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DIEU
 
allégories et concepts
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INTRODUCTION


Dieu n'est plus ce qu'il était, comme le remarquait si justement Hubert REEVES dans "noms de dieux", l’émission télévisée d’Edmond BLATTCHEN. Et de préciser sa pensée en ajoutant que s'il symbolisait, voici quelques décennies encore, la synthèse de nos savoirs absolus, Dieu se présente désormais comme la somme de nos incertitudes.
 
Les sciences positives décrivent, avec une précision sans cesse croissante, le fonctionnement de l'univers. Elles axent leurs investigations sur la grande interrogation du Comment des choses. Mais elles restent fort discrètes sur le Pourquoi des objets qu'elles étudient.
 
Restent ainsi les grands thèmes relatifs à l'origine ou à la finalité, qu'au nom de son objectivité, la recherche scientifique se refuse à aborder ; qualifiant même facilement ces questions de philosophiques, c'est à dire d'éminemment subjectives.
 
Mais les interrogations sur le sens de nos existences - qu'elles soient individuelles de notre moi, ou collectives de l'humanité - sont des questions fondamentales. C'est en effet à partir des réponses que nous y apporterons, que découleront les orientations primordiales de notre vie en son vécu.
 
Fondamentales aussi, puisqu'elles se posent inéluctablement à chacun de nous, et que nous serons tous contraints d'y inventer notre solution personnelle : nous sommes tous nés, tous occupés à vivre et tous en train de mourir.
 
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Il existe bien la métaphysique - discipline des moins positivables - pour s'occuper de ces matières. Mais le cercle des philosophes et des métaphysiciens reste très confidentiel.
 
Et dans la pratique, ce sont les religions qui centralisent et vulgarisent ces problèmes fondamentaux, et y apportent leurs solutions, souvent ex cathedra, par le truchement de concepts divins.
 
Ces concepts divins représentent des bribes de solution aux fameuses interrogations métaphysiques, auxquelles les savoirs de la science n'ont - pour rencontrer le Mystère qu'elles incarnent - apporté qu'un nombre fort limité d'explications satisfaisantes.
 
Il nous faudra définir ce terme de "mystère". Et - à la suite de Paul DIEL - il conviendra de marquer une très nette distinction entre l'interrogation que suscite le mystère, et la réponse à la question, proposée en notre Occident, sous forme de Dieu-créateur.
 
Les préoccupations de la métaphysique n'ont pas toujours été traduites dans les termes d'aujourd'hui. Il existe une évolution des questions, qui va d'ailleurs souvent de pair avec l'évolution des donnés scientifiques.
 
Et les acquis scientifiques peuvent même entrer en contradiction avec ce que proclamaient les dogmes d'une science antérieure. C'est l'exemple de la physique d'Aristote ou de la géométrie euclidienne qui s'inscrivent mal dans les espaces de la Relativité ou de la Physique contemporaine.
 
Parallèlement à l'évolution des énoncés de la métaphysique, se découvre une évolution dans l'énoncé des réponses proposées. Il y aura ainsi une véritable structuration des composants du divin, qui finiront par se rassembler dans le Dieu des trois monothéismes révélés.
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La présente étude se limitera à considérer le divin en terme exclusif de "réponse".
 
Ne serait-ce encore qu'à titre d'hypothèse, cette voie paraît féconde dans la mesure où elle permet d'aborder l'essence même du Mystère tel qu'il subsiste aujourd'hui, et auquel Dieu est censé apporter une solution.
 
Et Paul DIEL toujours :                                                                        [3.38]
            Le mystère (de l'existence du monde et de la vie) est indiscutable.
            Le mystère est l'évidence spirituelle...
 
Le divin émane de ce qu'il est coutume d'appeler des Révélations. On pourrait tout aussi bien évoquer des évidences qu'auraient tenté d'exprimer les prophètes.
 
Il peut sembler désuet d'encore évoquer aujourd'hui la notion d'intuitions qui, au sens philosophique du terme, sont des perceptions directes, alors même que les réalités perçues échappent à nos sens.
 
Cette relation directe avec une réalité (donc vraie) immunise l'intuition de toute possibilité d'erreur. Seules, les traductions de ces intuitions dans un langage, - ou les interprétations de ce langage par des tiers - peuvent donner lieu à des contre-vérités ou des erreurs. Les intuitions-réponses s'inscrivent ainsi essentiellement en dehors de toute science. Par nature, Dieu est toujours irrationnel.
 
C'est peut-être le lieu de rappeler ici que la non-rationalité d'une affirmation n'en signe pas pour autant son non-fondé ou sa fausseté. Les sentiments, les émotions, l'amour échappent à cette rationalité ; ils n'en sont pas moins des r
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Les questions fondamentales à la base de toute démarche religieuse varient suivant les civilisations au sein desquelles elles se sont posées. L'Extrême-Orient s'est fort préoccupé du mystère des origines alors que notre cercle méditerranéen s'est originellement mieux orienté vers celui de la finalité.
 
Le résumé de la présente étude serait la recherche - tant dans le sens des origines que dans celui de la finalité - des morceaux de réponses qui seraient encore aujourd'hui déifiables.
 
Pour nous occidentaux, ces éléments sont à situer dans la problématique judéo-christiano-islamique qui, par simplification de langage, sera ici qualifiée d'occidentale.
 
Nous nous cantonnerons donc au monothéisme occidental.
 
C'est devenu un lieu évidemment très commun de souligner combien chaque étape de la construction du divin a systématiquement été récupérée par les divers pouvoirs en place (ou à mettre en place), au nom de la nouvelle étape de la Révélation. Qu'il suffise à ce propos, d'évoquer l'ouvrage de D. MENOZZI qui souligne qu'en moins d'un siècle - citons la page de couverture, - les diverses lectures politiques présentent tour à tour [5]
le Jésus séditieux, le Jésus législateur, le Jésus révolutionnaire, le Jésus obéissant, le Jésus bienfaisant, le Jésus patriote, le Jésus monarchiste, le Jésus républicain.
 
Jésus est une sorte de passage obligé où confluent des tendances intellectuelles et des intérêts matériels et politiques très variés. Ces lectures à la demande et en fonction du substrat politico-social se perpétuent aujourd'hui encore.
 
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A l'université de Liège, implantée dans une région très fortement perturbée par l'effondrement d'industries sidérurgiques, - avec tous les problèmes sociaux qui en ont découlé, - Jésus est présenté comme un leader syndical qui a trouvé une écoute favorable au sein d'un peuple opprimé par l'esclavage. Il est également comparé à un candidat politique favorablement accueilli par ce même peuple soumis à l'occupation romaine. Et cet enseignement - pourtant universitaire - passe totalement sous silence l'inspiration néanmoins évidente du message de sa prédication.
 
Les études et enseignements contemporains insistent à suffisance sur les récupérations politiques du divin en fonction des circonstances ou des milieux sociaux. L'Histoire fourmille de ces exemples d'adaptations qui alimentent les polémiques d'anti-cléricaux de tous bords. Mais ceci n'est pas un essai polémique. Et tel n'en sera donc pas le propos.
 
Il faut par contre encore souligner combien chaque étape nouvelle dans la structuration du divin, a tout aussi systématiquement été récupérée par une morale nouvelle, garante de l'ordre qui facilitera l'établissement et la gestion du nouveau pouvoir à établir. La morale doit ainsi se considérer comme une déviation première de toute pensée religieuse.
 
On insiste peut-être également fort peu sur le rôle des diverses théologies qui se sont par la suite (mais avec la même régularité) attaquées à la tâche quasi impossible de rationaliser les divers donnés du divin pour les rendre cohérents entre eux, alors que par essence ils sont non-rationnels. Les constructions théologiques partent de données de base issues, - non pas d'une intelligence ou d'une compréhension - mais d'une intuition. Elles sont ensuite affinées, au cours de formulations successives qui souvent les auront déformées. La fonction théologique sera alors d'insérer ces données-vérités dans une élaboration unique qui deviendra DIEU.
 
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Or la théologie occidentale, qu'elle soit juive, chrétienne ou musulmane, nie tout processus d'évolution dans la représentation de Dieu. Ce principe d'immuabilité de la Révélation contraint alors fort souvent les théologiens à des contorsions mentales surprenantes.
 
Mais historiquement, des vérités nouvelles viennent par couches successives compléter et affiner la réponse que tente d'apporter l'affirmation d'un Dieu déjà proclamé antérieurement. Il y a une histoire des vérités reçues.
 
On peut globalement classer cette évolution suivant deux processus.
 
1 L'intuition d'un prophète peut apporter un éclairage nouveau.

C'est l'exemple du Dieu des Elohim,
    - devenu Dieu-Alliance avec Abraham,
    - muté en Dieu-Harmonie avec Akhenaton
            (compris à la manière sémite par Moïse et appelé Yahvé),
     - jusqu'au Dieu-Père des chrétiens.
 
2 Des connaissances scientifiques supplémentaires (ou des centres d'intérêts
     plus récents) peuvent susciter des interrogations différentes avec des
     réponses autres.

         
- Le passage du géocentrisme vers l'héliocentrisme est un exemple de ce deuxième processus.

  
La seule rationalité ne suffit souvent pas à assurer la cohérence entre les diverses étapes des écrits sacrés d'une part, mais aussi entre ces mêmes écrits et des concepts-réponses plus récents. La théologie est alors contrainte de s'en référer à une notion de Tradition qui permettra de sauver la mise, tout en gardant une relative rationalité. Et pour concilier ces changements dans une certaine cohérence, il appartiendra alors à la théologie de formuler des dogmes.
 
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Il est peut-être opportun de souligner ici qu'une théologie ainsi analysée ne tente pas de démontrer l'existence d'un Dieu, mais bien plutôt d'en assurer la cohérence dans sa formulation.
 
Notons enfin notre a priori d'une totale sincérité de la part des prophètes, tant dans leur façon d'aborder les problématiques, que dans les intuitions qu'ils auront proposées comme réponses.
 
Ces quelques généralités auront sans doute été utiles pour éclairer la présente démarche.
 
Mais, outre les récupérations politiques, morales et théologiques qui viennent d'être évoquées, la compréhension des hommes aura parfois évolué, depuis sa première formulation, en solutions différentes, scientifiquement mieux précisées ; alors qu'à l'époque originelle du prophète, l'interrogation appartenait encore au monde du Mystère.
 
Réactualiser le mystère tel qu'il subsiste aujourd'hui.
 
C'est un projet à mener en trois points :
 
1    Rencontrer chronologiquement les diverses problématiques
        qui, au fil de l'Histoire, auront trouvé leur réponse en terme de Dieu.

 
2    Aborder le plus objectivement possible le problème originel.
        -     Se pose-t-il encore aujourd'hui en termes identiques ?
        -     Explorer les réponses des sciences positives
                qui l'auront peut-être approché (voire : résolu).

 
3    Et s'il subsiste enfin une énigme :
-     la formuler en termes contemporains ;
-     et la ranger, - alors seulement - dans le catalogue des matières déifiables.
 
Une telle approche s'inscrit dans une démarche qui s'éloignera peut-être de l'unique comment des sciences contemporaines pour enfin aborder le domaine de leur pourquoi, dans une optique plus ouverte que celle des dogmes religieux et des préceptes moraux trop souvent édictés par des autorités conservatrices - voire intégristes - qui caractérisent notre passage du XX au XXI siècle.
 
 
 
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Première partie
 
de l'allégorie au mythe
 
 
 
Les sources
 
Tel que rencontré dans les grandes religions révélées d'Occident par le judaïsme, les christianismes et l'islam, Dieu trouve son origine dans ce qu'il est convenu d'appeler les Textes Sacrés. Entre Juifs et Chrétiens, il y a un fonds commun de trente six livres rassemblés dans la Bible de la Tradition judaïque.
 
Une proclamation ultérieure de ces mêmes textes, sera interprétée dans une langue nouvelle - par rapport à l'écrit original - et unifiée dans les 114 sourates du Coran.
 
La tradition la plus communément admise propose ce fonds commun biblique de la manière suivante :
- Le Pentateuque (ou la Torah) :              5 livres.    
- Les écrits historiques :                           9 livres.
- Les écrits poétiques :                            5 livres.
- Les écrits prophétiques :                     17 livres.
 
Les Juifs, pour leur part, y intègrent des écrits plus tardifs comme le Talmud ou la Kabbale.
 
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Les chrétiens catholiques (d'obédience romaine) reconnaissent six livres supplémentaires dans la Bible :
-3 écrits historiques (Tobie, Judith, Maccabées II)
-2 écrits sapientiaux (Sagesse, Ecclésiastique)
-1 écrit prophétique (Baruch).
 
Les chrétiens de toutes confessions complètent la Bible par les écrits du Nouveau Testament, à savoir :
- 4 Evangiles : vie et prédication de Jésus.
- Actes des Apôtres : constitution des Eglises primitives.
- Epîtres : (14 attribuées à Paul et 7 diverses)
- Apocalypse de Saint Jean.
 
A noter qu'outre ces textes reconnus officiellement, il existe encore de nombreux autres écrits qui relatent la vie et le message de Jésus. Les Eglises chrétiennes n'en ont authentifié que quatre. Une subtile dialectique affirme même qu'il n'y a qu'un seul Evangile, témoignage unique mais rapporté par quatre témoins.
 
Il semble que le critère qui ait prévalu dans le tri des seuls évangiles de Matthieu, Marc et Luc, soit la convergence de ces trois récits, tant sur le plan de la présentation que dans la concordance des faits rapportés. On les appelle pour cette raison les trois synoptiques.
 
La critique objective ne manque pas d'affirmer une source commune à partir de laquelle auraient été rédigés les trois synoptiques. Cette source serait aujourd'hui perdue.

Ce n'est pas ici le lieu de prendre position dans ce débat. Simplement, un étonnement devant cette méthode de critique historique qui ne retient que les seuls témoignages convergents. Ne serait-ce pas retracer par exemple, la vie d'un J.F. Kennedy en ne tenant compte que des seuls témoignages démocrates à l'exclusion de tout point de vue républicain ?
 
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Mais l'analyse marxiste souligne la rigidité religieuse des Juifs de Palestine, comparée à la liberté rencontrée dans la diaspora. La nouvelle religion aurait dès lors véhiculé un courant intellectuel inexistant dans la province romaine de Judée. Les concepts chrétiens seraient ainsi venus d'ailleurs. Ceci remet évidemment en question l'historicité du personnage de Jésus.
 
Dans la grande préoccupation de dénoncer "l'opium du peuple", la non-historicité de Jésus devient une démonstration. Mais les études qui démontrent trop, respectent-elles toujours la stricte observation ?
 
Jésus n'a laissé aucun écrit et les textes du Nouveau Testament ont été rédigés sur une période relativement étendue qui couvre largement une cinquantaine d'années, à partir de vingt ans au moins après la mort du Christ.
 
L'absence de références, dans les Actes des Apôtres par exemple, (ou dans les Epîtres) sur un quelconque événement précis de la vie terrestre de Jésus est considérée par la critique objective comme un indice supplémentaire qui montre que Jésus est un mythe créé en référence à ce qu'avaient prédit les prophéties, et dont l'enseignement a ainsi été compilé et diffusé par les premiers adeptes qui se réclamaient de lui.
 
Au moulin de l'analyse marxiste, viennent encore s'ajouter des faux. C'est ainsi que dans les communautés chrétiennes de Rome, circulait dès le II siècle, un document prétendument signé par Ponce Pilate, et rendant compte à l'empereur Claude de la condamnation de Jésus. Plus personne aujourd'hui, - ni l'Eglise elle-même d'ailleurs - n'attache encore la moindre valeur d'authenticité à ce document. Mais il représente néanmoins une tentative de démonstration. Il apparaît ainsi que très tôt, les chrétiens organisés en Eglises ont éprouvé la nécessité de prouver l'existence historique de Jésus.
 
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Ne serait-ce par exemple, que pour réfuter, dès le II siècle, l'hérésie des Docètes qui niaient la matérialité du personnage de Jésus et la réalité historique de sa passion.
 
C'est dans cette optique que doit se comprendre l'acharnement avec lequel les Eglises chrétiennes officielles tiennent à préciser que l'ordre des écrits dans le Nouveau Testament correspond à leur rédaction chronologique. A savoir : d'abord les Evangiles, et puis les Actes, et puis les Epîtres, enfin l'Apocalypse.
 
Si on inverse cet ordre chronologique, il devient possible d'avoir créé de toutes pièces un personnage conforme à son enseignement. Même si cet enseignement, dans sa réalité historique, venait à émaner de cercles de réflexion fortement teintés de la culture hellénisante. Donc, de la diaspora.
  
Une critique philologique dégagée du souci de respecter cette stricte orthodoxie, classerait chronologiquement les textes du Nouveau Testament dans l'ordre suivant :
 
1 : Apocalypse de Saint Jean.
    Certains historiens s'autorisent à la dater de 68 (juste avant la révolte juive).     Elle est rédigée dans le style bien "classique" d'autres apocalypses de             sectes gnostiques.
 
2 : Les Epîtres.
    (datées de la première moitié du II) et antérieures aux Evangiles, puisqu'elles     n'en tirent aucune référence.
 
3 : Les quatre Evangiles.
    Il est, dans ce type d'analyse, généralement admis que les trois synoptiques     auraient une source commune, attribuée à Marcion.
 
4 : Les Actes des Apôtres.
 
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Il ne manque pas d'arguments à cette analyse scientifique objective (matérielle), pour affirmer que les Evangiles n'ont pas été rédigés par des témoins directs. On peut ainsi relever qu'aucun village du nom de Nazareth n'existait au premier siècle de notre ère. Y aurait-il eu confusion dans le texte entre le terme Nazaréen (habitant de Nazareth) et celui de Nazoréen (de la tribu – ou secte - de Nazorée) ?
 
Cette confusion s'inscrit sans aucun doute dans la préoccupation d'une perpétuelle référence aux écrits antérieurs des prophètes :
pour que s'accomplissent les écritures....
 
La critique matérialiste attache une importance extrême à démontrer les inexactitudes, les incohérences, voire " l'imposture" des textes du Nouveau Testament. Ici aussi, elle semble passer sous silence l'inspiration d'un message qui garde sa toute première importance, de nos jours encore.
 
Mais la critique matérialiste souligne encore que si le message évangélique prône l'égalité parmi tous les hommes, il incite en même temps à la soumission du subordonné envers le maître.  Ceci pourrait donner à penser que le message intuitif de Jésus n'a été transmis qu'à travers une première récupération (déjà !) d'un pouvoir organisé en fonction d'une inégalité sociale installée.
 
Il y a une évidente contradiction entre :
la valeur des actes, proclamée par Jésus
et la tolérance recommandée à l'esclave envers son maître.
 
    - Tout arbre qui ne fait pas de beaux fruits                          [Mt VII, 19]
        est coupé et jeté au feu.                                                                                      
 
    - Le serf n'est pas plus grand que son Adôn (Maître).       [Jn XIII, 16]
 
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Il faut encore constater que la critique rationaliste des Saintes Ecritures n'émane pas de la seule école historique marxiste (notamment de Friedrich ENGELS). Elle émane aussi de milieux chrétiens eux-mêmes, au point qu'une Commission Biblique Pontificale fut chargée d'étouffer la moindre velléité de critique en ce sens. On notera ainsi l'école de Tübingen avec E.RENAN, D.STRAUSS, Br.BAUER, A.SCHWEITZER ou A.LOISY pour nous en tenir aux plus célèbres.
 
La même critique positive relève une littérature juive assez volumineuse qui retrace par le détail, l'histoire du petit Etat qu'était la Judée au premier siècle. La révolte juive de 69 et la destruction du temple en 70 y sont relatées de façon extrêmement circonstanciée. Nulle part n'y est mentionné le personnage de Jésus.
 
Dans Les Antiquités Judaïques de l'historien Flavius JOSEPHE,   [XVIII]
on trouve le texte suivant :
 
- Assaillis sans armes par des hommes bien préparés, beaucoup [de juifs]         périrent sur place ; les autres s'enfuirent blessés. Ainsi finit l'émeute.
 
- Dans le même temps, un autre coup terrible frappait les juifs.
 
Et d'enchaîner sur la déportation de 4.000 juifs en Sardaigne.
 
Mais entre ces deux paragraphes qui se font suite, un pieux copiste a jugé opportun d'ajouter :
 
Et il vint vers ce temps Jésus, un homme sage, si toutefois on le peut dire un homme ; car il était l'auteur d'actes merveilleux, maître des hommes qui reçoivent avec joie la vérité. ... Ce fut le Christ. Quand, sur la dénonciation de ceux qui étaient les premiers de chez nous, Pilate l'eut condamné à la croix ... Il leur apparut trois jours après, ressuscité de nouveau. Et les prophètes divins avaient prédit cela et dix mille autres merveilles sur lui ...
 
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Aucune critique objective contemporaine ne peut encore avaliser ce dernier passage, manifestement apocryphe. Si l'historien JOSEPHE avait réellement écrit ce passage apologétique, c'est qu'il aurait lui-même été chrétien. Or, il ne l'était pas.
 
Nous trouvons un silence analogue sur la personne de Jésus, dans les écrits d'origine romaine.
 
Quoi qu'il en soit, il ne s'agit pas ici de prendre position sur l'historicité ou non du personnage de Jésus. Aujourd'hui encore, le message attribué à Jésus est capital pour l'Occident. C'est le contenu de ce message qui retiendra notre attention.
 
Lors de l'insertion du message de Jésus dans la pensée hellénistique - via Saint Paul principalement, - le titre de Fils de l'Homme restera incompréhensible pour les Grecs. Il sera donc remplacé par Seigneur (Kyrios) alors que le terme de Messie sera traduit par le mot Christos (qui a reçu l'onction). Ce qui finira par donner le nom propre de Jésus-Christ.
 
Ainsi, les disciples qui se réclament du message de Jésus prendront-ils tout naturellement le nom de chrétiens.

Dans la formulation des concepts divins - objet du présent essai - il existe donc un message chrétien, quelle que soit la matérialité historique du personnage de Jésus.

L'attachement aux preuves de cette historicité a incité les Eglises naissantes à ne garder comme authentiques que les seuls textes qui ne compromettaient pas cette matérialité historique de sa personne.

Il est remarquable que les seuls évangiles canoniques sont ceux qui rapportent des incidents vécus, alors qu'ont été écartés ceux qui ne rapportaient que de simples paroles, (comme les 114 "Dits" de l'Evangile selon Thomas). [8]
 
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Outre ces considérations, il faut encore signaler quelques évangiles qualifiés d'apocryphes. Ils sont riches d'enseignements sur l'Histoire de l'Eglise officielle, lors de sa mise en place. Et riches aussi quant à l'éclairage qu'ils apportent sur les problèmes rencontrés dans les premiers temps du christianisme.
 
A retenir ainsi :
- Evangile des Hébreux.
- Evangile des Egyptiens.
- Evangile selon Thomas.
- Evangile selon Philippe.
- Evangile de Bartholomée.
 
Il est sans doute utile de signaler que, si en Occident chrétien la réalité physique du Christ en tant que personnage historique est rarement remise en question, d'autres analyses émettent des réserves sur une telle historicité. Et le "tri" des écrits du Nouveau Testament s'est justifié par la nécessité de ne pas introduire dans la littérature sacrée, des textes qui auraient pu induire le doute sur l'historicité du personnage de Jésus.
 
Il existe peut-être une seconde raison.
 
Les premiers groupes de chrétiens (les premières Eglises) se divisent très tôt en deux tendances fort opposées. Et dès les années 50, l'Eglise de Jérusalem compte en son sein des fidèles appelés "hébreux" en opposition à ceux qualifiés de "hellénistes".
 
Le clan des chrétiens-hébreux (judéo-chrétiens au sens propre) reste fidèlement attaché au code de la Loi juive et aux prescriptions rituelles au Temple. Leur chef spirituel est Jacques, encore appelé Frère du Seigneur.
 
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D'opinion opposée, le clan des hellénistes, parmi lesquels le premier martyr Etienne qui fut tout simplement assassiné pour avoir proclamé qu'il était détaché du culte célébré au Temple :
        Le Très Haut n'habite pas      [Ac VII, 48]
        dans des demeures faites de mains d'hommes
 
Le jour même de l'assassinat d'Etienne, les autres hellénistes furent chassés de Jérusalem. Leur dispersion dans la diaspora, avec Paul à leur tête - particulièrement à Antioche - accélère leur mission parmi les païens.
 
On se souvient de la révolte contre Rome en 68, qui se solda par un massacre des Juifs et la destruction du Temple en 70. L'Histoire venait ainsi de donner raison aux hellénistes par l'élimination physique des Hébreux restés à Jérusalem. Encore fallait-il légitimer l'autorité de Pierre par rapport à celle de Jacques. Une première lecture (officielle) du texte de légitimation donne :
        Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise.  [Mt XVI, 12]
  
Alors que des évangiles qualifiés d'apocryphes pourraient donner la lecture :
        Vous êtes des cailloux (d'incompréhension)
        et c'est avec de tels cailloux pourtant que je bâtirai mon Eglise.

 
En plus des trois évangiles synoptiques, il faut encore distinguer le témoignage de Jean, très personnel tant dans son Evangile que dans ses Epîtres, et surtout dans son Apocalypse (à l'image des multiples apocalypses de la littérature juive).  L'intérêt de cet écrit réside dans la particularité que, à l'encontre des trois synoptiques, Jean propose la prédication et l'enseignement de Jésus dans un environnement qui trouve peut-être sa meilleure compréhension au sein de sectes apocalyptiques juives.
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Une des justifications de l'écriture hermétique (de style difficilement compréhensible) des apocalypses, se trouve dans la sévère censure exercée par les Romains, envers tout écrit susceptible d'inciter à la révolte. Or les apocalypses, par définition, annoncent le Messie (libérateur politique envoyé par Dieu) et la délivrance d'Israël. Il était donc impératif d'utiliser un langage codé pour éviter la censure et les représailles envers leurs auteurs.
 
La découverte récente (1947-51) des manuscrits de la Mer Morte à Qumran, éclaire singulièrement la compréhension des écrits de Jean. Les défenseurs du monastère de Qumran étaient des Esséniens (membres d'une secte apocalyptique). Ils ont été massacrés en 68 par un détachement de l'armée de Vespasien, lors de la révolte juive qui conduisit deux ans plus tard à la destruction du temple de Jérusalem.
 
La lecture des manuscrits trouvés à Qumran nous renseigne précieusement sur le vocabulaire et les idées véhiculées dans de telles sectes, et éclaire singulièrement le sens parfois obscur des écrits de Jean.
 
Sa figure du Paraclet par exemple,                 [Jn XIV, 17 ;  XV, 26 ; XVI, 13]
semble émerger d'une théologie fort proche de celle de Qumran. Les témoignages de Jean voudraient-ils également dévoiler un sens ésotérique aux Ecritures ?
 
Le message johannique marque toutefois une étape supplémentaire par rapport au messianisme des Esséniens, puisqu'il unifie en une seule image les deux figures : Messie et Rédempteur. Rappelons que le Messie annonce la délivrance politique du peuple d'Israël, tandis que le Rédempteur est celui qui effacera la faute originelle.
 
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Signalons encore la découverte fortuite en 1945, à Nag Hammadi en Haute Egypte, de quelque 53 manuscrits coptes. Ces manuscrits reflètent une tradition gnostique qui ne reconnaît pas en Yahvé le vrai Dieu créateur de l'univers. La création du monde résulte ici d'une agression des Ténèbres contre la Lumière. C'est ce type de gnosticisme qui aboutira au manichéisme (antagonisme du bien et du mal).
 
Parmi les manuscrits de Nag Hammadi, figure un Evangile selon Thomas constituant une version complète de 114 Paroles (Logia) attribuées à Jésus. Ce manuscrit, bien qu'entaché par les spéculations de la gnose, présente pourtant l'intérêt d'être un des témoignages les plus anciens que nous possédions sur la prédication de Jésus. La lecture de cet évangile apocryphe (littéralement : caché) pourrait laisser deviner dans la prédication de Jésus, un enseignement de type ésotérique réservé à un nombre restreint d'initiés.
 
On comprend que la gnose et l'ésotérisme soient rapidement devenus suspects aux yeux des autorités ecclésiastiques. Le secret initiatique ouvrant en effet la porte à toutes les hérésies.
 
D'autre part, le logion XII de cet Evangile cite littéralement :
        Les disciples dirent à Jésus :
        Nous savons que tu nous quitteras.
        Qui est-ce qui deviendra grand sur nous ?
        Jésus leur dit : Là où vous serez allés, vous irez vers Jacques le Juste
        pour qui le ciel et la terre ont été faits.’’

 
Et selon la lecture exégétique de J.E. MENARD, [8]
le terme de Juste doit ici se comprendre comme Révélateur.
   
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Dans une optique évidemment ésotérique,                             [[1]]
ce texte confie à Jacques la garde du sens caché de l'enseignement de Jésus; c'est à lui qu'il reviendra de dévoiler le sens du Ma'at. 
                                           

Mais ce passage instaure également la primauté de Jacques, qui historiquement d'ailleurs a été reconnu comme chef de la communauté de Jérusalem. C'est peut-être là une raison "aussi" pour laquelle ce document a été écarté des Evangiles canoniques.
 
Les premières lignes de cette étude relevaient déjà la communauté d'inspiration entre les écrits judéo-chrétiens et l'enseignement de Mahomet. Comme Jésus de Nazareth, Mahomet n'a laissé aucun écrit. Tout au plus, quelques uns de ses compagnons ont-ils, sur des feuilles de palmiers et des omoplates de moutons ou de chameaux, transcrit à la hâte quelques versets pris au vol de la bouche du Prophète au cours de ses inspirations.
 
Il fallut attendre la mort de Mahomet (632) pour que le calife Abou-Bekr se décide à réunir ceux qui avaient été témoins des extases du Prophète. Un texte fut ainsi recueilli, composé de versets récités de mémoire par ces témoins. Cet écrit forma un volume qui fut recopié en de multiples exemplaires.
 
Mais dès les années 650, le calife Omar jugea qu'il était apparu de nombreuses variantes dans les textes qui circulaient, et il fut jugé qu'elles en faussaient le sens. Le calife soumit alors le texte à une sévère révision, et fit brûler tous les exemplaires antérieurs. (Quelques historiens ne désespèrent cependant pas de retrouver un jour, une version épargnée par cet autodafé.) Voilà pour le texte officiel du Coran.
 
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Remarquons ici que, si les prophètes juifs se font les interprètes de la Révélation de Dieu, ils traduisent les dires divins dans leur langue propre. La question se pose aussitôt de savoir si les prophètes juifs ont correctement traduit les paroles de Dieu. Allah de Mahomet, quant à lui, parle immédiatement en arabe. Non seulement la langue dorénavant unifiée devient aussi langue de Dieu, mais la Parole d'Allah ne souffre aucune interprétation.
 
Il n'y aura donc pas, à proprement parler, d'école (au sens exégétique) coranique. C'est une caractéristique importante dans une étude qui, comme ici, se veut d'approcher les réponses de type divin, à travers le mystère qu'elles sous-tendent.
 
 
 
La Bible
 
 
Le Nouveau Testament ainsi que le Coran puisent leur inspiration fondamentale dans un fonds commun de traditions et de textes rassemblés dans La Bible. Mais cette Bible elle-même n'a pas toujours été uniforme, ni dans sa forme ni dans sa rédaction.
 
L'écriture du "Livre" (la Bible) s'étale sur une période de plusieurs siècles. Les cinq premiers livres de la Torah (dont la rédaction est traditionnellement attribuée à Moïse) ont, dans leurs textes les plus anciens, été mis par écrit au IX siècle av. J.C. ; tandis que les derniers textes prophétiques (Malachie) datent des années -450.
 
Cette longue période d'écriture explique la diversité des styles et des genres littéraires. Histoires mythiques (Genèse), récits épiques (Exode), histoires à prétention politique (les Rois et les Maccabées), ou textes apologétiques (comme dans le Livre des Chroniques). La Bible compte encore des recueils de sentences, voire des essais philosophiques (Job).
 
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Il est bien évident que la lecture des textes sacrés devra se comprendre différemment en fonction des genres abordés. Les divers livres qui composent l'ensemble des textes sacrés ont en outre été originellement rédigés dans une grande variété de langues et de dialectes ; hébreu littéraire et araméen, marqués au cours des siècles par leur propre évolution linguistique. Et plus tard, ce sera le grec populaire pour les écrits des apôtres.
 
C'est cette diversité des langues originelles qui justifiera le travail philologique précis des Massorètes qui, entre les VII et X siècles de notre ère, fixeront les textes bibliques en langue hébraïque et araméenne dans leur forme encore actuelle.
 
Mais l'universalisation de la culture grecque aura auparavant imposé une traduction des textes en grec. Et ce sera la version des Septante, commencée au début du III siècle avant notre ère. Les LXX représenteront la première officialisation des textes dans leur forme, avec authentification de l'inspiration divine dont ils émanent.
 
Il est généralement admis que les 72 sages commis à la traduction grecque ont effectivement édité la version des cinq premiers livres de la Bible (le Pentateuque), encore appelés Torah (la Loi) par les Juifs, et dont la rédaction originale est traditionnellement attribuée à Moïse lui-même.
 
En fonction des différentes traditions et des diverses lectures possibles des textes bibliques, la datation historique de Moïse (ou de ce qu'il représente), oscille entre la moitié du XV siècle (480 années avant la construction du temple de Salomon) et l'extrême fin du XIII (règne de Ramsès ; voire Sethy II). Soit, un écart de deux siècles et demi. Les méthodes historiques ne permettent pas plus de précision.
 
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Dans le premier chapitre des "Mosaïques", j'ai cru pouvoir établir la coïncidence entre le départ d'Egypte vers la terre de Canaan, raconté dans l'Exode, et le retour à l'orthodoxie d'Amon, sous le règne de Toutankhamon vers ~1330.
 
D'autre part, à l'encontre de la tradition, les études philologiques contestent formellement que les premières mises par écrit soient antérieures au IXsiècle. Soit - au mieux - trois siècles et demi après Moïse et les événements qu'il anime.
 
Ceci explique la distance que nous devons toujours maintenir entre le récit rapporté dans le texte biblique, et sa réalité historique.
 
Dans son introduction à la Genèse, Chouraqui précise                              [7]
La théorie documentaire [est] adoptée aujourd'hui par la quasi unanimité des exégètes : le Pentateuque n'est pas l’œuvre d'un seul homme, Moshè ; c'est une collection d'écrits rédigés, au cours des siècles, par de nombreux écrivains.
 
Il illustre son affirmation en remarquant que les rabbis du Talmud, à propos du Deutéronome (5èlivre de la Torah), s'étaient déjà demandé comment Moshè avait pu y décrire par le détail sa propre mort et son ensevelissement. (!)
 
La traduction des autres livres est moins catégoriquement attribuée aux LXX, et serait sans doute même quelque peu postérieure.
 
Dans l'Occident devenu Romain, la langue véhiculaire était le latin. D'où le besoin, dès les premiers siècles de l'ère chrétienne, d'une version en latin de la traduction grecque des Septante. Ce sera l'Italique, (encore parfois appelée Ancienne Vulgate). Mais cette première version latine était souvent fort approximative, si bien que Saint Jérôme (début du V siècle) s'attacha à la remanier pour la rendre plus fidèle aux textes originaux.
 
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Onze siècles plus tard, le Concile de Trente (1545-1563) reconnut la version remaniée par Saint Jérôme comme édition officielle et substantiellement authentique en ce qui concerne le dogme et la morale, sans qu'il soit pour autant affirmé que cette traduction était philologiquement précise dans tous ces détails. C'est cette version latine, officialisée par l'Eglise Romaine que l'on appelle "La Vulgate".
 
La philologie contemporaine s'attache maintenant à retourner aux sources, aux fins de réaliser des éditions plus strictes des textes saisis dans leur pensée originale. Et de nous proposer des traductions plus précises dans leurs énoncés.
 
C'est ainsi que depuis les années 1950, une importante commission philologique s'est attachée à l'édition de ce qu'on appelle La Bible de Jérusalem. Cette entreprise trouve son origine dans le mouvement de retour à l'authenticité mis en valeur sous le concile Vatican II (1962-65). C'est peut-être aussi sous la pression des Protestants, et leur traduction œcuménique de la Bible (T.O.B.) que l'Eglise Catholique s'est à nouveau intéressée aux textes sacrés. Rappelons en effet que, depuis le concile Vatican I, et jusqu'à la moitié de notre siècle, la lecture de la Bible par les fidèles était fortement déconseillée par Rome.
 
La version de Jérusalem souffre peut-être d'une spécialisation trop poussée dans les méthodes philologiques. Chaque partie ayant été confiée à des spécialistes très pointus, l'ensemble de la version manque parfois d'homogénéité dans les termes de la traduction et dans les références.
 
Pour être complet, il nous faudra encore compter avec des versions plus récentes et émanant d'initiatives privées dont certaines - comme celle de CHOURAQUI - font même autorité. Ce dernier auteur se démarque par sa tentative de restituer les textes dans leur dimension poétique. C'est là un facteur essentiel de compréhension.

 
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On peut cependant lui reprocher d'avoir trop souvent tranché, rapidement et sans appel, - et sans même une note le plus souvent - des expressions qui philologiquement ou historiquement prêtaient encore à interprétation. La lecture en français de la traduction de CHOURAQUI peut aussi agacer par une recherche délibérée de l'archaïsme, pour le simple plaisir du mot ancien.
 
Lors des citations auxquelles je serai amené à me référer, je donnerai la traduction française de la Bible de Jérusalem (BJ), mais souvent aussi celle de Chouraqui (Ch).
 
Nous retiendrons essentiellement que l'ensemble des textes qui forment le fonds commun des monothéismes révélés d'Occident, ont tous fait l'objet d'éditions multiples, de tris parfois arbitraires, de révisions et de lectures critiques qui auront souvent été imposées comme versions officielles. Et ce seront :
 
la Bible,
- en sa version grecque des LXX,
- traduite avec imprécision en latin, dans l'Italique,
- retravaillée (mais non terminée) dans la Vulgate,
    révisée actuellement dans des éditions plus critiques.
 
le Nouveau Testament,
expurgé suivant les critères d'une critique historique discutable.
 
le Coran,
dont les 114 sourates citées de mémoire, ne peuvent plus faire l'objet de la moindre modification.
 
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Ainsi : "chaque fois", des textes se réclamant de la Révélation - et à ce titre sacrés - ont systématiquement été modifiés, expurgés, triés, exploités et enfin récupérés par les pouvoirs en place ou à mettre en place.
 
En dépit de ces récupérations que ne peut manquer de souligner l'Histoire, nous conviendrons pour notre part que les vrais novateurs de la pensée religieuse, - les vrais Prophètes - étaient au contraire profondément sincères dans leur recherche et dans leurs prophéties. L'illumination du Beau chez un Akhenaton par exemple, ne sera jamais ici remise en question. Cette pureté dans la recherche et dans la proclamation est un a priori indispensable pour poursuivre notre étude. C'est cette pureté qui retiendra notre attention.
 
Pour l'ensemble des textes inspirés, nous nous attacherons à la totale sincérité qui aura éclairé l'interrogation que supposait le Dieu des prophètes. Car c'est ce mystère, cette recherche dans la sincérité qui nous interpelle encore aujourd'hui.
 
Quant à la sincérité que je postule dans la présente recherche, j'émettrai quelques réserves sur la manière dont elle sera sans doute reçue dans certains milieux que je qualifierai de doctrinaires. Il n'est qu'à voir la difficulté rencontrée pour aborder les textes dans leur écriture, alors qu'ils sont le plus souvent présentés dans des interprétations ou dans des lectures très dirigées.
 
Une conversation de table, avec un chrétien pratiquant et engagé, illustrera notre crainte. Je ne suis nullement convaincu que notre interlocuteur était réellement formé à la dialectique ou à la réflexion philosophique.  Nous traitions des prises de position publiques des papes du XX siècle. Nous avions abordé la politique parfois ambiguë de Pie XII pendant et après la seconde guerre mondiale. Nous avions enchaîné sur ce que nous avions qualifié d' "ouverture au dialogue" d'un Jean XXIII en opposition aux déclarations plus tranchées d'un Jean-Paul II en matière de contraception par exemple (y compris sa lettre de félicitations pour fidélité conjugale au dictateur Pinochet, à l'occasion d'un de ses anniversaires de mariage).
 
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Il apparut alors clairement que ces mêmes sujets avaient déjà été abordés dans certains séminaires de réflexion catholiques, et que c'était la spéculation qui, une fois encore, avait sauvé les meubles et apporté l'apaisement quant à ces attitudes parfois jugées dérangeantes, même par les mieux pensants.
 
-     Nous ne devions jamais perdre de vue que durant les conclaves qui avaient
      débouché sur l'élection de ces papes, c'était le Saint-Esprit qui avait inspiré
      les cardinaux ; et que les papes ainsi élus avaient été choisis par Dieu
      Lui-même dans son dessein relatif à l'humanité.

 
Et d'insister sur la quasi unanimité des votes, en omettant toutefois de préciser qu'il s'agissait de votes finaux, au dernier tour.
 
-     La lettre à Pinochet avait été rapportée par les médias.
      Mais les mêmes médias publient-ils toujours les démentis
      et droits de réponses ?

 
Nous devons donc considérer qu'il n'y avait jamais eu de telle correspondance.
 
-     Au cours de la même conversation, - et je pense devoir insister sur le fait             qu'elle représentait manifestement le reflet d'un réel enseignement -
        il fut encore affirmé que les Ecritures n'avaient jamais mentionné de
        "Peuple-élu" ou de "Peuple-de-Dieu".

 
Il n'y a que le corps du Christ duquel nous faisons tous partie.
 
Ceux qui enseignent de telles doctrines ont très généralement une authentique formation à la dialectique. Ils sont donc conscients et portent une réelle responsabilité devant les purs sophismes de leurs élucubrations. Et j'éprouve personnellement une certaine difficulté à encore tabler sur leur bonne foi, dans un dialogue que j'aimerais constructif. Je garde cependant foi en la réelle et totale sincérité des recherches de certains.
 
Ils ne sont peut-être que quelques uns à se positionner d'entière bonne foi face au mystère de leur existence, de leur naissance et de leur mort. C'est avec ces quelques uns là, que la présente étude espère collaborer.
 
