Etienne PETIT
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Cette page Web est Le puits de
Syene
LE PUITS DE SYENE
Lecture
vectorielle des sciences anciennes.
1
Nous nous encombrons de
modèles simplifiés et de lieux communs. Il est ainsi convenu que le savoir en
Egypte, repose sur l'incroyable minutie d'une multitude de mesures. Quant aux
Grecs, ils sont réputés avoir formulé les tout premiers raisonnements qui
auront fini par donner naissance à la recherche et à la découverte
scientifique.
Mais la
précision évoquée en Egypte suppose que toutes les mesures sont
"évidemment" exactes. Et si nous qualifions la démarche grecque de
premiers raisonnements, ne tolérons nous pas tout aussi "évidemment",
les inévitables erreurs inhérentes à tout balbutiement?
Le pas
est alors vite franchi de nous éblouir de l'extraordinaire exactitude des
savoirs empiriques de l'ancienne Egypte, en opposition aux résultats
spéculatifs de la démarche tâtonnante des grecs.
Exactitude
et précision d'une part, mais limitées à l'univers concret du directement
mesurable; face aux imprécisions de techniques à longuement mettre au point
pour accéder aux dimensions abstraites d'un univers qui n'est plus directement
mesurable.
Et notre
souveraine technologie contemporaine se situe bien évidemment à la jonction
enfin réalisée entre l'exactitude et la spéculation.
C'est ce que
nous appelons " La Science".
!!!
Ces
patterns qui nous encombrent, sont extrêmement pervers par les sous-entendus
qu'ils supposent, et qu'ils ont toujours supposés.
2
C'est depuis
toujours que la "science ancienne" d'Egypte a éveillé les
imaginations. Ses réalisations les plus spectaculaires étant à la limite de
l'échelle humaine - les pyramides, le Sphinx, les temples thébains - on imagina
très tôt une antiquité mythique, remontant peut-être à une époque antérieure au
légendaire Ménès. D'après Jean VERCOUTTER, le célèbre historien G. MASPERO
n'aurait d'ailleurs pas écarté cette hypothèse en 1876.
[1, 283]
Cette
antiquité fabuleuse devait certainement s'accompagner d'une science tout aussi
fabuleuse, mais irrémédiablement perdue. Les monuments, considérés à leur tour
comme fabuleux, étaient dès lors devenus la trace de savoirs mystérieux, à
transmettre aux générations futures.
Hérodote déjà
- au V siècle avant J.-C. - juge utile de s'attarder [Livre II:125]
sur les
techniques de construction de la pyramide. [1,
276]
Il tente
ainsi de démontrer qu'elles sont des œuvres bien humaines, et non pas
l'héritage mythique d'un monde antérieur.
Dès le IV
siècle de notre ère, se colportait une histoire très pieuse selon laquelle les
pyramides auraient été des constructions d'inspiration divine. Erigées par
Joseph, dès l'arrivée des Juifs en Egypte, elles devaient servir de
"greniers à blé". Nous retrouvons l'illustration de cette histoire,
dans la décoration d'une coupole de la cathédrale Saint-Marc, à Venise. [2/19:
314C]
Une
légende arabe relate un présage cataclysmique de Kheops qui aurait alors fait
construire sa pyramide, en y enregistrant tous les savoirs et connaissances de
son époque.
3
Plus près
de nous, après la campagne napoléonienne (et la naissance de l'égyptologie), on
entreprit la mesure systématique des grands monuments. La Grande Pyramide fut
ainsi auscultée dans ses moindres détails, par P. SMITH notamment. Sur base de
données qualifiées dès lors de scientifiques, certains érudits, (comme J.
TAYLOR) tentèrent de fonder des prophéties de dates et de correspondances.
La "pyramidologie" était née. Ed. F. JOMARD (1777-1862), dans
sa "Description de l'Egypte" prétend même que la Grande Pyramide est
"un monument à la science égyptienne,
où sont cachés les résultats importants que la méditation découvre
aujourd'hui."
Et cette histoire n'est toujours pas terminée. C'est ainsi
qu'aujourd'hui encore des romans, des articles, des reportages nous confrontent
périodiquement aux "Enigmes des Grandes Pyramides et du Sphinx". Il
faut encore souligner le climat d'ésotérisme qui, de tout temps, a enveloppé la
science égyptienne ancienne. A nous de la décrypter si nous voulons prendre son
savoir en héritage.
L'exactitude des savoirs égyptiens
Un regard objectif nous
contraint cependant à remarquer que les anciens n'ont jamais pratiqué la
recherche scientifique, avec ce minimum de rigueur que le terme suppose aujourd'hui.
L'étude d'André PICHOT met cette totale lacune en évidence.
La
Mésopotamie et l'Egypte ont accumulé un très grand nombre de connaissances
diverses, souvent très élaborées, sans jamais parvenir à une science proprement
dite.
[3, couv.]
4
La littérature égyptienne nous a laissé un nombre important de
"livres de recettes". Mais la préoccupation de ces recueils est
toujours d'apporter la solution efficace à un problème concret.
Les
problèmes les plus fréquents sont la répartition de pains, de bière, etc. à des
hommes ou divers animaux. Dans certains cas même, on se contente d'une solution
provisoire (sans doute trouvée en tâtonnant)
puis le
résultat cherché est obtenu en utilisant la proportionnalité." [3,
230]
a. La mathématique
Nous avons très peu de documents sur la mathématique égyptienne, et
pratiquement rien avant le Moyen-Empire (-2000 à -1800). A la seule exception
de quelques inscriptions dans les tombeaux. Ainsi, la tombe de Methen (±2600)
qui contient le calcul correct de la surface ... d'un triangle.
