre seule source – qui nous relatent l'histoire de Moïse, nous situent le personnage au départ d'Egypte. Le récit confirme ainsi une relation entre ce qui s'est passé en Egypte durant la XVIIIè dynastie, et l'installation d'une théocratie en Israël.
                                                                                       

Une dénomination commune pour des mouvements imprévus de pensée: le monothéisme. Un point de départ localisé en Egypte dans les deux cas; et une proximité des événements dans le temps. Nous ne pouvons pas aller plus loin.

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La période amarnienne

A proprement parler, il s'agit d'une période assez courte durant laquelle Aménophis IV (Akhenaton) transplanta sa cour dans une cité nouvelle à construire à El Amarna, dans une plaine d'environ 30 Km², entre le Nil et la chaîne arabique. L'endroit était réputé n'avoir jamais été occupé auparavant. Le souverain dédia l'entièreté du domaine à Aton, et le délimita par des bornes monumentales qui répètent le serment de réserver ce territoire à Aton pour l'éternité.
 
Nous ne connaissons pas les dates précises du règne d'Akhenaton. N'a-t-il exercé le pouvoir qu'après la mort de son père, Aménophis III; ou bien a-t-il commencé à régner lorsque son père vivait encore? Cela peut décaler les dates d'une bonne dizaine d'années.
 
On a retrouvé, dans les ruines de la cité éphémère d'Akhetaton à El Amarna, un lot de 382 tablettes – les lettres d'El Amarna - représentant le courrier diplomatique depuis l'an 30 du règne d'Aménophis III jusqu'à la fin du règne de son fils Akhenaton. Le père a régné 38 ans. Les 8 dernières années représentent-elles une co-régence – ce qui expliquerait la présence du courrier diplomatique de ces dernières années dans les archives de son fils?

Les dates relatives aux règnes de cette période n'étant pas définies, on a une fourchette d'incertitude de plus de 8 ans, selon qu'il y aurait eu règne en commun ou selon que les deux règnes se seraient succédés. Il est cependant généralement admis qu'Akhenaton bénéficia d'un pouvoir non partagé, durant 11 ans. Certains historiens prolongent même cette période d'encore deux ou trois ans. Marc Gabolde date ainsi certains documents de l'an 14 du règne.

La cité d'Akhetaton à El Amarna est de toute évidence la réplique aux cités religieuses de Karnak et de Louksor (qui comptaient, à elles seules, près de 80.000 prêtres). On voit immédiatement la portée politique de déclarer sans objet les cultes (d'Amon principalement) et de se débarrasser ainsi de l'influence d'un clergé trop important.
 
Mais derrière l'opération politique, il y a – personne ne le conteste – la volonté religieuse d'imposer un concept nouveau de l'inconnaissable et de l'au delà. Et il me semble indéniable que la pensée amarnienne a commencé bien avant Akhenaton pour se terminer bien après lui. C'est une série de petits indices, non signifiants par eux-mêmes, mais qui, mis bout à bout, témoignent d'une non-orthodoxie tout au long de cette XVIIIè dynastie.
 
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L'art, passant outre le risque de créer des représentations susceptibles d'abriter les défunts après leur mort (des "ba"), représente les objets et les personnages dans ce qui les individualise. Dans leur identité. C'est une démarche à résonance très védique.
 
Le père d'Akhenaton, Aménophis III, se fit de son vivant, placer au panthéon égyptien. Avec Ramsès II qui, par une autre voie et pour d'autres raisons, tenta lui aussi de se faire déifier avant sa mort, ce sont là, à ma connaissance les deux seuls cas durant les trois millénaires de l'histoire de l'Egypte.
 
Le pouvoir hypertrophié d'un pharaon peut expliquer, en partie du moins, ces tentatives de se compter vivant parmi les dieux. Il y a dérive, certes, mais il faut néanmoins trouver justification à de telles dérives. Et le problème disparaît si le monde des dieux obéit aux mêmes règles que celui des hommes. Dans la mesure où chaque objet du monde  – et donc chaque homme également – est la concrétisation de l'Etre Primordial, c'est dès maintenant qu'il participe au grand-au-delà de l'Univers. Si je dois être dieu, il n'y a aucune raison d'attendre ma mort. Je suis toujours dans un raisonnement védique.
 
Aton – le soleil "horizontain" à qui l'on rend culte – est la concrétisation de Rê-Horakhti.
 
Ce qui paraît compliqué quand on tente de l'expliquer hors de son contexte, devient très simple quand on replace les concepts dans leur univers d'origine: le Véda. L'être Primordial est  Rê-Horakhti. C'est lui l'Unique. Aton est sa représentation la plus explicite comme foyer d'énergie rayonnant de lumière et de chaleur. Aton est l'icône de Rê-Horakhti.    [ [40]]
 
Par rapport à Amon qu'il a supplanté dans les cultes, Aton est l' "Evident". L'ancien Amon représentait également le Soleil, mais dans ce qu'il avait de "caché"; celui qui chaque soir disparaît dans le royaume de l'inconnaissable, le domaine des dieux.
 
Nous restons dans une relative orthodoxie par rapport au Rg Véda. Le seul point qui semble offrir une difficulté, c'est d'abandonner la notion de "dieu" (l'inconnaissable) vers le concept d'Etre Primordial (concrétisé en chaque objet). Passer du Mystère à l'Evidence.
 
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Akhenaton a délimité son nouveau lieu de résidence à El Amarna, par une série de quatorze bornes dont la réalisation a pris plusieurs années. Il s'agit de pans complets de collines, taillés, polis et enfin gravés. Le texte proclame le serment de toujours réserver ce domaine à Aton. Les historiens ont pu établir l'ordre chronologique dans lequel ces bornes ont été réalisées. Et d'une stèle à l'autre, varie graduellement la graphie des cartouches représentant les noms d'Aton. Ces variations d'écriture traduisent en fait les variations dans la perception du concept d'Aton.
 
Sur les bornes les plus anciennes, Aton est représenté avec tous les attributs divins traditionnels. Il est le dieu unique. Sur les bornes les plus récentes, ont systématiquement disparu tous ces attributs divins. Aton nous est nommé sous son nom d'Etre Premier, donc unique. Il nous est ensuite nommé sous le nom de ce qu'il fait.                        [ [41]]   
         
 


Dans la logique d'un "principe d'être" qui n'est concrétisé qu'à travers les objets de l'Univers, Aton n'est évidemment pas représentable. Il est ce que l'on appelle "aniconique", c'est à dire "non représentable par une image". Toute image en effet diminuerait, et même anéantirait, cette faculté d'Etre Total qui le définit.

Par contre, chaque objet de l'Univers apportant son identité propre à l'Etre Primordial, les hommes enrichissent cet Etre Premier de leur propre personnalité. Il devient dès lors logique qu'Aton soit cité au moyen de noms propres. Et le nom des souverains, dans la graphie hiéroglyphique, se distingue par des cartouches.

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La titulature complète d'un souverain depuis la IVè dynastie, comporte classiquement cinq noms qui s'enchaînent pour ne former qu'une seule proclamation. Deux de ces noms sont entourés de cartouches.
 
Nous retrouverons ces cartouches, signes d'un nom royal, dans la titulature d'Aton. Le premier cartouche le citera ainsi dans son identité, et le second dans ce qu'il fait, ce dont il est la source. C'est la transcription égyptienne de l'Etre Premier et de la Cause Première. Et l'ultime simplification consistera à ne plus nommer Aton qu'en son expression la plus dépouillée: un simple cercle (mais pointé, pour en souligner le volume: une sphère).
 
La cité d'El Amarna est chevillée autour du temple. Un lieu à ciel ouvert. A remarquer qu'à Louksor déjà, de même qu'à Karnak, le père d'Akhenaton fit construire des allées délimitées par des colonnes (allées hypostyles), mais elles aussi à ciel ouvert. Il faudra attendre les dynasties suivantes pour compléter ces allées par des salles couvertes. Ce culte à rendre à ciel ouvert marque sans aucun doute une volonté religieuse. Le temple devient un seuil sur l'infini d'un Univers, à contre-sens des cultes anciens qui abritaient les dieux des regards impies en les enfermant dans des naos.
 
Culte à rendre à un Etre non représentable – donc abstrait – et qui se situe en dehors du domaine des dieux. C'est certainement la notion la plus difficile de la pensée amarnienne, la moins compréhensible par le commun des mortels.
 
Il me semble important de souligner combien Akhenaton s'en tint à son rôle de gouverner la "société" des hommes, intervenant le moins possible dans la conviction privée de ses concitoyens. Akhenaton organisa les cultes publiques. On ne connaît pas d'intervention de sa part vis à vis d'un privé. La religion égyptienne n'engage pas les fidèles dans un acte de foi; elle se contente de proposer les rites.
 
Je voudrais citer deux tombes: celle d'Horemheb, qui fut le dernier souverain de la XVIIIè dynastie; et celle de Toutankhamon.
 
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La tombe du premier, qui était responsable de la police et de l'armée sous Aménophis III  et au début du règne d'Akhenaton, a été entièrement réalisée sous le règne d'Akhenaton. Y sont néanmoins représentées les figures multiples des dieux de l'ensemble du panthéon classique égyptien.
 
La tombe de Toutankhamon était sans doute originellement destinée à Aÿ. A la mort prématurée du jeune souverain, la tombe fut réquisitionnée, croit-on, et transformée à la hâte pour recevoir un hôte royal. Or, une part importante des travaux de cet hypogée datent également de l'époque d'Akhenaton. Et ici aussi, dans le domaine de la vie privée, culte est rendu à l'ensemble des dieux du panthéon traditionnel.
 
La réforme amarnienne se limite ainsi au culte officiel pratiqué en Egypte. Il y eut une relative persécution, mais elle s'en prit aux effigies publiques des dieux de l'ancien régime. Ce fut le martelage des noms d'Amon à Louksor surtout. Aucun document ne nous rapporte de contrainte religieuse envers une personne.
 
On connaît la suite de l'aventure d'El Amarna. La succession d'Akhenaton est marquée par une période d'instabilité. Le jeune Tout-ankh-aton finit par recevoir l'investiture pharaonique, trois ans, semble-t-il après la mort d'Akhenaton (entre ~1339 et ~1328; 11 ans de fourchette d'incertitude). Il restaura le culte à Amon et prit désormais le nouveau nom de Toutankhamon. Mais il mourut très jeune, avant 20 ans, après 9 années de règne.
 
On peut penser que la théologie nouvelle d'El Amarna rencontrait le désir métaphysique de certains érudits, de participer à la fonction pharaonique et à la construction du monde. Il dut certes y avoir des nostalgiques qui tentèrent de perpétuer quelque peu le culte toujours mal compris, car émanant d'une structure philosophique fort élaborée. En dehors d'El Amarna, sous le règne d'un des successeurs éphémères d'Akhenaton (Smenkhkaré), il y eut même l'aménagement de prières nouvelles (l'hymne au Soleil, par exemple) à adresser aux anciens dieux. (!)
 
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Il est délicat de situer le point final de cette histoire. J'ai été frappé par un fait. Une expédition à Pount a toujours été considérée comme un événement majeur d'un règne. Or, d'après les documents retrouvés dans des tombes contemporaines de la fin de l'épisode amarnien, il dut y avoir une expédition à Pount sous le règne de Toutankhamon. Mais ici, pas de tapage. Ce voyage est entouré de la discrétion la plus totale.
 
J'interprète ce silence comme l'épisode peu glorieux d'un rapatriement forcé (musclé peut-être) de la communauté pountite responsable, par son enseignement, de la perturbation durant la période amarnienne. On en termine là et on remballe!
 
Un siècle plus tard, le grand Ramsès II radiera des listes royales, les cinq souverains amarniens et la reine Hatshepsout. La Reine, pour avoir introduit le mal en Egypte. Akhenaton et sa suite pour avoir renoncé à leur mission pharaonique de "contraindre Ma'at"; puisqu'ils ont proclamé se soumettre à Ma'at. C'était évidemment une abdication dans les faits, de leur fonction pharaonique.



L'événement "Moïse"
 
Si l'épisode d'El Amarna est définitivement classé dans les anales de l'Histoire, l'événement que nous appelons Moïse est encore aujourd'hui d'une effrayante actualité. Il est aussi le sujet central de la présente analyse.
 
Nous devons nous résigner à approcher Moïse comme un personnage de la mythologie sémite, juive tout particulièrement. Nous n'avons aucun document direct sur sa personne, ni aucun témoignage contemporain. La Bible d'ailleurs termine pratiquement son cinquième livre, le Deutéronome, par cette constatation navrante:
"Jusqu'à ce jour, nul n'a connu son tombeau."                      [Dt 34, 6]
 
Les sciences historiques fondent leurs recherches sur les documents, et éventuellement sur les témoignages contemporains aux faits, et reconnus fiables. Rien de pareil à propos de Moïse. Il nous faut ainsi renoncer à l'approcher par la voie de l'Histoire. Moïse n'est pas un personnage historique.
 
