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Etienne PETIT
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AMALGAME
 
 
 
 
                   La Haute antiquité: géographie
 
                        Présence de l'Indus dans l'antiquité
 
                        YHWH: amalgame entre un dieu et un être primordial
 
 
 
 
 
1
Une Haute Antiquité
à restaurer à l'authentique
 
 
 
Voici environ vingt mille ans, un important refroidissement a recouvert de banquise une très grande part de l’hémisphère Nord. C’est la dernière grande glaciation qui porte le nom de "Glaciation de Würm". Le niveau des mers était plus bas qu'aujourd'hui, puisqu'une part importante du volume des eaux se retrouvait sur les continents, sous forme de glace. Certains bras de mer peu profonds, pouvaient à l'époque de la glaciation être franchis à sec. C'était le cas de la Manche et des îles britanniques. C'était le cas du détroit de Béring.
 
Cette avancée des glaces était contrecarrée par le rayonnement des régions subtropicales et par le volant thermique des mers. Les eaux chaudes étaient la Mer Méditerranée qui, malgré un niveau nettement plus bas, avait déjà une configuration fort proche de sa géographie actuelle. Et puis aussi (et surtout) l’Océan Indien avec ses deux avancées de la Mer d’Oman prolongée par le Golfe Persique, et de la Mer Rouge. Entre ces deux cornes d’eau chaude pointant vers le Nord, la vaste côte-Sud de la péninsule arabique. Les facteurs chauds combattaient efficacement les glaces et les déserts froids dans les limites d’une influence directe qui ne dépassait pas les premiers reliefs.

- Les frontières du Nord étaient ainsi marquées par les chaînes ou les massifs montagneux: Pyrénées – Alpes - Carpates; les reliefs de l’actuelle Turquie; les Monts Zagros jusqu’à l’Indus, au pied de l’Himalaya avec  les contreforts d’Afghanistan et du Cachemire.
 
- A l’Ouest, le Sahara était tempéré par les glaces relativement proches qui recouvraient l’Europe et par la masse thermique stabilisatrice de la Méditerranée. Il comptait de nombreux lacs, dont on évalue la superficie totale à plus de 700.000 Km² (surface supérieure à celle de la péninsule Ibérique!), avec une faune et une flore aquatiques très riches. Pêcheurs et éleveurs se partageaient cette plaine immense, qui s’étendait jusqu’à l’infini d’un Ouest toujours plus loin. Le monde n’avait pas de limite Ouest.
 
2

- Le Sud s’évanouissait dans les déserts:
   - celui de Thar en Asie, relayé par l’infranchissable plateau du    Tibet.
   -Celui du Sahara subtropical très méridional en Afrique, à la hauteur du Lac Tchad,
        dans les actuels Soudan, Niger, Mali et Mauritanie.

Et entre le désert asiatique et la désert africain, l’Océan Indien.
 
La glaciation de Würm, dont le pic de froid se situe entre ~15000 et ~9000, a ainsi isolé une partie du monde à la manière d’une bulle hermétique. Et c’est dans cet univers clos, mais relativement étendu, qu’il nous faut envisager le paysage de notre Haute Antiquité.
 
Il y a bien entendu, l'immense superficie de l'Asie avec les hommes en phase de néolithisation. Il y a le territoire énorme de l'Afrique équatoriale et sud-équatoriale. Les Amériques sont moins isolées que ce que nous nous plaisons parfois à imaginer: "On passe!"
 
Et c'est tout ça, la part la plus nombreuse des hommes.
Et c'est tout ça la phase néolithique.
 
Au milieu de cette humanité planétaire, il y a un territoire inaccessible, hermétique comme une bulle, et qui restera isolé du restant de l'humanité tant que les montagnes resteront couvertes de neige et de glaces, formant ainsi une frontière infranchissable. Il faudra donc attendre la fin de la Glaciation de Würm. Les déserts resteront infranchissables. L'Océan indien et la Méditerranée resteront  des obstacles majeurs.
 
Mais les montagnes – de l'Est d'abord (système de l'Himalaya), du Nord ensuite (système alpin) – seront progressivement franchies. C'est ce que, de notre point de vue de prisonniers dans notre bulle, nous appelons les "invasions indo-européennes".
 
3
Ce détail des infiltrations d'étrangers par les montagnes de l'Est est d'ailleurs repris dans la Bible. Le texte est immédiatement suivi par la construction de la tour de Babel [Gn XI, 1]
qui entraîna la fureur de YHWH.
 
Les montagnes de l'Est précisent ici, très exactement, l' "autre", l'étranger adversaire, celui qui s'exprime dans une autre langue.
 
Cette précision de la Bible est sans doute à rapprocher de la question de Paréhou, souverain du Pount, qui demande aux Egyptiens comment ils sont parvenus jusque là. "Etes-vous passés par les chemins du ciel?"  Ceci indique sans équivoque, un passage possible à travers les montagnes.  Et en bordure d'Indus, les montagnes ouvrent sur les grandes plaines d'Asie.





4
Le recul de la banquise et le réchauffement de l'hémisphère se sont inscrits à partir de ~13000 dans un processus relativement lent.
Mais ce premier réchauffement connut pourtant un épisode explosif,
entre ~10350    [[1]]
 et ~10250 où, en un seul siècle, la température estivale moyenne aura monté de15°C (!!!)   
 
Ce premier adoucissement du climat, et jusque à l'époque dite "Boréale" vers ~4500, entraîna des conséquences géographiques majeures:
 
-          Le Sahara était jusqu'alors "refroidi" par la glaciation de Würm. Son réchauffement (et sa désertification) se sont également opérés en épisodes brutaux, avec un exode massif des populations le long des fleuves; Niger, Sénégal et ce qui restait du lac Tchad. Mais ceci est une Histoire à peine commencée. Dans le cercle de "notre" histoire, nous ne retiendrons que le Nil.
 
-          L'Europe se couvre de forêts, entraînant gibiers et chasseurs dans les régions de plus en plus hautes, vers le Nord; alors que les massifs montagneux qui délimitent le Sud de l'Europe restent infranchissables.
 
-          La fin totale de la Glaciation de Würm tourne autour de ~3500 à ~3000. Le phénomène est également très brutal, avec des désertifications entraînant d'importantes migrations humaines. Un millénaire après le Sahara, ce sera l’assèchement foudroyant des plaines d’Arabie avec, ici aussi, refuge des populations en bordures littorales. Et puis, désespérément, la quête d’une vallée où coulent le lait et le miel.
 
C’est dans ce contexte qu’il nous faudra comprendre Moïse et la naissance du Peuple d’Israël, au départ des tribus sémites qui nomadisaient en Arabie.
 
5
 
Il me paraît important de signaler une autre conséquence directe de la Glaciation de Würm.
Avant le refroidissement, il y restait dans l'hémisphère-Nord de la terre,          [[2]]
deux candidats à "devenir humains". 
 
Le plus raffiné des deux (le plus fragile aussi sans doute) n'a pas résisté à la violence du climat et à la brusquerie de ses changements. Le Neandertal a été totalement éradiqué de la planète, et l'homo sapiens-sapiens est resté seul candidat au titre d'humanité.
 
Cette période du tout début de notre histoire marque la fixation définitive des populations, dans une géographie désormais amputée de tout son Ouest saharien. Il ne reste que l’Orient. Et cet Orient est à son tour amputé de son pâturage central: l'Arabie est devenue désert.
 
Nous avons complètement changé de géographie.
 
Les nomades dans leurs plaines, en bordure de leurs fleuves d’attache. Les civilisations urbaines prendront des racines plus définitives, avec des populations plus spécifiques.
 
Les documents historiques nous retracent la cohabitation – souvent difficile et parfois antagoniste (Caïn et Abel) - des peuples sédentarisés en cités le long des fleuves, et des tribus plus itinérantes dans les plaines. L’ensemble du début du livre de la Genèse biblique tourne autour de ce thème.
 
Mais les hommes pris au piège des glaces, des déserts et des océans sont résignés à cette situation d’isolement. Très rares sont les documents qui nous relatent une tentative d’en sortir ou d’aller y voir plus loin. Claude VANDERSLEYEN souligne combien les bordures littorales marquaient surtout la fin, le bout du monde. Les cités portuaires n’étaient pas le point de départ de grandes expéditions.
 
6
Les peuples de la bulle (encore rétrécie par la récente désertification du Sahara) ne témoignent d’aucune volonté impérialiste. Il y a l’exception des Phéniciens. Mais leurs expéditions, tardives au regard de l'Histoire, ont un relent d'apport indo-européen et se limitent au domaine assez restreint (et très excentré) de la Méditerranée.
 
Lorsqu'un pharaon (Touthmôsis III par exemple) déclare qu’il s’est aventuré plus loin qu’aucun autre homme avant lui, c’est son exploit qu’il proclame, et non pas sa victoire ou son éventuelle conquête. Les exemples de ce type sont nombreux. L’accumulation de ces témoignages converge à nous affirmer que, pour les anciens, les bulles en pièges où ils étaient prisonniers représentaient bien l’entièreté du monde. Notre Haute Antiquité s’est bien déroulée dans un Univers clos. Les bassins fluviaux nous dessinent ainsi trois enclaves, aux frontières extrêmes de l’Univers des hommes (de "notre" antiquité).
 
-          L’étroite vallée du Nil dont les seules terres habitables se réduisent inéluctablement à une proximité de plus en plus immédiate du fleuve. A la période historique, il n’y a déjà plus de bassin du Nil. Tout juste le "Fayoum" à quelques kilomètres en ouest de la vallée. La mangrove du Delta forme un labyrinthe très peu fréquenté en dehors des bras du fleuve.

-     Les deux fleuves (distincts à l’époque jusqu’à leurs embouchures) du Tigre et de l’Euphrate, avec une vaste plaine alluvionnaire entre les deux. Pays au milieu des deux fleuves: la Mésopotamie.
 
-          La vallée de l’Indus avec une plaine assez vaste irriguée par les affluents de gauche. La rive droite se heurte rapidement aux contreforts himalayens.
 
Chacune de ces trois poches d’humanité a, au cours de son histoire, débordé en colonies dans des territoires qui prolongeaient en quelque sorte, les vallées fort restreintes de leurs origines. Ces extensions marquent bien qu’il s’agit de "civilisations" au sens plein du terme.
 
7
-          Il y eut ainsi une influence très marquée de la civilisation indienne en Arabie de l’Est, avec des cités géométriques caractéristiques de la civilisation de l’Indus. [On peut, à titre d’hypothèse et sans rien affirmer, s’interroger sur une éventuelle relation entre une première occupation sédentaire organisée de la vallée du Nil, et un "essaimage" de populations indiennes.]
 
-          Les populations originaires de Mésopotamie étendirent très rapidement leur emprise sur la totalité de la péninsule arabique au Sud, et jusqu’en Méditerranée à l’Ouest. Ces populations dans leur ensemble, forment les peuplades sémites, dont les Hébreux ne sont qu’une tribu relativement restreinte. Les Araméens par exemple, étaient plus nombreux, et ont occupé un rôle politique beaucoup plus important.
 
-          Les peuples du Nil enfin, qui étendirent leur relative domination sur les mines du Sinaï, mais qui restèrent globalement enfermés dans leur vallée. Les influences culturelle, religieuse ou scientifique réelles - sur le restant de l’Univers en bulle de notre antiquité - sont sans commune mesure avec les découvertes archéologiques qui ont rempli nos musées.
 
Chaque enclave d’humanité est toutefois fortement caractérisée par les conditions climatiques propres à chacune des vallées. Les populations nomades qui, en dehors de la bulle, occupent les plaines européennes et asiatiques, (la majorité donc de l'humanité planétaire) seront moins profondément marquées par les conditions géographiques locales; et pour cause, puisqu’elles ne sont pas localisées: elles voyagent.
 
-      Le Nil est un fleuve habituellement très régulier. L’inondation des crues est généralement parfaitement maîtrisée. Le rythme du fleuve s’apparente au rythme de la vie.
 
-     Si l’Euphrate est un cours d’eau relativement régulier, le Tigre (qui porte bien son nom) est un fleuve indomptable, avec des crues difficilement prévisibles et souvent dévastatrices.
 
-        A l’exception de rares inondations intempestives dues aux ruptures d’obstacles naturels, l’Indus est un fleuve régulier, dont l’augmentation de débit d’une branche est régulièrement compensée par la réduction d’un débit voisin. Les crues du fleuve permettent une bonne irrigation de la plaine alluviale.
 
8
Les dieux sont à l’image des civilisations où ils naissent. C’est d’ailleurs sur base de cette idée directrice qu’est né mon étonnement devant le YHWH-Dieu d’Israël, symbole d'un pouvoir absolu, et partant tellement éloigné de l’organisation d’une autorité chez des nomades. D’où ma suggestion d’un dieu d’importation.
 
Ainsi les trois vallées vont-elles nous proposer des dieux à l’image de leurs caractéristiques; à l’image de leurs fleuves.
 
-          Dans la vallée du Nil, pharaon, investi sur terre d’un pouvoir divin, aura pour mission (spécifiquement divine) de forcer le bon ordre (Ma’at) pour faciliter l’épanouissement de la vie (Ankh). C’est l’établissement d’un régime de stabilité où le souverain dispose de tous les pouvoirs pour accomplir sa mission spécifique d’harmonie.
 
-      La violence et l’irrégularité des crues du Tigre, se traduiront par la dictature de l’imprévisible dieu El dont les caprices insatiables aboutiront à établir un régime de culpabilité et de terreur. Quel sacrifice inventer pour apaiser ce Tout-Puissant El-Shaddaï et lui faire pardonner l’imperfection de homme?
 
-        L’Indus est géographiquement totalement isolé du reste du monde. Sa vaste plaine alluviale Sud récompense de ses fruits immédiats le travail des hommes. Le peu d’imprévisible – que nous avons maintes fois nommé "Mystère" - propose un Univers d’évidence où chacun se consacre à son rôle bien déterminé à accomplir.
 
J’ai déjà souligné l’absence de visées impérialistes de la part de ces trois poches d’humanité.

Dans chacune des trois vallées – et de leurs territoires sous influence – nous avons retrouvé des documents en provenance de Mésopotamie. Des sceaux datés des environs de ~2500 dans la région de Dilmun  (au Sud du golfe Persique) et sur les côtes arabes du golfe d’Oman: deux régions sous influence indienne au milieu du III millénaire. De même, des objets de luxe (lapis-lazuli et décorations architecturales), en provenance toujours de Mésopotamie, ont été retrouvés en Egypte.
 
9
Nous n’avons pas retrouvé de documents égyptiens ou indiens qui auraient pu servir d’échange. D’où la conclusion - qui sera peut-être démentie un jour - qu’il s’agissait d’importation par Sumer de matières premières (périssables et qui n’ont donc pas laissé de traces) en échange de ces objets que nous avons retrouvés.
 
Les habitants de l’Indus ne nous ont pas laissé de traces importantes en dehors de leur vallée, à la rare exception du territoire de Dilmun (à la hauteur de l’actuelle île de Barhein dans le golfe Persique) et de la "colonie" (?) de Umm-an-Nar sur la côte Sud-est d’Arabie.
 
Les Egyptiens – très médiocres navigateurs – nous ont relaté quelques rares expéditions militaires, terrestres, jusqu’en Euphrate.
 
Les objets sumériens retrouvés un peu partout (principalement dans les régions côtières) en Arabie nous donnent à penser que les Mésopotamiens avaient sans doute balisé une route maritime dans le golfe Persique, avec un prolongement moins fréquenté le long de la côte Sud de l’Arabie.
 
En résumé, la Haute Antiquité (celle en vase clos, d'avant l'arrivée des Indo-Européens) se situe dans un territoire hermétiquement isolé du reste du monde, et dans lequel cohabitent trois civilisations. Ces trois foyers humains avaient connaissance de leurs existences mutuelles. Mais chacun se développait selon son rythme propre. Nous n'avons connaissance d'aucun antagonisme.
 
  
10

La géographie de la Haute-Antiquité.
 
Il apparaît que l'enseignement classique oublie trop souvent d'ajuster l'histoire ancienne de notre Moyen-Orient à sa géographie de l'époque.
Entre ~5500 et ~2500, une petite parcelle d'humanité                                         
[[3]]
s'est donc trouvée complètement isolée du reste du monde. Et c'est dans cet espace restreint que s'est déroulée cette Antiquité que nous nous attribuons si volontiers.
 
Des documents trouvés dans le Ouadi Gaouasis et ceux du Ouadi Hammamat nous portent très clairement témoignage d'un climat encore semi-fertile sur les bords de la Mer Rouge aux alentours des années ~2000, avant l'arrivée des Indo-Européens. Cinq cents ans plus tard, sous la reine Hatshepsout, le compte rendu – pourtant détaillé – d'une expédition à Pount ne mentionne plus de cultures maraîchères ni de troupeaux dans cette région. Cet exemple illustre comment il est possible, par des méthodes strictement historiques, d'intégrer en Histoire les apports d'autres sciences, et d'éviter ainsi certains contre-sens.
 
Une analyse des concepts qui auront caractérisé notre Haute-Antiquité trouve un point de synthèse avec Moïse et ses prolongations en judaïsme, christianismes et Islam. Si nous nous cantonnons dans une géographie actuelle, il nous est impossible de dégager une quelconque cohérence dans la genèse des concepts fondamentaux dont nous sommes les héritiers.
Il nous faut donc impérativement intégrer la paléoclimatologie si nous désirons comprendre l'ensemble de la pensée "Antiquité".