 
 
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Les dogmes
 
 
Quelles sont donc ces interrogations qui, n'ayant trouvé aucune réponse rationnelle satisfaisante, ont été résolues par des affirmations d'ordre divin ?
 
Si, pour ma part strictement personnelle, je refuse les solutions divines qui ont été apportées à ces interrogations, je n'en écarte pas pour autant les questions – souvent fondamentales - qu'elles sous-tendent. En ce sens, il sera fécond de suivre la longue et lente construction de la mise en place de nos théologies contemporaines. Ce sera le moyen de rencontrer les problématiques que leur Dieu est censé résoudre.
 
Au delà de la patiente rédaction des écrits sacrés proprement dits, il conviendra de souligner les diverses lignées religieuses qui auront affiné les proclamations du divin suivant les vecteurs de leurs orientations propres. Et ce sera le messianisme toujours attendu par Israël, mais compris aujourd'hui dans une temporalité moins imminente qu'à l'époque des prophètes ou des révoltes contre Rome. Et ce sera le royaume évangélique pour les diverses chrétientés ; ou les théocraties islamiques dans le monde musulman.
 
Dans les diverses formes qu'ils auront revêtues au cours de l'Histoire, les constituants de Dieu, alors qu'ils doivent certes être déchiffrés dans les textes, devront encore être compris au travers des traditions qui auront différencié les diverses religions entre elles. C'est en effet dans ce contexte de traditions parallèles - mais complémentaires à la stricte écriture des textes sacrés, - qu'il faut chercher à situer l'imposition des dogmes. Ils sont une composante importante de la croyance religieuse, bien que nous ne les trouvions que dans les Eglises chrétiennes, et - mais en bien moindre quantité - chez les Juifs.
 
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L'islam, quant à lui, échappe aux dogmes, puisque la Parole de Dieu ne tolère aucun commentaire.

Les dogmes sont des articles de croyance religieuse, enseignés avec autorité, et imposés comme des certitudes absolues. Ils trouvent leur source première dans l'Ecriture, mais également dans les décrets portés en matière de foi par les conciles œcuméniques et par les papes lorsqu'ils s'expriment ex cathedra.
 
La dogmatique trouve une deuxième source dans les Symboles de la foi : principalement le Symbole des Apôtres et celui de Nicée. La terminologie de Symbole doit ici se comprendre comme "une proclamation de la croyance dans une profession officielle de la foi". Les principaux dogmes se fondent ainsi sur les affirmations des apôtres et sur les "canons" (décrets) du Concile de Nicée (325). Les conciles ultérieurs ont presque toujours fait l'objet de proclamations de dogmes.
 
Une troisième source enfin se réclame de la Tradition (et de l'enseignement qui souvent en découle). Elle se réfère principalement aux Pères de l'Eglise, dont les écrits reflètent les croyances des premiers chrétiens.
 
Les grandes caractéristiques des dogmes sont :
 
- leur immutabilité.
    La doctrine provenant immédiatement de Dieu,
    aucun esprit humain ne pourra la modifier.

- leur orientation morale.
    La Révélation divine ayant le but de mener l'homme à son salut,
    tous les dogmes qu'elle renferme doivent tendre vers cette fin.

- leur essence à la fois divine et humaine.
    Divine dans son inspiration et humaine dans sa formulation.
 
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Sans pour autant prétendre apporter de vérités nouvelles, l'Eglise se réserve la possibilité d'en modifier les énoncés pour y apporter un éclairage nouveau.
 
Le Concile de Trente (1545-1563) qui, dans l'histoire de l'Eglise Romaine, précise les limites de la foi et de l'orthodoxie par rapport aux assemblées contestataires du protestantisme, insiste de manière toute particulière sur la Tradition qui aura transmis et commenté – mais aussi et surtout différencié - le message divin ; et ainsi délimité la stricte orthodoxie.
 
La très longue période qui couvre, non seulement la rédaction des textes, mais encore leur genèse orale, témoigne de l'importance de l'évolution des concepts divins. Une lecture attentive nous démontre la progression - harmonieuse peut-être, mais continue sûrement - qui, au départ de la presque idole, mène au Dieu-Père personnel et métaphysique contemporain.
 
Il convient alors de rappeler ici la difficulté constante d'aborder les textes dans leur écriture originelle. Outre des traductions presque toujours orientées, notes, remarques et commentaires accompagnent inévitablement le lecteur potentiel pour diriger sa compréhension dans la dogmatique du commentateur, du copiste ou de l'éditeur. C'est le problème moderne de l'imprimatur.
 
Les plus anciens manuscrits déjà nous sont parvenus, les marges couvertes d'explications et des commentaires les plus divers. Quant aux éditions plus récentes, elles regorgent de lexiques, explications et autres avertissements. Les théologiens éprouvent en effet une réelle réticence à concevoir que la Parole divine puisse, en fonction de l'époque où elle aura été prononcée, traduire une perception différente de ce Dieu proposé aujourd'hui comme Celui qui est.
 
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C'est le principe d'immutabilité appliqué aux textes anciens. Mais en une forme inversée car ce qui est devenu immuable, c'est l'interprétation et la compréhension que, par dogmes interposés, nous sommes contraints d'en garder présentement.
 
La Parole est présentée comme une Révélation. Mais cette présentation se contente de mettre l'accent sur la gratuité de la Parole divine qui se fait connaître (qui se révèle) à l'homme. La Révélation ainsi comprise propose une démarche divine sans laquelle aucune intelligence humaine ne pourrait conduire à la connaissance de Dieu.
 
Il paraît encore utile - en dépit de toute orthodoxie théologique, - de lire également le terme de Révélation dans un sens plus photographique de qui révèle progressivement une image sous-jacente. Dieu (ou, à plus précisément nous exprimer : l'ensemble des concepts qui ont formé l'image de Dieu) ne provient pas d'une vision monobloc.
 
Et il est instructif de suivre la longue élaboration des interrogations et des réponses successives et complémentaires qui, en fin de parcours et après trois millénaires et demi de gestation, aboutiront à la cohérence des théologies contemporaines.
 
Les textes sacrés décrivent en effet les diverses démarches, les hésitations, voire les contradictions qui finiront par converger vers le Dieu commun aux trois monothéismes occidentaux. Mais les théologiens - et autres responsables d'éditions sacrées - attachent la plus haute importance à préserver la totale cohérence de l'ensemble de la Parole, du texte le plus ancien jusqu'au dernier des prophètes, jusqu'à la dernière épître ou l'ultime sourate. Toute discordance leur apparaît comme une contradiction, puisqu'ils refusent obstinément une quelconque évolution dans le contenu ou la perception de la Vérité révélée.
 
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L'exemple du terme Elohim - s'il est tellement cité qu'il en devient un poncif - est néanmoins exhaustif en ce domaine. La divinité telle que parfois nommée dans les cinq livres les plus anciens, et traduite traditionnellement par le Tout-Puissant, est dans sa version originelle présentée sous le terme d'Elohim. Ce mot, de toute évidence, est un pluriel. Dans la perspective théologique d'une vérité immuable et aboutie en son acception d'aujourd'hui, il paraît impossible de présenter le Dieu créateur, unique en son dogme, par un pluriel qui le traduirait en termes de dieux. Il n'est pratiquement aucune édition de la Bible qui n'en aille de son commentaire à propos de ce pluriel qui devrait être singulier. Et jusqu'à l'absurde en son explication.
 
C'est ainsi qu'on peut relever : ELOHIM :
 
1    Nom commun de la divinité, dérivé du singulier "El" (Dieu).
        Ici, le commentaire nie tout simplement ex cathedra
        que le terme soit le pluriel du mot hébreu "Eloah".
        C'est un cas extrême de contre-évidence.

 
2    Pluriel majestatif.
    L'argumentation est intéressante car elle démontre que la difficulté avait déjà
        été rencontrée lors de la première rédaction homogène et officielle des             LXX. La difficulté est alors contournée par l'astuce d'un accord verbal au             singulier.

 
3    Pluriel trinitaire.
        Ce terme sous-tend les trois Personnes en Dieu.
        C'est le principe inversé d'immutabilité.
 
4    Pluriel archaïque.
        Vestiges d'un polythéisme qu'auraient encore admis les Hébreux.                     (Larousse 1900). Même dans cette dernière exégèse, la notion d'évolution         semble étrangère. On s'en tient au vestige.
 
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Ce petit exercice est intéressant dans la mesure où il démontre la difficulté - pour ne pas dire l'impossibilité - d'aborder le texte dans sa seule écriture, et débarrassé des interprétations dogmatiques postérieures à sa rédaction.
 
Un souci théologique perpétuel de cohérence, à l'affût de la moindre discordance ou apparente contradiction, impose ainsi une lecture pré-orientée par une orthodoxie figée dans son total immobilisme.
 
Une approche plus simple du texte, et dépouillée de son exégèse a posteriori, laisse pourtant facilement comprendre que la création du monde s'inscrit sur base de multiples éléments qui ont fini par se conjuguer en un univers cohérent. Le pluriel des forces mises en cause s'impose donc ici, sans la moindre contradiction.
 

 
Le Divin
 
Certains auteurs ont cru pouvoir remarquer que la référence aux dieux (ou à Dieu) se retrouve dans toutes les sociétés humaines. Il serait en ce sens exact d'affirmer que le Dieu habite et hante l'homme depuis le début de son humanité.
 
Cette omniprésence du divin est d'ailleurs l'argument qui justifie l'affirmation d'une absolue nécessité de Dieu dans sa seule évidence. Et dans la logique fondamentale qui assied toute religion dès lors qu'elle s'insère dans une certaine organisation sociale, cet argument d'Evidence revêt une importance majeure dans la dialectique.
 
L'affirmation de l'universalité de la référence au divin mérite toutefois d'être précisée sur deux points.
- Qu'entend-on par divin d'une part ?
- Qu'entend-on par toute société humaine ?
 
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Nous avons accepté des vérités directement perçues, en dehors de nos sens ou de l'intellection, et exprimées sous forme d'allégories. Elles émanent de l'intuition et sont à ce titre immunisées de toute possibilité d'erreur. Une relation directe entre l'esprit qui sait et l'objet de ce savoir suppose nécessairement la réalité de l'objet connu.
 
La seule possibilité d'erreur se situe au niveau du terme qui traduira cet objet, ou de la compréhension qu'un autre se fera, de ce terme mal interprété ; ou encore de la récupération (politique, morale ou théologique) d'un pouvoir tenté de l'utiliser à son profit. Telle est la position philosophique de l'intuition.
 
Une analyse positive peut difficilement se satisfaire d'une définition à ce point philosophique (donc spéculative) de l'intuition.

Paul DIEL se réclame de méthodes scientifiques                     [[2]]
plus strictes. L'auteur commence par établir une distinction entre un inconscient de dissolution (donc destructeur) qui serait le Subconscient, et un autre inconscient de constitution cette fois (donc constructeur) et qui serait le "Surconscient".
 
Et d'évoquer ensuite M. PRADINES dans son Traité de Psychologie Générale :
Un inconscient extraordinaire et rare ... qui n'apparaît que chez un petit nombre de sujets, sous la forme d'intuitions ou d'inspirations, et qui ressemblent entre eux à une sorte de mutation perfectionnant ... La conséquence est alors portée à l'esprit avant le raisonnement qui la fonde logiquement... Ce qui est normalement le fruit du travail, est fourni à l'être inspiré à la manière d'un don gratuit.
 
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Que nous épousions donc la méthode dite scientifique de la psychologie, ou que nous nous cantonnions aux propositions de la philosophie (très facilement qualifiés de subjectives) nous sommes amenés à admettre un mode direct de connaissance, étranger à toute démarche d'intelligence, et immunisé à ce titre de toute non-vérité. De par sa relation unitive avec l'objet qu'elle appréhende, l'intuition affirme, sans erreur possible, la réalité de cet objet.
 
C'est dans cette sphère privilégiée de savoirs qu'il faudra chercher la formulation des images traduites en mythes - nous préférons le terme "allégories" - et dont l'ensemble formera Dieu.
 
 
 
1 : Les frontières du domaine divin
 
Parmi les images allégoriques, il y a lieu d'établir une distinction entre la dynamique invoquée sous la forme d'un Esprit et qui sera rencontrée par le Chamanisme ; et la personnification de cet Esprit devenu Dieu, et vénéré dans les Religions.
 
La religion occidentale, - dans l'état où elle nous intéresse encore aujourd'hui, - semble fort dépouillée de chamanisme. Le prêtre n'a pas la fonction de révéler sa vision surnaturelle. Le Dieu occidental a été complètement révélé par les prophètes et il est vénéré suivant les préceptes du dogme.
 
Dans son Histoire des Croyances et des Idées Religieuses,           [1, T1, 35]    
Mircea ELIADE estime que le chamanisme est une caractéristique des comportements magico-religieux des paléanthropiens. Il souligne toutefois :
 
35
L'extase de type chamanique... implique d'une part, la croyance dans une "âme" capable de quitter le corps et de voyager librement dans le monde. Dans un tel voyage, l'âme peut rencontrer certains Etres surhumains et leur demander aide ou bénédiction. L'extase implique en outre la possibilité de posséder, ... et d'être possédé.
 
Le chamanisme suppose des lieux sacrés et des rites magiques auxquels les historiens ne manquent pas de s'intéresser.
 
Mais une lecture des historiens des religions, laisse souvent supposer que les rites et les pratiques religieuses se transmettent par l'adoption de la superstition d'un groupe humain voisin. Cette vision de l'historien qui transmet le document dans la seule interprétation la plus positive qu'il puisse lui trouver, ampute peut-être le rite de sa signification profonde et de la problématique qu'il tente de rencontrer.
 
M. ELIADE précisera son idée en soulignant que :                             [1,T1,15]
 
La solidarité mystique entre le chasseur et ses victimes est révélée par l'acte même de tuer. ... En dernière instance, la solidarité mystique avec le gibier dévoile la parenté entre les sociétés humaines et le monde animal. Abattre la bête chassée ou, plus tard, l'animal domestiqué, équivaut à un sacrifice dans lequel les victimes sont interchangeables.
 
Il est significatif que ce soit justement là une des premières remarques qui préside à l’œuvre monumentale déjà citée de M. ELIADE. Il paraît en effet essentiel de toujours lire le rite à travers l'interrogation qu'il tente de rencontrer. Mais comment définir le "dieu" dans le sens où l'entendent les religions ?
 
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Le culte censé apaiser la puissance mystérieuse ou le rite destiné à attirer le pouvoir et à s'en assurer la protection, ne suffisent pas à identifier un véritable dieu. Le rituel des chamans ne s'adresse pas nécessairement à des dieux. Un élément naturel que l'on tente de conjurer dans la violence de ses manifestations, reste un élément naturel. Les rituels autour de la fécondité gardent aux hommes, aux plantes et aux animaux leur statut de "naturels". Ils ne s'adressent pas nécessairement à une puissance divine.
 
Pour devenir proprement divine, il faut encore que la puissance invoquée transcende la réalité naturelle dont elle a l'attribut, et qu'elle devienne une réponse à la problématique du mystère posé par sa manifestation.
 
Le dieu ainsi défini échappe aux lois de la nature concrète, et devient une référence au paramètre des vérités reçues.
 
A l'Esprit de l'élément naturel, s'adresse un chaman sorcier.
A un dieu, s'adresse un prêtre.
 
Pour comprendre la genèse de ce qui deviendra proprement divin - dans les limites de notre Occident tout au moins, - nous devons nous référer aux deux attributs de "transcendance" et de "réponse" qui identifie le dieu dans sa non-rationalité.
 
Durant des millénaires, il a manqué à l'homme des moyens techniques ou scientifiques qui auraient permis d'interpréter correctement - et d'ainsi comprendre - les réalités naturelles de son environnement.
 
Nous retiendrons très peu dans la présente étude, - parce qu'elles n'ont plus de réelle actualité dans le monde occidental - les tentatives d'insérer des personnages historiques dans le mystère divin, aux fins bien souvent, de les immortaliser. C'est la déification des monarques et des personnages importants. C'est toute la mythologie des héros. C'est dans une démarche analogue que se situe la déification des actuels empereurs du Japon. Mais nous sortons ici du cadre théologique des monothéismes occidentaux.
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Il semble que des dieux d'un premier type symbolisaient simplement par leurs images allégoriques, des réponses naïves et ponctuelles (au coup par coup) aux énigmes de ces puissances incomprises (donc occultes) qui interféraient dans la vie d'un chacun. Mais aussi le déchaînement des ces mêmes puissances dans leurs manifestations les plus violentes : foudre, tempête, irruption volcanique, tremblement de terre, incendie...

Il y aura encore des dieux d'un deuxième type qui tentaient de rencontrer les interrogations sans réponses des aléas de la vie dans le déroulement des activités humaines. Organisation sociale, famille, amour, haine, guerre, commerce, voyage...
 
Un troisième type enfin de préoccupations - que nous qualifierons volontiers de métaphysiques - touche à l'origine de l'homme et à son déroulement dans la durée. Ce sont les mystères de la naissance, de la vie, de la maladie, de la mort, des impondérables. C'est le domaine de l'inexorable, du Destin.
 
Cet univers peut être abordé selon deux vecteurs opposés. Dans le sens de l'aboutissement, et nous parlerons de fatalité ; ou dans celui des origines, et ce sera le hasard.
 
Dans ce qui vient d'être défini comme des types de déification, l'homme, à défaut de comprendre les problèmes et d'y apporter des réponses rationnelles, s'invente des solutions transcendantes - extérieures - au mystère rencontré.
 
La divinité est née.
 
 
 
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2 : Les frontières de l'humain
 
Il semble qu'un très petit nombre d'études aient été menées pour déterminer l'époque, au cours de l'Histoire, où l'homme s'en est référé à des dieux, tels qu'ici définis.
- Transcendants par rapport aux réalités naturelles à travers lesquelles ils se manifestent,
-   et solutions-réponses par rapport au mystère dont ils émanent.
 
La préhistoire décrit des sites qui en toute vraisemblance, ont servi de lieux de culte. Mais le rituel magique des sorciers ne suppose pas en soi la déification de la puissance invoquée.
 
L'abstraction que suppose le caractère de transcendance et le recul de la puissance par rapport à sa manifestation, ainsi que la formulation également abstraite qui propose une solution à un mystère, sont des démarches de conscience qui semblent caractéristiques du seuil de réflexion franchi par l'homme lors de la révolution néolithique. Avant ce seuil néolithique, la préoccupation de l'homme se cantonne exclusivement dans un univers concret.
 
Dans son étude en deux volumes, André PICHOT                                       [4]
souligne combien les recueils scientifiques de l'Egypte et de la Mésopotamie, ne visaient qu'à donner des solutions concrètes à des problèmes pratiques, sans se préoccuper de la moindre démonstration des solutions ainsi proposées.
 
Durant les quelque 40.000 ans des époques paléolithiques jusqu'aux premiers déclenchements du Néolithique, l'observation paléontologique met en évidence une très grande homogénéité des techniques dans les diverses sociétés humaines, qu'elles soient d'Afrique, d'Europe ou d'Asie. La même observation se confirme pour l'Australie et les Amériques. Il existe ainsi une véritable unité culturelle des paléanthropiens.
 
39

Par méthode de comparaison, cette universalité de culture permet de déterminer les acquis archaïques (d'avant le néolithique) d'une croyance, d'un rite ou d'une religion, et les apports plus récents de la réflexion et des intuitions de nos croyances "modernes".
 
Le caractère d'abstraction indispensable en tout caractère proprement divin - de même que l'abstraction que suppose une démonstration scientifique - est une démarche que nous devons situer après le franchissement du seuil néolithique. C'est d'ailleurs à cette époque que se découvrent les écritures (abstraites par rapport au dessin) et que l'homme entre dans l'Histoire proprement dite. Dans cette hypothèse, la notion de divin remonte au début de la période historique de notre passé. Ainsi, les textes les plus anciens qui nous sont parvenus retracent-ils sans doute la véritable naissance de Dieu. Une évaluation de cinq à six mille ans semble raisonnable pour chiffrer l'âge de l'Eternel.
 
L'étude déjà citée de P. DIEL, souligne                                                           [3]
qu'il convient de distinguer ... les images symboliques, d'avec leur explication spéculative et superstitieuse.
 
L'image symbolique émanant de l'intuition du Surconscient, elle représente d'évidence (donc vraie) une partie de la solution du mystère abordé. C'est une démarche intellectuelle ultérieure qui pousse bien souvent certains interprètes de l'allégorie à considérer l'image comme la réalité concrète du mystère auquel elle apporte une réponse partielle. Et c'est la déviation.
 
Nous avons vu que Dieu représente une démarche supplémentaire par rapport à l'Esprit des chamans (ou sorciers), puisqu'il apporte une réponse mieux précisée dans le temps et dans l'espace. Mis en garde toutefois par la remarque de P. DIEL, nous pouvons nous demander si ce n'est pas une démarche ultérieure, et donc pervertie, (car n'émanant pas de l'intuition primordiale) qui convertira le temps des dieux en terme de durée, et l'espace des dieux en terme de lieux.
 
40
Les intuitions allégoriques divines peuvent parfaitement s'abstraire de tout mouvement, et échapper ainsi à la durée et aux lieux. Le mythe transpose les allégories intuitives (donc vraies) en images figées dans une durée et dans un lieu. Dans l'analyse des divers types d'interrogations qui constituent l'ensemble du Mystère, les allégories (souvent transformées en mythes) auront été considérées en termes de réponses (ou parties de réponse) à ces interrogations. Les images symboliques seront donc aussi nombreuses que les questions abordées. Aux esprits des sorciers succéderont ainsi une multitude d'images-réponses. Au chamanisme des sociétés les plus anciennes succédera nécessairement une phase polythéiste.
 
Ce ne sera que plus tard, dans une démarche hybride où la réflexion intelligente se mélangera à l'intuition de certaines évidences, que l'homme percevra une certaine unité entre les différents mystères et les diverses images symboliques proposées en réponses partielles à ces mystères. Ce sera la découverte des rythmes et des lois fondamentales.

Ce sera aussi l'ébauche des premiers monothéismes,                     
[[3]]
sous forme de Maître des autres dieux dans un premier temps ; et de Dieu unique ensuite.                                                                      
 
On peut raisonnablement estimer que les livres les plus anciens de la Bible relatent la période difficile d'acceptation du monothéisme. L'épisode du retour aux idoles tandis que Moïse s'est retiré au Sinaï, [Ex XXXII, 1- 35]
et l'incident des Elohim témoignent sans doute de cette hésitation.
 

 
41
Israël et l'Egypte
 
Depuis son apparition dans le Proche-Orient, le groupe d'Israël n'a cessé d'être en relation privilégiée avec le peuple d'Egypte. Les chapitres "historiques" de la Bible attestent d'ailleurs de la constance de cette relation.
 
C'est sans doute le lieu de rappeler ici que les récits bibliques sont un parfait mélange d'images allégoriques (à lire donc comme des symboles), mais déjà interprétées par la conscience de ceux qui les ont rapportées par écrit, dans la logique d'une certaine raison.
 
Les images allégoriques sont ainsi souvent proposées comme des réalités concrètes (perverties selon l'analyse de P. DIEL) tandis que les références historiques revêtent quant à elles des valeurs symboliques difficilement contrôlables. (On en reparlera à l'occasion de la citation nominative de Ramsès dans la Bible.)
 
C'est également l'exemple des généalogies souvent contradictoires d'un texte à l'autre.

C'est encore la période de 430 ans                                                        
[Ex XII, 40]
attribuée par l’Exode comme durée du séjour des Israélites en Egypte.
 
Mircea ELIADE remarque :                                                                  [1,T1,190]
Les événements et les personnages historiques ont été à tel point modelés d'après des catégories paradigmatiques, que dans la plupart des cas il n'est plus possible de saisir leur réalité originelle.
 
42
La proximité de la civilisation égyptienne a sans doute aucun, joué un rôle décisif dans la conceptualisation juive des allégories divines.
 
Une des caractéristiques fondamentales du monothéisme juif est l'extraordinaire personnification de son Dieu. Pas seulement Chef, Créateur, Omniscient et Tout-Puissant, mais surtout Personne.
 
Après nous avoir expliqué que le Ma'atreprésente                            [1.T1.104]
la conscience religieuse égyptienne et le bon-ordre, donc le bon-droit et la Justice, ELIADE précise qu'en tant qu'incarnation du Ma'at, Pharaon constitue le modèle exemplaire pour tous ses sujets.
 
L’œuvre du Pharaon assure la stabilité du Cosmos et de l'Etat, et par conséquent, la continuité de la vie. C'est la personne du Pharaon qui assure la continuité de l'Egypte. Par sa mort, le Pharaon-dieu (Osiris assassiné) assure la prospérité du royaume régi par son fils Horus (le Pharaon qui vient de lui succéder).
 
L'importance de la personnification de Dieu apparaît ici clairement. Et nous pouvons dès maintenant noter au passage la référence à la mort du dieu Osiris (assassiné et mis en pièces) qui assure la pérennité du royaume par son fils (Horus), lui-même né d'une vierge (Isis) néanmoins enceinte des œuvres de son époux assassiné. La personnification de Dieu calquée sur l'image des souverains dans l'ensemble du Proche-Orient est une observation relevée par bon nombre d'historiens.

Cette thèse porte le nom de patternisme.                                   [[4]]

 
43
Cette théorie a toutefois été violemment critiquée (par H. FRANKFORT notamment). Les différences entre les diverses formes de pouvoir empêchent en effet que l'on puisse admettre une telle généralisation. Le Pharaon d'Egypte était lui-même un dieu, alors qu'en Mésopotamie, le roi n'était qu'un prêtre représentant le dieu.
 
L'argument a d'autant plus de poids que la culture d'Israël est sémite (comme celle de Mésopotamie) en opposition à celle d'Egypte qui ne l'est pas.
 
La vallée du Nil a toujours été sur le chemin des pérégrinations du peuple encore semi-nomade d'Israël, et l'Egypte a, avant et durant Moïse, exercé sur les Juifs une influence beaucoup plus directe que le relativement lointain royaume de Mésopotamie.
 
Moïse enfin - les textes sont explicites à cet égard - a bénéficié d'une influence directe et au sommet, puisqu'il émanait de la cour-même du Pharaon. Et tout laisse supposer que l'image originelle de Yahvé a été fixée sous l'enseignement (ou la dictée) de Moïse.
 
Cette caractéristique de personnification du dieu sera complétée d'une étape supplémentaire franchie toujours en Egypte, mais sous Aménophis IV (Akhenaton) qui, au cours d'un règne de 17 années (à situer, selon les chronologies adoptées, entre -1359 et -1331) affirmera durant 11 ans - et imposera par voie de dogme - un lien d'Harmonie entre l'univers des mystères et celui de la nature, y compris les hommes.
 
La grande novation de la pensée d'Akhenaton réside dans l'évidence que la nature (et peut-être même l'Univers - dans la mesure où il aurait déjà été perçu comme tel, ce qui n'est pas évident) forme un tout cohérent, régi par un ensemble de lois qui doivent nécessairement se correspondre entre elles. C'est l'affirmation d'une Harmonie - donc de l'Unité - en fonction de laquelle l'homme doit calquer sa vie.
C'est la naissance du monothéisme transcendantal.

 
44
C'est cette idée fondamentale d'harmonie qui s'ouvrira en premier sur l'intuition d'une Alliance et qui culminera (un millénaire et demi plus tard, mais par une évolution sans heurt), dans la notion de Dieu-Père.
 
Les historiens ont retenu le schisme d'El Amarna comme une des premières révoltes sociales de l'Histoire puisque le monothéisme d'Akhenaton mettait automatiquement à pied tout le clergé des cultes autres que celui d'Aton. C'est le premier chômage technique de l'Histoire.
 
Ils ont également noté cette percée, souvent qualifiée de première, vers le monothéisme. Ils ont peut-être insisté trop peu sur l'intuition d'Harmonie qui, aujourd'hui encore, reste déterminante dans le monothéisme occidental.
 
La révolte sociale se termina avec la mort d'Aménophis IV, quand le très jeune Tout-Ankh-Amon renoua avec le clergé d'Amon. Akhenaton fut alors proclamé souverain fou et le culte d'Aton fut déclaré hérétique. Le site même d'Akhetaton (El-Amarna) où il avait édifié sa nouvelle capitale, fut pratiquement rayé de la carte d'Egypte. Et de nos jours encore, l'endroit est déclaré zone militaire et les touristes ne sont pas particulièrement invités à s'attarder sur ces lieux toujours considérés comme maudits !
 
Il est intéressant de comparer la dimension nouvelle qu'acquiert le Yahvé de Moïse, avec la dimension également nouvelle qu'avait acquise le Dieu unique d'Akhenaton dans son Harmonie. Et comment ne pas être tenté d'établir un rapprochement entre la théologie d'El Amarna et l'enseignement de Moïse ? Les polythéismes et cultes magiques d'Israël ne préparaient absolument pas à un dogme d'harmonie. Cette notion était entièrement nouvelle dans l'univers sémite. Elle se construit en effet en dehors de tout cursus historique de l'époque.
 
45
Les textes encore une fois sont explicites à cet égard, comme si Moïse avait lui-même été conscient de la totale nouveauté qu'apportait son monothéisme.
 
 
Dans l'Exode, nous pouvons lire :                                                        [Ex VI, 2-3]
Dieu parla à Moïse et lui dit :
 "Je suis Yahvé. Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob sous le nom de El Shaddaï. Mais mon nom Yahvé, je ne le leur ai pas fait connaître."                                                                       

El Shaddaï désigne Dieu quand le récit suggère sa force.             [[5]]
Il se traduit généralement par «Tout Puissant ». Quoi qu’il en soit, la terminologie de Yahvé est anachronique avant Moïse. Le terme pourrait désigner « Je suis celui qui est » (interprétation traditionnelle, et philosophique de l’ "Essence") ou bien encore plus simplement : « Je suis qui je suis » ou «Moi, c’est moi ! ».

Ce paragraphe de l'Exode marque très nettement la transition entre une représentation concrète d'une divinité physique (à l'image des idoles) vers une transcendance qui transpose le Dieu (même unique) dans un univers métaphysique. Mais ce passage vers la transcendance n'infléchit en rien la personnification de Yahvé.

Citons encore M. ELIADE                                                                   [1.T1.194]
L'anthropomorphisme de Yahvé a un double aspect. D'une part, Yahvé fait preuve de qualités et de défauts spécifiquement humains : compassion et haine, joie et chagrin pardon et vengeance. Cependant, il ne montre pas les faiblesses et les défauts des dieux homériques, et n'accepte pas d'être ridiculisé comme certains dieux Olympiens.
 
D'autre part, Yahvé ne reflète pas, comme la majorité des divinités, la situation humaine : il n'a pas de famille, mais seulement une cour céleste. Yahvé est seul. ... Il demande à ses fidèles une obéissance absolue, comme un despote oriental.
 
46
Un épisode surprenant de l'Exode nous présente même un Yahvé repentant. Devant le courroux une fois de plus démesuré de son Dieu, Moïse sur la montagne du Sinaï décide de lui tenir tête et lui rétorque :  [Ex XXXII, 11-14]
 
Reviens de l'ardeur de ta colère, et repens-toi du mal que tu veux faire à ton peuple.
...
Yahvé se repentit du mal qu'il avait parlé de faire à son peuple.
 
Dans ce passage peu banal, Yahvé est présenté comme une personne en colère mais qu'une simple discussion peut ramener à la raison.
 
Pour notre part, nous franchirons un pas supplémentaire en gardant à l'esprit que c'est bien la Personne physique du Pharaon qui assure la permanence et la prospérité de son peuple. Et que la mort du Pharaon annonce la naissance de son successeur.
 
Il semble qu'au delà de sa transcendance et de son appartenance à l'univers métaphysique, le Yahvé de Moïse a été inspiré du modèle de la Personne du Pharaon. Sa personnalité est d'ailleurs celle d'un monarque, dont les défauts n'entachent en rien ni le pouvoir, ni la déférence que chacun lui doit.
 
Yahvé est une Personne, et c'est pour nous un indice important qui nous incite à remarquer une relation entre le Dieu-Harmonie d'Akhenaton (voire Akhenaton lui-même) et le Yahvé nouvellement défini sous Moïse.
 
Un second indice corrobore cette hypothèse : les textes font mention de grands travaux de construction auxquels étaient asservis les Juifs. L'établissement d'une capitale sur le site d'Amarna constitue certainement une des plus grandes entreprises de construction de l'époque.
 
47
Une discussion s'ouvre ici, parce que le texte de la Bible fait nommément référence à Ramsès lorsqu'il évoque le Pharaon interlocuteur de Moïse. Ceci est évidemment une objection de poids à la coïncidence que je me plais à établir entre Moïse et, non Ramsès, mais Aménophis IV.
 
Les textes bibliques citent :   
        C'est ainsi qu'il [Israël] bâtit pour Pharaon,                         [Ex I, 12]
       
les villes-entrepôts de Pitom et de Ramsès.                                                  
         Les enfants d'Israël partirent de Ramsès vers Sukkot.
         Ils partirent de Ramsès le premier mois.          [Ex XII, 37 & Nb XXXIII, 3]
 
Les villes portaient couramment un nom qui rappelait leur constructeur. La capitale éphémère d'Akhenaton porta ainsi le nom d'Akhetaton, mais fut rasée à la mort du souverain. Il ne paraît pas invraisemblable qu'au moment de la première mise par écrit des textes bibliques, le rédacteur ait hésité à mentionner une ville définitivement rayée de la carte d'Egypte ; ou géographiquement trop éloignée, comme la Thèbes alors désertée par la cour royale.
 
D'autre part, on sait que l'Exode est un récit présenté dans une écriture épique. C'est ainsi que la rencontre de Moïse avec Pharaon, s'accompagnera inévitablement de la renommée de ce souverain. Et il est bien évident que le prestige d'un Ramsès II dépassait de très loin celui d'un Aménophis IV que l'Histoire nous présente sous les traits d'un monarque chétif et presque difforme.
 
Cl. VANDERSLEYEN confirme que le nom de Ramsès                     [23.233]
(déjà cité dans l'Exode et les Nombres) est anachronique puisqu'il est utilisé pour un événement à situer quatre siècles plus tôt, lors de l'installation de Joseph.                                                                                                   [Gn XLVII, 11]
Dans un tel contexte, le mot Ramsès doit se lire comme un simple synonyme de pharaon.
 
48
Et s'il fallait se référer à la Tradition biblique, on conviendrait qu'il s'est écoulé 480 ans entre la sortie d'Egypte et la construction du Temple de Salomon. Ce qui situerait l'Exode entre ~1450 et ~1430 ; soit près de deux siècles avant Ramsès. Dans cette chronologie très haute, le grand prophète intuitif devient alors bel et bien Moïse, dont Akhenaton se serait contenté de reprendre la pensée près d'un siècle plus tard.
 
Mais cette théorie me paraît peu vraisemblable car elle n'explique pas le départ précipité des Hébreux. Alors que la fuite d'une secte déclarée hérétique, mais encore dangereuse par l'écho qu'elle continue d'éveiller auprès de nombreux nostalgiques en Egypte, justifie pleinement ce départ en catastrophe.
 
Le style épique de l'Exode est encore confirmé par le consensus des historiens qui reconnaissent que le départ d'Egypte - chiffré à 603.550 personnes dans "Au Désert", - loin de représenter l'exode d'un peuple entier,  [ Nb I, 46 et Nb II, 28]
raconte plutôt la migration, (comme bien d'autres déjà avant elle) d'une smalah nomade, conduite par Moïse vers les contrées de Canaan. Ce ne sera que plus tard que l'ensemble des tribus d'Israël revendiqueront cet épisode dans leur histoire sainte.
 
La même remarque relative à l'épopée que raconte l'Exode, s'appliquera à la théophanie située par les textes dans le site grandiose du Sinaï, alors que des découvertes récentes tendent à identifier le lieu à quelque trois cents kilomètres de là, mais dans un décor plus banal.
 
La doctrine orthodoxe, tant des Juifs que des chrétiens, se refuse obstinément à établir un quelconque lien entre la Révélation faite à Moïse, et le schisme d'El Amarna.
 
49
La dialectique est curieuse, car elle se fonde, de manière contradictoire, sur l'exégèse des textes formels de la Bible. Et dans le même raisonnement, certains textes seront acceptés littéralement, tandis que d'autres seront refusés.
 
Ainsi, les commentateurs sont-ils unanimes à reconnaître que, en dépit des précisions apportées dans l'Exode
 Le séjour des enfants d'Israël en Egypte                                      [Ex XII, 40]
 avait duré quatre cent trente ans
Il est pour maintes raisons impossible d'accepter cette chronologie.
 
Mais ce sont les mêmes exégètes qui relèvent que la Bible cite nommément Ramsès, et que nous ne pouvons plus dès lors avoir le moindre doute sur l'identité du Pharaon de Moïse. C'est sur base de cette précision que Moïse est historiquement situé vers le milieu du XIII siècle, soit près d'un siècle après Akhenaton.
 
Pour notre propos, cette mauvaise querelle n'a que très peu d'importance.
 
Que contrairement au commentaire classique, l'épisode de Moïse se situe un siècle plus tôt, à la chute d'Aménophis IV. C'est alors Israël qui emporte avec lui, hors des frontières de l'hérésie d'Akhenaton, l'image d'une Alliance avec ce Dieu unique d'Harmonie.
 
Que pour respecter une meilleure orthodoxie dans la lecture du texte, le groupe conduit par Moïse représente quelques irréductibles, nostalgiques de la grande Harmonie monothéiste, mais devenus indésirables sous la nouvelle dynastie. Ils seront alors chassés d'Egypte sous Ramsès.
 
Dans les deux hypothèses, la proximité entre les deux pensées est évidente. Et dans la démarche historique qui forme l'objet de nos préoccupations, voici établi un point très important, voire même capital.
 
50
Certains philologues croient déceler la racine égyptienne (Msy = né de, fils de), dans le nom-même de Moïse. Les détails légendaires relatifs à son sauvetage des eaux du Nil attestent certes de son éducation en milieu proche de la cour du Pharaon. De là à en faire un héritier spirituel ...
 
Quant à cette pensée dominante d'Harmonie, un processus complémentaire parachèvera son évolution. Ce sera l'élargissement très progressif de la divinité spécifique à un clan (à une tribu ou à un peuple) vers un dieu moins privatif qui culminera dans l'affirmation très tardive d'un dieu Universel.
 
Mais il faudra encore attendre plus d'un millénaire pour que cette universalisation de Dieu lui-même - pourtant déjà transcendant - et de son alliance surtout, soit envisagée par une petite minorité des adorateurs de Yahvé. C'est une des dimensions nouvelles qu'apportera le message du christianisme diffusé par Saint Paul.
 
 
 
 
 
 
51
ÉVIDENCE ET RESPONSABILITÉ
 
 
Le présent chapitre peut paraître entrer en contradiction avec mes affirmations précédentes, lorsque j'ai annoncé :
- Nous nous cantonnerons donc au monothéisme occidental.
- La présente étude se limitera à considérer le divin
    en terme exclusif de "réponse".    

 
Or, je voudrais évoquer certaines démarches religieuses – ou philosophiques – qui ont vu le jour et se sont développées en dehors de notre Occident classique, sur base de préoccupations fort éloignées d'une "réponse" à apporter un Mystère.
 
Dans la ligne d'une recherche strictement cantonnée aux monothéismes occidentaux, il m'a paru tout à fait dans la ligne de tenter de remonter aux sources de leurs proclamations religieuses communes. L'allégorie (ou le mythe) d'Abraham échappant totalement à une investigation de type historique, j'ai alors considéré que l'on pouvait interpréter "Moïse" comme un moment également commun aux trois monothéismes. Dans mon analyse - qui, comme toute analyse, peut prêter à divergences, - j'ai envisagé un enseignement originel unique, mais qui s'est par la suite fractionné en judaïsme, et puis en christianismes, enfin en Islam dans une refonte fondamentale de l'intuition première.
 
Moïse n'est lui non plus, pas un personnage historique.            [[6]]
Il ne nous a laissé aucun document direct, et toute épigraphie reste totalement muette à son égard.   
     
52
                 
Toutefois à quelques siècles près (!) et à défaut d'une date, les historiens s'accordent à lui attribuer une époque dans l'Histoire. Son œuvre, (la création de l'Etat d'Israël) est une réalité historique. Il y a donc une faille dans la pure légende de ce personnage mythique ; ce qui permet aux sciences historiques de lui appliquer partiellement leurs méthodes d'investigation.

Dans cette recherche para-historique, je me suis demandé quels avaient été les modèles dont s'était inspiré Moïse. Ici aussi, mon analyse prête à divergences, puisque je pars du postulat d'un modèle humain de réflexion philosophique, et rejette de la sorte toute inspiration divine directe et personnelle.
 
L'environnement probable de Moïse se situe en Egypte – ce que confirme du reste la Bible – et au cours de la XVIII dynastie, à en croire une impressionnante série d'indices convergents. J'ai longuement développé ces arguments dans huit essais rassemblés dans une publication globale intitulée "Mosaïques".
 
Un de ces essais s'intéresse aux courants d'idées qui auraient pu influencer Moïse dans sa proclamation d'un divin "unique et personnel". A une époque fort proche, - et sans doute superposable – une proclamation de même type dans la forme a dominé l'histoire religieuse et politique de l'Egypte. C'est la période amarnienne (~1350 à ~1330) sous Aménophis IV.
 
Pour Aménophis IV (Akhenaton), les méthodes historiques s'appliquent sans restriction dans la recherche.
 
Par le truchement de telles similitudes, il me devenait ainsi possible d'approcher le mythique Moïse par les méthodes plus rigoureuses des sciences historiques.
 
53
Quels étaient dès lors les courants d'idées qui auraient pu influencer la cour égyptienne ? Et non seulement dans sa période amarnienne, mais tout au long d'une part importante de cette XVIII dynastie. De telles investigations m'ont conduit sous Hatshepsout et son expédition au pays de Pount.
 
Sans reprendre ici une argumentation amplement développée dans mes "Mosaïques", je pense pouvoir affirmer que ce Pount se situe en Inde du Nord-Ouest, dans la plaine de l'Indus. Ceci explique que, me limitant strictement aux concepts des monothéismes occidentaux, je m'attarde quelque peu à la vision divine développée en Inde, avec le Veda particulièrement.
 