Le
document principal sur lequel s'appuie notre connaissance de la mathématique
égyptienne, est le papyrus de Rhind, conservé au British Museum en deux
fragments de 32 cm de large sur 2m pour l'un, et 2,95m pour le second. La
partie manquante de ces deux fragments se trouve à New York (!) Il est daté
avec assez grande précision vers les années -1650, et reproduit un écrit
antérieur d'environ deux siècles. Nous connaissons ainsi l'état des
connaissances mathématiques vers les années -1850.
- La
première partie du papyrus ne dépasse pas le niveau d'une équation du premier
degré à une inconnue.
- La
deuxième partie aborde des problèmes géométriques de volumes de récipients et
donne quelques solutions en cas de changement d'unités de volume. Nous restons
au niveau de la fin de nos études primaires.
- La
troisième partie aborde les valeurs proportionnelles, les progressions
arithmétiques et géométriques, les conversions (de blé en pain, ou d'orge en
bière).
5
La
solution des problèmes n'est pas toujours donnée dans tous ses détails, et le
résultat est parfois simplement indiqué. La réponse obtenue est considérée
comme valide quand le résultat correspond bien aux données de départ. Le traité
ne développe jamais de réel raisonnement, et ne s'attarde jamais à de
véritables "démonstrations".
b. La géométrie du cercle
Quant
à la géométrie du cercle, les égyptiens ignoraient le rapport π. Le papyrus de Rhind assimile la surface du
cercle au carré des 8/9 de son diamètre; ce qui ramène la valeur π à 3,1605 (au lieu du 3,1416 de nos mathématiques
simplifiées). D'autres papyrus bien plus tardifs (époque ptolémaïque) se
contenteront même d'assimiler tout simplement π
à la valeur 3.
c. Précision dans les observations
Il
est vrai, par contre, que les "bibliothèques" (terme improprement
utilisé ici) des temples et des écoles de scribes, avaient accumulé une somme
incroyable d'observations. Et ces observations - sans souci de démonstration -
ont parfois fait l'objet de réalisations extraordinaires.
C'est le cas
d'Abou Simbel où l'ouverture du grand temple était parfaitement orientée et
juste suffisante pour illuminer le fond du sanctuaire chaque 20 février et
chaque 20 octobre, au lever du soleil. Avec cette utilisation du rythme inversé
de la lumière qui le 20 février illumine d'abord le dieu Amon pour se réfléchir
ensuite sur Ramsès (illumination de gauche à droite); tandis que le 20 octobre,
le premier rayon du soleil éclaire d'abord la représentation solaire de
Ré-Horakhti pour ensuite se réfléchir sur le roi (illumination de droite à
gauche). [9, 242]
6
Il
s'agit d'un exploit technique que nos ingénieurs contemporains ne sont
d'ailleurs pas parvenus à reproduire, lors du déplacement du temple à
l'occasion de son sauvetage par l'UNESCO. Le phénomène se produit désormais
avec 24 heures de décalage.
Mais la réalisation d'une
telle ouverture et d'une telle disposition du temple, ne suppose en soi aucun
calcul en projection. La seule observation répétée d'année en année donne les
points de repère précis qui auront permis de creuser le temple dans la roche,
en fonction de cette orientation précise.
d. Le positionnement des tropiques
On
peut imaginer qu'il doit être très facile de déterminer la verticalité d'un point lumineux. Le simple
creux d'un bambou dessinera sur le sol une trace de lumière parfaitement
circulaire dès lors que la source lumineuse se trouvera à l'exacte verticale.
Le fil à plomb pourra confirmer l'exactitude de la mesure. La seule répétition
de patientes observations pourrait donc déterminer la latitude précise d'un
tropique.
C'est
ainsi que raisonnent nos historiens quand ils répètent qu'à Syène, (près de
l'actuelle Assouan) se trouvait un puits réputé avoir été creusé à la juste
perpendiculaire du soleil au midi d'un solstice d'été. En termes contemporains,
nous décririons un puits sensé se trouver sur le Tropique du Cancer.
7
Les tâtonnements chez les Grecs
Et de
commenter, à la manière du Guide Bleu d'Egypte: [4, 629]
Syène
eut une célébrité: on y montrait un puits dont les parois étaient éclairées
verticalement par les rayons du soleil le jour du solstice d'été, en raison de
sa position dans le voisinage du tropique. On la considérait alors comme placée
exactement sous le Tropique du Cancer (elle en est en fait à 37'23") et
cette opinion la fit choisir par Eratosthène comme point de départ de sa mesure
de la circonférence terrestre. (230 av. J.C.)
Le
Guide Bleu signale l'erreur de positionnement de Syène par rapport au
tropique.
André AYMARD
et Jeannine AUBOYER sont plus sévères: [5,
519]
Croyant
Syène (Assouan) sur le même méridien qu'Alexandrie à 5.000 stades de distance,
Eratosthène constata que, le jour du solstice d'été, les rayons solaires y
tombaient à la verticale, tandis qu'à Alexandrie ils s'en écartaient d'un angle
égal au cinquantième de cercle: donc la distance entre les deux villes
équivalait au cinquantième du méridien.
Les
erreurs ne manquaient pas: en réalité, Syène se trouve à une cinquantaine de
kilomètres au nord du tropique, et Alexandrie assez largement (3°) à l'ouest du méridien de Syène. De plus, la
distance séparant les deux villes ne pouvait pas se mesurer alors exactement.
Si même les retouches approximatives apportées par Eratosthène à ses données
numériques tombaient juste, il resterait à savoir de quel stade il se servait
lorsqu'il aboutissait à un méridien de 250.000 ou, selon Strabon, 252.000
stades.