11
Cet ajustement géographique touche à la délimitation territoriale, avec la péninsule arabique en son centre. C'était une enclave géographique close hermétiquement isolée:
 
- au Nord par la frontière infranchissable des montagnes et des glaces (glaciation de      Würm), qui court de l'Espagne à l'Himalaya;
            c'est la vaste région entre l'Euphrate et la Méditerranée,
- à l'Ouest, par la limite totalement étanche de ce qui vient de devenir "Sahara"
            bordée à l'intérieur par la contrée tempérée qui s'étend de la Mer Rouge jusqu'au Nil,
- à l'Est par le désert de Thar en son Sud, et l'impraticable Himalaya en son Nord;
            c'est la plaine au Sud de l'Indus et de ses affluents de gauche,
- au Sud, par l'Océan Indien et ses deux bras.
Il était totalement impossible, à cette époque, d'entrer ou de sortir de cette "bulle".
  




L'ajustement géographique touche également au climat.

 
La bulle forme un vaste territoire relativement fertile, comparable aux actuelles régions atlantiques de l'Espagne ou du Portugal. Avec les trois bassins fluviaux (Mésopotamie, Nil et Indus) qui ont permis le développement original des civilisations urbaines.
 
12
Les communautés de la Mésopotamie (dites "asiatiques") nomadisent dans le plus vaste des territoires;
      - entre l'Euphrate et la Méditerranée,
      - et avec l'actuelle péninsule arabique utilisée comme un immense pâturage.
 
Les communautés nilotiques se concentrent en bordure du fleuve, du Fayoum et dans le Delta, mais pratiquent aussi l'élevage et les cultures maraîchères entre le Nil et la Mer Rouge, vraisemblablement jusqu'au Golfe d'Aden (à l'entrée de Djibouti).     
 
Des vallées qui n'abritent aujourd'hui que des cours d'eau provisoires      [[4]] [07]
à l'occasion de pluies sporadiques (les oueds), endiguaient voici quatre mille ans, des cours d'eau permanents qui se déversaient dans la mer en formant des mangroves (ouadj our).
 
Les communautés Indusiennes se confinent dans la plaine à la gauche (au Sud) du fleuve, avec quelques comptoirs sur la côte méridionale du Golfe d'Oman et jusqu'à l'île de Bahreïn qu'elles se partagent avec les Mésopotamiens.
 
La climatologie nous apprend que les trois bassins fluviaux formaient les limites d'un territoire totalement clos. Une bulle parfaitement étanche, à partir surtout du VII millénaire, quand le recul définitif de la glaciation de Würm, désormais trop faible pour maintenir un climat tempéré dans le Nord de l'Afrique, a transformé l'immense région lacustre qui courait du Maroc jusqu'au Nil, en cet infranchissable désert du Sahara.
 
Et de même pour la plaine du Thar, au Sud de l'Indus.
 
Nous avons des récits de voyages. Nous avons les documents qui attestent d'un commerce assez  réduit – mais réel - par cabotage, dans le Golfe Persique, le long de l'interminable côte Sud de l'Arabie, et dans la Mer Rouge. Nous avons les comptes rendus d'ambassades régulières entre les communautés. Il serait intéressant de situer ces documents historiques dans l'univers qui était le leur. Et de rester dans les limites de l'infranchissable triangle Mésopotamie – Nil – Indus.
 

 
13
Les Indo-Européens: progrès techniques et syncrétisme religieux.
 
Tout ce petit monde vivait pratiquement en paix, jusqu'au bouleversement des années ~2500. C'est au milieu du III millénaire que se termine la Haute-Antiquité, et commence l'Antiquité proprement dite. L'affaiblissement de la glaciation permet alors le passage de quelques aventuriers venus des steppes plus centrales d'Asie (les Indo-Européens). Ils découvrent le climat clément de la "bulle". Vers ~2400 (à préciser), ils s'infiltrent en Indus et dans la plaine de Shinéar (Mésopotamie). Il fallut attendre ~1800 pour que leur progression atteigne le Delta du Nil.
 
Ces étrangers – comparables à des extra-terrestres – étaient animés d'un esprit de chalenge et d'une soif de richesses et de pouvoir que nous ne détectons pas avant leur arrivée. (Impérialisme indo-européens ?) Ils s'intégrèrent dans les trois communautés autochtones et ne tardèrent pas à y usurper le pouvoir.
 
C'est sans doute à ces "touristes" indo-européens que nous devons le "cheval peut-être", mais "l'attelage sûrement". Par rapport au transport bâté, le progrès était important. Cet apport technique se traduisit par une réduction des distances en temps et une augmentation des charges transportables. Bref, une diminution de l'isolement respectif des trois communautés. Mais c'est aussi l'apparition du "char de guerre" pour équiper des armées à prétentions désormais plus conquérantes. Nous sommes à l'époque des Sésostris (XII dynastie) en Egypte.
 
La rencontre avec les Indo-Européens ne semble pas avoir représenté une ouverture de la Bulle sur le monde extérieur. Il s'agit plutôt d'une contamination intérieure, par des éléments externes. La présence des étrangers eut un effet de "lyse" comparable à la présence d'un virus dans une cellule. Les trois foyers culturels commençaient à perdre leur identité propre pour se fondre dans une humanité commune.
 
Détectons-nous ici une primo-tentative d'Empire ?
 
14
Dans le domaine de la Pensée – qui reste fort éloigné des recherches de l'Histoire -, il apparaît que les Indo-Européens avaient la conviction que tous les hommes, quelle que soit leur localisation sur Terre, rendaient culte aux mêmes divinités, mais sous des noms divers et suivant des rites différents. Dans leur syncrétisme religieux, ils réalisèrent ainsi l'amalgame de dieux à l'origine totalement étrangers les uns aux autres. C'est eux qui colportèrent la nécessité de rendre également culte aux divinités néfastes (Seth, Apophis, voire Baal) pour se mettre à l'abri de leur courroux.
 
D'un point de vue politique, des documents matériels (pensons à l'aménagement des cités et à l'installation d'oppida) nous donnent à penser que les nouveaux venus étaient animés d'un esprit de conquête et de domination que nous ne détectons pas avant leur arrivée. Ici aussi, ne serait-il pas intéressant d'aborder cet "impérialisme" sur base des techniques propres à l'Histoire?
 
Les autochtones de la bulle finirent par se libérer du joug de ces étrangers encombrants. Vers ~2000 en Mésopotamie et en Indus. Cinq cents ans plus tard en Egypte.
 
Et c'est ici que se joue toute l'histoire de la pensée occidentale.


15
 
Lyse des trois sociétés antiques.
 
Vers ~1500 avant notre ère, les Indo-Européens sont partis. Ils reviendront mais plus tard et en force. Le II millénaire s'achèvera par l'affirmation des concepts fondamentaux (les cosmologies) de chacune de trois communautés.
 
Avant l'arrivée des Indo-Européens, les habitants de la Bulle se croyaient seuls sur terre, avec, au delà de la bulle, le monde de l'inconnaissable:
- celui des dieux, pour les Mésopotamiens et les Nilotiques;
- l'au delà du monde physique pour les Indusiens
      et leur philosophie du Rg Véda.
 
Avec la reprise du pouvoir sur les Indo-Européens, les habitants de la bulle eurent soudain conscience de leur vulnérabilité et de la fragilité de leurs cultures propres. Ils prirent dès lors, chacun à sa façon, des dispositions pour protéger les spécificités de ces cultures.
   
- Les communautés mésopotamiennes, les plus directement exposées aux envahisseurs venus d'une Asie plus centrale et qui tentaient de s'infiltrer par les Monts Zagros, s'organisèrent en comités sémites de résistance par rapport au perpétuel danger. La Perse finit par l'emporter, prise plus tard en relais par la colonisation grecque.
 
Un second handicap fut la désertification très rapide (entre ~2000 et ~1500) de la péninsule arabique. La seule alternative était la sédentarisation des populations; mais la péninsule ne comptait aucun fleuve.
 
- Une première tentative de solution nous est rapportée par la parabole biblique de "Joseph" qui, profitant de la poussée conquérante des Hyksos, s'introduisit dans le Delta et la vallée jusqu'alors inaccessible du Nil.
 
- La seconde tentative fut, après l'échec de l'installation Hyksos, la conquête de Canaan attribuée à Moïse.
 
 
16
- La communauté nilotique se replia à l'abri de son Delta et de sa vallée; le recul de la glaciation ayant transformé en zone désertique le territoire qui la reliait à la Mer Rouge.
 
La XVIII dynastie marque également un retour (une continuité)                           [[5]]
aux traditions anciennes, mais à la suite, semble-t-il, de la XI (et non la XII) dynastie.
 
C'est aussi la reprise des ambassades en Pays de Pount (malgré la disparition probable des balises et les changements climatiques importants depuis la dernière expédition).
 
Sur base de documents de navigation (nous sommes cette fois en Histoire) et de descriptions de paysages et de végétations, il n'est vraiment pas insensé d'envisager la localisation du Pays de Pount à l'arrière d'une mangrove, sur les bords de l'Indus.
 

- La communauté Indusienne eut le réflexe de sauvegarder coûte que coûte sa culture, suivant deux modes distincts:
 
a: l'essaimage de communautés culturelles un peu partout dans le monde désormais ouvert bien au delà des limites de la bulle (jusqu'aux Khmers du Cambodge et l'Extrême-Sud asiatique)
 
b: la mise par écrit des textes principaux de leur patrimoine culturel (le Rg Véda) … dans la langue plus internationale de l'ex-envahisseur (le Sanskrit). Malgré une extraordinaire profusion, les textes originaux en langue indusienne ne sont toujours pas déchiffrables aujourd'hui.
 
C'est dans ce contexte de "lyse" par la présence des Indo-Européens, et de raffermissement des cultures traditionnelles, qu'il nous faut lire les événements de l'Histoire traditionnelle. Bien que la "bulle" ne soit plus hermétique depuis le milieu du III millénaire, les événements importants resteront confinés à l'intérieur des anciennes limites.
 
17
Nous abordons ici un point de vue fondamental pour comprendre l'Histoire.
 
D'une part, rester à l'intérieur des anciennes limites de la Bulle, bien qu'elle soit désormais quelque peu perméable à ces "étrangers de race indéfinie" décrits par Manéthon.
 
Mais d'autre part, insérer dans cette bulle la plaine fluviale du Bas-Indus. Bien que l'Histoire indusienne ne soit pas encore écrite, il n'en reste pas moins que cette civilisation urbaine appartient elle aussi à notre Antiquité.
 


 
Fusion de l'Être Primordial du Rg Véda et des conceptions théistes.
 
C'est au départ de l'Egypte que l'on peut classiquement observer la naissance et l'évolution de concepts qui sont toujours d'actualité aujourd'hui.
 
Les quatre premiers pharaons de la XVIII dynastie, enfin débarrassés des Indo-Européens Hyksos, s'employèrent bien évidemment à réunifier le pays et à y rétablir l'autorité d'un pharaon désormais unique. (L'intervention très "médiatisée" d'Ahmosis à l'occasion d'une tempête assez violente, s'inscrit sans doute dans ce mouvement de réunification politique) C'est sous Hatshepsout que s'amorça un retour à la tradition. Son expédition à Pount s'inscrit parfaitement dans ce mouvement de "retour aux sources".
 
Le document du deuxième portique du temple de Deir-el-Bahari ne doit pas être lu comme un journal de bord, mais bien plutôt comme le récit d'un exploit dont seuls les points forts sont illustrés. A situer également dans la géographie en "bulle" des trois bassins fluviaux de Mésopotamie, du Nil et de l'Indus. La lecture en devient alors toute différente.
 
18
Au nombre des exploits figurent:                                                                            [[6]]
- une manœuvre bâbord, vers l'Est (pourquoi est-ce un exploit?)
- l'étonnement de Paréhou et sa référence à la route du ciel;
- les arbres à encens bien évidemment (Arabie du Sud ?)
- une cargaison fabuleuse (790 Kg de poudre d'or);                
- des Pountites eux-mêmes.
 
Si nous nous souvenons de l'effort d'essaimage des Indusiens, il devient alors logique qu'ils aient tenté d'implanter une de leurs communautés, non plus seulement au Sud et à l'Est, mais également en leur Ouest.

Deir-el-Bahari nous raconterait alors l'implantation dans la vallée du Nil,        
[[7]]
d'une communauté védique, pour l'installation de laquelle fut d'ailleurs payé un prix fort.
  

 
Cette nouvelle lecture de l'Histoire rend très naturellement compte du malaise culturel qui marque l'ensemble de la XVIIIdynastie, jusqu'au paroxysme de l'épisode amarnien.
 
Dans l'état actuel des recherches à la base de la présente communication,    [[8]]
ce sont des arguments philosophiques qui ont suscité une comparaison entre le Rg Véda et l'idéologie "phénoménologique" qui a marqué toute la XVIII dynastie pharaonique à partir d'Hatshepsout. 
 
Le Rg Véda se contente d'observer sous forme d'évidence. Il ne postule pas un domaine des hommes opposé à un domaine des dieux. Ce sont là deux caractéristiques très amarniennes. A Amon-le-Caché s'oppose désormais un Aton-d'Evidence.
 
19
On pourrait résumer le principe de base du Rg Véda en une part du monde sous sa forme matérielle, et une autre part de ce même monde sous sa forme non-matérielle.

Objets matériels et objets non-matériels appartiennent à un même système unique: l'Univers. Et en matrice à cet Univers: un Être-Primordial, une Cause-Première.
 
Dans ce système, chaque objet qui concrétise l'Univers émane de l'Être-Primordial qui est évidemment unique. De même qu'est unique le principe de causalité qui permet à l'objet d'entrer dans une Histoire, par le cycle sans fin de cause à effet qui lui-même devient cause.
 
Et voici que pour la première fois dans les communautés théistes                     [[9]]
de la "bulle" (Sémites et Nilotiques) apparaissent les notions de "un", pour définir le mystère, et de "dont émane toutes choses" qui sera plus tard traduit par "Créateur".  
 
La présence de Pountites en Egypte est marquée, entre Hatshepsout et Toutankhamon, par une remise en question des conceptions religieuses traditionnelles et la vision d'un monde qui commence à devenir un Univers. La démarche d'un Akhenaton est très claire à cet égard quand, dans la seconde moitié de son règne, il supprime systématiquement tout emblème divin pour nommer l'objet unique de son culte. L'Être-Primordial n'est pas un dieu.
 
La tentative (non pas monothéiste) métaphysique d'Akhenaton n'a plus de répercussion immédiate aujourd'hui. Mais c'est dans la foulée du malaise intellectuel de la XVIIIè dynastie, que s'est créé l'état théocratique des Hébreux qui lui, reste le fil conducteur de l'histoire contemporaine de notre Moyen-Orient.
 
20

Moïse: un amalgame théo-védique.
 
La création de l'état d'Israël est une réponse à deux situations:
- la libération des Hébreux retenus comme collaborateurs                     [[10]]   [07]
        des anciens Hyksos, dans des camps d'ouvriers pour la réalisation des grands travaux           thébains (et amarniens ?) de la XVIII dynastie.   
- la sédentarisation des clans hébreux, nomadisant toujours dans une Arabie devenue                       totalement inhospitalière depuis la moitié du deuxième millénaire.
 
Moïse (où l'autorité qu'il représente) utilisera une idéologie religieuse pour cimenter les clans hébreux jusqu'alors fort épars. L'exemple védique (et peut-être amarnien) lui a démontré la puissance du Sacré quand il ne se limite plus à un culte, mais lorsqu'il devient un engagement personnel – une religion.
 
Pour mener à bien son dessein politique de sédentarisation des clans hébreux, Moïse se vit contraint de rétrécir la famille des Sémites qu'il ne pouvait gérer dans leur ensemble. Et ce fut la proclamation de l'éviction d'Ismaël au profit d'Isaac, et de l'usurpation du droit d'aînesse par Jacob (devenu Israël) au détriment d'Esaü.
 
Deux mille ans plus tard, Mahomet reprendra le même moteur religieux pour mobiliser les populations sémites laissées pour compte par les Hébreux, dans la même péninsule arabique devenue cette fois un désert totalement aride.
 
Dans les deux cas, c'est l'amalgame.
 
- Moïse garde le concept d'un "dieu" mais - à l'instar de l'Être Primordial –
        il le qualifie d' "unique".

  - La notion de Atman (dont tout émane) se transformera en attribut de "créateur".
  - Dans une optique très mésopotamienne des hommes inventés au service des dieux,
        le dieu unique deviendra aussi la "cause", non pas première, mais de tout événement             au coup par coup.

 - Le dieu mosaïque deviendra lui aussi "personnel", mais dans une compréhension inverse         du processus de personnification de l'Être-Primordial.
 
Nous entrons dans des considérations philosophiques qui trouvent difficilement leur place ici. Les concepts d'un Dieu Unique, Créateur et Personnel trouvent simplement leur explication – et sans doute leur origine – dans un Rg Véda importé, mais dont les origines se situent dans la même bulle géographique que les deux autres civilisations.
 
Arrêtons-nous là.
 
 
 
 
21
Génocide Indus
 
 
Ne commettons-nous pas un génocide intellectuel lorsque, dans nos cours et manuels d'histoire, nous oublions tout bonnement la présence de l'Indus dans le paysage de notre Antiquité?
Il est vrai que l'écriture ancienne pratiquée sur les rives de l'Indus n'est toujours pas déchiffrée à ce jour. Il s'agit pourtant d'une littérature très importante en volume, et écrite en mode hiéroglyphique. Nous ne connaissons qu'une partie des textes fondamentaux de cette civilisation (la Bhagavad-Gîtâ entre autres), par leur traduction en langue indo-européenne, le Sanskrit.
 
Un regard géographique sur l'actuel Moyen-Orient nous montre toutefois que les plaines du Bas-Indus appartenaient à la même entité géographique que la Mésopotamie et que l'Egypte. Avec, comme territoire de liaison entre les trois sociétés, une péninsule arabique, aride certes, mais pas du tout désertique; et parcourue par des clans semi-nomades qui y menaient d'importants troupeaux de moutons et de bœufs.
 
