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| Statut cohabitant, ça suffit - Chapitre 6 |
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UN DROIT SOCIAL DOIT ETRE UN DROIT SOCIAL INDIVIDUEL ! |
INTERVIEW DE JOSIANE CORUZZI DE L'A.S.B.L. DU COTE DES FEMMES |
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Sommaire Chap.1:
Statut cohabitant ça suffit! par F Bouchez Chap.7:L'exclusion
est-elle inhérente au système capitaliste? Interview de M
Godenir et S Baguet de Couleur Jeunes
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Sur
le plan du revenu, le cohabitant en a beaucoup moins, il voit ses
revenus rabotés même si auparavant il a travaillé.
Normalement, quand on a travaillé et qu’on se retrouve en
chômage, quand on a travaillé suffisamment longtemps et qu’on se
retrouve au chômage, on a droit à un revenu, à une allocation de chômage
qui est proportionnelle au salaire que l’on avait auparavant, ce qui n’est pas le cas du cohabitant. On
peut être cohabitant aussi, quand on perçoit le minimex. Là aussi,
le revenu est beaucoup plus bas. D’ailleurs, au niveau du minimex, je pense même
qu’on peut ne pas avoir de droit au minimex si on vit avec quelqu’un qui
a un revenu suffisamment élevé, ce qui rabote aussi l’autonomie. Evidemment,
le problème du faible revenu ( et c’est souvent les femmes qui en bénéficient
) c’est que l’autonomie est aussi affaiblie. On dépend de quelqu’un.
On a des droits dérivés, on
est à la charge de… Par rapport à l’autonomie, dans la tête
des personnes, çà change aussi pas mal de choses. Nous,
nous recevons des femmes maltraitées et une des raisons pour
lesquelles elles vivent la maltraitance relativement longtemps,
c’est qu’elles ont un manque d’autonomie financière. Elles n’ont pas du tout de revenu, ou alors, un
tout petit raboté qui ne leur permet pas de mettre de l’argent de côté
ni de se sentir plus forte dans le couple que pour pouvoir négocier
des choses par ce qu’elles-mêmes rapportent un revenu suffisant.
L’argent génère souvent dans les
couples où il y a déjà un déséquilibre de pouvoir, un rapport de
pouvoir qui est énorme. Celui qui rapporte l’argent ( c’est
souvent l’homme ), il a le pouvoir. La femme, qui elle, apporte un
petit revenu, « c’est pour le beurre dans les épinards, pour
mettre un peu de margarine végétale de chez Aldi dans les épinards,
bien souvent ». La plupart des cohabitants sont des femmes, donc c’est un problème qui concerne les femmes. Sur
le plan juridique, c'est insultant pour les personnes de bénéficier
de droits dérivés. Et
çà, ce n’est pas conforme à la dignité humaine. Une
autre question est de savoir, quel type de revenu va générer ce
droit social individuel ? Mais déjà, le droit devrait être individuel, çà
devrait être inscrit comme çà. Moi, je suis pour la suppression complète de
tous les statuts de cohabitant, à tous les niveaux. Je
vois vivre des femmes et je pense par exemple aux femmes qui vivent
seules avec des enfants, parce que c’est la majorité des cas. Bon,
les femmes qui partent de leur foyer parce qu’elles sont maltraitées
et qui ne rentrent plus au domicile conjugal, qui veulent refaire leur
vie et qui se trouvent donc seules avec enfants. Au départ, elles n’avaient pas de revenu personnel ou
avaient un statut cohabitant et qui se retrouvent chefs de ménage,
donc, avec un minimex au taux chef de ménage souvent ( 28 à 29.000
francs par mois ). Les C.P.A.S. peuvent avancer les cautions quand vous trouvez un logment et peuvent même vous donner un mois de caution de loyer pour vous reloger. C'est une prime au logement que vous pouvez obtenir quand vous êtes minimexé(e) mais pas quand vous êtes chômeur(se). Les chômeurs(ses) ont donc moins de chance à ce niveau là, car ils ou elles devront rembourser l'avance du C.P.A.S. Donc,
au niveau du revenu, vivre avec 28.000 francs par mois, moi,
cela me dépasse! Ces femmes jonglent avec le moindre centime et
avec tout ce qu'il y a : vêtements de seconde main;...
Il
faut vraiment aider ces femmes, et c’est ce que nous faisons, à trouver dans l’environnement, toutes les choses possibles et
inimaginables pour survivre ! C’est presque de l’ordre de la
survie… Ne
parlons pas des loisirs… Un enfant doit aller à une excursion scolaire, elles
doivent se serrer la ceinture jusqu’au sang. Encore récemment, pendant l’hiver, une femme portait des sandalettes. Je lui ai demandé si elle n’avait pas froid avec çà et elle m’a répondu qu’elle attendait le mois prochain parce qu’elle avait dû acheter des chaussures à son fils et qu’elle n’avait pas les moyens de s’en acheter une paire même de seconde main. Quotidiennement,
moi, j'ai des exemples comme ceux-là, concrets où les femmes
jonglent avec rien. Maintenant,
j’engage chaque
homme ou femme politique qui est contre le relèvement des minima
sociaux, à essayer de vivre pendant quelques mois avec le minimum
avec lequel ils font vivre les gens et qu’ils essaient de se démerder.
