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Mon petit bonheur

En octobre 2001, j'ai eu le plaisir d'apprendre en même temps que ma soeur que j'attendais un bébé.
Malheureusement pour moi, l'aventure s'est arrêtée dès la première échographie car le coeur du bébé ne battait plus et j'ai donc dû subir un curetage. Moments douloureux d'autant que par chance ma súur n'a eu aucun problème. J'ai attendu six mois avant d'être prête pour recommencer une nouvelle aventure.

La semaine de la naissance de mon filleul, j'ai eu le bonheur de constater un retard de règles, une analyse de sang positive et un peu plus tard, j'assistais à l'échographie qui montrait un petit cúur qui battait la chamade.
J'ai caché ma grossesse pendant trois mois. Tout se passait bien, un peu de fatigue et beaucoup d'angoisse., J'avais tellement peur de perdre ce bébé. A trois mois de grossesse, je me suis dit que nous aurions un petit garçon et que nous l'appellerions Félicien, j'en étais persuadée, cela m'était tombé dessus comme une évidence. De plus, nous avions constaté mon mari et moi que le bébé se cachait le visage à l'échographie. Cela nous faisait rire, on se disait que nous attendions un petit coquin qui aimait jouer à cache-cache.

Pourquoi vous dire tout cela ? Et bien parce que quand on regarde au prénom Félicien (c'est la prénom que nous avions choisi), on peut voir que ces enfants ont une bouche qu'il faut surveiller. Ce n'est qu'après le cinquième mois de grossesse lors de l'échographie que toutes ces coïncidences m'ont parues étranges.
Je me demande encore si ce ne sont que des coïncidences ou si mon petit bonhomme ne se rendait déjâ pas compte dans mon ventre qu'il y avait un problème, enfin cela je ne le saurai jamais mais j'avais besoin de líécrire. Peut-être avez-vous aussi vécu ce genre d'expérience durant votre grossesse.
Enfin, septembre arrive et avec ce mois la fameuse échographie morphologique. Comme jíai pu la détester ! Pourtant avec le recul, elle m'a permis de me préparer à la venue de mon petit bonhomme et ainsi l'accueillir dans d'excellentes conditions.

Pour une fois, je suis arrivée sereine à l'hôpital pourquoi m'inquiéter tout se passait bien. Cependant, l'échographie à peine commencée le gynécologue nous a dit : "il y a un petit problème, le bébé a une fente à la lèvre et je pense qu'elle se prolonge au palais". C'était la première fois qu'il nous montrait son visage. Là, le monde s'est écroulé, je me suis dit ça y est, on va encore me l'enlever ce bébé. Le fait qu'il ait une malformation ne m'a pas effrayée. La seule chose qui m'a vraiment fait peur, c'est qu'on me dise que je devais avorter.

Le gynécologue nous a tout de suite rassurés : "cela se "répare", on ne vous enlèvera pas votre bébé". Il a achevé l'échographie pour vérifier s'il n'y avait pas d'autre problème mais tout était parfait.

Le gynécologue nous a tout de suite pris un rendez-vous pour le surlendemain à l'UCL pour faire une échographie en 3 dimensions. Tout s'est confirmé. Je n'ai pas souhaité faire une amniocentèse car on ne voyait rien d'autre d'inquiétant et mes prises de sang étaient bonnes. Pourquoi prendre le risque même minime de perdre mon enfant.

La semaine suivante nous avons rencontré la chirurgienne qui nous a expliqué les opérations, le suivi,Ö Cela nous a fait du bien et a diminué le poids qui pesait sur nos épaules car avant de la rencontrer nous avions fait des recherches de notre côté et tout nous semblait très lourd à porter. Je trouvais cela injuste de prendre la responsabilité de mettre mon enfant au monde tout en sachant qu'il allait devoir subir plusieurs interventions et tout le reste.
Il y avait un autre problème, je voulais absolument nourrir mon fils. Je me suis donc mise en rapport avec líassociation Cybèle, j'y ai reçu un grand réconfort et un grand soutien. Une bonne nouvelle aussi, il était possible d'allaiter un bébé porteur d'une fente labio-palatine. Je me suis fourni un DAL et un biberon cupule au cas où tout ne se passerait pas comme je le voulais. Le DAL pouvait me permettre de mettre mon enfant au sein sans qu'il ne se décourage s'il níarrivait pas à obtenir du lait en tétant seul. Le biberon cupule (une sorte de tétine cuillère en silicone) pour les moments où je ne savais pas mettre le DAL.
Le reste de ma grossesse s'est bien déroulé mais il m'a fallut trois semaines pour me remettre du choc., Je faisais une obsession de la fente. Ce fut très difficile, je me sentais coupable. J'étais triste, j'avais mal pour mon enfant, j'avais peur.
Nous avions fait le choix mon mari et moi de dire à tout le monde que notre enfant avait ce problème ainsi, chacun pouvait s'y préparer et avait le choix de venir ou non nous rendre visite à la maternité.

