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La naissance de mon petit Prince

Un soir de septembre naquit un merveilleux petit Prince que ses parents nommèrent David.
David, (sa maman ne le sut pas tout de suite), avait un petit problème : les personnes qui l'avaient aidé à naître, ainsi que son Papa découvrirent qu'il était porteur d'une fente labiale. Elle était assez petite ,il est vrai, mais personne ne s'y attendait... Surtout pas sa maman...
Elle ne l'apprit cependant pas tout de suite après la naissance...

Quelques mois plus tôt, lors de l'échographie morphologique, vers la 21ème semaine de grossesse, ne lui avait-on pas dit que "tout" semblait bien aller ; tout, excepté une petite dilatation rénale, dont l'évolution était à surveiller. De nature fort inquiète la maman du petit David fut cependant assez vite rassurée, et de toute façon elle expliqua au petit garçon qu'elle "couvait" bien au chaud, au creux de son ventre, qu'il ne devait pas s'inquiéter : ses parents feraient tout pour l'aider à guérir de la petite dilatation de son rein.

Pour en revenir à notre soir de septembre, il faut préciser que la maman de David était E-P-U-I-S-É-E après son accouchement, car elle avait vomi durant tout le "travail". Elle fermait donc les yeux, encore nauséeuse, lorsque son bébé fut déposé sur elle. Le papa de David lui avait dit aussi de ne pas regarder et de se reposer. Fatiguée, elle l'avait écouté, sans se poser de questions... Et lorsqu'enfin elle ouvrit les yeux, elle aperçut un tout petit être, le visage enveloppé dans un lange en coton.

David n'était pas en forme quand il est né car il avait un peu manqué d'oxygène lors de sa naissance . Finalement rassurée que son bébé était bien vivant (il n'avait pas crié, juste un faible petit gémissement plusieurs minutes après sa naissance), sa maman se le vit confier à l'équipe de néonatalité pour l'aider à s'adapter à sa nouvelle vie dans les meilleures conditions possibles.
Elle fut conduite dans une chambre, afin de se reposer un peu.

Une petite demi-heure plus tard, l'heureux Papa vint lui donner les nouvelles toutes fraîches de leur fils !
Assez confiante sur la suite des événements, par rapport à l'état de santé de David, la maman demanda "comment allait son petit nouveau-né" ?
...
A ce moment,la sonnerie du téléphone retentit : c'est la grand-mère maternelle de David qui vient aux nouvelles, demande si tout va bien, si son petit-fils est beau ?
Le Papa répond : " Un nouveau-né n'est jamais beau" !
Pas d'inquiétude : il avait toujours dit que les nouveau-nés ne sont pas beaux.
...

-"Comment va David ?" redemanda la maman, après que le téléphone eut été raccroché.
-"David va bien", expliqua le papa , "mais il y a juste 2 petits problèmes : il a une petite fente à sa lèvre supérieure droite... et sa petite narine est un peu écrasée... mais ça,, - avait dit le Papa- c'est dû à l'accouchement, et elle va reprendre sa forme d'ici quelques jours..."


Ce fut... une nouvelle tout à fait inattendue.... quoique durant sa grossesse, il lui avait semblé, elle avait souvent "pressenti" que quelque chose n'allait pas.
Quelle consternation... la fin de l'espérance que tout "se passait bien". Elle aurait tant aimé entendre qu'elle avait mis au monde un "mignon petit bébé en bonne santé" !
...
-"Le palais est-il atteint ?"
-"Non."
-"Ouf."
-"Juste une toute petite encoche au niveau de la gencive."
-"Quelle chance. David a de la chance. Nous avons de la chance !"

-" Et sont petit nez ?... " Il allait se rétablir tout seul. Son papa l'avait dit...

Il est temps de partir pour le Papa. Il a beaucoup de choses à faire à présent : retourner voir David, prévenir la famille de sa naissance... et peut-être aussi se remettre de ses émotions...

La maman est seule à présent. Seule avec elle-même. Seule avec toutes ses pensées qui commencent à tournoyer de plus en plus vite dans sa tête de "nouvelle maman".
Et commence alors la spirale infernale de la culpabilité.
Qu'avait-elle fait pour que son bébé subisse cette malformation ?
En plus, comme elle ne l'avait pas vu, elle avait tout imaginé. Les images les plus terribles avaient traversé sont esprit.