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Il est vrai que, traditionnellement, les premiers livres de la Bible, la Thora, lui sont attribués. Serait-ce le document que nous cherchons?
 
Une approche philologique des textes bibliques nous montre qu'il s'agit de plusieurs traditions arrangées en un seul récit plus ou moins cohérent. Ou en récits juxtaposés, lorsque les diverses traditions ne sont pas compatibles entre elles. C'est l'exemple des deux récits de la création. Dans le premier, tout est bien. Dans le second: c'est le péché.
 
On pourrait encore admettre que ç'aurait été Moïse qui serait l'auteur de cette première rédaction d'un seul récit aux origines diverses. Mais la même philologie – sur base du vocabulaire par exemple, ou de l'appellation de Dieu (Yahvé ou Elohim), des noms de lieux et de certains personnages – démontre qu'il est impossible que la mise par écrit de ces textes date d'avant le Ier millénaire. Or, Moïse, nous l'avons vu, est contemporain de la XVIIIè dynastie. Il est dès lors impossible de lui attribuer une première rédaction biblique. Certains rabbins du Talmud, dans les premiers siècles de notre ère, s'étonnaient d'ailleurs déjà que Moïse ait pu décrire avec autant de détails, et sa mort et son enterrement !
 
On situe généralement la rédaction biblique des textes les plus anciens, au IXè (considéré comme très optimiste) et plus souvent à la fin du VIIIè siècle, voire même plus tard encore. Pour ma part, je suis frappé de l'intérêt personnel qu'aurait pu tirer un Salomon de l'insertion des chapitres XXV à XXXI de l'Exode, qui décrivent avec force détails, et le temple à construire, et son mobilier et les rites à y pratiquer. Ce texte est tout à fait déplacé dans une marche en plein désert. Aucun sens à cet endroit. Mais c'est le seul moment, dans tout le récit de la longue marche, où Moïse aurait pu avoir avec YHWH un tête à tête suffisamment long pour entrer dans de tels détails d'architecture, et énumérer une liste aussi exhaustive d'objets sacrés et de rites de liturgie à célébrer dans le temple.
 
Je voudrais remarquer que, si l'on supprime ces chapitres à mon sens ajoutés, l'on obtient un texte parfaitement continu. Et nous avons:
[Dt XXIV, 18]
    Il gravit la montagne 
                            sur laquelle il demeura quarante jours et quarante nuits.
[Dt XXXII, 1] 
    Le peuple, voyant que Moïse tardait à descendre de la montagne …
 
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Dans la même ligne, il me semble que c'est toujours Salomon qui aurait trouvé son avantage à ce que chacun payât l'impôt exceptionnel qu'il comptait lever pour la construction somptuaire de son temple. Il organisa donc un recensement complet, recoupé dans tous les sens, pour bien montrer que cet impôt était dû par 603.550 personnes, comme il est dit dans le livre des Nombres. Mais il s'agit évidemment du recensement des citoyens déjà installés dans le royaume d'Israël. Ce n'est pas le nombre au départ, c'est celui de maintenant, lors de la rédaction du texte. Par le même mécanisme d'imposer la volonté royale en la faisant passer comme étant la parole de Dieu, Salomon associe son recensement du décompte des Hébreux au départ d'Egypte.
 
Il est bien évidemment impossible que plus de six cent mille hommes en âge et condition de porter les armes – ce qui nous donne une population totale de près de deux millions de personnes – aient pu séjourner quarante ans dans des régions devenues très arides et sans doute désertiques déjà, en bien des endroits. Il est également impossible qu'un tel déplacement de population n'ait pas été remarqué – ni mentionné – par les gouvernements voisins dont nous possédons pas mal d'archives. Rien. Aucun déplacement suspect n'est signalé. Ni aux abords de l'Egypte, ni dans les territoires traditionnellement surveillés par la police mésopotamienne.
 
C'est ainsi qu'à l'encontre de l'avis des philologues qui basent leurs lectures sur des critères linguistiques objectifs, je suis persuadé qu'il faut envisager une première rédaction, provisoire sans doute et partielle peut-être, de certains récits que nous retrouverons plus tard dans les écrits canoniques. Le livre des Nombres et le récit intercalé au pied du Sinaï me semblent porter la signature de Salomon, seul bénéficiaire majeur de telles ajoutes.
 
Mais, même en situant certaines rédactions vers l'an ~1000, il est toujours exclu que Moïse puisse en être l'auteur. Les écrits bibliques ne peuvent dès lors pas être considérés comme des documents historiques sur Moïse.
 
Comment dès lors entreprendre une recherche méthodique sur ce personnage qui échappe aux investigations de l'Histoire? Heureusement, l'Histoire n'est pas la seule méthode qui nous permette d'approcher les événements. A travers la tradition mosaïque, vieille maintenant de trente trois siècles, il doit être possible de déceler des constantes, des amalgames peut-être de concepts originellement séparés (voire totalement différents).
 
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Nous n'avons pas les éléments pour affirmer le "personnage" de Moïse. A force de tenter d'inscrire ce Moïse dans l'Histoire, les légendes au cours des siècles nous l'ont proposé sous les formes multiples de personnages les plus divers: du pharaon frustré jusqu'au maîtres des pestiférés chassés d'Egypte.                                                               [[42]]
 
Je renonce pour ma part à rechercher un homme physique. Dans la mesure toutefois où nous le considérons comme le fondateur de l'état hébreu, nous avons des éléments qui nous permettent d'affirmer son œuvre.
 
Et cette action de Moïse est double. C'est autour de sa personne que se polarisent tous les actes politiques qui finiront par aboutir à l'installation dans la région du Jourdain, des Hébreux unifiés sous forme d'un peuple. Le moteur de cette unification aura été un argument religieux. Je verrai donc également en Moïse, le long cheminement qui aura structuré cette pensée jusqu'à sa mise par écrit. Dans cette allégorie-ci, oui, nous pouvons accepter que Moïse soit alors le promoteur d'une rédaction des premiers écrits religieux.
 
La tradition fait démarrer l'action politique de Moïse à partir de Φαρ'αω, (Pharao) transcription littérale en grec (lors de la rédaction des LXX) du terme égyptien per'aa. Nous trouvons pour la première fois le terme dans la Bible, en Gn XII, 15. En Egypte, ce nom désigne "la grande maison", c'est à dire, le Palais. Très vite, le mot désignera l'administration centrale du pays, à la manière de "par ordre du palais …". Généralement, le souverain était appelé le Roi, ou encore Seigneur ou bien Sa Majesté.
 
Ce n'est qu'à partir de la période amarnienne que le mot Pharao servira à nommer la personne du roi. Mais encore sera-t-il alors toujours accompagné d'une formule de révérence de type "Puisse-t-il vivre, avoir grande renommée et se bien porter". Il nous faudra attendre ~1000 pour que le terme seul désigne le souverain, ainsi qu'il est utilisé dans les textes de la Bible. C'est peut-être une indication.
 
Au départ de l'Egypte donc, Moïse entreprend une action de longue haleine. La Bible cite quarante ans, et précise qu'aucun de ceux qui ont commencé l'action n'en verront le résultat. Ce sera la génération suivante qui arrivera dans la vallée du Jourdain. Cette histoire nous est rapportée sous forme allégorique. Moïse lui-même, près d'aboutir, mourra sur le Mont Nébo (toujours allégorique) à partir duquel il pourra néanmoins entrevoir le résultat de son œuvre, mais sans en jouir personnellement.
 

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Le sommet épique de la narration de l'Exode est certainement le passage de la mer. Les multiples exégèses se disputent entre Mer-Rouge et Mer des Roseaux, m'incitant à la plus grande prudence quant à la précision de cette mer (Ym, comme nous l'avons vu plus haut).
 
Comme la Bible remplace un certain moment dans le récit, le terme Pharao par celui de Ramsès; et que le texte précise que les Benéi Israël ont quitté Ramsès pour Soukhot, les historiens-biblistes ont conclu que le départ de l'Exode se situe nécessairement à proximité du Delta du Nil. Ramsès avait en effet réinstallé sa capitale au Nord-Est du Delta, dans l'ancienne capitale des Hyksos, à Avaris. Nous connaissons bien la géographie de l'Egypte à cette époque, mais nous ne connaissons aucun bourg du nom de Ramsès. Il est vrai que le nouveau quartier royal d'Avaris s'appelait Pi-Ramsès. Et certains exégètes ont ainsi estimé que la Ramsès biblique devait être ce Pi-Ramsès de la géographie. Il n'y a pas d'autre argument pour faire coïncider la Pâque juive avec le règne de Ramsès.

Notons immédiatement que la Bible remplace assez facilement le mot de Pharao, par celui de Ramsès. C'est ainsi que Joseph, plusieurs siècles avant Moïse, reçoit une terre royale déjà appelée Ramsès.                                                                                [Gn XLVII, 11]

Pourquoi dès lors ne pas lire le texte de la manière la plus simple:
            "Les Benéi Israël quittèrent le palais royal en direction de Soukhot."
 
D'autant plus qu'il faut vraiment nous torturer l'esprit pour trouver le Soukhot biblique dans une bourgade du nom de Tchékou aujourd'hui … Vraiment peu convaincant.
 
Dans le même contexte des entrevues de Moïse avec son Pharao, il est cité une frontière maritime à l'Est. Il est question d'un sacrifice qu'Israël voudrait faire à son Dieu, dans le désert, à trois jours de marche de la résidence royale. Et puis enfin, pour se rendre d'Avaris au Jourdain, après quarante années de marche (pour 350 Km tout au plus), pourquoi les Hébreux sont-ils passés par le Sinaï?
 
Si nous nous souvenons que l'événement Moïse se passe nécessairement sous la XVIIIè dynastie (impossible avant, et c'est déjà fini après), l'Exode cette fois se fait au départ de la résidence royale. Et nous voici au Sud de l'Egypte. J'ai initialement pensé à El Amarna. Mais la distance avec la Mer Rouge y est énorme: plus de 300 Km, dans une zone malgré tout fort aride à l'époque. Alors qu'à quelque 60 Km au Nord de la Thèbes antique (les actuels Karnak et Louksor), il y avait à partir de Coptos une route commerciale vers Qocéir sur Mer Rouge. La distance cette fois est réduite de moitié.
 
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J'ai eu l'occasion d'avoir en main les originaux des relevés géographiques préliminaires au percement du canal de Suez. Ces relevés concernent en réalité la totalité de la vallée du Nil, mais aussi cette route qui part de Coptos, avec une topographie très détaillée du littoral à Qocéir. Quelle ne fut pas mon étonnement de trouver sur la carte de cet endroit, la mention "Ici, il y a des madrépores". Nous sommes en début du XIXè siècle de notre ère. A l'époque, le terme français désigne des récifs coralliens qui se découvrent au gré des flots. Ici, à marée basse, on peut marcher à pieds secs dans le lit de la mer.
 
L'exode vers le Jourdain part d'une localité très au Sud de l'Egypte et passe par la Mer Rouge. L'épisode de la Bible nous raconte que "les Benéi Israël ont marché dans un endroit habituellement occupé par les eaux, la mer (Ym) leur servant de rempart à droite et à gauche." 
Mais il n'est nulle part question d'une quelconque traversée.                  [Ex XIV, 29]
 
Ils ont sans doute traversé, mais pas nécessairement lors de cet épisode fameux. S'ils ont traversé le golfe, ils se retrouvent dans la péninsule arabique. Et comme les Egyptiens occupaient une zone beaucoup plus importante qu'on ne l'imagine aujourd'hui, tout au long du littoral ouest de la Mer Rouge vraisemblablement, il n'est pas du tout exclu qu'il y ait eu un épisode de mer, très au Sud peut-être, comme à la hauteur de l'archipel des sept frères. Et là, une traversée est tout à fait possible, à vue, sur petites embarcations de fortune.
 
Personnellement, je lis cet épisode de mer en deux temps.
-  Premier temps, les chars s'embourbent dans le sol trop meuble du littoral.
        La police égyptienne abandonne la poursuite.
-  Deuxième temps, plus tard, les Hébreux arrivent à traverser la mer.
        Ils sont maintenant en Arabie, à l'abri des poursuites.
 
Cette fois, tout se tient. Et le passage devient obligé par le Sinaï, pour atteindre le Jourdain. Et les frontières se trouvent à leur place. Et les distances commencent à correspondre à une réalité possible. Restent les quarante ans. Le nombre est évidemment symbolique, mais il est élevé et doit se lire comme "beaucoup", à répartir sur des années.
 
Commence maintenant la partie politique obscure. La vraie mission de Moïse.

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Quarante ans et 603.550 personnes
 
Nous ne connaissons l'histoire de Moïse qu'à travers les épopées de l'Exode et des Nombres. Il serait me semble-t-il absurde de vouloir inscrire chaque épisode de cette saga dans une hypothétique vérité historique.
 
La lecture du texte nous indique clairement trois éléments:
-          la migration                  qui s'est terminée par la fondation de l'état d'Israël;
-          le discours politique    qui a présidé à l'établissement de cet état;
-          le discours religieux    qui en est le fondement.