Pour justifier l'orientation exclusivement occidentale de ma préoccupation, je dois encore rappeler ici que, durant la Haute-Antiquité de notre Occident (avant ~2500), une barrière climatique (glaciation de Würm) a hermétiquement isolé du restant de l'humanité, une poche géographique que se partageaient trois groupes de populations :
 
-    Le groupe sémitique qui occupait la Mésopotamie et sa plaine jusqu'à             l'extrême Est de la méditerranée, avec une importante extension dans                 'actuelle Arabie, alors couverte de pâturages.
-    Un deuxième groupe avec les populations de la vallée du Nil augmentées         depuis les VII et VI millénaires, de populations nord-africaines chassées en      catastrophe par la désertification de leur Sahara.
-    Le troisième groupe occupait la plaine et les affluents au Sud de l'Indus, en     Inde du Nord Ouest ; prisonnier entre la chaîne de l'Himalaya et le plateau du     Tibet au Nord, et l'infranchissable désert de Thar au Sud.
 
54
Cette poche de notre Haute-Antiquité est restée strictement sans aucune communication avec le restant de l'humanité, depuis le début de la glaciation (~18000) jusqu'aux années ~3000, époque des toute premières incursions indo-européennes. Or, ces 15.000 ans représentent une époque particulièrement critique dans l'évolution de l'humanité. C'est durant ces quinze mille ans-là que les humains ont franchi leur cap définitif d'humanité. Ils ont alors réellement émergé du groupe animal des vertébrés supérieurs pour devenir pleinement des hommes.
 
Notons au passage que la rudesse des climats durant la glaciation a radicalement effacé toute trace du rival potentiel des hommes d'aujourd'hui : le Neandertal. L'Homo sapiens-sapiens est resté seul candidat à une humanité complète.
 
Il est généralement admis que la caractéristique de l'Homme, par rapport à la souche animale dont il émane, est son franchissement définitif du cap de la réflexion dans sa conscience. Soulignons immédiatement que, dans cette définition, les termes de "Conscience" (et plus généralement de "Pensée") n'ont jamais été définis. De même d'ailleurs, que le terme de "Vie" qui n'a jamais reçu de définition. Je me permets donc ici, d'émettre une réserve quant à la définition de l'homme par rapport à sa conscience réfléchie. Ceci, sur un plan purement théorique.
 
Car dans la pratique, l'observation de l'homme qui se retourne sur lui-même – à la manière d'un retour de l'image dans un miroir : une réflexion – lui permet d'évaluer sa place dans son champ de vision. Par la réflexion, l'homme a la faculté de se situer dans son propre paysage et – cas semble-t-il unique dans l'histoire du vivant – de changer ce paysage s'il ne répond pas à son intention.
 
D'une manière très générale, c'est le vivant qui s'adapte à son biotope. Dans le cas exceptionnel de l'homme, c'est le biotope qui est transformé selon l'intention de l'homme. Par sa faculté de réflexion, l'homme aménage des pâturages, des champs, des forêts selon sa convenance. Il irrigue et domestique l'eau. Il rassemble le cheptel en troupeaux. Il sélectionne plantes et animaux.
 
55
Ce franchissement de la Réflexion s'est produit de manière très simultanée sur l'ensemble de la planète. Mais il y a un type de Réflexion spécifique à l'intérieur de la poche Mésopotamie – Nil - Indus. Sans pour autant prétendre ici que le cas soit "unique" (au sens plein) sur l'ensemble de la planète, c'est dans cette poche isolée du reste du monde que se sont développés un milieu et un mode de vie entièrement originaux : les communautés urbaines. Et c'est dans ce type-là de réflexion qu'il nous faut chercher les concepts qui ont construit notre image du divin.
 
Le premier chapitre du présent essai a proposé le divin, comme la réponse face au Mystère. Et je module ici une deuxième affirmation.
 
L'histoire de la pensée occidentale, après avoir pratiquement éliminé les conceptions divines élaborées le long du Nil, et après avoir relégué toute démarche philosophique "autre" que la pensée grecque, n'a retenu que les concepts de la bulle Mésopotamienne. Ce sont des Indo-Européens qui ont apporté leurs structures à ces concepts divins, par les Perses d'abord, et la philosophie grecque ensuite. Avec parallèlement la continuation de l'élaboration sémite dans une première théocratie juive (Israël), prise en relais par celle de l'Islam.
 
Dans cette genèse des concepts divins, il est exact d'affirmer que l'histoire n'a retenu que les "réponses au mystère". Mais les autres gouttes d'humanité, le long du Nil et dans les plaines de l'Indus, nous ont proposé d'autres images qui ont, en leur temps, également abouti à une structure divine. Ces concepts "autres" ne forment pas le fondement des religions monothéistes, mais expliquent partiellement certaines dissonances dans la théologie occidentale d'aujourd'hui.
 
56
Les trois communautés (que par facilité de langage, nous nommerons sémite, hamite et indienne), connaissaient leurs existences réciproques. L'archéologie nous a légué des documents (sceaux, poteries, bijoux …) de chacun des trois foyers dans les deux autres parties du monde. Car aux yeux des Anciens, la poche isolée formait bien l'entièreté du monde.
 
Avec VANDERSLEYEN, je remarquerai l'absence   [Moïse3 : Le Fleuve d'en face]
totale d'impérialismede la part de ces trois communautés.

Nous n'avons aucun témoignage d'une éventuelle exploration égyptienne en Méditerranée, ou d'un conflit majeur entre la Mésopotamie et le Nil. Seuls quelques intérêts économiques immédiats et l'emprise sur les mines du Sinaï ont parfois entraîné des conflits limités entre les Egyptiens et les "Asiatiques" de Mésopotamie ; mais sans plus. Les nombreux comptes rendus qui nous relatent des expéditions égyptiennes en pays de Pount, insistent très particulièrement sur le caractère toujours pacifique de ces ambassades.
 
Ce pacifisme trouve son entière explication lorsque nous comprenons que les trois communautés (chacune confinée à l'extrême bout du monde) n'ont rien à chercher "au delà" de leur limite géographique. Il n'y a pas d'au delà.
 
Ceci nous aide à comprendre que les tout premiers Indo-Européens à avoir découvert la poche isolée de notre Orient, ont été considérés par les Sémites et par les Indiens, comme de véritables extraterrestres. C'étaient en effet des gens venus d'une autre planète géographique. Il fallut d'ailleurs tout un temps aux populations autochtones, pour réaliser que ces voyageurs pouvaient importer certaines perturbations dans la paix relative qui régnait entre les trois groupes de cités.
 
Par rapport aux populations installées en fonction des trois vallées – les semi-nomades des plaines avaient leurs marchés dans les villes – les étrangers Indo-Européens amenaient avec eux des visées nettement plus impérialistes, avec l'ambition d'encadrer ces populations à soumettre à leurs bons vouloirs.
 
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Les Indo-Européens ne tardèrent d'ailleurs pas à marquer les anciennes populations de la "poche d'humanité", d'une influence dont l'archéologie nous porte encore témoignage aujourd'hui.
 
- Vers ~2500, c'est en Indus l'effondrement brutal                     [[7]]
    de la culture dite de "Mehrgarh", et la florescence nouvelle et très rapide de l    a civilisation harappéenne.                      
- Vers ~2200, c'est la prise du pouvoir en Mésopotamie et l'éviction des                 Sémites au profit de la dynastie Sumérienne.
- Vers ~1800, c'est la domination des Hyksos sur le Delta et toute la partie             Nord de la vallée du Nil.
 
Les Indo-Européens importaient également dans la poche d'Orient, leur hiérarchie des concepts divins, comme nous l'a décrite Georges DUMEZIL, avec la répartition de leurs trois pouvoirs : les dieux édictent les lois, ils dominent la puissance guerrière, ils maîtrisent la fécondité. C'est ici qu'intervient l'interprétation de "Père". Les trois fonctions divines se répercuteront dans la société humaine, avec le groupe des Prêtres, celui des soldats, et celui des artisans commerçants.
 
Les populations sémito-hamito-indiennes ne seront pas anéanties par la prise de pouvoir des aventuriers Indo-Européens. Les dynasties d'Akkad et d'Elam reprendront le pouvoir et chasseront Sumer de Mésopotamie. La XVIII dynastie pharaonique se libérera des Hyksos.
 
Nous sommes moins bien renseignés sur l'histoire de l'Indus, dont – en dépit d'une littérature très abondante - l'écriture n'est toujours pas déchiffrée aujourd'hui. Nous constatons une évidente modification entre le Rg Veda et l'hindouisme qui lui succédera (trace d'une influence étrangère), mais dans une continuité qui nous démontre que les populations "indusiennes" n'en ont pas pour autant perdu leur identité.
 
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Dans la suite de l'Histoire – à partir du deuxième millénaire – nous retrouverons partout la partition tripartite des concepts divins (souverain, guerrier et artisan), mais intégrée dans les anciennes traditions qui étaient dépourvues de cette hiérarchie des pouvoirs.
 
Et là – objet du présent chapitre – nous découvrons des quêtes vers le divin, qui ne sont pas nécessairement des réponses au mystère. Il y eut des dieux d'Evidence. Il y eut des dieux de Responsabilité.
 
La société mésopotamienne, à l'image du cours tourmenté du Tigre et des aléas de la vie entre les deux fleuves, a centré l'image réfléchie de l'homme dans son paysage, sur l'impétuosité et le déchaînement des éléments naturels. Les concepts divins, à l'image de cette impétuosité, se structureront autour de la puissance aveugle de "El Shaddaï" dans la Bible. Et l'homme aura sa destinée inscrite dans un dessein divin.
 
Nos sociétés monothéistes sont la continuation directe de ce Dieu-Réponse au Mystère de notre destinée.
 
Dans les sociétés de l'Indus, il semble que l'image réfléchie de l'homme dans son paysage ait dégagé l'évidence de cette réalité disposée autour de nous, et au sein de laquelle nous trouvons tout naturellement notre place. Il n'y a rien d'inconnaissable. Tout est là, autour de nous.
 
Dans cette projection de l'homme au delà de sa réalité – par sa mort, par exemple – il n'y a pas d'interrogation. La naissance (l'apparition à être) prend certainement autant d'importance que la disparition à être. Le pouvoir extérieur prend ici une importance secondaire par rapport à la réalisation individuelle.
 
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La question pour nous, se pose de déterminer si cette position d'Evidence ouvre encore sur un véritable Dieu. Le Rg Veda dans sa pensée originelle – et pour autant que nous puissions le décanter des commentaires ultérieurs – nous apparaît plutôt comme une ouverture vers une forme de panthéisme. Le Grand-Tout. C'est une forme d'athéisme puisque, si Dieu est l'Ensemble-du-Tout, il n'est évidemment nulle part sous une forme individuelle.
 
Dans cette conception d'Evidence – détachée de tout rapport de forces – le rôle spécifique de chaque individu (humain, animal ou inerte …) sera justement d'enrichir le Grand-Tout de son individualité (ou de sa personnalité, dans le cas spécifique de l'homme).
 
De même que l'Entièreté du Tout                                                  [[8]]
est dans l'impossibilité d'être quelque cause de lui-même. Le deuxième rôle spécifique de chaque individu sera justement de devenir le moment initial d'une série infinie de causes dans la construction de cet Univers en devenir.
 
Je viens de présenter un résumé extrêmement raccourci du Rg Veda. J'ai développé plus longuement ces structures dans les chapitres "Le Schisme" et "Le fleuve d'en face" de mon étude Mosaïques, sur Moïse. Le prochain chapitre sur un "Dieu à contre-voie" insistera sur le sens opposé des relations Dieu-hommes et hommes envers l'Etre Primordial.
Le Veda     = la sagesse.
Atman        = l'identité.
Brahman   = la cause première.
 
Dans les limites du présent chapitre, il m'a simplement paru essentiel de souligner que d'autres formes de pensée réfléchie ont abouti à une représentation d'un divin sans dieu. A l'inverse d'une religion à cultes ou à rites, cette réflexion a orienté les hommes sur eux-mêmes et sur leur engagement vis à vis de leur horizon de conscience. Le divin, dans cette optique, devenait exaltation. Akhenaton et Moïse semblent être des moments exceptionnels de rencontre avec ce divin d'un engagement personnel. Cette rencontre est devenue enthousiasme sous Akhenaton. Elle est devenue dictature divine sous Moïse.
 
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Les éléments que je tente de réunir ici expliquent partiellement le processus de ces deux types de monothéisme, et leurs déroulements ultérieurs. A l'origine mésopotamienne, les éléments de force aveugle et de dessein divin. L'apport indo-européen complètera l'image personnelle. Tous les ingrédients y sont.
 
L'histoire nous raconte encore un autre type d'image réfléchie de l'homme dans son paysage. Par la Conscience devenue miroir, l'homme peut désormais situer sa place au sein de son propre environnement. Les concepts divins se structureront autour du rôle individuel et collectif de chacun pour maintenir l'efficacité de son paysage de vie. Avant les hommes, c'étaient les dieux qui avaient mission de veiller à la vie et aux bonnes conditions de cette vie sur terre. Depuis l'arrivée des hommes, le divin s'est déchargé de cette responsabilité auprès des hommes eux-mêmes, en accordant les pleins pouvoirs au chef de la communauté (le pharaon) pour qu'il puisse sans entrave exercer sa mission. Ce n'est pas ici un rapport de forces qui est la clef du système, c'est un rapport d'efficacité et de responsabilité.
 
Les courants idéologiques et politiques du XX siècle, avec la dérive raciale du III Reich  qui  s'appuyant  sur  l'enseignement  de  l'école  de G. KOSSINAà Berlin, a laissé dans notre mémoire collective la trace d'une migration indo-européenne dans le sens Nord-Sud, par le couloir de l'Indus. Il s'agit là d'une migration Aryenne idéologiquement isolée des autres mouvements également aryens – des Mitanniens au Sud de la Mer Caspienne ; des Mèdes et des Perses en Irak et en Iran.
 
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Le mouvement général des Indo-Européens – j'évite le terme d' "invasion" – se dessine de l'Est vers l'Ouest. Le mélange des cultures, engendré par la présence progressive de ces étrangers, a suivi le mouvement. Il y eut ainsi une influence orientale (Indus, extrême Mésopotamie) vers les contrées plus centrales de la bulle de "notre" Antiquité. Nous devons lire l'influence indo-européenne dans la propagation d'un mouvement horizontal. D'abord l'Indus, et puis la Mésopotamie, enfin l'Egypte après une ouverture sur l'Europe. Les populations de la "Bulle" formaient des civilisations de l'Ecriture. La littérature écrite de l'Indus est énorme : plus importante que les littératures grecque et latine réunies. Mais l'écriture n'en est toujours pas déchiffrée aujourd'hui. Les Sémites – dont les Hébreux ne formaient qu'une petite part – nous ont également laissé une littérature abondante. Les textes égyptiens également.
 
Les Indo-Européens se méfiaient de l'écriture, qui fige la langue et finit par en déformer le sens. Mais par rapport aux civilisations de la "Bulle", ils importaient la grande facilité d'une écriture phonétique qui n'allait pas tarder à se réduire aux quelques signes d'un alphabet.
 
Quand la présence des Indo-Européens fit prendre conscience aux populations autochtones qu'elles risquaient de perdre leur identité culturelle propre, les érudits eurent le réflexe de mettre par écrit les récits fondamentaux de leurs mythologies respectives. Et cette mise par écrit se fit principalement dans la langue étrangère, facile et devenue internationale. C'est la transcription en Sanskrit des textes du Veda ; ce sont les diverses rédactions bibliques qui aboutiront à la première synthèse des LXX, en grec.
 
Plus tard, lorsque le mouvement d'Est en Ouest aura réellement atteint la vallée du Nil, ce sera l'abandon des trois écritures égyptiennes au profit d'une transcription en caractères grecs, le copte.
 
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Il y eut bien l'épisode Hyksos, mais qui ne semble pas avoir profondément marqué la culture égyptienne. Dès la XVIII dynastie, les anciennes traditions reprirent normalement leur cours. Durant la domination des Hyksos, le pouvoir était resté aux mains des Egyptiens dans tout le Sud de la vallée. C'est plutôt les Hyksos qui singèrent la cour des pharaons – dans une optique exclusive de domination, et non de responsabilité.
 
Le système pharaonique resté en place dans le Sud ne semble pas avoir pris la mesure du réel "danger culturel" que représentaient ces étrangers usurpateurs du pouvoir dans le Nord. Il leur fallut attendre les Perses, et puis les Grecs (et les pseudo-pharaons Ptolémée). C'était trop tard. La culture du Nil fut engloutie par la pensée grecque.

A l'exception de quelques cultes qui perdurèrent encore quelques siècles, tel le culte à Isis, assimilable tant bien que mal, au culte marial imposé aux premiers siècles de l'ère chrétienne. L'écriture hiéroglyphique disparut alors, et devint définitivement alphabétique.

Le divin – spécifiquement nilotique de transfert de la Responsabilité divine aux hommes – devint également indo-européen, sous la forme très édulcorée d'un Dieu-créateur qui charge l'homme primordial de "nommer" (donner une fonction) à tous les éléments de sa création. Et dans l'évolution ultérieure de la pensée devenue chrétienne, le processus de responsabilité s'est inversé puisque c'est le dieu qui devenait humain, à contre-sens d'une responsabilité divine abandonnée aux hommes chez les Egyptiens, et à contre courant d'une personnalité octroyée par les hommes au divin, dans la pensée de l'Indus.

La réflexion indienne qui situe l'homme au sein d'un Univers auquel il participe relève d'une évidence. La réflexion nilotique qui perçoit la responsabilité de l'homme dans le bon déroulement de sa vie est également une évidence. J'ai souligné dans un essai précédent que, si elle ne se définit pas, une évidence ne se démontre pas non plus.     [La Cohérence]
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Dans une époque comme la nôtre, où le dogme est difficilement toléré – bien que nos postulats scientifiques ne soient autres que des dogmes – il m'a semblé important de témoigner que des réflexions "autres", ont abordé le domaine divin par un chemin (Òδος) qui s'écartait quelquefois d'un tracé trop spécifiquement sémite. Il m'a semblé que, dans ce type de réflexion, la parole attribuée à Jésus "Je suis le chemin, la vérité et la vie" traduisait singulièrement, à travers des vocables grecs, les concepts très égyptiens de Ma'at (harmonie) et de Ankh (vie).
 

Je terminerai ce chapitre-parenthèse en remarquant que, au nombre des horizons ouverts par la réflexion de conscience, c'est l'attitude de passivité devant le fatum qui l'aura emporté.

El, Yahvé, le Père ou Allah impose sa volonté en monarque absolu. Le rôle de l'homme en est réduit à la soumission. La répercussion infinie de nos actes (Brahman) et notre impact à l'échelle cosmique (Atman), notre responsabilité à l'échelle de la vie (Ma'at) sont des concepts qui n'auront pas dépassé les frontières de leurs vallées.
 
C'est dommage !
 

 
 
 
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Deuxième partie
 
Sociétés et religions occidentales
 
 
 
Pensée occidentale
 
 
 
Il m'a semblé fécond de définir le Dieu occidental en terme de "réponse". Dieu représente ainsi des morceaux de solution à des interrogations auxquelles les savoirs de la science n'ont encore apporté qu'un nombre fort limité d'explications satisfaisantes.
 
Dans cette perspective de "réponse à un mystère", le divin - par définition - se cantonnera toujours et inévitablement dans le domaine du non-rationnel ; puisqu'il sera une réponse fournie au delà de toute connaissance raisonnable ou d'expérience.
 
Très rapidement donc, dès le premier stade qui succédera à son intuition - presque dès sa formulation - il deviendra une pure affirmation : un Dogme. C'est face à de telles affirmations qu'il faut comprendre les proclamations : "Credo quia absvrdvm" (je pose un acte de foi justement parce que c'est absurde) ou encore : "Dieu est inconnaissable".
 
C'est mettre ici le doigt sur la contradiction intrinsèque qui se rencontre en toute théologie. Si Dieu est une réponse proposée au delà de toute rationalité, quel sens peut encore prendre une quelconque étude à prétention scientifique de la divinité ainsi proposée ?
 
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C'est un écueil qu'évitera plus facilement l'islam (par rapport aux deux autres monothéismes) puisque la parole de Dieu en langue arabe ne prête pas à interprétation. D'autre part, l'Arabie centrale du VIIè siècle (berceau de l'islam) se trouvait fort en périphérie de la culture hellénistique et l'influence de la démarche philosophique spéculative grecque y fut presque négligeable.
 
Le judaïsme et le christianisme par contre ont plus directement été influencés par la rationalité de la pensée grecque. D'où la traduction biblique des LXX et la Christologie paulinienne dans une diaspora fort hellénisée.
 
Or, l'effort de rationalisation que propose toute théologie s'inscrit directement dans la démarche philosophique qui caractérisera l'Occident européen et qui culminera en Grèce aux VI et V siècles avant notre ère, avec des Socrate et surtout Aristote.
 
André PICHOT, dans son étude déjà citée sur                                  [4.T1.103]    
La Naissance de la Science, a mis en évidence combien c'est la démarche philosophique qui a transformé les savoirs humains, jusque là orientés vers des connaissances concrètes. Et nous lisons :
 
Ni en arithmétique, ni en géométrie, nous n'avons rencontré de souci de démonstration de lois mathématiques, mais seulement l'exposition de problèmes résolus et présentés comme exemples.
 
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Après avoir distingué la voie des objets et celle de l'esprit scientifique, l'auteur précise : 
 
Les disciplines non scientifiques se sont parfois poursuivies durant des millénaires sans jamais devenir des sciences à proprement parler, accumulant les observations, les mesures et les résultats, améliorant leurs méthodes de manière à avoir des approximations toujours meilleures, sans se préoccuper de démonstrations ni de rationalité.
 
L'exemple de la mathématique est exhaustif à cet égard. Sumer et l'Egypte ont légué des recueils de recettes pratiques pour calculer la surface d'un terrain ou les volumes d'une marchandise ou d'un bâtiment. Le savoir des nombres restait de la sorte imbriqué dans une géométrie qu'ils servaient à exprimer.
 
Ce sera la démarche philosophique qui, appliquée aux mêmes nombres, tentera d'en exprimer les rapports et les lois. Le nombre se dégageait ainsi de la valeur concrète qu'il représentait. Et par cette abstraction, la mathématique devenait une véritable science.
 
Mais une fois devenue Science, la mathématique se démarquera de la philosophie qui lui aura pourtant fourni sa méthode scientifique. Et c'est ici l'apparent paradoxe.
 
Ce sont en effet la méthode philosophique et son orientation de recherche qui ont permis aux différents savoirs d'atteindre leur statut de véritable science. Mais dès que ce statut sera atteint, il s'affichera dans chacune des disciplines ainsi dégagées, un véritable mépris pour les acquis philosophiques péjorativement qualifiés de spéculations, en opposition aux nouveaux savoirs désormais qualifiés de sciences positives.
 
Au décompte des sciences objectives s'inscriront ainsi la mathématique, la physique, la chimie, les biologies, etc... En dehors de ces sciences, subsisteront encore un amas de connaissances (ou de savoirs) mal structurées, et qui ne méritent pas encore la véritable qualification de Science au sens positif du terme.
 
67
Les mêmes méthodes philosophiques s'attachent pourtant à en dégager les règles fondamentales, mais il semble que le scientifique-en-devenir manque encore du recul qui lui permettrait une observation objective et dégagée de son objet concret. Et ce sont la psychologie, la sociologie et toutes les sciences de l'homme en général.
 
La critique historique objective s'inscrit dans cette attitude que nous venons de qualifier de paradoxale.
 
La connaissance de Dieu s'inscrit elle aussi dans le même lot, mais compliquée encore de la non-rationalité par définition, des savoirs qu'il faudrait pourtant scientiser.
 
Or la tradition philosophique occidentale oriente les théologiens vers les mêmes méthodes philosophiques pour rationaliser les donnés du divin. Ceci explique la contradiction qualifiée ici d'intrinsèque, et qui se découvre en toute théologie.
 
L'essentiel de la méthode philosophique occidentale s'inscrit dans la recherche des causes et des effets. Elle a laissé une empreinte indélébile dans la forme de réflexion qui caractérise l'Occident. Les résultats concrets de nos sciences devenues positives confirment d'ailleurs la validité de la méthode de réflexion qui les a vues naître.
 
Voici peu encore, notre philosophie était la seule forme intellectuelle reconnue, et une civilisation se mesurait à son potentiel d'induction et de déduction. Et c'est sans doute dans le monopole accordé à cette forme d'intelligence qu'il faut trouver la cause des échecs de l'aventure coloniale de l'Occident.
 
Il était inconcevable, pour tout bon colonisateur, que la Culture puisse s'intéresser à des préoccupations autres et aborder le monde des inconnus (des mystères) par des méthodes différentes que la recherche des causes et des effets de la bonne vieille philosophie.
 
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L'Histoire récente a depuis démontré que l'universalité de notre pensée était en réalité tout à fait limitée à un Occident refermé sur lui-même, totalement étranger à l'approche intuitive de la connaissance - pourtant reconnue en théorie, - et hermétique aux modes différents de connaissance rencontrés en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie.
 
La décolonisation en catastrophe trouve ses racines dans la stupeur d'un Occident qui n'avait jamais envisagé une pensée construite dans une méthodologie différente de la recherche des causes et des effets.
 
Après la contradiction qu'il y a à appliquer les méthodes philosophiques à la théologie, il faut encore relever que les trois monothéismes d'Occident se réclament chacun d'une Révélation définitivement achevée. Ici encore n'y a-t-il pas un décalage étonnant entre des solutions proposées comme définitives, alors que les problèmes qu'elles rencontrent ne cessent d'évoluer en fonction de notre manière de les appréhender ?

L'approche en termes de "réponses-non-rationnelles-par-définition" semble encore féconde dans les résultats de l'analyse du divin. Car si Dieu n'est évidemment pas rationnel, n'en concluons pas pour autant qu'il soit inexistant ou une contre-vérité. Dieu propose une orientation à notre existence et nous évite de la sorte - en un certain sens - de la considérer comme absurde. La réponse divine contient ainsi des propositions anti-absurdes. Ce qui explique qu'elle ait pu raisonnablement être considérée par de nombreux intellectuels.
 
C'est dans une telle compréhension qu'il faut chercher l'intérêt à nous pencher sur la genèse des composants de la solution proposée.
 
-   Quelles problématiques les éléments constitutifs de Dieu
        ont-ils tenté de rencontrer ?

 -  Comment ces morceaux de réponse se sont-ils structurés   [[9]]
        pour néanmoins rester cohérents entre eux ?     
 
Notre préoccupation immédiate tente de rencontrer les problématiques actuelles - morceaux de mystère toujours sans réponse - qui ont été abordées dans les intuitions prophétiques originelles. C'est ici que la naissance et le développement de Dieu nous interpellent encore aujourd'hui.
 
 
69
Philosophie
 
Quoi de plus narcissique qu'un philosophe. Tous les thèmes de la philosophie et de la métaphysique se concentrent en effet sur ma petite personne, dans l'unique perspective d'une interrogation très égoïste relative à Mon moi. MA vie, MA naissance, MA mort ont-elles un sens ou une signification, en moi ou en dehors de moi ? Et lorsqu'un essai philosophique tente la synthèse de diverses connaissances, c'est toujours dans l'optique de mieux situer l'Homme dans son univers.
 
C'est là une autre façon de lire le processus par lequel les sciences dites positives, se sont détachées de la philosophie, bien qu'elles y aient toutes emprunté leur méthode fondamentale. Dans une étude précédente j'ai cru pouvoir souligner que                                                                                       [24]
 
 Toutes les sciences, les unes après les autres, ont acquis leur titre scientifique à cette seule condition d'en écarter les dimensions trop exclusivement humaines.
 
 Il reste toutefois un ensemble encore mal défini de connaissances, se réclamant chacune d'une science distincte - mais qui consacrent une part fort importante de leurs investigations à se différencier de la science voisine. Nous venons de nommer la philosophie, la morale et la logique.
 
Et ce sont justement ces dimensions trop étroitement humaines que les critiques positives (fussent-elles appliquées à l'Histoire humaine) tentent d'écarter de leurs analyses.
 
Dans le même essai, j'avais relevé combien les préoccupations philosophiques et religieuses du monde occidental, avaient toujours été exprimées en termes sémites ; mais par la suite historiquement structurés suivant les normes de la logique grecque.
 
70
Parmi les clefs du mystère saisi en termes sémites, nous retiendrons l'ontologie, les savoirs sur l'après-vie, l'origine et la faute, la personnification de Dieu, la morale (la Loi) émanant d'une volonté supérieure.
 
Et je relevais encore à l'époque que :
 
 De même qu'un enfant trouve son univers d'intérêt et de préoccupations suivant les premiers mots de son vocabulaire maternel, notre Antiquité trouvera sa ligne d'intérêts intellectuels en termes des images de la Bible.
 
 C'est ainsi que, de la Russie centrale à la terre d'Arabie (par voie d'influence directe), et de la Germanie à l'Afrique du Nord en passant par les Gaules (plus tard et par voie de conséquence) nos préoccupations philosophiques et religieuses seront toujours traduites en termes sémites, suivant les vecteurs d'intérêt traduits par les Hébreux.
 
J'ai également cru légitime de longuement souligner combien l'Occident était toujours resté en parfaite cohérence avec lui-même, et combien sa culture religieuse avait toujours trouvé sa voie d'évolution dans la ligne exactement. Et de trouver ici les fondements de l'hermétisme de notre culture occidentale, à prétention pourtant universelle.
 
D'où l'impérieuse nécessité en notre nouveau millénaire, de retracer le fil conducteur qui, sans nœud ni détour, aura dessiné ce Dieu de toutes nos ignorances.
 
 
 
71
Le seuil néolithique
 
 
Tout porte à croire que les forces occultes furent d'abord perçues isolément car aucune science ne permettait d'établir un lien entre elles, ni d'en comprendre les mécanismes, ni encore moins de les dominer. Sans grand risque d'erreur, on peut ainsi décrire sous l'image d'une mosaïque, les adorations et les craintes des hommes aux époques qualifiées de préhistoriques.
 
Voici quelque 10.000 ans (- 8.000 av. J.C.), un important changement de climat réchauffa l'hémisphère Nord et fit reculer les glaciers qui envahissaient encore l'Europe du nord des Alpes.
 
Ce réchauffement du climat couvrit les steppes septentrionales de forêts. Et le gibier suivit le mouvement vers le Nord. (Surtout, les hordes de rennes.) Cette remontée vers le Nord se traduisit par une raréfaction de la faune, et cette pénurie de gibier obligea les anciens européens à s'installer près des lacs et des rivages marins pour y vivre de la pêche.
 
En Asie et dans le Proche-Orient, cette époque se caractérise par une première domestication des animaux et les débuts de l'agriculture. Il est classiquement admis que les premiers troupeaux se composaient de chèvres, de moutons et de porcs. Le bœuf n'apparaîtra que plus tard.
 
C'est en effet la transformation de la chasse en élevage et de la cueillette en culture qui aura permis à l'homme de s'adonner aux premières industries, et d'aborder ainsi pour la première fois la science.
 
72
 A. PICHOT rattache les balbutiements de la chimie                             [4.201]
à l'industrie généralement reconnue comme la plus ancienne : la céramique. De même que la pâte de verre. On peut à cet égard assimiler la sédentarisation à la naissance de la science. Et dans le Proche-Orient, c'est particulièrement en Palestine (Terre de Canaan) que se développera précocement ce type nouveau d'organisation humaine.
 
La précocité de l'apparition de l'agriculture en Palestine (terre de prédilection convoitée par Israël) est confirmée par la découverte à Mérimdé, de traces de cultures datant du milieu du cinquième millénaire (en plein néolithique).
 
C'est un argument qui laisse penser que, contrairement à une opinion généralement reçue, c'est à partir de la Palestine que l'agriculture aurait été importée en Egypte.
 
La mutation du nomadisme aventureux - hasard de la chasse et des cueillettes de rencontre - en sociétés d'éleveurs et de cultivateurs, s'est opérée en un laps de temps que, voici peu encore, l'on estimait généralement très court. Changement tellement rapide qu'en opposition au terme d'évolution, on évoquait le changement néolithique en terme de révolution.
 
Des études plus détaillées tendent à étaler cette transformation du mode de vie, sur deux millénaires, courant de ~8000 à ~6000 avant notre ère. Période suffisamment étendue dans le temps pour lui attribuer une dénomination spécifique : le Mésolithique.
 
C'est au Paléolithique supérieur (~25.000) que K. DITTMER fait remonter la culture de racines et de bulbes, attribuée aux femmes, en Asie du Sud-Est; tandis que les hommes étaient chargés de la chasse, de la pêche et du défrichement. Toujours en Asie du Sud-est, mais quelque 15.000 ans plus tard, au Mésolithique (~8000) apparaît l'agriculture, avec l'élevage de porcs et de volailles.
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Le rappel de ces quelques données historiques explique que la responsabilité confiée aux femmes dans ces premières activités sédentaires, donna lieu à une organisation sociale de type matriarcal, avec pour conséquence une importance accrue de la femme dans le domaine religieux. Cette entrée de la femme dans la religion se marquera dans la mythologie lunaire et les cultes de la fertilité.
 
C'est à cette époque que M. ELIADE situe les caractéristiques du chamanisme (culte des Esprits), avec le développement d'arts tels que la musique, des drames cultuels (premières liturgies), la création de masques et la représentation plastique des ancêtres.
 
Notons au passage que les appellations de Paléolithique et de Néolithique se réfèrent à des techniques de taille de la pierre mises en œuvre pour la confection d'armes et d'outils. Le terme de Mésolithique ne traduit quant à lui qu'une période intermédiaire (méso = au milieu) entre celle de la pierre taillée et celle de la pierre polie.
 
En réalité, l'importance fondamentale du passage au Néolithique n'a qu'un rapport très ténu avec l'industrie nouvelle de la pierre polie dont elle porte cependant le nom. On pourrait tout au plus admettre qu'une certaine sédentarisation donne plus de temps à l'artisan pour confectionner ses armes et ses outils.
 
Bien plus que l'apparition d'une industrie, le Néolithique apporte un changement radical dans le mode de pensée des hommes, et traduit un seuil entièrement nouveau de conscience qui se caractérise par la Réflexion. L'homme ne se contente plus de savoir : il sait qu'il sait.
 
L'homme ne se contente plus de penser ; il se met à réfléchir.
 
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Il est vrai que la fin du Mésolithique et le Néolithique proprement dit se sont généralement traduits par un mode nouveau de vie, avec la sédentarisation des populations concernées et la création des premières cités et leur organisation territoriale. Nous avons mis en exergue le mot généralement. C'est en effet l'exception qui deviendra le point capital dans l'histoire des monothéismes occidentaux.
 
La sédentarisation n'est pas du tout une étape obligée pour le franchissement du seuil de conscience qu'entraîne la mutation du Néolithique. Et certains peuples ont pratiqué l'élevage et la culture, de même que certaines formes d'industrie (céramique, voire métaux), sans pour autant se fixer à un terroir.
 
C'est tout le phénomène des cultures nomades. Et à propos de la non-sédentarisation du peuple d'Israël resté semi-nomade, les textes sont, une fois encore, explicites :                                               [Gn IV, 3-17]
    Caïn offrit les fruits du sol, et Abel les premiers nés de son troupeau...
    Dieu agréa l'offrande d'Abel et non celle de Caïn
    qui irrité ... se jeta sur son frère et le tua.

 
Le récit biblique continue en ajoutant :                      [Gn IV, 17]
    Caïn devint constructeur de ville.
 
 Et M. ELIADE de remarquer dans son étude                                 [1.180 ]
En tout cas, la tradition conservée dans le récit biblique reflète l'idéalisation de l'existence "simple et pure" des pâtres-nomades, et la résistance contre la vie sédentaire des agriculteurs et des habitants des villes. ... Le premier meurtre est donc accompli par celui qui incarne en quelque sorte le symbole de la technologie et de la civilisation urbaine.
 
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Originellement, le terme hébreu traduit par Abel signifie le souffle, la buée, tandis que Caïn signifie ce qui a été acquis. Les termes ici opposent l'homme originel (souffle de Dieu) à ce qu'il est ensuite devenu. On traduit parfois Abel par Pâtre, et Caïn par Forgeron. Cette interprétation marque ainsi l'opposition entre le bon (nomade) respectueux des fruits de la terre, et le mauvais (sédentaire) qui s'adonne aux méfaits de l'industrie.
 
Dans l'histoire des Benéi Israël, berceau des textes bibliques oraux, il existait une très forte opposition entre les populations déjà organisées en cités, et les tribus encore itinérantes (nomades ou semi-nomades) qui hantaient les régions désertiques qui séparaient les vallées. Et la revendication territoriale qui est un des thèmes centraux des premiers livres de la Bible, doit certainement se comprendre dans ce contexte de la naissance d'une conscience néolithique, qui jusqu'alors, n'avait encore enclenché aucun processus de sédentarisation.
 
La revendication de la Palestine précisément, prend tout son sens si nous prenons en considération que la vallée du Jourdain a pratiqué l'agriculture avant celle du Nil, et sans doute aussi avant la Mésopotamie. La Terre de Canaan avait donc une valeur de symbole.
 
Et combien, aujourd'hui encore, ces pas néolithiques franchis dans leur divergence d'orientation et en dehors de la sédentarisation, ne marquent-ils pas le concret de notre histoire bien contemporaine ? Ce sont les génocides en 1940-45 (Juifs, Arméniens, Gitans) et tout le problème palestinien. C'est la problématique très contemporaine des conflits d'Europe centrale. C'est l'histoire des "gens du voyage".
 
Il y a la mauvaise habitude de dissocier l'Histoire, des époques qui l'ont précédée. Il est en effet inconcevable pour certains historiens de recourir à des événements préhistoriques pour expliquer une situation qu'ils pensent connaître de manière bien plus précise, puisqu'ils ont des textes pour la décrire.
 
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La transition néolithique est pourtant toute proche de nous. Et l'écriture - qui est le critère généralement admis comme étant le seuil aux portes de l'Histoire, - se situe à la fin du Néolithique. Il n'est ainsi pas étonnant qu'un événement qualifié d'historique (puisque relaté par un écrit) trouve son origine dans ce bouleversement vécu, ici ou là, d'une manière peut-être quelque peu différente qu'ailleurs.
 
L'histoire des tribus d'Israël, - et donc l'histoire évoquée par les textes bibliques - est celle d'un peuple à qui la transition néolithique n'a pas réussi à donner un pays. C'est là une des clefs indispensables pour comprendre le Livre écrit, malgré tout, dans le cursus historique du peuple hébreu.
 
Cette non-sédentarisation est en réalité tout le drame d'Israël qui, trop tard, tentera désespérément de revendiquer ce territoire de Canaan, berceau (ou contrée privilégiée en tout cas) de la mutation néolithique.
 
Le livre des Juges relate par le détail, les difficultés d'Israël à tenir tête aux Cananéens et aux Philistins. Une lecture plus détaillée démontre que ces difficultés provenaient simplement de l'incapacité des Hébreux à dominer des techniques propres à des civilisations sédentaires. Ils ne savaient pas, par exemple, organiser le siège d'une place forte.
 
Le drame de cette non-sédentarisation d'Israël éclate d'emblée avec, dans un premier temps, la promesse d'un territoire (1ère Alliance), transformée plus tard en Peuple Elu (2ème Alliance) pour culminer avec le Christ en Peuple de Dieu (3èmeAlliance). Ces alliances successives ne peuvent se comprendre que dans une logique de revendication territoriale. Et toute l'histoire d'Israël, telle que racontée à travers les livres historiques, de Josué aux Maccabées, ne sera en fait qu'une longue succession de protestations, au nom d'un droit qualifié de divin. (Nous sommes ici en pleine histoire contemporaine !)
 
L'importance accordée par les Ecritures à l'édification du Temple prend tout son sens, dans la mesure où une telle construction, - de par ses dimensions colossales - assied définitivement, non seulement la prise et la domination, mais encore l'état de domination sur l'ensemble de la région ainsi conquise et soumise.
 
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Les multiples guerres contre les autochtones des pays revendiqués entraînèrent maintes fois les populations juives dans des situations de détresse, souvent décrites comme des états de captivité.
 
Trois siècles et demi de tribulations et de liberté compromise furent l'occasion des admonestations prophétiques : commentaires sur les châtiments infligés par Yahvé à Israël pour sa trahison envers l'Alliance conclue entre Dieu et son peuple de prédilection.
 
Il est tout à fait remarquable que dans cette cascade de mésaventures, la promesse de Dieu ne fut jamais remise en question, mais que la cause de la non-réalisation de la promesse fut toujours attribuée à Israël. Par une psychologie proche sans doute de celle du péché originel.
 
Ne nous attardons pas sur les péripéties politiques ni sur les détails politico-guerriers d'une histoire tout à fait localisée. Restons-en à l'aventure proprement religieuse d'Israël car la conception actuelle du divin en provient très directement.
 
C'est dans cette succession d'alliances sous forme de promesses, qu'il faut chercher la projection unilatérale vers un futur qui caractérise les trois monothéismes occidentaux. Leur unique préoccupation religieuse est une attente d'un lendemain meilleur. Ils sont totalement étrangers à un regard en arrière qui tenterait de définir les sources de nos difficultés présentes.
 
Ce sont des religions entièrement axées sur l'absolue certitude apportée par une promesse. Il s'agit là d'un archaïsme qui inscrit les origines du judaïsme bien avant l'ère philosophique et sa méthodologie de recherche des causes. C'est sans doute ici que nous dénonçons la lacune - très grave à notre sens, pour une religion de type transcendant et universel - de toute préoccupation métaphysique dans le sens de l'origine. Il s'agit pourtant de la moitié de la grande interrogation du Mystère.
 
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Les monothéismes des trois grandes religions révélées se veulent de dessiner l'orientation que doit prendre notre vie et d'apporter réponse à la signification de notre mort. Mais leur révélation ne se soucie absolument pas du pourquoi et du comment des origines.
 
Comme dans tout univers religieux, il existe bien une cosmogonie très rapidement brossée dans deux récits rapportés par la Genèse. Mais ces récits relèvent autant de la tradition orale d'une mémoire collective que d'un véritable message divin sur le sens - et les conséquences à en tirer - de l'origine de l'homme.
 