L'infirmière qui était venue s'assurer que les suites de l'accouchement se passaient "bien" avait aussi eu il y avait quelques années, un enfant atteint d'une fente.
Timidement, maladroitement, hésitante, la maman tenta d'aborder le "sujet" avec l'infirmière.
-"Vous savez que mon petit garçon a une petite fente à la lèvre ?"
-"Oui, on m'a dit... j'ai aussi eu un enfant, né avec une fente."
...
-"... et , son petit nez un peu écrasé, ... cette déformation est-elle vraiment liée à l'accouchement ?"
-"Non, c'est lié... à la fente."
-"Ah, ... mon mari m'a dit que c'était dû à la naissance..."
-"Non,... c'est lié à la fente... il lui manque sûrement du cartilage... mais je n'ai pas vu le bébé... alors je ne peux pas vous dire exactement... "

La maman non plus n'avait pas vu son bébé. Alors les images les plus affreuses firent et refirent le tour de son imagination. Elle avait pensé que son bébé était très très laid.
Et à l'école, n'allait-on pas se moquer de lui... et dans la vie de tous les jours...
Quelle impuissance, quel désespoir ! Cela vous tombe dessus comme ça et vous ne pouvez rien faire... qu'encaisser.

Elle avait besoin d'aide, de soutien, cette maman . Mais son appel à l'aide était tellement silencieux que personne ne l'entendit.
Elle se disait qu'elle n'aurait jamais assez de toute sa vie pour réparer le mal qu'elle avait fait... et que de toute façon, ... elle n'aurait qu'à se débrouiller et assumer toute seule !

Un peu plus tard, une autre infirmière entra dans la chambre : "Bonsoir Madame ! Félicitations !"
...
Félicitations !!!??? ... mais pourquoi... voilà des félicitations qui tombaient bien mal. Félicitations de n'avoir pas été capable de mettre au monde un petit bébé en bonne santé...

Ces félicitations, je les ai acceptées et comprises plus tard, bien plus tard, après avoir lentement "digéré" ce qui nous était arrivé.
Ces félicitations, j'y avais droit !! Et l'infirmière que j'aurais bien remballé à l'époque , avec ses "félicitations", aujourd'hui, je la remercie pour ce mot qu'elle m'offrit généreusement et si justement.

Me revoilà seule avec toutes ma déception, ma tristesse, ma culpabilité, mon envie que "rien de tout cela ne soit jamais arrivé"...
Pourquoi ne pouvais-je pas vivre un bonheur tout simple, celui de la plupart des mamans qui mettent au monde un mignon petit bébé, qu'elles ne vont se lasser d'admirer.
Au lieu de cela, il allait falloir affronter les regards extérieurs, ceux de la famille, des collègues, des connaissances.
On devra expliquer à tout le monde que David est né "avec un petit problème"...

Et surtout, oui, surtout, comment David allait-il surmonter son problème. Ne serait-il pas malheureux toute sa vie ? J'avais l'impression qu'à peine né, toute sa vie était déjà gâchée !...

...

Pendant ce temps-là, mon merveilleux petit Prince débutait sa nouvelle vie rythmée par les soins attentifs qui lui étaient prodigués par les extraordinaires infirmières de néonatalité.

Après m'être informée de la santé de mon bébé, je finis par m'endormir, tourmentée.
La nuit fut peuplée de cauchemars, entrecoupés de réveils où une réalité tout aussi cauchemardesque me rappelait... que rien ne serait plus jamais comme avant.
J'aurais tant voulu y échapper... mais en vain... il fallait assumer. Je me débattais en moi, criant intérieurement que je ne pourrais pas assumer cette situation qui était trop lourde à porter.
Cette lutte contre moi-même dura... jusqu'au lendemain matin lorsque soudain, je pris conscience qu'un bébé, mon petit Bébé avait déjà bien trop été séparé de moi. Il devait se sentir si seul en bas, dans son petit lit. Et sa maman, c'était moi, et moi toute seule !!!
Alors, d'un bond (ou presque), je me suis levée, lavée, maquillée et habillée pour me rendre, le coeur battant ( il battait très vite et très fort !), auprès de mon petit David.

Six ans plus tard, je peux témoigner combien mes craintes étaient injustifiées. La chirurgie fait des miracles, et nos enfants sont pour le mieux pris en charge par l'équipe pluridisciplinaire qui traite les fentes labio-palatines.
David sera encore opéré à l'adolescence , ou bien plus tôt s'il en fait lui-même la demande.
J'ai eu la grande joie de l'allaiter durant presque 5 mois. J'avais le sentiment que le fait de le nourrir nous rapprochait, intensifiait notre relation, et durant ces 5 mois privilégiés, David n'a pas attrapé la moindre petite infection !
Sa petite fente n'est plus qu'un "souvenir". Le souvenir d'une période qui me fut très difficile à vivre, probablement aussi parce que fort isolée face à tout cela.

La petite cicatrice de la lèvre est presque inexistante et, David est un beau et merveilleux petit garçon que j'adore !

Comme quoi, en 6 années de temps, on relativise, on se rend compte qu'il y a des choses bien plus graves dans la vie.
Néanmoins, ce témoignage montre peut-être qu'il faut parfois "laisser le temps au temps". Le temps pour accepter, pour grandir, pour "évoluer" vers l' acceptation d'une malformation qui , finalement, ne touche aucun organe "vital", et est remarquablement bien opérée de nos jours !

La maman de David