Au troisième millénaire avant notre ère, la glaciation de Würm rendait encore strictement infranchissable la barrière de montagnes qui court de l'Espagne à l'Himalaya. D'autre part, la régression de cette glaciation avait déjà transformé en déserts, le Sahara à l'Ouest, et le Thar à l'Est. Ces frontières de sable et de cailloux étaient également totalement infranchissables.
 
Au Sud de ces trois frontières hermétiques à tout passage, l'immense Océan Indien et ses deux bras: Mer-Rouge (côté Egypte) et Golfe Persique (entre la Mésopotamie et l'Indus). Cette masse d'eau jouait encore parfaitement son rôle de volant thermique et retardait l'invasion de la sécheresse qui, au millénaire suivant, allait transformer la région en désert.

Le Moyen-Orient de l'Antiquité forme ainsi une bulle totalement étanche. Du VI au III millénaire, il n'y eut absolument aucun contact entre les habitants de cette bulle, et le reste de l'humanité. Nous devons analyser l'Antiquité, en vase clos d'une part, mais dans une géographie plus large que les seules Mésopotamie et l'Egypte.
 
22



Il faut absolument que nous lisions les documents que nous révèle l'archéologie, en tenant compte des conditions géographiques de leur époque. C'est une règle parfois oubliée par certains historiens.

Jean Vercoutter, dans son avant-propos regrette d'ailleurs que                               
 [13, p II]
"le désert arabique, à l'est, reste très mal connu, pour ne pas dire vierge du point de vue archéologique, au Soudan comme en Egypte."
 
Un document égyptien (expédition à Pount, sous le règne de Mentouhotep III) et datant des environs de l'an ~2000 a été trouvé dans le Ouadi Hammamat (sur les bords de la mer Rouge, à la hauteur de Coptos-sur-Nil). Hénénou nous affirme y avoir fait creuser une douzaine de puits pour alimenter quelque 3000 hommes en eau, et avoir organisé une grande offrande de deux espèces bœufs ainsi que de gazelles.
 
23
Ces faits remontent à maintenant 4000 ans, quand la région n'était pas encore transformée en désert. Il s'agit bel et bien d'un témoignage humain qui confirme nos connaissances météorologiques et climatiques sur l'époque.

Il n'y a vraiment pas de quoi commenter et ironiser que
 [11, pp136-137]
"ces abords ne sont pas verdoyants; que des gazelles peuvent s'y rencontrer, mais non des bœufs".
 
L'Histoire ne peut pas se replier hermétiquement sur elle même, dans la méconnaissance des autres savoirs.
 
Il me semble également imprudent de mettre en doute la véracité de documents trouvés in situ. Le même document par exemple, précise que les puits ont été creusés à " íhtb ".
 
Iahéteb est une agglomération  bien localisée sur la route commerciale entre Coptos-sur-Nil et Qoséir-sur-Mer-Rouge, dans le Ouadi Hammamat, justement là où a été trouvée l'inscription.  Mais comme le Professeur Vandersleyen  tient à défendre la thèse que cette expédition n'a pas quitté le Nil et ne s'est pas rendue sur les bords de la Mer-Rouge, il lui semble que ce Iahéteb d'Hénénou est acoustiquement apparenté à Ibéhet, localité près de la 2ème cataracte.
 
Et de poursuivre:
 

"Iahéteb et Ibéhet concerneraient une région fort éloignée du Ouadi Hammamat et de la mer. Je suppose que l'expédition aura rejoint le Nil au delà des obstacles à la navigation que sont les cataractes: ce n'est qu'une suggestion."

Et d'oublier ainsi les mêmes obstacles lors du retour, puisque l'auteur prétend que le voyage s'est effectué sans rupture de charge. (!)

 
24
Ce genre de raisonnement laisse perplexe. Il n'y a pas de publication de Claude Vandersleyen qui ne mette en garde contre les "spéculations" de la philosophie, qu'il oppose ainsi régulièrement à la rigueur des méthodes historiques. La nuance est ici très étroite entre "spéculation" et "suggestion".
 
La thèse d'un pays de Pount à localiser sur le Nil trouve son origine en 1972, dans une étude d'Alessandra Nibbi. Mais cette déclaration ne remporta pas le succès escompté.

Le professeur Vandersleyen s'est alors attelé à orchestrer cette étude. Dans un ouvrage tout à fait remarquable, il commença par déterminer que le terme "Ouadj our" (Vert-Grand) ne désigne jamais la mer ou un quelconque grand large.
 
C'était un point important car, les chantiers navals où se construisaient les bateaux pour se rendre au pays de Pount, se trouvaient habituellement à l'abri d'un Ouadj our. La démonstration était ainsi faite que les chantiers ne se trouvaient pas nécessairement en bordure de mer.
 
D'autre part, de nombreux textes mentionnent un Ouadj our qu'il faut traverser pour se rendre à Pount. Le Grand Vert ne désignant jamais la mer, le pays de Pount ne devait pas non plus se trouver nécessairement en bordure de mer. Et, à l'appui de sa déclaration, le Professeur faisait remarquer que les paysages représentant le pays de Pount à Deir-el-Bahari, n'étaient vraiment pas des paysages marins.
 
Ces études sont indiscutables et prennent à mon sens, valeur de démonstration. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que le Professeur Vandersleyen jouit d'une telle autorité. Cette autorité qui lui portera peut-être préjudice par la suite lorsque, sur sa lancée, il situera Pount sur le Nil – puisqu'il ne fallait plus le situer sur mer.
 
Comme cette communication émanait d'une telle notoriété, la localisation d'un Pount-sur-Nil fut parfois acceptée sans enquête plus approfondie.

Cette thèse semble avoir été admise
                                                                [04, pp193-194]
par Madame Christiane Desroches Noblecourt (et ce n'est évidemment pas rien !).

25
Un article récent du Professeur Claude Obsomer se contente de rappeler que          [05, p39]
"la localisation du pays de Pount est maintenant mieux établie grâce aux travaux de Rolf Herzog et de Rodolfo Fattovich."
 
Mais il s'agit d'études datant de 1968 et de déclarations au congrès de Munich en 1985, avant donc les études décrétant d'autorité un Pount-sur-Nil.
 
La localisation du Pount – encore nommé "Neterto", pays du dieu – en Afrique et encore bien sur le Nil, - provient du cumul de deux erreurs de lecture. Le document le plus complet que nous ayons sur une expédition à Pount, est certainement le texte, illustré de reliefs détaillés, du deuxième portique du temple funéraire de la Reine Hatshepsout à Deir-el-Bahari.
 
Ce texte nous détaille l'expédition, et est agrémenté d'une série d'illustrations. Claude Vandersleyen les lit comme "un journal de bord".
 
Que vient faire dans un temple funéraire, le compte rendu par le détail, d'un voyage que la Reine n'a pas effectué elle-même? Elle l'a certes commandité et sans doute financé. Mais dans son temple funéraire, si l'on mentionne ce voyage, c'est uniquement parce qu'il était une véritable performance réalisée sous la haute autorité de la reine. Ne sont ainsi mentionnés à Deir-el-Bahari que les seuls événements qui ont été de réels exploits. Ne sont pas illustrés les petits événements ou manœuvres d'une navigation de routine.
 
Les reliefs du grand temple d'Hatshepsout à Deir-el-Bahari
ne sont pas un journal de bord.

Un argument important pour prétendre que Pount se situe sur le Nil, est l'absence de représentation d'un quelconque transbordement.  Nous lisons:                             [12, p282]

"Les cinq bateaux de l'expédition naviguent jusqu'au pays de Pount, puis reviennent accoster à Karnak sans aucune rupture de charge; toute l'expédition a donc dû se faire par le Nil."
 
26
Cette argumentation est caduque sur plusieurs points:
 
a: Une simple opération de transbordement, de personnes et de marchandises, n'a vraiment rien d'une performance extraordinaire. Une route commerciale importante relie Qocéir (ville portuaire sur la Mer-Rouge) à la ville égyptienne de Coptos-sur-Nil. Si la route est importante, c'est que le trafic l'est aussi. Un transbordement de Qocéir à Coptos est une opération de routine (toutes les marchandises exotiques passent par là) et ne trouve évidemment pas sa place dans le récit d'une série d'exploits.
 
b: Il me paraît une "faute" plus grave de tirer des conclusions sur base d'absence d'une illustration. L'absence de document (d'indice ou de preuve) ne peut jamais aboutir à une conclusion. Tout au plus peut-on - et doit-on même dans certains cas - s'interroger sur la raison pour laquelle on ne trouve pas de trace. Mais le manque d'indice ne permet jamais d'affirmer ou de nier quoi que ce soit. C'est le cas des personnages de Moïse ou de Jésus qui ne nous ont laissé aucune trace. Et l'épigraphie reste totalement muette à leur égard. Cette absence d'indice ne nous permet aucune conclusion. Nous pouvons tout au plus nous étonner, nous interroger sur ces silences.
 
L'argumentation de "sans rupture de charge" me paraît être une faute de logique formelle.

Le texte de Deir-el-Bahari nous donne par contre d'autres détails qui, eux, sont considérés comme des exploits, puisqu'ils figurent comme ornements indispensables au récit de l'expédition.
 
1°: Les bateaux illustrés sont des bateaux Ménesh, c'est à dire des bateaux de mer.
 
2°: Avec grand soin, sont représentés des poissons - marins en toute évidence - qui                 escortent les bateaux durant leur navigation. Il y a aussi une grande tortue, généralement         considérée comme animal d'eau douce.
 
3°: La première étape illustrée - donc considérée comme une performance – est une                 manœuvre bâbord (à gauche) qui place le bateau en direction Est.
 
4°: Et puis (encore un exploit) on traverse un Ouadj our à l'entrée de Pount, mais on navigue     cette fois plein Sud.
 
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Pourquoi ces quatre éléments (entre autres) sont-ils ici considérés comme des exploits?
Il nous faudra examiner cela avec attention.
 
Dans son remarquable ouvrage sur "Ouadj our", Claude Vandersleyen nous cite encore toute une série de documents à prendre sans doute ici en considération.
 
5°: Un texte du temple d'Edfou nous donne la description … d'un palétuvier.            [11, p224]
 
6°: Le compte rendu d'une expédition à Pount sous Ramsès III, cite une navigation sur                 "Mou-qed" l'eau inversée.

A remarquer ici que peu avant Hatshepsout, Touthmôsis I (vers 1490) se vante, dans la stèle de Tombos, d'avoir exploré le pays plus loin qu'on ne l'avait jamais fait avant lui. Les termes techniques de navigation utilisés dans cette stèle (khédi pour descendre le fleuve et khenti pour le remonter) sont utilisés ici dans le sens inverse à celui du Nil, puisqu'on y descend vers le Sud et qu'on y remonte vers le Nord.

Mais ce texte ne concerne pas le pays de Pount puisque, vingt ans plus tard, lors de l'expédition décrite à Deir-el-Bahari, le chef des Pountites affirme que jamais des gens d'Egypte ne sont arrivés jusque là.
 
L'expédition de Touthmôsis I pourrait toutefois, sans contradiction, avoir remonté le Nil très au Sud, jusqu'au delà de la troisième cataracte. C'est le seul tronçon de fleuve où le Nil inverse son cours, et descend de Kénissa jusqu'à Napata dans une direction très généralement orientée vers le Sud. D'où les termes de "khédi" et "khenti" utilisés ici à contresens de leur usage habituel. C'est dans la boucle formée par le Nil à cet endroit, entre la 4ème et la 6ème cataracte, que se situait le Pays de Koush.
 
28
7°: Il faut encore relever la suite de la conversation de Paréhou (chef des Pountites):
    "Etes-vous venus du ciel, ou avez-vous navigué sur l'eau, ou par terre?"
 
8°: Il faut également noter la demande explicite de Paréhou de se rendre en Egypte pour y          rencontrer la reine.
 
9°: Il y a encore la cargaison ramenée de Pount:
 
- des Pountites arrivés en délégation à leur propre demande;
- des arbres à encens (olibans);
- un rhinocéros qui ne porte qu'une seule corne;
   contrairement à ceux d'Afrique qui sont "bicornis";
- un félin sur l'identité duquel trébuchent les historiens.                                       [[11]]
 
 
A reprendre un à un chacun de ces quelques points (il y en a d'autres), nous sommes contraints de quitter la géographie classique de l'Histoire.
 
 
 
 
 
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* *
 
29

 
1°: Les bateaux Ménesh
 
Lucien Basch s'est passionné pour la navigation et les bateaux de l'Antiquité.                [01]
Il m'a personnellement confirmé que le "Ménesh" était bel et bien conçu pour la navigation en mer. Et de me préciser que ces bâtiments construits en Egypte au II millénaire avant notre ère n'avaient rien de commun, si ce n'est leur nom, avec les redoutables Ménesh phéniciens du millénaire suivant. Autant les grands bateaux phéniciens assuraient-ils une navigation rapide et souple, autant les bateaux marins égyptiens étaient-ils rustiques, lourds et très peu maniables. De véritables sabots. En clair, le Ménesh égyptien était très mal adapté à la navigation fluviale qui demande une maniabilité beaucoup plus grande que le cabotage en mer.
 
 
 
 
2°: Les poissons marins
 
Les illustrations de Deir-el-Bahari sont formelles, les bateaux naviguent dans une eau peuplée de poissons indiscutablement marins. Et la tortue "d'eau douce" que l'on retrouve dans les eaux de navigation, se rencontre également quelquefois en  mer. Elle  peut parfaitement provenir d'un Ouadj our, que le Professeur Cl. Vandersleyen identifie à
"toutes les eaux qui fécondent la terre [égyptienne] et au dieu même de la vie".  [11, p47]
 
Il n'y a, à mon sens, aucune raison de limiter Ouadj our à la seule terre d'Egypte. Et d'autres textes descriptifs de Ouadj our (celui de Pount, entre autres) permettent d'identifier Ouadj our (Vert grand) aux mangroves.

Ce sont les régions où l'eau des fleuves se jette dans la mer. Il y pousse une végétation luxuriante (dont le palétuvier est le symbole), et la faune aquatique y est mélangée d'eau douce et d'eau de mer. Une tortue classée d'eau douce peut parfaitement se rencontrer en Ouadj our.
 
Heinz Steinits a bien, dans les années 1960, tenté d'identifier les poissons marins de Deir-el-Bahari. Mais il les comparait à la faune de la Mer-Rouge,                   [09, pp15-24]
alors qu'il s'agissait en réalité de poissons vivant dans l'Océan Indien.
 
Dans une étude relativement récente (2002) Chr. Desroches Noblecourt                   [04]
a fait l'inventaire des poissons et animaux marins des illustrations de Deir-el-Bahari. Ostraciidae, Bolbometopon muricatum, raie, seiche, espadon, baliste, Palimurus penicillatus, Cheilinus undulatus, Choetodon chrysurus, langouste. Avec aussi  Tilapia nilotica, tortue trionyx, poisson-chat et Oxyrhinque.

 
30

- Le poisson-coffre (ostraciidae) et le poisson perroquet à bosse (bolbometopon muricatum)
    se rencontrent principalement en Mer-Rouge et en Mer d'Oman.

- L'espadon signe une mer tropicale (ou éventuellement tempérée)
- La langouste (Palimurus penicillatus), le napoléon (Cheilinus undulatus)
    et le poisson papillon à larme (
Choetodon chrysurus) proviennent tous de l'Océan Indien.
- Raies, seiches et balistes ne sont pas géographiquement significatives.
- Tandis que tilapia (pourquoi le qualifier de nilotica?), le trionyx (tortue), le poisson-chat et    l'oxyrhinque – tous les quatre vivant en eau douce –
    llustrent la navigation dans une mangrove.

 

 
3°: Conduire à bâbord (à gauche?, vers l'Est?)                                          [11, p204]
 
Lucien Basch m'a confirmé que le lourd bateau Ménesh égyptien était en outre très peu apte à remonter le vent. Ceci explique sans doute que la manœuvre de virer bâbord pour prendre le cap Est, soit la première manœuvre considérée comme une performance. Performance d'intrépidité car il devenait désormais impossible de rebrousser chemin.
 
Revenons à la lecture de ce changement de cap. Si après un virage bâbord (à gauche), on se retrouve cap à l'Est, c'est évidemment que la manœuvre à commencé alors qu'on naviguait vers le Sud. Il n'y a pas d'alternative.
 
Une navigation vers l'amont du Nil (de Memphis, par exemple, vers Thèbes, Assouan, les cataractes …) prendrait bien la direction Sud. Mais, pourquoi se ferait-elle sur bateaux marins? Comment les lourds Ménesh pourraient-ils franchir les cataractes? Et surtout, où situer cette manœuvre, pourtant présentée comme première dans l'ordre chronologique, d'un virage à gauche sur le Nil?
 
La flotte étant constituée de Ménesh, nous devons considérer comme évident qu'une part importante du voyage doit se faire par la mer. Mais, au départ d'Egypte, de quel endroit est-il possible de prendre le large, cap plein Sud?
 
Reprenons ici une carte géographique qui pourrait nous aider à localiser la manœuvre bâbord qui donne le cap Est.

Avec les représentations de Deir-el-Bahari, nous nous trouvons devant le document le plus complet que nous possédions sur le trajet qui mène d'Egypte au Pount. Et le seul endroit où est possible une telle manœuvre se situe après le passage de la Mer-Rouge sur l'Océan Indien, après le détroit de Bãb-el-Mandab.
31


 
Nous rejoignons ici la vieille tradition qui associe toujours la Mer-Rouge à une expédition au Pays de Pount. C'est le seul plan maritime de la région d'Egypte qui permette de prendre le large vers le Sud.
 
Pourquoi, maintenant, ce changement de cap est-il considéré comme un exploit, puisqu'il figure sur la liste des hauts faits du voyage rapportés dans le grand temple d'Hatshepsout.
 