Il nous faut exclure un déplacement de six cent mille hommes – soit près de deux millions de personnes – dans des régions immenses, en voie de désertification, pendant une quarantaine d'années. Aucun gouvernement de droit comme l'Egypte ou comme la Mésopotamie n'aurait toléré l'errance d'une telle population dans la proximité de leurs frontières. Et une telle migration aurait – sans doute aucun – laissé des traces dans les archives de la police et de la sécurité de ces royaumes. Or les archives restent totalement muettes sur un quelconque déplacement suspect de population.

D'autre part, les Egyptiens étaient farouchement jaloux du privilège de résider dans leur vallée. Qu'à titre exceptionnel, une autorisation de résidence ait été accordée à un notable étranger et à sa famille – comme ce fut peut-être le cas pour Joseph, quatre siècles avant Moïse – reste dans la limite des choses concevables. Mais qu'une population d'étrangers ait eu la liberté d'établir un ghetto, un quartier, ou une ville de résidence le long du Nil, c'est absolument exclu. Et à supposer que cette installation impossible ait tout de même existé, nous en aurions des traces dans les rapports de sécurité. Les six cent mille hommes relatés par le texte des Nombres se rapportent sans doute à une population des Benéi Israël, mais pas en Egypte, et pas à cette époque.
 
L'Exode nous raconte le départ, à l'encontre de l'assentiment des autorités égyptiennes désignées sous le terme de Pharaon, d'un groupe de Sémites réquisitionnés pour une entreprise publique égyptienne. Le texte insiste sur le refus par pharaon d'accorder l'autorisation d'éloignement ou de départ. Dans une mise en scène normale dans le contexte d'une épopée, la prise de liberté est déjà présentée comme une action d'éclat, et comme une première preuve de la protection divine. Tous les événements qui s'en suivront seront présentés sous leur aspect extraordinaire – c'est la naissance de la notion de miracle – avec chaque fois, la récupération d'une protection divine particulière.
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Dans le désordre, ce seront la manne, la colonne de fumée et de feu, l'eau amère, … et (bien que le texte ne le dise pas) ce qui est toujours compris comme étant la traversée de la mer.
 
Des épisodes sont ensuite rapportés, sans ordre chronologique très précis, et centrés sur la toute-puissance de Yahvé et sur ses interventions personnelles. Les textes bibliques resteront néanmoins presque muets sur l'essentiel de ce long séjour "dans les déserts": les longues tractations pour rallier les diverses tribus à la cause politique commune préconisée par Moïse. Voilà les quarante ans.
 
La difficulté de créer l'entente entre les clans n'est pas un élément d'épopée. Et les tractations secrètes de ce qui ressemble à une rébellion ne font pas toujours l'objet de publications dans les manuels d'histoire. Or, les récits bibliques ont également la prétention d'avoir relaté la formation de l'état hébreu, selon les événements historiques rapportés. Nous nous en tiendrons donc à quarante ans, jusqu'à la génération suivante.

Il n'est ainsi pas du tout évident que le Moïse du départ d'Egypte soit la même personne que celui des interminables tractations entre tribus. Dans ce contexte – et je relate ici l'avis de beaucoup d'historiens – Moïse peut parfaitement être le personnage mythique autour duquel se polarisent tous les événements qui finiront par l'établissement d'un état sédentaire, pour des populations jusqu'alors toujours nomades.

Dans son discours politique, Moïse attache une importance majeure à affirmer sa légitimité. Le récit de son exposition sur le Nil, dans un panier d'osier recouvert de poix, est la répétition littérale de l'exposition sur l'Euphrate, de Sargon II fondateur de l'empire d'Akkad qui, près de mille ans auparavant, avait libéré les Sémites mésopotamiens de la domination indo-européenne de Sumer. D'emblée de jeu - le récit est sans ambiguïté - Moïse se présente comme celui qui va apporter une liberté politique à son peuple; dans la ligne bien traditionnelle des royaumes sémites dont il se revendique.
 
Un petit épisode des récits traditionnels (qui ne forment pas encore la Bible à l'époque de Moïse) raconte l'histoire d'Abraham, un Prêtre-Roi de Mésopotamie, qui aurait reçu l'assurance que les dieux accorderont toujours leur prédilection aux peuples autochtones. Cette promesse divine fait l'objet d'un contrat bien traditionnel, en quatre points, et  que nous connaissons sous le nom d'Alliance.                                                                              [[43]]
 
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Sous l'impulsion de Moïse, ce personnage Abraham devint un emblème de sa légitimité. Il devint le petit fils de Sem, fils de Noé, l'ancêtre commun à tous les Sémites. Si nous considérons Abraham comme un personnage réel de l'Histoire - lui non plus ne nous a laissé aucun document: il n'est donc pas historique – nous devons le situer aux alentours des années ~2000. A cette époque, les populations sémites sont toutes polythéistes. Et Abraham n'a donc pu être inspiré que par "les" dieux.
 
Mais pour rester logique avec lui-même, Moïse sera contraint de se réclamer d'un Abraham qui, lui aussi, a passé une Alliance avec Dieu (au singulier, cette fois). Dans la foulée, les deux Alliances précédentes (avec Adam et puis avec Noé) seront également présentées comme des contrats avec le Dieu unique, Yahvé. Et Moïse présente la légitimité de sa mission divine, dans la lignée directe des Alliances précédentes mentionnées dans les récits oraux traditionnels.
 
Des études philologiques assez pointues indiquent que tout l'épisode biblique relatif à l'histoire d'Abraham – qui occupe une quinzaine de chapitres dans la Genèse – a été mis en forme très tardivement.
 
A commencer par la ville d'origine du patriarche mentionnée comme étant "Ur, en Chaldée". La Chaldée est une région qui ne portera ce nom qu'à partir des années ~1000 pour désigner une partie de Sumer, et vers ~650 pour désigner la région babylonienne avec la ville d'Ur (ou Our).
 
J'explique ici pourquoi il me semble plus judicieux de proposer une tradition "mosaïque", en préférence au terme de "abrahamique" parfois utilisé pour définir les trois monothéismes occidentaux. Je considère qu'Abraham est un ancêtre tardivement rapporté pour légitimer l'enseignement de Moïse. 
Le monothéisme provient de Moïse.                                                                           [ [44]]
 
La préoccupation politique de Moïse ne se limite pas à revendiquer sa légitimité. Il amenuise et récupère au seul profit de son clan, une tradition divine qui, originellement, devait bénéficier à tous les descendants de Sem, les Sémite.
 
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Rappelons rapidement que ce sont les descendances des trois fils de Noé qui, après le déluge, donnèrent naissance à toutes les nations de la terre.

- Cham fut maudit pour avoir sodomisé son père en état d'ivresse.
        Il est à l'origine des nations Chamites: c'est à dire les occupants autochtones de                     Canaan (les mauvais qui seront chassés par Israël) et, par assimilation, les mauvais             Egyptiens.
- Le deuxième fils de Noé est Japhet, père des autres nations réparties sur la terre
        comme des îles.
- Mais le fils, authentique héritier de la prédilection divine pour Noé, sera Sem,
        père de toutes les nations sémites au nombre desquelles nous devons compter les                 habitants de la péninsule arabique et ceux de l'ancienne Asie Mineure.
 
Le terme biblique et religieux de "Sémites" recouvre principalement les Araméens, les Akkadiens, les Babyloniens, les Assyriens, les Amorrites et les Hébreux.         [[45]]
 
Dans son enseignement, Moïse restreint le terme de Sémite des anciennes Alliances, et limite le terme aux seuls Hébreux. Il n'a pas l'intention de créer une nation sémite. Il veut créer un état pour les Hébreux, leur promettant une vallée où coulent le lait et le miel. Et les proclamations de Moïse sont assassines à cet égard. Il ne manque pas une occasion de préciser que son Dieu est celui d'Abraham, d'Isaac et de Jacob.

Pour nous, Occidentaux, ces proclamations passent inaperçues. Pour les Sémites non-Hébreux, ces termes sont de véritables déclarations de guerre. Voici pourquoi:

Son épouse Sarah étant stérile, Abraham eut un premier enfant, Ismaël né de sa servante Agar. Quand plus tard, par une intervention divine, il eut tout de même un enfant de son épouse légitime, il l'appela Isaac. Il répudia Agar de même que son premier fils Ismaël. Les textes de la Bible juive insistent à outrance sur le côté bâtard de cette aventure. Agar était égyptienne et Ismaël épousa une égyptienne. Et dans la Bible juive, les Egyptiens appartiennent à la descendance de Cham: les maudits.

Dans l'épisode d'Abraham qui accepte de sacrifier son fils aîné, ce sera Isaac qui sera nommé par la version juive de la Bible. Il fallut bien justifier cette élection d'Isaac par rapport à son frère aîné Ismaël. C'est alors que dans la loi juive, et contre toute tradition sémite de transmission de l'hérédité par le père, ce sera la mère qui désormais transmettra la nationalité. On est juif par sa mère. Dans cette nouvelle application légale, Ismaël restera égyptien par sa mère.                                                                                                  [[46]]
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L'histoire de Jacob relève d'une ségrégation de même type. Le droit d'aînesse revenait à son frère jumeau Esaü, premier né de cette double naissance. L'affirmation mosaïque que Dieu donne sa préférence aux descendants de Jacob (et non d'Esaü) exclut ainsi de l'Alliance les clans hébreux éparpillés dans des régions autres que celles où Moïse entreprendra sa prospection.

Nous sommes en pleine histoire politique contemporaine. Les descendants actuels d'Ismaël – ceux que, dans une confusion des termes, nous appelons "Arabes" – se réclament évidemment d'être également les privilégiés de Dieu. C'est eux, les élus de Dieu. Et c'est dans ce contexte que nous devons lire les versets du Coran où le Prophète accuse Israël d'avoir corrompu le texte biblique.                                                                                 [[47]]

Et c'est dans ce contexte également qu'il nous faut lire toute notre histoire contemporaine au Moyen Orient. Et ici, nous sommes devant une position politique prise par Moïse.
 
Il est fort probable que Moïse était lui-même Sémite, et tout aussi vraisemblablement Hébreu. Son ambition politique consiste à procurer à sa famille – mais à sa famille seulement - une issue à la vie nomade qui devient de plus en plus difficile, impossible même, dans des pâturages d'Arabie qui ne cessent de se désertifier.

Ce projet politique suppose deux impératifs:
- Faire accepter la transition de vie du bon pasteur (Abel) à celle du mauvais sédentaire                 (comme Caïn, qui devient même constructeur de villes …)                                [[48]]
-   Limiter cette action politique pour la rendre applicable.
 
Et l'expression biblique de "quarante années" attestent simplement que ce projet politique ne s'est pas réalisé aussi simplement qu'il n'y paraît à première vue. D'autre part, les nombreux épisodes de rébellions nous attestent de la difficulté pour Moïse de faire admettre et son autorité et son point de vue religieux d'un Dieu Unique.
 
A n'en pas douter, derrière la saga de Moïse, se trouve un déplacement réel de populations réunies dans un sentiment religieux commun. Au départ de clans semi-nomades de pasteurs, l'événement Moïse illustre la démarche d'éveiller un sentiment national et de construire une nation autour du concept unificateur d'un Dieu unique qui lui accorde sa protection. Et le récit, en conformité avec l'Histoire, se termine par l'installation d'un régime politique puissant.
 
Mais, outre l'argument religieux d'une protection divine particulière, l'enseignement de Moïse repose sur une xénophobie qu'il est impossible de nier. Ce n'est même pas une caricature de lire que tout ce qui n'est pas Juif (le terme est plus tardif et date de la période romaine) doit être considéré comme étranger. Avec l'intransigeance relative à l'affirmation universelle de leur Dieu, ce sera le reproche majeur que leur adresseront toutes les nations non-juives.
 
 

 
69

YHWH
 

Le projet de Moïse est indiscutablement une réalisation politique. Son enseignement religieux n'est que le moteur qui propulsera cette ambition politique.
 
Les historiens ont remarqué, à juste titre, que ni la tradition sémite, ni la tradition égyptienne ne préparaient à l'enseignement d'une telle forme de monothéisme. Moïse nous étant présenté comme issu de ces deux traditions, on peut se demander pourquoi il aura choisi le moteur religieux monothéiste de type théocratique.
 
Nous avons vu qu'à son époque, un foyer culturel venu d'Indus, au Nord-Ouest de l'Inde, s'était installé en Egypte sous la protection rapprochée des souverains. Si nous connaissons la date de l'installation indusienne (~1470), nous n'arrivons pas à situer Moïse avec la précision qui nous permettrait d'estimer l'impact à son égard, de la présence – et sans doute aussi de l'enseignement – védique. Moïse est-il contemporain de Touthmôsis, en début de dynastie, ou bien plutôt de la période amarnienne en fin de cette même dynastie?                                                                                                                           [[49]]
 
Il apparaît toutefois clairement que, comparativement à un Akhenaton par exemple, Moïse avait assimilé de façon beaucoup plus superficielle, les concepts fondamentaux du Véda. Dans les milieux hautement culturels de la cour, le cap le plus difficile semble avoir été le passage de l'image concrète des dieux au concept fort abstrait de l'Etre Primordial.
 