Avec
l'un d'eux, l'erreur finale n'eût été par défaut que de 625 ou 310 kilomètres
sur 40.000, soit 1,56 ou 0,77% ...
De
toute façon, la méthode est digne d'inspirer une admiration sans réserve.
8
Ici
aussi, les historiens signalent des erreurs:
- Syène est à 50 Km du tropique;
- la
longitude d'Alexandrie est à plus de 3° (350 Km) en Ouest de celle de Syène;
- la distance entre Alexandrie et Syène
n'était pas mesurable;
- imprécision
dans la mesure utilisée.
L'Universalis
nous raconte également cette histoire: [2/3,
299]
Au III
siècle, Eratosthène de Cyrène (275-194), bibliothécaire d'Alexandrie, exécute
la première mesure de la circonférence terrestre avec une précision
surprenante. Il avait trouvé entre Syène (Assouan) et Alexandrie, une distance
de 5.000 stades pour O7°12' d'angle, soit 250.000 stades environ pour la circonférence
terrestre, correspondant à peu près à 44.000 kilomètres, mesure exacte à 10%
près.
Commentaire
Eratosthène
était pourtant un authentique scientifique. Et s'il avait vécu quelque deux millénaires
plus tard, il aurait certainement été inscrit sur la liste de
"nobelisables". Comment, dès lors, pouvons-nous accepter sans ciller
des mesures prises cinquante kilomètres trop au Nord, des décalages de près de
350 Km d'Est en Ouest, des distances non-mesurables même avec des retouches
approximatives, et des erreurs globales de 10%?
Nous
pourrions ajouter qu'à vol d'oiseau, la distance entre Syène et Alexandrie est
d'environ 865 Km. Nous sommes loin des 794 Km comptés par Eratosthène dans son
calcul. (voir plus loin)
N'était-ce
pourtant pas aller un peu vite en besogne, de qualifier ainsi un calcul d'"erreur",
simplement parce qu'il ne correspondait pas au résultat proclamé par nos
sciences d'aujourd'hui?
9
Evidemment,
comment une science embryonnaire du III siècle avant notre ère
aurait-elle pu prétendre à l'amplitude intellectuelle, aux techniques et aux
connaissances suffisantes pour évaluer notre planète dans sa juste dimension?
Respectons
certes l'entreprise, admirons le raisonnement ... et déplorons l'inévitable
erreur du balbutiement.
Rares
d'ailleurs, sont les articles qui dépassent les chiffres ronds en relatant
cette histoire. 5.000 stades entre Alexandrie et Syène. 250.000 pour la
circonférence terrestre.
L'Encyclopédie
se satisfait même d'une erreur de 10%, et affirme une circonférence totale de
44.000 Km, sans la moindre précision sur le calcul qui aboutit à ce résultat.
Cela nous mène à un curieux stade de 176 mètres (!). Dans son article sur
l'Astronomie, la même Universalis affirme 46.000 Km environ, se basant cette
fois sur un stade de 184m, valeur très approximative du stade attique.
Mais
quelle importance, après tout, puisqu'un calcul ébauché en dehors de nos
mathématiques, devait inévitablement conduire à un résultat "faux". [c.q.f.d.].
Quelle
suffisance!
10
Notre vérification
Sur
base des connaissances actuelles, je me suis permis de reprendre tous ces
paramètres à mon compte. Je tiens à souligner ici, la gentillesse et la
patience que j'ai rencontrées à l'Observatoire Royal de Belgique. Il me fallait
en effet assimiler des données mathématiques souvent fort éloignées de mes
habitudes littéraires. Merci donc.
a. Quelques précisions
Strabon nous
rapporte les valeurs de la mesure d'Eratosthène: [T2. V. 7]
non
pas 250.000, mais 252.000 stades pour la circonférence de la Terre. 1/50
nous donne 5.040 stades entre Syène et Alexandrie.
Quand
il effectua son calcul (vers -230) la sphéricité de la Terre était généralement
admise dans le monde grec. Elle avait été imaginée par Thalès de Milet (vers
-650), et affirmée ensuite par l'école pythagoricienne. Strabon n'établit ainsi
aucune différence entre la mesure de l' "équateur" et celle de
la "circonférence".
Nous
savons que la terre n'est pas parfaitement sphérique puisque les circonférences
qui passent par les pôles sont légèrement aplaties par rapport à celle de
l'équateur. Il s'agit d'un écart de l'ordre de 1/298,5. Ainsi, les
circonférences méridiennes mesurent-elles 40.007,818 Km contre 40.075,017 Km à
l'équateur.
Le
calcul d'Eratosthène portait sur une circonférence méridienne. Il faut donc
évaluer une éventuelle "erreur" sur base de 40.008 Km.
Pour
mesurer la distance directe (Nord-Sud) d'une ligne de latitude à une autre, il
n'est nullement nécessaire (comme le pensaient les historiens Aymard et
Auboyer) de se placer sur le même méridien. Il suffit de mesurer l'angle entre
la ligne d'horizon et le soleil au moment où il atteint son point le plus élevé
dans le ciel. Ce moment, à cet endroit d'observation, sera appelé
"midi". Un décalage de méridien changera simplement l'instant de ce
moment, de quatre minutes par degré de dérive.
11
Les
longitudes d'Alexandrie et de Syène sont respectivement de 29°45' et de 32°55'. Soit une observation décalée en Ouest de 03°10' à Alexandrie. Le soleil est ainsi passé à son
zénith d'Alexandrie, avec douze minutes et quarante secondes de retard par
rapport au même passage à Syène. On peut considérer que ce "retard"
dans l'observation n'aura entraîné aucune conséquence sur le calcul de l'angle
qui mesurait la distance entre les deux latitudes de Syène et d'Alexandrie.