A noter toutefois que les étapes de la création (10 étapes en 7 jours) semblent chronologiquement vérifiées par l'état contemporain de nos connaissances scientifiques. C'est peut-être ici l'indice d'un véritable savoir intuitif - donc vrai - mais qui, inséré dans la théologie d'une faute originelle (indispensable pour justifier une Rédemption) a perdu toute sa valeur intuitive de vérité.
 
Le désintérêt des trois religions occidentales pour toute question philosophique relative aux origines, entraîne la conséquence immédiate que le Hasard - terme à définir en fonction du mystère des commencements, - ne trouve strictement aucune place dans leurs théologies.
 
 
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Permanence et mouvance
 
Il faut comptabiliser un bon millénaire entre les premières structurations bibliques (époque supposée de Moïse ?) et la synthèse plus élaborée des Septante ; et un bon millénaire de plus avant les textes massorétiques. Ceci donne près de 2.000 ans d'écriture pour le seul pentateuque.
 
Et il faudrait encore tenir compte du Talmud dont la dernière rédaction (celle de Babylone) ne fut achevée que bien après les années 500 de notre ère. Sans compter les textes Juifs de la Kabbale et du Zohar.
 
Et il est une évidence que les premiers livres (la Torah) se fondaient eux-mêmes sur une longue tradition orale que, sans erreur possible, l'on peut estimer à plusieurs siècles.
 
La mise par écrit des récits est significative                     [[10]]
de la tradition sémite par rapport à celle des Indo-Européens. Les sémites vénèrent l'écriture et ont une religion du Livre, tandis que les Indo-Européens se basent sur une tradition exclusivement orale. Et jusqu'à une époque relativement récente, (VII siècle), l'écriture était encore considérée chez les Perses (fin de la dynastie des Sassanides), comme une œuvre démoniaque.
 
La Bible représente ainsi la mise par écrit de plus de deux mille cinq cents ans de traditions et de récits. Nous y retrouverons certes la permanence de certaines préoccupations à considérer comme les points fixes de la pensée juive. Mais tout au cours de cette longue rédaction des textes de la Bible, nous noterons également l'inexorable évolution de l'image divine, jusqu'en ses acceptions contemporaines.
 
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Au nombre des permanences de la pensée juive, soulignons que toute idée s'exprime en terme positif et concret. C'est ainsi que ce ne sera jamais une territorialité qui sera revendiquée, mais bien telle vallée, telle ville, tel puits. D'un simple point de vue politique très contemporain, cette caractéristique de toujours "concret" pourrait apporter un éclairage nouveau dans les négociations internationales du problème palestinien.
 
Dans cette même perspective concrète où s'inscrivent toutes les préoccupations juives, le Dieu de l'Alliance (initialement supposé métaphysique et transcendant) est lui-même très rapidement devenu un personnage (concret) qui interpelle par le prénom (Noé, Abraham, Moïse).
 
Et si, - trace de l'intuition primitive, - ce Dieu se manifeste sous forme symbolique (buisson ardent, ange de Yahvé) il n'en est pas moins toujours doté d'une personnalité. A l'image d'un monarque ou d'un Pharaon ; et pas seulement d'un individu, mais encore réellement de quelqu'un, avec le savoir, la volonté et la puissance qui caractérisent l'individu lorsqu'il devient une Personne.
 
Concret, personnel et volontaire.
 
La même pensée concrète, - également qualifiée de pratique, - s'est tout naturellement tournée préférentiellement vers un devenir sur lequel il était peut-être encore possible d'agir, plutôt que sur une origine, désormais irrévocable, et sur laquelle nous ne pouvons plus rien.
 
En contraste toutefois avec le caractère concret et efficace de la pensée juive, perdurera la préoccupation relative à ce devenir, et qui se traduira principalement par une "attente très passive" d'un lendemain meilleur.
 
Cette même passivité a parfois pris des proportions étonnantes lors des persécutions nazies de la seconde guerre mondiale par exemple, alors que l'activité et l'efficacité des Juifs n'est plus à démontrer dans l'organisation des territoires actuels d'Israël.
 
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Ce n'est pas une contradiction ; c'est un contraste. Et c'est surtout une permanence qui se maintient depuis les origines historiques du peuple hébreu.
 
Nous avons déjà souligné combien, au delà de cette attente, il restait peu de place pour la problématique des causes et des origines ; et combien peu de place pour le hasard dans les théologies occidentales.
 
Le tout début de cette étude remarquait combien c'était en fait la religion qui sous-tendait la philosophie, puisque c'est elle qui monopolisait la connaissance du Mystère tellement négligé par le monde non-religieux. C'est ainsi que la métaphysique occidentale se verra dans la pratique amputée de la moitié de son champ de préoccupation : celui du mystère des origines.
 
En contrepartie des points permanents de la pensée juive, et paradoxalement encore une fois - à placer au nombre des points mutants, - se trouve le personnage central de Dieu. Le Dieu d'Abraham ne représente pas celui de Moïse ou celui du Talmud.
 
Le paradoxe n'est qu'apparent, dans la mesure où l'affirmation divine est toujours une réponse (ou "la" réponse) aux problèmes que notre connaissance n'arrive pas à rencontrer dans sa seule rationalité.
 
Le Dieu-dogme ainsi abordé revêtira des formulations nécessairement différentes en fonction de la diversité des interrogations auxquelles il aura été appelé à répondre.
 
C'est ce qu'illustrait l'incident des Elohim évoqué plus haut, quand l'interrogation portait sur les multiples réalités incommensurables au paramètre des forces humaines.
 
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Après la conquête de Jérusalem et la construction du Temple (Xs.), Israël commence une longue période de conflits continus, dont il ne sortira pas toujours victorieux. Dans ces circonstances de troubles politiques et économiques, trois siècles et demi de discours prophétiques préciseront - mais sans apport nouveau fondamental - l'image transcendantale et métaphysique de Celui-qui-est, dans la proclamation de plus en plus affirmée d'un monothéisme pur et dur.
 
Les tribulations d'Israël entraînent des prophéties de Promesse de Délivrance, (déviation et récupération de l'Alliance primitive) à comprendre en un sens éminemment politique. C'est la naissance du messianisme dans un vocabulaire concret et compris par tout le monde.
 
Quelques rappels historiques sont utiles pour comprendre la rédaction du dernier grand livre classique de la Bible d'Israël : le Talmud.
 
Au début de notre ère, une première révolte juive aboutit à la destruction du Temple de Jérusalem et à la dispersion des communautés juives dans la diaspora. Le Rabbi Jokhanan ben Zaccai obtint cependant de l'empereur Vespasien l'autorisation de créer un sanhédrin de 71 membres, dans le village de Jabneh en Judée. Cette assemblée, présidée par un Patriarche, perpétuait l'enseignement de la Torah, et était reconnue tant comme autorité religieuse que comme cour de Justice.
 
Une seconde révolte juive fut écrasée en 135 sous Hadrien. Le sanhédrin fut dissout et l'enseignement de la Torah interdit. Mais Antonin le Pieux rétablit le sanhédrin dont l'autorité fut ensuite rapidement reconnue dans toute la diaspora.
 
C'est à cette époque qu'ont été élaborées les structures d'un nouveau judaïsme qui remplaçait les sacrifices au Temple (devenus impossibles depuis la destruction de ce temple et la dispersion des Hébreux) par l'étude de la Loi et la prière n'importe où dans le monde.
 
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C'est ainsi que fut écrite la "Mishna". Il s'agit d'un corpus de normes légales, rédigé vers les années 200 de notre ère, et qui unifie les innombrables traditions juives, les pratiques du culte et les prescriptions des Ecritures. C'est un recueil de stricts rituels.
 
Dans le climat politique des révoltes juives, on comprend que la Mishna soit totalement dépourvue de quelconques références aux promesses messianiques imminentes.
 
 Pour reprendre l'expression de M. ELIADE :                                   [1.T3.163]
 On a l'impression que la Mishna ignore l'histoire contemporaine ou lui tourne le dos.
 
La domination romaine s'accompagnait d'une réelle censure qui écartait brutalement tout écrit qui aurait pu paraître subversif. Et les prophéties messianiques avaient un trop cuisant relent de révolution contre Rome.
 
Durant les trois siècles qui suivront, ce code de rituels sera complété de commentaires. Et ce sera un premier Talmud (édité à Jérusalem). Puis un second, le Talmud de Babylone, définitivement terminé vers 650.
 
Contrairement à la seule Mishna, le Talmud (dans ses commentaires) accorde une certaine importance à la philosophie. Il contient également quelques arguments théologiques, et laisse ouverte la porte à certaines doctrines ésotériques ou initiatiques.
 
Avec les traditions ésotériques de la Kabbale et du Zohar, l'histoire du judaïsme orthodoxe s'arrête à peu près là.
 
 
 
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Les concepts chrétiens
 
 
La terminologie messianique des prophètes - désormais interdite aux Juifs - sera utilisée par le christianisme et trouvera dans les Eglises de la diaspora, un auditoire tout disposé à la reprendre à son compte. Mais ce vocabulaire sera transcendé dans le langage chrétien, et l'univers divin va désormais sortir de sa limite trop étriquée de Peuple d'Israël.
 
Par le christianisme, le Messie et le Rédempteur vont prendre des dimensions entièrement nouvelles. Rappelons que le Messie doit délivrer Israël de sa domination politique par des étrangers, alors que le Rédempteur est celui qui effacera la faute originelle.
-     L'enseignement de Jean unifiera les deux images, et le Messie
        deviendra aussi le Rédempteur.

-    L'enseignement de Paul élargira le Peuple Elu à l'ensemble de l'humanité.
 
C'est ici que se situe l'opposition très précoce avec l'enseignement de Jacques, toujours messianique au sens politique immédiat, et toujours limité au peuple hébreu.

De la prédication de Jésus, il nous restera trois affirmations qui, bien qu'elles s'inscrivent parfaitement dans la ligne des prophètes messianiques, transcenderont le langage divin à l'échelle de toute l'humanité.
 
- Je suis le Fils de l'Homme.
- Notre Père, qui deviendra même "Abba" (Papa).
- Mon Royaume n'est pas de ce monde.
 
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L'expression Fils de l'Homme apparaît dans les quatre Evangiles canoniques.
Le prophète Daniel utilise déjà l'expression dans                                [Dn VI, 13]
une vision de type apocalyptique.
Et bien avant lui encore Ezéchiel (déjà vers ~600).                               [Ez II, 3]
 
Notons à ce propos que CHOURAQUI tient à distinguer :
 - Le Fils de l'Homme en Daniel,
   et Fils d'humain dans Ezéchiel.
 
C'est dans un sens analogue                          [Mt IX, 6,  Mt XXIV, 30  et  Mt XXIV, 15]
que se retrouve l'expression, lorsque Jésus évoque sa mission eschatologique avec référence expresse à Daniel.
 
La même expression "Fils de l'Homme" est également utilisée par Jésus, non plus dans la projection d'un Messie réservé par Yahvé à l'histoire (eschatologie); mais bien plutôt lorsqu'il parle de lui au présent.
 
Lorsque Jésus ne s'adresse plus à celui dont il se dit le fils, en terme de Fils de  Dieu, mais qu'il l'appelle Abba (Papa)                                           [ Mc XIV .36]
– et ceci au moment pathétique de l'entrée dans sa passion, au Mont des Oliviers - il donne au Père une dimension totalement neuve, qu'il précise dans l'éclairage d'une paternité physique et affective dans les paraboles de l'Enfant prodigue et du fils envoyé auprès des vignerons homicides.
 
Cette transformation du terme de Père, connote un élément de privilège et d'individualité personnelle à chaque croyant. Ce n'est plus un Peuple-élu (dans son impersonnalité); c'en devient chaque personne qui est élue.
 
CHOURAQUI fait remarquer (introduction à l'Evangile de Matthieu) qu'en hébreu, le mot "Ben" exprime une dépendance qui souvent n'est pas celle d'une filiation biologique.
 
Le Dieu d'Israël est créateur, et non procréateur comme les dieux grecs. C'est ce qui explique que l'expression Fils-de-Dieu n'aurait pas été comprise en langue grecque, et qu'il aura fallu la traduire par le terme de Celui qui a reçu l'onction, Christos.
 
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La troisième parole Mon royaume n'est pas de ce monde           [Jn XVIII, 36]
est évidente, dans la situation politico-religieuse de l'époque, avec l'attente en royaume de Judée d'un Messie politique et militaire qui délivrerait Israël du joug des Romains.
 
Dans le discours où la situe Jésus, cette proclamation apporte une dimension nouvelle et infiniment plus vaste que le messianisme hébreu. C'est l'enseignement de Paul (dans le christianisme hellénisé) qui transcendera cette proclamation, par rapport à la compréhension strictement judéo-chrétienne de l'Eglise de Jacques à Jérusalem.
 
C'est une mutation très importante dans la pensée religieuse chrétienne, par rapport à celle des Hébreux. Le dessein historique de Dieu ne se situe pas demain; il concerne aujourd'hui.
 
Le Royaume de Dieu est maintenant accompli. La même affirmation sera proclamée plus clairement :
      Le Royaume des cieux est tout proche.      [Mt IV, 17]
      Les temps sont accomplis.                            [Mc I, 15]
      Le voici ! Le voilà ! car sachez-le,
      le Royaume de Dieu est parmi vous.           [Lc XVII, 21]
 
Il n'y a ainsi aucune réelle originalité dans le vocabulaire de Jésus. Il utilise les mots que les prophètes ont maintes fois utilisés avant lui. Afin que nul n'en ignore, les Evangiles font ainsi continuellement appel à ces références :
- Comme disait le prophète ...
- Pour que s'accomplissent les Ecritures ...
 
L'analyse matérialiste ne manque pas d'interpréter ces continuelles références à des textes antérieurs, comme la preuve que les Evangiles auraient rapporté la vie d'un héros imaginaire, mais parfaitement conforme aux prédictions des Ecritures. Dans une telle analyse, le personnage de Jésus serait la polarisation des idées philosophiques et religieuses développées dans certains cercles juifs de la diaspora.
 
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C'est en effet dans ces seules colonies extérieures, qu'étaient réunies les conditions - à travers une culture hellénisante assez large - pour élaborer les transcendances (par rapport au milieu religieux étriqué de Judée) soulignées dans la prédication de Jésus.
 
Je n'ai ni la compétence ni la prétention de trancher ce débat. Il me semble simplement important de signaler qu'il y a des opinions partagées.
 
Quoi qu'il en soit, dès le début de notre ère, apparaît un discours religieux très généralement attribué à un certain Jésus. Ce discours apporte des dimensions tellement nouvelles qu'il fait chaque fois éclater les limites trop étroites de sa parole.
 
L' "Alliance", déformée après plusieurs siècles de servitude en "Délivrance", devient "Promesse", avec désormais une absolue certitude dans le sens de la vie et dans l'orientation de la mort. D'une pierre deux coups.
 
Et le Yahvé-Dieu-Père chrétien a désormais toutes les dimensions qui lui permettront de devenir universel. Alors que l'Eglise d'Orient se proclame détenteur du vrai message (orthodoxe), la principale Eglise qui représente le christianisme dans le monde occidental se proclame universelle (catholique).
 
L'Histoire contemporaine a jugé combien cette universalité était en réalité limitée à la dimension de notre seul Occident. Ce n'est en effet que dans le Proche-Orient, et dans l'Europe (avec ses extensions mentales américaines) que la problématique du Mystère aura été abordée dans les termes sémites de la seule finalité. C'est une lacune qui ampute la métaphysique de la moitié de ses préoccupations.
 
Ailleurs, le mystère sera abordé en termes de fécondité. Ailleurs aussi, ce sera le mystère des origines et du re-commencement des origines.
 

 
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L'Islam
 
 
Des trois grands prophètes occidentaux, Mahomet est le seul qui, sans contestation possible, représente réellement un personnage historique.
 
On attribue à Moïse seul, l’œuvre et les écrits de personnages sans doute multiples. Et la réalité historique de Jésus suscite des controverses.
 
A l'époque de Mahomet, mais avant sa prédication, la religion de l'Arabie gardait dans son ensemble les structures d'un polythéisme de type sémite, dont le lieu principal de culte était La Mecque. Le terme "lieu de culte" est en effet mieux adapté que celui de "temple".
 
Au centre et à ciel ouvert, se trouve une construction cubique en pierre, la Ka'ba. Dans un angle de cet édifice, est encastrée la fameuse pierre noire, d'origine vraisemblablement météorite.
 
Le dieu principal de La Mecque était déjà nommé Allah. Mais à côté d'Allah, il y avait les trois déesses : Allat (féminin d'Allah), Manat (Destin) et Al'Uzza (Puissance).
 
Au début de sa prédication, Mahomet n'hésita pas à présenter ces trois déesses comme des médiatrices auprès d'Allah. Ce n'est que plus tard, lorsque sa prédication affirma une théologie plus strictement monothéiste, qu'il revint sur cette reconnaissance des trois déesses. Cet incident souligne deux caractéristiques fondamentales de l'islam:
 
- Le Prophète attribue sa première prédication à Satan
        qui l'avait induit en erreur.

- Il reconnaît l'abrogation de Dieu.
    C'est à dire le pouvoir d'Allah, compte tenu de sa Toute-Puissance,                     d'abroger certains passages de sa propre Révélation.
 
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Le message de Mahomet provient de visions extatiques au cours desquelles il a entendu la Parole de la bouche de l'Ange Gabriel. Le Coran ne considère ainsi d'origine divine, que les seules révélations auditives.
 
La proclamation d'un monothéisme de plus en plus affirmé rencontre une opposition progressive à La Mecque, et incite Mahomet (vers 615) à se mettre à l'abri dans le pays chrétien d'Abyssinie. C'est en définitive à Yatrib (la future Médine) qu'il s'installe. Il s'y trouve à l'abri, dans un milieu à forte composante juive, donc de religion monothéiste.
 
Sept ans plus tard (en 622), à l'occasion d'un pèlerinage incognito à La Mecque, un groupe de 77 membres de Yatrib le reconnaissent et s'engagent par serment à combattre pour lui. Les fidèles commencent alors à quitter La Mecque vers Yatrib (300 kilomètres de désert). C'est l'émigration, encore appelée l'Hégire.
 
Mahomet se croyait originellement investi de la mission de convertir les seuls membres de sa propre tribu (les Quarayshites). Son installation à Médine oriente son message vers tous les Arabes. Outre son activité proprement religieuse, Mahomet à Médine fut confronté à l'organisation politique et sociale de la communauté des fidèles.
 
Son génie politique parvint à fusionner les Emigrés (venus de La Mecque) et les Auxiliaires (convertis de Médine) en un seul peuple (la Ummah). Le succès de ses décisions politiques et militaires était assuré par de nouvelles révélations communiquées en ce sens par l'Ange.
 
Les sourates dictées à cette époque témoignent des efforts de Mahomet pour tenter de convertir les Juifs à l'Islam. Mais les Juifs de Médine refusèrent de reconnaître Mahomet comme un prophète et se montrèrent de plus en plus hostiles à son égard. Ils commençaient à relever dans le Coran, des erreurs qui prouvaient que Mahomet - bien que se réclamant du Livre - connaissait très mal l'Ancien Testament.
 
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La rupture eut lieu en 624 quand le Prophète qui avait d'abord recommandé Jérusalem comme "quiblah" (point d'orientation pour la prière), décida de choisir la direction de La Mecque. C'est alors qu'il affirma que la Ka'ba avait été bâtie par Abraham, et que c'était par punition de Dieu qu'elle était tombée dans les mains de païens. Cette décision est importante sur plusieurs points.

-     Elle différencie le peuple Arabe des autres monothéistes
        (Juifs et chrétiens) qui n'ont pas pu garder leur pureté originelle.

-     Elle renoue avec la tradition d'une religion du Temple,
        comme monothéisme originel (donc vrai).

-     Le Coran enfin se revendique du Livre (La Bible)
        puisque, lors des révélations, l'Ange Gabriel tenait Le Livre à la main.

 
Le monothéisme de Mahomet aboutit, en 631, par le truchement d'une nouvelle révélation, à la proclamation de la guerre totale contre toute forme de polythéisme.
 
Il ne fait aucun doute que Mahomet - qui ne savait peut-être ni lire ni écrire - avait été initié au contenu des Textes Sacrés. L'importance qu'il accorde à Marie dans la triade Dieu-Jésus-Marie donne à penser qu'il aurait été partiellement instruit par des chrétiens monophysites d'Abyssinie qui portaient une dévotion très importante à la Vierge.
 
Certaines citations ne trouvent aucun écho dans les textes officiels, mais ont leur répondant littéral dans des écrits apocryphes, rejetés par les diverses orthodoxies juives et chrétiennes. Ces écrits parallèles sont maintenant bien connus.
 
Outre les six livres expurgés de la Bible juive, (mais reconnus par les chrétiens catholiques,) le Coran se réfère encore à:
- Baruch II (apocryphe)
- Esdras IV (apocryphe)
- Livre d'Hénoch (version éthiopienne)
- Secrets d'Hénoch (version slave)
 
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D'autres textes se réfèrent directement aux patrologies grecque, latine et syriaque. Et certains commentateurs occidentaux pensent lire à travers le Coran, des allusions au protoévangile de Jacques et à une apocalypse attribuée à Saint Paul.
 
Certains textes enfin se réfèrent                                        [XII, 93 ou XXXVIII, 42]
à des récits qui ne se rapportent à aucun écrit sacré connu. Mahomet avait donc eu connaissance de récits "sacrés", aujourd'hui oubliés ou perdus.
 
Si le Coran fait référence aux trois évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), il semble totalement ignorer le quatrième évangile (Jean). Certaines citations semblent par contre provenir de l'Apocalypse canonique. Et l'interprétation traditionnelle musulmane reconnaît dans le Paraclet (avocat) de cette Apocalypse, la prophétie de la venue de Mahomet.
 
Il apparaît aussi que le recueil des textes sacrés auxquels se réfère le Prophète (ou pour rester dans une plus stricte orthodoxie musulmane, que le Livre que l'Ange Gabriel tenait à la main), était moins expurgé que les textes reconnus par le Judaïsme, ou les christianismes de stricte orthodoxie.
 
La prédication de Mahomet est postérieure à la rédaction du Talmud, dans sa première rédaction de Jérusalem, en tout cas. Il ne fait aucun doute que le Prophète avait connaissance de certaines pratiques juives, telles que consignées dans la Mishna.
 
Le Coran, au delà de son manque de structure, (puisqu'il n'a pas été rédigé dans un ordre logique,) comprend lui aussi un très grand nombre de prescriptions strictement normatives ou légales. Sous cet angle, on peut considérer le Coran comme une sorte de Talmud.
 
Le Prophète évoque la triade Dieu-Jésus-Marie, mais ignore le rôle Rédempteur de Jésus. Il semble ne pas avoir saisi toute la portée des messages de Dieu-Père et de Peuple-de-Dieu annoncés dans le Nouveau Testament. Il nie la nature divine de Jésus et sa résurrection. Il annonce l'imminence du Jugement et proclame que les martyrs de la foi sont immédiatement admis au Paradis.
 
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Une analyse des thèmes dont relève le Coran, ne démontre aucune progression évidente des concepts par rapport au judaïsme ou aux christianismes:
 
-  Allah est Dieu, le seul Dieu.
   C'est le monothéisme des Juifs et des Chrétiens.
 
- Il est parfaitement libre, omniscient et Tout-Puissant.
   C'est un retour au Dieu El Shaddaï d'Abraham.
 
- Créateur de tout ce qui existe, et il ajoute à la création ce qu'il veut.
   C'est la négation de l'Harmonie des lois fondamentales.
 
Avec Mahomet, semble avoir totalement disparu la grande intuition d'Harmonie considérée comme source première:
- de la prédication de Moïse (2ème Alliance),
- et du Christianisme (à l'échelle plus universelle).
 
Par contre, on peut souligner un cheminement, une évolution:

Le semi-monothéisme des Patriarches (Abraham)
    reconnaissait la divinité comme un composant du mystère.

 
Yahvé de Moïse transposait ce mystère à notre niveau personnel
    (avec un Dieu-Personne s'adressant à une personne).

 
Le Dieu-Père du christianisme transporte l'interrogation personnelle
     à un niveau moral (de règles de conduite qui découlent, non pas de La Loi,
     mais de la relation Père-Fils affirmée dans le "Abba").


Mahomet dépasse le niveau d'une morale personnelle
    et insère Dieu-Un dans l'univers social d'une politique.

 
Il y a une évolution : mystère, personnel, moral, social.
 
Ce retour en arrière de l'élaboration du Dieu proposé à travers l'image moins élaborée d'Allah, était l'imprescriptible tribut à payer, dans la mesure où le Prophète voulait réunir autour d'une idée fondamentale, l'ensemble de ces multiples clans d'Arabie dont la culture religieuse était des plus rudimentaires.
 
93
Il était impérieux que l'islam propose:
- un Dieu simple :
              Allah est Dieu, le seul Dieu.

- un Dieu compréhensible par tous:                                         [[11]]
               qui parle en arabe, langue comprise par tous,  
    A titre d'exemple :                                                                                [XLI, 3&4]
      Voici un livre dont les versets sont clairement exposés;
      un Coran arabe,
      destiné à un peuple qui comprend:
      une bonne nouvelle et un avertissement.

- un dieu Tout-Puissant et omniscient :
  maître absolu à la manière bien connue des chefs de clans;
  au dessus de toute contradiction.
 
La simplicité d'Allah s'accompagne de la simplicité des cinq normes principales: les cinq Piliers de la Foi:
 - la prière et les cinq prosternations journalières,
 - les aumônes légales,
 - le jeûne du mois de Ramadan,
 - le pèlerinage à La Mecque,
 - la profession :
            "Il n'y a de dieu que Dieu, et c'est Mahomet le Messager de Dieu".
 
A noter que cette dernière profession est lourde de conséquence, car elle met définitivement fin à toute Révélation divine.
 
Le génie de Mahomet est d'avoir compris qu'il fallait organiser l'unité des arabes désormais devenus un véritable peuple; et pour assurer la continuité de sa prédication et de sa politique, qu'il fallait couper court à toute spéculation - ou déviance - ultérieure possible.
 
94
1 . Les Arabes sont désormais unifiés par une langue unique.
2 . La Parole de Dieu ne s'interprète, ni ne se discute pas.
3 . La Révélation se termine avec Mahomet.
 
Le point final à la Révélation assure évidemment une très grande stabilité à la théologie de l'islam. Bien qu'il faille tout de même compter avec les "hadith", ces dires du prophète non transcrits dans le Coran et qui feront, eux, l'objet de multiples interprétations et spéculations.
 
Mais ce point final définitif à la Révélation est une arme à double tranchant, car c'est la totale limitation - voire la rupture - avec toute évolution éventuelle. C'est ainsi que l'Islam d'aujourd'hui rencontre de très grandes difficultés à se maintenir dans son actualité historique.
 
Suivant par contre l'argumentation de Paul DIEL, la position de Mahomet par rapport à sa prédication est un rempart très efficace contre la perversion des interprétations (lectures ou spéculations) étrangères à l'intuition primitive.
 
Quant au texte proprement dit du Coran, il n'a, jusqu'à nos jours, fait l'objet d'aucune critique historique ou scripturaire vraiment scientifique et basée sur l'épigraphie et l'archéologie.
 
C'est une des conséquences immédiates de l'intangibilité de la Parole de Dieu directement dictée en arabe. Ceci pose néanmoins un problème car la calligraphie arabe primitive (jusqu'au IX siècle), ne notait ni les signes diacritiques (accentuation), ni les voyelles brèves. Certaines lettres enfin ne pouvaient pas se différencier (n = t = b = y, et q = f entre autre).
 
La notation écrite du texte ne devait en fait servir que d'aide-mémoire à un lecteur qui en connaissait déjà le contenu. Cette notation (semi-sténographique) entraîna très rapidement des interprétations divergentes de lectures. Et dès le début du Xs., le choix des variantes de lectures fut d'autorité limité à 7 leçons.
 
95
Il subsiste encore aujourd'hui des mots ou morceaux de texte dont le sens n'est plus très compréhensible. De nombreuses sourates sont précédées de lettres de l'alphabet arabe qui paraissent être des initiales de mots (ou de noms propres) sous-entendus, mais dont le sens est perdu.
 
 Le Coran ne présente pas les sourates dans leur ordre chronologique. Diverses tentatives de classement des textes se sont jusqu'à présent révélées peu convaincantes. L'annexe 1, en fin d'ouvrage, propose cependant un ordre de lecture suggéré par Nöldeke.                                                                 [12]
 
La tradition musulmane quant à elle, s'est contentée de définir les textes dictés à La Mecque (1ère période), et ceux datant de Médine (2ème période). On considère généralement que c'est la sourate XCVI qui reprend la première révélation du Prophète, dans la grotte du Mont Hira.
 
Il aura fallu attendre 1923, et l'Edition du BOULAQ au Caire, pour disposer d'un texte typographique unanimement reconnu par les autorités musulmanes. Cette édition comporte cependant quelques inversions manifestes.
 
Il semble toutefois bien évident que le Prophète de l'islam n'a jamais été conscient d'avoir eu le privilège d'aborder le Mystère. Ses expériences mystiques l'auront placé devant de simples évidences. Et il n'a jamais manifesté que sa prédication pouvait être une réponse, comme il est envisagé dans la présente étude. A la limite, pour Mahomet, il n'y a jamais eu de Mystère.
 
Dans son acception stricte, Allah ne correspond plus exactement à la définition de Dieu, tel qu'il nous intéresse encore aujourd'hui. Notre intérêt s'est délibérément limité au seul Dieu dans la mesure où il nous propose une réponse; ce qui suppose une inquiétude et une interrogation préalables.
 
96
Le terme arabe, généralement traduit en français par Mystère se retrouve en plusieurs versets, mais est presque toujours utilisé dans la compréhension restreinte de Révélation, semblable à celle déjà confiée auparavant à d'autres prophètes. Le même terme est d'autres fois utilisé, toujours dans le sens restreint de Révélation, mais dans l'acception religieuse d' "inaccessible si Dieu ne l'avait voulu".
 
Il reste enfin les trois versets:

XI, 31                Je ne vous dis pas :
                     " Je possède les trésors de Dieu "
                        - car je ne connais pas le mystère incommunicable -.

LIII, 35              Détient-il la science du mystère
                        qui lui permettrait de tout voir ?

LXXII, 26           Il connaît parfaitement le mystère,
                       mais il ne montre à personne le secret de son mystère,
                       sauf à celui qu'il agrée comme prophète.

Le contexte toutefois de ces trois versets ne permet pas d'établir, avec évidence, la    rencontre avec un Mystère, - tel que le décrit P. DIEL, - d'une interrogation devant l'origine ou la finalité.
 
Et Ed. MONTET, dans sa traduction du Coran évite, lui, le terme français de Mystère, et propose plutôt "invisible" ou les "choses invisibles".          [10]
 
On peut ainsi considérer que l'Allah de l'Islam s'impose, non pas comme une réponse à des interrogations qui se sont préalablement posées, mais bien plutôt comme l' Evidence d'une vérité absolue, vraie en dehors de toute problématique.
 
97

S'il reste certes transcendant, il n'en est néanmoins plus pour autant métaphysique. L'eschatologie de l'Islam affirme le Jugement sur base des actes répertoriés dans le Livre des Actions, et la résurrection des morts est affirmée comme une nouvelle Création.
 
Ses descriptions - parfois dans un style très apocalyptique - restent très matérielles et terrestres dans les récompenses qui attendent les fidèles au Paradis : rivières, fruits, viandes, boissons, houris, vierges. Elles semblent totalement étrangères à l'ordre métaphysique des interrogations sur l'origine, le devenir ou la finalité.
 
 
 
 
Les Pères de l'Eglise
 
 
Père de l'Eglise n'est pas un titre officiel. C'est une dénomination traditionnellement donnée aux commentateurs des premiers temps de la chrétienté, et qui se sont illustrés par l'orthodoxie de leur doctrine et la sainteté de leur vie.

Il me semble intéressant d'établir un parallélisme entre la rédaction des Talmud, et les commentaires des Pères de l'Eglise.

Dans les deux cas, des textes religieux seront isolés de leurs contextes et commentés en autorité et sagesse dans une optique qualifiée d'orthodoxe. Très rapidement, ces pieux écrits isolés remplaceront la lecture des textes originaux.
 
98
Ce mouvement aboutira en fin de course, à la situation du siècle dernier, où les cours catholiques de religion enseignaient une "Histoire Sainte" – fabriquée de fragments épars – alors que les textes authentiques de la Bible étaient mis à l'index.
 
Les commentaires talmudiques occupent aujourd'hui une plus grande importance dans les assemblées juives, que les textes de la Torah ou des autres écrits sacrés. Et dans les communautés chrétiennes traditionnelles, la lecture de la Bible est pratiquement absente. C'est une des sources du Protestantisme.
 
Pour les Juifs, après les sacs de Jérusalem par les Romains en 70 et en 135, il était devenu indispensable de remplacer un "culte au Temple" (qui n'existait plus), par une religion suivant la Loi. C'est la rédaction de la Mishna. Il s'agit, comme nous l'avons vu, d'un corpus de normes légales formant un recueil de stricts rituels.
 
La censure romaine avait empêché tout commentaire à cette Mishna devenue seul point de référence. On peut dès lors comprendre – le temps passant - la nécessité d'intégrer ces rituels dans un contexte mieux structuré par une idée religieuse. Et ce sera la rédaction d'un premier Talmud, dit de Jérusalem ; puis d'un deuxième Talmud (dit de Babylone) dont la rédaction ne sera terminée qu'aux alentours de 650.
 
On comprend moins la nécessité de fragmenter les textes et de les commenter au nom de l'autorité des Pères de l'Eglise. Phénomène de mode ? Ou bien, lecture orientée
 
99
C'est sans doute ici qu'il nous faut trouver la révolte fondamentale de Mahomet. Les textes sacrés ayant – selon lui – été récupérés par ceux qui en avaient la garde, il estima indispensable d'en revenir au message mosaïque primitif. Nous touchons ici du doigt, une des origines évidentes de l'Islam.
 
            Ceux qui étaient chargés de la Torah        [LXII, 5]
            et qui ensuite, ne l'assumèrent pas...
            L'exemple donné par ces gens
            quand ils ont traité les Signes de Dieu de mensonges, est détestable.
            -     Dieu ne dirige pas le peuple injuste !
 
Pères de l'Eglise et Rabbins des Talmud, causes involontaires du mouvement protestataire de l'Islam?
 
siècle alors que pour d'autres, elle se prolonge jusqu'au VIIILa liste des "Pères de l'Eglise" n'étant pas officielle, les uns la clôturent au VIet même au XII siècle.
 
On distingue:
 
-  Les pères apologistes
    qui, depuis l’origine de la chrétienté jusqu’à Constantin, luttèrent contre le         paganisme. Les plus célèbres d'entre eux furent :

- En Orient:       Justin, Clément d'Alexandrie, Origène.
- En Occident:  Tertullien, Arnobe, Lactance, Cyprien.
 
- Les Pères dogmatiques
    qui, à partir de Constantin, travaillèrent à exposer la doctrine chrétienne et à     la défendre contre les sectes qui tentaient de l'altérer.

 - En Orient:       Athanase, Grégoire de Naziance, Basile,
                          Grégoire de Nysse, Jean Chrysostome,
                          Ephrem.
 - En Occident:  Hilaire, Ambroise, Jérôme, Augustin.
 
100
Pour notre part, et dans les limites de l'étude d'une évolution des éléments qui composent le divin, nous retiendrons principalement la doctrine développée par les Pères dogmatiques.
 
Le caractère très personnel du Dieu des trois monothéismes occidentaux a été précédemment souligné. Cette extrême personnification est évidemment très peu compatible avec la doctrine trinitaire à maintenir dans un monothéisme strict.
 
D'autre part, la doctrine trinitaire est seule à pouvoir proclamer la totale divinité de Jésus, non pas seulement envoyé par Dieu, mais Dieu lui-même. C'est un des fondements du christianisme.
 
Certains commentateurs de la parole de Jésus n'avaient pourtant pas manqué de déceler une certaine hiérarchie entre le Père et le Fils, alors que c'était le Père qui envoyait son Esprit.
 
Dans l'interprétation d'une telle hiérarchie, le Fils est alors subordonné au Père, et l'Esprit ne procède seulement que du Père. Le Fils devient ainsi une créature du Père. Il ne partage pas son éternité (du moins dans le sens de son commencement), et n'est ni de même nature ni de même substance.

Ceci revient pratiquement à nier
la divinité du Christ.                [[12]]

Ce problème théologique est connu sous le nom de la "consubstantialité" du Verbe. (Verbe de la même substance que le Père.) C'est la prédication d'Arius (256 - 336) qui déchaîna les passions, et mobilisa une très grande énergie de la part de nombreux Pères de l'Eglise.

 
C'est sans aucun doute dans ce type de préoccupation, qu'il faut comprendre le prologue de l'évangile de Jean qui affirme justement que le Verbe (le Fils) était Dieu et était au commencement avec Dieu.
 
101
L'inégalité dans le degré de divinité du Fils par rapport au Père, déclencha la réunion d'un premier vrai concile à Nicée, en 325, et l'arianisme, sous la dialectique d'Athanase, y fut déclaré doctrine hérétique. La déclaration de foi issue de ce concile (le symbole de Nicée) précise ainsi:
 
 Jésus-Christ est né du Père avant tous les siècles, il est Dieu de Dieu, lumière de lumière, engendré et non fait, consubstantiel à son père, etc...
 
Un deuxième concile (Constantinople I, en 381) compléta le symbole de Nicée en affirmant une nature et substance divine de même rang à l'Esprit, qui procède et du Père et du Fils. C'est la question du filioque (il procède aussi du fils) qui a séparé les Eglises grecque et romaine.
 
Ainsi dès les premières élaborations de doctrine, (déviations dans l'analyse des allégories et des mythes) jusqu'au milieu du IV siècle environ, une part très importante de la dialectique des Pères, s'attache à préserver l'unicité de Dieu, tout en proclamant la divinité à part entière de chacune des trois personnes.
 
Il fallut pratiquement attendre les années 350 pour que les Pères s'intéressent à d'autres préoccupations.
 
En Orient :
 
* Basile (329-379):
   -      Outre son opposition à l'arianisme.
       Fondateur du monachisme oriental,
       fait valoir la vie cénobitique (en communauté) de préférence à la retraite           solitaire des anachorètes d'Egypte et de Syrie.
 
 * Jean Chrysostome (347-407) :
   -    Défenseur de la morale et des mœurs.
 
102
En Occident
 
* Jérôme (331-420) :
   - Rédacteur de l'Italique (la future Vulgate)
       sur base des textes grecs (LXX) et hébreux.

 * Augustin (354-430)  (lui-même ancien manichéen) :
    - combattit le manichéisme
        (doctrine de la dualité du Bien contre le Mal)
   - prit parti contre l'évêque africain Donat,
               (qui refusait le pardon aux apostats)
   - condamna le pélagisme
            (qui minimisait le rôle de la grâce au profit de l'effort personnel).
 
On a retenu ses tentatives de concilier :
-           la foi et l'intelligence
            credo vt intelligam = je crois afin de comprendre
-           les théories platoniciennes et le dogme chrétien.
-          Nous avons noté sa difficulté à concilier l
                - a prédestination (c'est Dieu qui avait tout prévu)
                - et la liberté (qui trouvait difficilement sa place dans cette notion).

 
 

103

Les conciles
 
 
Le Petit Robert les définit comme:
 Une assemblée des évêques de l'Eglise catholique, légitimement convoquée pour statuer sur des questions de dogme, de morale ou de discipline.
 
Nous ajouterons certaines décisions politiques qu'ils ont parfois été amenés à prendre. (Lyon I en 1245: Déposition de Frédéric II).
 
Avec une mention particulière au dernier concile Vatican II, qui n'a pris aucun décret proprement dogmatique, moral ou disciplinaire; mais s'est attaché à préciser la fonction de chaque membre de la chrétienté, et à définir la position de l'Eglise dans le monde.
 
L'importance que nous attachons aux grands conciles, réside dans les traces écrites qu'ils nous ont laissées des textes conciliaires (discussions, décrets et canons).
 
Nous connaissons ces textes sans solution de continuité, de l'an 325 jusqu'à nos jours. L'étalement de ces textes dans le temps, nous renseigne précieusement sur l'enchaînement des préoccupations qui auront successivement tracassé les responsables de l'orthodoxie, depuis les origines du christianisme. Et il nous a semblé que cette évolution dans les préoccupations était en quelque sorte, le miroir d'une certaine évolution de cette même orthodoxie.
 
Il est frappant d'observer combien, dans sa dogmatique, l'Eglise a toujours su maintenir le cap. Les détracteurs ont pu ici dénoncer la rigidité ou l'intolérance de l'Eglise d'abord, de Rome ensuite. Mais les discussions et les luttes à entamer contre les hérésies successives, sont un précieux révélateur de la conscience collective.
 
Les conciles n'ont pas toujours revêtu la forme actuelle des grands conciles modernes. Et nous devons distinguer :
 
104
 
Le premier concile de Jérusalem
Réunion en l'an 49, des derniers témoins directs de Jésus avant leur dispersion dans la diaspora. On y établit la règle de l'unanimité dans les décisions.
Cette première assemblée n'est généralement pas reprise dans la liste officielle des véritables conciles.
 
 
Les synodes locaux et provinciaux
 Dès le IIè siècle, ces assemblées se réunissaient dans l'intention de prendre des décisions unanimes (en application de la règle d'unanimité décidée au tout premier concile de Jérusalem) pour lutter contre les premières déviations de la doctrine enseignée dans l'orthodoxie :
 
La Gnose qui, par un jeu de spéculations à l'instar des philosophies grecques, risquait de transformer la foi, en la proposant par exemple sous des jours ésotériques.
Les mouvements montanistes, qui niaient toute hiérarchie au sein des communautés ecclésiales.
 
 Les décisions y étaient prises par les évêques qui cependant y associèrent la voix des laïcs, dès le III siècle. Ce type d'assemblée se continue aujourd'hui encore, sous l'appellation d'Assemblées nationales de l'épiscopat.
 
 
105
Les premiers conciles oecuméniques
 C'était l'empereur qui convoquait ces conciles dont la présidence était toutefois confiée à un évêque, légat de l'empereur. C'était la porte ouverte à un inévitable conflit entre l'autorité civile (l'empereur) et l'évêque de Rome, successeur de Pierre.
   Les huit premiers conciles (jusqu'en 869) eurent lieu sous cette forme.
 