Les textes bibliques nous confirment que jamais Moïse n'a envisagé que son Yahvé pourrait n'être qu'un principe. Il en est toujours resté à la vision concrète d'un Dieu (bien qu'il se refuse de le représenter). Yahvé s'est toujours cantonné dans une proposition physique de sa personne. Le Dieu de Moïse est "concret", ce qui ne signifie pas nécessairement  élaboré suivant les quatre (ou cinq) éléments de la "matière".
 
Nous devons toutefois nous souvenir que le Dieu mosaïque nous a été transmis plusieurs siècles après sa "révélation" à Moïse. La figuration fort concrète de Yahvé provient-elle de Moïse lui-même, qui n'aurait dès lors jamais accédé à une conception métaphysique; ou bien provient-elle d'une compréhension insuffisante de ceux qui ont maintenu la tradition jusqu'à sa mise par écrit? Toujours est-il que le Dieu des trois religions monothéistes gardera par la suite, son attribut de "Personne", à comprendre dans une acception de personne physique, animée d'une psychologie fort humaine.
 
70

Le Dieu de Moïse ne s'inscrit plus dans la tradition mésopotamienne. Par son unicité, il ne s'inscrit pas non plus dans la tradition égyptienne. Le Yahvé de Moïse ne s'inscrit en fait dans aucune tradition. Il se présente plutôt comme la somme de concepts épars:
-  toute-puissance des dieux mésopotamiens (El, El-Shaddaï),
-  personnification comme Aton dans les deux cartouches qui écrivent son nom,
-  Etre Premier, comme en Indus.
 
J'ai décrit ce phénomène d'amalgame comme une caractéristique des Indo-Européens: toujours tenter d'assimiler les diverses spécificités pour les fusionner ensuite. Et de ce point de vue, le Dieu de Moïse est le fruit d'une synthèse de type spécifiquement indo-européen.
 
On pourrait peut-être déceler ici la trace d'une longue fréquentation avec les Hyksos qui, comme chacun sait, étaient Indo-Européens. Peu nombreux, ils étaient toutefois secondés par des collaborateurs locaux, Sémites principalement. L'arrivée de Joseph en Egypte coïnciderait-elle avec celle de ces Sémites collaborateurs du nouveau régime? Et les Benéi Israël dont l'Exode nous relate le départ seraient-ils les descendants de ces Sémites traîtres à leur autonomie politique et culturelle?
 
Moïse serait-il ainsi mouillé dans l'épisode de la libération de l'Egypte par l'avènement de la XVIIIè dynastie; et serait-ce dès lors, réduit en servage pour cause de collaboration avec l'ennemi, qu'il se serait retrouvé en camp de travail? Nous savons qu'il y eut de tels camps de travail pour Sémites, dans le Sud de la vallée. Nous avons des documents qui attestent de la mise en place, à la hauteur d'Assouan et de l'île Eléphantine, de lieux de culte pour ces travailleurs Hébreux, avec la construction de leur temple.
 
Nous ne savons rien de plus. L'hypothèse d'un Moïse réquisitionné dans les colonies juives en Egypte du Sud, contient des éléments intéressants et ne peut certainement pas être écartée a priori. Mais nous restons ici dans le domaine des interrogations.
 
La logique toutefois dans la présentation des faits, la forme des allégories, le rappel des traditions dans la prédication de Moïse sont par contre incontestablement de type sémite. C'est la dualité de Moïse. Très Indo-Européen dans ses amalgames, très Sémite dans sa pensée. C'est le côté insaisissable de la pensée mosaïque; c'est son côté très cosmopolite.
 
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Yahvé fait sa première apparition dans l'Exode,  sous la forme                      [[50]] 
du Buisson Ardent. Ceci me semble la signature d'un enseignement védique.
 
L'Etre Primordial est, en Indus, imaginé sous la forme d'un foyer d'énergie rayonnant de lumière et de chaleur. Le soleil est souvent pris comme exemple réel – matériel - de cet Etre Premier qui engendre tous les objets de l'Univers; objets matériels mais aussi objets non-matériels à l'exemple de la lumière, la chaleur, la pensée, les rythmes, la vie, etc … qui émanent de l'Etre Primordial mais ne sont pas constitués de matière.
 
La rédaction des récits bibliques tels qu'ils nous sont parvenus, est postérieure, nous l'avons vu, de plusieurs siècles certainement après les faits rapportés. Les images qui nous illustrent ces faits ont également "macéré" dans leur tradition orale durant ces mêmes siècles d'attente. Elles ont ainsi largement eu le temps de se transformer en allégories, et les allégories sont à leur tour devenues de mythes.
 
Dans le cas du Buisson Ardent, le processus est exemplaire. Moïse se sent investi d'une mission importante. Il exprime l'aspect sacré de sa vocation à travers l'image bien comprise à l'époque, du Foyer primordial. Rapidement on évoquera cet épisode par le foyer tout seul. L'image devient allégorie. Plus tard encore, ce foyer prendra forme matérielle et deviendra "buisson". L'image est devenue un mythe. Des exégètes pourront désormais discuter sur l'identification de la plante de ce buisson, sur l'intensité de la flamme en plein jour …
Nous sommes en pleine dérive.
 
Mais que son Dieu se soit exprimé par l'image d'un foyer; là, nous ne sommes plus dans la tradition mésopotamienne, ou sémite, ni même hyksos. C'est l'influence directe du Véda.

Dans cette même première apparition, Yahvé prend la parole. La Parole est une des caractéristiques du Dieu de Moïse. Et s'il parle, c'est principalement pour atténuer le manque d'évidence de sa présence et de ses instructions. Ceci peut se comprendre dans la ligne de la personnification du dieu amarnien à travers les deux cartouches. S'il est une personne, il a le don de la parole. Ce sont deux processus de pensée fort voisins.
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Avec toutefois une différence essentielle:                                                                      [[51]]
- Aton reçoit, par ses cartouches, la personnalité du maître le plus puissant de la terre.
C'est le pharaon qui donne l'investiture à Aton, en lui accordant les attributs de sa royauté.
   
        
                                                                       
- Le Dieu de Moïse est "personne" par lui-même. Et dans un développement plus tardif de la pensée, le mouvement d'investiture sera inversé puisque, la Personne Primordiale sera Yahvé, et l'homme n'en sera qu'une image.
 
Ceci est une méprise irréversible par rapport à la vision védique fondamentale. Chaque objet de l'Univers permet à l'Etre Primordial de s'individualiser, puisque, par lui-même, l'Etre Premier – Entièreté du Tout - est sans identité.

Il semble que Moïse, ou ceux qui ont développé la doctrine après lui, n'aient jamais compris l'orientation des identités individuelles par rapport à l'Etre Primordial. Dans la logique sémite, tous les rapports sont dirigés à partir du divin vers l'homme. Il n'a jamais été envisagé un rapport inverse à partir de l'humain vers son dieu. Et comme dans l'interprétation sémite, l'identité du Dieu est détournée de son sens logique, il deviendra indispensable que Yahvé s'explique à ce propos. Et il prendra la parole.
 
'èhyèh 'àshèr 'èhyèh , la parole est célèbre.                                                      [Ex III, 14]
 
Selon les écoles des diverses orthodoxies mosaïques, (judaïsme, christianismes ou Islam), cette déclaration divine a été traduite par: "Je suis celui qui suis" ou bien par "Je suis celui qui est". La différence réside principalement au niveau du sujet de cette déclaration.

- Dans le premier cas, il affirme qu'il est Lui-même.
        Cette déclaration s'apparente à un "Moi, c'est Moi".
        On n'est pas loin d'un "Je n'ai de compte à rendre à personne".
- Dans le deuxième cas, l'affirmation se rapproche de l'Etre Premier (la possibilité d'être)             mais perçu à travers quelqu'un déjà identifié.
 
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La traduction de cette déclaration par les premiers exégètes qui éprouvent la plus grande difficulté à la comprendre, part d'hypothèses vraiment non confirmées:

    -      L'assimilation du verbe hwy (être) au tétragramme YHWH n'est pas établie.
    -      Et si le verbe Etre avait été utilisé, on ne sait pas:
          -   s'il faut le lire à une troisième personne d'un imparfait-présent,
          -   ou s'il faut tenir compte d'un éventuel causatif de la racine 
                    "qui occasionne l'être".
 
Dans son contexte sémite, cette parole reste très énigmatique. Replacée dans un contexte védique, cette définition de l'identité divine n'a pas beaucoup de sens car elle émane d'une évidence, et que l'évidence de l'Etre Primordial ne doit être ni démontrée ni définie. Mais à tant faire que de se définir malgré tout, se présenter comme étant le "principe d'être" entre dans une parfaite orthodoxie.
 
Dès les premières mises par écrit, le texte a été commenté par les rédacteurs qui eux-mêmes ne comprenaient manifestement pas très bien la portée de cette définition. Et nous trouvons aussitôt des gloses autour de cette parole énigmatique: "ce qui signifie …"
 
J'ai déjà évoqué plus haut le problème de l'incompatibilité, dans le même concept, des attributs d'Immanence et de Transcendance.
 
Dans la logique sémite de la toute-puissance et de l'inaccessibilité des dieux, il était bien clair que Celui qui devait immuniser Israël de tout adversaire, et lui garantir la bonne fin de son  dessein politique, était un protecteur totalement transcendant. Dans la logique nouvelle d'un Dieu qui - par inversion de pensée, nous l'avons vu – donne à chaque homme sa personnalité, il fallait que ce Dieu soit totalement immanent.
 
Cette contradiction est intéressante dans la mesure où elle démontre, dans le chef de Moïse ou de ceux qui ont continué sa doctrine, la non-compréhension de l'Evidence védique. Nous demeurons dans un monde partagé entre une partie (géographique) accessible à nos sens et un autre domaine inconnaissable qui gouverne notre monde concret au gré d'impératifs qui échappent à notre compréhension.
 
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Alors que le Rg Véda propose un Univers dont la totalité émane d'une Evidence, le monothéisme de Moïse se cantonne dans le Mystère.
 
Yahvé est un être réel, matérialisé en une personne. Alors qu'Aton était l'icône de l'Etre Primordial, YHWH en est l'identité même.
 
La conséquence est immédiate. Chaque objet présent dans l'Univers est une forme individuelle de l'Etre Premier, que la philosophie védique appelle "Atman". Atman est cette possibilité qui a permis à chaque objet de devenir présent. En ce sens, chaque objet émane directement de Atman que l'on doit dès lors considérer comme celui qui génère tout, à partir de sa propre substance. Atman est "Créateur".
 
Si nous restons dans la conception théiste, il n'y a aucune raison que les dieux – fussent-ils "Un seul" – soient des créateurs. Et la théologie contemporaine n'ayant toujours trouvé aucune justification logique à cette "création", doit se contenter de l'imposer par voie de dogme. Je pose l'acte de foi d'affirmer que Dieu est créateur de tout … Alors que l'Etre Primordial était créateur par évidence (origine d'une individualisation tirée de sa propre potentialité), le Dieu des monothéistes ne peut justifier son action créatrice qu'au nom d'une toute-puissance affirmée, mais non justifiée.
 
A noter que la physique, si elle s'accommode encore bien d'un créateur (les sciences aiment des "causes"), elle ne le postule absolument pas comme indispensable. Nous observons les composants de la matière dans un cycle constant d'apparitions et de disparitions qui ne suppose en soi aucune intervention extérieure.
 
La logique formelle ne peut se satisfaire d'un Dieu-Créateur. La définition-même d'un Univers devrait être "Entièreté du Tout". Dieu, s'il appartient à ce Tout ne l'a évidemment pas crée. Et s'il n'appartient pas au Tout, l'Univers ne répond plus à sa définition.
 
La cosmologie quantique nous apprend d'autre part que le temps n'a pas toujours existé sous sa forme expansée de durée; ni l'espace sous sa forme expansée de volume. Dans la mesure où la création dépasse la seule intention et devient un "acte", il lui faut pour s'actualiser et un volume et une durée. L'acte de création n'a ainsi pu se réaliser qu'en un espace et un temps déjà expansés. Dans cette optique, ce que nous imageons sous la forme d'un Big-Bang a nécessairement dû précéder un éventuel "acte" de création, qui en perd dès lors sa propre définition. Le terme "création" porte en lui, sa propre contradiction.
 
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Une autre difficulté majeure rencontrée par l'enseignement nouveau, a été de faire admettre l'idée même que le Dieu est unique. Cette unicité n'est pas du tout évidente.
 
Dans une conception universaliste d'un Grand-Tout, le principe fondamental qui permet à chaque objet de s'individualiser est nécessairement identique pour toutes les parts de cet Univers dont nous ne percevons qu'une partie. Et les composants qui échappent à notre perception, émanent néanmoins du même principe fondamental d'être, que nous avons appelé l'Etre Primordial ou l'Etre Premier.
 
