ContactForumfaq

Etre heureux

J'étais enceinte de notre quatrième enfant et tout allait bien. C'est entre deux rendez-vous professionnels que je suis allée passer l'échographie des cinq mois. Le couple qui est sorti du cabinet médical avant moi était tout souriant et je me souviens avoir pensé que c'était bien gai de pouvoir passer ce genre díexamen. Je ne me doutais pas qu'une demi-heure plus tard je ressortirais avec une toute autre tête ... Le verdict est donc tombé. Le médecin m'a dit textuellement : " C'est une fille, mais ... je vais vous l'annoncer un peu brutalement parce que je ne sais pas comment faire autrement : elle a une fente labiale. ". Je savais ce que c'était. J'ai tout de suite demandé si le palais était atteint aussi. Il m'a répondu qu'il ne pensait pas mais que ça devait être confirmé par une échographie en trois dimensions. Il a ajouté que je devais savoir que les fentes sont parfois associées à díautres malformations rénales, cardiaques et cérébrales et que dès lors nous allions procéder à une ponction du liquide amniotique. Ce qui fut fait sur-le-champ.

Mon bonheur venait de s'effondrer.

Mon mari et moi avons consacré les jours suivants à nous documenter. Nous avons ainsi pris connaissance des nombreuses interventions chirurgicales qui nous attendaient, des problèmes de dentition, de langage, d'alimentation que nous connaîtrions peut-être, de l'existence d'associations de parents, des allocations familiales majorées, etc. Tout cela nous faisait prendre conscience de la gravité de ce qui nous arrivait. J'avais líimpression de plonger dans l'horreur en y entraînant toute ma famille. Je culpabilisais, car ce quatrième bébé c'était mon idée à moi...

J'ai pleuré trois jours et trois nuits, puis l'optimisme est revenu : ce n'était sans doute que la lèvre, donc qu'un problème esthétique et qui plus est, réparable.

Puis vint le jour de l'échographie en trois dimensions, et ces terribles paroles du médecin : " Non, non, c'est le palais aussi... vous allez le garder ? ". Comment peut-on demander à une maman de signer l'arrêt de mort de son bébé alors qu'il est atteint díune pathologie, lourde peut-être, mais réparable ? Quelque chose m'échappait ! A moins que ce ne soit encore bien plus lourd que tout ce que je pouvais imaginer... J'étais désespérée, mais ce bébé je l'aimais et bien sûr que j'allais le garder !

Ensuite nous sommes allés voir les chirurgiens, avec leurs plannings opératoires différents et leur conviction d'avoir raison alors que les autres ont tort. Nous avons passé des heures à comparer ce que chacun nous avait dit. Qui croire ? Personne ne semblait pouvoir nous aider à faire un choix. Finalement, nous avons choisi le docteur X., sans raisons objectives, mais par sympathie.

Nous nous sommes préparés psychologiquement à ce bébé avec qui tout serait un peu différent. Nous y avons aussi préparé nos trois garçons et le reste de la famille. Je me sentais encore souvent triste, mais prête à assumer.

Puis Morgane est née. La bonne nouvelle fut immédiate : s'il y avait bien une fente labiale complète à gauche, le palais par contre n'était fendu qu'au niveau de la mâchoire. Toute une série de problèmes tombaient d'eux-mêmes ! A part son physique, rien dans ce bébé n'était différent des autres.

Elle a été opérée à cinq jours et tout s'est merveilleusement bien passé. Elle s'est réveillée de son anesthésie comme d'une sieste. Je ne pense pas qu'elle ait souffert un seul instant.

Elle a maintenant cinq mois. Elle a le nez de travers, c'est vrai. Mais ça n'a pas l'air de l'empêcher d'être heureuse, et nous non plus !

S'il me reste un seul regret, ce n'est certainement pas celui d'avoir fait un quatrième enfant, mais bien celui d'avoir tant pleuré et sangloté pendant ma grossesse. Qu'est ce qu'elle a dû être secouée ma petite chérie !

Pascale