 
Les synodes nationaux
 Après la chute de Rome, et quand les conquérants se furent convertis, ce type d'assemblée visait à harmoniser les règles du pouvoir civil avec celles de la morale chrétienne.
C'est l'exemple des conciles de Tolède, en Espagne Wisigothique.

 
 
Les conciles généraux
 Au Moyen-Age, quand le pape fut reconnu, non plus seulement comme évêque de Rome, mais encore comme tuteur spirituel de toute la chrétienté, ces réunions devinrent des assemblées d'Eglise complétées par les assises suprêmes de la société civile.
 
 Outre des questions purement dogmatiques, y furent parfois prises
    des décisions:

 - plus politiques
        (mise sur pied de croisades pour la délivrance de la Terre-Sainte),

 - ou plus réglementaires (comme la réforme de l'Eglise).
   C'est l'exemple des 4 premiers conciles du Latran, de 1123 à 1215.
 
 

 Les conciles de la Réforme
 Nous en retiendrons principalement que l'autorité d'un concile est supérieure à celle d'un pape.
 
 
106

Les grands conciles modernes     (depuis Trente, 1545)
 Nous pouvons les caractériser par :
- leur libération de toute ingérence civile ;
- leur mission propre à promouvoir la réforme intérieure de l'Eglise.
 
Le concile de Trente prendra une signification toute particulière par l'importance de ses décisions dogmatiques et de sa définition de la doctrine.
   
Aussi étonnant que cela puisse paraître, il n'existe pas de liste officielle des conciles oecuméniques.
 
¤ Certains d'entre eux ne furent reconnus œcuménique
        que bien après leur date de clôture.

   - C'est l'exemple du Concile d'Ephèse (431)
       
dont l'accord ne fut conclu qu'en 433.
 
¤ D'autres ne furent pas reconnus par une partie de la chrétienté.
    - Le concile de Chalcédoine par exemple (451),
        qui affirma la dualité des natures (humaine et divine) dans l'unique                      personne du Sauveur,
          et ne fut pas reconnu par les Eglises monophysite
            (copte, arménienne et syrienne.)

 
¤ D'autres, commencés de manière œcuménique
        se poursuivirent de manière plus locale.

    - Le concile Constantinople III (680), commencé d'une manière globale sous         Constantin IV, fut continué par les orthodoxes, de manière dissidente, par             le Synodus Quinisexta en 692.

¤  Il y en eut pour annuler en fin de session, leurs propres décisions.
    -  Le concile Constantinople IV
            condamna Photius lors du synode Ignatien de 869,
            mais réhabilita le même Photius lors du synode Photien de 880.

 
¤  D'autres enfin, ne furent jamais reconnus dans leur portée œcuménique.
    - C'est le cas du concile de Bâle-Ferrare-Florence-Rome (1431-1445)
            qui n'est généralement pas reconnu comme un concile oecuménique.

 
107
La présente étude ne retiendra que les seuls conciles qui auront précisé la doctrine en matière dogmatique. Elle s'attachera tout particulièrement aux canons conciliaires, car ils sont les témoins historiques incontestables de la perception du Mystère, et de la réponse y proposée, à une période très précise.
 
Il est remarquable que les premiers conciles - de Nicée I (325) à Constantinople IV (869) - se heurtent à une unique préoccupation, relative à la totale divinité de Jésus. Comment concilier la divinité du Fils, tout en maintenant la thèse d'un pur monothéisme? Non pas trois dieux, mais un seul Dieu en trois Personnes.
 
Et ce sont les hérésies successives
Arius:                          Le Fils est-il de même nature divine ?
Macedonius:              Quelle est la nature divine de l'Esprit ?
Nestorius:                   Si Jésus est homme, comment est-il Dieu ?
                                                Et la maternité divine de Marie ?
Monophysites:            Nature unique (divine non-humaine) de Jésus.
Monothélisme:            Volonté unique dans le Christ.
Iconoclastes:              Problème de la vénération des images.
 
L'Eglise passe ainsi l'entièreté du premier millénaire de son histoire à concilier les propositions contradictoires de la doctrine d'un Dieu personnel unique qui envoie la personne humaine de son fils, mais qui partage néanmoins avec son Père la nature divine d'un Dieu unique. La même contradiction oppose l'Esprit au Père et au Fils, dans la même unicité divine de nature en Personnes.
(C'est volontairement que j'ai souligné la notion de personne.)
 
108

Le problème de la nature de la mère de Jésus n'est qu'un corollaire aux deux précédentes questions. Et la rencontre partielle de cette contradiction par le biais d'une virginité doit se comprendre à travers l'allégorie d'Adam (homme d'avant le péché). L'enfantement par une vierge permet d'éviter la transmission de :
 
 ... ce péché d'Adam qui, un par son origine et transmis par propagation héréditaire et non par imitation, est propre à chacun.
   (Canon 3 du Concile de Trente. Session V du 17.06.1546)                                [2]
 
Il faut attendre le Moyen-Age et ses conciles généraux, pour que l'Eglise aborde les problèmes de sa propre structure. Et en confirmation du Concordat de Worms de 1122 (qui délimitera enfin les attributions spirituelles et temporelles respectives du pape et de l'empereur) le concile Latran I, éditera un an plus tard les décrets relatifs à la nomination des évêques.
 
Les conciles de la Renaissance (Constance 1414 -1418) continueront à définir l'ordre hiérarchique de l'Eglise, en établissant la légitimité d'un pape unique (démission de Grégoire XII,  
  dépositions de Jean XXIII et du pape d'Avignon Benoît XIII).

- C'est la décision de désormais réunir un conclave
        pour élire un nouveau pape.

- C'est la reconnaissance de la supériorité des décisions d'un concile
            sur celles d'un pape.
Cette énorme parenthèse de sept siècles et demi, qui court de Nicée II (787) jusqu'au premier véritable concile au sens moderne du terme, - Trente (1545) - aura laissé en veilleuse la toute grosse majorité des questions dogmatiques.
 
 
109
Le concile de Trente
 
L'esprit nouveau de la Renaissance éclairait maintenant sous un jour entièrement nouveau le Mystère que nous tentons d'aborder depuis le début de cette étude. C'est l'essor de nos sciences, avec le retour aux sources et l'enchaînement logique des causes et des effets. Il devenait dès lors indispensable de re-définir les articles de la foi en termes compatibles avec la liberté de pensée qui caractérise la Renaissance. Et ce sera le concile de Trente.
 
On a souvent proposé Trente comme un rempart contre les assemblées d'Eglises protestataires dissidentes. Sans nul doute. Mais c'est aussi - et surtout peut-être - une proclamation doctrinale plus conforme à l'esprit critique et scientifique naissant.
 
Le concile commence par la réaffirmation du credo, mettant ainsi un terme définitif à toute discussion sur la Trinité, (et à son corollaire de la virginité de Marie).
 
Il aborde ensuite la question des sources:
- par la définition des Livres sacrés dans leur nombre et dans leur forme (Vulgate).
- par l'importance accordée à la Tradition.
 
Dans un long raisonnement, le concile définit le péché originel et son unique justification (effacement) par la venue du Christ-Rédempteur.
 
La doctrine du péché originel impose:
- qu'il a été commis,
- qu'il est héréditaire,
- qu'il touche même les tout petits,
    (à la seule exception de la Vierge Marie)
-  et qu'il ne connaît qu'un seul médiateur.
110

C'est dans ce raisonnement qu'intervient la définition de la doctrine des sacrements.
 
La doctrine de la justification (rendre juste par effacement du péché originel) précise que la nature ou le respect de la loi sont impuissants à justifier les hommes. D'où l'absolue nécessité d'admettre un Rédempteur et le mystère de la venue du Christ.
 
Le concile définit la doctrine catholique sur les sacrements en général, et particulièrement le sacrifice de la messe. Il reconnaît l'intercession des saints et avalise la vénération des reliques. Il affirme la réalité du purgatoire.
 
Trois siècles plus tard, le concile Vatican I (1869), reprendra à son compte toutes ces affirmations, mais les situera dans une polémique très appuyée entre la Foi et la Raison.
 
Les déclarations préliminaires de Vatican I mettent en garde contre :         [2]
             ... le rationalisme et le naturalisme
                qui conduisent au panthéisme ou à l'athéisme.
      

 
Une première affirmation - d'apparence banale dans un credo - stipule que Dieu est créateur de toute chose. Mais ce texte prend une résonance fort polémique par rapport aux thèses évolutionnistes qui commencent à prendre corps. C'est l'époque des premières publications de Darwin.
 
Vatican I proclame la primauté apostolique en Saint Pierre (tranchant ainsi à nouveau, le vieux débat de l'Eglise de Jacques en Jérusalem). Mais il affirme également l'infaillibilité du magistère du pontife romain.
111

C'est une des rares innovations de Vatican I, mais elle est de poids.
Le chapitre  IV  "De Romani pontificis infaillibili magistero" 
            de la 4è session (18.07.1870) du concile Vatican I stipule :
 
 Nous enseignons et définissons que c'est un dogme révélé par Dieu que le pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra, ... jouit, en vertu de l'assistance divine qui lui a été promise en la personne de Saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que soit pourvue son Eglise lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi et la morale.
 
A propos de la Révélation, les décrets précisent que seule notre Mère la Sainte Eglise est habilitée à l'interpréter. C'est une des justifications aux réserves qu'émettait l'Eglise Romaine quant à la lecture de la Bible par ses fidèles.

Cette restriction est à replacer en termes
                                [[13]]
d'une critique historique qui commençait à s'appliquer aux textes sacrés.

Sur la difficulté parfois rencontrée à concilier la Foi et la Raison, le concile affirme que la foi prime sur la raison :
            sans la foi il est impossible de plaire à Dieu.
 
Et à ce propos, il m'a semblé utile de reproduire le troisième canon de la session IV de Vatican I:

Si quelqu'un dit qu'il est possible que les dogmes proposés par l'Eglise se voient donner parfois, par suite du progrès de la science, un sens différent de celui que l'Eglise a compris et comprend encore, qu'il soit anathème.
 
Nous noterons enfin que le dernier concile Vatican II, tout en réaffirmant le credo (les symboles) des conciles antérieurs, s'est abstenu de tout décret dogmatique.
 
 
 
 
112
troisième partie
 
 
 
Dieu à contre-voie
 
de l'Etre Primordial
 
 
 
Fantôme:        n.m. (du grec φάντασμα)
                        personne ou chose qui n'a guère de réalité.
 
                        adj. se dit d'un véhicule,
                        empruntant à contre-voie une chaussée à sens unique.
 


Durant une quinzaine d'années, à situer entre ~1360 et~1330, au cours de la XVIII dynastie pharaonique, l'autorité religieuse égyptienne a proclamé une divinité unique, Rè-Horakhti. Et culte fut désormais rendu au seul Aton, l'astre solaire à l'horizon. Cet épisode religieux, dont le paroxysme s'est situé à el Amarna sous Akhenaton, porte le nom d'Atonisme.
 
Il serait erroné de limiter Aton à Aménophis IV/Akhenaton et sa période amarnienne. Sous Aménophis III (le père d'Akhenaton), le palais de Malqata - édifié semble-t-il pour la célébration de fêtes Sed (à partir du trentième anniversaire de règne du roi), - représente déjà Aton et ses rayons caractéristiques, terminés par des mains.
 
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Et un siècle auparavant, l'inscription qui illustre l'hommage rendu à la reine Hatshepsout par les notables du pays de Pount, compare la reine à un "soleil féminin qui brille comme Aton". Le contexte de cet hommage laisse penser que l'appellation d'Aton se réfère à une divinité bien connue au panthéon égyptien.
 
Et un siècle après Akhenaton, ce sera toujours sous la protection d'Aton que seront édifiés les temples royaux d'Abou Simbel, sous Ramsès II.
 
On doit dès lors considérer Aton comme une figure divine "classique". Mais, durant la XVIII dynastie, le concept ainsi nommé prit une importance croissante, entre le règne de Touthmôsis III jusqu'à sa mise à l'index sous Toutankhamon.
 
Il apparaît en outre comme certain que le concept Aton fut compris et interprété de manière radicalement différente selon qu'il était évoqué au retour de l'expédition à Pount, en l'an IX du règne d'Hatshepsout ou selon qu'il était proclamé, un bon siècle plus tard, à el Amarna.
 
Les Pountites débarquant à Karnak (ou bien à Deir-el-Bahari) ont, d'entrée de jeu, annoncé la couleur de leur philosophie religieuse. Et leur salutation à la reine témoigne d'une diplomatie extrêmement raffinée. Qui refuserait d'être comparé à l'éclat du soleil?
 
Aton est, en Egypte, une divinité solaire. Marc Gabolde insiste sur son attribut "horizontain" (je reprends son expression). Aton est le soleil dans la splendeur d'un rayonnement total.
 
Dans leur salut à la reine (extraordinaire de concision ) les notable pountites concilient leur "divin unique" – le Pount est le pays du dieu – et le respect de la tradition polythéiste d'Egypte, le pays qui les accueille. Sans renoncer à leur tradition pountite, ils trouvent un nom pour concilier le concept de ce qui en Egypte est un "dieu", et qui chez eux ne l'est pas.
 
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Sans en appeler à une analyse de texte extravagante, il nous faut remarquer que c'est Amon ("Père de la Reine Hatshepsout") qui a commandité l'ambassade égyptienne au Pays de Pount, alors que c'est Aton qui en revient, cautionné par la délégation pountite qui participe au voyage de retour.
 
Christiane Desroches Noblecourt nous confirme                              [[14]]
que durant le festin officiiel organisé à Pount en l'honneur des visiteurs égyptiens, "assurance fut donnée aux grands de Pount de pouvoir accompagner la mission à son retour." Dans sa compréhension historique classique, elle interprète la délégation pountite dans le cadre d'un accord commercial.
 
Un regard historique élargi à un horizon plus étendu que la seule Egypte, établit qu'un essaimage pountite aux diverses extrémités de la terre, dépasse en importance une simple mission commerciale, et s'inscrit parfaitement dans le programme de sauvegarde d'une culture dont les invasions indo-européennes avaient mis la fragilité en évidence.

J'ai longuement développé [Moïse et ses sources] la convergence des arguments qui nous invitent à situer Pount dans la plaine Ouest de l'Indus. La communauté pountite qui a reçu l'autorisation royale de s'installer en Egypte, y perpétuera la tradition du Rg Véda.
 
Nous sommes en ~1470. Tout vient de basculer. Les trois communautés humaines qui se croyaient uniques dans le monde, le long des trois bassins fluviaux de Mésopotamie, du Nil et de l'Indus, viennent de découvrir que d'autres hommes peuplent également d'autres contrées de la terre. Ce sont d'autres hommes qui occupent les domaines que l'on croyait inaccessibles.
 
Les Nilotiques et les Mésopotamiens considéraient ces contrées comme réservées à des dieux. La géographie des dieux s'éloignait dès lors de celle des hommes.
 
Les habitants de l'Indus n'avaient jamais imaginé que la part inaccessible du monde puisse être habitée par d'autres hommes. Ils ne la croyaient pas non plus peuplée de dieux. Mais ils considéraient par contre que la terre habitée, et les contrées lointaines, et la mer, et le ciel … et l'entièreté du Tout, formait un système unique et cohérent.
 
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L'arrivée d'étrangers aux ambitions conquérantes – l'effondrement du système de vie de la civilisation de Mehrgarh et son remplacement par l'organisation plus pragmatique et plus guerrière de Mohenjo-Daro nous le confirme – fit comprendre aux Indusiens, la fragilité de leur civilisation et de leur système de pensée.
 
Il leur apparut dès lors primordial de sauvegarder leur patrimoine culturel, en concrétisant leur tradition uniquement "orale", dans un texte écrit et transmissible au delà d'un éventuel écart de civilisation. Pour cette rédaction écrite, ils renoncèrent à leur écriture propre, jugée trop confidentielle, et optèrent pour une langue et un mode d'écriture à portée plus planétaire: le sanskrit (langue de l'envahisseur indo-européen).
 
Une deuxième manière de mettre leur culture à l'abri d'un éventuel envahisseur, était de disperser leurs centres culturels. Ils fondèrent ainsi des communautés au Cambodge et jusqu'en Asie extrême-orientale. C'est dans ce mouvement d'essaimage qu'il convient de comprendre le souhait pountite d'installer une de leurs communautés en pays d'Egypte.
 
Il n'apparaît pas que les Pountites soient venus "évangéliser" l'Egypte. Simplement, installés sous la protection – et dans la proximité – de pharaon, les enseignements professés dans la communauté pountite se répercutèrent dans l'élite intellectuelle qui fréquentait la cour égyptienne. Et c'est là que naquit le malaise.
 
Il faudra en réalité, près d'un siècle et demi pour que des érudits d'Egypte, sous l'influence de la communauté pountite installée à demeure dans la proximité de pharaon, et sous la protection d'un souverain théologien (Akhenaton), franchisse timidement le passage d'une conception théiste, vers une représentation universaliste du monde.
 
Quelques initiés découvraient ainsi qu'il existait des modes de pensée qui s'accommodaient de l'absence des dieux, qualifiés d'imaginaires. Un rôle spécifique et personnel était attribué à chacun des individus-hommes, au sein d'un Grand-Tout plus vaste que le monde: "l'Univers",.
 
Nous avons vu – les textes de Deir-el-Bahari le confirment – que c'est le passage de l'image d'Amon (le Soleil) à celle d'Aton (le Soleil) qui marque la différence entre les cultes religieux égyptiens et le système philosophique du Rg Véda.
 
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Madame Desroches Noblecourt, dans son souci d'attirer l'attention du lecteur, traduit la salutation pountite à la reine Hatshepsout par "soleil féminin qui brille comme le globe Aton".
Le texte écrit simplement "qui brille comme Aton". Il est un présupposé-connu que le nom d'Aton ne désigne pas, comme il est généralement compris, le disque solaire (une image qui le représente), mais bien le soleil lui-même, dans ses trois dimensions d'astre. Ceci rencontre l'avis de la grande majorité des écoles d'égyptologie.
 
Mon approche du concept d'Aton à travers le Rg Véda me permet, je crois, d'apporter davantage de précisions encore. Il ne s'agit pas seulement des dimensions de l'objet dans l'espace (l'astre qui est une boule, un ballon, un globe); il s'agit aussi – et surtout – de l'objet dans sa structure de matière. La philosophie qualifierait Aton de "réel" (= matériel), en opposition à Rè-Horakhti (le véritable dieu unique d'Akhenaton) qui lui, ne relève pas d'une structure matérielle.
 
Dans cette théologie, Rè-Horakhti est le dieu métaphysique dans son absolue transcendance; Aton en est une structure matérielle. Je ne puis m'empêcher ici d'évoquer le concept d'icône.
 
Il me semble évident que le salut pountite qui compare Hatshepsout à Aton ne fut pas compris par les Egyptiens, dans l'entièreté de sa portée philosophique. Mais cette salutation n'est cependant pas passée inaperçue. Sans trop la comprendre sans doute, ceux qui assistaient à la scène se rendirent compte que cette parole était lourde de sens. Si bien qu'ils l'immortalisèrent au nombre des choses extraordinaires que nous rapporte le récit de Deir-el-Bahari. Rappelons ici que les murs du temple illustrent, non pas une simple histoire, mais l'exploit que constitue ce voyage à Pount.
 
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A partir de là, toute l'histoire de la XVIII dynastie sera marquée par une crise culturelle. Marc Gabolde la qualifiera de pensée phénoménologique. Ce bouleversement est aussi  souligné par Claude Vandersleyen qui, reprenant à son compte l'expression de Pascal Vernus, termine son ouvrage sur "L'Egypte et la vallée du Nil" en évoquant une crise des valeurs.
 
Mille cinq cents ans avant notre ère, la situation géopolitique du Moyen Orient était tout à fait particulière, par rapport au restant de l'humanité répartie sur toute notre planète. Un accident climatique que nous pouvons considérer comme majeur – la glaciation de Würm – avait depuis près de quinze mille ans (!!!) établi une infranchissable frontière de glace au Nord de la chaîne ininterrompue de montagnes qui court des Pyrénées jusqu'à l'Himalaya et qui se referme sur les plaines de l'Indus. Il n'y aura dès lors aucun passage, aucune relation, aucune infiltration entre la région des trois bassins fluviaux (Mésopotamie, Nil et Indus) et les vastes plaines nordiques de Russie et d'Europe.


 
 
Pour les habitants de notre Moyen-Orient, les contrées du Nord sont inaccessibles ; et pour les populations nordiques, il est impossible de franchir le mur de glace derrière lequel se cache un hypothétique Sud. Terres au Sud ? Ou bien Océan ?
 
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Mes connaissances en histoire ne me permettent pas d'évaluer l'importance des échanges restés possibles entre les plaines du Nord et l'Extrême-Orient. De tels échanges, en tout cas, n'ont pas dû avoir une importance majeure dans l'organisation des sociétés.
 
Cette infranchissable frontière du Nord s'est complétée, depuis les années ~6000 environ, par la désertification totale du Sahara et de la région qui prolonge les affluents à la gauche de l'Indus vers le Sud, le Thar. Entre l'Indus et l'Est de l'Afrique (le Nil), la péninsule arabique entièrement cernée par un Océan qui ne permet de communication qu'avec le Nord.
 
Cette fois, les populations du Moyen-Orient sont prises dans un piège sans issue où les seules relations humaines possibles restent à l'intérieur du triangle Mésopotamie, Nil et Indus. Au centre de ces trois bassins fluviaux, le très vaste territoire d'Arabie, couvert de pâturages, et parcouru par des populations de pasteurs semi-nomades d'origine mésopotamienne pour la plupart. Le climat de la péninsule arabique, entre ~6000 et ~3000, était comparable à celui des actuels Portugal et Espagne.
 
Cette situation va durer trois mille ans environ, avec un ralentissement de la désertification au niveau de l'Arabie, dû aux volants thermiques de la vallée du Nil, de l'Océan Indien et des deux golfes.
 
Trois mille ans d'isolement total, c'est très long! Le temps, sous doute, d'oublier que d'autres hommes habitent également d'autres régions de la planète.
Mais le cycle de la glaciation suit son cours. Les glaces remontent vers le Nord, entraînant dans leur recul la formation de forêts plus denses et plus giboyeuses ; et la remontée des chasseurs. L'Europe et les plaines de Russie ne sont plus seulement des endroits de passage; des populations humaines viennent s'y installer.
 
Pourquoi ?
 
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La période qui couvre ~8000 à ~6000 est un moment crucial dans l'aventure de l'humanité tout entière. C'est à cette époque-là que de manière très planétaire, l'animal humain se met à regarder dans un processus de pensée entièrement nouveau. L'homme observe son environnement avec l'intention d'en tirer parti. Par rapport à l'animal, l'homme ramène son observation et ses savoirs sur lui-même, dans un processus de pensée que l'on peut comparer à l'image renvoyée par un miroir. C'est la conscience réfléchie.
 
Cette réflexion de conscience va devenir la spécificité de l'animal humain. C'est à partir du moment où l'homme complète ses connaissances par l'intention d'en faire quelque chose, qu'il acquiert sa véritable qualification humaine.
 
Aucun site naturel ne se prête d'emblée à la construction d'un village ou d'une cité. Mais l'intention de construire une telle cité incitera l'homme à remarquer que ce paysage à l'état sauvage contient tous les éléments indispensables : eau, plaine, accès, etc. Et, guidé par cette intention, l'homme aménagera les éléments et transformera l'état naturel de l'endroit.
 
Les premières manifestations de la réflexion de conscience seront ainsi la sédentarisation, avec les activités nouvelles de l'élevage, de l'agriculture (principalement céréales et légumes), du commerce, de l'artisanat et de la science. Au nombre des activités commerciales, la tenue des comptes dont la mise par écrit ouvre directement sur l'écriture.
 
Il me semble important de souligner ici que, si l'écriture est généralement admise comme critère de début d'une histoire, elle n'est en fait que la manifestation évidente d'une transformation mentale beaucoup plus importante. L'Histoire commence quand les hommes investissent leurs objets d'une intention que nous sommes encore capables de déceler aujourd'hui. L'histoire commence quand les objets deviennent des documents et sont investis d'une valeur dépassant leur seule matérialité. C'est en ce sens que le support écrit devient autre chose qu'une écorce, qu'une omoplate de mouton ou qu'un tissu de papyrus.
 
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J'ai souligné ailleurs qu'avant la glaciation de Würm, il y avait sur terre deux candidats à franchir définitivement le seuil d'hominisation par la réflexion de conscience. Nous avons retrouvé les traces du second de ces deux pré-hominiens, avant la glaciation, dans les contrées d'Europe. Ce sont les artisans qui ont décoré les grottes de Chauvet, d'Altamira ou de Lascaux. Il semble que les rigueurs du climat durant la période de glaciation (de ~20.000 à ~2000) aient totalement éradiqué de notre planète ce pré-hominien que nous appellerons ici Neandertal. Tous les hommes actuellement sur la terre appartiennent à la même espèce, puisqu'ils sont tous inter-féconds – ce qui est la définition de l'espèce.
 
D'autre part, nous n'avons jamais retrouvé de site préhistorique partagé simultanément par les deux espèces. Ce qui est d'ailleurs conforme à la règle qui veut que jamais, deux espèces de même rang d'évolution, ne partagent un même biotope. S'il y a chimpanzé, il n'y a pas d'orang-outang ; et si orang-outang, il n'y aura pas de gorille … etc. Il ne doit donc pas y avoir d'homme avec une parcelle d'ascendance Neandertal.
 
Alors que se franchissait un peu partout sur terre, le seuil définitif d'hominisation par la conscience réfléchie, une petite parcelle de l'humanité se trouvait totalement isolée du restant du monde. C'est vraiment l'histoire de Robinson sur son île.
 
Les hommes au Nord de la frontière de montagnes et de glaces appliquèrent leur faculté nouvelle de réflexion de conscience à conquérir les nouveaux territoires libérés  par  le  recul de la glaciation et à perfectionner leurs méthodes de chasse (… et de pêche, qui semble une activité très néolithique).
 
Les hommes prisonniers de la bulle hermétique du Moyen-Orient, coincés entre les glaces, les océans et les déserts, appliquèrent leur faculté nouvelle de réflexion à un mode très particulier de sédentarisation, en cités vivifiées par des fleuves. Une part importante de la population se concentra ainsi dans des agglomérations parfois fort importantes, inaugurant un mode de vie entièrement nouveau : les civilisations urbaines.
 
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Une part de la population se sédentarisa en unités plus petites (des villages) pour s'adonner à l'élevage de volailles et de porcs, ainsi qu'aux travaux des champs.
 
Une part de la population enfin – et là, le phénomène relève également d'une connaissance qui se retourne sur elle-même – focalisa son activité sur la conduite et l'élevage (par sélection) de troupeaux parfois considérables. C'est évidemment dans les pâturages d'Arabie et les vastes étendues d'Asie Mineure que se pratiquait ce nomadisme clanique. Avec des points commerciaux de rencontres dans les marchés des populations villageoises et des communautés urbaines.
 
De nombreux documents témoignent d'une hostilité à peine voilée entre civilisés des villes et mal éduqués nomades. Avec en contrepartie, le mépris envers les "constructeurs de ville" par rapport à la vie saine des meneurs de troupeaux. C'est toute l'histoire d'Abel et de Caïn. C'est, bien plus dramatiquement, l'histoire contemporaine d'Israël et des Palestiniens.
 
Dans l'île d'humanité que formait le Moyen-Orient jusqu'aux alentours des années ~2500, se développèrent ainsi trois foyers principaux de communautés humaines. Ces trois foyers coïncident avec les trois grands bassins fluviaux.
 
Au foyer de Mésopotamie, il faut rattacher l'ensemble des populations qui nomadisent en Asie-Mineure et dans la péninsule arabique. C'est évidemment, en nombre, le foyer le plus important. Mais c'est aussi le moins structuré, de par le gigantisme des territoires occupés.
 
Au foyer du Nil, et contrairement à l'habitude                             [[15]]
de bien des égyptologues, il faut rattacher toute la bande de terre entre le fleuve et la Mer Rouge.                                                                                                     
 
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Jusqu'à une époque relativement récente (entre ~2000 et ~1500) ces terres aujourd'hui désertiques jouissaient d'un climat, sec sans doute, mais malgré tout apte à la culture et à l'élevage.

Un document nous relate l'installation d'un chantier naval         
[[16]]
en cette région aujourd'hui désertique, et nous confirme la relative fertilité du lieu vers les années ~2000.

Reste le troisième foyer des plaines de l'Indus. Les historiens oublient souvent cette civilisation de notre Moyen-Orient. L'histoire de notre pensée a pourtant été marquée beaucoup plus profondément par la philosophie indusienne que par les cultes égyptiens.
 
Ceci est évidemment un des sujets majeurs de ma présente étude.
 
Lorsque sur un planisphère, on délimite l'îlot géopolitique de Moyen-Orient, on se trouve devant une petite tache, apparemment sans grande importance. Sur le terrain, il s'agit d'un territoire très étendu. Les distances sont immenses. Chaque foyer est éloigné d'environ 2.000 Km de son voisin. Et chacun des trois foyers d'humanité se situe à l'extrême bout de cette terre des hommes. Rien au delà du Nord-Est terminal de la Mésopotamie. Rien à l'Ouest infini de la vallée du Nil. Et rien non plus à l'extérieur des plaines d'Indus.
 
S'il existait sans doute le transport bâté (l'âne principalement), il faudra attendre la rencontre avec les Indo-Européens (vers ~2500) pour découvrir l'attelage qui peut augmenter considérablement l'importance des charges. Le déplacement monté (sur cheval cette fois) est sans doute plus tardif; on le situe vers ~2000. Il augmente la vitesse de déplacement, et réduit ainsi l'importance des distances. Quant au dromadaire, on n'en trouve aucune trace avant la fin du IIè millénaire.
 
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Vu l'étendue du territoire et la carence des moyens de transport, il n'est pas étonnant que chaque communauté se soit cantonnée dans son ultime extrémité du monde. Les fouilles archéologiques nous ont cependant, dans chaque poche d'humanité, livré de rares objets des deux autres communautés. Les trois foyers humains connaissaient donc leurs existences réciproques. Mais les relations se limitaient pour l'essentiel, à des ambassades officielles, à comprendre au rythme de … deux par siècle.
 
Il y eut sans doute des rencontres moins courtoises entre l'Egypte et la Mésopotamie. La frontière entre les deux entités était terrestre, et le triangle du Sinaï (et ses richesses minières) était convoité par les deux parties. Mais il s'agit beaucoup plus d'escarmouches que d'invasions, de guerres ou de prises de pouvoir.
 
J'ai la conviction que l'histoire est l'enchaînement logique des préoccupations autochtones. Ce "dogme" historique est le fil conducteur de mes recherches.
 
La faculté nouvelle de réflexion de conscience fut appliquée, par les hommes du Nord, à conquérir des territoires nouveaux et à améliorer leurs méthodes de chasse. C'est donc eux qui développèrent des moyens plus performants de transport, et des armes plus efficaces (originellement pour améliorer la chasse … on connaît la chanson!)
 
La faculté nouvelle de réflexion de conscience fut appliquée, par les hommes de la bulle, à perfectionner leur mode sédentaire de vie. C'est donc eux qui développèrent une civilisation de type urbain, avec des techniques de construction et des activités sédentaires liées au commerce, mais aussi à la science (dont la religion) et à l'enseignement.
 
Il me semble intéressant de remarquer ici que même les types d'écriture sont liés à ce que je viens d'appeler "les préoccupations autochtones". Les écritures hiéroglyphiques, que nous retrouvons le long du Nil et en Indus, sont originellement destinées à la décoration des bâtiments. Les Sémites plus dispersés au départ de la Mésopotamie, utilisaient une écriture dite "cunéiforme" réalisée sur terre cuite au moyen de traces laissées par des coins (sortes de clous); mieux adaptée ainsi à des documents transportables.
 
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La réflexion de conscience retourne l'observation sur l'observateur lui-même. Il devint ainsi très vite évident pour les hommes, que leurs perceptions ne leur découvraient qu'une petite parcelle du monde dans lequel ils étaient plongés. Les rythmes de la vie, les phénomènes climatiques parfois violents (foudre, tempêtes, raz de marée), les maladies (voire des épidémies), les rêves certainement (avec les mondes imaginaires qu'ils illustrent) …
 
Assez vite également, les hommes se rendirent compte qu'il y avait toujours un horizon. De leur terre, ils ne connaissent que la partie à l'avant de l'horizon. Il y avait toujours un au delà.
 
De manière générale, dès leur entrée dans l'Histoire – de par leur observation réfléchie – les hommes furent contraints d'imaginer, et puis d'organiser cette part de la nature qui échappait à leur observation directe, mais qui se manifestait néanmoins souvent dans le concret. Et dans la bulle hermétique de l'actuel Moyen-Orient, se développèrent principalement deux modèles de représentation de l'au-delà: la conception théiste et la conception universaliste.
 
 
 
 
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La conception théiste
 
De la région du monde qui échappe à notre observation directe, nous recevons certaines manifestations. Il s'agit, la plupart du temps, d'événements qui traduisent un mouvement, une action. La partie inaccessible de notre monde doit ainsi être peuplées de sujets actifs, et qui sont donc nécessairement vivants.
 
Êtres vivants de l'au delà de notre monde: ce peut être une définition des dieux.
 
La conception d'un divin est ainsi une première représentation par les hommes, du "Mystère".
 
La déduction logique qui, sur base d'observations éparses, aboutit à la conclusion que des êtres vivants et très puissants devaient peupler la part inaccessible de monde, supposait que ces êtres partageaient – évidemment – le même monde que nous. Les dieux, dans leur conception primitive, étaient, eux aussi, des habitants de la terre.
 
Dans cette logique, les dieux ne sont pas les inventeurs             [[17]]
du monde. Ils y habitent simplement, au même titre que nous. Il y a même des récits anciens, qui racontent l'histoire des hommes "avant" l'arrivée des dieux.  
 
Ainsi, les recommandations du roi Akhty à son fils (X dynastie, ~2100), connues sous le nom de "Enseignement pour Mérikaré", rappellent-elles qu'avant les dieux, le démiurge créa les hommes sortis de ses larmes. La création était alors entièrement ordonnée autour du bien-être humain.
 
Nous retrouvons un texte allant dans le même sens sur la pierre de Chabaka datée de l'époque du royaume autochtone de Nubie au VIIIè siècle avant notre ère, et qui se réfère à la tradition ancienne en reprenant des textes du Premier Empire. 
 
Un texte plus récent gravé sur la Porte de Ptolémée Evergète (pylône principal de l'entrée du temple à Karnak) nous confirme :
"Aux temps primordiaux, Ma'at était venue du ciel. La terre était inondée et les ventres rassasiés; il n'y avait pas de famine dans le pays. Les murs ne s'écroulaient pas et les dards ne piquaient pas; le crocodile n'agressait pas et les serpents ne mordaient pas."
 
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Le mythe occidental du Paradis terrestre suggère qu'avant le péché, l'homme ne connaissait ni l'agression ni la douleur. La punition sera d'ailleurs       [Gn III, 16]
"Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils."
 
Comme la terre accessible à notre observation est "peuplée d'une multitude" d'hommes, on peut raisonnablement concevoir que la partie au-delà de notre observation soit à son tour "peuplée d'une multitude" de dieux. Le concept divin est initialement pluriel. Notre terre est ainsi partagée entre le domaine des hommes, et le domaine des dieux.
 
Dans cette conception, les dieux habitent la même terre que les hommes, mais dans un domaine séparé. Intrinsèquement, ils sont sans doute de même nature (ou d'une nature fort proche) que celle des hommes. Toutefois, l'importance des éléments qu'ils déclenchent démontre une puissance nettement supérieure à celle des humains. Ce sera donc cette puissance qui sera la distinction fondamentale entre hommes et dieux. La différence entre dieux et hommes est davantage quantitative que qualitative.
 
C'est l'évolution dans la ligne de cette représentation d'un divin d'une nature analogue à celle des hommes, qui aboutira à attribuer une personnalité de type humain aux dieux d'abord (comme en Egypte); à Dieu ensuite comme en Israël. Très rapidement, les manifestations qualifiées de divines, seront considérées comme les effets d'intentions de la part des dieux. Ils deviendront dès lors la réplique mentale de l'homme. (A moins que l'homme n'ait été conçu à l'image des dieux …)
 
Les notions géographiques du monde ont changé au cours des temps. Ainsi, si les dieux habitent la même terre que nous, leurs lieux de résidence ont souvent changé au cours de l'histoire. Je n'ai pas la prétention de retracer ici l'évolution historique des changements de résidence des dieux avec: au IV millénaire, ici; au III millénaire, là bas; etc.
 
127
Il y eut une représentation de la terre à l'image d'un disque entouré d'un océan. Dans cette géographie, les dieux habitaient tantôt une autre contrée du disque; et tantôt un autre disque quelque part sur le même océan. Cette géographie primaire donna lieu à des variantes, avec un ciel en coupole au dessus et, sans doute, une demi-sphère inférieure pour contenir le tout. Et les dieux habitèrent parfois soit le ciel d'en haut, et parfois la région inférieure.
 
Les Indo-Européens – et les grecs tout particulièrement – éprouvèrent la nécessité  de structurer leurs observations sur base d'une logique de déduction. Ils arrivèrent ainsi très vite à la conclusion que notre terre était sphérique. Quelle place alors occupaient les dieux?
 
Quand ils eurent l'impression d'avoir exploré l'ensemble de la sphère terrestre, les hommes reléguèrent les dieux dans l'éther (cinquième élément à attribuer en Occident à Aristote) au centre duquel baignait la terre; à la manière d'un blanc d'œuf qui maintient le jaune en son centre. Dans cette cosmologie, les points lumineux de la voûte céleste nocturne étaient dus à des petits trous qui, dans la coquille du monde, laissaient passer la lumière.
 
A l'époque classique grecque (Aristote et, un siècle plus tard, Aristarque de Samos) un système complexe de vingt sept (27) sphères - emboîtées les unes dans les autres (les déférents) et ayant la terre pour centre; sur lesquelles tournaient d'autres sphères (les épicycles) également en mouvement uniformes - pouvait donner une représentation assez conforme aux mouvements des astres observés dans le ciel à partir de notre terre. Cette vision donna lieu à l'antagonisme entre la lumière et les ténèbres.
 
128
La cosmologie biblique commence d'ailleurs par cette annonce:
[Gn I, 4]             "Dieu vit que la lumière était bonne,
                        et Dieu sépara la lumière et les ténèbres"
Le manichéisme est une des voies ouvertes par cette cosmologie.
 
Aristarque avait avancé l'hypothèse d'un système gravitant autour du soleil. Il fallut attendre encore deux mille ans, Copernic et sa publication de "De revolutionibus orbium cœlestium" (en 1543), pour que l'hypothèse fût enfin reprise.

On connaît les difficultés rencontrées par Galilée et Newton pour faire admettre leur théorie scientifique de l'héliocentrisme à l'encontre de l'orthodoxie religieuse. Car en effet : où situer les dieux, là dedans?
 
A l'appui de la résistance de l'orthodoxie, un texte du livre biblique de Josué:
[Jos X, 13]         "Et le soleil s'arrêta et la lune se tint immobile".
 
Changer la géographie - et ensuite l'astronomie – se résumait à déménager les dieux. Il est vrai que le problème était devenu moins complexe depuis le monothéisme, qui après avoir timidement végété plus d'un millénaire et demi chez les Hébreux, avait trouvé une audience plus large dans la diaspora (et plus tard dans l'ensemble de l'empire romain) avec l'essor des christianismes. Il ne fallait dès lors plus déménager qu'un seul Dieu. Mais le problème restait entier de le placer quelque part, s'il ne cohabitait pas avec les hommes.
 
C'est sans doute en ce sens qu'il nous faut comprendre la première parole de la prière de Jésus: [Mt VI, 9] "Notre Père qui es dans les cieux …" C'est la proclamation d'un Dieu métaphysique à l'encontre de la section de sa philosophie qu'Aristote appelait "la Physique".
 
Voilà pour la localisation du divin sur terre, et timidement dans un Univers. Je n'ai pas l'intention d'avoir établi l'historique des localisations successives des dieux au cours de l'Histoire. J'ai simplement jugé utile de signaler que cette localisation a posé problème, tant que les dieux (et ensuite "le" dieu) étaient de nature physique. Le domaine divin trouva une réponse quand le Dieu devint "métaphysique", c'est à dire "non-matériel". Mais alors là, se posèrent d'autres problèmes.
 
129
Le concept philosophique de "dieu" ou "divin" est très complexe. Il émane partiellement d'une intuition et est à ce titre, immunisé de tout attribut de "non-vrai". J'ai développé cet argument de vérité nécessaire de l'intuition, dans la première partie de cet ouvrage "Dieu, allégories et concepts". L'intuition étant la perception immédiate – sans intermédiaire - d'un objet, il découle d'évidence que cet objet compte au nombre de ce qui est présent dans l'Univers. L'intuition est la perception d'un objet concret, donc vrai. En ce sens, le concept de Dieu, objet concret perçu par l'intuition, recouvre une vérité incontestable. Mais les attributs qui ont habillé cette vérité, ont été colorés par les époques et par les contrées où se sont développés les concepts divins. Il en résulte souvent une superposition d'images, parfois incompatibles entre elles …
 
En outre, les Indo-Européens (Perses, Grecs, Latins, Européens) avaient la conviction que les dieux, quels qu'ils soient, étaient identiques partout sur la terre. Ils ne différaient que par leurs noms, et les quelques fonctions secondaires qui leur étaient éventuellement attribuées dans les diverses régions. C'est ainsi que Zeus, Jupiter et même Yahvé se trouvèrent parfois confondus dans une divinité identique. De même Héra, Junon ou Hathor; ou  Isis, Aphrodite et Marie, mère de Jésus. Ces amalgames perdurèrent, au delà d'un monothéisme initialement imposé; et puis adopté par l'ensemble de l'Occident: Israël, chrétientés et Islam.
 
Et pourtant. La conception théiste du Mystère se divise en deux courants de pensée, opposés en de nombreux points.
 