La conception théiste divise le monde en une partie que nous appréhendons par nos sens, et en un autre domaine auquel nous n'avons pas accès. Pourquoi, alors que notre monde est peuplé d'une multitude d'êtres vivants parmi lesquels les hommes, l'autre région du monde ne pourrait-elle être habitée que par un seul être, Dieu? Cela ne s'inscrit dans aucune vraisemblance.
 
L'enseignement mosaïque tel que nous le lisons dans les livres les plus anciens de la Bible ne mentionne pas le concept de "cause". La volonté divine (sa satisfaction, mais plus souvent sa colère) peut déclencher tel bienfait (la manne) ou telle catastrophe (les 7 plaies d'Egypte). Mais le YHWH Dieu ne se présente pas comme la "Cause Primordiale".
 
Les adeptes du Rg Véda avaient conscience de la nécessité, pour se manifester et se construire dans une histoire, d'entrer dans un processus de causes à effets; l'effet devenant lui-même la cause d'autres effets. Et ainsi de suite, dans un devenir sans fin. Outre le principe d'identité, il y avait aussi un principe de causalité: la Cause Première (Brahmane).
 
Ce principe fondamental ne se retrouve nulle part                                                       [[52]]
dans l'enseignement mosaïque. Dieu est créateur, nous l'avons vu, mais par sa propre volonté. Et son acte de création n'engage que la créature elle-même, en dehors de toute conséquence éventuelle de son existence.     
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Dieu étant créateur de toute chose, il sera également l'inventeur de chaque événement.
Le Dieu des monothéismes est une forme de négation de tout processus de cause à effet.

Conscients de cette lacune dans la fonction divine, diverses approches théologiques aboutiront à la fonction eschatologique de Dieu dans l'Histoire. Les événements successifs suscités par Dieu s'inscrivent dans son dessein historique de mener l'humanité dans sa gloire divine. Ce type de raisonnement répond peut-être au questionnement de certaines facultés très intellectuelles de théologie. Les Hébreux nous sont unanimement présentés par les nations voisines de Mésopotamie et d'Egypte, comme des gens fort éloignés de toute préoccupation spéculative.                                                                                            [[53]]
 
Il est beaucoup plus vraisemblable de considérer qu'un événement sans cause évidente, était très facilement imputé à des esprits ou à des forces occultes. Les Esprits sont devenus YHWH, les forces occultes sont devenues YHWH. Les événements incompréhensibles ont donc continué à être provoqués par YHWH, qualifiés désormais de punitions ou de récompenses; voire de "miracles" lorsqu'ils étaient totalement incompris.

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Moïse aujourd'hui
 
Il n'y a pas de réelles statistiques pour dénombrer les membres d'une religion, qu'ils soient Juifs, Chrétiens ou Musulmans. Pèle mêle, les chiffres comptent les pratiquants convaincus, et ceux qui sociologiquement appartiennent à une tradition religieuse. En gros, on peut évaluer à 1.750 millions dans le monde, les personnes qui ont reçu une éducation dans la ligne d'une  tradition chrétienne officielle. Mais comme le critère de ce décompte est le nombre de baptêmes, ne sont ainsi pas comptabilisées les innombrables sectes qui se réclament d'un enseignement chrétien dissident de type Mormons, Témoins de Jéhovah, et autres Armées du Salut. Dans la même imprécision statistique, on évalue les Musulmans à environ 950 millions de fidèles dans le monde. Le dénombrement des Juifs est un peu plus précis, avec une évaluation à 17 millions.
 
La tradition religieuse instaurée par Moïse toucherait ainsi quelque deux milliards six cent millions de personnes. Nous approchons de la moitié de la population planétaire.
 
Le présent essai a mis en évidence des mauvaises compréhensions, des incohérences, et même des manipulations politiques qui expliquent les antagonismes qui opposent aujourd'hui les trois religions monothéistes.
 
Les déclarations de YHWH, Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, relèvent du domaine politique. Elles sont malheureusement inscrites dans une très longue tradition. C'est la proclamation fondamentale de la légitimité d'Israël en terre de Palestine. Et c'est un fondement religieux. Ce sera donc une assemblée religieuse – et non civile – qui sera seule capable peut-être de proposer une solution à ce conflit.
 
Il est évident que je reste viscéralement accroché au principe de la séparation absolue entre les pouvoirs religieux et les pouvoirs civils. Mais lorsqu'une législation a été adoptée au nom d'un principe religieux – ce qui est le cas de l'éviction des Arabes de l'Alliance mosaïque – il faut retourner à la doctrine religieuse qui a "dérapé" dans la législation civile. Et rattraper ce dérapage ne sera possible qu'à travers une nouvelle lecture de la source religieuse.
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Ç'aurait pu être le cas dans nos pays catholiques à l'occasion des votes, par les institutions civiles, de lois relatives aux problèmes qualifiés d'éthiques: interruptions de grossesse, soins palliatifs, euthanasie, etc … La législation civile doit garder sa totale indépendance vis à vis des principes religieux; mais elle ne peut pas les ignorer. Nos traditions culturelles (et donc religieuses) interdisent par exemple, que l'on applique chez nous les solutions radicales imposées en Chine pour la limitation des naissances. Ceci est l'observation d'un fait.
Les Musulmans ont gardé, profondément ancrée en eux, la notion de "péché". Une infraction à l'ordre établi est une atteinte à Dieu en personne. L'auteur d'une telle infraction suscite la malédiction divine sur l'ensemble des hommes. Il doit être éliminé.

En fait, la loi mosaïque lue en Islam distingue le "péché" commis à l'insu de tous, de celui commis en public et qui suppose dès lors l'assentiment de tous. C'est l'exemple journalier, en pays musulmans, de celui qui, en cachette, prend son petit verre d'alcool ou boit du vin derrière le comptoir; ou, à l'opposé, de ceux qui en réunion, servent des apéritifs alcoolisés. Le premier, vu de Dieu, attire le châtiment sur lui seul. Le péché, en jargon chrétien, sera dit "véniel". Les seconds attirent la colère de Dieu sur la société qui partage leur péché: leur faute est grave.

Avec, la dérive évidemment – que les Occidentaux qualifient d'hypocrisie – de désobéir aux lois en cachette, sans se faire prendre, parce qu'alors, ce n'est pas mal.

Notre Occident lit aussi la tradition mosaïque en terme de "péché", puisque le fils de Dieu en est le rédempteur. Péché originel, non défini, qui justifie la Rédemption.

Mais la tradition mosaïque – telle que vécue à notre insu, dans nos pays – qualifie très rapidement de "péché", une faute qui n'est répréhensible qu'en fonction du groupe social. Les sept péchés capitaux de nos catéchismes sont en réalité des infractions à l'ordre social. Tuer, mentir, voler, manquer de respect, prendre le conjoint de l'autre. Aux seules exceptions de la masturbation et de la gourmandise qui émanent d'un héritage épicurien des premiers siècles de notre ère.
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Et puis, il y a l'infraction à l'appartenance au groupe social. Ainsi les interdits alimentaires. Bien sûr, ils concernent aussi des normes d'hygiène. La conservation du porc est en effet difficile en pays chauds. Mais ils concernent surtout l'identité de ceux qui les appliquent. Le porc fut historiquement le premier animal à avoir été élevé par des sédentaires. Et en terre de Canaan, très particulièrement. Ainsi devint-il rapidement le symbole des "mauvais" sédentaires (qui mangent du porc) en opposition aux bons pasteurs (qui mangent du mouton). C'est une autre traduction de Caïn et d'Abel. Manger "casher" est, aujourd'hui encore, une prise de position politique et religieuse.

Une relative uniformisation – non pas des coutumes ou des traditions – mais des infractions serait indispensable. Je ne suis personnellement pas partisan de l'amour libre, mais je ne puis tolérer l'assassinat de tous les amants.                                                             [[54]]

De même que les modes vestimentaires ne peuvent, dans la mesure d'une décence traditionnellement admise, jamais faire l'objet de délits. La prison ou des sévices physiques pour le port du voile !!! Non!
 
Mais outre ces cas fort médiatisés – généralisés, j'en conviens, dans certains pays actuellement exacerbés dans un climat d'extrémisme religieux – ce ne sera pas sur base exclusive d'un code civil qu'il sera possible de mener à bien une telle uniformisation. Des Comités de Défense des Droits de l'Homme n'y pourront rien. La coutume – et ici, la coutume religieuse – est un facteur de stabilisation des conflits.
 
Je garde la conviction – et c'est d'ailleurs la justification d'ouvrages comme la présente approche – qu'il est indispensable de remonter aux sources des textes qui aujourd'hui, prêtent à conflits. Pourquoi telle prescription? Pourquoi telle coutume? Dans quel contexte économique, ou politique, ou social, telle proclamation a-t-elle était faite? C'est, par exemple l'éclairage à apporter à l'Alliance d'Abraham, qui prend son sens vis à vis de l'envahisseur étranger, mais qui devient source de conflit en dehors de ce contexte.
 
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D'un point de vue plus théorique – la théologie sert également à structurer la pensée religieuse – il serait temps que l'on prenne l'Histoire en compte. Il y eut rencontre entre des systèmes divergents pour organiser le monde. Il y avait le système cohérent des dieux. Il y avait le système cohérent de l'Etre Primordial. L'amalgame des deux systèmes a abouti à des incohérences qu'on a dû se résoudre à imposer par voie de dogmes. C'est lamentable!
 
Je suis persuadé que, si le dogme est à la religion ce que le postulat est à la science, ils sont tous deux des abdications de l'esprit.
 
L'enseignement de Moïse s'est développé suivant les trois voies différentes que nous retrouvons encore aujourd'hui, avec:

- Israël qui, alors qu'il proclame sa laïcité, se réfère encore facilement à une loi fondamentale         traditionnelle. Même les Juifs libéraux n'échappent pas à cette tentation de type bien             plus identitaire que religieuse. J'ai connu un libéral manifestement athée, invité à                     présider la célébration de Shavouôth, la fête religieuse de remise de la Thora par                 Yahvé, au Sinaï.

- Les multiples chrétientés ont préférentiellement développé certains aspects de la divinité             révélée à Moïse. Ainsi la traduction de l'Etre Primordial (Atman), dans son                             individualisation – sous sa forme la plus parfaite: la nôtre évidemment (!) – c'est-à-dire           une individualisation humaine de type "personnel". Les catéchismes primaires ne                 manqueront jamais de bien préciser que Dieu est une "Personne".

- Les diverses Eglises, par contre, insistent beaucoup moins sur l'attribut divin de Cause             Primordiale. L'Occident n'a pas assimilé la qualification de Brahmane. Les sciences             occidentales se sont construites sur le postulat de la cause et de son effet. Une cause         pour un effet. Mais au niveau de sa vie personnelle, l'occidental chrétien n'a pas                     supporté de se trouver engagé sans issue, dans un processus infini d'actes                             irrémédiables. Chacun de mes actes se répercutera dans une chaîne sans fin d'effets             qui deviendront eux-mêmes des causes, etc.  Intolérable pour un Occidental !
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Et Dieu est dès lors devenu la porte de sortie par laquelle il sera peut-être possible d'y échapper. La prière – y compris le rite central des christianismes: l'Eucharistie – est ainsi la demande à se voir appliquer l'exception.

-     L'Islam contournera également cette difficulté intolérable de se voir engager dans un processus irréversible. Ce ne sera pas l'acte personnel du croyant qui enclenchera le processus. Dieu ne permettra que la seule réalisation des actes qui auront son aval, car Lui-seul connaît l'avenir, et sait prévoir les répercussions à long terme de l'acte dont il a permis l'exécution.
Les développements philosophiques de cette proposition, Lā ilāh illā'llah (il n'y a de Dieu [causal] que Dieu) peuvent conduire à de terribles extrémismes. Si la bombe que je porte à la ceinture explose en plein marché, c'est que son explosion entrait dans le dessein de Dieu …
 Il est possible que Moïse lui-même – ou le comité de sages qui portent son nom – n'ait pas assimilé cette notion de Brahmane. Est-il d'ailleurs tolérable, dans une vie active et en dehors d'une pure méditation, de supporter le poids incessant d'une perpétuelle conséquence universelle de chacun des actes que l'on pose? L'évolution historique du Véda s'est ainsi tournée vers les pratiques très méditatives de l'Hindouisme. Mais nous quittons alors le domaine de la pensée occidentale auquel je tiens à limiter les présentes notes.

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Les doctrines mosaïques

Dans une mise au point rapide de l'enseignement mosaïque, laissons pour l'instant de côté la question de l'identité de Moïse. Les deux thèses opposées sont retenues d'un authentique personnage historique, ou d'un groupe de personnes dont l'histoire se souvient sous le nom de Moïse (msi). Pourquoi "msi"? Y aurait-il une relation avec le terme égyptien (msi) qui signifie "fils de"? Mais alors, fils de qui?
 
A titre strictement personnel – je ne propose ici qu'un simple avis – il me semble que le nom de Moïse pourrait désigner un Hébreu dont l'ambition était de rassembler son clan dont les tribus nomadisaient éparses dans la péninsule arabique. Il s'était assigné de leur inculquer un sentiment commun suffisant pour se sentir appartenir à un même peuple d'où sortirait une vraie nation: Israël.
 