On
pourrait également objecter un indice de réfraction. Une observation
astronomique oblique est déformée par rapport à la même observation effectuée à
la verticale. C'est l'exemple de la règle qui nous paraît brisée lorsqu'elle
est plongée dans un seau d'eau. La table de réfraction nous indique une
déformation de 7,1 secondes d'arc pour une observation à partir d'Alexandrie,
d'un phénomène à la verticale de Syène (l'actuelle Assouan). Le calcul suppose
une température de 0°, et une pression
atmosphérique uniforme de 760mm. Cette déformation, traduite en distance
terrestre, équivaudrait à 220 mètres. Nous avons jugé pouvoir la négliger.
Longueur métrique du stade d'Eratosthène
Initialement,
le stade grec représentait "la distance qu'un homme vigoureux pouvait
franchir en courant, sans reprendre haleine". [6]
Les
mesures grecques utilisaient des stades de 600 pieds.
- Le
stade olympien, sur base de pieds de 0,3204m, valait 192,27m.
- Le
stade attique, avec des pieds plus courts de 2cm, valait 184,98m.
- Le
stade asiatique accusait une longueur de 147,85m.
- Il y
eut enfin le stade routier, équivalent à 157,50m
Les
égyptiens utilisaient des stades de 300 coudées.
- Le stade compté en "petites
coudées" (45cm) valait + 135m.
- Le stade compté en "coudées
royales" (52,2cm) valait 156,6m.
12
Il
n'y a toutefois aucune raison qu'un savant grec ait utilisé une mesure
égyptienne. Et comme il vivait au III siècle, il a dû effectuer ses
mesures en stades routiers. Et puisqu'il a estimé à 5.040 stades l'écart entre
Alexandrie et Syène, le calcul nous donne 794 Km. (793,8)
Alexandrie
est située à la latitude 31°14'N, et Assouan à
24°05'N. Soit, une
distance directe Nord-Sud de 07°09°, ou 794 Km
(794,444).
Nous
nous trouvons devant une très grande précision dans les mesures et constatons
que les "retouches approximatives" ont été d'une extrême
efficacité.
Eratosthène
et ses géomètres ont été capables:
- de mesurer un itinéraire exact de ville à
ville,
- de traduire cette valeur en "distance à
vol d'oiseau".
- de
rapporter cette valeur diagonale (par rapport à la ligne méridienne) sur les
deux côtés de l'angle droit.
Les
794 Km ne représentent pas la distance entre Alexandrie et Syène, mais bien
plutôt la droite Nord-Sud entre les deux latitudes.
Et
pourtant, au total de son calcul, la différence approche les 320 Km. Le
périmètre réel est de 40.007,8 Km. Eratosthène en affirme 39.690. Différence:
318 Km.
13
b. Quelques éléments de géographie générale
Tout
un chacun connaît les deux mouvements de rotation de la terre:
- autour de son axe (rotation journalière)
- et
autour du soleil (rotation annuelle).
Ces
deux mouvements vont dans le même sens, d'Est en Ouest, (ou de droite à gauche
lorsqu'on regarde le globe terrestre par le Nord).
Mais
la présence du soleil, de la lune et des autres planètes perturbe la
trajectoire de la terre dans l'espace. Les couples exercés par la lune et le soleil
font osciller la terre par rapport à l'écliptique (plan de sa rotation autour
du soleil).
L'écliptique
est à son tour influencé par la présence des autres planètes en rotation autour
du soleil.
L'ensemble
de ces perturbations engendrent les mouvements parasites de
"précession" et de "nutation". Ces deux phénomènes
s'exercent à contre-sens des grands mouvements de rotation terrestre et se
marquent d'Ouest en Est (de gauche à droite pour un observateur placé au Nord
du globe terrestre).
La précession.
L'axe
de rotation de la terre n'est pas fixe et décrit en ± 26.000 ans, un cône dont
le demi-angle au sommet est de 23°27' (inclinaison moyenne de l'axe terrestre).
- La constante annuelle de précession
(mouvement circulaire au sommet du cône) est de 50,256 secondes d'arc.
- La période d'un mouvement complet de
précession (360° divisé par 00°00'50,256") est de 25.790 ans.
- L'amplitude de précession décrit une
variation de l'inclinaison de l'axe terrestre par rapport au plan de
l'écliptique, comprise entre 24°18' et 21°55', soit 02°23'.
14
La nutation.
C'est le
mouvement qui fait décrire à l'axe terrestre, des festons autour de son cône de
précession. La constante d'oscillation est de 9,21 secondes d'arc tous les 18,6
ans.
Des
mouvements de moindre importance ont été détectés par les astronomes qui
utilisent la terre comme "socle" pour leurs instruments. Pour eux, la
moindre variation dans l'orientation terrestre se traduit par des décalages
très importants lorsqu'ils sont projetés dans l'infini des espaces.
Pour
notre part, dans un positionnement géographique, nous pouvons nous contenter de
prendre en compte le mouvement de précession, avec les corrections de la
nutation pour justifier certains écarts entre la prévision théorique et
certaines mesures très précises.
C'est
ce mouvement de précession qui explique les 318 Km d'écart entre la mesure
d'Eratosthène et la circonférence réelle de la terre.
La précession est un phénomène bien connu
C'est
elle qui est responsable du changement d'orientation de l'axe terrestre dans
l'espace. Aujourd'hui, le Nord est matérialisé dans le ciel par l'étoile
polaire, parce que l'axe de la terre pointe vers cette étoile. Au début de
notre ère, la même étoile polaire se trouvait à quelque 9° d'arc. Et dans 10.000 ans, le Nord sera orienté
vers l'étoile Véga.