32
Il nous faut ici faire appel à quelques notions climatiques et géographiques.
 
Les vents, les précipitations et la circulation des eaux de surface sont, dans l'Océan Indien, tributaires du phénomène de mousson. Ainsi, de la mi-mai jusqu'en novembre, un vent régulier et constant longe les côtes de la péninsule arabique en direction du Nord-est, pour se renverser durant l'hiver et devenir un vent constant soufflant vers le Sud-ouest.
 
Compte tenu du manque de maniabilité des bateaux conçus pour l'expédition vers Pount, et de leur totale incapacité à remonter le vent, la décision de se placer le vent en poupe devient une manœuvre irréversible. C'est un départ sans possibilité de retour.
 
 
 
4°: Navigation plein Sud, à travers un Ouadj our,
             à l'entrée de Pount.
 
Plusieurs éléments se conjuguent pour expliquer que cette navigation soit un exploit. Dans une Antiquité classique restreinte à la Mésopotamie et à l'Egypte, l'aspect performance de cette navigation nous échappe. Une géographie par contre quelque peu élargie à l'ensemble de la péninsule arabique, jusqu'en Indus, rend alors tout à fait cohérents ces exploits marins.
 
Traverser le Golfe d'Oman, sans doute (à vérifier) par le détroit d'Ormuz, et à partir de là, longer la côte asiatique qui, d'Ouest en Est, court de l'actuel Iran jusqu'en Afghanistan. C'est une côte escarpée au pied du Zagros méridional.

                                                                                                     
 
33
D'autre part, c'était aussi manœuvrer avec un vent latéral constant. Les bateaux n'avaient pas de quille et l'accastillage rudimentaire manquait de souplesse. Les illustrations de Deir-el-Bahari nous représentent des cordages fixes sur lesquels on hissait les voiles; mais sans réelle possibilité de les orienter.

La navigation dans le golfe d'Oman débouche à la pointe Nord du Delta de l'Indus.
Dans le Ouadj our de l'Indus, la progression se fera donc cap au Sud.     [[12]]
C'est-à-dire à contre-vent. D'où l'illustration d'une telle performance.
 
Les Delta importants des grands fleuves (Nil, Tigre-Euphrate, Indus) sont pleins d'embûches et rendent toute navigation très difficile, voire impossible. S'aventurer avec de lourds bateaux dans de telles mangroves totalement inconnues … oui, c'était un réel exploit.
 

 
5°: Les palétuviers du Delta de l'Indus                                                        [11, p224]
 
Sa couleur est noire; c'est l'œil de Seth; on ne le mange pas; il est sur un arbre de Ouadj our, là où est Pount; son arbre est comme l'arbre à encens; quand il grandit, il est rouge.
 
Dès le moment que l'on n'écarte plus l'image d'une mangrove dans une géographie moins étroite, cette description devient évidente: le texte nous décrit un palétuvier.
 

34
 
6°: Mou-qed: l'eau inversée
 
Inversée par rapport au cours du Nil. Donc, une eau qui coule vers le Sud. L'expression Mou-qed suggère également un tournant; le coude d'un fleuve.
 
L'expédition à Pount, sous Ramsès III, confirme aussi que Pount se situe après le coude du fleuve, lorsqu'il coule du Nord vers le Sud, en sens inverse à celui du Nil. Notre interprétation de Pount sur Indus correspond parfaitement aux descriptions que nous donnent les documents archéologiques.
 
 
 
7°: Etes-vous venus du ciel?
 
Le Pays de Pount est maintes fois décrit comme une région montagneuse. Et les textes insistent parfois sur cette caractéristique. Cette fois, le chef des Pountites fait directement allusion au "chemin du ciel". Une première interprétation pourrait nous laisser croire que Paréhou énonce trois impossibilités de voyage: le ciel, la mer, par voie de terre. C'est une interprétation.
 
Mais il est sans doute important de nous rappeler l'époque à laquelle ces paroles ont été prononcées. Nous sommes quelques années après ~1500. Les habitants d'Indus – de même que les Egyptiens et les Mésopotamiens – viennent, à grand peine, de se libérer de la tutelle de "touristes" étrangers qui avaient néanmoins usurpé le pouvoir dans les trois sociétés concernées.

En Mésopotamie, ces Indo-Européens – du nom des régions qu'ils avaient mises sous tutelle – apparurent vers ~2400. Infiltrés à travers les monts Zagros, ils fondèrent le royaume de Sumer.
La mémoire sémite nous relate leur arrivée.             [Gn XI, 1 & 2]
"Tout le monde se servait d'une même langue
   et des mêmes mots.
Comme les hommes se déplaçaient à l'Orient,
   ils trouvèrent une plaine au pays de Shinéar
   et ils s'y établirent. "                                                                  
 
35
Dès les années ~2200 (Sargon d'Akkad), ils rencontrèrent la résistance des autochtones. Finalement, les Indo-Européens l'emporteront et occuperont définitivement la région d'entre les deux fleuves, avec l'arrivée des Mèdes, et puis des Perses. La Mésopotamie restera indo-européenne.  
 
En Indus, les mêmes Indo-Européens s'installèrent dès ~2200, infiltrés cette fois à travers l'Himalaya. (Oui, c'est bien une route du ciel.)
 
Les "Indusiens" finiront (vers ~1800) à se débarrasser de ces visiteurs encombrants. Mais l'alerte aura été chaude et ils auront ainsi compris qu'ils n'étaient pas parfaitement protégés dans cette bulle qu'ils croyaient hermétique, entre l'Himalaya au Nord, et le désert du Thar, au Sud. C'est alors qu'ils commencèrent à prendre des mesures pour protéger leur patrimoine culturel propre.

- D'une part, en rédigeant par écrit (dans la langue des anciens envahisseurs: le sanskrit), les     récits essentiels de leur cosmologie. C'est la première rédaction des livres fondamentaux     du Rg Véda: la Bhagavad-Gîtâ.                                                                                [08]
- D'autre part, en essaimant à travers le monde. Nous avons retrouvé des inscriptions en             Sanskrit au Cambodge, et rendant hommage à des pandits indiens venus pour y fonder         des temples Khmers. Des pandits indiens sont allés jusqu'en Chine avec des textes                 religieux et scientifiques, pour les y porter et les traduire.
 
 
En Egypte – de l'autre côté de la péninsule arabique pour ces visiteurs venus de l'Est – il faudra attendre ~1780. C'est le début de la période Hyksos qui ne se terminera qu'en ~1543 avec la reprise complète du pouvoir par Ahmosis, et l'avènement de la XVIII dynastie pharaonique.
 
Les deux cent quarante ans de présence indo-européenne en Egypte n'ont cependant pas – comme ce fut le cas en Indus – déclenché un réflexe de sauvegarde d'un patrimoine en péril. Les Egyptiens se sont toujours sentis bien protégés dans leur vallée.
 
36
Il y eut cependant, après la reprise en main du pouvoir politique par les pharaons, la volonté de renouer avec les anciennes traditions. C'est dans ce mouvement de tradition à perpétuer que s'inscrit sans doute l'expédition à Pount, de l'an IX du règne d'Hatshepsout et de son pupille Touthmôsis III.
 
Voilà le contexte géopolitique global où il nous faut comprendre le discours de Paréhou, notable du Pays de Pount.
 
Il ne me paraît pas exact de résumer ce discours en affirmant                          [12, p282]
"les Pountites eux-mêmes se demandaient si les Egyptiens étaient venus sur l'eau ou par voie de terre."       
 
En fait, les Pountites savaient très bien qu'il y avait trois voies d'accès possibles pour arriver jusque chez eux.  
Reprenons ici la traduction proposée par Christiane Desroches Noblecourt: [04, pp219-220]
 
"Comment êtes-vous arrivés ici, dans cette terre
        que les gens d'Egypte ne connaissent pas?
 Etes-vous venus du ciel,
      avez-vous navigué sur l'eau
      ou par terre?
 La Terre du dieu est heureuse,
      vous l'avez foulée, comme Rê.
 N'y a-t-il pas de chemin pour se rendre vers To-méry,
      vers Sa Majesté,
      car nous vivons du souffle qu'elle nous donne?"
 
- Nous avons ici confirmation que les expéditions militaires de Touthmôsis I (vingt ans auparavant) n'ont pas de relation avec le Pays de Pount. La stèle de Tombos qui immortalise cette campagne qui "atteint vraiment les limites de la région", cite elle aussi un Mou-qed (une eau inversée). 
 
37
Et il pourrait cette fois bien s'agir de                                                                          [12, p258]
"cette partie du Nil qui, après avoir passé Kénissa et Kourgous, tourne assez brusquement vers le Sud-Ouest avant de s'infléchir à nouveau vers le Nord pour entrer dans la riche région de Dongola."
 
Mais il est totalement abusif d'attribuer ce Mou-qed au Pays de Pount. Il y a, par contre, une expédition à Pount sous Ramsès III (mais nous sommes deux siècles plus tard) qui signale un courant inversé par rapport à celui du Nil (Mou-qed), là où se trouve Pount. Mais le contexte ne s'applique plus ici au Nil.
 
- "Venus du ciel" prend bien évidemment du sens, dans une région au pied de l'Himalaya. D'autant plus que des visiteurs importuns (les Indo-Européens) ont justement emprunté cette route lorsqu'ils se sont quelque peu attardés en Indus.
 
 
 
8: Demande pountite de pouvoir séjourner en Egypte
 
La suite du discours de Paréhou est, me semble-t-il, lue trop superficiellement par les historiens. La requête est pourtant ici évidente. Le chef des Pountites demande très expressément à se rendre auprès de la reine d'Egypte. Et "nous vivons du souffle qu'elle nous donne" exprime très clairement que, si les Pountites obtiennent l'autorisation de se rendre dans la vallée du Nil, ils respecteront la reine et le pouvoir qu'elle incarne.
 
Les Egyptiens étaient très jaloux du privilège de "leur" vallée. S'installer dans la vallée était une autorisation exceptionnelle pour des étrangers.

La suite de l'expédition nous montrera pourtant l'embarquement de Pountites qui accompliront le trajet de retour. Ce ne sont, bien entendu, pas des esclaves. Et comme l'éventuelle installation dans la vallée est un privilège exceptionnel, le tribut sera très lourd. On évalue à 790 Kg, la quantité d'or proposée par les Pountites. Et la scène décrite à Deir-el-Bahari comme "l'ivresse de la Reine" représente tout simplement l'acceptation par Hatshepsout, du prix pour cette installation pountite.                                      [04, pp234-236]
- "Salut à toi, ô souveraine de To-méry, soleil féminin qui brille comme le globe Aton …"
 
38
La lecture védique de cette adresse à la reine lui donne une compréhension qui aura sans doute, au moment même, échappé à ceux qui ont assisté à la scène. En Indus, l'astre soleil qui embrase l'entièreté de l'horizon était le symbole le plus représentatif du foyer de lumière et de chaleur dont émanait chaque objet concret de l'Univers: l'Etre-Primordial. C'était comparer la reine à l'objet le plus représentatif (l'icône) de l'Etre-Primordial dans sa concrétisation de souveraine par excellence.
 
Les notables égyptiens ont très vraisemblablement établi la comparaison avec leur dieu "Aton", astre solaire lui aussi, lorsqu'il illumine l'horizon. Il ne semble pas que, sur le coup, l'association ait été immédiate avec l'Etre-Primordial, notion absente de la cosmologie égyptienne. Il paraît évident que, dans la conception pountite, Aton n'était pas cité comme un dieu. La confusion [volontaire] des termes nous démontre sans doute ici, la subtilité de la dialectique pountite. Nous y reviendrons.
 

 
9°: Cargaison ramenée de Pount
 
C'est une communauté de Pountites qui débarquent en Egypte. Et un texte précédent du compte rendu de l'expédition nous confirme leur souhait de s'y installer.
 
Abdel Asiz SALEH suppose que les arbres à encens (olibans) de la cargaison ne provenaient pas de Pount, mais bien plutôt d'Arabie du Sud. Leur origine aurait été tenue secrète vu leur proximité d'Egypte par rapport au Pays de Pount.               [12, p262 note]
(L'Arabie du Sud, sur le trajet maritime vers Pount.)
 
Les animaux en provenance de Pount (rhinocéros unicornis, félins,)           [[13]]
sont d'origine plus probablement asiatique qu'africaine. Ici aussi, il faudrait des études plus approfondies avec, en arrière-plan, l'éventualité d'un Pount en Asie. Quant au félin … Tout le monde sait qu'il n'y a pas de tigre en Afrique.
 
39
Il reste un dernier indice qui ne s'inscrit pas à proprement parler dans les documents historiques. Il devrait y avoir au moins un chantier naval dont nous pourrions retrouver les traces tout au bout de la Mer Rouge, à la hauteur du détroit de Bab-al-Mandeb. Je quitte ici  l'observation ; c'est de la déduction. Avec la logique, je reste dans mon domaine.
 
Juste au Sud d'Assab, à l'entrée du goulot de Bab-al-Madab, se trouve le confluent de ce qui aujourd'hui sont des oueds (cours d'eau temporaires, à l'occasion de pluies) mais qui, voici 3.500 ans (avant la désertification totale) étaient des cours d'eau permanents. Ces cours d'eau se jettent dans une baie parsemée de petits îlots, et abritée par une île plus importante.
Ce port naturel se trouve à moins d'une cinquantaine de kilomètres de l' "embouchure" du golfe dans l'Océan Indien. Et le détroit qui ouvre la Mer Rouge sur l'océan correspond cette fois très bien aux descriptions de cet énigmatique Coptos.
 
Lorsque la mer se rétrécit en détroit, avant de s'ouvrir sur l'océan, ce sont bien des falaises désertiques qui se font face, l'une à l'ouest et l'autre à l'est. Et l'ensemble falaises et eau correspond à la description de l'œil avec " la montagne de l'ouest et la montagne de l'est qui forment son orbite."
 
Régulièrement aussi, on signale des îles au milieu de Ouadj our. Il n'est plus besoin ici de se torturer l'esprit pour parsemer le Delta du Nil d'îles comparables aux "îles du milieu". Dans la baie naturelle d'Assab, les îles sont bien là.
 
Les voyageurs au retour de Pount, se réjouissent toujours de reconnaître et de se mettre enfin à l'abri, sous la montagne (ou le désert) de Coptos.
a; C'est à partir de là que la navigation devient plus facile.
b; Il faut croire qu'il s'agit d'un point de repère important, impossible à rater.
c; Les textes semblent dire: "Enfin, chez nous!"
Le détroit de Bal-al-Mandeb répond étrangement à ces trois lectures.
 
Le passage en son point le plus étroit entre la pointe du Yémen à l'Est, et la côte d'Erythrée (aujourd'hui juste au Nord de Djibouti) à l'Ouest, fait une dizaine de kilomètres. Le chenal, dont on peut apercevoir les deux côtes Est et Ouest à partir d'un bateau, forme une chicane avec, en premier, l'archipel des Sept Frères composé d'îlots désertiques inhabités qui forment un barrage d'environ 7 kilomètres, perpendiculaire à la côte ouest du détroit.
 
40
La première île de cet archipel (lorsque l'on vient de l'Océan Indien) est tout à fait extraordinaire. Oui, c'est un point de repaire impossible à rater.
 
A remarquer que la transcription phonétique du Coptos des chantiers navals est régulièrement qualifiée d'un terme ambigu qui sert à désigner tantôt une montagne, tantôt une région désertique, voir un pays étranger.


 
  
  
Gebel, comme on qualifie parfois cette montagne isolée, désertique et dans une île volcanique inhabitée. Il y a une étrange coïncidence entre la description et le paysage.
 
Dix kilomètres plus loin, après avoir laissé la pointe du Yémen et son île à tribord, on entre en Mer Rouge, abrité enfin des vents du large de l'océan.
 
Le chantier naval que je présume au Sud d'Assab pourrait être à quelques encablures.
 

 
 

41


Je n'ai ni les compétences ni les arguments qui me permettent d'affirmer       [[14]]
comme une vérité absolue, que le chantier naval nommé "Coptos" par les documents, se trouve exactement au Sud d'Assab. Mais la ressemblance entre les descriptions et le paysage est un indice qui justifierait, à mon sens, que l'on entreprenne une première prospection à cet endroit.      
J
 
  

OBJECTION

 

 

Aucun document archéologique ne vient, jusqu'à présent, confirmer l'installation d'une communauté pountite en Egypte. Il s'agit donc, pour l'instant, d'une hypothèse de travail – à ne pas confondre avec une spéculation philosophique.

 

Notons au passage que les égyptologues n'ont jamais cherché une telle installation. Il a toujours été évident pour eux, que les illustrations de Deir-el-Bahari racontaient une histoire égyptienne. Il est de même tout aussi évident que la cité d'Akhetaton à el Amarna, est une ville bien égyptienne … (?) Si on ne cherche pas, les chances en deviennent moins grandes que l'on ne trouve.

 

Souvenons-nous également que toute réalisation publique sera toujours attribuée au Pharaon. Ainsi, il n'est pas étonnant qu'une communauté d'inspiration védique – comme celle installée à Akhetaton – soit évidemment considérée comme l'œuvre du souverain.

 

Il reste encore – ce qui ne nous simplifie pas la tâche – l'effacement systématique de l'épisode amarnien, considéré comme un schisme et une véritable décadence de la grande tradition pharaonique. Ramsès II s'est acharné à effacer toute trace de cet incident; de l'effacement du site d'Akhetaton à celui des souverains amarniens des listes royales.

 

42

Mais l'hypothèse d'une communauté culturelle et religieuse pountite, installée à demeure pendant près d'un siècle et demi en Egypte, repose sur une série impressionnante d'indices convergents et efface les contradictions et invraisemblances des enseignements plus classiques:

 

- situation de Pount   sur la Corne de l'Afrique,

                                    sur le Nil, aux portes de l'Ouganda.

- constructions sur Nil de bateaux à destination marine.

- les explosions inexpliquées et simultanées

            des mono-théismes d'Akhenaton et de Moïse.