Pour une fois, qu’ils se mettent dans les conditions dans
lesquelles les gens vivent réellement parce que j’ai l’impression
que les hommes et les femmes politiques qui nous concoctent nos lois
sont assez déconnectés d’une certaine réalité sociale. Il n’y a pas assez de dialogue entre le politique et
l’associatif de terrain. Il n’y a pas d’écoute du politique par
rapport à l’associatif de terrain. C’est
vrai, par rapport au relèvement des minimas sociaux, il faut trouver
de l’argent. MAIS, ON DOIT
FAIRE AUSSI DES CHOIX POLITIQUES PAR RAPPORT A L’ARGENT QUE L’ON
A. On voit bien comment pour le moment, çà se discute au
gouvernement pour essayer d’avoir un peu plus d’argent pour la
S.N.C.B… On va trouver de l’argent par-ci, on va trouver de
l’argent par là,… Finalement, si on fait des choix politiques par
rapport à certains budgets, on doit pouvoir à un moment donné
assumer certaines priorités. Or, le relèvement des minimas sociaux est
indispensable car ces gens vivent en dessous du seuil de la pauvreté.
Mais, on ne s’en rend même plus compte parce qu’on dit « ces
gens là ont un revenu, donc il y a quand même moyen de s’en sortir ». Oui,
c’est sûr, les gens s’en sortent, mais à quel prix ! Au
prix du rabotage de tout ! Je pense qu'à un moment donné, çà tient de la survie. On est au minimum et le reste... Cà devient déjà de la lutte quotidienne pour acquérir le moindre confort ménager comme par exemple une machine à laver ou une cuisinière, pour se chauffer aussi. Il y a aussi les femmes qui jonglent avec les dettes : une fois je paye çà, une autre fois je paye autre chose,... Elles vivent toujours dans la trouille qu'on vienne chercher leurs meubles si jamais elles ne payent pas leurs dettes. Il y a des femmes qui vivent sous la menace permanente des huissiers de justice. Des gens sont obligés de vivre dans la débrouille et dans l’illégalité quelque part. Vous savez, les gens qu’on appelle les faux cohabitants, c’est à dire qui cohabitent mais en réalité qui ne cohabitent pas pour la loi, on les oblige à faire çà. Ils n’ont même pas le droit d’avoir une vie de couple, ils doivent la cacher pour pouvoir survivre financièrement. Les gens sont obligés de faire appel à la charité : banques alimentaires, restos du coeur, vestiaires des C.P.A.S.,... C'est faire une demande pour avoir des meubles gratuits ou très bon marché; faire une demande pour pouvoir accéder aux restos du coeur ou pour obtenir un colis, mendier une avance au C.P.A.S. parce qu'ils ne réussissent pas toujours à finir leur mois et je dois dire que dans les C.P.A.S. ils ne sont pas toujours très tendres avec ces gens là parce que, à la limite, les C.P.A.S. les taxeraient de mauvais gestionnaires. Beaucoup d'assistants sociaux sont très humains et font un travail admirable, mais certains se transforment en flics et en contrôleurs et je voudrais que ces derniers aussi, on les fasse vivre avec l'argent qu'ils donnent soi disant "aux pauvres" qu'ils regardent parfois avec du mépris ou avec mécontentement ou agressivité parce qu'ils n'arrivent pas à terminer leur mois : "comment çà, tu n'arrives pas à terminer ton mois ? Encore une avance ?"... Il y a des gens qui font dette sur dette, mais il faut aussi se demander pourquoi. Je sais bien qu'il ne faut pas non plus vivre pour les biens de consommation, mais ce sont les gens riches qui disent çà aux gens pauvres ! Et alors, on entend dire : "mais comment çà se fait que ces pauvres là, ils ont une voiture, ils ont la télé, ils ont une vidéo. Regardez tous ces gens pauvres qui ont la télé et une vidéo." Mais, moi aussi j'ai la télé et une vidéo et je ne considère pas que c'est un luxe. Je considère que cela me permet d'avoir un loisir normal, de regarder les informations, d'être au courant de ce qui se passe dans le monde, de me faire une petite cassette avec un bon film si je n'ai pas les moyens d'aller au cinéma. Il faut bien voir qu'une famille qui va au cinéma, c'est 1000 francs ! Mais si on loue une cassette vidéo, c'est 150 francs, donc on a le cinéma à la maison, on a un peu de loisir. En
fait, les pauvres doivent se passer de tout, et s'ils ne se passent
pas de tout, s'ils n'acceptent pas, ce sont des gens qui ne
savent pas se gérer et qui gaspillent leur minimex.
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