L'Arabie devenait totalement désertique et n'abritait aucun fleuve. Il était devenu impératif de changer de territoire, et de changer radicalement de mode de vie. Moïse devait transformer son clan nomade en une population sédentaire. Et la seule région éventuellement encore disponible – par voie d'invasion armée, il est vrai - pour une sédentarisation nouvelle, était la vallée du Jourdain, déjà habitée par des populations réputées ennemies.
 
La tâche fut longue. Moïse seul n'eut sans doute pas le temps de mener à bien son entreprise. Et ses successeurs continuèrent à rassembler et à convaincre les diverses tribus de l'Israël naissant, dans la tradition – et sous le nom sans doute – de Moïse.
 
Mais la question reste ouverte, et nous ne savons actuellement pas déterminer si Moïse a personnellement existé, s'il représente un seul personnage ou bien s'il est le nom-code donné aux dirigeants d'une révolution qui aboutira à la création du "Royaume d'Israël".
 
L'approche de l'enseignement mosaïque nous permet toutefois d'établir certains points.
 
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La pensée fondamentale est - et reste - mésopotamienne, avec:
-      les hommes existent au service (et à la merci, aux bons vouloirs) du divin;
-      les dieux transcendants ne sont soumis à aucun principe éthique 
            (Ankh et Ma'at);
-      la conduite humaine reste coincée entre l'obéissance et le "péché";
-      la volonté divine est la base de tout événement (pas de cause intrinsèque).
  
Cette pensée initiale a été enrichie par des notions égyptiennes:
-      le divin assure aussi le gouvernement des hommes (d'où le décalogue);
-      le culte religieux est un puissant moteur politique.
 
 L'apport indusien a ensuite été amalgamé aux vieux principes fondamentaux:
 les dieux ont été identifiés à l'Etre Primordial (d'où "les" dieux devenus "Un");
-  la personnalité a été intégrée au concept de ce dieu devenu Un, mais dans le sens                     opposé de la personnification indusienne de l'Etre Primordial;
-   puisque devenu "personne", Dieu s'est mis à parler, et à donner des instructions;
-   assimilé à l'Etre Primordial, Dieu est devenu immanent, et ainsi créateur;
                  (dans la tradition mésopotamienne, il est cependant resté transcendant)
-   un contrat traditionnel d'Alliance a cautionné la parole du Dieu-Un.
 
Il y a également, semble-t-il, des associations conceptuelles plus complexes. La question d'une éventuelle survie n'occupe pas une place fondamentale dans les littératures élamite, sumérienne ou akkadienne. Dans la mesure où l'être humain a été inventé dans l'unique dessein du bon plaisir des dieux, il n'y a aucun sens à chercher une finalité de l'homme individuel en soi. Il sert, il obéit et les dieux lui évitent leur malédiction. Vivre maintenant dans l'agrément des dieux.
 
Plus tard, le "Messie" attendu par Israël, s'inscrira lui aussi dans un "maintenant" très concret. La conception messianique initiale attend un libérateur politique très concret, qui doit assurer la suprématie d'Israël dans un temps très présent.
 
L'enseignement mosaïque, tel que nous le découvrons dans les premiers livres de la Bible, n'est pas du tout axé sur une félicité après la mort. Toutefois, la mort n'est pas totalement absente, mais elle est reportée à plus tard. Avec un jugement (comme en Egypte), mais à la fin des temps. Et ne survivront que les bons.
 
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Ce seront les développements ultérieurs de la pensée mosaïque qui détermineront que, puisque l'homme a été créé à l'image de son Dieu, il pourra partager le temps de ce Dieu. Et cette idée est sans doute renforcée par une interprétation – mal comprise à mon avis – de la Cause Primordiale, qui s'ouvre, elle aussi, sur un infini.
 
En Indus, l'individualisation de chaque objet permettait à l'Etre Primordial d'entrer dans le processus infini de l'acte qui engendre des effets, qui eux-mêmes engendrent d'autres effets, etc. L'homme se trouve dès lors impliqué quelque part dans un processus infini, dans un processus d'éternité.

Curieux mélange:
–  d'un concept indusien de cause, qui débouche sur un "sans fin";
–  d'un concept inversé de l'homme à l'image de Dieu, 
        donc partageant le temps de Dieu;
–  d'une recherche d'un non-absurde au niveau individuel.
 
Nous pouvons également trouver l'embryon du concept de "créateur", dans l'immanence de l'Etre Primordial en Indus. Puisque chaque objet de l'Univers est la concrétisation de cet Etre Premier, il devient évident que cet Etre est la source unique de chaque élément de l'Univers. Quand, dans une compréhension inversée, le divin sera assimilé à cet Etre Premier, il deviendra "Un", mais aussi source unique de tout ce qui est: "Le Créateur".
 
Moïse et les docteurs qui ont élaboré son enseignement, n'ont jamais imaginé que le monde matériel pouvait n'être qu'une étape dans un processus beaucoup plus universel. La pensée originelle d'où sortiront les trois monothéismes, se réduit à envisager la "matière" ou "rien". Et cette matière peut être dotée de "Vie" et d' "Esprit". Dieu est alors Vie, Esprit et Créateur de la matière qu'il peut animer.
   
L'évolution de la pensée monothéiste mettra l'accent sur l'attribut "personnel" de Dieu qui cumulera toutes les caractéristiques d'une Personne humaine. (Colères, menaces, et regrets aussi, rien n'y manque). Il n'y aura pas de "Personnalité" spécifiquement divine.
 
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Le Dieu monothéiste crée – Matière, Vie et Esprit – dans un acte permanent de création. Nous ne trouvons nulle part le processus de Cause à Effet. Le développement de la pensée créationniste ouvrira rapidement sur la notion de "miracles". L'intervention divine est une porte de sortie au processus infini des causes et des effets (ressenti comme une fatalité). La doctrine chrétienne propose un miracle permanent.
 
L'enseignement de Jésus sera éparpillé dans les différentes Eglises, avec une prépondérance très vite marquée de la doctrine élaborée dans une pensée spécifiquement grecque. Le terme-même de christianisme (Χριστος = Christ = qui a reçu l'onction, en grec) indique que c'est bien l'interprétation grecque qui nous est parvenue. Tous les écrits canoniques du Nouveau Testament ont été rédigés en grec.
 
Au delà de la physique (de cause à effet) et du rationalisme grecs, subsisteront toutefois:
 -  la notion de création;
-   la notion de rédemption, qui elle-même suppose:
    o   le péché intrinsèque, dit péché originel;
    o   le miracle, par intervention divine (de type création) pour contrecarrer la nature                         spécifiquement mauvaise des hommes;
-   la notion de survie.

L'enseignement de Mahomet reprendra ces ingrédients, à commencer par la "Personne" divine; en diminuant toutefois l'importance de l'intervention de "rédemption" (puisque l'islam nie la divinité de Jésus), mais en augmentant par contre la notion de création permanente. L'Islam aussi contourne le processus "de cause à effet".

C'est l'expression bien connue "In shā'a'llāh" . Ce n'est pas le hasard, ni – comme nous le considérons souvent – une forme de fatalité. C'est la soumission constante aux vouloirs discrétionnaires de la personne de Dieu. Lā ilāh illā'llah: il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu. A comprendre ici comme "il n'y a pas d'autre processus d'enclenchement (Cause) que  Dieu."
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Au moment de mettre une fin de cette approche, je suis surpris à la lecture des textes doctrinaires des divers christianismes. Christianismes parce que, de culture occidentale, j'ai hérité d'un mode de pensée spécifiquement chrétien. Ne dit-on pas que la France est la fille aînée de l'Eglise ?

A la simple lecture des "credo" chrétiens, chaque expression, chaque mot m'apparaît comme le reflet d'une opposition, d'une réflexion, d'une discussion, d'une prise de position avec un adversaire évidemment hérétique. Le texte commence par l'affirmation de "Un seul", on garde la notion de "Dieu", on affirme "Créateur", on maintient la seule existence de la "Matière" (le ciel et la terre) …

Il se fait que depuis maintenant plusieurs milliers d'années – c'est tout de même beaucoup – les fidèles qui se réclament des trois monothéismes sont en désaccord constant alors que leur proclamation religieuse fondamentale est identique. Ce désaccord religieux est la toile de fond de toute l'Histoire d'Occident. A la seule exception d'une trêve idéologique de deux siècles en Espagne à la fin du Moyen-Age, ces désaccords prennent des allures de haine et tournent très souvent en conflits armés. Ces conflits de plus en plus violents se soldent, aujourd'hui, par plus de dix morts par jour, en moyenne. (Et nous sommes en période réputée calme …) Des milliers, des millions de morts.
 
Dans ce contexte, faire l'effort d'entrer dans l'univers mental de l'autre, et pas seulement de manière superficielle. Réfléchir ensemble, avec méthode: c'est ça, la philosophie. Mettre ce que nous avons en commun avec, souligné en rouge, le point précis où tel prédicat peut être interprété comme ceci dans un certain mode de pensée, et comme ça dans une optique différente. Eliminer nos notions de "vrai" et de "faux". Accepter la logique de l'autre.
 
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-  Très peu de chrétiens sont conscients de la démarche politique de Moïse qui visait
        "aussi" à magnifier une seule tribu.
-   Très peu de Juifs sont conscients de la rupture totale entre l'Alliance de Moïse,
        et celle d'Abraham.
-  Très peu de musulmans sont conscients qu'ils ne disposent que d'une information t                    ronquée des textes bibliques, et jamais dans leur version originale.
 
Deux systèmes de pensée ont été artificiellement amalgamés. Ces systèmes se sont développés dans des univers clos où ils étaient chacun parfaitement cohérents.
- L'organisation d'un monde gouverné par les dieux propose un système tout à fait cohérent de pensée.
- Un Univers issu d'une potentialité d'être que nous avons appelé Etre Primordial, s'inscrit aussi dans une pensée parfaitement cohérente.
 
C'est la fusion des deux systèmes en une pensée unique qui a déclenché leurs incohérences.
 
Dans ce domaine précis, je persiste à croire que des recherches théoriques, comme celles que je termine, pourraient servir à établir un état commun de la question, état autour duquel pourraient se rassembler de gens de bonne volonté venus des trois confessions.
 
Utopie, bien entendu. Utopie … Mais ça vaut la peine. Non?
 
 
 
 
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BIBLIOGRAPHIE
 
Ne sont repris ici que les seuls ouvrages qui ont un rapport direct avec la présente étude.
Une bibliographie beaucoup plus complète se trouve en fin des "Mosaïques".
 
Les citations de textes bibliques proviennent de:
    E.B. Jérusalem
                    La Sainte Bible                                                                  
                          D. D.B.                                                                        1955
 
          CHOURAQUI A.  
                          La Bible                                                                              
                          D. D.B.                                                                        1992
 
Les citations des textes du Coran proviennent de:
          MASSON D.
                          Le Coran  (2 vol)
                          Gallimard                                                                    1967
 
          MONTET Ed.
                          Le Coran
                          Payot                                                                          1963
 
          SAVARY M.
                          Le Koran
                          Clas. Garnier                                                              1953
 
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Bibliographie générale:
 
01      AKHENATON (Aménophis IV)                                                         
              Le Grand Hymne à Aton
              Samir Mégally                         Paris                                      1991
 
02      DESROCHES NOBLECOURT Christiane                                      
              Ramsès II.  La véritable histoire
              Pygmalion                               Paris                                      1996
 
03      DIEL Paul                     
              La Divinité (symbole et signification)
              Payot                                       Paris                                      1971
 
04                    Le symbolisme dans la Bible
              Payot                                       Paris                                       1975
 
05      FINET André                
              Rapport entre Moyen-Euphrate et Canaan
              RIHAO n.s.                             Buenos Aires                          1994
 
06      LEROI-GOURHAN André                  
              Préhistoire de l'Art Occidental
              Mazenod                                                                                 1965
 
07      MONOD Jacques         
                          Le hasard et la nécessité
                          Seuil,                                Paris                                  1970 
     
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 08      NAVILLE Edouard                               
              The Temple of Deir el-Bahari (7 volumes)
              Eg. Explor. Fund                     Londres                          1894-1907
 
09      PETIT Etienne             
              Dieu, allégories et concepts   
                        Calligraphie                             Bruxelles                      1996
 
10                    La Cohérence                        
                        Calligraphie                             Bruxelles                      2000
 
11                    Mosaïques
                        Calligraphie                             Bruxelles             1995-2005
 
12      RIFFLET Jacques         
                          Les mondes du Sacré
                          Ed. MOLS                                                                  2000
  
13      RUFFIE Jacques         
                          Traité du Vivant                                                                 
                          Fayard                                   Paris                             1982
 
14      SHRI AUROBINDO                            
              La Bhagavad-Gitâ
              Albin-Michel                                        Paris                          1970
 
15      TEILHARD de CHARDIN Pierre
                       Le Phénomène Humain
                     Seuil,                                                                                1959
 
16                   La Vision du Passé               
                     Seuil,                                                                                 1957
 
17                   La Place de l'Homme dans la Nature                               
                     Seuil,                                                                                 1956
 
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18      TRAUNECKER Claude                                                                    
              Les dieux de l'Egypte
              Que sais-je (PUF)                   Paris                                   1993
 
19      VANDERSLEYEN Claude                  
              Ouadj our (Un autre aspect de la Vallée du Nil)
              Conn. Egypte Anc.                 Bruxelles                             1999
 
20                    L'Egypte et la Vallée du Nil (T. 2)                                       
              Nouvelle Clio (PUF)                Paris                                    1995
 
21      VERCOUTTER Jean    
              L'Egypte et la Vallée du Nil (T. 1)
              Nouvelle Clio (PUF)                Paris                                    1992
 
 
     
 
 
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Notes et commentaires

[1] Les spéculations philosophiques
    Jacques Monod déjà, dans la dernière page de couverture de son livre "Le hasard et la nécessité" signale lui aussi le mépris des scientifiques pour le mot "philosophie". "C'est l'assurance, écrit-il, de le voir accueilli avec méfiance par les hommes de science et, au mieux, avec condescendance par les philosophes."
    Je voudrais ajouter que les chaires universitaires d'Histoire sont tout même rattachées aux facultés de Philosophie et Lettres. Et je comprends mal que l'on puisse approcher des concepts théologiques – donc les religions – en dehors des raisonnements qui les ont mis en place.
 