 

Les localisations de contrées mythiques (Koush, Terre de Goshen, Pount) devraient rester dans le domaine de la recherche strictement historique. Je ne suis pas historien et mon domaine est " l'historique des concepts". Il n'était dès lors pas normal que je m'égare dans la localisation géographique d'une contrée ancienne.

 

Il se fait que l'histoire de la pensée se confond toujours avec l'histoire des sociétés. Et comme je retrouve des éléments exotiques dans la pensée perturbée de notre Antiquité au XIVe siècle, j'ai tout naturellement cherché d'où provenaient ces éléments cosmologiques étrangers.

 

L'élément le plus exotique de cette pensée importée est certainement l'unicité de l'Etre dans le domaine classiquement réservé aux dieux.

 

C'est une partie importante de la XVIIIe dynastie qui, en Egypte, remet en question l'orthodoxie de la cosmologie traditionnelle. Progressivement, le culte solaire n'est plus rendu à Amon (le Caché), mais bien plutôt à Aton (l'Evident). La distinction est subtile et semble avoir échappé au peuple.


Les historiens ont l'habitude de considérer "Aton" comme un dieu. Alors qu'Akhenaton aura passé les dernières années de son règne à systématiquement effacer, dans la titulature d'Aton, tous les signes qui, de près ou de loin, pouvaient rappeler un attribut divin.
 
A l'origine, Aton était certes un dieu du panthéon égyptien. (Le soleil "horizontain" comme le qualifie Marc Gabolde.) Mais le culte instauré par Akhenaton/Aménophis IV à el Amarna n'était plus rendu à un dieu.
43

Le dieu est pourvu de volonté et exprime son intention à travers les éléments naturels.
L'Etre-Primordial est la matrice de tout ce qui se concrétise, sans tri et sans intention.
 
Aton n'était pas un dieu. (du moins, tel qu'honnoré à el Amarna)
 
Le culte d'el Amarna était intrinsèquement athée. Aton est la concrétisation de l'Etre primordial, ce creuset fondamental qui permet à tout être (matériel ou non-matériel) d'affirmer son identité. Aton est la concrétisation de la matrice universelle. L'image aboutie et parfaite de l'Etre.
 
Akhen-aton                       est l'image aboutie et parfaite
                                              du Serviteur.
Neferet-neferou-aton       est l'image aboutie et parfaite
                                              de la Belle parmi les belles.
 
A la génération précédente, le père d'Akhenaton, Amenhotep III avait en son palais de Malqata, déjà décidé de placer la célèbre fête Sed de ses trente ans de règne, sous l'égide d'Aton seul. Et de surcroît, alors que les pharaons ne rejoignaient le domaine des dieux qu'après leur mort, la même cérémonie de fête Sed intronisera le roi au panthéon, de son vivant.
 
Nous comprenons dès lors que si Amenhotep III se considérait déjà (sans l'afficher dans son nom) comme "l'image aboutie et parfaite " du Pharaon primordial, il n'avait évidemment aucune raison d'attendre d'être mort pour bénéficier des prérogatives de son rang.
 
La transition est ici évidente, entre la conception pharaonique "classique", et celle plus radicale de son fils Aménophis IV qui prendra le nom d'Akhen-Aton. C'est ensuite tout l'épisode amarnien.
 
44
La situation du Pays de Pount en Indus efface pratiquement toutes les objections que suscitent d'autres localisations: en Afrique orientale ou sur le Nil.
 
Dans le souci d'objectivité qui caractérise son étude, Claude Vandersleyen relève lui-même les objections majeures à l'encontre de ses thèses sur Ouadj our.
 
Et nous lisons:
- La Pierre de Rosette ou le Décret de Memphis,
- Le décret de canope et le nom de Chypre.
Ces objections ne nous concernent pas directement, car elles visent l'éventuelle identité que certains maintiennent entre un Ouadj our et le grand large. Tel n'est pas notre propos.
 
Plus spécifiquement, les objections relatives aux Ouadj our (mangroves)  [[15]]
citées lors d'expéditions au Pays de Pount sont:                        
            - La stèle d'Amény trouvée au Ouadi Gouasis,
            - Les inscriptions du Ouadi Hammama

Les deux textes attestent que c'est bien là (avec un déterminatif qui désigne concrètement l'objet) qu'Antefoqer (dans le premier cas, vers ~2000) dirigeait le chantier naval, à l'abri de Ouadj our.
 
La deuxième inscription, trouvée elle aussi sur le littoral de la Mer-Rouge, mais plus au Sud, affirme d'importants travaux d'irrigation et de culture, et une chasse, toujours près d'un Ouadj our.
 
Toute objection tombe dès lors que l'on accepte que "Ouadj our" est un nom commun qui désigne n'importe quel marais constitué d'eau douce et d'eau de mer, à l'embouchure des fleuves.   Pour   peu   que   le   débit   des eaux  douces  soit  de  quelque  importance   (et au II millénaire avant notre ère, les oueds d'aujourd'hui étaient des cours d'eau permanents), les marais ainsi formés peuvent devenir très étendus. Véritablement "our" (grands).
 
45

- Les poissons de Deir-el-Bahari sont marins, de toute évidence. avec une identification caractérisée de la Mer Rouge, de la Mer d'Oman, de l'Océan Indien et des mangroves. Bref, de la côte Sud-Arabie qui conduit de la Mer Rouge à l'Indus.
 
Le Professeur Vandersleyen cite ensuite trois textes des pyramides et datant de la VI dynastie. Il les qualifie d'énigmatiques:
- comme une étoile qui traverse Ouadj our …
- comme une étoile traversant Ouadj our sous le ventre de Nout
- comme une étoile qui traverse Ouadj our

            en dessous du dessous du ciel …

Il n'y a rien d'énigmatique si nous nous souvenons que le Delta de l'Indus (un autre Ouadj our) se trouve à une longitude Est de 68° alors que Memphis ou Thèbes se trouvent entre 30° et 32°, soit un décalage de 36° sur la circonférence terrestre. Dans la pratique, tout astre se trouvant dans la partie inférieure du ciel par rapport à l'horizon d'un des deux endroits, demeure invisible de l'autre côté. Il reste en dessous du dessous du ciel.
 
Ici encore, la localisation de Pount en Indus dissipe le mystère de ces textes incompréhensibles dans une géographie plus restreinte.
 
Il reste cependant une difficulté. C'est la désignation fréquente de "Coptos" comme chantier naval où étaient construits les bateaux à destination de Pount. Or, le Coptos traditionnel est situé en bordure du Nil, à quelque 70 Km en aval de Thèbes. Mais les descriptions des chantiers vers Pount ne correspondent souvent pas au Coptos du Nil. Pas de montagne au Coptos du Nil, pas de falaises Est et Ouest.
 
Tout laisse à penser qu'il y avait également plusieurs Coptos (comme il y avait plusieurs Ouadj our). Et un (ou des) Coptos – gbt - sur le littoral de la Mer-Rouge … En liaison, peut-être, avec les techniques de construction du Coptos sur Nil. C'est, à mon sens, le seul point d'interrogation qui subsiste après la localisation de Pount en Indus, au départ de la Mer-Rouge, mais par delà l'Océan Indien.
 
 
*
* *
 
46
Il n'est pas vraisemblable qu'une communauté étrangère soit restée à demeure en Egypte, proche de la cour pharaonique, et ce durant plus d'un siècle, sans nous avoir laissé de traces. Or, l'archéologie semble rester totalement muette sur une telle présence.
 
            L'objection est majeure!
 
Il y eut bien, comme déjà cité plus haut, Horemheb et Ramsès II qui ne ménagèrent pas leurs moyens pour effacer le malencontreux épisode amarnien de l'histoire de l'Egypte. Ceci peut très partiellement expliquer la rareté (voire l'absence) de découverte archéologique qui confirmerait la permanence de la délégation pountite entre Hatshepsout et Toutankhamon. Mais un siècle complet sépare Touthmôsis III d'Amenhotep III. Un siècle qui semble avoir échappé à l'entreprise de "désintoxication" et de nettoyage des Ramessides. Or, ici non plus, aucune trace de communauté étrangère.
 
Pour trouver des indices ou des traces, il faut bien évidemment d'abord les chercher. Et là, nous nous trouvons peut-être devant une lacune importante. Il y a des indices, mais ils sont rapidement classés comme étonnants ou bizarres, et on passe outre.
 
Nous n'avons, jusqu'à présent, retrouvé aucun document relatif à la localisation  précise du pays de Pount. Aucune trace précise non plus, d'un séjour prolongé en Egypte de la délégation pountite menée par Paréhou.
 
Cette absence de document direct est évidemment un handicap très lourd. L'Histoire se construit sur base de documents, et non sur des hypothèses.
 
Comment dès lors accepter:
            - Pount sur Indus;
            - la présence à demeure en Egypte
                              d'une communauté pountite?
 
47
Ne lisons-nous pas les documents que nous lègue l'archéologie, avec des a priori, des patterns qui nous empêchent d'en saisir le sens exact. C'est le cas dénoncé ici, d'un texte généralement lu comme un "journal de bord", alors qu'il se veut être seulement la relation d'une série d'exploits. C'est ainsi notre compréhension qui en fausse le sens. C'est notre lecture qui truffe ce document d'incohérences.
 
A défaut toutefois de documents archéologiques explicites, le Nouvel-Empire nous a légué une documentation très abondante. Mais nous la lisons souvent dans un univers trop limité à la seule vallée du Nil.
 
Ainsi:
- Un document trouvé en Egypte doit, pour nous, nécessairement relater un événement égyptien. C'est le cas flagrant du deuxième portique du temple funéraire d'Hatshepsout qui, illustrant une expédition à Pount, doit ne raconter que l'exploit égyptien. On oublie, semble-t-il, d'y lire également l'arrivée en Egypte d'une délégation pountite. Une lecture un peu rapide a même parfois qualifié ces notables d' "esclaves" (!)
 
- Aton étant un dieu du panthéon égyptien traditionnel, nous qualifions bien évidemment de" théophores" les noms de l'époque amarnienne, avec leurs suffixes en "Aton". Alors qu'Akhenaton a passé les dernières années de son règne à bien nous affirmer (effacements par martelages à l'appui) qu'Aton n'était pas un dieu.

- Même remarque pour le discours de Paréhou s'adressant à la reine en la comparant à Aton. Ici, bien évidemment, il ne s'agit pas du dieu d'Egypte, mais au contraire de l'objet céleste bien concret, l'astre physique, creuset de tout ce qui est. Pour comprendre le sens de cette parole de soumission, il nous faut ici quitter le contexte égyptien, et prendre cette déclaration "védique" dans la bouche d'un étranger.
 
Il y a non seulement les a priori qui orientent nos lectures mais également ceux qui nous en occultent le sens.
 
48
- C'est l'exemple du reflexe historique qui situe la XVIII dynastie dans la tradition de la                 dernière dynastie autonome d'avant l'arrivée des Hyksos, soit la XII dynastie, celle des             Sésostris. Dynastie de conquérants (très indo-européen tout ça!).
 
- Alors que le temple funéraire de la Reine Hatshepsout à Deir el Bahari jouxte
     ostensiblement celui de Mentouhotep II, de la XI dynastie (très traditionnel tout ça!).

 
Mais, aux yeux des historiens,  cette contradiction ne semble pas trop dérangeante…
 
  *
  * *
 
 
 
- Dans un ordre d'idées fort analogue, je pourrais encore citer le bleu du pschent de Néfertiti, ou la fenêtre des apparitions à Akhétaton.

Je voudrais citer ici le professeur VANDERSLEYEN qui, comme la grande majorité des historiens, se contente de remarquer:                                                                           [12,
p447]
Dans cette société si particulière, qui semble avoir vécu en vase clos, il est tentant de chercher à déceler les structures sociales dans la mode vestimentaire; on y découvre un monde à la fois excentrique et très hiérarchisé.
 
Mais il ne franchit pas le cap d'y déceler une structure sociale étrangère. Il y a une anomalie, mais il n'ose pas suggérer la présence d'une communauté venue d'ailleurs. Excentrique oui; mais étrangère … c'est aller trop loin.
 
49
- La cité construite à el Amarna doit tout aussi évidemment rester une cité égyptienne. N'a-t-on pas évoqué la "capitale" du royaume? A priori, elle ne peut être qu'une ville. Alors que les stèles qui la délimitent consacrent tout simplement un "territoire". Une lecture moins égypto-centrée pourrait plutôt nous orienter vers l'établissement … d'une abbaye (avant la lettre).
 
- A réévaluer également dans ce contexte, les aménagements de temples – sous Amenhotep III déjà – à ciel ouvert. La grande allée hypostyle de Karnak, ainsi que celle de Louksor, étaient originellement ouvertes sur le ciel. Dans la prolongation de cette architecture nouvelle, les tables d'offrandes multiples, et également à ciel ouvert, sur l'esplanade de prière à Akhétaton.
 
Il est peut-être utile de reprendre certains documents de la XVIII dynastie, et de les lire dans leurs textes, sans a priori.
 
Accepter l'hypothèse qu'ils contiendraient certains concepts non-nécessairement égyptiens. C'est peut-être ces concepts-là qui ont franchi les époques de l'Histoire, et qui structurent aujourd'hui encore, les philosophies et les religions de notre Occident.
 
 
 
 
*
* *
 
 
50
Je viens d'affirmer une influence culturelle directe de pandits venus d'Indus, et diffusant leurs idées "nouvelles" (ou originales) dans les milieux de la cour pharaonique. J'ai développé longuement cette thèse dans le troisième chapitre de mes "mosaïques, le Fleuve d'en face". Je crois inutile de revenir ici sur ces développements. A noter également un essai sur "Dieu: allégories et concepts" qui tente d'établir clairement la distinction entre un dieu, un esprit ou un être primordial.
 
Mais jusqu'où aurait été la progression de ces concepts nouveaux, s'ils avaient eu le loisir de s'épanouir en Egypte?
 
En pays d'Indus – mais ceci est une autre histoire – ces concepts védiques ont fini par donner l'hindouisme. Les mêmes concepts auraient sans doute donné d'autres développements dans la vallée du Nil.
 
Tout s'est arrêté net quand, sous le règne de Toutankhamon,                 [[16]]
le clergé des anciens cultes a retrouvé ses prérogatives. Il est vraisemblable que c'est alors que la communauté des Pountites installés en Egypte a été reconduite en Indus. 
 
Mais cette histoire n'est pas terminée,                                                       [[17]]
et il nous reste encore une trace très sensible du séjour des Indusiens dans ce territoire que nous attribuons à "notre" Antiquité.              

Notre Occident contemporain est monothéiste.
On croit – ou on ne croit pas – en Dieu (avec majuscule et au singulier).
 
J'ai développé longuement, dans les mosaïques, comment Moïse avait retenu l'unicité de l'Etre-Primordial. Mais il n'a pas établi la distinction entre cet Etre primordial (donc unique) et un Dieu.
 
51
YHWH est dès lors resté un dieu, devenu unique, confondu avec la matrice du monde (créateur). Dans la tradition sémite, il a pris la parole et a gardé son attribut de "El Shaddaï" dans les catégories de Bien et de Mal. Transcendant (puisque dieu) et immanent (puisque créateur). Le Dieu des trois monothéismes est devenu l'amalgame de concepts contradictoires.                                                                                                                 [07, ch6]
 
Tout cela serait sans importance si ces contradictions n'entraînaient aujourd'hui, par fanatisme religieux, l'opposition meurtrière qui dresse, les unes contre les autres, les trois communautés de notre Occident.
 
Je crois à la nécessité d'affronter sereinement nos contradictions. En les replaçant dans leur contexte d'origine. Et ce contexte originel est celui de l'Indus (l'actuel Pakistan), acteur à part entière de notre Histoire, mais que nous éliminons par un véritable génocide intellectuel.
 
 
 
 


 
52

Le nom de YHWH      היהא רשא היהא
 
 
 
 
 
 
 
 
Telle aurait été la réponse de Yahvé lorsque, dans l'épisode du buisson ardent,     [Ex III, 14]
Moïse aurait demandé sous quel nom il devait annoncer son Dieu à son peuple.
 
'èhyèh 'ashèr 'èhyèh, aurait alors été la réponse orale (reconstituée en philologie) désormais fameuse.

Mais en réalité cette réponse était incompréhensible                             
[[18]]
et à ce point hermétique pour un Sémite que, dès les premières mises par écrit du texte biblique, les rédacteurs se sont sentis obligés de traduire cette annonce mystérieuse et d'ajouter l'indispensable commentaire: "Ce qui signifie …"                   
 
Et à bien y regarder, les composants de ce nom sont tellement étrangers aux concepts sémitiques, que les diverses explications de sa signification, non seulement présentent des divergences, mais sont encore souvent fondamentalement contradictoires entre elles.
 
Si nous acceptons l'interprétation de   "Je suis celui qui est",                  [Bible de Jérusalem]
c'est queYahvé s'est présenté comme l'essence de toutes choses.
Si nous interprétons la même parole par "Je suis celui qui suis",                        [T.O.B. note]
nous ne sommes pas loin d'un refus de répondre,
        avec un "Moi, c'est moi, un point c'est tout".         

 
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D'autant plus qu'il est peut-être un peu rapide de proposer de telles interprétations.

- Il faudrait que l'expression dérive de l'ancienne racine sémitique "hwi"
    (ce qui n'est pas évident).

- Le texte biblique traduit-il bien ensuite un "imparfait présent"
    (c'est à dire un présent qui n'est pas achevé, et qui est  appelé à se continuer par la suite).
    D'où la traduction parfois proposée de "Je suis qui Je serai"           
                     [T.O.B.]
- Il faut encore déterminer si la parole reflète
    - une première personne ("je")
    - ou une troisième personne ("il").
- Enfin, s'agit-il ici vraiment du mode "causatif" (absent de nos langues contemporaines)?
 
