Droits Devant


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et sociaux fondamentaux

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Statut cohabitant, ça suffit - Chapitre 6
 

 

UN DROIT SOCIAL DOIT ETRE UN DROIT SOCIAL INDIVIDUEL !  

 

INTERVIEW DE JOSIANE CORUZZI DE L'A.S.B.L. DU COTE DES FEMMES



Sommaire

Chap.1: Statut cohabitant ça suffit! par F Bouchez

Chap. 2: Pour l'égalité! Par M-L Oruba présidente de la section de La Louvière de la Ligue des Droits de l'Homme

Chap. 3: Droits économiques et sociaux et centenaire de la Ligue des Droits de l'Homme par Predag Grcic

Chap.4: l'individualisation des droits est une revendication que nous défendrons à l'avenir...interview de B Braglia

Chap.5: l'individualisation des droits...qu'en pensent les travailleurs sans emploi de la CSC

Chap.6: un droit social doit être un droit individuel! Interview de J Corruzzi de l'ASBL "du côté des femmes"

Chap.7:L'exclusion est-elle inhérente au système capitaliste?  Interview de M Godenir et S Baguet de Couleur Jeunes 

Chap.8: Nous proposons de réfléchir sur une société paritaire par J Fourmanoit secrétaire fédérale de Vie Féminine

Chap.9: Nous voulons atteindre une majoration de 10 % pour les allocataires sociaux! interview de F Duchâteau secréaire fédéral des Equipes Populaires

Chap.10: Le statut cohabitant est un statut qui nous paraît familialement intenable! interview de D Reunis et J-P Cobbaut de la Ligue des Familles

Chap. 11: Une cotisation : un droit! Pour des droits sociaux individuels! par I Simonis secrétaire générale des FPS et F Claude du service d'études du secrétariat général des FPS

Chap. 12: Le statut cohabitant dénoncé par une instance officielle des Nations Unies pour son caractère sexuellement discriminant par Predrag Grcic de la section de Bruxelles de la Ligue des Droits de l'Homme

 

 


Le problème du statut cohabitant,
c’est que quel que soit le revenu que vous ayez eu précédemment, si vous vous retrouvez sans revenu et que par exemple vous êtes en chômage ou que vous êtes sans revenu et que vous vivez avec quelqu’un qui en a un, effectivement, vous voyez que ce qui est injuste fondamentalement, c’est que vous n’avez pas de droit propre. Que vos droits dérivent des droits de quelqu’un d’autre alors que l’allocation de chômage n’est pas une charité publique mais bien un droit inscrit dans la loi !    CE droit aux allocations de chomage devrait etre individuel et ne devrait pas dependre du fait que vous habitiez ou pas avec quelqu’un qui A ou pas un revenu autre. On peut être cohabitant tout en cohabitant avec quelqu’un qui a un très faible revenu aussi. A partir du moment où deux chômeurs vivent ensemble, ils sont tous les deux cohabitant, ou alors, l’un doit demander la suppression de ses droits pour que l’autre puisse devenir chef de famille et çà, c’est déjà une injustice légale.

Sur le plan du revenu, le cohabitant en a beaucoup moins, il voit ses revenus rabotés même si auparavant il a travaillé.                                                                                                  Normalement, quand on a travaillé et qu’on se retrouve en chômage, quand on a travaillé suffisamment longtemps et qu’on se retrouve au chômage, on a droit à un revenu, à une allocation de chômage qui est proportionnelle au salaire que l’on avait auparavant, ce qui n’est pas le cas du cohabitant.       Là, c’est une deuxième injustice.

On peut être cohabitant aussi, quand on perçoit le minimex. Là aussi, le revenu est beaucoup plus bas. D’ailleurs, au niveau du minimex, je pense même qu’on peut ne pas avoir de droit au minimex si on vit avec quelqu’un qui a un revenu suffisamment élevé, ce qui rabote aussi l’autonomie.

Evidemment, le problème du faible revenu ( et c’est souvent les femmes qui en bénéficient ) c’est que l’autonomie est aussi affaiblie. On dépend de quelqu’un. On a des droits dérivés, on est à la charge de… Par rapport à l’autonomie, dans la tête des personnes, çà change aussi pas mal de choses.

Nous, nous recevons des femmes maltraitées et une des raisons pour lesquelles elles vivent la maltraitance relativement longtemps, c’est qu’elles ont un manque d’autonomie financière. Elles n’ont pas du tout de revenu, ou alors, un tout petit raboté qui ne leur permet pas de mettre de l’argent de côté ni de se sentir plus forte dans le couple que pour pouvoir négocier des choses par ce qu’elles-mêmes rapportent un revenu suffisant.                                       L’argent génère souvent dans les couples où il y a déjà un déséquilibre de pouvoir, un rapport de pouvoir qui est énorme. Celui qui rapporte l’argent ( c’est souvent l’homme ), il a le pouvoir. La femme, qui elle, apporte un petit revenu, « c’est pour le beurre dans les épinards, pour mettre un peu de margarine végétale de chez Aldi dans les épinards, bien souvent ».

