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ESQUISSES
POEMES DE ROGER DELTOMBE
Lecture de quelques poèmes tirés du recueil "ITINERANCE".
Il a de ce
recueil
en édition
originale
été tiré
deux exemplaires
numérotés 1 et 2
et un exemplaire
réservé
Anélia sur papier
vergé
dans les ocres de
Sienne
© CALLIGRAPHIE
D/1993/6678/01
Dépôt légal: mars
1993 •
Je suis d'existence
mortelle et tue
de mondes répudiés
ensablement
jours de nuits parfaites
avec le recul de la meute
la chair enfin aveugle
l'amour transmis
n'est que patience
d'un ordre nostalgique
et naître
avec l'ornement d'un peuple
la suite des heures
comme une promesse
où je retrouve des pensées
l'ouvrage est espérance
à refaire désormais .
Un seul sentier mène à la mer
aux embruns condensés
regards de nuits en laisse
perdant des rois mages
à chaque étoile filante
le bonheur
et le mur des transparences
sont pierres à retourner
qelques pas me font mal
est-ce vivre qu'aller
où des silences s'achèvent
le temps vécu
est-il le lieu commun
bonheur de sèves
que l'on confie
à des promesses écloses
au jardin d'elle encore
la beauté du monde
l'achèvement
l'ajustement des pierres au mur
le cloître est montée
transhumance
livre que des paresses éditent
pour des maîtrises silencieuses
c'est la conscience qui naît
d'une couleur nocturne
et la prière chausse
les vieux souliers de l'âme
l'agenouillement
les dalles à parcourir
pour des testaments que dévastent
les terreurs vagues de la pensée .
L'été se meurt d'herbes rares
d'âmes quérantes
comme l'écoute de chants guerriers
dans les derniers soubresauts
du rêve
quelques heures le soir
où l'on aménage le cri
rupture de nuit surgie
d'une mort d'enfant
de mille liens qui lient
la dissidence
les pluies battantes
et le stage de la mer
pour une illusion d'île
saison naissante
que la lettre lue .
Nourrir le blé
l'âtre et la table
et les repas du soir
sont gestes de semeurs
veilleur d'accords
de nuits laissées
dans l'espace d'un corps
la fresque taillée
d'un langage difficile
c'est de très loin que vient le cri
la caresse est miel
aube ou désert
et les fleurs s'y composent
des bonheurs silencieux
collines graves et pentes descendues
ost de chasse
de nuit encore
l'amour est lent
à composer des théories
de naissances
tel est silence
qu'il ne se rompt
qu'en s'éloignant .
Il est mort
d'un éclat de rire
entré profondément
sous l'ongle de son cœur
et sa longue agonie
ne fut que tentative
d'alimenter le rire
pour mieux mourir tous les jours .
J'ai rêvé d'une couleur
qui me faisait mal
marche le bonheur
je connais les frontières
et les provinces de la séduction
les terres remuées
l'ange noir
et les eaux silencieuses
sédition
je sais la misère qu'il faut
pour la conquête
où l'on renonce
aux naissances
j'ai rêvé de sables d'enfants
dans les dissidences nocturnes .
L'air de papiers en ordre
dans une étude imaginaire
une liberté d'errance
tu dis minorité
et je pense dissidence
paradoxale et dense
un livre est corps
d'ivresses rougissantes
pour que des consciences
s'appellent et trouvent
la possession des thèmes essentiels
la lettre émise
pour que se développe
et s'assemble
l'épèlement des phrases
dans des significations d'homme
désormais définies
comme dans une légende
de bons chevaliers
et de mauvais chemins .
Un deuil amarré
à quelques quais moroses
où le bateau ressasse
d'anciennes colères marines
la vie comme des voiles
sur nos divinités lasses
clapotis d'êtres
départs d'eau
chassez l'ancre
et des mers orageuses
ne retiennent aucune confidence
voix sourdes de vestales
comme des monnaies
pour sérénités froides
tout un royaume épars
coule comme une île .
Tu n'es qu'un long pardon
au bord de la mer
les mouettes assemblées
une terre à blé
l'espace raisonnable
d'insolences apparentes
tu es passée
une route entière
une robe ouverte
les oiseaux se nichent
tu n'es qu'un air de fête
ou autre
l'ordre du livre ouvert
lorsqu'il se médite
l'écriture entamée
de phrases infidèles
à des paroles intimes
est-ce hurler
qu'avoir un corps qui se confond
avec l'achèvement
des compositions lentes
lointaines désormais .
Distances que l'enfant
nomme
de ses pourquoi diserts
les soirs alors se parfument
comme des femmes
c'est toute une mort
que le corps raconte
dans ses patiences d'herbe
ses moissons mouillées
où sont les derniers pas permis
qui recommencent
l'archipel des phrases
l'ensablement
les cantates de l'échange
c'est que mentent
les rencontres établies
par des royautés
être l'ébauche exemptée
des explications .