Pour les uns (la Mésopotamie par exemple) les dieux ont inventé les hommes pour se décharger sur eux des besognes fastidieuses de leur vie courante. Les hommes sont fondamentalement au service des dieux. Tout manquement à leurs obligations envers ces dieux est une offense personnelle au dieu ainsi négligé. D'où la notion de péché.
 
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Le développement de cette pensée distinguera la transgression individuelle (péché) à la loi (qui émane de la volonté divine) de l'imperfection constitutive des hommes qui peuvent se tromper ou remplir leur tâche de manière non satisfaisante.
Dans les deux cas, l'offense est personnelle envers le dieu : donc péché. Mais l'imperfection constitutive alourdit le déficit humain de la notion de "péché originel". C'est cette tradition théiste-là qui a investi la pensée occidentale unifiée dans l'amalgame indo-européen. Judaïsme, christianismes et Islam sont les religions de la rédemption du péché.
 
Il y avait pourtant une deuxième conception théiste (en Egypte par exemple) qui investissait les dieux de la mission - et leur accordait le pouvoir - de gouverner les hommes suivant des principes auxquels les dieux eux-mêmes étaient soumis. Ces grands principes étaient :
-          "Ma'at", à comprendre comme le respect de la nature, l'harmonie du monde ;
-          et "Ankh", la vie elle-même.
 
Une éventuelle transgression à la loi n'était évidemment pas une offense personnelle au dieu chargé de faire respecter cette loi. La théologie égyptienne ignorait toute notion de péché. Les dieux n'investissaient d'ailleurs pas les consciences personnelles. C'était une religion de "cultes" où l'ensemble de la société rendait publiquement aux dieux hommage, reconnaissance et soumission.
 
Même en période aiguë de crise monothéiste sous Akhenaton, la fonction pharaonique n'est pas intervenue au niveau de la conviction personnelle des particuliers. Dans la construction de leurs tombeaux par exemple, passant outre le culte public officiel, de nombreux privés (et parmi eux des dignitaires) continuèrent à rendre culte aux multiples dieux de l'ensemble du panthéon traditionnel. La religion cultuelle égyptienne se limitait à rendre un hommage officiel et public aux dieux (au dieu unique, sous Akhenaton).
 
131

Une première manière de résoudre le mystère de l'inconnaissable fut d'imaginer des dieux :
-          au service de qui avaient été fabriqués les hommes, pour les uns;
-          chargés de veiller à l'harmonie du monde et des hommes pour les autres.
 
Le discours théiste nous donne une conception logique et tout à fait cohérente. C'est avec une très grande vraisemblance qu'il nous décrit notre monde.
 
Nous ne percevons du monde que le seul territoire habité par les hommes. D'autres régions, auxquelles nous n'avons pas accès, forment le domaine divin. Si notre partie du monde est habitée par "les" hommes, l'autre partie est évidemment habitée par "les" dieux. Le terme de dieu – à l'égal de celui de l'homme – porte en lui l'attribut d'un pluriel. Les dieux.
 
C'est de ce domaine divin qu'émanent des phénomènes que nous ne comprenons pas. Le domaine divin abrite ce qui pour nous est le "Mystère"; il nous restera toujours inaccessible. Les dieux ont les attributs de personnes. Leur domaine étant étanche par rapport au nôtre, ils sont transcendants (inaccessibles par nos actions) ; mais tout puissants, vu l'importance des éléments qu'ils manipulent. Ce sont les dieux qui exercent leur action sur les hommes. Ils sont  à l'origine de tout ce qui se produit.
 
Et en Mésopotamie, une désobéissance à l'ordre établi devient une offense personnelle envers le dieu : c'est la notion de péché. Les hommes doivent obéir aux dieux ; ils sont même parfois à leur libre disposition. L'avenir ultime des hommes sera résolu dans leur mort.
 
Il n'est pas très rassurant de constater que le système dégagé par ce mode de pensée, s'ouvre par le concept divin dans un acte sans cause, pour se clôturer dans la mort individuelle
 
132
 
 
La conception universaliste
 
Mais il y eut encore une tout autre manière d'aborder le mystère de l'inconnaissable.
 
Au Nord-Ouest de l'Inde, dans la plaine de l'Indus - qu'il faut absolument incorporer dans la bulle hermétique de notre Haute-Antiquité - le seuil de réflexion de conscience permit également aux hommes de constater un irrémédiable horizon.
-          Au sens géographique du terme, et qui limitait l'exploration des territoires à la             partie située devant cet horizon.
-          Mais au sens plus large également d'une connaissance limitée par nos sens, à             la perception physique des objets matériels.
 
Toutefois, les manifestations qui nous parvenaient d'au-delà des horizons (grand large par rapport à l'océan littoral; paysages découverts derrière les frontières naturelles; les rythmes de la vie; la rencontre avec les deux autres communautés d'hommes, etc…) tout cela semblait régi par des normes identiques, qu'elles soient en deçà ou au delà de l'horizon de conscience. Les rythmes des astres et des saisons n'étaient manifestement pas limités à la parcelle de territoire habitée par les hommes.
 
Pour les Indusiens, nous ne percevions que la parcelle d'une structure beaucoup plus vaste. La terre habitée par les hommes était régie par les normes d'un ensemble. Le monde était un tout dont la partie perceptible n'était qu'un élément. C'était la notion d'un "Univers".
 
L'observation et la connaissance de cet Univers (le Véda) apprit rapidement aux Indusiens que nos sens percevaient des éléments non mesurables et non quantifiables. C'était l'exemple de la lumière ou de la chaleur. Vibrations, certaines énergies; la vie, la pensée. Il y avait donc, dans l'Univers, des éléments (des objets) qui n'étaient pas constitués de matière.
 
Les objets de matière – ce que la philosophie appelle "le réel" – ne formaient qu'une partie d'un Grand-Tout.
 
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Le concept fondamental devait être, non pas un objet (matériel, lumineux, énergétique, etc…) mais une pulsion, une énergie qui, pour se manifester (pour exister) prenait la structure tantôt de la matière, tantôt de la lumière ou d'un son, tantôt d'un rayonnement. Au delà des objets qui concrétisaient l'Univers, il devait y avoir une force qui rendait possible la présence d'objets : un être potentiel.
C'est l'Etre Primordial : Atman.
 
Dès lors qu'il devenait objet (matériel, ou virtuel, ou énergétique …) il s'intégrait dans le système général du Grand-Tout et participait, par sa seule présence, au processus sans fin d'une influence modificatrice sur son environnement. Par ce changement, il modifiera à son tour les objets sur lesquels il étend son influence. La concrétisation de l'Etre Primordial lui permet de participer au processus infini de la cause qui induit l'effet ; et de l'effet qui à son tour devient cause qui induit …
L'Etre Primordial est aussi Cause Primordiale : Brahman.
 
Dans le système de pensée "Véda, Atman, Brahman",                            [[18]]
il n'y a rien d'extérieur au concret. Chaque objet (matériel ou autre) est la traduction définitive dans l'ensemble du Tout, de la pulsion primitive à devenir. Chaque composant de l'Univers est ainsi une émanation directe de Atman. Chaque objet est parfait, dans la ligne ultime de sa concrétisation.  
 
De la même manière et dans le même processus, chaque objet concret est la traduction définitive dans l'ensemble du Tout, de la pulsion primitive à devenir cause. En dehors du processus de cause à effet, l'Etre Premier ne se manifeste pas. Il est une entité virtuelle abstraite, étrangère à tout processus d'existence, à tout processus historique. Dans la ligne ultime de sa concrétisation, chaque objet introduit l'Etre Primordial dans une Histoire.
 
L'effet de renvoi de la connaissance sur elle-même (la Réflexion de Conscience) a bien entendu polarisé le savoir du Véda en retour sur l'homme lui-même. Chaque homme, objet présent dans l'Univers, était une traduction définitive et parfaite de l'ensemble du Tout: Atman. Chaque homme, également concrétisation parfaite de Brahman, était un rouage indispensable au processus historique de l'Univers.
 
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Par rapport aux conceptions théistes, la vision universaliste du Véda :
-          reconnaissait en chacun l'émanation particulière de l'Etre Premier,
-          reconnaissait le rôle indispensable de chaque individu en Brahman,
-          reconnaissait en chaque "objet", la concrétisation d'une perfection.
 
Dans ce système de pensée, il ne reste aucune place pour d'éventuels dieux. Il y a par contre, la notion entièrement nouvelle d'un Etre Primordial - unique dans sa seule définition - et qui, de sa propre énergie, concrétise chaque objet de l'Univers dans un acte de pure création. Et chaque créature étant une concrétisation parfaite dans sa ligne individuelle ultime, il n'y a aucune place pour des notions de bien ou de mal. Il y aura bien sûr, l'acte socialement inacceptable contre lequel, dans une position de défense, l'ensemble de la société prendra une sanction. Il n'y a pas d'être mauvais. Il y aura l'être nuisible dont on se débarrassera.
 
Les idées trop abstraites trouvent difficilement leur écho dans l'imagerie populaire. L'Etre Primordial fut alors illustré. Les sages du Rg Véda le comparèrent souvent au rayonnement du soleil lorsqu'il embrase l'horizon. Un foyer rayonnant de lumière et de chaleur d'où émaneront les "objets" de la vie.

Le discours universaliste nous donne une conception logique et tout à fait cohérente. C'est avec une très grande cohérence qu'il nous décrit notre monde.
 
Nous ne percevons de ce monde que le seul domaine perceptible par nos sens. De nombreux objets ont des structures différentes de celles de la matière (lumière, sons, etc.) Ces objets sont nécessairement régis par les mêmes normes que les objets matériels parce qu'ils appartiennent à un système unique : l'Univers.
 
Il n'y a pas d'inaccessible, de "Mystère". Il y a simplement des domaines que nous ne connaissons pas encore. A nous d'établir une recherche, une communication entre nous et ce qui nous est encore inconnu. Nous émanons de la même dynamique que tous les objets de l'Univers. C'est une force fondamentale, un Etre Primordial – virtuel - dont nous sommes une concrétisation. L'Etre primordial nous est ainsi immanent.
 
135
C'est la concrétisation des objets - et des hommes - qui transforme l'Etre Primordial en Etre présent (Atman), et lui permet d'entrer dans le processus infini de causes à effets (Brahman). C'est nous qui donnons à l'Etre Primordial la possibilité de devenir Cause Fondamentale et d'entrer ainsi dans une histoire.
 
Chaque objet de l'Univers est la concrétisation complète de la force fondamentale qui incite à être, et que nous avons appelée Etre Primordial. Chacun, dans sa ligne individuelle de concrétisation, est une forme parfaite. Il n'y a pas de critère de bien ou de mal pour distinguer un objet ou une personne.
 
Les hommes, par leurs structures, tant matérielle que non-matérielle, sont indispensables à la concrétisation de l'Univers. Leur avenir est dans les conséquences infinies (les effets) de leur présent.
 
Il est trompeur de penser que la pensée universaliste puisse se combiner à la conception théiste du monde. Les différences sont essentielles et proposent de véritables oppositions dans les concepts.

C'est pour remédier partiellement aux contradictions intrinsèques engendrées par l'amalgame de ces deux modes de pensée - chacun pourtant très cohérent - mais incompatibles entre eux, que la pensée religieuse occidentale s'est polarisée autour de la Personne de Dieu, sa Parole et son action créatrice. Les mystères de Dieu sont insondables. Et enfin, l'unicité de la divinité qui n'a pu trouver de solution que par voie d'imposition d'un dogme.

 
L'ensemble du système théiste ignore enfin totalement le principe des causes.
 
La négation d'une Cause primordiale à remplacer par la volonté divine intégrée à chaque acte de la vie, suppose que tout événement ne peut se produire qu'avec le consentement de Dieu. Avec la dérive immédiate que la charge de dynamite que je transporte à ma ceinture en plein marché public, n'explosera qu'avec le consentement de Dieu.

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Tant que les dieux formaient une société de seigneurs imposant leurs volontés aux hommes (comme en Mésopotamie), ou bien tant qu'ils formaient l'assemblée d'un gouvernement du monde (comme en Egypte), les hommes avaient la relative garantie qu'une décision divine éventuellement trop partiale serait compensée par la contre-décision d'un dieu voisin qui rétablirait une décision de justice.
 
Dès lors qu'il est devenu unique, et que ce sont ses volontés qui déterminent les événements (en lieu et place de "causes" absentes dans ce système de pensée) la décision divine n'a plus aucun contrepoids. Unique et transcendant, Dieu est ipso facto devenu "infini". Et les proclamations théologiques qui visent à atténuer son éventuel arbitraire le déclareront "infiniment bon", et "infiniment juste". Et à chacun des hommes, il portera un "amour infini".
 
Nous sommes ici dans la logique d'une histoire bien contemporaine !
 
*
* *
 
 
 
 
 
Retournons à la salutation du chef de la délégation pountite à son arrivée en Egypte, quand il compare la Reine Hatshepsout, au "Soleil féminin qui brille comme Aton".
 
Le dieu solaire, en Egypte, portait des "prénoms" différents selon sa fonction ou sa position.
-  Amon était le dieu solaire, dans sa pleine déité, mais aussi dans sa
    transcendance au Mystère. Amon, le caché, qui chaque soir, disparaît
    dans le royaume des morts.

- Aton, au contraire, était le dieu d'évidence, éblouissant à l'horizon,
    dans son rayonnement de chaleur et de lumière.

 
137

L'image pountite ici, feint de se superposer à l'image égyptienne lorsqu'elle compare la Reine à Aton. Mais dans le vocabulaire védique, Aton (ici nommé) reste un simple objet, dans sa concrétisation matérielle d'astre. Image très emblématique de l'Etre Primordial, il est vrai; et image parfaite, mais  comme tous les objets de l'Univers. Le Maître éblouit ici son hôte et lui jette de la poudre aux yeux; mais fondamentalement ne lui manifeste aucune déférence particulière.
 
La diplomatie pountite arrive cependant à concilier
- la représentation théiste égyptienne
        (Aton, dieu solaire dans son éblouissement "horizontain"),

-  et l'icône de la conception universaliste qui propose
        l'Etre Primordial dans le foyer de chaleur et de lumière du soleil à l'horizon.

 
Cette salutation prend évidemment la forme d'un message de paix. "Vous accueillez notre communauté au cœur de votre pays d'Egypte. Nous avons le même respect pour les mêmes valeurs. Nous reconnaissons la souveraineté universelle de Votre Majesté." Mais il faut aussi certainement considérer ce même salut comme un message d'intransigeance.
 
A ce propos, les historiens considèrent généralement que les trésors rapportés de Pount sont un butin égyptien. Rapporter un butin d'une ambassade en pays ami (???) La seule quantité de l'or peut être évaluée à 790 Kg ! Il serait peut-être plus exact de considérer la riche cargaison ramenée du pays de Pount, comme un tribut (voire un montant d'achat) relatif à la concession qui sera accordée à la délégation pour son installation à long terme dans la région jalousement gardée de la vallée du Nil.
Il faut également considérer le message officiel de salutation à la Reine comme un avertissement que la communauté pountite ne tolérera aucune concession sur sa vision fondamentale.         
                          • D'une part, l'Univers structuré est Un, par définition.
                          • En opposition à un monde partagé en zones de mystère.
 
138
L'enseignement de Moïse reprendra à son compte cet amalgame non-rationnel. Et ce sera l'ensemble de ces incohérences qui diviseront les fidèles des trois courants monothéistes:
-      L'unicité du Dieu sera certainement le point-phare de ces dissensions.
-      Le problème de la transcendance et de l'immanence conjuguées restera
        confiné dans les séminaires de théologie, mais sans trouver de solution.

-      La doctrine du péché sera l'axe autour duquel s'élaboreront les christianismes.
-      L'utilité de l'homme (problème de l'absurde) alimentera
        la philosophie occidentale, et deviendra le thème central du XX siècle.

-      Quant à l'avenir de la vie dans la mort,
        c'est un thème religieux partagé dans l'ensemble de l'Occident.

 
La communication entre domaines étanches (dieux – hommes) semblait impossible aux Indo-Européens, principalement les Grecs. Ils imaginèrent ainsi des intermédiaires pour établir la communication, des messagers [ά̉γγελοι (aggeloï) = anges]. A noter que c'est également un ange (Gabri-el) qui portait à Mahomet la parole de Dieu.
 
L'analyse que je propose ici n'est pas sans poser de problèmes.
 
C'est aux Indo-Européens que j'ai attribué la conception d'une identité unique pour les dieux, quels que soient les peuples qui les honorent. Dans la ligne de mon affirmation, l'amalgame entre la cosmologie védique et la théologie nilotique devrait donc revenir à des Indo-Européens. Or …
 
Les Hyksos (Indo-Européens) auront été chassés d'Egypte depuis trois quarts de siècle déjà lorsque des Pountites s'installeront à demeure dans la vallée du Nil pour y fonder une communauté culturelle propre.
 
Et ce ne sont pas les souverains et érudits de la XVIII dynastie qui auront réalisé l'amalgame Dieu/Etre Primordial. Les déclarations d'un Akhenaton par exemple, sont rigoureusement orthodoxes par rapport à la doctrine védique. Mais cette orthodoxie suppose simplement une lecture moins étriquée que celle des historiens. Ceci est une autre histoire.
 
139

Les bornes-frontières destinées à délimiter "le" domaine à el Amarna, nous relatent les difficultés pour les Egyptiens, à assimiler au fil du temps, la différence fondamentale entre le concept de "divin" (encore évoqué dans les premières stèles) et le concept beaucoup moins figuratif d'un "Etre primordial" que nous retrouverons sous la transcription beaucoup plus abstraite d'un simple cercle, dépouillé de tout attribut divin.
 
Le pas fut difficile à franchir ; mais les dernières proclamations d'Akhenaton nous laissent supposer qu'Aton était définitivement débarrassé de quelconques attributs divins.
 
Or l'assimilation du concept d'un Dieu à celui de l'Etre Primordial a été proclamée par un Sémite: Moïse.
 
Notre manque de documents nous interdit d'affirmer quoi que ce soit. Simplement, il me semble opportun d'aligner diverses suppositions émises séparément, dans des contextes qui souvent sont sans rapport les uns avec les autres. Ces hypothèses s'enchaînent alors et forment une histoire cohérente. Elles restent bien entendu de simples hypothèses de travail.
 
Qui sont ces Hébreux contraints au travail forcé en Egypte ?
Et à quelle époque sommes-nous?
 
La Bible nous affirme un contingent de 603.550 hommes, de vingt ans et plus, aptes à faire campagne … enregistrés selon leur formation à combattre.          [Nb I, 3]
Le texte ne précise pas la technique de comptage, mais insiste sur l'équivalence du résultat, que l'on ait compté par clans, par chefs de tribus ou par familles.
 
J'ai commenté l'importance de cette population dans la deuxième partie des "Mosaïques", et je ne crois pas utile d'y revenir ici par le détail. Avec femmes, enfants et personnes âgées, nous dépassons les deux millions de personnes; sans compter les "impedimenta".
 
140
Il est peut-être rapide de qualifier tous ces nombres de "symboliques". Il est fort possible que ce recensement soit le reflet tout à fait réel d'une population d'Hébreux, mais certainement pas au moment de leur départ d'Egypte. Il m'a semblé très probable que les 600.000 hommes représentent la population devant payer l'impôt pour la dépense somptuaire d'un temple à construire sous Salomon. Nous sommes près de quatre siècles après l'Exode.
 
Si nous nous souvenons que les Egyptiens étaient très jaloux de leur vallée, nous pouvons considérer comme exclu que 2.000.000 d'étrangers aient pu résider le long du Nil. Sans compter qu'un déplacement improvisé de deux millions de personnes, pendant plusieurs dizaines d'années, ne serait pas passé inaperçu, et n'aurait certainement pas été toléré par les polices des pays limitrophes. Or, nous n'avons aucune trace, aucune mise en garde contre ce déplacement suspect.
 
D'autre part, malgré une documentation assez complète relative aux événements de la XVIII dynastie, nous n'avons aucun document pour nous relater la perte de chars qui se seraient embourbés dans la mer. Aucune trace égyptienne d'escarmouche avec des "travailleurs en fuite". J'ai souligné ailleurs qu'une lecture attentive du texte biblique ne signale nulle part que les Benéi Israël auraient "traversé" la mer à cet endroit.                                                                    [Ex XV, 29]
Les enfants d'Israël, eux, avaient marché dans le lit asséché de la mer …              
 
Dans les mêmes "Mosaïques", j'ai souligné l'invraisemblance à situer la Pâque juive dans le Nord de l'Egypte; les Juifs sont partis du Sud de la vallée. Ce qui justifie une frontière maritime à l'Est, leur errance dans des "déserts", et leur passage par le Sinaï.
 
Nous avons d'ailleurs confirmation de groupes de travailleurs hébreux – camps de travail ? – à la hauteur de la première cataracte. Ces travailleurs demandent (et obtiennent) l'autorisation d'y construire un lieu de culte. Il y avait donc une relative population d'Hébreux. Mais des centaines de milliers … cela semble exclu.
   
141

D'où provenaient ces travailleurs ? L'Histoire ne nous permet pas de répondre. Nous ne possédons aucun document relatif à leur installation. Mais en dehors d'une étude strictement historique basée sur la lecture de documents, nous savons que les Indo-Européens qui s'installèrent en maîtres tant en Mésopotamie qu'en Egypte (et nous pouvons supposer un scénario analogue en Indus) formaient en réalité un très petit nombre. Un noyau de quelques aventuriers. (Je ne puis m'empêcher ici, de penser à la colonisation des XIX et XX siècles par les Européens.) Mais les Indo-Européens s'entouraient rapidement de collaborateurs locaux qu'ils rétribuaient largement en honneurs et en "loisirs de se servir".
 
Les Hyksos qui s'installèrent dans la région du Delta du Nil y arrivèrent ainsi secondés par des acolytes sémites à leur service.
 
La thèse est défendue par certains historiens, que l'histoire biblique de l'arrivée de Joseph en Egypte, relate l'installation en Egypte de Sémites Hébreux, collaborateurs des conquérants Indo-Européens que l'historien égyptien Manéthon qualifiera au III siècle avant notre ère, de Hyksos, (terme hellénisé de héka-khasout: hékà = chef et Khasout = étranger), les Maîtres étrangers.
 
On peut dès lors émettre l'hypothèse qu'après avoir chassé l'envahisseur vraiment étranger (Indo-Européen), les nouveaux maîtres de la XVIII dynastie (Amosis, ~1543 - ~1518) réquisitionnèrent les anciens fonctionnaires sémites pour les garder sous haute surveillance dans des ghettos de travail. Cette version rencontre l'affirmation de Manéthon lorsqu'il affirme que c'est sous Amosis que se situe l'événement que les Juifs de son époque (III s. av.J.-C.) racontent encore à Alexandrie, quand ils parlent d'un certain Moïse. Nous sommes ici dans le domaine de l'hypothèse; mais elle correspond parfaitement à la situation de servitude décrite au début du livre biblique de l'Exode.
 
Dans la première partie de mes "Mosaïques", j'ai affirmé la très grande probabilité d'un départ d'Egypte à situer à la fin de l'épisode amarnien, lors de la restauration de l'ancien culte à Amon, sous Toutankhamon (~1330).
142

L'affirmation biblique d'un séjour d'Israël en Egypte durant 430 ans      [[19]]
confirmerait alors l'arrivée des Hébreux vers ~1760, date généralement admise pour l'arrivée des Hyksos et leur prise de pouvoir.        
 
La longue cohabitation entre les Hébreux bibliques et les Hyksos, peut expliquer la démarche que j'ai qualifiée de "typiquement indo-européenne" d'assimiler en un être unique, les divers dieux honorés dans les diverses civilisations.
 
Alors que les documents d'el Amarna nous confirment que les Egyptiens avaient fini par bien distinguer que l'Etre Primordial n'était pas un dieu, les Sémites indo-européanisés continuèrent pour leur part à tenter d'assimiler cet Etre Primordial (unique par définition) à un Dieu devenu unique par amalgame.
 
Un dernier point enfin, mais qui a certainement son importance. La lecture classique des textes amarniens théophores nous donne:
 
Mérytaton                                                           = aimée d'Aton
Méketaton                                                          = protégée par Aton
Ankh ensenpa aton                                            = qui vit pour Aton
Nefert neferou aton (Néfertiti)                            = la belle des belles devant Aton.
Akhetaton (el Amarna)                                       = domaine d'Aton
 
Lorsque je lis ces noms dans une vision védique, j'en refuse les lectures théophores. Aton n'est pas un dieu. Il est dans notre Univers, la concrétisation parfaite sous forme de matière, d'un Etre primordial.
 
La traduction en français serait très peu élégante, car il me faudrait par exemple traduire Néfertiti par "Concrétisation parfaite dans notre Univers matériel, de la Belle parmi les belles". C'est évidemment très lourd. La même idée, moins explicite, mais plus proche sans doute de l'élégance dans l'expression égyptienne, nommerait plus simplement:
"La" Belle des belles.
 
143

De même,
pour Mérytaton :
  la bien-aimée.
pour Méketaton :
la préférée.
Remarquons le couple Toutankhamon et Ankhensenpaaton :

-          le savoir de la Vie, pour le roi ;
-          l'épanouissement de la Vie pour la Reine.
 
Dans cette même lecture, Akhenaton n'est pas l'imprégné d'Aton.
Il est lui-même l'accomplissement parfait. Il est LE έ̉ν-θεος (en-théos), l'illuminé.
Et la ville d'Akhetaton (construite à el Amarna) est tout simplement le domaine.
 
 
 
Contrairement à ce que pourrait donner à penser un écrit comme la présente étude, je ne m'intéresse que très peu et très accessoirement à l'Histoire. Mais je sais qu'aujourd'hui est toujours la conséquence d'hier. Et aujourd'hui, c'est la guerre meurtrière entre trois fractions religieuses qui justifient leurs intransigeances au nom d'un enseignement en principe unique, celui de Moïse.
 
Dans ce cadre là, il m'a semblé intéressant de chercher les failles, et les contradictions dans cet enseignement originellement identique. C'est pour résoudre ces contradictions que chaque doctrine religieuse a pris parti contre la fraction voisine qui apportait une solution différente, donc non-orthodoxe. A l'origine des conflits - et des guerres à couverture religieuse qui en découlent – la proclamation que Dieu ne tolère aucune place pour l'erreur. Et l'erreur, bien évidemment, c'est l'autre. Cet argument est encore parfois avancé aujourd'hui, dans certains cercles chrétiens bien-pensants, tant catholiques qu'orthodoxes.
 
Que serait-il arrivé si Moïse avait compris que le concept d'un Dieu était incompatible avec celui d'un Etre Primordial ?
144

- Il aurait certainement poursuivi le rassemblement politique des clans de sa tribu
     pour en former le peuple hébreu.

- Il les aurait certainement polarisés autour d'une idée directrice plus vaste qu'une
    simple organisation sociale. - Moïse (de même que Mahomet d'ailleurs) se
   présentent comme des mystiques. Ils connaissaient aussi la puissance des idées
   religieuses pour galvaniser un peuple.

- Il aurait certainement poursuivi sa double mission
    • de libérer la partie de sa tribu retenue en servage
        dans le pays (réputé "hostile") d'Egypte ;

    • et de donner une terre à l'autre partie de son peuple
        acculé à nomadiser dans des territoires devenus inhabitables.

 
La politique d'établissement d'un peuple, puis d'une nation, n'aurait pas été fondamentalement modifiée. Mais les cultes aux dieux seraient restés des cultes. Moïse les a transformés en religion, avec engagement individuel de chaque personne envers son Dieu. Or cette religion s'est partiellement construite sur certaines contradictions. D'où l'éclatement en fractions rivales, puis opposées, en enfin ennemies.
 
D'autre part, il n'est pas du tout évident que le Moïse de la première révolte (avec assassinat du contremaître égyptien) soit le même personnage que le Moïse des transactions avec Pharaon; ni le même personnage que le guide de la longue marche.
 
Une école historique défend l'idée que le nom de Moïse (à traduire peut-être par "Le fils") a été donné à l'ensemble du mouvement subversif et de guérilla qui a libéré un groupe de travailleurs forcés de son ghetto d'Egypte, pour ensuite rassembler en une communauté unique les clans épars qui nomadisaient dans les vastes territoires en voie de désertification, au Sud du Sinaï, en Arabie. Cette succession de personnages pourrait justifier la diversité des dates proposées pour situer l'épisode "Moïse".
 
145
La durée égyptienne de la rébellion couvrirait alors la période allant de Touthmôsis III à Toutankhamon. Période d'environ 140 ans, juxtaposable à la présence indusienne (ou Pountite) en Egypte (~1470 à ~1330, environ).
 
Le rassemblement des clans nomades d'Arabie se répartirait lui, sur les quarante années bibliques d'errance dans les déserts, la valeur du nombre 40 étant ici purement symbolique, mais couvrant – le texte est explicite - plus d'une génération en tout cas.
 
*
* *

Une fois n'est pas coutume: je voudrais terminer par une considération personnelle.

 
Je pense qu'il doit se trouver assez peu de personnes pour prétendre que la graine pousse par la volonté de son semeur. Elle germe, prend racine et se développe en fonction d'une pulsion interne qui la force à germer, à prendre racine et à se développer. Serait-ce cette pulsion dynamique que l'on nomme la Vie ? Je laisse la question ouverte …
 
Entre l'origine (ici la graine) et l'aboutissement de l'événement (la plante développée), il ne reste aucun interstice pour une éventuelle intention.
 
Dans un système de pensée qui accepte la notion de "cause", tout événement – depuis son origine jusqu'à son aboutissement – est la conséquence immédiate (sans intermédiaire) de l'événement précédent dont il est l'effet. Entre la cause et l'effet, il n'y a pas d'interstice ; de même qu'entre l'origine et l'aboutissement.
 
Une règle élémentaire de logique formelle détermine que: si a → b et b → c; a → c.
Dans le cas présent, la maturité d'une première plante (a) implique la production d'une graine (b); et la graine (b) implique qu'elle mûrira en une nouvelle plante (c). Donc, la maturité d'une première plante (a) implique qu'elle mûrira dans une nouvelle plante (c). D'une manière plus générale, tout événement est inscrit dans un processus irréversible.
 
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Il y a éventuellement place pour l'élément extérieur au processus initialement prévisible. Dans l'exemple de la graine, il y a place pour le semeur, pour la bourrasque, pour la pluie ou la sécheresse qui peuvent accélérer, retarder, voire simplement stopper le processus enclenché. Mais quoi qu'il advienne, la graine (origine) est orientée vers la nouvelle plante comme seul aboutissement possible.
 
Je qualifie ici la conséquence d'immédiate. Cette affirmation est lourde dans son application religieuse, car elle affirme la vanité absolue de tout paraclet, de tout intermédiaire entre l'inéluctable conséquence et l'événement antérieur qui l'aura provoquée.
 
C'est à l'intérieur du système nuages + charges électriques + écarts de températures que se trouve la pulsion de l'orage; c'est à l'intérieur du malade (en réaction, peut-être, à un agent extérieur) que se trouve la pulsion de la maladie. Et c'est ainsi à l'intérieur de l'Homme que se situe sa pulsion à s'inscrire dans une histoire, dans son histoire.
 
Il y aura toujours un "plus loin", au-delà de nos connaissances. Nous n'aurons jamais accès aux événements plus courts que le temps de Planck, car ils ne se manifesteront pas (ils n'existeront jamais). Et nous n'aurons jamais accès aux événements qui pourraient se produire au delà de l'horizon cosmologique, car leur structure devenue alors non-matérielle échapperait irrémédiablement à notre perception.
 
Entre ces deux extrêmes, il y a l'événement "Homme" et il y a aussi l'événement "Moi". C'est bien évidemment à l'intérieur de ce système homme et de ce système moi que se trouve la pulsion historique primordiale qui aura débuté par ma naissance (ma conception) et qui, dans sa structure matérielle, se terminera par ma mort. Il n'y a pas d'interstice pour une intention extérieure, il n'y a pas d'interstice entre mon origine et mon aboutissement.
 
C'est dans ce sens que, dans mon discours à prétention théologique, j'ai osé affirmer :  Dieu, c'est moi.
 
 
 
 
147
quatrième partie

quelques considérations
 
 
 
 
 
 
 
 
Avertissement et méthode
 
Si nous pouvions suivre une molécule d'eau dans le courant bien ordonné d'un fleuve, nous noterions des trajectoires irrégulières, apparemment anarchiques, souvent même à contre-sens du courant général. La même observation s'applique à la molécule d'air dans un vent régulier et bien orienté.
 
Cette diversité anarchique des mouvements individuels qui finissent par se conjuguer et former l'harmonie d'un mouvement général, est une règle que j'ai cru pouvoir généraliser. Avec tous les risques que comporte une telle généralisation.
 
Il y a en premier lieu, les individus qui semblent mener une existence fort indépendante. Ce sont ces seuls individus qui s'inscrivent dans une réalité tout à fait matérielle. Ils sont les objets de notre observation, ou de nos sciences.
 
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Mais la même observation dégage une organisation d'ensemble que ne traduit évidemment pas chaque individu. Cette relation d'ensemble n'est pas inscrite dans la réalité matérielle. Elle est la résultante abstraite (mais efficace) des dynamiques conjuguées des différents points matériels. Ces dynamiques, je les ai appelées volontés, dans le sens ou l'entendait Schopenhauer.
 
C'est l'exemple d'une force réelle A (le cheval blanc) qui tire vers le Nord, et d'une seconde force réelle B (le cheval noir) qui tire vers l'Est. Il en résultera un déplacement vers le Nord-Est, qui ne sera plus cette fois matérialisé par aucun cheval; mais qui sera pourtant très efficace et que la mathématique pourra parfaitement décrire. Il s'agira d'un vecteur Nord-Est.
 
C'est sur base de cette technique d'investigation, que j'ai qualifié ma méthode philosophique de vectorielle.     [24]
 
Et cette philosophie vectorielle a très directement dégagé la première grande loi de Mouvement (interprété en termes de prise de possession de l'espace), en insistant sur l'universalité de ce mouvement en tout ce qui est perceptible.
 
Sur ma lancée, j'ai également dégagé, dans une généralisation de même type, la deuxième loi d'Interférence de toute entité avec son environnement.
 
J'avais ainsi, par voie philosophique, rejoint les axiomes de la physique quantique.
 
J'ai alors franchi une dernière étape de Complexification, également généralisée, d'un plus simple vers la multiple mutation des éléments qui s'échangent entre eux.
 
149
Un raisonnement - de stricte philosophie - m'a ensuite permis d'assimiler ces trois étapes successives, généralisées à l'ensemble de l'Univers, aux trois stades de:
 
1 . la Connaissance sensitive,
2 . la Compréhension
3 . et enfin de l'Invention.
C'était donner une définition de la "Conscience".
 
Dans une telle optique, l'Univers est une formidable machine à penser et à devenir conscient. Une étude objective s'accommode mal de ce type de considérations. Mais, au delà de la connaissance historique, je me suis assigné de dégager la genèse des concepts qui ont abouti à la notion contemporaine de Dieu.
 
Il paraît difficile de dégager des idées en dehors d'une lignée philosophique. C'est pourquoi je me suis permis ce rapide rappel.
 
Il est également nécessaire d'examiner si les réponses au Mystère contenues dans la notion de Dieu, n'ont pas, depuis leur proclamation, été intégrées dans les sciences positives.
 
Dans l'affirmative, ces réponses - devenues vérités admises - seraient dégagées de leur attribut divin, et recouvriraient tout simplement des donnés scientifiques. Mais il faut alors choisir ici le modèle de cette science dite positive. Et ce n'est pas si simple.
 
La majorité des sciences (physique, chimie, biologie, etc...) reposent sur des hypothèses scientifiques. A remarquer qu'une telle hypothèse dépasse en valeur de vérité la simple supposition; puisqu'elle décrit presque toujours des lois réelles, mais qui n'ont pas encore pu être démontrées.
 
150

C'est l'exemple du second postulat de la Relativité qui prévoyait que la vitesse de la lumière (vitesse-limite) était indépendante de la vitesse de sa source. Mais c'était de la pure théorie. Et à vrai dire, dans les années 1975, la réalité-même de l'espace (indépendamment des points qui le ponctuent) n'était elle-même pas démontrée. Bien qu'il y ait pourtant déjà eu des vols spatiaux.
 
Il fallut attendre 1977 pour que K. BRECHER, se basant sur les temps de mi-éclipse des pulsars (aux déplacements très rapides), démontre qu'il n'y avait aucun déphasage entre la période de rapprochement du pulsar et celui de son éloignement par rapport à notre planète. La vitesse de la lumière ne se composait donc pas avec celle de sa source lumineuse et l'hypothèse scientifique d'Einstein quittait le domaine de la pure théorie et devenait une Loi. Par la  même démonstration – mais  il ne le sut peut-être jamais -  BRECHER   démontrait (quittons le domaine scientifique pour entrer dans celui de la philosophie ) que s'il y avait une vitesse absolue, il fallait que ce soit par rapport à une entité intrinsèque. Il venait de démontrer la réalité de l'Espace.

Cet exemple illustre bien, - quoique puissent peut-être en penser certains scientifiques, - qu'il existe, entre les sciences objectives (positives ou matérialistes) et la philosophie, un évident rapport qui peut aider à leur compréhension.
 
Les grandes hypothèses qui dominent l'orientation actuelle de nos sciences, sont celles du Big-Bang, et celle de l'Evolution. Mais, nous restons dans le domaine d'hypothèses qui ne rassemblent pas, loin s'en faut, l'unanimité du monde scientifique. Nous y ajouterons - trop tôt sans doute - la théorie des forces fondamentales unifiées.
 
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 Hubert REEVES souligne cette non-unanimité                                  [19.216]
 des scientifiques devant les théories :
 
On assiste, depuis quelques années aux Etats-Unis, à la résurrection de la "théorie du créationnisme". Les défenseurs de cette théorie contestent le schéma darwinien. Sur le sujet de l'origine humaine, ils demandent que la théorie de l'évolution ne soit pas la seule à être enseignée dans les écoles.
 
On devrait présenter également la vision biblique (selon eux tout aussi scientifique) de la naissance d'Adam et d'Eve dans le Paradis terrestre. Ronald Reagan, président des Etats-Unis, donne le ton dans une interview musclée: "La théorie de l'évolution est une théorie scientifique comme une autre. Les biologistes ne la considèrent plus comme aussi infaillible que dans le passé. Mais si on doit l'enseigner dans les écoles, je crois que la version biblique de la création doit aussi être enseignée dans les écoles."
 
Quant à la théorie du Big-Bang, elle est également très loin de rassembler l'unanimité. Et les astrophysiciens n'arrivent pas à déterminer si l'univers est ouvert ou fermé. Dans le premier cas (univers ouvert) l'expansion de la matière ne s'arrêtera jamais, et l'univers est réellement infini. Tandis que dans la seconde hypothèse (univers fermé), l'univers finira par se re-concentrer sur lui-même et ainsi créer le cycle de son re-commencement.
 
Le désaccord des scientifiques ne porte ainsi pas sur des questions de détails ; il s'agit bien au contraire de questions fondamentales.
 
Mais comment alors confronter les résultats scientifiques (puisqu'ils ne sont pas unanimement reconnus comme des résultats) et les réponses au Mystère. C'est évidemment la difficulté de méthode que rencontrera ma démarche.
 
152
J'opterai a priori pour ces deux théories qui, si elles rencontrent encore des oppositions, rassemblent malgré tout une part très importante du corps des scientifiques. Elles font état de nos connaissances actuelles dans leur description la plus vraisemblable. Mais lorsque l'occasion m'en sera donnée, je tâcherai d'envisager les présentations scientifiques défendues par les opposants à ces deux théories.
 
Je commettrai enfin un pas supplémentaires en supposant déjà acquise la théorie unifiée des quatre forces fondamentales. On compte actuellement quatre dynamiques primaires:
- l'interaction forte,
- l'interaction faible,
- l'électromagnétisme,
- la gravité.
 
La physique quantique n'a pas encore décrit la loi unique qui exprime ces quatre forces. Elle a pu établir d'importantes relations entre les lois d'interactions forte et faible (nucléaires) et l'électromagnétisme (cellulaire). Il n'y a pas encore de description quantique de la gravité (au niveau universel).
 
La très grande majorité des physiciens sont cependant persuadés qu'il doit exister un principe fondamental pour régir ces quatre dynamiques. Et il subsiste peu de doute que ces forces ne trouvent un jour leur description commune dans une théorie générale.
 
J'ai pris le parti de miser sur cette théorie unique, et - par simplification de langage, et un peu tôt sans doute - j'ose désormais déjà évoquer la dynamique universelle.
 
 
 
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Les athéismes
 
 
Il apparaît d'évidence que, dans le monde occidental, le divin se décline essentiellement au singulier. On croit, - ou on ne croit pas - en Dieu. L'univers religieux de l'Occident se définit en terme exclusif de monothéisme.
 
Le concile Vatican I avait bien perçu le danger des "rationalisme et naturalisme qui conduisent au panthéisme ou à l'athéisme." Nous évoquerons plus simplement aujourd'hui la Science qui, à travers ses multiples technologies, a envahi l'ensemble de l'Occident. Il est exact que les contradictions sont nombreuses entre cette science et les proclamations de la religion.
 
L'essor de théories scientifiques absolument nouvelles, telles la Relativité ou la physique quantique, ont depuis un siècle, précisé l'impact possible des sciences sur la foi. Et l'on dénombre désormais un ensemble croissant de personnes qui se proclament athées, au nom d'arguments qualifiés de scientifiques.
 
Mais regardons-y de plus près. Les athées, au sens dialectique du terme, ne sont pas légion. Rares sont ceux qui s'engagent dans une véritable démarche de réflexion pour aboutir en fin de course à l'affirmation que Dieu n'est pas.
 
 
 
154

1 : Athéisme d'indifférence
 
Il se fait simplement que notre civilisation technologique relègue à l'arrière plan - et masque de la sorte - l'intérêt que pourrait encore revêtir une quelconque préoccupation de type métaphysique. Et la tentation est évidente de prévoir que les sciences permettront un jour à l'homme, de comprendre et dominer l'Univers dans sa totalité. C'est ce que dénonce le concile Vatican I dans son canon I de la quatrième session :
 
Si quelqu'un dit que la révélation divine ne contient aucun mystère véritable et proprement dit, mais que tous les dogmes de la foi peuvent être compris et démontrés par la raison, convenablement cultivée à partir de principes naturels : qu'il soit anathème.
 