Les rabbins du Talmud me semblent court-circuiter un peu vite ces inconnues linguistiques, lorsqu'ils tranchent ex cathedra entre les deux interprétations de "Je suis celui qui est ou celui qui suis".
 
Tout se complique au verset suivant,                                                                                               [Ex III, 15]
"Yahvé, le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob m'a envoyé vers vous."
Il y a cette fois indiscutable identité entre Yahvé (l'unique) et la notion traditionnelle d'un dieu. C'est l'impasse. Et là, nous sommes au cœur d'un problème qui garde encore toute son actualité aujourd'hui.


Pour cerner cette problématique, nous devons faire appel et à l'Histoire, et à la paléoclimatologie.
 
Les atlas historiques nous proposent régulièrement la carte de la Haute Antiquité, avec la région entre le Tigre et l'Euphrate, focalisée sur de grosses cités-marchés où se côtoient prêtres, artisans, et commerçants, et des régions plus rurales qui se consacrent aux activités vivrières de l'ensemble de la population. Plus loin, à plus de 1.000 Km de là, la même carte nous présente le long ruban Nord-Sud du Nil, peuplé de paysans cultivateurs et éleveurs, qui gravitent plus ou moins étroitement entre les deux cités cosmopolites de Memphis (au Nord) et Thèbes (plus au Sud dans la vallée).
 
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Et entre ces deux foyers de population, Mésopotamie et Egypte, les immenses déserts de l'Arabie, mais aussi de l'espace entre le Nil et l'Océan Indien. Le même atlas réserve alors une place mitigée dans une région orientée Est-Ouest entre l'Euphrate et la Méditerranée, et où nomadiseraient des éleveurs sémites qualifiés d'Asiatiques.
 
Cette présentation de la géographie ancienne ne reflète pas du tout la réalité des III et II millénaires avant notre ère. Mésopotamie, Egypte se trouvent en réalité aux confins d'un territoire rendu hermétique par des frontières naturelles infranchissables mises en place par la glaciation de Würm. Et notre carte classique oublie un troisième foyer de population, dans la plaine de l'Indus.
 
Au Nord, l'enchevêtrement de montagnes couvertes de plusieurs centaines de mètres de glace. Suite à la glaciation, la banquise polaire s'étend en effet jusqu'à la chaîne ininterrompue de montagnes qui court de l'Espagne (Pyrénées)) jusqu'à l'Inde du Nord.
 
Avec, dans la partie qui nous occupe, le plateau d'Anatolie et la chaîne du Taurus au Nord, et les Monts Zagros jusqu'aux contreforts de l'Himalaya un peu plus à l'Est.
 
Le recul des rigueurs de la glaciation (vers ~7000) eut une conséquence paradoxale. La vaste plaine lacustre de l'actuel Sahara ne fut plus suffisamment tempérée par les glaces. Elle se réchauffa et se désertifia à une vitesse étonnante. Avec l'ajout, cette fois, d'une frontière naturelle infranchissable à l'Ouest du Nil.
 
Ce mouvement de désertification se prolongea jusqu'au Sud de l'Indus (désert de Thar). Et entre Sahara et Thar, l'Océan Indien et ses deux bras: mer Rouge et Golfe Persique.

 
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Le piège était désormais complet, avec une partie de l'humanité hermétiquement enfermée dans une bulle. Au centre: la péninsule arabique. Et en périphérie de cette poche, les trois pays limitrophes de la Mésopotamie et de l'Egypte que nous retrouvons sur les atlas historiques, mais aussi de la plaine Sud de l'Indus, que les historiens oublient un peu trop facilement.
 
Cet "oubli" provient du fait que l'histoire de l'Indus n'est pas encore écrite. Les documents archéologiques nous ont légué une littérature immense (plus importante en volume que les littératures grecque et romaine réunies), mais dans une écriture de type hiéroglyphique qui n'est toujours pas déchiffrée aujourd'hui. Cette absence de documents écrits lisibles explique peut-être le vide laissé en Indus sur nos cartes géographiques.
 
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Je ne pense cependant pas que l'effacement de l'Indus soit tellement innocent. Pour ma part, j'aurais tendance à considérer cette absence comme un véritable génocide intellectuel. Nous avons peut-être une dette culturelle importante envers la pensée d'origine indienne, ce qui enlèverait une part du prestige que nous nous plaisons à accorder à "notre" Antiquité.
 
Il n'est également pas exact de considérer les foyers de Mésopotamie, d'Egypte et d'Indus comme étant séparés par d'immenses zones désertiques.
 
Entre le sixième et le début du deuxième millénaire avant notre ère, (~5500 - ~2000) les fleuves et l'océan Indien ont parfaitement joué leur rôle de volants thermiques, et considérablement retardé la désertification. La péninsule arabique et la bande entre le Nil et la mer Rouge étaient certes des contrées relativement arides, mais aptes à l'élevage de troupeaux de chèvres, de moutons et de bœufs.


 
Et l'ensemble du territoire était peuplé de clans semi-nomades en relations avec la Mésopotamie surtout (majorité de Sémites), mais aussi avec l'Egypte et l'Indus dans la région d'Oman.
 
Nous avons des documents égyptiens qui nous relatent                                [[19]]
d'importants sacrifices, vers les années ~2000, de gazelles et de bœufs sur les rives de la mer Rouge, ainsi que la création de potagers alimentés par des réservoirs d'eau et construits en terrasses, sur les mêmes coteaux qui mènent à la mer.
 
Il est à ce propos intéressant de remarquer que cinq cents ans plus tard, une expédition de même type ne mentionnera plus de tels sacrifices ni de telles cultures. Aurions-nous ici le témoignage humain de l'avancée de la désertification entre ~2000 et ~1500?
 
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L'ensemble du territoire de la Haute-Antiquité – celle que nous nous approprions si volontiers – doit ainsi être considéré, non pas comme une contrée désertique, mais bien plutôt comme une région assez bien peuplée d'agriculteurs éleveurs, et parcourue de part en part par un flux commercial assez intense. Intense, mais lent. Les animaux – l'âne principalement – sont bâtés et non attelés (ce qui en réduit les charges); et le chameau (le dromadaire en réalité) n'est pas encore introduit dans la région.
 
Ce flux de marchands sur les pistes commerciales et l'écoulement des marchandises sur de grands marchés entretiennent une connaissance mutuelle des communautés prisonnières de notre actuel Moyen-Orient. Les distances et la lenteur du trafic expliquent cependant que chaque communauté soit restée plus ou moins autonome.

L'établissement de cités en bordure de fleuves entraîna la conséquence immédiate de créer une nouvelle strate sociale. Désormais, outre les agriculteurs-éleveurs, les artisans et les commerçants qui assurent l'économie, émerge une élite culturelle qui regroupe politiques, religieux et intellectuels.
 
Nous sommes entre la fin du Néolithique et les débuts de l'Histoire. Pour donner une date – mais c'est sans grand intérêt – nous nous situerions vers ~3200.
 
De la zone inaccessible derrière les glaces, au delà des déserts ou des océans, parviennent des éléments qui dénoncent, de toute évidence, que les hommes ne sont pas les seuls dans le monde. Crues des fleuves, tempêtes, avalanches, etc… Les rythmes des saisons, ceux des étoiles, ceux de la vie. Les accidents, les malheurs, les chances …
 
Dans un premier temps, l'animation parfois violente de ces éléments fut attribuée à des dynamiques qui, tels des "âmes", vivifiaient ces événements, et manifestaient ainsi leur contentement ou leurs colères. C'était l'ère des esprits.
 
J'ai développé ailleurs combien la réflexion de conscience était principalement une démarche d' "intention" derrière chaque observation et chaque activité. L'homme conscient et réfléchi prend possession de son environnement et entreprend ses activités dans l'intention de … Toute observation se fait désormais dans l'intention de … réaliser, aménager, transformer.
  
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Par effet miroir, les éléments naturels furent – à l'instar de l'homme - perçus comme la manifestation d'une intention cachée derrière l'événement à travers lequel elle se manifeste. La dynamique fondamentale ne devait dès lors plus se chercher nécessairement au sein de l'élément naturel. L'intention peut parfaitement se situer à l'extérieur de l'événement qu'elle déclenche; c'est la naissance des dieux.
 
Nous pouvons très bien suivre ces processus et en Egypte et en Mésopotamie. Avec toutefois une différence qui me paraît essentielle.
 
Les dieux d'Egypte partageaient le monde avec les hommes, mais dans des contrées séparées par des distances étanches. Il y avait dès lors le domaine des dieux, et celui des hommes. Certains dieux avaient pour mission la bonne gestion des communautés humaines, mais dans le respect de normes universelles qu'ils devaient eux-mêmes respecter. La Vie (Ankh) et le bon ordre (Ma'at) comptaient aux nombre de ces normes universelles.
 
En Mésopotamie, les dieux habitaient également une région inaccessible aux hommes. Mais c'étaient les dieux qui avaient inventé les hommes pour les soumettre à leur service. C'étaient les dieux qui édictaient les règles que devaient respecter les hommes, mais auxquelles ils n'étaient eux-mêmes pas soumis.
 
Tout manquement à la règle devenait dès lors une désobéissance et une atteinte personnelle envers le dieu. C'est la notion de "péché" que nous ne trouvons pas dans les théologies nilotiques.
 
Dans les deux cas de la Mésopotamie et de l'Egypte, le concept de dieux suppose intrinsèquement un attribut de pluriel.
 
De même qu'un homme est un membre de la communauté des hommes, ainsi en est-il du dieu qui est un membre de la communauté des dieux. Par définition, tant en Egypte qu'en Mésopotamie, les dieux sont pluriels.
 
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C'est le problème majeur des trois grands monothéismes d'aujourd'hui: le judaïsme, les christianismes et l'Islam. Tous trois trouvent leur proclamation première dans un événement que la Bible nous propose sous le nom de Moïse. Qu'en est-il?
 
A l'autre sommet du triangle géographique de la bulle de la Haute-Antiquité, il y a l'Indus. Avec également cette évidence que les hommes ne sont pas les seules intelligences dans le monde. Mais les habitants d'Indus sont surtout frappés par la ressemblance, par la similitude des éléments et des événements qui leur parviennent de l'au delà du monde.
 
Les mêmes événements climatiques, les mêmes rythmes, les mêmes inévitables. Cette similitude dans les effets devait dès lors être le témoignage de l'identité unique à la base des multiples événements du monde.
 
Il ne s'agit plus ici de trouver une intention. En Indus, on constate un "moteur" qui anime et la partie connue du monde, et la partie inaccessible aux hommes. Le monde n'est qu'une partie d'un tout et prend cette fois les dimensions d'un Univers. Avec une identité fondamentale qui pousse chaque objet à se différencier de l'objet voisin et à entrer ainsi dans la spirale sans fin de devenir la cause d'effets qui eux-mêmes deviendront causes. C'est la vision universaliste de l'Etre-Primordial et de la Cause-Première.
 
Cette vision de l'Univers, si elle postule l'unicité de l'Etre-Primordial      [[20]]
– il n'y en a qu'un seul - écarte délibérément toute "intention" lors de la concrétisation de l'objet.
           

L'Etre-Primordial est ainsi fondamentalement incompatible avec toute notion de dieu. L'Univers, dont nous ne sommes qu'une partie, se construit sans "intention". Nous sommes simplement la réalisation de choses possibles.
 
Une idée a besoin d'une image pour être représentée concrètement. Une idée trop abstraite est souvent très rapidement oubliée ou déformée. L'Etre-Primordial était ainsi figuré par les anciens sous l'aspect d'un foyer de lumière et de chaleur. A la manière du soleil qui, lorsqu'il envahit l'horizon, devait être une représentation assez fidèle du foyer universel de lumière et de chaleur, source de vie.
 
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Ce type d'analyse met particulièrement en exergue que la conception théiste se structure autour de notions d'intention, avec le "bien" et le "mal". Bien et mal par rapport aux normes naturelles dans le cas des dieux du Nil; Bien et mal par rapport à l'attitude de soumission ou de désobéissance à l'égard personnel d'un dieu dans la théologie mésopotamienne, avec cette fois la notion de péché.
 
L'organisation du monde autour de l'Etre-Primordial élimine toute notion d'intention, donc de bien ou de mal. Chaque objet du monde et chaque conséquence de cet objet (donc chaque événement) s'inscrit parfaitement dans la concrétisation des choses possibles.
   
Les seules réprobations et sanctions éventuelles seront d'ordre social. La communauté des hommes ne peut s'accommoder de certains comportements: meurtres, vols, non-respect de l'autre. Il y aura donc un code pénal, mais sans aucune référence à une éventuelle éthique.
 
Il est peut-être intéressant de nous rappeler ici qu'un Pierre Teilhard de Chardin - bien que formé à la théologie chrétienne catholique - a tenté d'établir un rapprochement entre son point Alpha de l'Etre primordial, et entre son point Oméga de l'ultime aboutissement de la Cause première. Dans cette doctrine pourtant encore théiste mais teintée de védisme, l'auteur doit logiquement reconnaître l'incohérence des notions de bien et de mal.
 
Il termine d'ailleurs son "Phénomène humain" par cette interrogation étrange:
"Est-il bien sûr que … la quantité et la malice du Mal hic et nunc répandu de par le monde ne trahisse pas un certain excès, inexplicable pour notre raison … ?"
 Et d'enchaîner:
 "A la théologie de préciser et de compléter (si elle s'y croit tenue) les données ou suggestions … fournies par l'expérience".
 
Les historiens officiels de la Haute-Antiquité ne semblent pas tenir compte de ces donnés culturels tels qu'interprétés en Mésopotamie, en Egypte ou en Indus. Et pourtant, ces distinctions me paraissent essentielles pour comprendre la suite de "notre" histoire.
 
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Tout a basculé à une époque que nous pouvons situer à la moitié du troisième millénaire. Vers ~2500, la glaciation de Würm continue à régresser, et l'étanchéité de la frontière de montagnes et de glaces perd progressivement son attribut de "totalement infranchissable".
 
Certains aventuriers arrivent ainsi, accidentellement peut-on supposer, à survivre dans l'impossible traversée qui les confinait dans les immenses steppes d'Asie Centrale et d'Europe. Ils débouchent dans les plaines plus clémentes de Mésopotamie et de l'Indus. C'est l'arrivée des premiers Indo-Européens.
 
L'Histoire se souvient d'ailleurs de ces "extraterrestres" venus de nulle part et échoués dans le monde des hommes.

La Bible  nous raconte:                                                                                                    [Gn XI, 2]
"Comme des hommes se déplaçaient à l'Orient, ils trouvèrent la plaine au pays de Shinéar (Mésopotamie) et s'y établirent."
 
L'historien Flavius Josèphe cite son homologue égyptien hellénisé Manéthon et nous donne quelques détails supplémentaires:
"A l'improviste, des hommes d'une race inconnue venue de l'Orient, eurent l'audace d'envahir notre pays (l'Egypte) et sans difficulté ni combat, s'en emparèrent de vive force."
 
Notons immédiatement que ce même événement d'arrivée d'étrangers du domaine des dieux dans le domaine des hommes, se situe à des époques très différentes selon qu'il s'agit de leur arrivée en Mésopotamie, ou de leur incursion en Egypte.

L'arrivée des premiers étrangers en Mésopotamie doit se situer avant ~2500. Il leur faudra plus de sept siècles pour atteindre l'Egypte et s'y installer de manière plus définitive, pour affirmer leur gouvernement des cités du Nord de la vallée du Nil, par une insidieuse prise de pouvoir.
 
L'histoire de l'Indus n'étant toujours pas connue aujourd'hui, il n'est pas évident d'établir une chronologie de la première présence des Indo-Européens.
 
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- Les Sémites de Mésopotamie se rebellèrent contre leur présence, déjà vers les années ~2300, avec Sargon d'Akkad. Ceci situerait les premiers arrivants vers ~2500.
 
- Les habitants de l'Indus ont dû se débarrasser de ces visiteurs encombrants aux environs de ~1800 – époque à laquelle ils commencèrent la rédaction de leur patrimoine littéraire … en Sanskrit (langue de l'ancien envahisseur). On peut ainsi situer les premiers arrivants vers ~2200.
 
- Indésirables en Mésopotamie et en Indus, les Indo-Européens s'aventurèrent ensuite plus avant dans ce territoire désormais touché par la désertification.
Ils durent arriver en Egypte vers ~1780                                                       [[21]]

 
Ils domineront ainsi le Nord de la vallée jusqu'à l'avènement de la XVIII dynastie, et la prise de leur capitale Avaris par Ahmosis. Nous sommes vers ~1540. C'est cette fois, le départ définitif des étrangers.
 
Par rapport aux Sémites, Egyptiens ou Indusiens, les nouveaux venus semblent avoir été animés par une volonté de compétition et une ambition de pouvoir dont nous ne trouvons pas de trace avant leur arrivée. Nous pouvons baser cette affirmation sur une relative transformation des cités qui se pourvoient désormais d'arsenaux et de citadelles militaires. La radicalisation de l'urbanisme suppose en outre un pouvoir fort, pour imposer ces transformations à l'ensemble de la population des cités.
 
Originellement peu nombreux, les nouveaux venus s'entourent naturellement d'autochtones pour les aider à asseoir leur autorité. C'est un phénomène analogue à ce qui s'est passé lors de la récente colonisation de nos XIX et XX siècles. Quelques colons peu nombreux qui rétribuent des auxiliaires locaux en leur assurant bien-être et protection.
 
Lue dans ce contexte, la prospection d'Abraham en Egypte                [Gn XII, 10 et suiv]
 prend son sens. Suivie de la présence d'Hébreux sous la domination des Hyksos, et du servage de ces Hébreux après la reconquête de l'entièreté du Pays sous la XVIII dynastie.
 
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Une autre caractéristique des Indo-Européens – par rapport aux anciennes populations locales – est leur tendance à amalgamer les idées philosophiques et religieuses de diverses cultures. Pour eux, tous les hommes rendent en réalité des cultes – sans doutes différents – mais aux mêmes puissances divines ou démoniaques.
 