Même l'aube s'annonce
et tout devient
cette existence qui rime
la nonchalance intime
le vin du cœur
aux patiences du bonheur
et qu'il faut rire et parler
s'en aller
vers les mêmes pâturages
les pâtres des croyances
parler de vie
dans le crépuscule
comme un espace ajouté
à quelque tristesse .
Aller lentement
parmi les hommes
les connaissant
de vieux chemins s'érigent
sur des cartes
aller une vie
morceau de bois
qui brûle
cendres et paix
de rêves traversés
de messages
ce sont des murs
qui parlent de liberté
et des soirs roses ou mauves
y pensent simplement .
Libre d'existences séparées
d'illusions nées
les soirs de rencontre
et la mémoire est millénaire
comme aux frontières de l'usage
le sable des détresses
n'est que respiration d'eau
ainsi la vie me ressemble
et diverse s'éloigne
en m'y laissant
ce sont les distances entre les rêves
qui font les pays différents
toute heure est donc discutable
et les venues d'idées
sont des allées pardonnables
permanences enfin
de temples déserts .
Juste aller sécher l'amour
et l'âme se déploie
comme une main
maintenir le corps
les dieux
se font fête d'un rire
et recommencent à danser
juste aller prier l'amour
et je ne suis que sable
dune à peine
l'estuaire d'un cri
et dans l'audace bleue du jour
éclatée comme un fruit
mon pas résonne
dans la distance nécessaire
juste aller parmi les pierres
et les choses reviennent au calice
des silences quotidiens .
Bien sûr bonsoir à l'ange
aux nuages arrêtés
pour quelques tours d'église
le désert
n'a pas de résonance
former l'échafaudage
des battements de cœur
bonsoir aux vieux navires
qui vont pêcher des cryptes
dans les géographies
d'éphémères marines
bonsoir à l'heure
aux soleil bohémiens
dans le domaine glacé
de ce qui est permis
l'aurore
fait toujours crédit
à l'erreur .
Je n'ai rien dit ni tu
qui ne soit commentaires
d'allées de choses
parcours
discours d'herbes nouvelles
la craie des mots
où le corps autre
est vocabulaire
de raison d'être
esquisse tacite
de sentiments promis
qui se terminent la nuit
en agapes dérisoires
le grenier des chroniques
n'est d'aucune demeure
et la leçon des hommes
n'y cherche que des ressemblances
changer n'est que guerres étrangères
refuges de chevaux
et de vieux cavaliers .
Rires d'un arbre
d'une feuille
clairière décisive
où perlent les silences
comme des gouttes
avec soi
tradition où résonne
l'horizon
sable à sable
toute la promenade
et l'offrande que l'on sent
dans un embrun vécu
quand on atteint la rive
c'est d'eau encore
que l'on parle
et la narration demeure
dans l'illusion du large
la création des îles
que nul n'assemble
les cimes parfois
ont de ces phrases .
Je viens d'une terre
où les hommes sont indifférents
et vivent
je vis
et les indifférences prennent l'allure
de chevaux de manège
quand ils respectent et travaillent
je travaille
et le respect ressemble
à des amours en fleur
que des abeilles égarent
en des miels cultivés
je respecte
et l'amour n'est que fruit
et chair et peau ensemble
cheminement d'âme
dans des mémoires de sexe
où des pauvretés sises comme des pierres
aux carrefours du cœur
sont les seules richesses
j'aime
et le regard comme une grappe
s'alourdit s'accroche et meurt
dans l'apparence des choses
j'étais .
C'est s'arrêter de vivre
que d'être
la seule histoire possible
où les jours lèchent
les heures éventuelles
qui pendent à des créneaux divers
comme du linge
partir d'une phrase
et des notes étudient
des sexes avoués
livre à peine
dictionnaire de rivages
que des vagues relisent
sable à sable
dans des dévotions de dunes
la branche d'arbre soudain
n'est que semence d'oiseaux
être le fruit mûr
comme un espace
où quelqu'un quelque part
se dresse .
J'irai vers le mariage de la foule
et le sang comme un autel
l'eau bénite et le chant
vers le voyage
et les greniers du drame
la ville égarée
où des lucarnes s'ouvrent encore
mes chemins
écrivent des mers roses
et ressemblent à des poèmes
qu'une saison apporte
aux oiseaux migrateurs
j'irai vers les blés
l'heure patiente où je ne suis
que mottes interrogées et folles
comme des chevaux blonds
qui passent dans les textes du soir .
Herbes du corps
que la main fane
engrangement des présences
l'amour est un grenier
où vieillissent des cheminements
la porte ouverte
et l'odeur mauve
des rencontres ensablent
nos gestes sont existence
lourde et nocturne
de saveurs permises
chanson pareille
à quelque oiseau
qu'une autre musique
éloigne du nid
des fins de nuits rassurent
et les moindres lueurs
sont des retours au port
qui s'en retourne .
Je suis la vague
mer à mer
comme une île
avec l'animal blanc
des houles finissantes
l'on veut courir
larguer les amarres
et des greniers mûrissent
d'une saison patiente
l'espérance est ce cortège
qui n'a ni garde
ni passant
et lasse
comme l'être lunaire et doux
des chansons traduites
la vague alors est continent
mon heure du soir .