Indépendamment de toute position religieuse, cette déclaration rejoint ici Paul DIEL dans son affirmation que :
            Le mystère est indiscutable.
            Il est une évidence spirituelle.
 
Le progrès des sciences estompe le mystère et l'éloigne de nos préoccupations. Il crée ainsi un type nouveau d'athéisme, né de l'indifférence et du désintérêt. Pourquoi nous soucier d'un futur dont nous ne savons quasi-rien - pas même des hypothèses - alors que le présent nous satisfait par sa promesse d'un bien-être possible et immédiat ? Pourquoi nous encombrer de préoccupations sur notre origine, puisque nous sommes irrémédiablement bien là ?
 
La désaffection religieuse - et philosophique - relève en réalité bien plus d'un intérêt orienté vers un concret direct, plutôt que d'une réflexion ou d'une réelle conviction. Dieu ne polarise plus notre attention. Et le mystère de notre origine ou de notre finalité semble bien inconsistant au regard des apports tangibles de nos techniques scientifiques.
 
Quelle balance mesurera à poids égal, l' on-dit d'un Yahvé-Dieu-Père abstrait, et le concret de la voiture dernier modèle, de l'ordinateur de nouvelle technologie ou du téléviseur couleurs-stéréo-maxi...?
 
Il reste bien, de temps en temps, le rappel de la mort d'un voisin ou d'un proche; mais si rares sont les indices qui nous invitent à reporter cette mort sur notre propre vie.
 
 
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2 : Athéisme de superstition
 
Il reste bien aussi parfois des tragédies que l'on tente de conjurer en cérémonies et en prières ; quand l'omnipotente science est impuissante à effacer le malheur présent. C'est l'histoire des guerres et des catastrophes naturelles ... qui remplissent les temples et les églises.
 
On doit, je pense, considérer qu'il s'agit là de réactions épidermiques, fort éloignées de la foi et de l'engagement envers un Dieu personnel reconnu comme réponse définitive à l'incident, prétexte de ces manifestations religieuses. Ces pratiques relèvent en fait de la superstition.
 
 
3 : Athéisme de routine (ou de non-réflexion)
 
Outre les démonstrations religieuses très superstitieuses (à l'occasion d'événements brutaux), il faut encore compter avec cette part, parfois importante, de ceux qui perpétuent dans la tradition, les rites d'une religion inculquée. Il n'est pas rare que ces fidèles assistent ainsi à des offices, dans une langue qu'ils ne comprennent pas; ou qu'ils accomplissent des rites dont ils ont totalement perdu le sens.
 
C'est l'exemple des offices en latin de l'Eglise romaine, jusqu'aux années 1960; ou de la pratique religieuse en pays étranger. C'est l'exemple encore du baiser sur la patène durant l'office des morts.
 
Cette pratique passive et traditionnelle des offices religieux relève elle aussi, à mon sens, du non-intérêt vis à vis du Mystère. Cette attitude routinière - fort proche de la pratique magique ou superstitieuse lors des grandes catastrophes - s'inscrit dans une indifférence qui rejoint, en quelque sorte, le premier type d'athéisme que j'ai tenté de définir.
 
 
 
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4 : Athéisme anti-clérical
 
Une autre proclamation d'athéisme émane de milieux anti-cléricaux qui, outrés par des abus manifestes de certains membres du clergé, rejettent en bloc tout ce qui touche aux Eglises, à leur fonctionnement et à leurs dogmes. Ils dénoncent ainsi des opulences souvent ressenties comme scandaleuses, et des usurpations de pouvoir perpétrées au nom d'une autorité parfois abusives.
 
C'est l'exemple de ce jeune pope grec qui dans le métro, occupera la place assise d'une femme enceinte; ou de cet autre ecclésiastique qui étale ostensiblement le luxe de ses richesses.
 
Ici encore, c'est la définition très négative d'un certain athéisme, à décrire comme le rejet du groupe de ces-gens-là. Et ce sera qu' "un Dieu pouvant tolérer de telles outrances ne nous intéresse pas". C'est peut-être oublier que parmi ces-gens-là, il y a parfois aussi des dévouements fort rares dans une société plus civile.
 
On peut relever que le refus d'une solution donnée, n'apporte pas pour autant la réponse au problème posé. Ainsi, la dénonciation des abus par l'athéisme anti-clérical ne semble rien apporter de positif dans l'approche du Mystère.
 
 
5 : Athéisme laïc
 
Cet anti-cléricalisme a toutefois donné souvent naissance à des cercles de réflexion auxquels, par la suite, se joindront des membres moins polémiques. C'est tout le mouvement de la Libre Pensée. Les Jésuites s'infiltrent volontiers dans ces séminaires de réflexion, et tentent d'y apporter la rigueur de leur stricte dialectique.
 
S'il est parfois utile d'éliminer le Dieu de nos outrances, il est toujours indispensable de le remplacer. Et c'est évidemment au sein de ces cercles de pensée libérée d'une dogmatique trop rigide, que tentera parfois de s'élaborer une véritable conscience métaphysique.
 
Les écrits d'un Teilhard de Chardin - et les multiples difficultés rencontrées au sein de sa propre congrégation - doivent sans aucun doute se comprendre au paramètre d'une telle réflexion.
 

 
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6 : Athéisme néo-gnostique
 
Il apparaît également que des cercles de scientifiques considérés comme éminemment positifs, (chimie, sciences nucléaires, biologie astrophysique) s'interrogent sur la portée de leurs découvertes.
 
A l'échelle humaine très souvent, mais aussi quelquefois sur le plan plus général d'une véritable cosmologie.
 
C'est dans ce cadre de recherches que se sont souvent élaborées des hypothèses scientifiques qui, par la suite, auront été retenues dans un large consensus. Einstein, Gamow, Lemaître, pour ne citer qu'eux, appartenaient à cette classe métaphysique de chercheurs scientifiques.
 
Il est remarquable que, - quelle que soit la position religieuse de ces interrogations (athées ou théistes) - c'est toujours vers une solution unique qu'elles convergent. Toute hypothèse scientifique se veut être la présentation en synthèse de lois jusqu'alors éparses.



7 : Athéisme scientiste et panthéisme
 
Comptons encore avec la réflexion de ceux qui, prenant à témoin l'histoire des découvertes scientifiques, constatent simplement que l'explication de phénomènes jadis énigmatiques, s'est sans exception toujours trouvée au sein même de la connaissance du-dit phénomène.
 
 - La foudre trouve son explication au centre-même de son milieu d'origine (un nuage électriquement chargé, le plus souvent).
-  Une éruption volcanique trouve son explication au sein-même de la structure du volcan dont elle émane.
-  Une tempête :  dans les lois (non encore clairement explicitées) des fluides - air et eau - qui la composent.
 
On peut multiplier les exemples à l'infini.
 
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- La maladie, - pour aborder une préoccupation plus immédiatement humaine - trouve également son explication (et sa guérison) dans l'individu malade. Physiquement, dans le cas de maladie somatique; dans son univers mental, en cas de troubles psychiques.
 
Cette permanence des causes à ne chercher exclusivement qu'au centre du phénomène qu'elles engendrent, écarte ainsi pour certains, la recherche d'un dieu extérieur à ce qui subsiste encore du Mystère. Cette démarche de réflexion aboutit à affirmer qu'il n'y a pas de Dieu ; il n'y a que des questions auxquelles nous ne sommes pas encore capables de répondre. C'est cette forme de panthéisme que dénonçait le concile Vatican I dans sa remarque préliminaire.
 
Au nombre de ces athées, se comptera évidemment tous ceux qui, d'un petit pas plus loin dans leur démarche, en viendront à nier le Mystère lui-même. Il n'y aurait plus de Mystère, il n'y a que notre ignorance.
 
Tous ces différents types d'athéisme ont en commun de dénoncer le Dieu, dans sa définition occidentale. A l'exception des indifférents - fort nombreux sans doute, mais peu intéressants dans notre recherche - tous se présentent comme la négation des solutions proposées.
 
Or, en contrepoint de ces multiples formes d'athéisme, se développe une véritable convergence de la recherche, vers l'Unité de la voie d'approche du Mystère. Oserions-nous évoquer un monothéisme athée?
 
L'Occident ne s'interroge généralement plus sur la multiplicité des sciences (ou des dieux) dans leur cloisonnement. Toutes les disciplines scientifiques se réclament des mêmes lois fondamentales. Et au delà de chaque discipline différenciée, se dessine la Loi générale à définir dans une théorie unifiée. Ainsi, l'unicité du Mystère devient un donné implicitement admis.
 
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La faisabilité d'une telle théorie unifiée totale, rencontre toutefois des opposants, principalement dans le domaine de la biologie.
 
L'évolutionnisme orthodoxe (ou néo-darwinien) est parfois proposé dans l'enseignement comme le dogme scientifique indiscutable. L'évolution phylétique est souvent présentée dans nos écoles avec la même assurance que la chimie ou la mathématique. Or une querelle reprend actuellement vigueur, et l'évolutionnisme ne réunit plus l'unanimité des années 1960.
  
Pour comprendre l'enjeu de la discussion, faisons un détour dans le domaine de l'astrophysique où la théorie dite du Big-Bang nous présente un Univers, lui aussi en perpétuelle évolution. Ce changement constant met en péril notre belle assurance en des vérités fixes, traduites par des lois immuables.
 
La théorie évolutionniste compromet cette même assurance, mais dans un domaine qui nous touche au plus près, puisqu'il s'agit de notre propre personne ; à replacer dans le principe d'immuabilité de Dieu. Et un nombre non-négligeable de biologistes en reviennent aujourd'hui à une représentation beaucoup plus fixiste de la vie.
 
La vie, telle que nous la découvrons aujourd'hui, serait pour ces tenants créationnistes, apparue sur terre dans son état actuel. Et c'est également au sein de ces créationnistes que se dénombrent encore des interventionnistes (plus rares toutefois aujourd'hui), qui émaillent toute l'histoire du monde, des origines jusqu'à l'homme - et encore toute l'aventure humaine - de multiples et incessantes interventions divines.
 
A noter aussi que l'astrophysique n'apporte aucune objection majeure à un Dieu‑moteur de l'Univers, et s'accommode même fort bien d'un dessein divin. Le problème commence avec la contradiction fondamentale que suppose la réunion dans un même concept, d'un acte et d'une création. L'acte suppose un lieu (un espace expansé); et la création se situe avant l'expansion de l'espace.
 
160
 J'ai longuement développé ailleurs cette argumentation.                        [26]
 
Une théorie universelle unifiée accorde aux lois qui en découlent, un statut de transcendance - par rapport aux objets concrets - alors que le créationnisme au coup par coup (et plus encore les interventionnistes) ne considèrent le créateur qu'en fonction de l'immanence de son génie d'artisan.
 
Il me semble intéressant de souligner ici l'extraordinaire paradoxe de ces scientifiques qui - pour justifier l'absolue nécessité et la permanence d'un Dieu - en arrivent à le nier dans sa transcendance.
 
Il semble cependant qu'au delà de polémiques sporadiques récentes, les recherches en direction de théories unitaires réduisent chaque jour ces faiseurs de miracles. L'objectivité que je tente de rejoindre dans mon étude, m'obligeait à signaler simplement cette frange de chercheurs qui rejettent les grandes théories contemporaines.
 
Mais si nous emboîtons les hypothèses de l'évolutionnisme et du modèle standard (théorie universelle), nous constatons que - par voies totalement différentes - la raison en vient maintenant à décrire laborieusement (par le fastidieux labyrinthe de la démarche scientifique) l'intuition de la Grande Harmonie proclamée par Akhenaton.
 
Et dans l'univers de nos non-connaissances - à rapprocher sans doute de ce que nous avons appelé Le Mystère - les fondements encore déifiables aujourd'hui s'inscrivent désormais en termes d'Unité. Ne rejoignons-nous pas ainsi la connaissance intuitive originelle qui a décrit le Dieu occidental, à travers l'Harmonie d'un monothéisme?
 
 
 
161

Hasard et personnalisme
 
Nous avons plusieurs fois souligné que les religions occidentales se soucient davantage du Mystère de l'avenir que de celui des origines. Ne commettons cependant pas d'exclusive. Toute religion en effet se situe dans une cosmologie, et l'Occident n'échappe pas à cette règle.
 
Mais la présentation de l'Univers                                  [Gn I, 1 - II, 4 et Gn II, 4 - II, 25]
dans les deux récits successifs de la Genèse est originellement orientée vers la chute qui est la seule explication envisagée aux tribulations de l'homme sur la terre.
 
Dieu est juste. Seule une grave offense de l'homme peut justifier les malheurs et apparentes injustices qui émaillent le cours de sa vie. Mais Dieu n'est pas seulement juste, il est encore bon. Et cette faute originelle sera rachetée par un Rédempteur qui restaurera la justice et le bonheur.
 
Le même récit présente                                                                   [Gn I, 28-29-30]
l'ensemble des biens de la terre comme ayant été créés par Dieu pour être mis à la disposition d'Adam. L'homme occupe d'ailleurs lui-même une place particulière dans la création, puisqu'il a été fait à l'image et à la ressemblance de Dieu.
 
Ainsi, dès les premières lignes des Textes sacrés, se profile déjà le Dieu occidental qui, seul avec l'homme, partage la caractéristique d'être une Personne. Peut-être est-il possible d'expliquer la constance de cette affirmation d'un Dieu-Personne par un double processus mental qui se serait structuré au cours des temps. Mais nous restons dans le domaine de l'hypothèse.
 
162
Une première perception - archaïque selon toute analyse - aurait proposé le créateur dans l'allégorie d'un artisan, qui a réalisé l'homme, (son chef d’œuvre) suivant la technique d'une des plus anciennes industries : la céramique. Ce qui en confirme l'archaïsme.
 
Une seconde perception - réfléchie  (et donc post-néolithique) - aurait associé Dieu au domaine du Mystère. Le fait que nous soyons capables de pressentir ce Mystère, suppose que nous partagions avec lui, un point au moins, qui nous permet de le percevoir. Mais ce point de rencontre avec le Mystère s'inscrit au delà de notre réalité physique.
 
C'est la réalité psychique de la Personne qui est première à nous distinguer dans la nature. La rencontre du Mystère se situe donc au niveau de la Personne. Le Dieu occidental est né.
 
Une intuition étonnante de la Genèse, place la lumière comme première dans l'Univers. Cette affirmation est reprise par la physique quantique appliquée à la théorie du Big-Bang. Le texte biblique décrit également l'enchaînement des créations successives (étoiles, milieu aquatique, plantes, oiseaux, mammifères, et l'homme en dernier) en concordance avec l'ordre où les situe notre théorie de l'évolution. Ceci confirme une connaissance originelle de type intuitif qu'aucune science de l'époque ne peut expliquer.
 
Il semble qu'une intuition d'Ordre - comme l'idée de Ma'at ou d'Harmonie, supposée primitive dans la théologie de Moïse, - ait écarté d'emblée toute notion de hasard dans la création. C'est ce que confirme la qualité d'intelligence, de volonté et de dessein d'une divinité-Personne.
 
Mais nous avons à notre tour, inventé depuis un siècle environ, une cosmologie nouvelle, élaborée sur bases méthodologiques entièrement neuves.
 
Les plus anciennes représentations de l'Univers s'étaient construites au départ d'observations - très fragmentaires souvent. Notre nouvelle cosmologie s'appuie maintenant sur de vastes théories d'ensemble qui décrivent une matière telle qu'elle devrait se comporter si la théorie s'avère être exacte. Et c'est la recherche et l'observation qui viennent par la suite confirmer - ou infirmer - la théorie préalablement et hypothétiquement envisagée.
 
163
C'est ainsi qu'au niveau atomique, de nouvelles particules sont régulièrement répertoriées, comme l'avait prédit la théorie. Au niveau astronomique, des abondances relatives de certaines particules chimiques sont détectés là, comme l'avait prédit l'expansion universelle. C'est par hasard que l'on découvre un rayonnement fossile très uniforme à travers l'ensemble de l'Univers, comme l'avait prédit la physique.
 
La répétition de telles prédictions, vérifiées a posteriori, donne une valeur nouvelle à ces hypothèses scientifiques qui finissent par devenir une description extrêmement fidèle de notre réalité.
 
Nous possédons maintenant des modèles mathématiquement définis, et qui décrivent de manière très globale, mais très précise, l'Univers tel que nous le découvrons au coup par coup dans les diverses disciplines. Au delà des quelques polémiques déjà signalées, on peut considérer que ces modèles sont aujourd'hui généralement admis par l'ensemble des scientifiques.
 
La première grande leçon à tirer de ces théories, c'est que l'ensemble de l'Univers, à tous les niveaux, est - depuis son origine - en perpétuel changement. Il n'y a pas eu de création stable.
 
En 1915, lors de la première formulation de sa théorie de la Relativité, EINSTEIN lui-même éprouva une très grande difficulté à admettre que sa théorie aboutissait à décrire un Univers en nécessaire mouvement. C'est alors que, par une astuce mathématique, il introduisit sa très célèbre constante cosmologique qui permettait de neutraliser dans les formules, le mouvement des galaxies. Ce fut une erreur, qu'il regretta plus tard.
 
C'est cette même mouvance dans le modèle, qui fut l'écueil majeur que rencontra G. LEMAITRE, pour faire admettre son univers en expansion. Le terme-même de "Big-Bang" traduit la dérision de ses collègues qui n'arrivaient pas à considérer avec sérieux l'hypothèse d'un noyau primitif en train de s'expanser dans l'infini. C'est cette même résistance à l'anti-fixisme qui poussera certains à s'attaquer avec acharnement aux théories de l'évolution.
164
 
La seconde grande leçon à tirer des modèles cosmologiques, est l'ampleur des phénomènes envisagés. L'Univers n'est décidément pas du tout à l'échelle humaine. Et il devient difficile d'enfermer le Dieu universel dans un simple psychisme Personnel.
 
D'autre part, les théories qui décrivent cet univers totalement hors proportion par rapport à notre échelle, ne se vérifient que dans certaines limites. Au delà de ces limites (10 suivi de 31 zéros pour la température, par exemple), nous ne savons plus décrire ni l'état ni le comportement de la matière. Les quatre dynamiques fondamentales se confondent, et le mouvement devient statique.
 
Au delà de ces limites, le temps ne se traduit plus en terme de durée, ni l'espace en terme de volume.
 
Mais, au même titre que nos théories sont impuissantes à décrire la matière au delà d'un seuil limite de température et de concentration, elles sont également impuissantes à décrire la même matière au delà d'un certain seuil de non-température et de déconcentration.
 
La découverte fortuite en 1965 d'un rayonnement résiduel traduisant une chaleur quasi uniforme et universelle de 3°K dans toutes les directions de l'Univers, a confirmé le refroidissement progressif du Cosmos. Ce refroidissement signe la déconcentration initiale, et confirme de la sorte la théorie de l'expansion.
 
Un message transporté par la lumière, ne se détériore pas avec la durée. Un signal lumineux ne vieillit pas. Nous avons récemment capté des signaux lumineux émis alors que la matière cosmique atteignait des valeurs fort voisines des limites de la théorie. (10  K suivi de 28 zéros) Nous avons ainsi reçu des images émises au début de notre univers. Ces images confirment simplement qu'il y a quelque quinze milliards d'années, l'univers était formé d'une matière, telle que décrite par la théorie, et qui se trouvait alors dans un état limite provisoire et qui a évolué vers son état actuel.
 
165
Dans le sens de son origine, nous n'avons aucun modèle qui permette de décrire la matière au delà de cet état limite.
- Au delà: dans son état ou son comportement.
- Au delà: dans son Espace ou dans le Temps.
- Au delà: dans ses dynamiques.
 
Et dans le sens de son aboutissement, l'expansion universelle permet de prévoir, dans les deux théories tant d'un univers ouvert que d'un univers fermé, un seuil au delà duquel notre physique ne décrira plus la matière dans sa réalité.
 
Et de nouveau, nous voici face au Mystère.
 
Mais les termes de notre proposition ont changé. Car dans la mouvance de notre Univers, c'est le modèle mathématique qui s'avère insuffisant pour une description complète. Au delà de certaines limites, ce sont nos mathématiques qui ne répondent plus. Et nous en arrivons ainsi à la notion d'un modèle de type mathématique, mais qui n'aurait pas encore rencontré l'occasion de se mettre en place. Par manque de Dynamique, par manque d'Espace ou manque de Temps.
 
Cette mathématique en devenir est sans doute l'orientation dans laquelle se définit le hasard. Contrairement à l'acception très généralement comprise d'événements aléatoires, le hasard, - défini en terme de pré-mathématique - est déjà régi par la rigueur inéluctable des lois mathématiques à structurer. Une telle mathématique ne suppose en soi, aucune intelligence préalable.
 
Le jeu réputé aléatoire de Lotto ne suppose aucune intention, mais la loi mathématique s'inscrit d'elle-même, puisque le tirage d'un numéro implique déjà que le numéro suivant sera autre. Et un ensemble suffisant de tirages finit même par dégager un certain ordre.
 
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Dans une préoccupation plus cosmologique, l'unique première combinaison - réputée aléatoire en termes de hasard - d'une particule matérielle, aura déjà établi la loi fondamentale de combinaison des particules ultérieures.
 
Il reste évidemment qu'avant toute mathématique, et qu'avant tout hasard, nos théories scientifiques décrivent déjà cette matière concentrée à l'extrême, à des températures et dans un état de brillance difficilement imaginable.
 
C'est dans un tel univers que se situe aujourd'hui Le Mystère. Ce mystère d'origine nous concerne directement puisque cet Univers qui échappe à nos mathématiques, contient déjà potentiellement en lui tout ce qui le caractérise.
 
 
Les tenants du principe anthropique ajouteront :
Y compris la possibilité d'être un jour perçu ou compris. Ce qui suppose originellement une faculté de connaître et de comprendre.
 
Pour des raisons que j'ai développées                [26]            [[20]]
dans une autre recherche,  je dénonce ce principe anthropique (qui postule que c'est l'homme qui donne un sens à l'Univers). Il me semble plus évident de chercher l'Univers tel qu'il aurait été sans nous, pour comprendre ensuite quel aura été notre rôle.
 
L'histoire des sciences nous a appris que l'explication des phénomènes s'est toujours trouvée au centre-même du phénomène observé. Ainsi, la faculté de percevoir et de comprendre l'Univers ne doit-elle jamais se chercher à l'extérieur, mais bien, au contraire, à l'intérieur de ce qui perçoit et comprend.
 
Nous sommes sensibilisés à la connaissance par l'intelligence. Rien ne nous autorise pour autant à prétendre que l'intelligence soit la seule forme universelle de connaissance. Nous avons même rencontré une autre forme de savoir qui s'inscrivait dans l'intuition.
 
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J'ai déjà affirmé - tant à l'échelle atomique qu'à celle des galaxies - que les constantes de Mouvement, d'Interférence et de Complexité décrivaient assez précisément une démarche universelle de Conscience. Et je me répète en émettant l'hypothèse que l'Univers serait ainsi - par essence - une formidable machine à se complaire en soi et à se connaître.
 
Et ce savoir, par la voie des multiples évolutions que décrit la biologie, a pris dans le phylum humain, l'orientation de la conscience dans le secteur très étroit de la réflexion de pensée.
 
Nous nous inscrivons ainsi dans la ligne, exactement. Mais dans une orientation tellement délimitée (dans un vecteur tellement étroit), que nous nous interrogeons sur les développements futurs encore possibles pour une telle forme de pensée.
 
Cette hyper-spécialisation de la conscience réfléchie humaine lui ferme peut-être l'accès à toute évolution future.
 
Il est regrettable que ce ne soit que très sporadiquement que d'autres sciences envisagent une pensée en dehors de la biologie. Nous citerons toutefois l'astrophysicien Trinh Xuan Thuan de l'Université de Virginie, qui ne répugne pas à élargir un mode cognitif à l'échelle des galaxies.

Que savons-nous des autres savoirs ? Les savoirs atomiques, moléculaires, astraux ou galactiques? Les savoirs des minéraux ? Les infinités de mémoires que ne cesse de s'échanger l'univers par ses multiples rayonnements ? Dans le Mystère ainsi approché, la Personne - calquée sur le psychisme humain - perd toute signification universelle transcendante.
 
La personnification du psychisme n'est qu'une voie bien étroite, parmi une infinité d'autres. Et le Dieu transcendant créateur du ciel et de la terre doit - à l'échelle universelle - se trouver dans un savoir beaucoup plus vaste que notre petit entendement.
 
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La religion occidentale est entièrement basée sur un Dieu-Personnel. Elle ne débouche en réalité sur aucune perspective d'épanouissement ou de progrès, en une échelle plus universelle.
 
La nature, le monde, le ciel et le cosmos sont totalement ignorés dans la perspective théiste des activités humaines, bien qu'il soit affirmé que c'est pour l'homme que Dieu termina sa création.                                        [Gn II, 19]
                                                                                       
Dans une psychologie qui nous paraît fort infantile - et archaïque de toute évidence - nous sommes punis par une Personne-Dieu que, par ailleurs, nous croyons très juste.
 
C'est donc que nous avons fait quelque chose de très mal, bien que nous ne sachions plus très exactement quoi. Et notre punition, c'est notre vie, avec ses injustices et nos malheurs de tous les jours.
 
Comme cette Personne-Dieu est également très bonne, elle a consenti à nous pardonner. Nous nous réjouissons de son pardon. Mais dans la promesse de lendemains meilleurs, nous continuons à subir les conditions de la punition initiale, momentanément du moins. En attendant la mort, qui nous est présentée comme l'ultime délivrance.
 
Dans un tel enseignement religieux, il reste peu de place pour une activité créatrice, et une réelle responsabilité au sein de l'Univers qui nous conditionne.
 
La philosophie du péché est une composante essentielle des monothéismes révélés, car c'est elle qui justifie le messianisme des Juifs, la rédemption chrétienne et la théocratie arabe. Sans le péché et la promesse du retour à l'homme originel (Adam), il n'y aurait ni Yahvé, ni le Père, ni Allah.
 
Mais une faute doit nécessairement se commettre contre quelqu'un. Le péché attribué à l'homme entraîne ainsi la personnification de Dieu. Et l'Univers ne peut désormais plus se comprendre qu'à travers une intervention extérieure à lui-même.
 
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Notre monothéisme écarte de ce fait la référence à des lois mathématiques. Il se refuse la recherche de lois dans le hasard. Il se détourne de la préoccupation en direction des origines, et se réfugie dans l'unique eschatologie
 
La synthèse de Teilhard de Chardin, dans Le Phénomène Humain, se termine justement par des considérations sur le Mal et la nécessité du péché dans le monde.
 
Et nous lisons :                                                                           [13. 347-348 ]
 En vérité, on s'aperçoit vite qu'un type particulier de Cosmos se découvre où le Mal (non point par accident - ce qui serait peu - mais par structure même du système) apparaît nécessairement dans le sillage de l'Evolution. Univers qui pèche, Univers qui souffre.

 Est-il bien sûr que la quantité et la malice du Mal "hic et nunc" répandu de par le Monde ne trahisse pas un certain "excès", inexplicable pour notre raison si à "l'effet normal" de l'Evolution ne se sur-ajoute pas "l'effet extraordinaire" de quelque catastrophe ou déviation primordiale?...

Sur ce terrain, je ne me sens loyalement pas en mesure de prendre position. A la Théologie de préciser et de compléter en profondeur (si elle s'y croit tenue) les  données et suggestions - toujours ambiguës au delà d'un certain point - fournies par l'expérience.
 
170
Dernier Canon
 
La boucle est maintenant bouclée. Et mon a priori de toujours présenter les Textes Sacrés comme des morceaux de réponse n'a peut-être pas été stérile. Regrettons simplement qu'il soit très difficile qu'une théologie accepte un jour cette lecture.
 
Ma première hérésie consiste à avoir fortement mis en doute - à avoir même nié - que Dieu fût une Personne. Les prophéties, pour moi, n'émanent pas d'une Parole divine, mais bien plutôt d'une intuition qui aura mis certaines consciences privilégiées en relation directe avec une réalité.
 
L'évolution naturelle d'une pensée devenue consciente, - et se trouvant un champ nouveau de profondeur dans la Réflexion - a conduit l'homme à s'interroger sur le sens de sa présence sur terre et dans l'Univers. C'est là que s'inscrit le Mystère, de ses origines à sa mort.
 
Une erreur primitive a d'abord orienté les premières recherches vers des solutions extérieures aux problèmes recherchés. La connaissance par des fruits autres, déviée par des considérations morales. C'est l'exemple caractéristique de la foudre expliquée d'abord par un Esprit courroucé imploré par des chamans, mais devenue ensuite un dieu dans ses manifestations de colère.
 
- L'Esprit (le dieu) :     connaissance déviée en fruit autre.
- Le courroux :            en châtiment de quelle faute morale ?
 
Il aura fallu attendre une époque fort récente pour que l'étude de cette même foudre s'oriente, non plus vers une puissance extérieure, mais cherche son explication dans son propre environnement d'orage.
 
171
C'est une démarche analogue que nous venons de franchir, mais cette fois pour l'ensemble du Mystère. La Vie dans l'Univers n'est pas l’œuvre d'une Personne (fût-elle un Dieu); c'est la Vie et l'Univers.
 
Il me faudra encore commettre une deuxième hérésie, pour aboutir à ma conclusion. C'est celle du très long processus par lequel le Mystère se révèle, en lentes étapes successives que traduisent progressivement les prophètes. Ceci est en parfaite contradiction avec la Parole qui, émanant de Dieu, se veut définitive.
 
Ecartant les notions morales de Mal ou de Péché, je lis la déviance primitive comme une orientation de la Conscience réfléchie qui détourne la recherche de son objet.
 
Le Mystère de la Vie (auquel appartient l'Homme) doit se chercher - non pas dans la réponse extérieure d'un Dieu - mais dans la Vie et dans l'Homme.
 
Et les étapes auront été nombreuses et longues entre :
 - La déviance dénoncée par l'allégorie du Paradis terrestre.
 - Les alliances successives
        qui finissent par définir Dieu en termes de clef du Mystère.
 - La Rédemption à chercher dans le Mystère fait homme.
 
Et j'ai commis la troisième hérésie dans l'affirmation que c'est dans l'Homme qu'est inscrit le Mystère. C'est en devenant homme que Dieu est devenu Rédempteur. C'est à partir du moment où l'homme cherche sa réponse en lui-même, qu'il quitte la déviance originelle.
 
Une formule laconique traduirait cette dernière hérésie en affirmant que - dans l'approche d'une solution à mon Mystère :
 
                        Dieu, c'est moi.
 
172
La formulation de ces trois hérésies (Dieu n'est personne, la révélation est progressive, et l'homme est Dieu), doit se comprendre à travers les affirmations suivantes:
 
 1 : Il subsiste un Mystère dont la réponse est à chercher au sein même de son
         objet, et non dans une volonté extérieure.

 
 2 : Des évidences intuitives (donc vraies) ont apporté des bribes de réponse à
         ce mystère par l'intermédiaire de prophètes sincères.

 
 3 : L'approche du Mystère dégage une convergence dans les lois qui le
    décrivent (à l'image du monothéisme), et ne suppose a priori aucune
     référence morale au Bien ou au Mal.

 
Il n'y a dans le présent essai, aucune prétention à avoir proposé l'interprétation vraie et définitive des monothéismes occidentaux. Je me suis contenté de réfléchir, au pas à pas des images divines telles qu'elles ont été révélées. J'ai rédigé ces quelques pages, avec l'espoir d'avoir mis à nu, bien plus une méthode de réflexion, qu'une quelconque conclusion.
 
 
Canon :
 
Et si, à Dieu ne plaise, quelqu'un trouve céans blasphème ou mauvaise foi :
 
            qu'il soit anathème !
 
 
 
 
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cinquième partie
 
 
Origines du monothéisme en Occident
  Résumé d'une conférence donnée sur ce thème en février 2004
 
Nos monothéismes : une évidence ?
 
Dans nos pays, lorsque l’on parle de Dieu, on parle d’un seul Dieu. Notre Occident est monothéiste. Yahvé d’Israël, le Père des chrétiens ou Allah chez les musulmans. Au delà du paradoxe, l'athée lui-même est monothéiste : il refuse de reconnaître Dieu (au singulier bien évidemment). Enfin … presque évidemment.
 
Dans le processus théiste d'où sont nées les trois religions monothéistes (le judaïsme, les christianismes – je mets un pluriel – et l'islam), il n'était pas du tout évident que le divin se polarise sur un seul dieu dont on a mis en exergue la caractéristique d'être une Personne. Il n'est pas du tout évident que la puissance qui gouverne les vents (parfois violents en région subtropicale) émane de la même dynamique que celle qui régule les crues d'un fleuve, ou qui préside au bon déroulement d'un accouchement.  Pourquoi imposer une même identité divine aux aléas d'un voyage, à l'accident d'une crise d'épilepsie et à une avalanche en montagne?
 
Dans une réflexion plus théorique:
► Il n'était pas évident non plus que la partie "visible" – accessible à notre             connaissance – du monde soit peuplée d'une multitude d'être vivants, alors      que le domaine de l'invisible n'aurait été réservé qu'à un être "unique".
► Et puis, pourquoi la multitude des êtres visibles auraient-ils une source             unique à ne chercher qu'en la partie cachée du monde ? Non ! L'unicité du         divin n'émane d'aucune évidence.
 
Il aura d'ailleurs fallu que la théologie s’en mêle. Non pas, comme pourraient le croire certains, pour démontrer l’existence de ce Dieu. (La théologie ne s’assigne jamais la mission de démontrer quoi que ce soit. Elle réserve cette mission – mission impossible – à l’ "apologétique".) On en a appelé à la théologie pour insérer le concept de l'unicité du dieu dans une description globale du divin, et montrer de la sorte que cette unicité s'inscrivait dans une logique parfaitement cohérente. Remarquons que le raisonnement prend sa source dans la comparaison entre une société des dieux dans leur multitude, avec la société des hommes. (!) Un panthéon, nombreux dans un premier temps, avec des dieux majeurs et des dieux mineurs ; et puis un dieu principal, maître des autres dieux. A partir de là, le Dieu Unique, dans la ligne d'ailleurs du grand ordinateur-moteur du monde. Et dans la foulée, Dieu devint créateur. Et puis Père. Tout cela se tient.
 
Ouf ! Nous voilà donc rassurés !
Heu ! à peu près rassurés.
A vrai dire, absolument pas du tout rassurés.
 
 
174

Naissance des monothéismes : la violence
 
Car dans la réalité, l'Histoire ne s'est pas déroulée ainsi. Ce ne sont pas les adorateurs de dieux multiples qui par raison sont devenus les fidèles d'un Dieu unique.
 
Je ne connais pas grand chose en Histoire. Juste quelques notions dans la seule Histoire d'Occident. Un Occident assez large, il est vrai, puisque je l'étends jusqu'aux contreforts de l'Himalaya. Et dans cet Occident, je ne connais que deux essais d'instaurer l'idée qu'il n'y a qu'un seul Dieu. L'une de ces tentatives fut un échec dans sa suite politique et historique. L'autre par contre est encore au cœur de notre histoire contemporaine. Je les cite dans le désordre car nous ne connaissons pas l'ordre chronologique relatif de ces proclamations, l'une par rapport à l'autre.
 
Il y a eu le pharaon Aménophis IV/Akhenaton, qui a proclamé à el Amarna, une doctrine monothéiste connue sous le nom d' "Atonisme". Il y eut certes les enthousiastes de cette religion. Mais c'est dans la violence que les idées nouvelles furent imposées. Pour preuve, le martèlement à Louksor (entre autre) des titulatures des dieux concurrents, et très particulièrement du dieu Amon. Et jusqu'au martèlement des cartouches du pharaon précédent, son propre père Amenhotep III (Aménophis est le nom traduit en grec) dont le nom faisait référence à ce même Amon. La répétition des noms théophores (Akhen-Aton, Neferet-neferou-Aton (Néfertiti), Merit-Aton (pour la fille du roi) etc... démontre un évident prosélytisme auquel la belle Néfertiti n'est certainement pas étrangère.
 
Et qui dit prosélytisme dit violence.
 
L'autre tentative occidentale de monothéisme est connue sous le nom de Moïse. C'est autour de la notion d'un Dieu unique qu'il réussit à créer un sentiment national dans une mosaïque de clans jusque là épars. Ce Dieu Unique avait choisi les Hébreux pour faire d'eux son Peuple de prédilection.
 
La tâche fut longue et difficile. Elle dura de nombreuses années (40 ans, dit la Bible). Emaillée de multiples révoltes (comme l'anecdote du Veau d'Or au Sinaï) pour protester contre ce dogme imposé d'un Yahvé unique qui empêchait que l'on rendît désormais culte aux dieux des ancêtres. Ici aussi, le monothéisme fut imposé par contrainte et violence. La rébellion du Veau d'Or coûta la vie à plus de trois mille hommes, si nous en lisons bien le récit biblique. (Ex 32, 28 : "Les Lévites agirent selon l'ordre de Moïse et il périt en ce jour-là environ trois mille hommes du peuple")
 
 
 
 
175

Les monothéismes : des extravagances.
 
Ces deux proclamations – celle d'Akhenaton et celle de Moïse – sont en outre, par rapport à leurs milieux respectifs, chacune tout à fait extravagantes.

Akhenaton s'adresse à une population multi-théiste, ô combien ! Les dieux nationaux, avec Amon en tête, mais aussi tous les autres: une innombrable société de dieux. Chaque cité vénère en outre ses dieux-propres. Et puis chaque famille, chaque maison rend encore culte à ses dieux personnels. En Egypte, les dieux sont presque aussi nombreux que les vivants ! Et oser proclamer, là-dedans, qu'il n'y en a qu'un seul. C'est extravagant.
 
Akhenaton est encore hérétique vis à vis de lui-même, et de sa fonction pharaonique. Un des dieux primordiaux, Horus, avait assumé la responsabilité de gouverner les hommes. Quand il rejoignit définitivement le monde des dieux, il confia sa mission divine à un homme. Pharaon est ainsi un homme, mais investi de la mission divine d'assurer Ma'at. (traduit erronément en grec par Αλήθεια – la vérité). Ma'at n'a rien à voir avec une vérité proclamée (un dogme). C'est l'harmonie, le bon ordre qui permet le bon déroulement de la vie. Pharaon est investi de la mission d'assurer partout ce bon ordre. Avec pharaon, il n'y aura pas d'inondation catastrophique, pas de tempête, pas d'épidémie. Il est le garant devant les dieux du bon ordre parmi les hommes. Et pour pouvoir remplir pleinement sa mission, Pharaon a reçu les pleins pouvoirs.
 
Dans sa nouvelle titulature royale, Akhenaton se proclame, non plus maître de Ma'at, mais soumis à Ma'at. Serviteur – premier sans doute – mais serviteur du Dieu (et non plus investi de son pouvoir). Il renonce ainsi à sa fonction pharaonique. Il laisse dès lors son peuple sans protection. C'est dans ce contexte qu'il nous faut comprendre que, un siècle après sa mort, Ramsès II ait effacé Aménophis IV des listes royales, puisque ce pharaon hérétique n'avait pas rempli sa mission.
 
Moïse, dans son enseignement, est tout aussi extravagant, par rapport au milieu culturel d'origine mésopotamienne et encore semi-nomade auquel il s'adresse. Sans entrer dans trop de détails, la société de pasteurs nomades se structure autour du Conseil des Anciens. Or Yahvé prend ses décisions à la manière d'un monarque absolu, établi dans son pouvoir totalitaire, et sans Conseil. Yahvé n'a pas de famille, alors que c'est la famille qui est le fondement du clan. Yahvé est une "personne", alors que la société sémite s'orientait plutôt vers la recherche d'un moteur premier du monde. Le Dieu de Moïse est proclamé "créateur". Cette notion est totalement nouvelle; jamais, auparavant, les dieux n'avaient été les "créateurs" du monde. Yahvé est encore simultanément immanent et transcendant, c'est à dire "partout" et "en dehors de tout". Ces derniers points (confusion entre immanence et transcendance et créateur) m'ont longuement posé question.
 
 
 
 
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Moïse et Akhenaton: plus de divergences que de similitudes.
 
Il n'est évidemment pas nouveau de mettre en parallèle – comme je le fais ici – les enseignements d'Akhenaton et ceux de Moïse. Avec cette première question toute spontanée de "qui a influencé l'autre?". Mais à y regarder de plus près, à part leur qualification commune de "monothéismes" et le titre de "Personne" attribué au Dieu, les deux enseignements n'ont pratiquement aucun point commun.
 
La théologie d'Akhenaton émane d'une évidence.
Aucune définition de son Dieu qui reste d'ailleurs complètement muet. L'enseignement d'Akhenaton mène tout droit vers une forme de panthéisme, voire même à l'athéisme. Il faut chercher Dieu dans le concret, et il n'y a rien en dehors de la réalité.
 
L'enseignement de Moïse nécessite au contraire d'être expliqué.
C'est le fameux 'èhyèh 'ashèr 'èhyèh que personne ne comprend. Même le rédacteur du texte biblique se croit obligé de donner une explication : "Je suis celui qui suis" ou bien – au contraire, et selon la lecture – "Je suis celui qui est".
 
Son Dieu-Personne interpelle et parle. (Oh que oui, il en est même presque bavard !) Et puis, sa transcendance et son absolue autorité mènent directement au "Pouvoir de Dieu".
Si je ne craignais d'offusquer, j'évoquerais même "la dictature de Dieu".
 
YHWH : un dieu d'importation
 
Le dieu d'Akhenaton me protège. Le dieu de Moïse me contraint.
 
C'est beaucoup plus qu'une nuance. Et c'est, à mon sens, un indice qui à lui seul, permet d'affirmer que les deux enseignements sont indépendants. Ce n'est pas Moïse qui a instruit Akhenaton. Et ce n'est pas non plus Akhenaton qui a instruit Moïse.
 
Il y a un troisième larron dans l'histoire. Et il m'a semblé évident que Moïse et Akhenaton avaient peut-être tous les deux été sous l'influence d'un enseignement commun. C'est à dire que, pour nous aujourd'hui, Yahvé serait dès lors un dieu venu d'ailleurs, un dieu d'importation.
 
J'avoue avoir été pris de panique lorsque j'en suis arrivé à cette conclusion.
 
  
 
 
177
Origine : Pount sur Indus
 
Mais importation d' "Où ?".
 