Au mois de décembre, le gynécologue mía annoncé qu'un des reins du bébé était gonflé. Angoisse supplémentaire bien qu'il m'ait dit de ne pas m'inquiéter que ce n'était sans doute pas grave mais qu'il préférait me prévenir car il faudrait faire une échographie du rein à la naissance.
Le 13 janvier, j'ai perdu les eaux et après 18 heures de travail sans péridurale mais avec líaide de líacuponcture (j'en suis assez fière) notre petit bonhomme a vu le jour. Je l'ai pris sur mon ventre et je l'ai tout de suite trouvé mignon, mon mari aussi. C'est en cela qu'on peut remercier l'échographie morphologique, nous savions à quoi nous attendre et nous n'avons pas pris en compte sa fente. Nous avons simplement voulu savoir si la fente palatine était complète. C'était le cas, mais nous nous en doutions déjà.
Je l'ai mis au sein dès l'arrivée dans la chambre. Quel bonheur, il se jetait dessus avec une volonté incroyable.
Cependant deux jours plus tard, je voyais quíil n'était pas très bien. Ses muqueuses étaient très sèches, mais jíai d'abord pensé que c'était du à sa fente. On m'a dit qu'il faisait une jaunisse et qu'il était proche de la déshydratation, il fallait lui donner du lait d'une autre façon. Je suis allée tirer mon lait pour lui donner à la seringue. Le lendemain après midi tout était rentré dans líordre. Le surlendemain une autre mauvaise surprise m'attendais au réveil. Félicien avait le cou tout gonflé. On a d'abord pensé à une glande salivaire bouchée mais il s'est avéré que c'était un ganglion qui avait gonflé. Les jours suivants, on a fait des tests pour l'opération de la lèvre et une échographie du ganglion. Rien n'a été décelé et il a fini par disparaître tout seul.
Cette semaine à l'hôpital fut bien lourde pour de jeunes parents qui devaient déjà se préparer à emmener leur petit bout dans une autre clinique pour lui faire subir une opération.

Point de vue allaitement, après le problème de la déshydratation, j'ai décidé d'utiliser le DAL. Je l'utilisais avec un mamelon de silicone pour aider Félicien à mieux prendre le sein et cela fonctionnait bien. J'ai eu la chance d'être soutenue dans mon allaitement par mon mari et ma maman durant la journée et par une équipe d'infirmières extraordinaires. Elles restaient plusieurs fois sur la nuit pendant toute la durée de la mise au sein. Elles m'aidaient à installer le DAL, à tenir la bouteilleÖ Cela mía fait un bien fou d'être soutenue ainsi. En sortant de l'hôpital de Libramont, pour partir pour la clinique de Bruxelles, je savais me débrouiller seule avec le DAL.

Le plus dur, en fin de compte, était d'aller tirer mon lait mais la satisfaction d'offrir mon lait à mon petit bout était si grande que j'avais vite oublié l'ennui du tire-lait.

Arrivée à Bruxelles, j'étais aussi à líaise avec le biberon cupule qu'avec le DAL. Cependant, là-bas les infirmières ne connaissaient pas ces systèmes et une d'entre elles m'a refroidie, ici, c'est le biberon cranté. Heureusement, B. est venue nous rendre visite et m'a soutenue, j'ai donc exigé de me servir de mes ustensiles et on m'a laissé faire.