La plupart des cohabitants sont des femmes, donc c’est un problème qui concerne les femmes.

Sur le plan juridique, c'est insultant pour les personnes de bénéficier de droits dérivés.                                              C'est insultant, parce qu'un droit c'est un droit! Alors qu'un droit dérivé, ce n'est même pas un droit, c'est une moitié de droit.

Et çà, ce n’est pas conforme à la dignité humaine.                         Un droit social, doit être un droit social individuel.

Une autre question est de savoir, quel type de revenu va générer ce droit social individuel ? Mais déjà, le droit devrait être individuel, çà devrait être inscrit comme çà. Moi, je suis pour la suppression complète de tous les statuts de cohabitant, à tous les niveaux.

Je vois vivre des femmes et je pense par exemple aux femmes qui vivent seules avec des enfants, parce que c’est la majorité des cas. Bon, les femmes qui partent de leur foyer parce qu’elles sont maltraitées et qui ne rentrent plus au domicile conjugal, qui veulent refaire leur vie et qui se trouvent donc seules avec enfants. Au départ, elles n’avaient pas de revenu personnel ou avaient un statut cohabitant et qui se retrouvent chefs de ménage, donc, avec un minimex au taux chef de ménage souvent ( 28 à 29.000 francs par mois ).                                                                                               Concrètement, ces femmes doivent louer une maison ou un appartement pour elles et leurs enfants. En moyenne, elles ont de deux à trois enfants avec elles. Elles doivent se bagarrer pour avoir une pension alimentaire pour les enfants par rapport au père.                                                                    Comptons qu’au départ, elles doivent se débrouiller avec 28.000 francs par mois et les allocations familiales pour les enfants.    Le problème se pose quant au logement et il est très difficile, voir impossible, de dégoter un logement social dans l’immédiat, donc, un logement qui leur permettrait de payer un loyer proportionnel au revenu. Elles doivent donc chercher un logement dans « un parc privé ». Avec plusieurs enfants, il faut au moins une ou deux chambres en plus, une chambre au minimum pour caser les enfants pour que tout le monde ne doive pas dormir dans la même pièce. Si elles n’ont pas suffisamment de chambres pour les enfants, çà risque même de se retourner contre elles.                                                                                        Il faut qu’elles puissent avoir un espace suffisant, il faut au moins compter 15.000 francs de loyer. Et même à 15.000 francs, il faut chercher longtemps pour trouver quelque chose qui ne s’apparente pas au taudis.                                                                 On voit donc des femmes qui veulent devenir autonomes, qui veulent vivre seules avec leurs enfants, mais qui doivent rester plus longtemps que d’habitude dans notre foyer parce que le temps de recherche d’un logement est beaucoup plus long qu’avant. Pour trouver un logement décent avec un prix normal, qu’elles puissent payer, c’est très, très long. On a mis en place à la Région Wallonne, la fameuse prime A.D.I.L., qui permet une aide pour les personnes sans abris ou qui sortent d’une maison d’accueil et qui ont des revenus du chômage ou du minimex. Cette aide est de 4.000 francs maximum par mois sur le payement du loyer pendant deux ans et elle est renouvelable une fois. C’est une petite aide mais on ne peut introduire le dossier que lorsqu’on est déjà inscrit(e) au registre de la population de la commune dans laquelle on va habiter et il faut attendre au moins six mois pour que le dossier soit traité. Donc, pendant six mois, vous savez que vous allez avoir cette prime, mais, en attendant, vous ne l’avez pas.

Les C.P.A.S. peuvent avancer les cautions quand vous trouvez un logment et peuvent même vous donner un mois de caution de loyer pour vous reloger.  C'est une prime au logement que vous pouvez obtenir quand vous êtes minimexé(e) mais pas quand vous êtes chômeur(se).  Les chômeurs(ses) ont donc moins de chance à ce niveau là, car ils ou elles devront rembourser l'avance du C.P.A.S.

Donc, au niveau du revenu, vivre avec 28.000 francs par mois,  moi, cela me dépasse!  Ces femmes jonglent avec le moindre centime et avec tout ce qu'il y a : vêtements de seconde main;...                                                                                                          Il faut vraiment aider ces femmes, et c’est ce que nous faisons, à trouver dans l’environnement, toutes les choses possibles et inimaginables pour survivre ! C’est presque de l’ordre de la survie…

Ne parlons pas des loisirs… Un enfant doit aller à une excursion scolaire, elles doivent se serrer la ceinture jusqu’au sang.

Encore récemment, pendant l’hiver, une femme portait des sandalettes. Je lui ai demandé si elle n’avait pas froid avec çà et elle m’a répondu qu’elle attendait le mois prochain parce qu’elle avait dû acheter des chaussures à son fils et qu’elle n’avait pas les moyens de s’en acheter une paire même de seconde main.

Quotidiennement, moi, j'ai des exemples comme ceux-là, concrets où les femmes jonglent avec rien.