La
précession est également bien connue parce qu'elle est responsable du recul des
signes du zodiaque.
15
Les
planètes visibles ne s'écartent pratiquement pas du plan de l'écliptique. Terre
et autres planètes tournent autour du soleil sur des plans très voisins. Un
observateur peut ainsi imaginer dans le ciel, une route relativement étroite
(17°), qui ferait le
tour de la terre, et qui serait la route des planètes.
Les
anciens ont divisé cette route circulaire en douze maisons de 30° chacune. Les astres situés dans chacun des
compartiments ainsi formés ponctuaient des points que l'imagination a vite
transformés en "personnages". Ce sont les douze constellations.
Chaque constellation se lève à l'Est et se couche à l'Ouest, suivant un rythme
bien défini: d'abord les Poissons, puis le Bélier, etc... Le soleil lui-même se
situe ainsi visuellement dans une constellation: celle qui apparaît à l'horizon
de l'Est, juste avant son lever.
Mais
la précession, mouvement inverse à la rotation générale, apporte un retard au
mouvement apparent de l'écliptique. On peut chiffrer ce retard à environ 20
minutes par année. Ainsi, il y a six mille ans, le soleil se levait en même
temps que la constellation du Taureau. Deux mille ans plus tard (1/12 de la
période totale de précession), c'était la constellation du Bélier qui encadrait
le soleil dans son lever. Au début de notre ère, le soleil se levait dans les
Poissons. Et très bientôt, il passera dans la constellation du Verseau.
Astrologues
et mages prennent ainsi en compte, depuis longtemps, ces deux phénomènes de:
-
recul des signes
-
et déplacement des pôles.
16
La mouvance des tropiques
La
communication par contre semble avoir été beaucoup plus hermétique entre les
géographes-astronomes (hommes de sciences) et les historiens (hommes de
lettres).
La
précession fait varier l'inclinaison de l'axe terrestre, par rapport à son plan
de rotation autour du soleil. Lorsqu'il est au sommet du cône, l'axe est plus
"vertical", tandis qu'il est davantage "penché" quand il se
trouve à la base du cône.
Si
l'axe terrestre se trouvait un jour parfaitement perpendiculaire au plan de
rotation de la terre autour du soleil, il n'y aurait plus de variations
d'équinoxes, et les tropiques coïncideraient avec l'équateur. C'est
l'inclinaison de l'axe terrestre qui détermine la présence des tropiques. Et
une variation de cette inclinaison entraîne une variation de la position des
tropiques.
Il
s'agit en réalité d'un mouvement circulaire de l'extrémité de l'axe terrestre.
La projection du déplacement de cet axe sur une droite orientée Nord-Sud, donne
un mouvement pendulaire de l'amplitude de la précession. Soit 02°23; ou une distance de 264.815 m. au niveau de la
surface terrestre.
Le
mouvement pendulaire est un déplacement linéaire qui démarre d'un point d'arrêt
pour atteindre sa vitesse maximale au milieu de sa trajectoire, et s'arrêter en
fin de course en un nouveau point d'arrêt; avant de redémarrer dans l'autre
sens. Ce déplacement Nord-Sud et puis Sud-Nord du sommet de l'axe de rotation
terrestre, se traduit par un déplacement identique des latitudes des tropique.
Donc
les tropiques voyagent.
Lorsque
l'axe de rotation terrestre se redresse par rapport au plan de l'écliptique,
les tropiques se rapprochent de l'équateur. C'est ce qui se passe actuellement,
depuis environ 5000 ans. Et lorsque l'axe prend davantage d'inclinaison, les
tropiques s'écartent. Ce déplacement des latitudes des tropiques dépend
directement de la durée et de l'amplitude de la précession terrestre. Les
tropiques se déplacent ainsi de 265 Km en 12.900 ans.
17
Calcul du déplacement des tropiques
Mais
ils se déplacent à des vitesses variables, selon qu'ils sont proches de leurs
points extrêmes (alors presque à l'arrêt), ou selon qu'ils sont au centre de
leur courbe. Il s'agit d'un déplacement pendulaire que la mathématique résout
par la projection orthogonale d'un angle d'une demi circonférence sur la droite
du diamètre. Elle se décrit par le sinus de l'angle sur cette droite.
Mais
le mouvement de précession est la résultante de multiples facteurs. Il ne se
décrit pas par la simple projection d'un sinus d'angle sur une droite. A long
terme toutefois, une telle formule dessine avec assez de précision, le
déplacement global que nous cherchons à décrire ici.
Nous avons
divisé les 180° d'un demi-cercle en
129 périodes (une par siècle). Et nous avons obtenu une courbe divisée en
angles de 1,3953...°, (constante
séculaire de précession). Nous avons ensuite effectué la projection orthogonale
des ces angles (leur sinus), sur un diamètre supposé de 264.815 mètres. Nous
avons ainsi obtenu des valeurs moyennes du déplacement des tropiques de siècle
en siècle. Le tableau reprend ces valeurs tous les 1.000 ans. [annexe]
Nous
connaissions avec exactitude, la latitude des tropiques prévue à midi du
01/01/2000 (ε°): 23°26'21,468". Nous avions ainsi un point de
repère pour positionner notre
échelle de progression dans le temps. [7]
Pour
faciliter notre travail, nous avons transposé les angles de degrés en grades.