La présence des Indo-Européens dans la sphère de notre Moyen-Orient aboutit en fin de compte à amalgamer les divinités mésopotamiennes au panthéon du Nil, et à assimiler l'Etre primordial de l'Indus au maître des dieux.

Sous la férule des Indo-Européens, la conception égyptienne de la transgression des normes naturelles fut ainsi assimilée au péché mésopotamien.
 
Après l'expulsion des Indo-Européens, il fallut un certain temps aux autochtones pour retrouver leur pleine indépendance. A commencer par une reprise en main des pouvoirs politique et religieux, puisqu'ils allaient de pair.
 
La Mésopotamie, à la sortie du couloir des Monts Zagros par où s'infiltraient les étrangers, n'eut jamais l'occasion de se refaire une réelle autonomie. L'histoire d'entre les deux fleuves est tissée de luttes contre d'incessants envahisseurs, avec l'opposition entre collaborateurs et autonomistes. La langue intellectuelle et sacrée restera cependant le Sumérien des premiers Indo-Européens.
 
L'ensemble de la population sémite comprend:
- la part restée dans la plaine entre les deux fleuves, et engagée indéfiniment dans des conflits avec les étrangers qui ne cessent d'arriver de l'Est.
 
- la part occupant les pâturages d'Arabie, mais que la glaciation en recul réduit en peau de chagrin, et dont il ne restera bientôt plus (dès ~1500) que le couloir Nord entre l'Euphrate et la Méditerranée, et quelques clans nomades au cœur de la péninsule
 
- les clans hébreux, réunis en confédération et qui, entre ~1300 et ~1000, fonderont l'état d'Israël dans la petite vallée du Jourdain.
 
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Jusqu'au début de notre ère, seuls les clans hébreux d'Israël réussiront à se définir une culture propre.
 
Les Egyptiens, moins directement exposés sans doute à ces visiteurs lointains, consacrèrent la première moitié de la XVIIII dynastie à restaurer l'autorité politique du pharaon désormais unique. Il faudra attendre près d'un siècle pour que Touthmôsis III (sous la coupe de sa tante et belle-mère, la Reine Hatshepsout) renoue (vers ~1470) avec les traditions culturelles anciennes.
 
Il me semble important de souligner ici que la Reine inscrit son action culturelle à la suite, non pas de la XII dynastie (celle des Sésostris), mais bien plutôt à la suite de la XI. C'est le temple de Mentouhotep II qui jouxte celui que la Reine s'est fait édifier à Deir-el-Bahari. La fonction de pharaon est une activité pacifique, et les campagnes militaires de la XII dynastie traduisent sans doute une compétitivité qui s'accorde mal avec la grande tradition pharaonique.
 
Pour notre compréhension, il serait sans doute plus exact de comparer la fonction pharaonique à celle d'un pape ou d'un patriarche orthodoxe, plutôt qu'à la fonction civile et militaire d'un empereur. Le pharaon occupe principalement un poste pacifique. Il est gardien de Ma'at (le bon ordre et l'orthodoxie) et de Ankh (la vie). Les campagnes militaires et les conquêtes impérialistes de la dynastie des Sésostris s'écartent de la fonction d'orthodoxie qui caractérise la tradition vraiment pharaonique.
 
D'autre part, c'est aussi le retour à la tradition d'entretenir des relations amicales avec les lointains cousins de l'Indus. Dans un essai plus détaillé (Le Fleuve d'en face), je pense avoir développé les arguments qui indiquent que la seule lecture possible du compte rendu de l'exploit d'une expédition en Pays de Pount sous Hatshepsout, situe le voyage derrière le Delta de l'Indus.

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Et la même lecture nous impose le récit, non pas seulement d'une expédition égyptienne, mais aussi de l'installation de notables religieux Pountites, à demeure en Egypte.
 
Le résumé des arguments en faveur de cette thèse sont:
- la première manœuvre considérée comme un exploit, est un changement de cap bâbord         vers l'Est. Ce qui suppose un départ en direction du Sud. Et l'exploit consiste sans doute à    l'irréversibilité de cette manœuvre avec des bateaux qui ne pouvaient pas remonter le vent.
- Le deuxième exploit consiste à aborder le Pays de Pount par le Nord, donc par une                 navigation en direction du Sud.
- La navigation se poursuit jusqu'à un tournant de fleuve (Mou-qed = l'eau qui tourne) et             emprunte alors un courant opposé à celui du Nil puisqu'on remonte le fleuve vers le Nord.
- La cargaison enfin ramenée du Pays de Pount comporte des arbres à encens (comme il en
   pousse le long de la côte Sud d'Arabie, l'actuel Yémen), des rhinocéros à corne unique         comme on en trouve en Inde (le rhinocéros africain est bi-cornis), des félins que les                 historiens refusent de qualifier de "tigres",

- et enfin des ressortissants Pountites sans aucune entrave
    et au physique asiatique bien marqué.

- D'autres documents enfin                                                                                                    [Edfou]
     nous décrivent la végétation à l'entrée de Pount. De toute évidence, nous sommes devant
     des palétuviers, dans une mangrove.

 
Depuis cet événement (vers ~1470), la suite de la XVIII dynastie sera marquée par un malaise culturel qui s'explique parfaitement par la confrontation impossible entre la tradition théiste de l'Egypte traditionnelle et l'évidence d'un moteur premier unique pour l'ensemble de l'Univers.

Ce malaise trouve son paroxysme sous Akhenaton et l'épisode d'El Amarna. Celui qu'on a parfois appelé le pharaon théologien s'est parfaitement rendu compte de l'incompatibilité absolue entre les deux conceptions: théiste avec un panthéon et universaliste avec un  Etre Premier.
 
Les historiens – et je pense ici tout particulièrement à Claude Vandersleyen et Marc Gabolde – ont bien évidemment relevé les modifications, durant le règne d'Akhenaton–Aménophis IV, dans l'écriture dans la titulature d'Aton, le dieu unique imposé à l'époque amarnienne. Suppression du hiéroglyphe de déesse pour ponctuer Ma'at dans un premier temps, et puis suppression de tous les autres signes qui pouvaient, de près ou de loin, rappeler d'autres attributs divins.
 
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Mais les égyptologues ne me semblent pas avoir été jusqu'au bout de leur observation. Si les signes à symbolique divine ont été supprimés, c'est parce que "Aton" ne pouvait pas être représenté avec les attributs d'un dieu. Aton – ou bien Rè-Horakhti dont il était la représentation la plus complète – n'était pas un dieu. Il émanait, comme tous les objets de l'Univers, d'une matrice unique, l'Etre primordial,
 
Si la doctrine de l'Etre-Primordial avait été développée à notre époque, on aurait sans doute évoqué une dynamique fondamentale qui pousse l'ensemble de l'Univers à se concrétiser en multiples objets. Certains de ces objets sont sans doute "matériels", combinés dans la structure qui fusionne les particules élémentaires en atomes de matières. Mais d'autres objets – et nous savons aujourd'hui qu'ils sont infiniment plus nombreux – ne se structurent pas en éléments matériels et se dissiperont en énergie. Nous connaissons ainsi les ondes, les champs, etc…

Les Anciens avaient conscience qu'une part importante de l'ensemble du monde (donc d'un Univers) n'avait pas la caractéristique de la matière: la lumière, la chaleur, les sons, la vie, la pensée, etc… Il fallait néanmoins une matrice nécessairement unique (puisque l'Univers était cohérent) d'où émergeaient tous ces objets, tant matériels que non-matériels. Ceux, parmi ces objets, qui se structuraient sous forme matérielle, s'inscrivaient de manière plus permanente dans la durée où ils se traduisaient par des événements. Ces événements devenaient la cause d'autres événements formant ainsi le cercle infini de causes qui engendrent des effets, qui à leur tour deviennent causes d'autres effets. Ainsi, le concept d'Etre-Primordial se complète-t-il naturellement de celui de Cause-Première.
 
L'Etre premier se manifeste tous azimuts. La matrice du monde propose tout ce qui est possible. Sans distinction entre ce qui devrait être qualifié de positif, ou au contraire, entre des éléments qui s'avéreront destructifs.
 
L'Etre-Primordial n'a pas d'intention.
Et c'est là qu'il se différencie complètement du concept d'un dieu.
 
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Le milieu culturel où évolue la cour d'Akhenaton s'est parfaitement rendu compte de cette opposition entre un concept de "dieu" et celui de la "matrice universelle". Et la théologie amarnienne a progressivement supprimé tous les attributs susceptibles d'assimiler Aton à un dieu.
 
La négation des dieux par l'autorité pharaonique était bien évidemment impossible. C'est un peu comme si un pape en arrivait à proclamer l'inexistence de Dieu.

La XVIII dynastie s'achève d'ailleurs par un rétablissement solennel des valeurs traditionnelles, avec la ré-intronisation des dieux, et tout particulièrement de Rè-Amon, le dieu (un vrai dieu, cette fois) premier et suprême.
 
Il ne s'agit pas seulement ici d'une différence de nom, bien que tous deux, Amon et Aton, étaient des expressions du Soleil.
 
- Amon était le soleil dans son mystère. Celui qui chaque soir, se perd dans le royaume de l'inconnu (et des morts). Amon était "le Caché".
 
- A l'inverse, mais  également image solaire - et Marc Gabolde insiste sur l'attribut "horizontain" de Aton – c'est cette fois le Soleil dans son évidence. Il n'y a aucun acte de foi dans la théologie d'El Amarna.
 
Il faut encore se souvenir ici que l'épisode amarnien n'est que le point culminant d'un mouvement philosophique et religieux qui trouve ses racines bien avant Akhenaton. Un siècle et demi avant l'épisode amarnien, la Reine Hatshepsout a reçu une délégation pountite venue de l'Indus, et lui a accordé l'autorisation de s'installer à demeure en Egypte (contre une rançon  que nous pouvons évaluer à 790 kilogrammes d'or).             [04, p236]
 
Déjà à l'époque, l'hommage rendu à la reine par Parhéou, chef de la délégation pountite, est sans équivoque. Mais on peut supposer qu'il n'aura pas été compris dans le sens de la doctrine universaliste qu'il sous-tend:                                                                         [04, p231]
"Salut à toi, ô souveraine de To-méry, soleil féminin qui brille comme le globe Aton …"
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Il semble que la Reine n'en ait retenu que la comparaison flatteuse entre elle et le soleil, sans véritablement comprendre tout le sens du concept d'Aton dans ce nouveau contexte.
 
Mais plus d'un siècle plus tard, l'enseignement universaliste semble avoir fait du chemin. C'est ainsi sans doute qu'il nous faut comprendre la démarche d'Aménophis III, (le père d'Akhenaton) qui, dans une fête Sed (30è anniversaire de son couronnement) restée célèbre en son palais de Malqata, s'est déclaré appartenir déjà à la société des dieux. C'est un cas unique dans l'Histoire d'Egypte, à la seule exception de Ramsès II qui, au siècle suivant, se déclarera lui aussi digne de recevoir les hommages réservés aux dieux. Mais nous sommes dans un contexte différent.
 
L'hypothèse est très souvent admise qu'Aménophis IV (Akhenaton) a été investi de la responsabilité pharaonique du vivant de son père. Il n'est sans doute pas exact d'évoquer ici une co-régence. Aménophis III aurait renoncé à ses fonctions pour investir son fils de la pleine mission pharaonique. Et l'on évoque ainsi souvent une période de huit années avec le fils chef de l'état, et son père pharaon émérite. Il est très vraisemblable que la fête de Malqata marque le double événement de la retraite du pharaon-père, et l'institution de pharaon-fils.
 
Cette fête Sed nous indique peut-être combien le culte à Aton l'unique s'est établi laborieusement en étapes successives. Nous savons que l'effigie d'Aton présidait au palais de Malqata. Mis à la retraite de sa fonction pharaonique, Aménophis III estime cependant qu'il a droit à tous les honneurs d'un pharaon qui quitte ses fonctions. L'entrée au panthéon est la récompense normale pour tout souverain qui a correctement rempli ses fonctions.

Le culte à l'être primordial ne suppose pas encore, à cette époque, l'élimination des autres cultes et la négation des dieux. Dans cette étape d'assimilation de la nouvelle doctrine, les dieux restent parfaitement compatibles avec le creuset unique du monde, dans la mesure où ils en seraient eux-mêmes issus.
 
Quelques années plus tard, Akhenaton franchira un pas supplémentaire dans la radicalisation du concept de l'Etre Suprême qui, par définition, est bien évidemment unique. Il n'est dès lors plus question d'autres dieux. Et ce sera la proclamation de l'unicité de l'Etre premier dont Aton est l'image, allant jusqu'au martèlement (sacrilège?) des cartouches d'Amon à Louksor.
 
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Et en parallèle à cette unicité de la matrice de l'Univers, commencera un long travail d'apurement de la titulature d'Aton dont on supprime progressivement, mais systématiquement, tous les signes qui pourraient avoir un quelconque rapport avec les emblèmes qui rappelaient les anciens dieux.
 
Je ne suis pas convaincu de la justesse de notre lecture du concept d' "Aton". On a parfois l'impression qu'il s'agit d'un nom propre. Il me paraîtrait plus exact de comprendre le terme "Aton" comme "image parfaite et modèle de…" Ainsi, Akhen-Aton serait peut-être mieux traduit par "image parfaite et modèle du Serviteur". Plus simplement: "Le Serviteur". Ou bien "Neferet-néférou-Aton" (mieux connue sous le nom de Néfertiti) à lire comme "image parfaite et modèle de la Belle des belles". Ou plus simplement "La Belle des belles. Et Aton lui-même, à lire tout simplement comme L'Etre.
 
A remarquer également que "Aton" n'a pas été interdit après la restauration des cultes traditionnels. C'est lui qui dominera l'entrée du grand temple de Ramsès II à Abou Simbel.

Mais ce qui sera désormais déclaré hérétique, c'est le culte à rendre à l'unique Aton, à l'exclusion des autres cultes.
 
Dans l'orthodoxie pharaonique, le souverain assume la mission divine de contraindre Ma'at, (l'ordre, la vérité, l'harmonie) pour le bon déroulement de la vie des hommes. En se déclarant "Serviteur" de Ma'at, Akhenaton abdiquait dans les  faits, de sa fonction pharaonique. C'est ainsi qu'à la dynastie suivante, le grand Ramsès II supprimera des listes royales les cinq souverains amarniens (Aménophis IV, une Reine-Roi également nommée Néfertiti, Smenkharé, Toutankhamon et Ay). Les années ainsi subtilisées furent attribuées au dernier souverain de la XVIII dynastie, Horemheb qui, dans les listes officielles, fut donc gratifié d'un règne de près de 50 ans.
 
Remarquons que dans la foulée, Ramsès II effaça également des listes royales, la Reine Hatshepsout qui, 150 ans auparavant, avait introduit le ver dans le fruit, en installant en Egypte cette conception universaliste qui aboutit à l'athéisme des souverains hérétiques de l'épisode amarnien.
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Il me semble intéressant d'aborder l'événement "Moïse" dans ce contexte culturel et religieux très perturbé de la XVIII dynastie égyptienne. Avec toutefois quelques réserves.
 
L'archéologie ne nous a légué aucune trace directe du personnage de Moïse. Mais le Deutéronome, (cinquième livre de la Torah, souvent considéré comme le dernier récit du noyau primitif de la Bible) se termine  par cette remarque étrange: "Jusqu'à ce jour, nul n'a connu son tombeau". D'autre part, aucune archive d'Egypte ou de pays voisins ne mentionne de déplacement important de populations. Aucun document sur Moïse, et l'épigraphie reste complètement muette à son égard. Il manque donc ici les deux éléments indispensables à l'Histoire. Moïse n'est pas un personnage historique.
 
Il y a heureusement d'autres disciplines que l'Histoire pour approcher un événement. Si le personnage de Moïse échappe aux études historiques, son œuvre, quant à elle, est indiscutable.
 
D'une part, la libération de clans hébreux retenus en état de servage en Egypte (événement non-prouvé mais vraisemblable). D'autre part, l'approvisionnement en eau de tribus nomades rassemblées en un nouvel état, dans la vallée du Jourdain.
 
Et c'est bien ainsi que le présentent les récits bibliques. L'exposition de Moïse dans un panier sur le Nil, est la répétition exacte de l'histoire de Sargon d'Akkad, exposé lui, un millénaire auparavant, sur les eaux de l'Euphrate. Sargon d'Akkad est l'emblème du personnage politique qui avait victorieusement mené la rébellion des Sémites contre Sumer, les envahisseurs indo-européens.
 
A défaut de précision sur le personnage de Moïse, nous pouvons affirmer que son action a été menée durant la XVIII dynastie pharaonique. Sans entrer ici dans trop de détails d'argumentation, le raisonnement est très simple. Moïse est considéré comme très peu probable – voire impossible – avant ~1550 (expulsion des Hyksos et prise de pouvoir de la XVIII dynastie).
 
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D'autre part, sous la dynastie suivante (celle de Ramsès II) et tout particulièrement sous Merenptah (~1212 - ~1202), Israël était déjà suffisamment installé pour être considéré comme une puissance dont il fallait désormais tenir compte. Moïse se situe donc entre l'éviction des Hyksos et la XIX dynastie. Il est ainsi contemporain de la XVIII dynastie.

Moïse est le fondateur politique de l'état d'Israël. Et s'il a appuyé son autorité sur une tradition religieuse, il n'en a pas moins été l'artisan de la constitution d'un Etat, très accessoirement justifiée par des considérations théologiques et religieuses.
 