Maintenant, j’engage  chaque homme ou femme politique qui est contre le relèvement des minima sociaux, à essayer de vivre pendant quelques mois avec le minimum avec lequel ils font vivre les gens et qu’ils essaient de se démerder. Pour une fois, qu’ils se mettent dans les conditions dans lesquelles les gens vivent réellement parce que j’ai l’impression que les hommes et les femmes politiques qui nous concoctent nos lois sont assez déconnectés d’une certaine réalité sociale.

Il n’y a pas assez de dialogue entre le politique et l’associatif de terrain. Il n’y a pas d’écoute du politique par rapport à l’associatif de terrain.

C’est vrai, par rapport au relèvement des minimas sociaux, il faut trouver de l’argent. MAIS, ON DOIT FAIRE AUSSI DES CHOIX POLITIQUES PAR RAPPORT A L’ARGENT QUE L’ON A.

On voit bien comment pour le moment, çà se discute au gouvernement pour essayer d’avoir un peu plus d’argent pour la S.N.C.B… On va trouver de l’argent par-ci, on va trouver de l’argent par là,… Finalement, si on fait des choix politiques par rapport à certains budgets, on doit pouvoir à un moment donné assumer certaines priorités. Or, le relèvement des minimas sociaux est indispensable car ces gens vivent en dessous du seuil de la pauvreté. Mais, on ne s’en rend même plus compte parce qu’on dit « ces gens là ont un revenu, donc il y a quand même moyen de s’en sortir ».

Oui, c’est sûr, les gens s’en sortent, mais à quel prix ! Au prix du rabotage de tout !    

Je pense qu'à un moment donné, çà tient de la survie.  On est au minimum et le reste...

Cà devient déjà de la lutte quotidienne pour acquérir le moindre confort ménager comme par exemple une machine à laver ou une cuisinière, pour se chauffer aussi.  Il y a aussi les femmes qui jonglent avec les dettes : une fois je paye çà, une autre fois je paye autre chose,...                                               Elles vivent toujours dans la trouille qu'on vienne chercher leurs meubles si jamais elles ne payent pas leurs dettes.                  Il y a des femmes qui vivent sous la menace permanente des huissiers de justice.

Des gens sont obligés de vivre dans la débrouille et dans l’illégalité quelque part. Vous savez, les gens qu’on appelle les faux cohabitants, c’est à dire qui cohabitent mais en réalité qui ne cohabitent pas pour la loi, on les oblige à faire çà. Ils n’ont même pas le droit d’avoir une vie de couple, ils doivent la cacher pour pouvoir survivre financièrement.

Les gens sont obligés de faire appel à la charité : banques alimentaires, restos du coeur, vestiaires des C.P.A.S.,... C'est faire une demande pour avoir des meubles gratuits ou très bon marché; faire une demande pour pouvoir accéder aux restos du coeur ou pour obtenir un colis, mendier une avance au C.P.A.S. parce qu'ils ne réussissent pas toujours à finir leur mois et je dois dire que dans les C.P.A.S. ils ne sont pas toujours très tendres avec ces gens là parce que, à la limite, les C.P.A.S. les taxeraient de mauvais gestionnaires.  Beaucoup d'assistants sociaux sont très humains et font un travail admirable, mais certains se transforment en flics et en contrôleurs et je voudrais que ces derniers aussi, on les fasse vivre avec l'argent qu'ils donnent soi disant "aux pauvres" qu'ils regardent parfois avec du mépris ou avec mécontentement ou agressivité parce qu'ils n'arrivent pas à terminer leur mois : "comment çà, tu n'arrives pas à terminer ton mois ? Encore une avance ?"...                         Il y a des gens qui font dette sur dette, mais il faut aussi se demander pourquoi.  Je sais bien qu'il ne faut pas non plus vivre pour les biens de consommation, mais ce sont les gens riches qui disent çà aux gens pauvres !

Et alors, on entend dire : "mais comment çà se fait que ces pauvres là, ils ont une voiture, ils ont la télé, ils ont une vidéo.  Regardez tous ces gens pauvres qui ont la télé et une vidéo."  Mais, moi aussi j'ai la télé et une vidéo et je ne considère pas que c'est un luxe.  Je considère que cela me permet d'avoir un loisir normal, de regarder les informations, d'être au courant de ce qui se passe dans le monde, de me faire une petite cassette avec un bon film si je n'ai pas les moyens d'aller au cinéma.         Il faut bien voir qu'une famille qui va au cinéma, c'est 1000 francs !  Mais si on loue une cassette vidéo, c'est 150 francs, donc on a le cinéma à la maison, on a un peu de loisir.

En fait, les pauvres doivent se passer de tout, et s'ils ne se passent pas de tout, s'ils n'acceptent pas, ce sont des gens qui ne savent pas se gérer et qui gaspillent leur minimex.                                                                      
Je  trouve cela vraiment horrible d'entendre des choses comme çà.  C'est nous, les gens "riches", qui avons un revenu, qui disons des choses pareilles aux pauvres en les regardant de haut.

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