[2] Yahvé, dieu d'importation
    Dès 1992, à ma première approche de la pensée de Moïse en parallèle avec celle d'Akhenaton, je me suis rendu compte que son enseignement comportait de nombreux éléments étrangers à toute tradition mésopotamienne: Un, créateur, immanent, etc … Et à mon grand effroi, d'oser déjà proposer un "dieu d'importation". Je fus quelque peu rassuré quand, à l'Institut Martin Buber à Bruxelles, on me confirma que d'autres personnes partageaient cet avis. Le présent article ne s'assigne nullement de défendre telle ou telle position. J'y explique simplement comment, au fil d'une longue enquête de près de quarante ans, je suis lentement arrivé à certaines conclusions.
 
[3] La culture occidentale
    offre, par rapport aux autres organisations humaines de la planète, les caractéristiques d'une forme de sédentarisation qui semblent lui être propre (les civilisations urbaines), et un mode de pensée théiste (Dieu-personne) très particulier.
 
[4] Traces bibliques de l'arrivée des Indo-Européens
  La Bible porte des traces de cette arrivée d'étrangers. Nous sommes après le déluge, et avant Abraham. C'est le début de l'épisode de la tour de Babel. [Gn X,1-2]: "Tout le monde se servait d'une même langue et des mêmes mots. Partis de l'Orient, des hommes trouvèrent une plaine au pays de Shinéar (la Mésopotamie) et ils s'y établirent."
  La confusion des langues est ici clairement imputée aux étrangers à la Bulle. On peut en déduire que tous les habitants des Proche et Moyen Orients se comprenaient entre eux, avant l'arrivée des Indo-Européens.
 
[5] L'amalgame de diverses cosmogonies est en fait le thème central de la présente étude.
 
[6] Amarna, épisode paroxystique d'un mouvement de fond beaucoup plus vaste.
    Dans une correspondance privée datée du 21 mars 2002, Marc Gabolde, spécialiste de la XVIIIè dynastie me confirmait : "Je crois, à la suite d'Assmann, que la religion d'Akhenaton n'est que la forme radicale de la pensée phénoménologique apparue sous Amenhotep III et qui se retrouve après la période amarnienne."
    Nous verrons, dans la suite de cette étude, que dans la ligne exactement, je vais cependant plus loin de Marc Gabolde. Je situe l'origine de la pensée amarnienne sous la Reine Hatshepsout. Le "schisme" amarnien aura duré près d'un siècle et demi.
 
[7] Le Professeur Claude Vandersleyen a rassemblé 322 textes qui mentionnent le terme de Ouadj Our (grands marais maritimes, encore nommés mangroves par les géographes). Certaines de ces mangroves ont servi de protection pour des chantiers navals. Et certains de ces chantiers se trouvaient en bordure de Mer Rouge.

Le texte répertorié 142 fut trouvé dans le Ouadi Hammamat. Il date de Mentouhotep IV (vers ~2000) et cite "[la plantation de] tous légumes de Haute Egypte. Je transformai les vallées en zones vertes, ses terres hautes en rectangles d'eau (pour l'irrigation). Je harponnai des volailles, je harponnai des bovidés …" Mais l'historien de donner le commentaire suivant: "Ce rivage aride ne peut servir de terrain de chasse".

    Une autre inscription (répertoriée 143), également trouvée en bordure de la Mer Rouge, signale à la même époque de ~2000, une grande offrande de bœufs de deux sortes et de gazelles. Mais certains auteurs d'ironiser que les abords ne sont pas verdoyants; que des gazelles peuvent s'y rencontrer, mais non des bœufs.

    Ainsi, à l'encontre des affirmations des documents trouvés sur place, certains historiens se cramponnent à leur vision contemporaine de la géographie, ignorant superbement des modifications climatiques affirmées pourtant par les sciences géographiques et climatologiques.
 
[8] Préhistoire = étude d'un animal
    Il faudrait limiter le terme "Homo (ou hominien, ou plus simplement homme) de la paléontologie pour désigner un animal qui se tient debout, fabrique des outils et utilise le feu.
 
[9] Sédentarisation = élément secondaire en Histoire
    L'exemple des bergers, non sédentaires par fonctions, me semble intéressant dans la mesure où il démontre que la sédentarisation n'est qu'une étape - et une étape nullement indispensable - de l'accession à la Conscience Réfléchie.
 
[10] L'association de l'étude des insectes à la stratigraphie relève d'un protocole développé à l'Université de Londres par Russel Coope. Le principe en fut appliqué par Hélène Valladas près d'un gué de la Seine.
 
[11] Le désert arabique doit être intégré à l'histoire de l'Egypte
    Je voudrais citer ici Jean Vercoutter qui, en avant propos de son volume "L'Egypte et la vallée du Nil" (ouvrage de référence), déclare: "… le désert arabique, à l'Est [de la vallée du Nil] reste très mal connu, pour ne pas dire vierge au point de vue archéologique, au Soudan comme en Egypte."
 
[12] Sumériens = Indo-Européens
    On peut considérer comme acquis que les Sumériens ne représentent pas la population autochtone qui était sémite. Ce sont des envahisseurs indo-européens, venus de l'Est. Les cosmogonies qui nous sont parvenues dans leur langue sont ainsi déjà une transposition, en concepts étrangers, de la mentalité originelle que nous recherchons en Mésopotamie.
 
[13] Les hiéroglyphes sont originellement une écriture ornementale et architecturale. Ils ne sont initialement pas destinés à être lus à haute voix.
 
[14]Le Mystère. Voir Dieu, allégories et concepts.                       1996
 
[15] C'est dans son cours sur les religions et les rites religieux en Egypte antique, que M.-C. Bruwier estime que la différence entre hommes et dieux est beaucoup plus d'ordre quantitatif que d'ordre qualitatif. Hommes et dieux sont de la même substance fondamentale. C'est la force et la puissance qui les distinguent.
 
[16] pharaon = pouvoir spirituel
    C'est ainsi qu'un traité de médecine par exemple, pour être orthodoxe et pouvoir être enseigné, doit recevoir l'aval de pharaon qui en deviendra l'auteur. C'est le problème technique des textes amarniens  qui ont évidemment reçu l'aval d'Akhenaton. Mais en est-il réellement l'auteur?
 
[17]  Une évidence ne se définit pas. Elle ne se démontre pas non plus.
    La Cohérence: 1998
 
[18] Le système Univers
    Il me semble important de souligner que Sémites et Egyptiens ne semblent avoir jamais eu conscience d'un "Univers". Il y avait le monde dans les régions que nous connaissons, et, dans le même monde, d'autres régions auxquelles nous n'avions pas accès. Nous n'avons retrouvé aucun document - avant la philosophie grecque (donc indo-européenne) - qui aurait présenté le ciel et la terre pour reprendre l'expression consacrée, comme un "système". C'est en Indus que nous découvrons cette notion de Grand-Tout auquel nous appartenons, et que nous contribuons à structurer. Sans moi, et la cascade de causes et d'effets que j'engendre, tout le système Univers ne serait pas ce qu'il est occupé à devenir. Chaque objet est l'élément d'un système unique.
 
[19] Rg Véda, origine de l'Hindouisme
    avec toutefois les différences essentielles: le Véda ne connaît pas les classes sociales, n'enseigne pas la métempsycose, alors que les techniques du Yoga n'apparaîtront que très tardivement, après le VIIIè siècle, semble-t-il.
 
[20] Transcendance et immanence
    La fusion des deux attributs exclusifs l'un de l'autre, d'immanence et de transcendance pour qualifier un même Dieu, est une des étrangetés des trois monothéismes occidentaux. La théologie s'en tire ici avec un tour de passe-passe qui affirme qu'insondables sont les mystères divins. (!)
 
[21] L'acte créateur de Dieu
    ne s'inscrivant dans aucune logique, il a été nécessaire de l'inclure dans un acte de foi des différents "credo". Je dois poser un acte de foi pour admettre que Dieu est créateur.
 
[22] Théorie de l'antécréation
    Une théorie contemporaine, développée par Traunecker, et appelée théorie de l'antécréation, propose la transcendance des dieux avant la création, et leur immanence après.
    Le développement théorique de cette explication me semble fort "occidental" et ne tient pas compte qu'en Egypte, les dieux ne sont pas "créateurs".
 
[23] Evolution progressive vers le monothéisme
    L'explication classique d'une organisation de la société divine qui aurait dégagé un dieu principal qui aurait fini par devenir Dieu-unique, ne tient pas aux yeux de l'historien. Ce ne sont pas des séminaires de réflexion de la part de prêtres polythéistes qui ont abouti à la conclusion qu'il ne devait y avoir qu'un seul Dieu. Dans les deux cas recensés par l'Histoire (Akhenaton et Moïse), la notion de monothéisme a été imposée par voie d'autorité, voire par la violence. Ce sera la mise à pied des 80.000 prêtres d'Amon à Thèbes et le martèlement des noms divins à Louksor sous Akhenaton; ce sera le massacre au pied du Sinaï, sur l'ordre de Moïse, pour en terminer avec l'épisode du veau d'or. Et nous lisons [Ex XXXII, 29]: "Les fils de Lévi exécutèrent la consigne de Moïse et, ce jour là, environ trois mille hommes du peuple perdirent la vie."
 
[24] Rg Véda, sans canon
    Il n'y a pas de canon de bon ou de mauvais, de beau ou de laid, de bien ou de mal. Tel objet ou tel événement qui nous paraît monstrueux, est une étape de devenir au même titre que l'objet ou l'événement survenu dans ce que nous considérons comme "la bonne règle".
    Il y a simplement un réflexe de défense de la part de la société, qui pour survivre, doit éliminer tel comportement (le vol, l'homicide, etc …), voire tel individu (le coupable dangereux).
    Tel acte ne sera jamais ni bon ni mauvais en soi. Il sera compatible ou non avec la société dans laquelle il s'est produit. Teilhard de Chardin termine d'ailleurs son "Phénomène Humain" par des réflexions de ce type. Lui non plus, ne comprend pas très bien ce qui peut être qualifié de mal dans le monde. Et il laisse aux théologiens – s'ils s'y croient tenus – le soin de définir ce problème (!)
 
[25] Le virus: un phénomène de conscience?
    La capacité de reconnaissance d'un virion présente de curieuses similitudes avec la "Réflexion" de conscience. Le virion non vivant, serait-il capable de re-connaissance? Et d'une connaissance retournée sur elle-même, pour en tirer avantage et profit?
 
[26] Motivation des Indo-Européens
    On s'est interrogé sur les motivations qui ont poussé des Indo-Européens dans les pays de la Bulle. Un climat nettement moins rigoureux que dans les vastes plaines encore bien froides de l'Europe et de l'Asie du Nord. C'est l'actuel phénomène de nos retraités sur la Côte d'Azur ou en Floride. Mais aussi certainement, le mode de vie totalement original de la civilisation urbaine.
 
[27] "Alliances" = des traités sémites traditionnels
    Ils sont codifiés en quatre points: après l'identité réciproque des partenaires,
    1 la promesse,
    2 l'engagement (très souvent négatif de "Je ne ferai pas …"),
    3 le sceau,
    4 et enfin la malédiction en cas de non-respect.
    On connaît les Alliances de Dieu avec Adam, Noé, Abraham, Moïse, Jésus, Mahomet, et … la septième qui sera révélée au Jugement final.
    Remarquons immédiatement que, dans la mesure où ces traités accordent des privilèges, l'Alliance des christianismes avec Jésus abolit tout privilège, puisque tout le monde est privilégié… Comprise dans le sens chrétien, l'Alliance de Jésus est la négation-même de toute Alliance.
 