Appliquées à la dimension terrestre, les valeurs ainsi obtenues nous donnaient
pratiquement les distances en mètres, au cinquième chiffre après la virgule (si
nous omettons les 7.818 mètres qui complètent le diamètre longitudinal de la terre).
Les
mouvements de précession n'étant pas encore parfaitement mis en équation à ce
jour, leurs mesures projetées à long terme n'ont pas de valeur mathématique. La
projection sinusoïdale du mouvement de précession donne néanmoins une assez
juste approximation du "voyage" des tropiques au cours de ces
derniers 7000 ans.
Nous
avons négligé la courbure terrestre que, dans le déplacement des tropiques,
nous avons considérée comme une surface plane. Sur 265 Km, cette courbure a des
effets entièrement négligeables.
18
Lecture succincte du déplacement des tropiques
-4600 à -2000: Le
tropique reste confiné dans une distance de moins de 7 Km de sa limite extrême
Nord.
-2000 à -700: Déplacement
de près de 30 Km, mais le soleil continue à éclairer le fond d'un puits, sans
ombre portée.
-700 à -200: Le
tropique s'arrête à 37,5 Km de son avancée extrême. Mais Syène reste dans la
zone d'éclairement vertical direct. Les parois d'un puits restent éclairées,
sans ombre franche.
C'est l'époque
d'Eratosthène.
an 1000: Le
tropique s'est écarté de 68 Km. Une ombre franche marque le pied d'un mur ou le
fond d'un puits.
an 2000: Le
tropique se trouve à plus de 95 Km de sa limite Nord.
19
Positionnement par "ombre portée":
a. Immobilité apparente du tropique
Nous
savons qu'Eratosthène établissait ses calculs en comparant la longueur des
ombres portées. La question se pose immédiatement de déterminer le critère qui
différenciera une ombre d'une autre.
L'ombre
portée dépend de la hauteur (du mur) ou de la profondeur (du puits). Nous ne
connaissons pas la profondeur du puits de Syène. Il nous a dès lors semblé
judicieux de simuler une profondeur théorique de 25 mètres. Pour évaluer
l'ombre portée par la lumière solaire, il nous faut encore tenir compte que le
soleil n'est pas un "point" dans le ciel, mais qu'il nous apparaît
comme un "disque", avec un diamètre apparent d'environ 0,5° (00°32'36" en janvier, 00°31'32" en juillet). Rapporté à la surface de la terre, ce diamètre
représente plus de 55 Km.
Au
centre de cette distance, un objet éclairé à partir du zénith recevra la
totalité des rayons verticaux émis par le soleil. Au fur et à mesure qu'il
s'éloignera de ce point tropical précis, il continuera à recevoir des rayons
verticaux, mais de moins en moins intenses, puisqu'ils n'émaneront plus que
d'une partie de la surface solaire.
Dans
le cas qui nous occupe, il s'agit d'ombre portée visible au fond d'un puits.
D'une part, l'ombre elle-même au fond du puits; et d'autre part la
réverbération de la lumière verticale sur les parois.
Seule,
une mesure précise d'intensité de l'éclairement pourra déterminer le point
d'ensoleillement maximal, et confirmer si le soleil est bien au zénith. A 25 Km
de part et d'autre de la ligne tropicale, le fond d'un puits restera éclairé,
de même que les parois de ce puits. Seule, l'intensité de cet éclairement
variera entre la paroi Nord et la paroi Sud.
20
Un
premier passage (en direction du Nord) du tropique, à la juste verticale de
Syène s'est produit vers les années -5500. A cette époque, la cité se trouvait
déjà dans la zone d'éclairement vertical depuis un bon millier d'années.
L'avancée
extrême-Nord du tropique du Cancer, se situe à 24°18'. C'était vers les années -3200. Syène, situé
à 24°04' (à quelque 26 Km
plus au Sud) restait de la sorte dans la limite de l'éclairement vertical. Le
passage en retour du tropique à la hauteur de Syène s'est produit vers -750; et
le puits est resté dans la zone d'éclairement jusqu'au début de notre ère.
Pendant les six mille ans qui ont précédé notre ère, il y a donc eu une
apparente immobilité de la "limite du soleil" (c'est sans doute mieux
ainsi qu'était comprise notre notion de "tropique").
b. Décalage des tropiques depuis 2.000 ans
Ce
n'est qu'à partir de notre ère que les choses se sont accélérées et que
l'éclairement théoriquement vertical à commencé à donner des ombres. Le puits
de Syène devint alors un mythe, et fut abandonné.
Vers
les années 0, les parois du puits (supposées ici de 25 mètres) devaient porter
une ombre franche de 6,3 cm, et une ombre floue (donc sans réverbération) de
16,2 cm. Mille ans plus tard, - à
l'époque des croisades - ces valeurs étaient portées à 16,4 cm d'ombre franche,
+ 26 cm d'épaisseur d'ombre sur la paroi Sud. Et aujourd'hui, il y aurait une
ombre portée franche de près de 30 cm, et 40 cm d'épaisseur d'ombre, soit 1/3
du puits non-éclairé (à supposer un diamètre de 2 m).
Quand
Eratosthène fit son calcul (-230), le tropique se situait vers la latitude 23° 59' (soit déjà plus de 10 Km au Sud de Syène). Il
n'y avait pas d'ombre franche au fond, et la réverbération sur toutes les
parois devait être encore très intense, mais avec déjà un fléchissement de la
lumière sur la face inférieure Sud du puits.
21
On
peut donc estimer légitime qu'il ait pris Syène comme point de départ de son
calcul, le puits présentant encore les caractéristiques majeures d'un
éclairement vertical.