Notre documentation sur la XVIII dynastie est telle, qu'il est quasiment impossible qu'un événement de quelque importance ait pu nous échapper. Un dieu d'importation suppose une communauté étrangère qui aurait dispensé son enseignement en Egypte. Cherchons donc l'intrus.
 
Et justement, nous avons le compte rendu complet de l'arrivée de cette communauté étrangère en Egypte. Ce document est connu depuis … toujours. Ce fut d'ailleurs un des premiers à être décrypté dès que l'écriture hiéroglyphique égyptienne a été comprise.
 
NAVILLE nous en donne une description complète dès 1908 – 1910. Denise Capart nous en communique la traduction complète dès les années 1935-1937. Mais comme personne ne s'attendait à ce que ce document ne raconte une histoire concernant des "étrangers", il fut toujours lu dans l'optique d'un exploit "égyptien".
 
On lit toujours les textes dans l'interprétation que l'on y cherche.
 
Cette arrivée d'une communauté étrangère nous est racontée par un texte très complet, illustré dans ses épisodes jugés primordiaux, par de très grands bas reliefs colorés et exécutés avec la précision de dessins scientifiques. Ce document couvre la moitié du portique de la deuxième terrasse de l'immense temple d'Hatshepsout,  à Deir-el-Bahari,  au-delà de la vallée des Reines.
 
Il nous raconte – c'est ainsi qu'il fut toujours compris – une expédition au Pays de Pount. Certains historiens parlent d'une exploration géographique au Pays de Pount.
 
Ces expéditions égyptiennes à Pount nous ont laissé des traces depuis la plus haute antiquité. Exploration donc d'un pays connu depuis toujours ? (!) Dès ~2500 selon la "Pierre de Palerme", et puis le "manuscrit de Turin", et puis l'historien Egyptien hellénisé "Manéthon". Je viens de citer nos sources principales en histoire de l'Egypte. Toutes ces sources nous confirment des ambassades égyptiennes en Pays de Pount, de cinquante ans en cinquante ans jusqu'à Sésostris II (vers ~1875) . Et puis, plus aucun document : le grand silence. Jusqu'à l'exploit raconté dans le temple de Deir-el-Bahari, daté de l'an 9 de Touthmôsis III, (pupille de la Reine) ce qui nous amène à ~1470.

(En histoire d'Egypte, aucune date absolue ne peut être affirmée avant ~720)
 
Il ne m'est pas possible ici – par manque de temps – d'aborder le problème (et les discussions passionnelles) qui opposent les historiens quant au positionnement géographique de ce pays de Pount. La troisième partie de mes "Mosaïques", commente plus longuement les données de ce problème.
 
Les textes précis de descriptions de navigation, les illustrations de paysages, les recoupements avec les rapports d'autres expéditions à Pount me permettent de situer Pount à l'embouchure de l'Indus. Ce que j'affirme ne figure encore dans aucun livre d'histoire. Il faut du temps entre une recherche et sa publication, entre la publication et l'enseignement de ses résultats dans les facultés ou les manuels officiels. C'est d'ailleurs peut-être l'intérêt de publications sur Internet, de permettre le débat de sujets encore peu connus.
 
 
 
 
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La Haute-Antiquité : une bulle hermétique
 
Ceci demande une explication géographique.
 
Une dimension nouvelle de la Conscience (la Réflexion de Conscience) est apparue de manière fort simultanée, un peu partout sur notre planète Terre. On peut situer cette "mutation" (à mettre entre guillemets, car ce n'est pas une mutation) entre ~8000 et ~6000.
 
Or, à cette époque là, la glaciation de Würm était toujours en cours, en phase terminale, j'en conviens, mais suffisamment active encore pour scinder les populations humaines en lots séparés. Et l'un de ces groupes, entre ~6000 et ~2500, se trouvait encore totalement séparé, hermétiquement isolé du restant des autres hommes. Avec une frontière de glaces et de montagnes infranchissable au Nord, et des zones de déserts et d'océan tout aussi infranchissables au Sud. Et au centre: la péninsule arabique.
 
C'est dans cet îlot d'humanité que s'est déroulée "notre" Haute-Antiquité. Il ne me paraît pas exact de situer la Mésopotamie en Irak (jusqu'en Israël); et l'Egypte au nord-est de l'Afrique, et l'Indus au nord-ouest de l'Inde. Ce carrefour prétendu entre l'Europe, l'Afrique et l'Asie ne correspond à aucune réalité, entre les VIè et IIIè millénaires.
 
Il y a une bulle totalement hermétique, que se partagent trois poches d'humanité.
 
-          Une première poche prend son origine entre les deux fleuves Tigre et Euphrate. Cette poche est habitée par une mosaïque de peuples. Je sais que les termes "Sémites" ou "sémitiques" désignent des groupes linguistiques et non des populations. Cette confusion dans les termes servit d'ailleurs de prétexte à un certain III Reich. Par une simplification de langage, et au-delà donc d'une imprécision que je souligne ici, je désignerai tout de même ce premier groupe du nord de la bulle, avec le Tigre et l'Euphrate comme point d'origine, du terme de "Sémites". Ils nomadisent entre l'Euphrate et la Méditerranée, et conduisent de très vastes troupeaux (de chèvres et de moutons surtout, le bœuf étant plus rare) dans toute la péninsule arabique. Au troisième millénaire, l'actuelle Arabie jouissait d'un climat fort comparable à notre climat atlantique d'aujourd'hui. On pourrait comparer avec l'actuelle Espagne ou le Portugal.
 
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-          Une deuxième poche d'humanité est confinée dans les mille derniers kilomètres au Nord de la vallée du Nil, auxquels nous devons sans doute ajouter la région aujourd'hui désertique entre le Nil et la Mer-Rouge. Région à l'époque beaucoup moins aride qu'aujourd'hui; peu peuplée sans doute, mais non-désertique en tout cas.
 
-          La troisième poche se trouve dans la vallée de l'Indus, et sa plaine Sud (et les affluents de gauche). Le Nord et l'Est de l'Indus se heurtant directement à l'Himalaya, l'Ouest à l'océan Indien, alors que le Sud se perd dans le désert de Thar.
 
Ces trois poches se trouvent, chacune, à une extrémité absolue du monde. Il n'y a rien au-delà. Le bout du monde à l'Ouest, avec les Egyptiens. Le bout du monde à l'Est, avec les "Indusiens" (néologisme…) Et le bout du monde au Nord, avec les grands pâturages et les marchés mésopotamiens.
 
Les trois communautés se connaissent mutuellement. Nous avons retrouvé des documents de chacune d'elles, dans les trois parties de ce qui, à l'époque, formait "le monde".
 
Mais chaque communauté a développé – c'est ici que commence la partie vraiment philosophique de mon exposé – chaque poche d'humanité a développé sa propre cosmogonie et sa conception très spécifique du divin. Aucun document ne nous témoigne d'une quelconque volonté de la part d'une des trois communautés, d'empiéter sur l'autre. Aucun prosélytisme. Nous ne trouvons les traces d'aucun impérialisme. Apparemment, aucune volonté, nulle part, de conquérir quoi que ce soit. Les cités – ni en Mésopotamie, ni en Egypte, ni en Indus, - ne sont même pas vraiment fortifiées.
 
 
 
 
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Les invasions indo-européennes
 
Tout bascule à partir de … mettons ~2500 ou bien ~2300. La frontière Est de la bulle laisse alors passer quelques aventuriers. Très vite (un peu à la manière de nos coloniaux), ces étrangers s'entourent d'autochtones (qu'ils rétribuent largement, semble-t-il), et imposent un peu partout leur pouvoir. Ce sont les Indo-Européens. Je crois qu'on peut affirmer que ce sont les Indo-Européens qui ont importé les visées impérialistes, jusqu'alors quasiment absentes de la bulle.
 
- Vers ~2500, l'ancienne civilisation d'Elam, cède la place à celle de Sumer. Les Sumériens sont des envahisseurs Indo-Européens, venus de l'Est, et qui imposent leur pouvoir aux autochtones de Mésopotamie.
 
- Nous connaissons mal l'histoire de l'Indus dont l'écriture de type hiéroglyphique n'est toujours pas déchiffrée. Mais c'est un peu plus tard (avant ~2000) que s'effondre la civilisation de Mehrgarh, pour se faire remplacer par celle, beaucoup plus pragmatique, dite de Harappa (Mohenjo-Daro) .
 
- Vers ~1800, les mêmes étrangers (mais renforcés par des gens de main sémites) auront progressé jusqu'en Egypte où ils s'empareront du pouvoir dans le Nord. Ce sont les Hyksos.
 
Ca s'arrangera plus ou moins en Mésopotamie quand les autochtones de retour au pouvoir imposeront leur civilisation d'Akkad. Ils finiront toutefois par céder sous la pression des Perses (puis des Grecs, puis des Romains, tous Indo-Européens dans leurs gènes, ceux-là).
 
L'Egypte s'en tirera par ses propres moyens, en refoulant l'envahisseur pour près de mille ans. C'est Amosis, le fondateur de la XVIIIè dynastie qui boutera dehors les Hyksos. La dynastie suivante sera celle des Ramsès. Nous sommes à l'apogée de l'Egypte.
 
Il semble que la réaction indusienne ait été "courage, fuyons!". Sauver leur culture semble avoir été une préoccupation majeure, avec essaimage de religieux indusiens en Asie extrême-orientale, jusqu'au Cambodge où ils fondèrent des temples khmers. Une extension indusienne vers l'Ouest (donc vers l'Egypte) s'inscrit ainsi dans un cursus normal de l'Histoire.
 
 
 
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Les Alliances dans leurs contextes historiques
 
C'est dans ce contexte de "sauvegarde de la culture" qu'il nous faut revoir l'histoire de nos concepts religieux. Commençons par le plus simple : Abraham. Nous lisons l'histoire d'Abraham à travers une Bible écrite dans la continuation de Moïse. Moïse attache une très grande importance à se présenter dans la tradition des ancêtres. Son sauvetage des eaux dans un panier d'osier enduit de poix est la transposition littérale du sauvetage des eaux de Sargon II, fondateur de la dynastie d'Akkad, (~2350) libérateur des envahisseurs Sumériens. Dans sa légende, Moïse se propose d'emblée, à la suite de Sargon, comme le libérateur et le fondateur du royaume d'Israël.

Dans le même souci de continuité, Moïse propose son Alliance dans la suite de celle d'Abraham. Mais vers ~2000, la promesse divine opposait le peuple d'Abraham à l'envahisseur étranger. Et l'Alliance assurait une priorité accordée par les dieux (ou par un dieu, non précisé) aux populations autochtones en opposition aux envahisseurs. Alliance entre le divin et les descendants de Sem.
 
L'Alliance de Moïse assure une prédilection du Dieu unique, non plus par rapport à des étrangers, mais par rapport au seul clan des Hébreux, élu au sein de l'ensemble des descendants de Sem. Ceci est très important dans notre actualité. Ceux que nous appelons les Arabes (parce que la formulation des préceptes de leur religion provient d'Arabie, sous Mahomet) se réclament évidemment de la première Alliance avec tous les descendants du Patriarche Sem, dont ils se réclament également. L'Alliance de Moïse proclame au contraire la rupture au sein de la première promesse. Et la prédilection réservée aux seuls Hébreux (qu'on appellera plus tard les Juifs).
 
Notons au passage qu'une troisième proclamation, qualifiée elle aussi d'Alliance (celle du Christ) affirme qu'il n'y a de prédilection pour personne puisque tout le monde est bénéficiaire de l'amour divin. C'est l'abolition de toute Alliance. Avec, ici aussi, l'explication du désaccord entre l'Islam et les christianismes.
 
 
 
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Mésopotamie et Egypte : structures théistes
 
Revenons-en aux constructions de pensée dans notre bulle.
 
Depuis que les observations et les savoirs se structurent autour de l'homme (par effet de Réflexion) il apparut assez vite que nous ne percevions qu'une partie du monde et de ses composants. Il apparut également que la partie qui échappe à notre observation directe était peuplée de puissances dont les manifestations étaient parfois violentes.
 
La zone inconnue de notre monde devait donc être peuplée d'êtres – vivants sans doute, puisqu'ils se manifestaient par des actions – mais surtout très puissants. Outre le domaine directement sensible des hommes, il y avait donc aussi le domaine des dieux.
 
En Mésopotamie, ces dieux étaient à l'origine installés dans les ténèbres, dans le silence et dans l'immobilité. Un couple nouveau vint alors déranger les autres dieux, par leurs ébats dans la lumière et dans le bruit. Marduk naquit de ce couple, triompha des dieux d'immobilité, de silence et de ténèbres, et organisa le Cosmos. Il eut alors l'idée de créer l'homme, au service des dieux, pour les soulager des corvées indispensables au bon fonctionnement de ce monde qu'il venait de réveiller.
 
Pouvoir discrétionnaire des dieux. Toute désobéissance devient péché, avec la sanction immédiate de la colère du (ou des) dieu(x) offensé(s) .
 
En Egypte, c'était le chaos d'un Océan primordial dont naquit Atoum, le Soleil. Le soleil tira de sa propre substance le premier couple divin d'où naquirent les autres dieux. Les dieux avaient mission d'assurer le bon fonctionnement du monde. Et parmi les dieux, Horus avait la charge du bon gouvernement des hommes. Quand il se retira définitivement dans le domaine des dieux, Horus confia sa tâche divine de gouverner les hommes, à un homme. Voila Pharaon.
 
Dans une simplification peut-être excessive, nous pourrions présenter :
- un royaume des dieux
        au service de qui sont soumis les hommes en Mésopotamie ;

- un royaume des dieux
        qui assurent le bon gouvernement des hommes en Egypte.

 
 
 
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Indus : structure universaliste
 
La troisième poche d'humanité en Indus, envisagea tout autrement le Mystère de l'inconnaissable.
 
Puisque le monde observé semble bien structuré et répond à des rythmes et des lois, la part inaccessible de ce monde devait également répondre aux mêmes structures, aux mêmes rythmes, aux mêmes lois. Connu et inconnu forment un seul tout. Et l'entièreté de ce tout – tout ce qui existe, et tout ce qui n'existe pas – forme ce que l'on appelle l' "Univers".
 
Cet univers, par définition, ne peut être qu'unique. Il ne peut dès lors se comparer qu'à lui-même. Il est "non-identifiable". L'unicité de l'Univers le prive ainsi de toute identité – ou de toute individualité spécifique de type Personnalité par exemple, dans le cas de l'homme.
 
D'autre part, comme il est fondamentalement "potentiel" – c'est un avenir en puissance – il ne réunit pas les conditions d'un "acte". Il est même initialement dépourvu d'objets pour déclencher un mécanisme de causes et d'effets. L'Univers d'origine est statique et sans devenir.
 
Les anciens (indusiens) se le représentaient comme une masse rayonnante de lumière et de chaleur, selon l'image très fidèle de l'Etoile solaire. Le soleil en était une image tellement fidèle, qu'il en devint une sorte d'icône, vénérée en tant que telle comme étant l'Etre Premier de l'Univers.
 
Dans cette conception universelle, il peut exceptionnellement arriver que des énergies se combinent provisoirement et forment des structures matérielles. Nous sommes ainsi des objets réels (matérialisés), mais accidentels. Cette matérialisation se réalise suivant cinq processus possibles qui se traduisent par des objets selon leur apparence concrète (eau, air, terre et feu) ou selon leur puissance dynamique – à la manière du vent – dans l'éther.
 
Les objets se différencient les uns des autres. (Il n'y a pas deux arbres identiques …) Cette différenciation des objets apporte ainsi à l'Univers, une individualisation (voire une Personnification) dont il est originellement dépourvu.
Les objets concrétisent l'identité de l'Univers.
 
La matérialisation des objets dans l'Univers enclenche un processus infini de causes et d'effets (l'effet papillon décrit par notre mécanique quantique) et inscrit dès lors le Grand-Tout dans une Histoire.
Les objets concrétisent le devenir de l'Univers.
 
Chaque individu-homme devient ainsi un élément indispensable au devenir du Monde. C'est de "ma" personnalité que j'enrichis l'Univers qui, sans moi, en serait dépourvu. C'est mon action (mon comportement) qui se répercutera, jusqu'à l'infini des temps, et participera à la réalisation de cet Univers dans la direction que mon acte lui aura induit.
 
Par rapport à la conception "théiste" du monde, la vision "universaliste" donne une fonction dynamique à chaque homme. Je suis indispensable à l'Univers qui, sans moi, serait "autre".
 
On comprend dès lors que, transplanté dans une société réduite à des "cultes" passifs à rendre à des dieux éloignés et cachés, l'universalisme indusien ait soulevé l'enthousiasme en Egypte, auprès de ceux qui ont tenté d'en comprendre la doctrine.
 
 
 
 
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Amalgame incohérent des conceptions universalistes et théistes
 
C'est l'irruption "agressive" (ou ressentie comme telle) d'étrangers Indo-Européens qui mettra en relation des pensées jusqu'alors cantonnées chacune dans leur poche isolée d'humanité. La conception védique impressionnera très fortement le mode de pensée des deux autres poches d'humanité, qui adapteront chacune la pensée indusienne en fonction de leurs traditions propres.
 
En Egypte, l'adaptation restera somme toute très fidèle à la conception développée en Indus. Le Dieu (Ré-Horakhti dans sa réalisation matérielle d'astre solaire, Aton) perdra progressivement tous ses attributs divins, et finira par être nommé dans sa matérialité. C'est bien sa réalisation matérielle qui enrichit le Cosmos. Nous restons en pleine "orthodoxie" védique.
 
L'enseignement de Moïse ne nous a pas été transmis avec tous les raffinements de la cour pharaonique d'el Amarna. Les populations semi-nomades auxquelles il s'adressait sont d'ailleurs unanimement décrites comme un peuple "ingouvernable, inéducable, qui mange de la viande crue et qui ne rend même pas un culte correct à ses morts". Il fallait donc que Moïse propose un enseignement simplifié, débarrassé de toute subtilité philosophique.
 
D'autre part, à l'opposé d'Akhenaton, l'action de Moïse s'inscrit clairement dans une optique politique. Son YHWH-Dieu n'est pour lui qu'un moyen politique pour arriver à ses fins. Autour d'une idée centrale (le dieu unique qui nous a choisis par prédilection), il s'assigne d'insuffler un sentiment national sans doute inexistant, pour conduire ces populations nouvellement solidaires dans une région moins inhospitalière que l'Arabie décidément de plus en plus désertique. La fuite vers le Nord était la seule issue. Et la seule vallée habitable – l'eau douce – de ce Nord, était la vallée du Jourdain.
 
Moïse ne peut pas se permettre de rompre totalement avec les traditions mésopotamiennes. C'est la cosmologie élamite qui se raconte dans les récits traditionnels. Les dieux représentaient l'autorité à laquelle devaient se soumettre les hommes, sous peine de déclencher leurs colères et leurs punitions. Le Dieu unique gardera cette même caractéristique, en contradiction bien évidemment avec la conception védique. En Indus, c'est l'homme qui module le Cosmos unique. Pour Moïse, c'est le dieu unique qui a modulé les hommes "à son image et à sa ressemblance".
 
La suite des incohérences philosophiques (et théologiques) de notre Occident s'inscrit dans la ligne de cette inversion d'influence.
 
 
 
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Les inversions d'influences
 
Mais alors que l'unicité de l'Etre Premier était une évidence en Indus, Moïse dut l'imposer par voie de dogme aux enfants d'Israël. Qui, à la première occasion d'ailleurs, s'en retournaient vers les dieux multiples de leurs ancêtres.
 
► Dans la conception universaliste du Rg Véda en Indus, les objets matériels étaient chacun une traduction individuelle de l'Etre Primordial. Cet Etre Premier se retrouvait donc en chacun des objets matériels du monde. L'Être Premier était dès lors immanent.
Dans la conception théiste des Hébreux, il n'y avait aucune raison que les vivants dans le domaine du Mystère (même si ces vivants ne sont qu'un seul) se retrouvent en chaque objet de notre monde. Et à nouveau, l'immanence fut imposée par dogme. (Sans doute après Moïse, par des théologiens soucieux d'imposer l'absolue puissance de YHWH.)
► L'Etre Unique imposé par Moïse était, par nécessité, investi de la Toute-Puissance. Cette nécessité provenait, d'une part, de la tradition qui affirmait la toute-puissance des dieux régisseurs de Mystère. Mais il y avait également nécessité pour Moïse d'imposer cette toute-puissance, dans la mesure où il avait l'intention d'établir un régime (voire une dictature) théocratique. La protection absolue de Dieu supposait sa toute-puissance: sa transcendance.
 
Et nous voilà avec les deux affirmations contradictoires exclusives l'une de l'autre, et l'immanence de YHWH, et de sa transcendance. Alors que, de toute évidence philosophique, on est dedans ou bien l'on est dehors.
 
Dans la conception universaliste, l'Etre Premier était évidemment investi de "Personnalité", et même d'autant de personnalités qu'il y avait d'individus hommes. Aménophis IV a ainsi honoré son Dieu (Rè-Horakhti) de sa propre personnalité à lui, par son nom royal et religieux, Akhenaton.

Pour Moïse, dans une nécessité de transcendance, ce processus d'enrichissement du Dieu par l'homme devenait impossible. Il fut donc inversé, et ce fut l'homme qui devint à l'image de Dieu. Image flatteuse, facilement acceptée, mais qui s'inscrit malgré tout dans le domaine du dogme car non-logique dans une réflexion théologique.
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La spirale devenait infernale. Moïse a été contraint d'imposer par voie de dogmes, dans la pensée théiste des Hébreux, des affirmations qui étaient des évidences dans une pensée universaliste. D'où la question toute simple des Hébreux: "Comment le sais-tu?" Et la réponse tout aussi simple "Parce que YHWH me l'a dit." C'était parti, mon kiki.
Et Dieu se mit à parler.
 
Nous retrouvons d'ailleurs cette nécessité de définir son dieu, dans la parole incompréhensible (et incomprise d'ailleurs) 'èhyèh 'ashèr 'èhyèh, qui prend son sens dans une lecture védique. Je suis la source de l'être – dans l'allégorie de l'Etre Premier, noyau fondamental d'énergie qui crée l'être. Dans ce contexte, c'est OK.

Mais, le rédacteur du texte biblique (quatre siècles au moins après Moïse) n'avait pas les clefs du Rg Véda. Et dans la représentation bipolaire d'un monde visible imbriqué dans un domaine de Mystère, cet être qui est celui qui est n'a évidemment pas beaucoup de sens.
 
Ces contradictions par inversion des structures (théistes ou universalistes) sont encore aujourd'hui pleinement d'actualité. L'anecdote suivante en est l'illustration.
 
J'en étais encore au début de mes recherches lorsque je me suis posé la question de savoir si la réponse divine n'était pas tout simplement un refus de répondre. Une lecture possible pouvait donner: "Moi, c'est moi … un point c'est tout".
 
Comme le texte biblique 'èhyèh 'ashèr 'èhyèh continue malgré tout à causer un certain malaise de compréhension, le Professeur Claude VANDERSLEYEN (de l'université catholique de Louvain-la-Neuve) – catholique est à souligner ici – me fit personnellement part de sa satisfaction et de son appréciation de ma lecture de "Moi, c'est moi" qui lui apportait un premier apaisement.
 
► Un dernier point enfin, et qui s'inscrit également dans le concept de toute-puissance. Pour la toute première fois peut-être dans l'histoire "théiste" de la pensée humaine, un prophète, Moïse, a eu l'audace de proclamer que son Dieu était aussi "le créateur" du monde.

L'émanation des objets matériels, projections accidentelles de l'Etre Premier était une évidence dans la conception universaliste du Rg Véda. Dans un univers "théiste", seul un dogme pouvait imposer la croyance en une création.

La théologie a bien repris la justification de cette création en l'assimilant au concept de "cause première" indispensable. Mais dans l'allégorie d'un monde en deux secteurs (le visible et l'invisible), il n'est pas possible de justifier cette création (issu de rien, si ce n'est de la volonté du Tout Puissant) à partir d'un seul secteur seulement, celui de l'invisible. Et sans entrer dans trop de détails ici, je voudrais tout de même souligner que le concept-même de création porte en lui sa propre contradiction. (Je renvoie ici à ma publication de "La Cohérence")
 
 
 
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Les oppositions : problèmes d'aujourd'hui
 
Le Moyen-Orient reste une zone très sensible de conflits potentiels. Au centre de ce conflit il y a bien évidemment du pétrole et des richesses stratégiques. Mais ce n'est pas pour du pétrole que des Kamikazes se font sauter sur les marchés publics. C'est n'est pas pour du pétrole qu'un certain 11 septembre, à New York, des avions bondés de civils ont fait s'effondrer les deux tours.
 
Il est facile pour nous de prétendre que "ces gens" se sont laissé laver le cerveau ou qu'ils sont drogués. En réalité, il s'agit bel et bien de questions religieuses, et il est indispensable de remonter à la base de l'enseignement. Et de comprendre l'origine de ce qui, aujourd'hui, relève de l'incohérence.
 
-  Incohérence – tout à fait compréhensible, car politiquement indispensable -      de la prédication de Moïse, dans la mesure où il voulait instaurer une                 théocratie.
-  Et incohérence encore des élucubrations théologiques qui, au nom d'une foi     jugée intangible, ont encore accentué l'enseignement primordial qui aurait         parfaitement pu être redressé avec le temps.
 
Il y a bien d'importantes démarches philologiques qui tentent d'établir un texte d'origine. Mais compte tenu de la littéralité de la parole divine du Coran, ces démarches risquent de rester dans l'impasse. Ce n'est pas le texte qu'il faut établir. Chacun des trois protagonistes (et les Occidentaux représentent la partie "chrétienne" de cette trilogie) gardera "sa" version de son seul texte reconnu canonique. Et ce seront: la Bible hébraïque (aberrant !) pour les Juifs; les deux Testaments pour les diverses chrétientés; le Coran en arable pour les Musulmans. Nous n'y changerons rien.
 
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Or il est partiellement possible de remonter à la source de la Parole à travers ses prophètes. La situer à nouveau dans les divers contextes historiques. Le point commun le plus ancien auquel nous puissions objectivement nous référer – et encore, car il ne répond pas au critère "document" ou "épigraphie" exigé par les études historiques – c'est "Moïse". Dans l'état de nos connaissances actuelles, nous devons nous résoudre à abandonner Abraham dans le rayon des mythologies. Sans compter qu'Abraham – dans la mesure où il représente réellement un personnage historique - a sans doute été très différent de celui rapporté par les écrits bibliques d'après Moïse.
 
En revenir aux Alliances en lieu et place des tracés géographiques de frontières et de zones d'influence. Etablir un document simplement objectif et non-passionnel, avec en exergue les points reconnus par tous et les points de divergence et de conflit. Mieux qu'un code international (et impersonnel), ce document pourra réunir autour d'une même table - non plus de discussion, mais dans une réunion d'échange - les diverses fractions de cet interminable conflit. Car c'est dans les Alliances divines que se trouve la clef de l'ensemble des conflits.
 
Je crois qu'un document comme celui que je tente d'établir depuis maintenant près de quarante ans, pourrait recueillir un consensus. A la condition, bien entendu, que j'arrive à en écarter toute "opinion". Je pars de documents et des lectures (parfois divergentes) de textes établis et reconnus comme fidèles à la pensée originelle.
 
Ma recherche  = établir un inventaire.
                          = sans les nier, passer outre les divergences
                               et continuer la liste de tout ce que nous avons en commun.
 
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Notre esprit rationnel et très métropolite occidental comprend relativement mal les oppositions entre ethnies différentes. [Bien qu'un comportement raciste soit très souvent présent dans nos pays.] Un voyage ou un séjour dans un pays voisin (France, Italie, Espagne, etc…) ne change pas radicalement notre manière de penser ou de vivre. Dans les pays d'Islam - que je connais personnellement pour y avoir vécu - du Maghreb au Nord, et du Sud-Sahara, en passant par le canal Nord-Sud de l'Egypte (je ne parle pas ici des Coptes), ou de la Turquie … la notion d'ethnie est fondamentale.
 
Dans ces régions, je porte en moi ma famille, mon clan, ma tribu, mon peuple et … ma race. [Le mot est lâché!] J'ai ma spécificité par rapport à mon voisin. Appartenir à tel clan me donne des obligations, mais aussi des droits et des privilèges que ne possède pas l'ethnie voisine. (J'utilise le terme d' "ethnie", pour éviter le vocabulaire non-reconnu de "race".) Et cette différenciation entre peuples relève simplement d'un "constat"; elle ne se traduit pas nécessairement par de l'agressivité.
 
Pour illustrer mon propos, je voudrais raconter comment nous avons été invités, mon épouse et moi, à un repas assez somptueux chez l'une de nos élèves. Le lendemain, je me suis étonné en classe d'avoir, durant cette soirée, eu accès totalement libre aux appartements des femmes et aux parties de la maison habituellement réservées aux filles.
 
C'est alors qu'un de mes élèves a très poliment levé le doigt pour me dire
"Mais bien évidemment, Monsieur".
 
Devant mon silence étonné, il continua:
- "Es-tu musulman, Monsieur ?"

- "Mais non, tu le sais bien."


- "Ben, alors, tu n'es pas un homme …"

 
 
 
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Conclusion: mon utopie
 
Je termine par une précision que me paraît de toute première importance. Il me semble, tout compte fait, qu'il n'était pas essentiel d'avoir démonté un mécanisme qui, très doctoralement, me permet de classer tel concept dans une catégorie, et tel autre dans la catégorie voisine. Il s'agit là d'un exercice d'intellectuel tout à fait stérile. Nous savons maintenant – comme nous sommes savants ! - que l'immanence du dieu émane d'une structure universaliste de la pensée, tandis que sa transcendance émane d'une vision plus restreinte de la pensée théiste. Ça nous vaudra peut-être un bon point ou une médaille ! Mais vraiment, valait-il la peine que je passe quarante ans de ma vie pour en arriver à un constat aussi abscons ?
 
Il se fait que depuis maintenant plusieurs milliers d'années – c'est tout de même très long – les fidèles qui se réclament des trois monothéismes sont en désaccord constant, alors que leur proclamation religieuse fondamentale est identique. Ce désaccord religieux est la toile de fond de toute l'Histoire d'Occident. A la seule exception d'une trêve idéologique de deux siècles en Espagne à la fin du Moyen-Age, ces désaccords prennent des allures de haine et tournent très souvent en conflits armés. Ces conflits de plus en plus violents se soldent, aujourd'hui, par plus de dix morts par jour, en moyenne. (en période calme …) Des milliers, des millions de morts.
 
Dans ce contexte, faire l'effort d'entrer dans l'univers mental de l'autre, et pas seulement de manière superficielle. Réfléchir ensemble, avec méthode : c'est ça, la philosophie. Mettre ce que nous avons en commun avec, souligné en rouge, le point précis où tel prédicat peut être interprété comme ceci dans un certain mode de pensée, et comme ça dans une optique différente. Eliminer nos notions de "vrai" et de "faux". Accepter la logique de l'autre.
 
Très peu de Juifs religieux sont conscients que la démarche politique de Moïse visait "aussi" à magnifier leur seule tribu. Très peu de chrétiens sont conscients de la rupture totale entre l'Alliance de Moïse et celle d'Abraham; et de l'effacement de toute Alliance avec le Christ. Très peu de musulmans sont conscients qu'ils ne disposent que d'une information tronquée des textes bibliques, et jamais dans leur version originale.
 
Deux systèmes de pensée ont été artificiellement amalgamés. Ces systèmes se sont développés dans des univers clos où ils étaient chacun cohérents. C'est la fusion en une pensée unique qui a déclenché leurs incohérences. Dans ce domaine précis, je persiste à croire que des recherches théoriques, comme celles que je tente d'exposer ici (et sur un site Internet), rendent possible l'établissement d'un inventaire commun autour duquel pourraient se rassembler de gens de bonne volonté venus des trois confessions.
 
Utopie, bien entendu. Utopie … 
            I have a dream !
Mais ça vaut la peine. Non ?
 
 
 

191
 
Annexe 1
 
 
 
Classement chronologique des textes du Coran selon Nöldeke dans "Geschichte des Qorans" (1909-1919).
 
Il distingue quatre périodes:
 
La Mecque I :
 96, 74, 111, 106, 108, 104, 107, 102, 105, 92, 90, 94, 93, 97, 86, 91, 80, 68, 87, 95, 103, 85, 73, 101, 99, 82, 81, 53, 84, 100, 79, 77, 78, 88, 89, 75, 83, 69, 51, 52, 70, 55, 112, 109, 113, 114, 1.
 
La Mecque II :
 54, 37, 71, 76, 44, 50, 20, 26, 15, 19, 38, 36, 43, 72, 67, 23, 21, 25, 17, 27, 18.
 
La Mecque III :
 32, 41, 45, 16, 30, 11, 14, 12, 40, 28, 39, 29, 31, 42, 10, 34, 35, 7, 46, 6, 13.
 
Médine :
 [2], 98, 64, 62, 8, 47, 3, 61, 57, 4, 65, 59, 33, 63, 24, 58, 22, 48, 66, 60, 110, 49, 9, 5.
 
A noter que la Sourate N 2 serait la compilation de plusieurs écrits datant de périodes différentes.
 
  

192
 
Annexe 2
 
L'histoire des conciles a retenu :
 
- Les conciles œcuméniques (convoqués par l'empereur) :
            1  Nicée I                                           325
            2  Constantinople I                             381
            3  Ephèse                                           431 (433)
            4  Chalcédoine                                   551
            5  Constantinople II                            553
            6  Constantinople III                           680 - 683
      Constantinople IV,
            (aussi nommé Quinisexte)                692
 
            7  Nicée II                                          786 - 787
            8  Constantinople IV                          869 - 880
 
- Les conciles généraux (convoqués par le pape) :
              9 Latran I                                          1123
            10 Latran II                                         1139
            11 Latran III                                        1179
            12 Latran IV                                       1215
            13 Lyon I                                            1245
            14 Lyon II                                           1274
            15 Vienne                                           1311 - 1312
 
- Les conciles de la Renaissance :
            16 Constance                                    1414 - 1418
            17 Bâle (Ferrare, Florence, Rome)   1431 - 1449
            18 Latran V                                        1512 - 1517
 
- Les conciles modernes :
            19 Trente                                           1545 - 1563
            20 Vatican I                                        1869 - 1870
            21 Vatican II                                       1962 - 1965
 
 

 
193

BIBLIOGRAPHIE
 
1    ELIADE M.                      Histoire des Croyances et des Idées Religieuses.  
                                                Payot                                                  1978-1991
 
2    ALBERIGO G.                 Les Conciles Œcuméniques           1994 (3 vol.)
 
3    DIEL P.                            La Divinité (Symbole et signification)
                                                 
Payot                                                  1971

 
                                                Le Symbolisme dans la Bible
                                                Payot                                                   1975
 
4    PICHOT A.                       La Naissance de la Science
                                                NRF                                                     1991 (2 vol.)
 
5    MENOZZI D.                     Les Interprétations Politiques de Jésus,
                                                        de l'Ancien Régime à la Révolution
                                                 Cerf                                                     1983
 
6    E.B. Jérusalem                 La Sainte Bible                                            
                                                  D. de Br.                                            1955
 
7    CHOURAQUI A.                La Bible
                                                   D. de Br.                        
                  1992
 
8    MENARD J.E.                  L'Evangile selon Thomas
                                                 Leiden                                                 1975
 
194
9    MASSON D.                     Le Coran
                                                Gallimard                                             1967 (2 vol.)
 
10  MONTET Ed.                    Le Coran
                                                Payot                                                   1963
 
11  SAVARY M.                      Le Koran
                                                Clas. Garnier                                       1953
 
12  NOLDEKE                        Geschichte des Qorans                   (1909-1919)
                                                                                                           
 
13  TEILHARD de CHARDIN  
                                                
Le     Phénomène Humain

                                                Seuil,                                                   1959
 
14                                            La Vision du Passé                             
                                                Seuil,                                                   1957
 
15                                            La Place de l'Homme dans la Nature
                                                Seuil,                                                   1956
 
16  Documenta GEIGY          Tables Scientifiques                           
                                                Bâle                                                     1972
 
 
17  RUFFIE J.                         Traité du Vivant                                           
                                                Paris                                                    1982
 
18  REEVES H.                      Poussières d'Etoiles                           
                                                Seuil                                                    1984
 
19                                            L'Heure de s'enivrer                                    
                                                Seuil                                                    1986
 
195
20  WEINBERG St.              Les Trois Premières Minutes de l'Univers   
                                                Seuil                                                    1978
 
21  RUYER  R.                       La Gnose de Princeton
                                                Fayard                                                 1974
 
22  J. VERCOUTTER            L'Egypte et la vallée du Nil Vol. 1

23  Cl. VANDERSLEYEN      L’Egypte et la vallée du Nil Vol. 2

                                                  P.U.F. Nouvelle Clio                         1992 -1995
 
24  Etienne PETIT                 La pensée Vectorielle                        1969 - 2005
25                                            Mosaïques                                           1996 - 2005
26                                            La Cohérence                                     1998
 
 
Sur les Conciles :
 
MANSI                                    Publication des Sources                     1759-1798
 
HEFELE-LECLERCQ            Histoire des Conciles                        1907-1921
 
 
 

 
[1] Voir le chapitre sur Israël en Egypte.

[2]   Dans l'analyse de P. DIEL, le mythe serait l'image intuitive déformée et déjà transposée dans la réalité tandis que primitivement, cette image n'est seulement traduite qu'en termes d'allégorie.
 
[3] Historiquement, l'instauration des monothéismes en Occident ne reflète pas un mouvement de réflexion intelligente ou un long glissement entre le polythéisme, la monolâtrie et enfin le monothéisme. Ceci est une vue de l'esprit. Comme le souligne le cinquième chapitre de la présente étude, les deux tentatives de monothéisme en Occident se sont déroulées sous la contrainte, et parfois même dans la violence.
 
[4] du terme anglais "pattern" repris du jargon psychanalytique et qui désigne le modèle inconscient de référence.

[5] L'origine du terme El Shaddaï est discutée.
- Il pourrait dériver de l'Akkadien (sadu = montagne) et traduirait "le Montagnard".
- Une étymologie sémite (sadeh = plaine) donnerait au contraire "Celui des champs".
Chouraqui tranche radicalement par son interprétation de "Toute Confiance".
 
 
[6] On se serait par exemple attendu à une mention dans les archives égyptiennes, d'une migration brutale de plus de 600.000 personnes dans les contrées arides avoisinant la vallée du Nil. Mais non, rien … .  
[7] L'archéologie et l'histoire dans les plaines de l'Indus, en sont encore à leurs premiers balbutiements. Il serait imprudent de dépasser la simple observation de l'effondrement brutal d'une civilisation, au profit d'une nouvelle structure de société. Ceci, simultanément à l'arrivée d'étrangers "venus d'ailleurs".

[8] Pléonasme volontaire.
[9] Notons à ce propos que nos théologies sont souvent plus cohérentes que nos sciences dites positives, qui se contredisent souvent l'une l'autre.

[10]    Le terme "Indo-européen" recouvre des réalités diverses qu'il nous faudra préciser. J'ai traité de cette question dans un chapitre de mon étude "Les Arabes sont-ils Sémites?" (1998)

[11] On peut ainsi compter au moins huit citations qui se félicitent de la clarté du Coran dans une langue compréhensible par tous.
   [II, 2; II, 99; XI,1&2; XVIII, 1; XIX, 97; XLI, 3&4; XLIII, 3; XLIV, 58]

[12] Mt III, 17; Mc I, 9-11; Lc III, 21-22   Baptême de Jésus.
   Mt XI, 25; Lc X, 21                               Tout m'a été remis par mon Père.
   Mt XII, 50; Mc III, 35                            Quiconque fait la volonté de mon Père ...
   Mt X, 40; Mc IX, 37; Lc X, 16; Jn XII, 44; Jn XIII, 20.

[13]  La seule langue de l'Eglise romaine est le latin. Il n'existe donc pas de traduction officielle des textes conciliaires. Nos textes français se réfèrent à la traduction en juxta (parallèle entre grec, latin et français), proposée par G. ALBERIGO dans son ouvrage de référence:
 "Les Conciles Oecuméniques", Paris 1994

[14] Christiane DESROCHES NOBLECOURT: 
               
La reine mystérieuse Hatshepsout (biographie) p223

                 Editions "J'ai lu" (Pygmalion) 2002

[15] Jean VERCOUTTER L'Egypte et la vallée du Nil (Introduction, p. II) :
 … le désert arabique, à l'Est, reste très mal connu, pour ne pas dire vierge du point de vue archéologique, au Soudan comme en Egypte.

 
[16] Cl. VANDERSLEYEN Ouadj Our (p 249) Inscription de Séankh (XIè dyn. ~2000)
… sur cette haute région désertique … tous légumes de Haute Egypte. Je transformai les vallées en zones vertes, ses terres hautes en rectangles d'eau (pour irrigation)… Je harponnai des volailles, je harponnai des bovidés …

[17] Claude TRAUNECKER Les dieux de l'Egypte PUF Que sais-je? (p 89)

[18] Je réserve le terme "réel" ou "réalisation" aux objets constitués de matière. Des objets peuvent être présents et se manifester (exister) dans l'Univers, en dehors de toute structure matérielle. Ils ne sont dès lors pas réels, mais bien concrets. C'est la distinction que je tiens à établir entre "réel, réalisation" et "concret, concrétisation".

[19] Il est difficile de lire les durées bibliques en terme d'Histoire. Pourquoi accepterions-nous les 430 ans de séjour en Egypte, et refuserions-nous les 480 années entre la Pâque et la construction du temple à Jérusalem. Il me semble donc exclu de prendre cette citation biblique comme une "preuve". Simplement, un indice-coïncidence. Pour autant également que nous nous souvenions que les sources bibliques sont nombreuses. Et certaines de ces sources pourraient être plus "objectives" que d'autres.
 
[20]    R.H. DICKE                                                    Nature N  192                                                   1961
                    J.D. BARROW & F. TIPLER                         The Anthropic Cosmological Principe        1986
                    J.A. WHEELER & C.A. PATTON                  Is Phisics Legislated by Cosmology
                    F. DISON                                                          Disturbing Universe
De manière plus générale, les publications de Hubert REEVES et de Trinh Xuan THUAN.