 
[28] Expédition à Pount = tradition ancienne
    C'est dans ce contexte de "renouer avec une tradition ancienne" que se situe l'expédition à Pount organisée sous la Reine Hatshepsout, et l'exploit duquel nous avons un compte rendu très détaillé qui orne le deuxième portique du grand temple. Les textes y sont illustrés à la manière de nos bandes dessinées. Certaines illustrations sont malheureusement dans un état de conservation lamentable qui nous en rend la lecture parfois difficile.
 
[29] Le palétuvier des mangroves
    A propos de la végétation qui pousse dans le "Grand-Vert", nous avons, parmi les 322 documents de Vandersleyen, une description très scientifique en provenance d'Edfou qui nous décrit un arbre de l'entrée du pays de Pount: "Sa couleur est noire, c'est l'œil de Seth; on n'en mange pas le bois; il est sur un arbre de Ouadj Our, là où est Pount; son arbre est comme l'arbre à encens; quand il grandit, il est rouge."
    C'est la description type d'un palétuvier, caractéristique des mangroves chaudes de l'Océan indien.
 
[30] Goubhet (gbt) dans l'archipel des Sept Frères
    Dans le sixième chapitre des "Mosaïques" qui clôture – provisoirement du moins – mes études sur Moïse, je signale qu'à l'extrémité de la Mer Rouge, près de son ouverture sur l'Océan Indien, il y a une île caractéristique qui, aujourd'hui encore, porte le nom de Goubhet (gbt). L'endroit est idéalement situé pour un chantier naval à destination de l'Inde du Nord. Et les descriptions géographiques coïncident cette fois parfaitement avec les textes anciens.
    Il est malheureusement impossible pour l'instant, d'entreprendre des fouilles dans cette partie du Soudan. Il y a cependant là, à mon sens, un site à explorer. Seules bien entendu, des fouilles archéologiques pourraient confirmer la validité de ce qui, pour l'instant, n'est encore qu'une simple hypothèse.
 
[31] Argumentation contre la Mer Rouge:
    Claude Vandersleyen, "Ouadj Our: un autre aspect de la vallée du Nil",
    Connaissance de l'Egypte ancienne, Bruxelles 1999. (étude N° 7)
 
[32] Itinéraire vers Pount
    Ce détail de la navigation vers Pount est cité dans le texte du grand temple de Deir-el-Bahari. Il est répertorié N°61 dans la liste des 322 textes de Vandersleyen. Il me semble que nous nous trouvons là devant un document-clef. Or, la seule navigation possible vers l'Est doit nécessairement se faire sur l'Océan Indien.
 
[33] Crise culturelle sous la XVIIIè dynastie
    Marc Gabolde la qualifie de pensée phénoménologique. Elle est également soulignée par Claude Vandersleyen qui, reprenant à son compte l'expression de Pascal Vernus, termine son ouvrage sur "L'Egypte et la vallée du Nil" en évoquant une crise des valeurs.
 
[34] Pount = une exploration?
    Je me suis parfois insurgé contre l'appellation d' "exploration" géographique, dans une région fréquentée depuis plus de 1000 ans, nous en avons des documents. On peut néanmoins reprendre le terme, dans une géographie changée par l'arrivée des étrangers. J'accepte le terme; je n'en accepte pas l'interprétation classique.
 
[35] Pount-sur-Nil
    L'argumentation de Claude Vandersleyen (p.282): "Les cinq bateaux de l'expédition naviguent jusqu'au pays de Pount, puis reviennent accoster à Karnak sans aucune rupture de charge; toute l'expédition a donc dû se faire par le Nil."
 
[36] Pas de trace archéologique
    Cette lacune archéologique déforce bien évidemment mon affirmation. L'Histoire ne peut se construire que sur base de documents. Et aucun document ne signe une installation à demeure de Pountites en Egypte, pendant près d'un siècle et demi. Il faut dire que l'on n'a jamais cherché les traces d'une telle résidence. Et les grandes réalisations architecturales entre Hatshepsout et Horemheb ont toujours été interprétées comme des constructions à usage strictement égyptien.

    Une lecture toutefois du plan de la cité éphémère d'Akhetaton (capitale dit-on, d'Aménophis IV/ Akhenaton) pourrait nous conduire à l'édification d'un temple très indusien.

    Nous n'avons pas les éléments qui nous permettent aujourd'hui d'affirmer quoi que ce soit. Il n'y a donc pas "spéculation" de ma part. Je pense simplement qu'il y a une piste que beaucoup d'indices renseignent comme intéressante.
 
[37] Panthéisme (athéisme) ↔ théocratie
    Une différence fondamentale entre les deux monothéismes:
- celui d'Akhenaton mène a une forme de panthéisme. C'est la porte ouverte vers l'athéisme.
- L'enseignement de Moïse conduit à une théocratie, avec un Dieu total et transcendant.
 
[38] Le nombre de 480 années cité par la Bible
    Ce nombre ressemble étrangement à 12 x 40. Les symboles numériques sont constants dans les textes bibliques. Douze fois un règne parfait … C'est en tout cas l'avis de l'historien israélien, Nikiprowetzki. Nous avons certes une indication, mais qui n'implique sans doute qu'un ordre de grandeur.
    Situer ainsi la Pâque sous Touthmôsis ne me semble pas avoir beaucoup de sens.

    A noter que l'historien égyptien hellénisé Manéthon, au IIIè siècle avant notre ère, estime que l'incident Moïse - dont parlaient encore à l'époque les communautés juives d'Alexandrie - devait se situer quelque part à l'époque d'Amosis.
 
[39] La stèle d'Israël
    Les historiens d'Israël d'aujourd'hui, à l'affût du moindre indice qui pourrait légitimer la création de leur état, ont parfois interprété la "stèle d'Israël" (seul document de toute la littérature pharaonique qui cite Israël) comme une attestation égyptienne de l'inauguration d'un état voisin. Mais Israël y est cité dans une liste d'ennemis dont il faut désormais tenir compte. Israël était donc déjà bien formé à l'époque, soit vers ~1200.
 
[40] Aton, icône de l'Etre Primordial (Rê-Horakhti)
    Je signale, pour l'objectivité de mes notes, qu'à la lecture de ma qualification d' "icône" pour désigner Aton, Claude Vandersleyen a réagi avec violence, en m'écrivant textuellement: "Ce que vous avez écrit est tout à fait imaginaire, et pour moi, faux, sans fondement; Faites attention à l'imagination! Bien à vous. C.V."
 
[41]
   


Les deux cartouches supérieurs sont ceux qui écrivent le nom d'Aton au début de la période amarnienne. Les deux cartouches du bas transcrivent le même nom, mais à la fin de la période.
 
Dans une correspondance privée, Marc Gabolde me situe le changement de graphie, en l'an XIV du règne, et non l'an XI comme généralement admis. Si je me permets de citer Gabolde, c'est qu'à l'heure actuelle, il est considéré comme "le" spécialiste de la période amarnienne.
 
Comme l'indiquent les fragments repris dans le bas, le faucon (signe divin par excellence) est remplacé par Héqa (prince, gouvernant). Chou, (la plume et son symbole divin) – susceptible de rappeler le dieu Chou - est remplacé par Chouty (deux plumes seules), lumière d'Aton.
 
Dans le troisième chapitre de mes "Mosaïques", je confirme qu'une lecture de "Père de la lumière" est fausse. Les deux plumes appartiennent au même concept (comme le démontre un manuscrit conservé à Turin) et évoquent ainsi le concept de "lumineux", "évident".
 
En résumé, suppression des symboles pouvant rappeler l'ancienne nomenclature divine, et introduction du concept d'évidence.
 
Une traduction "théologique" donnerait le texte suivant:
Premier cartouche:
        Dans le domaine de la vie, (à ne pas lire, simplement pour situer le contexte)
        foyer de lumière et de chaleur qui, en [toute] évidence
        est maître des deux horizons (horizon = ce qui est au delà) (de l'origine et de l'après).
La seconde partie ajoute:
        Soleil (Aton) qui dans un flux de lumière,
        revient sous forme d'astre.
 
[42] Moïse au cours du temps
    A propos des représentations au cours des siècles, de ce Moïse mythologique, je voudrais signaler aux Editions du Seuil, une étude remarquable de Philippe Borgeaud:
"Aux origines de l'histoire des religions".
 
[43] Une Alliance est toujours, après l'identité des contractants, un contrat en quatre points. L'Alliance avec Abraham a changé au cours du temps, avec l'installation de la monarchie sous David.
 
  Avant David: 
    1 promesse              nombreuses nations et don inaliénable de Canaan
    2 obligation              culte à rendre au divin
    3 sceau                    circoncision des enfants mâles
    4 malédiction            l'exclusion du contrat
 
  Après David, les termes du contrat changent:
    1 promesse              fonder une dynastie éternelle
    2 obligation              théocratie sous YHWH
    3 sceau                    le Temple
    4 malédiction            division du royaume
   
[44] Mosaïsme et non abrahamisme
    Je pense principalement à l'étude de Jacques Rifflet "Les mondes du Sacré", dans laquelle l'auteur semble attribuer à Abraham, la théologie d'Israël. Je ne partage pas cette opinion.
 
[45] Sémites, sémitiques sont des termes linguistiques
    Une définition moderne plus scientifique qualifie de "sémites" tous les peuples qui partagent des caractéristiques linguistiques communes. Mais nous sommes ici en sciences philologiques, et non plus en religion.
 
[46] Le schisme mosaïque
    Contrairement aux apparences qui émanent de l'imagerie d'une tradition ancienne, cette ségrégation des Juifs dans l'alliance divine, par rapport aux "Arabes", est aujourd'hui encore le fondement idéologique de la résistance palestinienne. Il y a, bien sûr, une spoliation des terres en 1947. C'est relativement mineur pour des populations encore fort mobiles.
 
    Les Palestiniens auraient encore facilement accepté l'aménagement, ou même le déplacement de leurs villages, et même de cohabiter avec des Israéliens. Mais, par un décret divin étrangement  dicté par l'opportunité de justifier Isaac par rapport à Ismaël, les Palestiniens sont, devant Dieu (et devant l'état d'Israël) déclarés citoyens de seconde zone, voire maudits.
 
    Ce ne sont évidemment pas des discussions autour de cartes déployées dans des états majors – et à Washington encore bien - qui vont apporter une solution à ce problème.
 
    Les populations autochtones auront-elles la maturité de réunir une sorte de "concile œcuménique", autour des textes bibliques, entre chrétiens (les Occidentaux), Israéliens et Palestiniens?
Ce serait pourtant la seule solution.
 
[47] L'accusation contre Israël dans le Coran sera:
LXII, 5:           Ceux qui étaient chargés de la Torah
                        et qui ensuite ne l'assumèrent pas …
   
    II,75               certains d'entre les fils d'Israël
                        ont altéré sciemment la Parole de Dieu
                        après l'avoir entendue.
 
[48] Gn IV, 17         Caïn devint un constructeur de villes.
 
[49] Le psaume biblique CIV
    Le Grand hymne au Soleil date de la période amarnienne et est même généralement attribué à Akhenaton lui-même. Or, le psaume biblique CIV est la traduction mot à mot de ce poème amarnien. L'intégration de cet hymne (à Yahvé-Dieu, dans la version hébraïque) dans le patrimoine poétique de Benéi Israël qui ont quitté l'Egypte, pourrait peut-être nous indiquer que l'Exode se situe "après" la période amarnienne. Leur départ serait alors postérieur à Akhenaton.
 
    Dans le premier chapitre de mon étude sur Moïse, je conclu à une très grande vraisemblance de situer la Pâque de l'Exode, lors de la restauration du culte à Amon; sous Aÿ ou Toutankhamon. Une date approximative: vers ~1335 (?)
 
[50] Le buisson ardent: Ex III, 1-6
 
[51] Les mains d'Aton
    Les manuels officiels remarquent rarement que les mains d'Aton qui, dans l'iconographie amarnienne, terminent les rayons du Soleil, ne présentent pas la paume. Elles ne sont pas dans la position de mains qui donnent. Elles reçoivent, au contraire. Elles prennent.
 
[52] Essence et existence
    Par rapport à l'essence, l'existence est la manière dont un être se manifeste. L'essence est pratiquement synonyme d' "identité", l'existence est assimilable à l' "action".
 
[53] Les Hébreux: peuple fruste
    J'aimerais citer ici, selon la traduction de J. Cooper (Baltimore, 1983), la description mésopotamienne des tribus qui hantaient les déserts syro-arabes,: "Ces nomades de l'Ouest, qui occupent la terre; ignorent céréales, maisons et cités; mangeurs de viande crue; inéducables, ingouvernables; et qui, une fois morts, ne sont même pas ensevelis selon les rites."
 
[54] Adultère: Dt XXII, 22.
    Si l'on prend sur le fait un homme couchant avec une femme mariée, tous deux mourront; l'homme qui a couché avec la femme et la femme elle-même. Tu feras disparaître d'Israël le mal.