L'estimation
sous-évaluée de 318 Km du périmètre méridien de la terre, provient d'une mesure
trop courte de 6.360 m. Mais l'île Eléphantine - dans son centre historique
avec les temples d'Heqa-ib et de Khnoum - se trouve déjà fort au Sud de
l'ancienne agglomération. Et la première cataracte, avec l'île de Sehel est à
près de 5 Km plus au Sud encore. Or tout cet espace, c'est Syène.
Il
n'est ainsi pas du tout improbable que le "puits repère" se trouvait
en décalage, non pas de 10 Km, mais bien seulement d'environ 6 Km par rapport
au tropique vrai de l'époque. Ceci corrobore l'exactitude des mesures grecques.
Cet
exemple illustre sans doute combien nous qualifions très facilement d'
"erreur", une affirmation qui ne correspond pas à nos vérités
actuelles.
Vérité empirique et vérité scientifique
Il
faut rappeler ici que le puits de Syène n'a pas été creusé dans l'intention précise
d'une recherche scientifique, ainsi que nous le commentions dans les premières
lignes de notre étude. Il nous faut plutôt interpréter la "borne" de
Syène comme "la limite du soleil".
Il
nous semble dès lors temps de relire les paragraphes des livres d'histoire et
des encyclopédies traitant d'Eratosthène.
- Il
établit la distance exacte entre la
bibliothèque du Broukhion à Alexandrie, et
un puits creusé à Syène (à la
hauteur de l'actuelle Assouan).
- Il déduisit la distance méridienne exacte
entre les latitudes des deux villes.
- Le puits était
réputé avoir été creusé à la juste verticale du tropique du Cancer. Grâce à la
mesure ingénieuse d'un arc de méridien, il fut le premier à évaluer a
circonférence de la Terre.
22
Avec
l'Universalis, nous pouvons conclure que:
La
cartographie grecque antique contient déjà toutes les notions fondamentales de
la cartographie moderne: sphéricité de la Terre, mesure des latitudes et, [moins
précisément,] des longitudes, coordonnées terrestres, système de projection."
Ce
"moins précisément" ne traduit-il pas l'idée préconçue que les
balbutiements sont inévitables au début de la pensée scientifique? Alors que la
projection d'Eratosthène illustre au contraire un calcul tout aussi précis pour
la détermination des longitudes que pour celle des latitudes.
Ce
"moins précisément" nous semble abusif.
Mais
le calcul supposait le soleil à l'exacte verticale d'un puits, alors qu'à
l'époque du calcul, le tropique du Cancer s'était déjà déplacé de quelques
kilomètres plus loin. Et nous retrouvons ici déjà, l'ancien mythe de l'
"évidente" exactitude de la mesure égyptienne. D'autant plus qu'une
vérification sommaire confirmait que le fond du puits était directement éclairé
par le soleil.
Mais
le savant grec et le constructeur du puits ne travaillaient-ils pas sur des
logiques divergentes. Quelle prétention à l'exactitude mathématique avait
l'emplacement de ce puits?
"Limite
du soleil"
Comme
sur nos autoroutes modernes:
- "limite de partage des eaux", sur
le plateau de Langres.
- "45 parallèle", à
quelques kilomètres au Nord de Valence.
Il
serait curieux qu'un géographe ne prenne ces indications comme des points de
repère précis dans leur rigueur mathématique.
D'autant plus
que le forage d'un puits représente souvent
[8,
613]
des
travaux importants, avec ainsi la nécessité de "rentabiliser" un tel
ouvrage.
23
Et
puis, une "borne du soleil" ne pouvait trouver son sens qu'en un
endroit quelque peu fréquenté. Dans la banlieue d'une agglomération, par
exemple.
En
transposant l'indication égyptienne en valeur absolue, Eratosthène a changé de
science. Mais son évaluation était néanmoins juste dans son principe
mathématique. Et si elle aboutit à un résultat d'erreur de plus de 300 Km, ne
faut-il pas en imputer les dieux.
Nous
voyons ici une illustration de l'opposition entre la vieille légende des
fabuleux savoirs "exacts" des égyptiens, et la recherche scientifique
"balbutiante" dans ses débuts.
Notons
toutefois une autre caractéristique.
Les
savoirs, en Egypte, étaient basés sur des mesures simples et sur une expérience
concrète. Dans l'exemple qui nous occupe:
- la
mesure simple d'un soleil au zénith par projection d'une ombre ou d'une tache
lumineuse;
- et
l'expérience concrète d'un puits dont les parois et le fond sont simultanément
éclairées.
La
science grecque se s'attarde pas au concret d'une vérification des mesures
réputées exactes. C'est une science sans confirmation. Une connaissance
abstraite d'un vrai, mais à la limite de sa réalité.
Il
est intéressant de noter encore que la conclusion d'un Eratosthène avait la
volonté de traduire une réalité (la circonférence de la terre) dans sa vérité
définie. Son calcul s'avouait le but d'apporter une vérité dans l'arsenal des
connaissances; mais une vérité nouvelle puisque aucune expérience concrète ne
pouvait donner ce résultat. C'est une forme de démarche que nous qualifions
encore de "scientifique".
Une
connaissance abstraite "du" vrai. Et là, le pas est franchi vers une
vérité unique, qui doit traduire un réel unique.
24
Nous
sommes loin des multiples vérités - parfois contradictoires entre elles - de la
tradition égyptienne. Multiples, mais concordantes en définitive, dans
l'universelle harmonie du Ma'at.
Les
mesures égyptiennes n'ont aucune prétention à affirmer "la" vérité,
dans une valeur définie ou nouvelle. Elles se contentent de constater que le
réel se présentait de telle manière, au moment de sa mesure. Sans la moindre
prétention à expliquer ou à en extrapoler des conclusions.