Tu viens d'une enfance
ou de photos jaunies
l'arbre a grandit
les mots n'ont plus de phrases
tu vis de religions communes
et de siècles
il faut parler aux sources
découvrir la tristesse
des vagues retournées
le pas sur le sable
qui ne se traduit pas
adolescence encore
les rires millénaires
un rite et les moissons
comme des liturgies
sont soirs à peine
d'évangiles exploités
tu viens et les marées
sont des idées .
Elle est venue
comme une fleur
à pétales comptés
illusion
et la pensée
n'est-ce déjà
se tromper de pétale
je suis venu
comme un pétale
à fleurs comptées .
Des murs écrits
me reviennent d'une mémoire
comme de mauvaises récoltes
cellules de saisons tristes
où le vent du soir
raconte des morts d'auteurs
et d'hommes simples comme des croyances
c'est l'orgue balbutiée
l'ogive
l'algue du chant
l'architecture de la distance
où vivre est source
pénétration d'eau
comme une sève d'où naissent
de bourgeonnantes pauvretés
ce n'est pas d'être seuls
que meurent les rêves
mais d'errances abîmées
par des encombrements d'êtres .
Falaise qu'une âme
comme une pierre accrochée
à des intimités de corps
illusions de sentes
où la vie est unique
comme une fleur
dans les racines de pays conquis
les plaintes d'un homme
sont des prudences
de l'ordre
sable de grande tente désormais
le rêve y est dépeuplement
allongement de pas
qui s'ajoutent
à ce qui sépare
j'en arrive ou j'y vais
dans de jeunes nuits
où naissent
pour des pensées accidentelles
des nomenclatures d'espaces .
Le soir comme un mot
autour de ses heures
où les corps cherchent
à se mouvoir de l'intérieur
le temps d'écrire
et les années font rire
le plaisir se raconte
comme à la moindre marée
tous les ports ensablés
se réunissent
dans quelque auberge
les chemins
sont de grains
comme des études ou des récits
de lendemains
que des yeux fixent
indéfiniment .
Les chemins sont de lune ce soir
les rues s'énervent
et les trottoirs
dépourvus d'amoureux
ressemblent à des quais
c'étaient des mers sales
sur les bateaux phares
que pour moi bâtissait
la saison des étangs
je semais la détresse
aux cales des vieux ports
pour me remettre à flot
de mes longues absences
les chemins sont de nuit ce soir
et mes approches sont des études
de ces sources
que la simplicité exige et crée .
Venir de l'île
lentement
refaire la chemin des vagues
et tel douter
jeunesse d'eau pétrie
pierres de blé
et terres qui n'en peuvent plus d'avoir
de chants répétés
ou de haies
que l'aubépine assaille et embaume
où l'on se découvre
dans l'obole du corps
le grand livre ouvert
la déshérence offerte
la vie est transhumance
perfection
descente inventée
dans des granges communes .
Ce sont les autres qui s'arrêtent
dans la lumière
la halte du soleil
les rivages du midi
moi même d'une fuite
de chien sans laisse
gagne des temps d'oliviers
les ombres qui font rire s'écoulent
y sont mort d'arbres
qui de guerre lasse
un peu partout
sont paysages de cris
il y a des douceurs d'eau fraîche
dans l'idéal de l'amour
les évangiles de la pureté
et le temps des conciles
sont des alcools qui s'interdisent .
Je me souviens d'un cri
comme d'une rue immense
disait-il
veux-tu dessiner des villes
la façade est mémoire
l'herbe qui pousse
est parc
enfance encore
et tu me dis la distance
qu'il faut
pour tenter la messe
hurler des fleurs intactes
et les clémences nécessaires
aux séparations
avoir l'air de vivre
certains jours
où l'on ne comprend plus
l'évangile en folie
pour des morceaux de terres
de mitres à partager .
L'histoire triste que je sais
est d'étude encore
de ces jardins de luxe
où la leçon des choses
est dimension
clémence souveraine et vague
présence rimée
d'une aventure
que l'existence perd encore
dans des pages couvertes
d'écritures sages
l'histoire d'une vie
est une bouée qu'un navire heurte
chaque nuit .
Je ne sais pas encore
où demeure la douceur
la source vagabonde et chaste
n'importe quel ciel
à vivre
où des lèvres murmurent
l'harmonie intérieure
je ne sais rien des veilles
ni du rivage
l'ensablement ressemble au désir
avec l'accompagnement
de vagues solennelles
suffisantes dit-on
pour que des couleurs meurent
et créent l'hiver
le terme
la sagesse d'un môle .
La flamme soudain
sur une plaque de bronze
lèche toute une forêt
en dansant sur une bûche
à terre
où la pensée est sable
dans le gravier des choses
c'est ainsi que naissent
des regards accidentels
les tentatives déjà du rêve
la flamme baisse
et crée l'ensemencement
la lente dissidence
lorsqu'elle s'éteint
la braise s'éparpille .