Notre lecture contemporaine de la Bible, et tout particulièrement des livres fondamentaux de la Torah (à compléter peut-être par le Livre de Josué et des Juges, voire même celui (ou ceux) des Rois), est totalement faussée par les contingences politiques qui sont tout à fait autres aujourd'hui.
"Le pays où coulent le lait et le miel; celui des Cananéens, des Hittites, des Amorhéens, des Phérézéens, des Hévéens et des Jébuséens …"
De nos jours, ce texte ne correspond plus à aucune réalité concrète.
 
Pour comprendre ce contexte au XIV siècle avant notre ère, il nous faut en revenir à la fameuse glaciation de Würm, en sa phase finale. Une part importante des clans hébreux menaient leurs troupeaux, en semi-nomades, dans la partie Ouest de la péninsule arabique. Depuis quelques siècles, ces terres jadis herbagères, étaient devenues totalement arides. L'eau devait se chercher de plus en plus profondément dans le sol. Il fallait impérativement trouver une région avec de l'eau, pour les troupeaux et pour les hommes.
 
Pour affirmer son autorité – et prouver ainsi qu'il était capable de mener à bien la tâche de créer un Etat viable – Moïse (ou l'autorité qu'il représente) accomplit le coup d'éclat de libérer du joug d'Egypte les Hébreux, anciens "collaborateurs" des Hyksos, asservis dans des camps de travail, très au Sud, en profondeur dans la vallée du Nil. C'est la première partie du Livre de l'Exode: la Pâque. C'est le récit principal que retient notre lecture biblique.

Mais ce n'est sans doute là qu'un épisode secondaire, préparatoire à l'œuvre maîtresse de Moïse: la constitution d'un état.
 
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A partir de là, le texte biblique devient moins précis. Moïse (ou l'autorité qu'il représente) s'attelle à un fastidieux travail de sape, apparenté à un mouvement de rébellion contre d'autres autorités établies.
 
Devant l'ampleur de la tâche à accomplir, Moïse est en outre contraint d'établir un "tri", que certains considèrent comme arbitraire. De tous les Sémites pastorisant dans l'Ouest arabique, Moïse ne s'adressera qu'aux seuls Hébreux.
 
Et comme il use de récits traditionnels pour justifier son action, il décide de raconter les épisodes bien connus de la mythologie et de l'histoire sémite, de manière telle que, "de tous les Sémites de la terre, seuls les Hébreux ne soient en fait les élus de Dieu". Quitte à émailler les récits traditionnels de certains épisodes (ajoutés ou arrangés). C'est ainsi que le fils aîné d'Abraham – ancêtre de tous les Sémites – deviendra Hébreux dans le récit de Moïse - alors que le véritable fils aîné d'Abraham, fruit d'une union avec une Misrite (Egyptienne), est lui aussi ancêtre de tous les Sémites. Dans la génération suivante, le fils aîné légitime (Esaü) abandonnera son droit d'aînesse au profit de son frère (Jacob) qui deviendra Israël.
 
C'est bien évidemment dans ces manipulations du récit – réputés d'inspiration divine – qu'il nous faut, aujourd'hui encore, trouver l'opposition, la haine et même la guerre qui ne cesse d'opposer la lignée des Hébreux que nous appelons les Juifs, et les lignées sémites écartées, que nous appelons du terme très général de "Arabes".
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Deux mille ans après Moïse, Mahomet – Prophète de tous les Sémites – ne s'y trompera pas. C'est dans ce contexte qu'il nous faut lire:
 
Comment pouvez-vous désirer                         [Cor. II, 75]
qu'ils (les fils d'Israël) croient avec vous
alors que certains d'entre eux
ont sciemment altéré la Parole de Dieu
après l'avoir entendue?
 
Ceux qui étaient chargé de la Torah               [Cor. LXII, 5]
et qui, ensuite, ne l'ont plus acceptée …
L'exemple donné par ces gens
quand ils ont traité les signes de Dieu de mensonges, est détestable.
Dieu ne dirige pas le peuple injuste.
 
Lorsqu'il cite "ces gens", le texte évoque également les chrétiens. Les Juifs sont accusés ici de s'être désolidarisés des autres Sémites, mais les chrétiens y sont également accusés d'avoir reporté à plus tard (après la mort), des règles de conduite imposées par Dieu pour la société civile des hommes sur terre. Il y a ici une "lecture" trop facilement escamotée par les chrétiens qui ne retiennent que les accusations portées contre les Juifs. C'est également le fondement religieux de certains fondamentalistes musulmans qui réclament l'application de la "Charia" comme loi constitutionnelle de leurs états.
 
Pourquoi Moïse a-t-il délibérément opéré ce tri arbitraire, ne s'intéressant qu'aux seuls Hébreux parmi tous les Sémites? Vraisemblablement, devant l'ampleur de la tâche. Impossible de trouver une terre habitable pour tous ceux qui s'étaient établis en Arabie. L'entreprise était peut-être envisageable avec un groupe plus restreint.

Mais, de toutes manières, c'était par un coup de force qu'il fallait s'emparer de la terre nouvelle (Terre promise), puisque l'ensemble des vallées (donc de l'eau douce) étaient déjà occupées. Et voilà les Cananéens, Hittites, Amorhéens, etc…
 
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Moïse a appuyé son autorité sur des arguments religieux. Mais il était aussi marqué par les courants culturels qui agitaient son milieu d'origine. La Tradition veut en effet que le jeune Moïse ait été éduqué à la cour de Pharaon. D'autre part, il devait faire comprendre son message à une population très fruste.
 
Jean Bottero confirme du reste:                                                                                [02, p953]
La vie nomade est une manière de vivre élémentaire et rude, ascétique et ne portant guère au raffinement en quelque domaine que ce soit. Les Israélites … vivaient donc repliés sur eux-mêmes, avec un bagage culturel et intellectuel dérisoire, n'ayant pour ainsi dire en propre que leurs traditions orales autour de leurs ancêtres et leur lien viscéral avec ce Yahvé qu'ils devaient prendre pour une manière de Cheikh surnaturel de leur horde …
 
Nous ajouterons que l'hébreu est une langue concrète. Les concepts abstraits d' "Etre", de "Cause première", de "Matrice d'un Univers" y trouvent difficilement leur compréhension. C'est sans doute pour cette raison que la présentation divine (dans l'épisode du buisson ardent) propose non pas un verbe à l'infinitif (Etre), mais être avec son sujet: "Je suis".
 
Il semble que la préoccupation principale de Moïse n'ait pas été de proclamer un message religieux. Il désirait simplement faire reconnaître sa légitimité.

Donc, au nom d'un dieu, celui qui s'était fait connaître à Abraham, à Isaac et à Jacob (la lignée spécifiquement hébraïque), mais sous le nom simplifié de El Shaddai. C'était le même dieu qui aujourd'hui – courant culturel oblige – se révélait comme étant l'Etre-Premier. Et le concept étant très difficilement compréhensible par la population nomade des Hébreux, Moïse a présenté cet Etre en le conjuguant. C'est moi; Je suis.
 
D'autre part, le XIV siècle avant notre ère avait mis en évidence la similitude de tous les éléments terrestres, qu'ils proviennent de régions connues (le monde), ou qu'ils proviennent d'au-delà des frontières (le domaine des dieux).
 
Ainsi donc, bien que se référant aux dieux ancestraux, Moïse se vit contraint d'affirmer l'unicité de son YHWH. Et voilà le panthéon traditionnel réduit à un seul Dieu, écrit cette fois avec une majuscule. D'autre part, l'Etre-Primordial (camouflé derrière le Dieu unique) était la matrice unique de tous les objets de l'Univers. Dieu devint donc matrice unique. Dieu devint créateur.
 
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C'est une des contradictions de l'enseignement de Moïse. En inscrivant son Dieu dans la suite de El Shaddaï (le Tout-Puissant), Moïse affirme un Dieu totalement transcendant. En l'affirmant comme créateur, le même enseignement affirme un Dieu immanent. Les deux concepts sont incompatibles entre eux. J'ai développé ailleurs cette argumentation peut-être un peu trop théorique dans le cadre de la présente communication.
 
Lorsqu'après la destruction du temple de Jérusalem en l'an 69 de notre ère, la réflexion religieuse élargie par l'enseignement attribué à Jésus se développa dans un courant philosophique aux structures grecques, la logique ne manqua pas de relever les contradictions de l'amalgame mosaïque.
 
Comme la matrice de l'Univers (qualifiée de créateur) était aussi un dieu (avec l'intention qui préside à ses actes), il fallut réserver une place de choix à l'Esprit d'où naissait cette intention. D'autre part, si la matrice universelle était celle de tous les objets (matrice identitaire), elle était également la source de tous les événements occasionnés par ces objets. Origine (Père) des objets créés, mais aussi conséquences (par filiation) de l'introduction de ces objets dans l'Histoire.
 
Le Dieu unique devint ainsi le point de convergence des attributs chrétiens:
Dieu personnel puisque à l'identique de l'homme.
Esprit, puisque animé par son intention;
Père, puisque à l'origine de toutes choses;
         Fils, puisque responsable des conséquences de sa création devant l'Histoire.
 
La boucle était bouclée.
 
Six siècles plus tard, Mahomet se rendit compte que l'unicité de son Dieu (Allah) était remise en cause par la proclamation de la trinité des personnes de Dieu. C'est également une accusation importante que porte le Prophète contre ces chrétiens qui contournent l'unicité de Dieu, et sont ainsi de faux monothéistes.
 
 
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Je n'ai aucune conclusion à tirer ici. Il m'a simplement semblé important de mettre à plat ces éléments, laissant à chacun le soin d'en tirer les conséquences.

 
Nous vivons actuellement le conflit journalier d'un Moyen-Orient au bord d'une guerre fratricide. Les autorités planétaires se dépensent en délégations diplomatiques et politiques en tous genres. Et c'est la liste infinie des "résolutions" sans cesse réajustées qui tentent en vain d'estomper ces conflits latents.
 
Ne serait-il pas plus efficace de réunir les responsables, non pas "politiques" mais bien plutôt "religieux", pour qu'ils examinent ensemble, dans une commune bonne foi, le bien fondé encore actuel de ces revendications d'un autre temps?
 
 


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  BIBLIOGRAPHIE
 
 

    [01] Basch Lucien                        

  Le navire mnš et autres notes de voyage en Egypte

The mariner's Mirror 64                                                        1978

 

    [02] BOTTERO Jean
  Naissance des Dieux (La Bible et l'Historien)
   Gallimard                                                                  Paris   1986

 

     [03] CAPART Denise A.                    
Hatshepsout et Deir el-Bahari
Ed. d'auteur                                                   Bruxelles   1936 (?)

 

     [04] Desroches Noblecourt                                           

La Reine Mystérieuse Hatshepsout                                            

Pygmalion                                                                             2002   

    [05] Musée Royal de Mariemont    

Exposition "Pharaons Noirs"                                                2007

 

    [06] NAVILLE Edouard                   

  The Temple of Deir el-Bahari (7 volumes)

  Eg. Explor. Fund  Londres                                        1894 - 1907

    [07] PETIT Etienne                         

Mosaïques

Calligraphie                                                                           2003
 
  [08] SHRI AUROBINDO                    
  La Bhagavad-Gitâ
  Albin-Michel                            Paris                                        1970
 

    [09] STEINITZ H. & DANELIUS E.

The fishes and other aquatic animals 

of the Pount reliefs|  at Deir-el-Bahari

Journal of Egyptian Archeology (pp 15-24)          Londres 1967

 

    [10] VALLADAS Hélène

Thermoluminescence dates for the Paleolithic Levant.

In BAR-YOSEF O. and KRA R.S. (eds)

 

    [11] VANDERSLEYEN Claude      

  Ouadj our                                                                                     

Connaissance de l'Egypte Ancienne                                    1999

 

    [12] VANDERSLEYEN Claude      

L'Egypte et la vallée du Nil (tome II)                                            

P.U.F. Nouvelle Clio                                                             1995

                                                       

    [13] VERCOUTTER Jean              

L'Egypte et la vallée du Nil (tome I)                                             

P.U.F. Nouvelle Clio                                                             1992   

 

 

 

t Communication 2 - Génocide Indus


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Notes et commentaires

[1] Une étude de Hélène VALLADAS a mis en évidence que les changements climatiques imputables à une telle glaciation ont été d'une brusquerie et d'une violence insoupçonnées jusqu'ici.                                [09]

 

[2] Dans notre histoire occidentale, nous ne retiendrons que deux candidats:

                le "Neandertal" et  le "Cro-Magnon".

 

[3] La glaciation de Würm n'est pas une hypothèse ou une spéculation de philosophe.

[4] J'ai développé à ce propos, une argumentation relativement détaillée dans la troisième partie des Mosaïques. L'on peut également trouver des endroits du nom de gbt (Copt-os) sur les bords de la Mer Rouge, et qui répondent très bien aux descriptions géographiques des chantiers navals où étaient construits les bateaux à destination de Pount. Encore une recherche à développer sur base de documents. Les indices me semblent toutefois suffisants pour déjà commencer des investigations ou des pré-prospections en ce sens.

 

[5] La XVIIIè dynastie inscrivant sa continuité dans la suite de la XIè dynastie serait peut-être un sujet de thèse intéressant. Le temple d'Hatshepsout à Deir-el-Bahari jouxte celui de Mentouhotep. A partir de cet indice et des ambitions impérialistes des Sésostris. Refaire l'histoire de la XIIè dynastie.

 

[6] A noter dans cette cargaison, un jaguar décrit par Edouard Naville, mais rebaptisé guépard par Claude Vandersleyen. Tout le monde sait qu'il n'y a pas de tigres en Afrique. A mettre en relation avec le rhinocéros uni-cornis d'Asie …

 

[7] La lecture de l'Histoire n'ayant jamais cherché un "monastère védique en Egypte", les documents archéologiques n'ont jamais confirmé cette présence pountite que personne n'a cherchée. La cité d'Akhetaton à El-Amarna a, jusqu'à présent, été lue comme une ville égyptienne. Or …

                Encore, peut-être, un sujet d'étude ?

 

[8] Je reprends le terme utilisé par Marc Gabolde. Personnellement, je ne partage pas cette qualification que je préférerais réserver au mouvement philosophique qui a précédé l'existentialisme du XXè siècle, avec Edmund HUSSERL très particulièrement.

 

[9] L'étude des concepts divins de "Un" et de "Créateur" ne s'inscrit pas dans la recherche "historique". Il est bien évident que la genèse des concepts est une recherche à cheval sur la philosophie et sur l'histoire. Nous noterons simplement que, suivant les documents dont nous disposons, il n'apparaît nulle part que les dieux anciens aient aussi été "créateurs".

 

[10] * Le premier chapitre des Mosaïques montre la grande vraisemblance de la première Pâque Juive très au Sud dans la vallée du Nil, et non dans le Delta.

 

[11] Naville le qualifie de "jaguar", animal qui ne vit qu'en Amérique (!).

          Vandersleyen rectifie et le qualifie de "guépard".

             Desroches Noblecourt propose une "panthère".

 

[12] La distance (supposée) Egypte-Indus est comparable à la route maritime commerciale (peu fréquentée sans doute, mais historiquement attestée) entre Sumer et l'Egypte. Le trajet est en outre identique sur les trois quarts de la navigation.

 

[13] D. MICHAUX-COLOMBOT                                              Thèse de doctorat

 


[14] * Un raisonnement fort semblable nous conduirait dans le lac marin qui termine le Golfe de Tadjoura.  Plateaux, montagnes, et l'île qui signale le golfe à la hauteur de Djibouti. Ce paysage correspond également à la description des anciens. Mais, au départ du golfe de Djibouti, la navigation démarre en ligne droite vers l'Est. Le plan de navigation de Deir-el-Bahari commence par une manœuvre bâbord (à gauche) vers l'Est. Ceci semble indiquer un changement de cap. C'est pourquoi je place le chantier naval en Mer Rouge, avec changement de cap à la dernière île de l'archipel des Sept Frères. En ce qui concerne le présent article, ce n'est pas la position géographique précise du chantier (que seules des fouilles pourraient confirmer). C'est le principe d'accepter ce chantier en Mer Rouge, et à une latitude Sud où jamais on ne l'a cherché.

 

[15] * A strictement observer le vocabulaire scientifique, une mangrove se situe en zone intertropicale. Mais les géographes évoquent couramment des mangroves méditerranéennes qu'ils qualifient parfois de "mangroves froides"

 

[16] Alors qu'une expédition en Pays de Pount est toujours mentionnée comme un haut fait de règne, la tombe du jeune souverain reste totalement muette sur une telle expédition mentionnée toutefois dans la tombe d'un de ses contemporains. On remballe, sans tapage et sans gloire. Fin de l'aventure.

 

[17] Egypte, Mésopotamie, tout le Moyen-Orient n'étaient pas occupés par nos ancêtres, à nous Occidentaux. Nous usurpons une Antiquité dont nous ne supportons (sans les assumer) que les seules conséquences. Mais ceci est sans doute un autre débat.

[18] * Je continue à prétendre que les premières ébauches d'un texte structuré de la Torah doivent être contemporaines de Salomon. Il est en effet le seul souverain à avoir trouvé un avantage personnel évident en publiant le Livre des Nombres qui justifiait, au nom de Yahvé, la contribution extraordinaire réclamée à l'ensemble du peuple hébreu pour la construction de son temple somptuaire de Jérusalem.

[19] Inscription de Séankh, trouvée dans le Ouadi Hammamat, et datée de Mentouhotep IV (~2000)

 

[20] * J'utilise le terme de concrétisation pour éviter celui de "réalisation". Le réel s'applique à l'objet qui a pris une structure matérielle. Image, lumière, chaleur, vie, pensée … ne sont pas des objets "réels". Ils n'en sont pourtant pas moins vrais et bien présents au nombre des objets concrets de l'univers

 

[21] * Une borne commémorative, dite borne des 400 ans, et datée de ~1330, nous confirme qu'en ~1730, le pouvoir des nouveaux maîtres était déjà suffisant pour imposer un culte à Seth, réputé dieu néfaste.

     C'est une caractéristique indo-européenne.