"Domaine
du Soleil". Et lorsque manifestement, le soleil ne passait plus à sa
verticale, on enterra le puits. A la recherche d'un réel "autre".
Ce
sera peut-être ici la conclusion.
En
Egypte: un seul réel traduit une multitude de vérités, parfois contradictoires
entre elles. Comme cette déesse Athor:
- indomptable
et responsable de tous les méfaits lorsqu'elle règne sauvage, sur les étendues
infinies des déserts;
- mais
dispensatrice de tous les bienfaits lorsqu'elle est apprivoisée dans la vallée
du Nil.
Un
seul réel, Athor; manifestée dans la multitude de ses vérités contradictoires.
N'est-ce pas une manière très contemporaine de décrire la "nature"?
A
l'inverse, la science grecque (et donc la nôtre) tend à affirmer une vérité
unique. Au risque de proclamer l'erreur ...
25
Annexe
Pour
notre approximation du déplacement des tropiques au cours des siècles, nous
avons établi la projection orthogonale d'un angle compris entre 90° et 270°,
sur une droite de 264.815 mètres. C'est la traduction, en distance terrestre,
des 02° 23' d'amplitude de précession.
Pour
la simplification du calcul, nous avons envisagé une précession terrestre comme
un mouvement régulier.
Les
mouvements secondaires de la nutation n'affectent le déplacement des tropiques
qu'en leurs positionnements à court terme (d'une date précise à une autre).
L'oscillation de nutation a en effet une fréquence de 18,6 années. Un siècle
comptera ainsi 5,38 oscillations complètes. Ramenée aux dimensions terrestres,
cette oscillation représente 285m.
|
années
|
angles
|
sinus
|
déplcts
|
positionnements
|
|
-3300
|
90,00
|
1,00
|
0
|
24° 18'
00.000"
|
|
-3000
|
94,06
|
0,99
|
334
|
24° 17'
49.153"
|
|
-2000
|
108,03
|
0,95
|
6.506
|
24° 14'
29.218"
|
|
-1000
|
121,99
|
0,85
|
20.114
|
24° 07'
08.318"
|
|
0
|
135,96
|
0,69
|
40.355
|
23° 56'
12.498"
|
|
1000
|
149,92
|
0,50
|
66.034
|
23° 42'
20.498"
|
|
►2000
|
163,87
|
0,28
|
95.633
|
23° 26'
21.468"
|
|
3000
|
177,89
|
0,04
|
127.406
|
23° 09'
12.055"
|
|
4000
|
191,79
|
-0,20
|
159.473
|
22° 51'
53.070"
|
|
5000
|
205,75
|
-0,43
|
189.942
|
22° 35'
25.885"
|
|
6000
|
219,71
|
-0,64
|
217.012
|
22° 20'
48.815"
|
|
7000
|
233,67
|
-0,80
|
239.084
|
22° 08'
53.670"
|
|
8000
|
247,63
|
-0,92
|
254.855
|
22° 00'
22.694"
|
|
9000
|
261,59
|
-0,99
|
263.393
|
21° 55'
46.071"
|
|
9600
|
270,00
|
-1,00
|
264.815
|
21° 54'
59.994"
|
La
projection orthogonale de 180° sur une droite de 264.815 mètres nous situe un
écart maximum par rapport à l'équateur (une vitesse 0) vers les années 3.300
avant J.-C. La juste mathématique donnerait -3.292, mais elle n'est pas
applicable ici si nous tenons compte du petit mouvement de nutation. Comme le
mouvement est pendulaire (et non uniforme), le tropique est resté pratiquement
immobile entre les années –5000 et –1500.
Les
tropiques se rapprochent actuellement de l'équateur à une vitesse de quelque 28
mètres par an. En clair, les tropiques se déplacent vers l'équateur à une
cadence de 7,5 cm par jour (!)
Au
cours du prochain millénaire, ce déplacement passera à environ 32 mètres par an
(près de 9cm/j) vers les années 3.500. Et à rebours, le calcul nous montre que
ce déplacement ne fut que de 20 mètres par an (en moyenne) au premier
millénaire de notre ère, de 14 mètres par an le millénaire d'avant, de moins de
6 mètres par an au deuxième millénaire av. J.-C.
26
Notes bibliographiques
1 J. VERCOUTTER
L'Egypte
et la vallée du Nil (T.I)
Nouvelle
Clio (PUF)
Paris
1992
Cl.
VANDERSLEYEN
L'Egypte
et la vallée du Nil (T.II)
Nouvelle
Clio (PUF)
Paris
1995
8 Troubles à Deir
el-Médina à l'occasion du creusement d'un puits.
3 André
PICHOT
La
Naissance de la Science
N.R.F.
– Folio Essais 154 & 155 Paris 1991
4 Egypte
Guides
Bleus Hachette
Assouan p. 629
5 A. AYMARD & J. AUBOYER
Histoire Générale des Civilisations (Dir. M. CROUZET)
Tome
I: L'Orient et la Grèce antique
PUF
Paris
1953
2 Encyclopædia
Universalis
CD-ROM
Paris
1995
6 Nouveau Larousse
Illustré
Sous
la direction de Claude AUGE Paris
1897 ?
7 Observatoire Royal
de Belgique
Avec
nos remerciements à
Monsieur
J. COENE
Monsieur
Th. PAUWELS
Madame
DEFRAIGNE
Madame
V. DEHANT (et son équipe)
8 Christiane
DESROCHES NOBLECOURT
Ramsès
II (la véritable histoire)
Pygmalion
Paris
1996
© CALLIGRAPHIE D/2003/6678/02
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