Le 22 janvier à 6h30 j'ai donné le bain à Félicien et à 7h30 nous descendions au bloc. A 8h00, j'entrais avec lui en salle díopération afin qu'on l'endorme dans mes bras, cela m'a permis de me sentir plus sereine pendant l'attente qui a duré 2h30. Lorsque l'infirmière est venue nous dire que nous pouvions descendre en salle de réveil, nous nous sommes pressés pour aller le chercher. C'était comme une deuxième naissance, lorsque nous l'avons vu avec son petit nez formé et sa lèvre fermée. Le réveil fut difficile car Félicien a fait 3 petites apnées. Chaque fois notre cúur síarrêtait. C'était líhorreur, mais les infirmières ont pris le temps de nous rassurer et le lendemain nous avions le feu vert pour retourner. Enfin, nous allions pouvoir profiter de notre vie à 3. De retour à la maison, tout se passait bien sauf point de vue allaitement. J'avais un problème de crevasses à cause de la téterelle que je mettais pour aider Félicien. J'ai donc arrêté la mise au sein pendant quelques jours mais je tirais toujours mon lait jour et nuit. A chaque fois, Félicien buvait avec le biberon cupule pour éviter qu'il ne prenne l'habitude de téter autrement qu'au sein.

Quand j'ai remis Félicien au sein, c'était une fois pendant la nuit, son papa était parti chauffer le biberon et pour le faire patienter je l'ai remis au sein. Il y a pris beaucoup de plaisir et depuis cette fois là je l'ai mis au sein sans DAL, sans téterelle. Je mettais Félicien 10 minutes à chaque sein puis je lui donnais un complément de mon lait avec un biberon cupule puis je tirais mon lait. C'est vrai que c'était lourds, mais j'étais tellement fièreÖ Le trop plein de lait, je le mettais au congélateur pour plus tard en cas de "diminution de production". Les soins à donner à Félicien se passaient bien, tout allait bien. Cependant, notre bien être fut de courte durée. 15 jours après notre retour à la maison nous retournions à l'hôpital pour une semaine car Félicien faisait une infection urinaire. J'étais épuisée d'angoisse mais je devais tenir le coup pour Félicien. De retour à la maison, nous devions lui donner un médicament pour éviter une récidive de líinfection. C'est à ce moment que mon allaitement fût sabordé. Félicien ne suporterait pas ce médicament, il lui donnait mal au ventre et des nausées. Il a associé ces nausées au sein et s'est mis à le refuser. J'ai dû me fâcher pour que le pédiatre change de médicament car Félicien se mettait à refuser le biberon aussi. Dès l'arrêt de ce médicament, il a accepté de boire au biberon normal cette fois, mais cranté, sans problème car il n'a jamais voulu revenir au sein.
Cependant, j'étais déterminée à lui donner mon lait le plus longtemps possible. J'ai donc continué à le tirer et ce jusqu'à ses 6 mois.
Nous avons continué à vivre en attendant la seconde intervention qui a eu lieu lorsqu'il a eu 3 mois.

Celle-ci s'est admirablement bien passée mais la semaine d'hospitalisation fut très lourde. Entre la morphine mal gérée, une sonde gastrique mal placéeÖ Il a fallu 4 jours pour que les infirmières se décident à vérifier le placement de la sonde et à la remonter.
Félicien était très mal, il ne voulait plus rester dans sa chambre la dernière nuit. Il l'a passée près des infirmières car il refusait de s'endormir dans la chambre.
Enfin le jour J est arrivé. Après 2 biberons bien bus, nous avons pu rentrer chez nous. Il a fallu 1 mois et demi à notre petit bonhomme pour se remettre de cette semaine et l'aide díun traitement homéopathique.
Une fois ce problème passé, le pauvre a du faire face à une otite qui a mis 3 semaines pour être guérie.

Il a maintenant 8 mois. Cíest un enfant merveilleux, éveillé, gourmand et très facile.
Il nous aura fallut 6 mois de courage, d'angoisse pour en arriver là. C'est vrai que nous ne sommes pas encore au bout du chemin, que nous devrons encore faire face à un suivi et à au moins une opération, mais je me dis que d'autres parents se retrouvent face à des problèmes bien plus graves que les nôtres. Au jour d'aujourd'hui, Félicien va bien et il porte bien son prénom car il est notre "petit bonheur" et c'est cela le plus important.